Avant-propos
Consolidation de la
résistance du peuple palestinien, un
facteur des plus
importants pour la
protection des sanctuaires
islamiques et chrétiens
dans
Al Qods Sharif
S.E.
l’Ambassadeur Wajih Hassan Qassem(*)
Excellence et
frère, le président de la Conférence,
Excellences,
Honorable
assistance,
Assalamou alaïkoum
wa rahmatou Allah wa barakatouh,
Il m’est agréable
d’adresser, au début de mon discours, mes remerciements
les plus vifs à Son Excellence Dr Abdulaziz Altwaijri, à
ses collaborateurs et à son organisation prestigieuse,
pour leurs efforts bénis et intensifs dans la
préservation de l’identité de la oumma islamique, de sa
culture et de sa civilisation, de son avenir culturel et
civilisationnel, dans la promotion du consensus sur ses
causes primordiales, particulièrement la cause
palestinienne juste, intrinsèquement liée à l’identité,
la religion et la civilisation de la oumma, à son avenir
politique, sa sécurité régionale et ses relations
bilatérales et internationales. Cette cause qui
recueille l’unanimité de tous les peuples de la oumma et
de leurs dirigeants, en tant que fait inéluctable
présidant à la protection de leur existence et de leurs
places sur l’échiquier international.
Je saisis également
cette occasion pour remercier vivement SM le Roi
Abdallah II de Jordanie, Souverain du Royaume Hachémite
de Jordanie, son gouvernement éclairé et son peuple
généreux, pour avoir assumé des tâches historiques qui
sont désormais plus lourdes, du fait que ce conflit est
de plus en plus attisé et complexe. Le Royaume assume
ainsi, au nom de la oumma, cette responsabilité, eu
égard à la religion partagée, au voisinage et à
l’organisation des travaux de la présente conférence.
Mesdames et
Messieurs,
La Naksa (grande
défaite) de 1967, qui a entraîné l’occupation du reste
de la ville d’Al Qods et des territoires palestiniens, a
constitué un tournant décisif dans la mise en œuvre du
plan sioniste, avec l’annexion d’Al Qods à l’Etat hébreu
qui n’a eu de cesse, depuis, de détruire, de dénaturer
et de porter préjudice aux monuments et sanctuaires
islamiques et chrétiens. L’incendie préméditée de la
Mosquée d’Al Aqsa en 1969 a énormément bouleversé les
musulmans qui ont décidé de créer l’Organisation de la
Conférence islamique, lors du Sommet de Rabat, tenu la
même année. L’Organisation avait pour objectifs d’unir
les rangs des musulmans et de défendre leur cause
sacrée. C’est dans ce même sillage qu’est intervenue la
création du Comité Al Qods qui avait pour mission de
conforter et consolider la protection d’Al Qods sur les
plans politiques et durant les rencontres
internationales, réussissant ainsi à sensibiliser le
monde entier à l’importance et à la place centrale de la
question d’Al Qods pour l’humanité toute entière. Le
Comité continue, sous la présidence de Sa Majesté le Roi
Mohammed VI, souverain du Maroc, à faire face aux
tentatives de démolir la Mosquée Al Aqsa pour établir
sur ses décombres le prétendu Temple (Al Haykal), en se
basant sur la résistance héroïque du peuple palestinien
sur la terre bénie d’Al Qods.
Le monde islamique,
qui devait prévenir les actes et les plans d’Israël
visant à judaïser et détruire la ville d’Al Qods et les
sanctuaires islamiques et à dresser des écueils pour
hypothéquer toute initiative internationale de règlement
politique, a créé Bayt Mal Al Qods Asharif en tant
qu’agence financière, oeuvrant au soutien de la
résistance du peuple palestinien résidant dans la
première Qibla et le troisième des Lieux saints de
l’islam.
