L’avenir d’Al Qods et la problématique
de la protection juridique des sanctuaires
Dr Mohamed Taj Eddine Al Houssaini(*)
Introduction
Nul doute que la question de l’avenir d’Al Qods, et en
particulier ses symboles religieux islamiques et
chrétiens, constitue un point nodal dans le conflit
politico-religieux, surtout que Palestiniens et
Israéliens la considèrent comme étant la capitale de
leur Etat. Mais en dépit de tous les appels de
judaïsation auxquels s’accroche Israël, Al Qods Est
restera une ville arabe et islamique bien enracinée,
depuis que le Calife Omar Ibn Al Khattab a reçu ses
clefs, en 638 de l’ère chrétienne. Elle est aussi la
première qibla, le troisième lieu saint de l’islam et le
lieu de l’Ascension du Prophète Sidna Mohammed, Paix et
bénédiction sur Lui.
Musulmans et chrétiens ont beau clamé son statut
religieux et sa stature historique et civilisationnelle,
les tentatives sionistes ne manquent pas d’affubler leur
occupation de la ville sainte de prétextes prétendant
l’existence de symboles religieux juifs. Ce faisant,
Israël transforme le conflit politique pour la
souveraineté sur la ville en une bataille religieuse qui
risquerait, à terme, de déboucher sur une grave
confrontation entre les adeptes des religions. La
situation pourrait ainsi précipiter l’humanité tout
entière dans une guerre pernicieuse dressant les
religions révélées les unes contre les autres, et jetant
tout le monde dans les bourbiers du racisme et de
l’extrémisme.
Les milieux extrémistes en Israël ne rechignent plus à
vociférer des menaces franches de faire exploser les
monuments islamiques d’Al Qods avec, en tête, la Mosquée
Al Aqsa et le Dôme du Rocher. Ces menaces, qui devraient
être, désormais, prises au sérieux, incitent à une
action sincère pour la recherche des meilleurs moyens
susceptibles d’assurer la protection réelle des lieux
sacrés.
Nous sommes foncièrement persuadés que la protection
réelle de ces monuments ne saurait aboutir qu’en mettant
un terme à l’occupation avec le retour d’Al Qods Est à
la souveraineté arabe. Toutefois, les derniers
développements nous incitent à davantage de vigilance.
Le report de l’examen de la question d’Al Qods jusqu’au
dernier round des négociations, la suspension carrément
de ces négociations, la décision prise par le
gouvernement de Sharon sur le retrait unilatéral de la
bande de Gaza et le refus net de l’enterrement de la
dépouille du dirigeant Yasser Arafat à Al Qods Est, sont
autant de signaux de mauvaise augure, qui confirment que
la position israélienne ne verse que dans davantage
d’obstination et d’intransigeance.
Les scénarios du compromis relatif à Al Qods semblent
tourner en rond, oscillant entre l’espérance et le
désespoir, et c’est l’aboutissement de l’un d’entre eux
qui déterminera, en définitive, si la ville sainte se
transformera vraiment en un symbole de tolérance et de
coexistence ou en une braise attisant davantage de
tension et de conflit.
Abstraction faite de ces considérations, et au-delà de
la durée temporelle que prendrait l’aboutissement d’une
solution définitive, Israël continue de s’appliquer,
d’une manière sans précédent, à dénaturer et à detruire
les monuments religieux islamiques et chrétiens dans la
ville. Et il prend l’œuvre au sérieux en mettant à
profit le facteur temps pour mettre musulmans et
chrétiens, et le peuple palestinien avant tout, devant
le fait accompli.
Ce sont là les enjeux qui nous imposent, au-delà de tous
les scénarios de compromis à venir, de réfléchir
sérieusement aux meilleurs moyens qu’il importe de
mettre à contribution sur les plans juridique et
médiatique pour voler à la rescousse des sanctuaires
islamiques et chrétiens en Palestine.
La présente communication tentera d’examiner ces
interrogations à travers deux axes : Le premier pose la
problématique de l’avenir d’Al Qods à travers une
approche objective des scénarios à venir, tandis que le
second définit la nature des mécanismes juridiques et
médiatiques, qui devraient appuyer la coopération
islamo-chrétienne pour la sauvegarde de l’identité de la
ville sainte et la protection de ses symboles, afin
d’être effectivement un repaire de coexistence
civilisationnelle et religieuse entre les trois
religions monothéistes.
Premier volet
Scénarios de l’avenir de la ville sainte
Assurément, les scénarios dont on pourrait envisager
l’éventualité dans l’avenir semblent tourner en rond,
alternant espérance et désespoir. Les scénarios de
l’espoir sont tributaires de la mise en œuvre des
principes de la justice, et de l’équité et du respect
des règles du droit international et des résolutions des
Nations unies. Bref, les scénarios de l’espoir ne sont
que l’émanation de la légalité internationale, que ce
soit aux niveaux du principe du partage ou de
l’internationalisation.
Quant aux scénarios du désespoir, ils ne peuvent être
que la consécration et la pérennité de la situation
actuelle avec son lot de colère, d’occupation et de
reniement des droits du peuple palestinien et des mondes
islamique et chrétien. Que ces tendances s’ouvrent sur
l’éventualité de séparer le religieux d’avec le
politique ou qu’elles se limitent à consacrer Al Qods
comme capitale éternelle d’Israël, leur simple
continuité n’augure pas seulement de rupture, mais elle
est porteuse d’une menace réelle pour la sécurité
régionale et internationale.
1. Scénario de l’internationalisation
Les racines de ce scénario remonte à la résolution 181
qui, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies,
en date du 29 novembre 1947, stipule qu’Al Qods soit une
zone séparée (corpus separatum), située entre deux
Etats arabe et hébreu et soumise à un régime
international spécial. En vertu de cette résolution,
elle serait administrée par les Nations unies à travers
un Conseil de tutelle, mis en place à cette fin. Le
retour aux attendus de cette décision fait ressortir que
les limites d’Al Qods, soumise à l’internationalisation,
regroupent la municipalité d’Al Qods et les villages
alentour et s’étendent d’Aboudis à l’est jusqu’à En
Kerem (Ain Karam) à l’ouest, et de Bethléem au sud
jusqu’à Shufat au nord(1).
Quoique la résolution des Nations unies ne fut ni
abrogée ni modifiée par la suite, elle n’a pas été mise
en œuvre ultérieurement, non plus. Les Palestiniens,
représentés par le Sommet des Etats Arabes avaient
immédiatement rejeté ladite résolution. Israël, qui
avait proclamé la création de l’Etat hébreu, avait déjà
occupé une superficie géographique allant au-delà de ce
que le plan de partage considérait comme étant soumis à
sa souveraineté.
La signature d’un accord d’armistice et la consécration
de la souveraineté jordanienne sur la Cisjordanie et Al
Qods Est, à l’époque, ont fait que la résolution des
Nations unies soit dépassée de facto.
