Allocution de Son
Excellence
Pr Yahya Yakhlef(*)
Excellences,
Mesdames et
Messieurs,
Je voudrais, tout
d’abord, exprimer mes remerciements et ma considération
pour l’Organisation islamique pour l’Education, les
Sciences et la Culture (ISESCO) et l’ensemble des
participants, le gouvernement jordanien et la commission
nationale jordanienne pour l’Education, les Sciences et
la Culture. Je salue par la même ses efforts salutaires
qui tendent à protéger les sanctuaires islamiques et
chrétiens dans les territoires palestiniens occupés et à
mettre en exergue les dangers guettant la ville d’Al
Qods Asharif, notamment les tentatives de sa judaïsation
et d’altération de son cachet et de son tissu social, la
profanation de ses sanctuaires et son isolement du reste
des terres palestiniennes.
Lorsque nous
évoquons Al Qods et ses sanctuaires islamiques et
chrétiens, notre pensée va, dans cet instant même, à un
dirigeant et figure emblématique, à l’un des fervents
défenseurs de l’arabité et du cachet islamique de la
ville sainte : le Président Yasser Arafat qui a placé Al
Qods au cœur même de son esprit et de son âme, répétant
jusqu’au dernier souffle : il n’existe pas entre nous,
et il ne nous appartient pas, d’aucuns qui céderaient
une once de la ville d’Al Qods.
La tenue de cette
deuxième Conférence internationale sur la protection des
sanctuaires islamiques et chrétiens en Palestine dans
cette conjoncture revêt une importance particulière,
d’autant plus que l’agression israélienne connaît une
escalade dans les différentes terres palestiniennes, et
prend une allure dangereuse dans la ville d’Al Qods.
Cette menace prend la forme de mesures d’occupation des
terres, avec l’élargissement des colonies, l’enclavement
de la ville, l’établissement du mur de séparation
raciste, l’interdiction aux Palestiniens d’accéder à la
Mosquée Al Aqsa pour y accomplir la prière,
l’élaboration de plans visant à nuire à la Mosquée, la
poursuite de politiques d’annexion, d’expansion et de
confiscation des terres et la mise en oeuvre du projet
de la Grande Al Qods qui annexe illégalement à l’Etat
hébreu des terres, des villes et des villages entourant
la ville sainte.
Ce sont là autant
de faits qui montrent que les convoitises sionistes ne
sont pas exprimées uniquement dans des déclarations et
des menaces proférées à travers les médias israéliens,
mais sont bien des mesures et des actes pratiques qui
perdurent et ont le soutien des Etats-Unis, violant la
légalité internationale et foulant au pied les règles du
droit international. La communauté internationale est,
quant à elle, impuissante devant ces actes d’Israël,
devenu désormais un Etat au dessus de la loi. Ainsi, le
défi auquel nous devrons faire face aujourd’hui ne doit
pas être pris à la légère ou relevé à coup de joutes
oratoires, de slogans ou de communiqués de dénonciation.
Il est ainsi nécessaire de traiter la situation actuelle
en engageant une réflexion sur des décisions et des
mesures pratiques pour donner un coup d’arrêt à la
catastrophe qui nous frappe. Nous ne pouvons dénoncer
les actes des forces de l’occupation israélienne, sans
doter les personnes mobilisées à Al Qods des moyens de
résistance nécessaires.
De ce fait, la
cristallisation de cette deuxième conférence
internationale autour de la mise au point d’un plan
médiatique pour faire connaître les affres que subit Al
Qods constitue une contribution efficiente dans la
protection de la ville et de ses sanctuaires. Il s’agit
là d’une initiative louable qui doit être confortée par
d’autres efforts, afin de donner à la ville sainte la
place qui lui échoit, mettre cette question à la tête
des préoccupations arabes, islamiques et internationales
et lui réserver une partie dans l’agenda des Nations
Unies, des conférences et rencontres internationales et
dans les centres d’intérêt de l’opinion publique
internationale.
Nous nous devons
également d’appeler la communauté internationale à
respecter ses engagements quant à la protection de la
légalité internationale et l’établissement d’un statut
juridique de la ville d’Al Qods, en tant que territoire
occupé auquel s’applique les résolutions du Conseil de
Sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU. Ces
décisions prohibent l’occupation de terres par la force
; et interdisent aux forces occupantes de prendre une
quelconque mesure à même de porter atteinte au cachet
unique de la ville sainte et aux droits civils de ses
habitants.
L’élaboration d’un
plan médiatique global et intégré, destiné à l’opinion
publique internationale, et corroboré par les
dispositions du droit international et de la légalité
internationale, sera le prélude à de nouvelles
perspectives pour la protection de la ville et ses
sanctuaires et le renforcement de la résistance des
habitants d’Al Qods.