La population
palestinienne face à la colonisation sioniste
Depuis sa création
en septembre en 1998, l’Agence a entrepris la
réalisation d’études sectorielles sur la vie des
habitants cantonnés dans 18 % de la superficie d’Al Qods
est, même si leur nombre ne dépasse pas aujourd’hui 250
mille personnes entassées dans des quartiers morcelés
par un réseau routier et des ponts reliant directement
les 15 colonies établies sur leurs terres à Al Qods
ouest, dans une tentative d’étouffer l’expansion
démographique palestinienne. L’Agence a pu relever que
les quartiers arabes à Al Qods ne couvrent que la moitié
de leur capacité d’accueil fixée par le plan structurel
sioniste de la ville.
Le secteur
démographique, qui constitue le point nodal du
renforcement de la résistance et du raffermissement de
l’identité arabe et islamique en Palestine, notamment à
Al Qods, est un facteur déterminant dans la consécration
de la lutte des habitants de la ville Sainte contre les
tentatives de judaïsation de la ville et contre le
conflit démographique acharné mené par Israël pour
consolider sa mainmise sur Al Qods. Ce conflit est
largement soutenu par des initiatives importantes du
gouvernement israélien, des organismes, organisations et
agences sionistes en Palestine et à travers le monde. En
effet, le gouvernement sioniste consacre la moitié de
ses efforts colonialistes à la ville d’Al Qods, en
mobilisant à cette fin des moyens considérables, après
la confiscation des terres palestiniennes, ne laissant à
la population palestinienne que 18 % de la superficie
initiale d’Al Qods, l’élargissement de la municipalité
israélienne pour englober la majorité des terres du
district d’Al Qods, l’encerclement de la ville par une
série de colonies visant à son isolement des autres
quartiers et villes palestiniennes et à son
morcellement.
Le manque d’une
autorité centrale sur la ville, après le démantèlement
de la commune arabe et l’interdiction d’élections d’un
nouveau Conseil qui supervise la stratégie
démographique, ont acculé les habitants d’Al Qods à
entamer des initiatives individuelles de construction
motivées, pour la plupart, par l’instinct de
conservation et le besoin de répondre à une croissance
démographique de la population de la ville. Aussi
avons-nous procédé, en concert avec d’autres
organisations soutenant Al Qods, à l’encouragement de
création de coopératives d’habitat qui cherchent des
financements extérieurs avec des crédits faciles et
raisonnables, et à la promotion des initiatives qui ne
seront pas compromises par les autorités de l’occupation
israélienne imposant les législations et les lois
organisationnelles de la ville. Eu égard aux besoins
résultant de la croissance démographique considérable
des habitants palestiniens, dont le taux a atteint 34 %,
soit 252 mille à la fin de l’année 2004, alors qu’ils ne
dépassaient pas 70 mille en 1967 (soit 26 % du total
global des habitants de la ville), et vu la migration
juive vers Al Qods qui a enregistré des chiffres
négatifs au cours des trois dernières années et la
politique sioniste urbanistique hostile à la présence de
Palestiniens dans la ville soldée par l’échec, nous
pouvons prendre conscience du sens de cette polémique
sioniste sur le danger de la croissance démographique
palestinienne à Al Qods, en dépit du blocus sécuritaire,
la démolition des maisons, le retrait des cartes
d’identité d’Al Qods, l’incitation des israéliens à
confisquer les habitations situées dans la ville
ancienne et la fermeture des institutions
palestiniennes. Les autorités sionistes ne se sont pas,
toutefois, contentées de ces agressions injustes contre
la terre et les hommes palestiniens, appuyées par des
législations contraires à la légalité internationale et
aux résolutions des Nations unies. En dépit de toutes
ces exactions, les habitants arabes d’Al Qods ont réussi
à résister à ces actes, en mettant à profit les facteurs
temporel et démographique ; ce qui a poussé les
autorités sionistes à faire sortir un autre plan
structurel, à travers la commune sioniste d’Al Qods qui
réduit le nombre des habitants palestiniens à
l’intérieur des murailles de la ville ancienne, outre le
mur de séparation à caractère séquésicionniste qui
ampute des quartiers entiers de la ville d’Al Qods. 100
mille Palestiniens se retrouvent ainsi en dehors de ce
mur, pour qu’ils soient privés de leur appartenance à Al
Qods et, partant, de l’accès à cette ville. Ce sont là
autant d’actes qui visent à faire baisser le nombre des
citoyens arabes dans la ville à 25%, soit le taux fixé
par la commune sioniste, après que ce pourcentage ait
atteint aujourd’hui 34% et 40 % chez les enfants de
moins de dix ans.