Abstraction faite des positions exprimées par
l’Assemblée générale des Nations unies dans ses
résolutions, aucune des parties du conflit
arabo-israélien ne s’attache à la question de
l’internationalisation, qu’elle ne se pose même pas
dans le débat. N’empêche que nous pouvons, tout de même,
discerner une position qui, ne divergeant pas beaucoup
de l’idée de l’internationalisation, a été exprimée par
le Pape Jean Paul II à l’occasion de l’audience qu’il
avait accordée au Souverain marocain, feu SM Hassan II,
président du Comité Al Qods : "Il me paraît que la ville
sainte représente, en fait, un patrimoine sacré pour les
adeptes des trois religions révélées, ainsi que pour le
monde entier et, en premier lieu, pour les habitants
d’Al Qods. Nous devrions discerner ce nouveau souffle et
cette nouvelle tentative en oeuvrant, non pas pour la
désunion, mais pour traduire dans les faits une
fraternité transcendante pour parvenir, avec l’aide de
Dieu, à une solution qui serait, peut-être, unique en
son genre, mais sur la base d’une solution
inter-religieuse, définitive et sécurisée fondée sur le
respect des droits de tous"(2).
Cette solution unique en son genre pourrait-elle servir
de cadre nouveau d’internationalisation ou alors la
vision de l’Eglise catholique éluderait-elle toute
considération politique et séculaire, considérant que la
solution escomptée tient uniquement au droit des adeptes
des trois religions révélées d’accomplir librement leurs
rituels dans la ville sainte ?
Cette dernière explication peut paraître plus conforme à
la position de l’Eglise catholique, qui a signé un
accord avec Israël, malgré l’occupation d’Al Qods par ce
dernier, afin de s’assurer la protection des sanctuaires
chrétiens, en plus de l’échange culturel et de
l’établissement complet des relations diplomatiques.
Ce qui démontre que l’Eglise n’est pas disposée à jouer
un rôle déterminant dans la résolution de la question
d’Al Qods, suivant le modèle international, ou selon
n’importe quel autre modèle, est l’engagement du Vatican
à marquer ses distances avec tous les conflits
séculaires ; un principe qui concerne particulièrement
les conflits au sujet des territoires et des
frontières(3).
2. Scénario du partage
Ce scénario est lié à l’éventualité de retourner à la
situation antérieure à l’agression de juin 1967, quand
Israël avait occupé Al Qods Est. C’est un scénario qui
s’appuie, d’une part, sur les principes de la légalité
internationale telle qu’exprimée par les résolutions de
l’Assemblée général et du Conseil de Sécurité de l’ONU
et, d’autre part, sur la littérature de l’Organisation
de libération de la Palestine, qui a toujours considéré
que l’objectif de son combat consiste en la création de
l’Etat palestinien indépendant avec Al Qods comme
capitale. En dépit du fait que les différentes positions
palestinienne, arabe et islamique parlent d’Al Qods sans
faire de distinctions entre ses parties Est et Ouest, il
a toujours été clair qu’il s’agit de la partie Est
occupée par Israël, à partir de 1967, surtout après que
l’Organisation palestinienne eut accepté la résolution
242, adoptée par le Conseil de Sécurité, et reconnu
l’existence de l’Etat d’Israël.
Il a été également constaté, à l’échelle arabe, que la
Déclaration finale du congrès de la Ligue des Etats
arabes, tenu en 1998 au Caire, avait utilisé, pour la
première fois, le terme "Al Qods arabe" en référence à
Al Qods Est, en évoquant la création de l’Etat
palestinien.
La position qui consiste à considérer Al Qods Est comme
étant capitale de l’Etat palestinien est en fait en
complète conformité avec les résolutions des Nations
Unies.
L’Assemblée générale a adopté, le 4/7/1967, une
résolution appelant Israël à suspendre toutes les
mesures visant à modifier le statut d’Al Qods et à
s’abstenir de les entreprendre dans l’avenir(4).
L’Assemblée générale et le Conseil de Sécurité ont
également considéré que l’organisation d’un défilé
militaire à Al Qods Est est un acte illégal et appelé
Israël à ne pas le faire(5).
Dans sa résolution adoptée, le 21/5/1968, le Conseil de
Sécurité a aussi souligné, au sujet d’Al Qods, que
l’occupation des territoires par l’invasion militaire
est un acte illégal, et appelé Israël à s’abstenir
d’entreprendre toute action de nature à modifier le
statut d’Al Qods(6).
La même tendance a été réitérée dans la résolution
adoptée par le Conseil de Sécurité, suite à l’incendie
de la Mosquée Al Aqsa, considérant Israël comme un Etat
occupant d’Al Qods, et l’appelant à appliquer toutes les
résolutions relatives à la ville sainte(7). Et c’est ce
qui a été également soulignée dans les résolutions de
l’Assemblée générale et de certaines organisations
spécialisées du système des Nations unies, avec l’UNESCO
en tête.
La position du Conseil de Sécurité a été beaucoup plus
claire lorsqu’il a adopté, le 20/8/1980, une résolution
dans laquelle il ne reconnaît pas le statut israélien au
sujet d’Al Qods et appelle les Etats à retirer leurs
missions diplomatiques de la ville sainte(8).
De façon générale, on pourrait affirmer que les Nations
unies ont commencé, à partir de 1967, à considérer la
partie Est d’Al Qods comme étant un territoire
militairement occupé et que l’Etat occupant se doit,
dans ce cas, de respecter les dispositions du droit
international, dont les conventions de Genève de 1949.
Il est aussi à constater que les Nations unies se sont
appliquées à condamner toutes les mesures entreprises
par Israël au sujet d’Al Qods Est, qu’elles soient
d’ordre administratif, politique ou militaire. Il est
également à rappeler que ces résolutions ont exprimé la
volonté de la communauté internationale dans son
ensemble, dans la mesure où elles ont été adoptées par
une large majorité, sans opposition dans la plupart des
cas et à l’unanimité pour la plupart des résolutions
adoptées par le Conseil de Sécurité.
Ainsi, l’on pourrait dire que le scénario du partage
s’appuie sur une référence solide dans le droit
international et sur un soutien total de la part des
Nations unies. Car, l’occupation militaire n’autorise
pas le transfert de la souveraineté, de ceux qui ont la
souveraineté légale sur la région, à l’Etat occupant,
mais elle lui accorde des pouvoirs provisoires lui
permettant d’administrer la région sous occupation. Et
si Israël s’est ingénié à justifier l’annexion d’Al Qods
en échafaudant des théories ayant trait à l’occupation
d’un vide de souveraineté, la défense légitime
préventive ou à l’absence de fondement juridique
d’acquisition antérieure, le droit international a
néanmoins suffisamment dévoilé l’incohérence et la
précipitation de ces thèses, qui ne s’appuient sur aucun
fondement juridique(9).