Mesdames et
Messieurs,
L’Organisation de
la Libération de la Palestine et l’Autorité nationale
palestinienne placent la question d’Al Qods au cœur des
priorités de la politique palestinienne. Nous
confrontons aujourd’hui l’une des formes les plus
abjectes des agressions militaires et des pratiques
racistes israéliennes qui visent à acculer le peuple
palestinien à céder, à accepter de maigres solutions et
à abandonner ses droits nationaux. Nous rappelons, à cet
égard, que lors des dernières négociations, la direction
palestinienne est demeurée attachée aux droits et
constantes nationaux. De même, durant la rencontre de
Camp David, qui s’est déroulée sous l’égide du président
Clinton, le dirigeant et symbole Yasser Arafat a refusé
catégoriquement de céder la ville d’Al Qods et la
question des réfugiés, au risque d’être puni par une
attaque militaire qui a consacré la réoccupation de
l’ensemble des territoires de l’autorité nationale
palestinienne. En réaction à sa position, le président
palestinien a été puni et assiégé dans son quartier
général à Ramallah et considéré par Israël et les
Etats-Unis comme une personne qui n’est nullement
concernée par le processus de paix.
Cependant, ces
frappes militaires et ce blocus ignoble imposé au peuple
palestinien, dans les territoires occupés, n’ont pas
entraîné une défaite politique ou fait fléchir la
volonté inébranlable des Palestiniens, qui sont restés
attachés à leurs droits constants et inaliénables : le
droit du retour des réfugiés, le droit à
l’autodétermination et le droit à l’établissement d’un
Etat palestinien indépendant avec Al Qods Asharif comme
capitale.
L’Autorité
nationale palestinienne place la cause palestinienne au
cœur de ses préoccupations et fait face à cette
agression par la consolidation de la culture de la
résistance, le respect des dispositions de la légalité
internationale et du droit international, l’Intifidah,
la résistance, l’action politique, l’action diplomatique
et le renforcement des initiatives juridiques. Nous
avons ainsi soumis la question du mur de séparation
raciste à la Cour internationale de justice à La haie, à
l’Assemblée générale des Nations Unies et nous avons
obtenu des décisions justes qui ont un pouvoir juridique
et éthique. Nous avons alors considéré que ces gestes
font partie de notre combat pour protéger notre cause.
La mise à profit du
droit international est une tâche de grande envergure
qui nous incombe. Nul doute que l’élaboration d’un plan
médiatique intégré visant à placer la question d’Al Qods
dans l’agenda des grandes rencontres internationales et
à la consacrer chez l’opinion publique internationale
constitue un pas sur la bonne voie.
Je voudrais
rappeler, à cette occasion, le rôle que peut jouer
l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences
et la Culture (ISESCO), en coopération avec l’autorité
nationale palestinienne, l’Organisation arabe pour
l’Education, la Science et la Culture (ALECSO) et les
pays arabes dans la protection de la question d’Al Qods
et les institutions éducatives et culturelles en
Palestine, grâce à ses relations avec les organisations
internationales, particulièrement l’UNESCO qui se doit
de remplir ses engagements vis-à-vis de la ville sainte,
vu qu’Al Qods est classée par cette organisation comme
ville disposant d’un patrimoine culturel en péril, à
cause de l’occupation et de la guerre.
Nous devons prendre
pleinement conscience des tentatives israéliennes visant
à détourner à son profit des décisions et des rapports
de l’UNESCO. En effet, a été publié récemment un rapport
publié par une commission dépêchée par le Directeur
général de l’UNESCO à Al Qods et faisant usage d’une
terminologie sioniste, qualifiant la Mosquée sainte d’Al
Qods du Mont du Temple (Al Haykal).
Nous avons réussi,
en coopération avec l’ISESCO, l’ALECSO et le groupe
arabe au sein de l’UNESCO, à avoir l’engagement du
Directeur général de l’UNESCO, quant à la correction de
cette grave erreur. Cet incident sonne le tocsin d’un
véritable danger et attire notre attention sur la
nécessité de fédérer les efforts et les actions pour
renforcer notre présence au sein des différents centres
de pouvoir internationaux.
Je vous adresse
encore une fois mes sincères salutations, au nom de
l’OLP et de l’Autorité nationale palestinienne et salue
vos efforts louables visant la protection de la ville
d’Al Qods et les sanctuaires islamiques et chrétiens.
Nous devons nous armer tous d’espoir et nous devons
avancer pour relever les défis, l’opinion publique
internationale et la conscience humaine. D’aucuns
certainement de par ce monde restent attachés à la paix
et à la justice et aux valeurs humaines.
Je souhaite aux
travaux de notre conférence succès et réussite.
Wassalamou
alaikoum.
(*) Ministre de la Culture de l’Etat de Palestine.