Sachant que le
nombre des ménages à Al Qods ne dépasse pas les 33 mille
et que les unités de logement sont estimées à environ 28
mille, et eu égard à la recrudescence de la croissance
démographique, nous pouvons avancer qu’Al Qods a besoin
de 25 unités de logement en 2010 pour combler ce manque
et répondre aux besoins de la croissance démographique
accélérée.
Construction
d’écoles et son impact sur la consolidation de la
résistance
La mainmise des
autorités sionistes en 1967 s’est étendue à l’ensemble
des institutions gouvernementales, y compris les écoles
publiques placées sous la direction de la municipalité
israélienne, qui a voulu imposer au début des programmes
israéliens. Mais l’opposition farouche des élèves et des
habitants d’Al Qods a obligé les autorités de
l’occupation à se départir de cette position, pour
introduire des programmes jordaniens après qu’ils ont
été vidés de toute teneur pour une éducation nationale
saine. En effet, elles ont entrepris des changements
radicaux sur les manuels de la religion, la littérature,
l’histoire et l’éducation nationale. Même si les
personnes aisées ont placé leurs enfants dans des écoles
privées, des écoles du HCR et des missions religieuses,
il n’en demeure pas moins que plus de 60% des élèves
d’Al Qods se retrouvent dans l’obligation de faire leurs
études dans des écoles relevant de la municipalité
israélienne, qui ne ménage aucun effort pour faire
disparaître du système éducatif tout contenu d’ordre
national et politique ou toute formation scientifique
solide.
Le nombre des
établissements scolaires loués, restaurés, équipés et
autorisés par l’Agence a atteint 12 écoles primaires et
secondaires. Mais le manque dans ce domaine, notamment
après la croissance démographique de la population
palestinienne, est flagrant. Aussi avons-nous procédé à
l’ouverture d’un centre d’enseignement, dans une
tentative de combler le déficit résultant de
l’enseignement des écoles sionistes, en dispensant des
cours en langues étrangères et en matières scientifiques
au profit des étudiants et des élèves, dans le dessein
de faire face à l’abandon scolaire prévu dans la
stratégie éducative israélienne concernant les écoles
arabes.
Le ministère de
l’Education et de l’Enseignement a mis au point des
projets insuffisants et à moyen terme pour contrer la
politique sioniste destructrice, et parer à cette
situation dangereuse pour nos générations montantes et
futures à Al Qods, en restaurant, réhabilitant et
équipant les écoles existantes et en les élargissant
pour en augmenter la capacité d’accueil et partant,
donner un coup d’arrêt au surpeuplement dans les
classes. Des cours de soirs dans ces écoles sont
également organisés. Cette initiative implique la
création de 70 autres classes chaque année, réparties
sur cinq écoles situées dans différents quartiers de la
ville. Ce projet nécessite un budget de l’ordre de 18,6
millions de dollars au titre des cinq années à venir,
que les gouvernements et peuples islamiques doivent
fournir, pour le bien du peuple résistant dans la
première Qibla, le 3e sanctuaire de l’islam, la
destination du Voyage céleste de Mohammed, prière et
paix soient sur lui, et le lieu de naissance de Jésus,
paix sur lui.