On est maintenant tenté de nous interroger si la
déclaration des principes et l’accord de la période
transitoire entre les parties israélienne et
palestinienne pourraient-ils permettre la récupération
d’Al Qods Est pour qu’elle soit la capitale de l’Etat
palestinien ? L’accord de la période transitoire, signé
par les deux parties, le 28/9/1995 à Washington, fixe la
date du 4/5/1996 pour entamer ces négociations pourvu
qu’elles englobent l’examen de tous les thèmes n’ayant
pas été traités dans la déclaration des principes avec,
en premier lieu, la question d’Al Qods. L’article trois
de l’accord de déclaration des principes stipule, aussi,
la tenue d’élection libres, directes et générales pour
l’établissement d’une autorité gouvernementale
palestinienne autonome et transitoire appelée "Conseil
élu". Le paragraphe suivant du même article parle d’un
accord spécial définissant le caractère et les
conditions des élections conformément au protocole en
premier annexe à l’accord de principes, dont le premier
article stipule que "les Palestiniens d’Al Qods, qui y
sont établis, auront le droit de participer à
l’opération électorale en vertu d’un accord entre les
deux parties". Le deuxième annexe de l’accord de la
période transitoire souligne également le droit des
Palestiniens d’Al Qods de prendre part aux élections en
tant qu’électeurs et en tant que candidats.
Les développements que le dossier du conflit
palestino-israélien, suite à l’échec de toutes les
initiatives de règlement y compris la feuille de route
proposée par l’administration américaine, ont démontré
qu’Israël continuera d’imprimer davantage d’escalade à
son refus catégorique de tout partage de la ville.
L’orientation solitaire de l’administration de Sharon,
telle qu’illustrée par la décision du retrait unilatéral
de la bande de Gaza, confirme, encore une fois, cette
position, d’ailleurs tout comme le confirme le refus
d’inhumer la dépouille du dirigeant Yasser Arafat à Al
Qods Est, ou l’attachement à refuser la possibilité de
la participation des habitants d’Al Qods à l’élection du
président palestinien, qui devrait avoir lieu, durant
les prochaines semaines.
Toutefois, et en dépit de toutes ces entraves, le fait
de se fier à la légalité internationale et
particulièrement à l’application des résolutions 242 et
388 du Conseil de Sécurité, y compris l’acceptation par
Israël du principe du retrait des territoires occupés en
1967, place la question d’Al Qods Est à la tête des
priorités, lors des négociations finales.
Partant de ces données, il est clair que l’hypothèse de
la mise en œuvre du plan de partage et la récupération
d’Al Qods Est par les Palestiniens est une hypothèse
plausible, tant du point de vue des principes du droit
international tels que confirmés par les résolutions des
Nations unies, qu’au niveau du cadre des négociations
choisi par les Israéliens et les Palestiniens. Le seul
obstacle devant la réalisation de cette option est la
position intransigeante du gouvernement israélien, lors
de la phase finale des négociations. Cette position
portera le combat de son cadre juridique vers un cadre
nouveau, qui consisterait à rechercher les moyens
susceptibles de redresser le dysfonctionnement qui
affecte la situation de l’équilibre des forces en place
dans la région. Car, c’est le résultat de toutes les
négociations qui traduit, en définitive, la meilleure
expression de l’équilibre des forces entre les parties
au moment des tractations.
3. Scénario de la situation en place
Lorsque Israël a occupé Al Qods Est, dans le sillage de
la guerre de juin 1967, il a entrepris toutes les
mesures visant à modifier le statut juridique d’Al Qods
et sa composition politique et démographique.
Ainsi, la Knesset a-t-elle apporté des amendements à la
loi et à la juridiction israéliennes pour permettre
leur application, à travers des ordres du gouvernement,
dans l’ensemble des régions considérées comme faisant
partie de "la terre d’Israël". Les statuts des
municipalités ont également connu des amendements de
nature à leur permettre d’élargir leurs limites.
Chose faite, le gouvernement israélien a émis l’ordre
d’appliquer la loi israélienne dans Al Qods Est et
ordonné l’annexion de la partie Est à la zone de
commandement de la municipalité de la ville, située dans
la partie Ouest d’Al Qods. Il a autorisé l’octroi de la
nationalité israélienne aux habitants palestiniens s’ils
la demandent, quant aux habitants d’Al Qods ne portant
pas cette nationalité, ils avaient le même statut que
ceux qui détiennent un permis de séjour permanent.
La situation allait, toutefois, atteindre son apogée
quand, en 1980, Israël a formulé le statut qui porte le
nom de "Jérusalem capitale d’Israël". Ce statut confère
à l’opération de l’annexion de la ville un caractère
officiel, en stipulant qu’elle est unie et qu’elle est
la capitale d’Israël et qu’elle constitue, avec ses deux
parties (Est et Ouest), le siège du président de l’Etat,
de la Knesset, du gouvernement et de la Cour suprême(10).
Sur ce sujet, les positions des partis politiques
israéliens ne divergent absolument pas. Le parti
Travailliste souligne parmi ses principes adoptés à la
veille des élections de la Knesset, en 1992, qu’"Al Qods
et son environnement ne constituent pas une question
politique ou sécuritaire, mais elle représente l’âme du
peuple juif et la capitale d’Israël et elle restera unie
sous la souveraineté israélienne"(11).
La position du parti du Likoud ne diffère pas du
programme du parti travailliste en soulignant, pour sa
part, qu’"Al Qods est la capitale éternelle d’Israël, et
qu’elle est une ville qui ne peut faire l’objet de
partage et qu’elle garantit à toutes les religions la
liberté d’accès aux lieux saints".
Dès lors, le fait que les Israéliens aient accepté
d’inscrire la question d’Al Qods à l’ordre du jour des
négociations finales n’a été, semble-t-il, qu’une
opération tactique qui rentre dans le cadre de la
stratégie globale d’Israël, consistant à avaliser la
situation en place et à la conforter face aux autres
parties.
Sur le plan pratique, nous remarquons que le
gouvernement du Likoud ne fait que suivre la voie tracée
par les gouvernements précédents, c’est-à-dire, reporter
les négociations sur Al Qods le plus longtemps possible,
mais œuvrer, en même temps, à consacrer le caractère
israélien dans la géographie et la démographie de la
ville. C’est dans ce sens qu’Israël continue les travaux
de construction dans les divers environs de la ville, en
mettant en place des voies de contournement.
Le plan de construction entamé à Djbel Abou Ghneim
constitue une mesure supplémentaire, visant à bâtir six
blocs d’habitation dédiés à resserrer l’étau de la
ceinture des habitations israéliennes autour d’Al Qods
pour l’isoler complètement de la Cisjordanie.
Ce statut qu’Israël impose est rejeté par la communauté
internationale, du fait qu’il est contraire aux
principes du droit international. D’ailleurs, la plupart
des ambassades étrangères ont refusé le transfert de
leur siège à Al Qods et nombre de pays ont ouvert deux
consulats, l’une à Al Qods Ouest et, l’autre, à Al Qods
Est. Mais, le développement dangereux de cette question
est lié au changement radical de la position américaine
vis-à-vis de cette affaire. En effet, l’administration
américaine commence à marquer des revirements par
rapport aux principes de la légalité internationale, qui
a été admise depuis l’ère du président Carter, et, en
particulier, par rapport à la question d’Al Qods et à
l’autorité géographique. Aussi l’administration
américaine s’est-elle rétractée de la teneur de la
lettre de garanties, présentée à la partie palestinienne
lorsqu’elle avait assuré dans un document publié, en
juillet 1993, que "la question d’Al Qods ne saurait être
examinée, durant la période transitoire". Or, la
position américaine se range actuellement du côté de la
thèse d’Al Qods unifiée et accepte la souveraineté
israélienne sur la ville, en s’inscrivant en faux contre
son attachement proclamée aux résolutions de la légalité
internationale(12).
Il est un fait patent que, dans le sillage de la
rivalité continue entre les républicains et les
démocrates, l’administration américaine, de n’importe
quel parti soit-elle, demeure assujettie aux pressions
du lobby israélien. Ceci étant, les deux parties
considèrent Israël comme étant un allié stratégique des
Etats-Unis d’Amérique et que son soutien s’inscrit dans
le cadre de la défense des intérêts vitaux
américains(13).
Le vote du Congrès américain et son approbation du
transfert de l’ambassade US à Al Qods, conjugué aux
développements rocambolesques que connaît la position
américaine officielle, au sujet de son soutien à
l’occupation de la ville sainte par Israël,
particulièrement après les événements du 11 septembre
2001, sont de nature à relever une série
d’interrogations sur la crédibilité de la partie
américaine, en sa qualité de parrain du processus de
paix, et sur son rôle d’arbitre neutre, impartial et
objectif dans le conflit.
L’on pourrait dire que le scénario de la situation en
place risquerait de perdurer à la lueur de la
conjoncture internationale actuelle, marquée par le
déséquilibre global des rapports de force en faveur des
Etats-Unis. Car, le système de la mono-polarité ne
signifie pas uniquement le monopole de la puissance
militaire et stratégique des Etats-Unis par rapport aux
autres rivaux. Mais il dénote, aussi, de la capacité des
Etats-Unis de pratiquer leur ingérence directe dans
n’importe quelle région du globe, voire sa propension à
adapter les principes de la justice, de l’équité et du
droit à l’autodétermination, selon l’acception qui
servirait au mieux ses intérêts et ceux de ses alliés.
Est-ce à dire, pour autant, que la situation en place
est une fatalité pour le peuple palestinien et, derrière
lui, pour tous les musulmans et toute la communauté
internationale, qui devraient en subir les conséquences
?
Nul moyen d’y remédier à moins d’entamer une refonte
sérieuse des mécanismes de la solidarité arabo-islamique
et de gagner à sa cause de nouveaux alliés, l’Union
européenne en premier ordre, tout en tenant compte de la
réalité du rôle décisif des Etats-Unis, qu’il faudrait
mettre à profit de façon positive.
Au delà de ces considérations, toute éventualité
d’inverser la tendance actuelle de la situation en place
est tributaire de la nature de la stratégie que le
négociateur palestinien mettra en place, lors de la
phase des tractions sur le statut final et des moyens de
pression dont il dispose pour rétablir l’équilibre. Il
va sans dire, que ces moyens ne sont pas l’apanage
exclusif des Palestiniens, mais ils devraient être
fournis et appuyés par les Arabes et les musulmans,
ainsi que par les efforts généreux de la communauté
internationale, l’Union Européenne en tête.
4. Scénario de la ville ouverte
En plus de ces orientations, qui s’appuient tantôt sur
des données de la réalité, tantôt sur les principes du
droit et de la loi, d’autres idées émergent sur
l’éventualité de faire d’Al Qods une ville ouverte. Un
des représentants du peuple palestinien avait même
soutenu que les Palestiniens pourraient accepter qu’Al
Qods reste unifiée, garantissant le droit d’entrée à
tous, pourvu qu’Israël reconnaisse le principe de la
souveraineté palestinienne sur les territoires de la
Cisjordanie, de Gaza et de la partie Est de la ville
sainte.
M. Ahmed Qorei a affirmé qu’il est possible de parvenir
à un quelconque accord au sujet d’Al Qods, y compris la
possibilité d’instaurer une administration municipale
commune, si Israël acceptait le principe de la
souveraineté palestinienne, soulignant que le concept de
la souveraineté constitue la clé de voûte de tous les
problèmes en suspens.
S’il est vrai que le représentant palestinien a assuré
que les négociations qui ont abordé, jusqu’ici, la
question d’Al Qods ne revêtent aucun caractère officiel,
il n’en demeure pas moins qu’elles ne furent pas une
simple gymnastique mentale.
Dans la même optique, M. Sari Nsibeh, un des habitants
d’Al Qods proche de feu Yasser Arafat, considère que les
négociations non-officielles au sujet d’Al Qods
pourraient aider lors des tractations sur la solution
définitive, y compris l’éventualité de maintenir Al Qods
matériellement unifiée, même si elle est politiquement
partagée.
Cette idée émane de l’éventualité de diviser la ville en
Conseils locaux autonomes ayant des représentants au
Conseil municipal central, pourvu que les Palestiniens
et les Israéliens constituent des sous-municipalités
chargées de l’administration et de la gestion des
affaires des Conseils locaux. Le Conseil central serait
chargé du contrôle des activités et des décisions des
sous-municipalités palestiniennes et israéliennes, et
serait responsable de la planification et de la
distribution de l’eau etc., Dans ce schème, ajoute
encore cet habitant d’Al Qods, les zones israéliennes de
la ville sainte seraient soumises à la législation
israélienne, tandis que la législation palestinienne
serait appliquée à Al Qods Est, pourvu que les citoyens
palestiniens et israéliens aient la liberté totale de
circuler à l’intérieur de la ville sainte, à la faveur
de la mise en place de toutes les mesures du contrôle
sécuritaire.
Et si jamais la question sécuritaire devait poser tant
de problémes dans une pareille ville ouverte, Sari
Nsibeh propose qu’Al Qods soit carrément une ville
démilitarisée puisqu’elle est, au départ comme en
définitive, une cité de paix.
En scrutant pareilles propositions, on ne saurait
s’abstenir de les qualifier d’utopiques dans la mesure
où elles ne cadrent nullement avec aucune des positions
de principes proclamées, haut et fort, autant par les
Palestiniens que par les Israéliens, et demeurent sans
prises sur la réalité de ce qu’Israël impose sur le
terrain par la force des armes.