Des efforts
entrepris dans d’autres domaines pour faciliter la vie à
Al Qods Asharif
Les efforts de
l’Agence Bayt Mal Al Qods Asharif ne se sont pas
cantonnés dans les domaines de l’habitat et de
l’éducation. Avec ses moyens modestes, l’Agence n’a
ménagé aucun effort pour répondre aux besoins de la vie
quotidienne de la population d’Al Qods, notamment dans
les domaines de santé, de jeunesse et de sports. Elle a
également contribué à dynamiser la vie économique, à
assurer l’accès à la ville sainte, pour qu’elle demeure
intégrée dans son environnement religieux,
civilisationnel et culturel. Ces efforts ont, également,
pour but de faire face aux agissements colossaux
consentis par l’Etat occupant dans l’enclavement et
l’étouffement de la ville, en prélude à la déportation
de la population arabe et à la concrétisation des plans
sionistes de judaïsation.
Les initiatives de
l’Agence concernent aussi le soutien des hôpitaux d’Al
Qods et leur approvisionnement en médicaments, matériel
et appareils sophistiqués, la création de cabinets
externes pour rapprocher les soins sanitaires des
citoyens et le renforcement de leur prestation de
manière à répondre aux besoins du peuple palestinien. Il
s’agit de faire face à la compétition féroce et non
équilibrée déclarée par les hôpitaux israéliens et à la
guerre menée par les sociétés d’assurance médicale
israéliennes. De même, l’Agence porte un intérêt au
secteur de la jeunesse, en dotant les clubs et les
centres des moyens. Il y a dans le même ordre d’idées
des initiatives de désenclavement de la ville, en
facilitant l’accès des visiteurs et des pratiquants
venant de la Palestine occupée en 1948, avec des tarifs
symboliques, dans le dessein de préserver l’architecture
des lieux de culte, réactiver les commerces et autres
établissements de service. Ce sont autant d’efforts
modestes qui ne suffisent pas, toutefois, à répondre aux
besoins de la ville résistante, à qui on demande de
préserver sa place en tant que la première cité de la
Palestine. Cette ville ne pourra devenir la capitale
politique de la Palestine ou la qibla des adeptes des
religions révélées tant que les efforts arabes et
islamiques ne sont pas multipliés et pérennisés, afin de
sauvegarder la ville sainte et soutenir la résistance de
ses habitants retranchés dans la première Qibla et le
troisième sanctuaire de l’Islam.
Conclusion :
Monsieur le
président, Chers frères et sœurs,
L’expérience de
l’Agence Bayt Mal Al Qods Asharif dans la ville sainte,
aussi courte soit-elle, donne la preuve de notre
capacité à déployer des efforts fructueux. Cependant les
déficits et la modicité des ressources de la ville
aggravant dangereusement la situation, plus que les lois
imposées par la municipalité israélienne. A titre
d’exemple, 80% des quartiers d’Al Qods reconnus en tant
que quartiers peuplés pourraient, à la faveur de fonds
suffisants, couvrir ce qui reste des 50% de leur
capacité d’accueil. De même, les écoles et les hôpitaux
autorisés actuellement pourraient être équipés, d’autant
plus que des institutions et des personnalités
résistantes d’Al Qods font montre d’un soutien total. La
proximité de la ville sainte des régions de l’Autorité
palestinienne nous permet de poursuivre notre action
sans tomber dans le piège d’enfreindre les lois de la
municipalité. Al Qods a besoin de plusieurs années de
travail de longue haleine, notamment à cause des lois
partiales imposées par les autorités d’occupation
israélienne de la ville. Il est à noter dans ce cadre
l’existence d’études et projets pertinents et
réalisables, si une enveloppe budgétaire est affectée à
cet effet. Ces initiatives sont de nature à consolider
la résistance du peuple palestinien dans les terres
saintes jouxtant la Mosquée Al Aqsa bénie, pour qu’il
soit en mesure de protéger les sanctuaires des arabes et
des musulmans, ainsi que leur patrimoine et
civilisation.
Wassalamou alaikoum
wa rahmatou Allah Wabarakatuh.
(*) Ambassadeur de Palestine au Maroc, Directeur général
de l’Agence Bayt Mal Al Qods Asharif.