Dans une étude élaborée, en 1995, Dore Gold démontre que
la solution géographique et la solution municipale ne
peuvent être acceptables. La solution géographique, qui
consiste à morceler la ville en zones géographiques en
fonction de l’identité des habitants, pourrait créer des
divisions et des chocs violents en Israël. Quant à la
solution municipale, les Israéliens craignent qu’elle ne
se transforme en solution géographique susceptible
d’influer sur l’équilibre en place de la composition des
populations et de déboucher, par la même, sur la
souveraineté séparée(14).
En fait, cette vision laisse entrevoir une conception,
selon laquelle Al Qods serait une ville ouverte sur le
plan religieux, mais fermée sur le plan politique. Pour
Gold, la solution religieuse pourrait garantir les
intérêts religieux de toutes les croyances et
obédiences, surtout en matière de gestion des affaires
des sanctuaires. Certains Israéliens vont plus loin
encore dans cette thèse de la ville ouverte et
préconisent que les sanctuaires d’Al Qods soient érigés
en entités autonomes, placées sous la supervision des
représentants des trois religions, ou sous l’égide d’une
autorité internationale. Une pareille proposition
subtilise Al Qods des mains des Arabes et des musulmans
et, en particulier, des mains du peuple palestinien, qui
voit en Al Qods la capitale de l’Etat indépendant de la
Palestine, avec ses sanctuaires, ses richesses et ses
ressources humaines.
En passant en revue les différents scénarios de l’avenir
d’Al Qods, il apparait que les enjeux futurs du conflit
s’articulent essentiellement autour du choix à faire
entre la persistance de la situation en place, avec son
cortège de judaïsation et d’abolition de l’identité
religieuse et civilisationnelle de la ville sainte, et
l’orientation vers le partage de la ville sainte pour
que sa partie Est soit la capitale de l’Etat
palestinien. Et c’est cette dernière orientation qui
nous semble être le meilleur moyen de soutenir la
protection des sanctuaires islamiques et chrétiens en
Palestine.
Deuxième volet
Les moyens de soutenir les sanctuaires
sur les plans juridique et médiatique
L’évolution historique du conflit dans la région du
Moyen-Orient démontre qu’Israël a toujours été l’unique
bénéficiaire du facteur temps. En effet, il a occupé la
partie Ouest d’Al Qods, dès 1948, et mis sous sa coupe
la partie Est de la ville, en 1967. Et depuis, il n’a
pas cessé son escalade sur la voie de la judaïsation, de
la confiscation et de l’abolition. Il a démoli le
quartier Al Maghariba à Al Qods Est, rasé le quartier
arabe de Charaf, confisqué plus d’une centaine
d’hectares dans l’ancienne municipalité, incendié la
Mosquée Al Aqsa, en 1969, et entrepris une agression
militaire contre le Dôme du Rocher, en 1982. Il n’a pas,
non plus, cessé ses fouilles autour et au-dessous de la
Mosquée Al Aqsa, en dépit du fait que tous les monuments
qui s’y trouvent sont d’origine omeyyade. En revanche,
Israël continue de multiplier obstacles et embûches
devant les actions de restauration et d’entretien,
faisant fi des sentiments des musulmans et des
chrétiens, partout dans le monde.
Néanmoins, l’un des aspects les plus alarmants de la
judaïsation qu’entreprend Israël consiste en l’abolition
de l’identité palestinienne islamique et chrétienne d’Al
Qods.
Dans une conférence donnée à Paris sur le thème "Al Qods
: histoire et identité", feu Fayçal Husseini avait
indiqué que ces pratiques s’articulaient autour de trois
cercles :
1. L’isolation d’Al Qods de son environnement
palestinien ;
2. L’expulsion physique, le bouclage économique et
l’abolition identitaire des habitants d’Al Qods hors de
la ville sainte ;
3. La substitution des Palestiniens par les colons.
Assurément, l’abolition de l’identité des populations va
en parallèle avec les mesures d’annexion de la vielle
ville, la démolition des biens pieux relavant des waqfs
ou leur dépouillement de leur caractère religieux. Ces
mesures peuvent même aller jusqu’à prétendre à un droit
de propriété sur ces biens et sur les monuments
culturels et religieux, ou en dénaturer les sites et le
cachet, sinon en piller pratiquement les contenus pour
en transférer une grande partie vers les musées
israéliens.
Dans le premier volet, nous avions déjà signalé que le
meilleur moyen de soutenir et de préserver les
sanctuaires islamiques et chrétiens en Palestine
consiste à mettre fin à l’occupation et à assurer le
retour d’Al Qods dans le giron de la souveraineté
palestinienne. Toutefois, la rapidité que prend la
tournure des événements et la poursuite des mesures de
judaïsation et d’abolition imposent, désormais, aux
musulmans et aux chrétiens, partout dans le monde,
l’obligation de contribuer à l’élaboration d’une
stratégie globale et renouvelée pour la protection et
l’entretien des sanctuaires.
La moitié des habitants de la planète, soit près de
trois milliards d’âmes, sont de confessions musulmane ou
chrétienne. La problématique essentielle consiste,
aujourd’hui, à définir la manière avec laquelle on
pourrait sensibiliser tout un chacun au fait qu’il est
partenaire et membre actif dans l’opération de
sauvegarde des sanctuaires.
Il n’est plus admissible de poursuivre la tendance des
politiques actuelles, car leur poursuite équivaudrait
tout bonnement à tomber dans le piège du règlement
définitif, lequel piège est basé sur le gain de
davantage de temps pour parachever la judaïsation de la
ville sainte et la liquidation de tout le legs religieux
et civilisationnel musulman et chrétien qu’elle recèle.
La période actuelle interpelle les décideurs dans le
monde arabe et islamique et incite l’ensemble des
acteurs de la société civile à élaborer une stratégie
complémentaire pour pouvoir faire face, de manière
efficiente et objective, aux défis de l’époque actuelle,
avec tout ce que cette situation implique en terme
d’attentisme, d’arrogance de la part d’Israël, de
partialité de la part des Etats-Unis et d’indifférence
sur la scène internationale.
L’on pourrait définir certaines priorités d’actions sur
les plans juridique et médiatique comme suit :
1. Signature d’une convention pour la protection des
sanctuaires
L’avènement du droit international a connu, depuis la
création des Nations-unies, une importance capitale dans
la consécration des règles de ce droit dans le domaine
de la gestion des relations entre les Etats. Toujours
est-il, beaucoup de conventions internationales, comme
c’est le cas des conventions sur les droits humains, les
peuples et l’environnement, ont revêtu depuis un
caractère impératif dans la gestion de ces relations.
Néanmoins, les fondements juridiques du droit
international souffre encore de limites quant à la
protection des sanctuaires religieux et des lieux
saints. La Convention de La Haye, de 1904, considère les
sanctuaires religieux et les endroits sacrés parmi les
biens culturels, dont la protection s’explique par leur
valeur artistique, historique et religieuse pour
l’humanité entière.
L’article 27 de la Convention de La Haye de 1907 stipule
qu’"en cas de siège ou de bombardement, il faut prendre
toutes les mesures pour ne pas toucher aux édifices
aménagés pour la prière". La Convention de Genève de
1949 a, pour sa part, interdit de porter toute atteinte
aux lieux de culte, qui constituent un patrimoine
culturel et spirituel des peuples. L’article 53 de
ladite convention stipule qu’il est "interdit aux pays
occupants de détruire tout édifice et lieux immuables ou
mobiliers propres à des individus ou à des
collectivités, à moins que les opérations militaires ne
dictent impérativement la nécessité de cette
destruction".
A partir de ces données, il apparaît clairement que les
dispositions du droit international, qui est de genèse
européenne, n’ont pas réussi, jusqu’ici, à mettre des
règles rigoureuses pour la protection et l’entretien des
sanctuaires placés sous occupation ou sous des
conditions d’agression. Ces limites ont du certainement
avoir des effets néfastes sur les sanctuaires islamiques
et chrétiens en Palestine.
Dès lors, il est une obligation pour les pays
islamiques, par le biais de l’Organisation de la
Conférence islamique (OCI), de réfléchir sérieusement à
la conclusion d’une convention internationale ayant pour
objet unique la protection des sanctuaires, surtout
qu’il est un fait avéré qu’Israël exploite avec beaucoup
de malice les lacunes dont souffre le droit
international, jusqu’à présent.
Cette convention devrait reconnaître, dans son texte,
clairement et nettement que toute violation orientée
vers la sacralité des sanctuaires est un crime
international passible de sanctions, tout en déterminant
les conditions de ces sanctions autant pour les actes
individuels que pour les actes émanant des Etats.
Cette convention pourrait, par ailleurs, déléguer des
compétences directement au Tribunal pénal international
et au Conseil de Sécurité pour prendre des mesures
coercitives, y compris celles contenues dans l’article 7
de la Charte des Nations unies et ce, en raison de
l’importance extrême que revêtent les sanctuaires pour
les adeptes des trois religions monothéistes et du
rapport étroit qu’ils ont avec la menace de la paix et
de la sécurité internationale.
Les chances de la conclusion de cette convention et de
sa mise en œuvre sont très fortes, surtout si cette
proposition est adoptée par l’OCI, qui regroupe 57 Etats
membres, ainsi que par le mouvement des pays non-alignés
et les autres pays épris de paix dans le monde.
Les sessions de vote de l’Assemblée générale des Nations
unies, relatives au conflit du Proche-Orient,
constituent en fait un moyen supplémentaire pour les
chances d’aboutissement de cette convention. L’Assemblée
générale a, de coutume, voté en faveur de pareilles
conventions à la majorité écrasante qui avoisine
l’unanimité, à l’exception de l’opposition israélienne
et américaine dans la plupart des cas.
La conclusion de cette convention internationale
permettra de porter le mécanisme de sanction de
l’organisation de l’UNESCO au Conseil de Sécurité et de
transférer la compétence juridique de statuer sur les
crimes commis à l’encontre des sanctuaires d’une
juridiction interne à la juridiction internationale.
Il va sans dire que cette évolution remarquable est de
nature à constituer un instrument répressif face à
l’occupant israélien qui a été, jusqu’ici, le premier
bénéficiaire des lacunes qui entachent le droit
international.
2. Organisation des mécanismes du soutien matériel de la
protection des sanctuaires
Certaines études ont indiqué qu’une poignée de
capitalistes juifs aux Etats-Unis d’Amérique ont donné
des contributions en faveur de la judaïsation d’Al Qods,
dont la valeur dépasse de loin tout ce que les
gouvernements islamiques ont consentis pour la
sauvegarde du cachet islamique d’Al Qods(15).
Si cette assertion s’avérait juste, ceci voudrait dire
qu’il y a un véritable dysfonctionnement au niveau des
mécanismes de soutien que fournissent les pays
islamiques pour la protection des sanctuaires.
Ainsi, en dépit de l’existence de nombreuses
institutions qui déploient des efforts louables dans ce
domaine, comme c’est le cas de la Commission de
restauration de la Mosquée Al Aqsa, créée depuis 1954 en
vertu d’une loi jordanienne, ou du Fonds d’Al Qods, créé
en vertu d’une résolution de l’OCI, la plupart de ces
institutions souffre du caractère conjoncturel et
humoral des initiatives de soutien, outre l’absence de
mécanismes de coordination et du manque d’engagement
quant au recouvrement des contributions.
Les mécanismes de soutien de la protection des
sanctuaires ne se limitent pas uniquement aux dépenses
affectées aux opérations de restauration, de
reconstruction ou d’équipements, mais ils devraient
s’adresser également au soutien de la population
palestinienne pour ne pas céder ses territoires à
l’ennemi quelles que soient les tentations. Ils
s’étendent aussi aux mass-médias et aux activités des
organisations internationales spécialisées avec l’UNESCO
à leur tête. Ils peuvent aussi inclure les centres de
recherche concernés par les études historiques et
archéologiques dans l’objectif de mettre à nu les
allégations israéliennes et d’élaborer un Atlas
géographique minutieux, permettant de refléter la
situation réelle des sanctuaires avant et après
l’occupation israélienne, afin de dévoiler dans les
détails les visées du plan de judaïsation que prône
Israël. Ces mécanismes devraient également réfléchir sur
le financement d’une campagne de communication
internationale d’envergure, visant à jeter la lumière
sur les opérations perpétrées par les autorités
israéliennes à l’encontre de ces sanctuaires et à
dévoiler les tenants et aboutissants, ainsi que les
véritables intentions d’Israël dans le futur.
Ces initiatives ne sauraient porter leurs fruits, sauf
si les efforts étaient conjugués à travers
l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) pour la
mise en place d’un accord-cadre assurant la coordination
entre les institutions existantes, les gouvernements des
Etats membres et les organisations locales, qui
pourraient constituer, à l’avenir, la clé de voûte pour
les mécanismes de soutien.
Et pour que ces mécanismes puissent s’assurer un minimum
de régularité et de pérennité, l’Organisation pourrait
examiner avec les Etats membres toutes les possibilités
de prélèvement obligatoire, y compris celles ayant trait
au recouvrement de la dîme (zakat) et des impôts, en
veillant à intégrer ce genre de dispositions dans les
lois nationales des Etats membres.
La régularité et la pérennité des ressources, et
l’organisation des mécanismes de leur recouvrement dans
le cadre d’une convention qui, encadrée par
l’Organisation de la conférence islamique, serait
intégrée dans les lois nationales des Etats membres sont
autant de facteurs qui pourraient constituer une
véritable garantie pour la réalisation des objectifs
escomptés par les mécanismes précités, surtout que
l’administration américaine commence, depuis les
événements du 11 septembre 2001, à taxer de terrorisme
toute action islamique à caractère caritatif.
3. Mise en place d’un cadre juridique pour optimiser la
présence arabo-islamique en Occident
L’Organisation de la Conférence islamique et
l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences
et la Culture (ISESCO) et la Ligue des Etats arabes sont
toutes des institutions qui assument une responsabilité
essentielle dans ce domaine.
Les activités des organisations non gouvernementales
islamiques en Occident sont l’objet de beaucoup de
suspicions et de doutes, et nombre d’entre elles sont
taxées de soutien au terrorisme. Cette situation a
conféré davantage de difficultés aux actions à caractère
religieux ou civilisationnel, y compris celles dédiées à
la protection des sanctuaires.
Dès lors, l’encadrement juridique des activités dédiées
à la protection des sanctuaires s’avère nécessaire, à
travers son orientation par le biais de la
représentation officielle de ces organisations et le
renforcement de la coordination avec les missions
diplomatiques des pays islamiques en Occident.
L’on pourrait, à cet effet, imaginer les modalités et
les moyens permettant de mettre à profit le poids des
voix arabes chrétiennes en Occident, notamment à travers
le renforcement des rapports entre l’Eglise en Palestine
et l’Eglise en Occident, et surtout aux Etats-Unis. Dans
ce cadre, il est possible d’initier des programmes
visant à encourager l’Eglise en Palestine à accueillir
des délégations ecclésiastiques en provenance de
l’Europe, de l’Amérique et d’Australie pour leur
permettre de s’enquérir de visu de la situation des
sanctuaires dans les territoires palestiniens et de
l’ampleur des déformations et des destructions dont ils
font l’objet.
Nous devons savoir avec certitude que les dérives que
connaît l’intégrisme chrétien en Occident n’est en fait
que la résultante inévitable de son ignorance des
réalités et des faits historiques. Car, en tant que
victime de la manipulation délibérée de la part du lobby
sioniste, il devient un relais idéal de manipulation des
décideurs.
La contribution des Arabes chrétiens dans ce projet est
aussi vitale qu’efficiente. Davantage d’efforts devaient
normalement être déployés pour limiter l’exode des
chrétiens arabes vers l’Occident, car la poursuite de
cette hémorragie constitue une menace réelle autant pour
les droits des musulmans que pour ceux des chrétiens.
Cette contribution pourrait s’inscrire dans un cadre de
dialogue islamo-chrétien qui transcenderait les
rencontres conjoncturelles et éphémères, pour élaborer
les esquisses d’un plan cohérent pour la protection des
sanctuaires.
Lors d’une Conférence sur le dialogue islamo-chrétien,
qui a réuni une pléiade d’érudits des deux camps, en
octobre 2002 à Bahreïn, autour du thème "Le rôle des
religions dans la réalisation de la coexistence
pacifique dans les sociétés modernes", les participants
ont adopté une position claire au sujet d’Al Qods, en
mettant en garde contre "l’exploitation de la religion
comme paravent ou prétexte pour confisquer les biens ou
mener des agressions contre les hommes et les
sanctuaires, en particulier les sanctuaires des
musulmans et des chrétiens à Al Qods… "(16).
Ces Conférences devraient développer leurs mécanismes et
leur méthode de travail pour revêtir un caractère
institutionnel permettant d’éviter la répétition,
l’ambivalence et l’ambiguïté des objectifs. Chaque fois
que les parties concernées par ce dialogue (religieux,
historiens, sociologues…) parviennent à converger vers
une position commune au sujet des questions soumises au
débat, les résultats du dialogue deviennent des acquis
susceptibles d’être optimisés et mis à contribution, de
façon rationnelle et bien ficelée, pour la persuasion de
l’opinion publique en Occident.
4. Ré-élaboration d’une stratégie médiatique pour la
protection des sanctuaires
L’une des choses qui réchauffent le cœur, dans la note
présentée par l’ISESCO pour notre Conférence, consiste
en l’allusion claire à l’impératif d’élaborer les
grandes lignes du projet de plan médiatique visant à
faire connaître les questions d’Al Qods en Occident et à
en faire valoir les mécanismes d’application.
Nous avons tous la ferme conviction que le pouvoir des
médias commence à gagner effectivement de l’ampleur dans
le sillage de la mondialisation, à un moment où la
communauté internationale, en dépit de l’étendue de ses
horizons, est devenue pareille à un seul village global.
Le lobby sioniste en Occident, et aux Etats-Unis en
particulier, a réussi à asseoir sa mainmise sur de
nombreux mass-médias et à les orienter au service de ses
intérêts, en s’alliant avec l’intégrisme extrémiste
chrétien. Les enjeux de cet état de fait ont redoublé de
propension, suite aux événements du 11 septembre 2001,
au moment où le terrorisme, l’extrémisme et l’excès sont
devenus des accusations collées à tout ce qui a trait à
l’islam.
Dans ce nouveau climat, il est une obligation pour le
groupe islamique que de forcer son entrée dans l’espace
médiatique en Occident en s’appuyant sur de nouveaux
procédés basés sur le langage de la vérité sincère et de
la preuve persuasive et irréfutable.
Le cumul des acquis réalisés au niveau de la légalité
internationale, dont les résolutions des Nations unies
et du Conseil de Sécurité, peuvent en effet servir de
matière première qu’il importe d’exploiter à bon escient
dans le cadre d’une campagne médiatique visant à
expliciter les enjeux de l’agression israélienne contre
les sanctuaires. Cette campagne devrait tenir compte des
résultats du dialogue islamo-chrétien au sujet des
sanctuaires et mettre à profit les résultats des
recherches élaborées par les historiens, les géographes
et les sociologues au sujet des plans israéliens visant
à abolir l’identité palestinienne et à judaïser la ville
sainte. Elle peut également s’appuyer sur l’élaboration
d’un Atlas géographique, politique, économique et social
visant à expliquer avec moult détails les tenants et
aboutissants du plan de judaïsation imposé aux
sanctuaires islamiques et chrétiens, depuis 1948 jusqu’à
nos jours.
Ces exemples du message médiatique ciblant l’opinion
publique en Occident ne sauraient être pertinemment
élaborés qu’à travers la création d’une chaîne
satellitaire, s’adressant au monde occidental en anglais
et d’autres langues vivantes. Cette chaîne devrait
s’appuyer, par ses équipements et ses modes d’action,
sur les plus récentes découvertes en matière de
technologie de l’information, afin qu’il puisse avoir la
pénétrabilité et l’influence requises et lui permettre
un meilleur positionnement dans le paysage médiatique en
Occident, où la qualité et la concurrence sont les
maîtres-mots décisifs pour s’assurer une meilleure
audience.
Cette campagne de communication pourrait être lancée
même à travers les grandes chaînes de télévision
occidentales, notamment par l’achat d’espaces
télévisuels pour la diffusion de programmes et de spots
destinés à faire passer des messages clairs, à travers
des films documentaires et des analyses basés sur la
simplicité, la clarté et la persuasion par la preuve.
Les tribunes médiatiques sont devenues multiples et
diversifiées, et il serait nécessaire, en plus des
réalisations accomplies dans ce sens par l’OCI et
l’ISESCO, d’ouvrir d’autres sites sur le réseau Internet
destinés essentiellement au soutien des mécanismes de la
protection des sanctuaires. Ces sites web devraient
également fournir des données sur la carte d’Al Qods en
1948 et en 1967 et expliquer les véritables dessous du
plan de judaïsation que poursuit Israël jusqu’à nos
jours.
L’orientation de l’opinion publique se fait
essentiellement à travers les mass-médias et c’est
l’opinion publique qui, en définitive, dirige
véritablement le mécanisme de prise de décision par
l’entremise des urnes. Il nous importe de savoir que,
aussi grandioses que soient les moyens mis à profit par
Israël et le lobby sioniste en Occident, une marge de
manœuvre et d’initiative reste toujours de mise, et il
nous appartient de l’exploiter convenablement et à bon
escient.
Conclusion
Les scénarios présentés dans le premier volet de cette
communication ne sont pas un simple survol intellectuel
des processus et orientations possibles à l’avenir, mais
ils démontrent que l’aboutissement de tout scénario est
largement tributaire de la configuration des rapports de
force que connaîtront et la région et la communauté
internationale dans l’avenir.
Malheureusement, il appert que le scénario de la
situation actuelle s’impose avec force, quoiqu’il
constitue l’illustration honteuse de la violation des
principes de la justice et de l’équité, ainsi que de
toutes les normes du droit international.
Les sanctuaires islamiques et chrétiens et leurs
alentours furent, en fait, les premières victimes de
l’occupation. En plus des opérations de déportation
obligatoire, de colonisation illégale, d’anéantissement
des sites historiques des civilisations islamiques et
chrétiennes, et de la construction du mur de la honte,
Israël affine, aujourd’hui, une stratégie beaucoup plus
grave qui consiste à essayer de convaincre l’Occident
qu’il est l’unique oasis de modernité et de démocratie
dans la région et le défenseur patenté des valeurs de la
civilisation "judéo-chrétienne" dans cette zone.
Les propositions contenues dans cette communication, en
dépit de leur rapport intrinsèque avec la question de la
protection des sanctuaires, s’inscrivent néanmoins dans
un cadre plus large qui pourrait aller au-delà de la
coexistence entre Palestiniens et Israéliens pour
embrasser la coexistence entre les religions, les
cultures et les civilisations.
La communauté des Etats devrait se rétrécir, au fil des
jours. Elle ressemble, aujourd’hui, à un village global
où les frontières s’estompent et les intérêts
s’enchevêtrent et où même l’espace réservé de la
souveraineté des Etats semble s’effriter devant la
présence envahissante des forces de la mondialisation et
du changement.
Serait-il raisonnable que, dans ce monde basé sur
l’interdépendance et aspirant à la stabilité et à la
paix, que les sanctuaires islamiques et chrétiens dans
la cité de la Paix demeurent sous le joug de
l’occupation, avec son lot de spoliation, de violation
et de judaïsation ?
(*) Professeur des Relations Internationales à
l’université Mohamed V de Rabat, Royaume du Maroc.
(1) Résolution de l’Assemblée générale GA. Res 181 UN.
Gaor. Un. Doc A/519P. 146/, 1947.
Les Nations unies sont revenues à la question de
l’internationalisation d’Al Qods en vertu de la
résolution 194, en date du 11/12/1948, stipulant qu’Al
Qods soit dotée d’un statut spécial par rapport au reste
de la Palestine et qu’elle soit placée sous l’autorité
des Nations unies. Voir GA.Res 194 UN. Agor. UN Doc
A/810 1848.
(2) Discours du Pape Jean-paul II lors de l’audience
accordée à Sa Majesté le Roi Hassan II. Voir "Le Comité
Al Qods : réalisations et perspectives", publié par le
ministère chargé des Affaires étrangères et de la
coopération, p. 79.
(3) Voir l’article 11 du texte de l’accord signé entre
le Vatican et Israël, in "Revue des recherches
palestiniennes", p. 222.
(4) Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU n° 2253
"cinquième session extraordinaire, en date du 4/7/1967".
La même position a été réitérée lors dans la résolution
de l’Assemblée générale n° 2254, adoptée le 14/7/1967.
(5) Résolution du Conseil de Sécurité 250 en date du
27/4/1968 et la résolution 256, en date du 2/5/1968.
(6) Résolution du Conseil de Sécurité, en date du
16/9/1969, et la résolution 267 du 3/7/1969.
(7) Résolution du Conseil de Sécurité 271, en date du
16/9/1969 adoptée à la suite de l’incendie de la Mosquée
Al Aqsa, en date du 21/8/1969.
(8) Résolution du Conseil de Sécurité 78, en date du
20/8/1980.
(9) Voir pour plus de détails, Taysir Chawkat Nabulsi,
"L’occupation israélienne des territoires arabes : Etude
de la réalité de l’occupation à la lumière du droit
public international".
(10) Extrait du draft final approuvé en date du
19/8/1993. Voir à ce propos Oussama Halabi, "La statut
juridique de la ville d’Al Qods et de ses citoyens
arabes", publié par la Fondation des études
palestiniennes, 1997, p. 69.
(11) Abstract des principes du parti travailliste,
résolutions du 5ème congrès du parti, en 1992. Voir Aziz
Haydar, "La politique israélienne à l’égard d’Al Qods",
in Revue de la politique palestinienne, n° 13, 1997, p.
138.
(12) Voir Aziz Haydar, "La politique israélienne à
l’égard d’Al Qods", in Revue de la politique
palestinienne, n°13, 1997, p. 132.
(13) Ahmed Sedki Dajani, "Les dangers de l’accord ??
d’Al Qods et les moyens de les contrecarrer", deuxième
session de l’Académie du Royaume du Maroc, Oman 1996, p.
127.
(14) Jamal Ali Zahran "L’ordre international et régional
entre la continuité et le changement", première édition
1996, p. 126.
Gold Dore (1995), Final satus issue: Israël-Palestinian.
Study n° 7 Tel-Aviv Uni, The Jeffe center for strategic
studies.
Gold Dore fut Conseiller politique du chef du
gouvernement israélien Netanyahou. Voir à ce propos Aziz
Haydar, Op. Cit., p. 141.
(15) Voir à ce propos, Ibrahim Abrach, "Deux ans après,
où va l’Intifada", Revue Al Forkane n° 48/2003, p. 14.
(16) Pour de plus amples détails à ce sujet, voir Ahmed
Sedki Dajani, "La tendance à l’universel", Dar Al
Moustakbal Al Arabi 2003, Cairo, p. 434.