Troisième axe :
Le rôle des
organisations nationales,
régionales et
internationales
et des ONG dans la
protection
des sanctuaires
islamiques
et chrétiens
Quatrième séance de
travail
Président de la
séance :
Cheikh Nader
Abdulaziz An-Nuri
Président de la
Commission caritative
palestinienne
relevant de l'Organisation
caritative
islamique internationale au Koweït.
Intervenants :
1. L’ingénieur
Assem Abdallah Ghoucha
2. Pr Mohamed
Ghemari
3. Pr Issam Youssef
4. Pr Adnan Ibrahim
Hassan Sabah
Le rôle des
organisations nationales
dans la protection
des sanctuaires
islamiques dans Al
Qods Asharif
l’Ingénieur Assem
Abdallah Ghoucha(*)
La ville d’Al Qods
constitue un symbole religieux et politique chargé de
plusieurs significations et représentant les fondements
politiques, sociaux, économiques et culturels à travers
l’histoire. Al Qods est un livre documenté, un monument
architectural qui retrace toute une histoire, des
guerres, témoignage de la naissance de religions, de la
floraison d’empires tout autant que de conflits de
civilisations. Il s’agit d’une histoire véhiculée à
travers des murailles, des lieux de culte, des commerces
et des ruelles, d’une composante dynamique en constante
gestation qui ne peut être appréhendée sans une
réflexion mûre et éclairée sur l’émergence et
l’évolution historique de cette ville jusqu’à nos jours.
Dieu a dit :
"Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son
Serviteur (Muhammad), de la Mosquée Al-Haram à la
Mosquée Al Aqsa dont nous avons béni l’alentour, afin de
lui faire voir certaines de Nos merveilles. C’est Lui,
vraiment, qui est l’Audient, le Clairvoyant".
Les sanctuaires
islamiques à Al Qods ont connu, depuis leur création,
une kyrielle de tentatives de profanation. Il y a lieu
de citer, dans ce contexte, les événements qui ont
jalonné l’occupation en 493 H de la ville par les
Croisés qui a duré plus de 90 ans. Ces derniers ont
transformé la Mosquée Al Aqsa en une église, le Dôme du
Rocher en abri pour les chevaliers du Temple et les
passages situés sous la Moquée en étables pour leurs
cheveaux.
Face à ces
tentatives destructrices, plusieurs califes, sultans et
dirigeants musulmans ont procédé à des opérations de
restauration et de rénovation des sanctuaires. Nous
citons à cet égard :
1. Les opérations
de sauvegarde menées au temps des Abbassides, après le
séisme qui a frappé la ville.
2. Les opérations
de rénovation et de restauration de la Mosquée Al Aqsa
durant le règne du calife fatimide Moustansir Billah en
448 de l’Hegire, qui ont porté sur la muraille nord et
des lieux fissurés.
3. Les travaux
effectués par les Ayyoubides après la récupération d’Al
Qods lorsque Salaheddine Al Ayyoubi a ordonné le
transfert du minbar conçu à Alep. C’est le même minbar
qui a été brûlé par les Israéliens en 1969.
4. Les travaux de
restauration sous le règne des Mamlouks et des
Jarakissas.
5. Les travaux de
rénovation et de restauration lancés durant les 18 et
19e siècles par cinq sultans ottomans, en l’occurrence
Othman, Mahmoud, Abdelaziz, Abdelhamid et Abdelhamid II.
6. Au début du
siècle dernier, Chérif Hussein Ben Ali, que Dieu l’ait
en Sa Sainte miséricorde a fait don d’une somme de
24.000 livres en or, en guise de contribution aux
opérations d’entretien et de restauration de la mosquée
du Dôme du Rocher et de la mosquée Al Aqsa.
Nous remarquons
ainsi qu’à travers toutes les ères islamiques, les
sultans et dirigeants ont consenti des efforts louables
pour la protection des sanctuaires islamiques dans la
ville d’Al Qods, eu égard à leur influence tant morale
que religieuse sur la vie des hommes. En effet, les
études et recherches établies indiquent que la ville
sainte constitue un véritable musée de l’architecture
islamique, tous courants confondus, qui renferme plus de
200 sites historiques, religieux et civilisationnels
dont des mosquées, des palais, des bains, des
forteresses, des tours et des murailles s’étendant sur
une superficie qui ne dépasse pas les 930 doname, soit
la superficie de l’ancienne municipalité.
Cependant, la
problématique de la protection des sanctuaires
islamiques de la ville saine a été amorcée avec la
migration juive à la ville à la fin du 19e siècle et au
début du 20e siècle. La célèbre révolution d’Al Bouraq
(1929) a constitué un tournant en matière du droit de
propriété des musulmans sur le Mur Al Bouraq, après la
décision de la Commission internationale tripartite du 1
decembre 1930 qui avait réuni plusieurs docteurs en
droit suisses, hollandais et suédois. La Commission
avait alors confirmé le droit de la propriété sur le Mur
Al Bouraq et ses alentours aux musulmans, considérant
par la même que le Mur est une partie intégrante de la
Mosquée d’Al Qods et que la place qui le jouxte est un
waqf islamique.
Même six mois avant
l’occupation par les Israéliens de la partie occidentale
d’Al Qods en 1948, une résolution de l’Assemblée
générale des Nations unies a été émise en date du
29/11/1947 sur la division de la Palestine, laquelle
résolution stipule qu’il est interdit de toucher aux
lieux saints, aux monuments et sites religieux, et qu’il
convient de préserver les lieux sacrés et d’entreprendre
les opérations de restauration nécessaires.
La principale
problématique concernant la protection des sanctuaires
islamiques a émergé d’une manière frappante après
l’occupation par Israël de l’intégralité de la ville et
la décision de la Knesset israélienne en date du
28/6/1967 (loi de protection des lieux saints de l’année
1967). Ainsi commença une série de tentatives continues
et planifiées pour confisquer les terres, compromettre
toute opération de restauration, dresser des écueils
d’ordre juridique et procédural à cette fin, outre les
opérations directes d’agression, particulièrement
l’incendie de la Mosquée Al Aqsa bénie perpétré en 1969,
les fouilles archéologiques entreprises selon un plan
méthodique visant à dénaturer les faits, à altérer
l’histoire et à rechercher le prétendu Temple. La
majorité de ces fouilles étaient menées près des
murailles et des murs de la Mosquée Al Qods. Il y a lieu
de citer le dernier problème en date, à savoir celui du
tunnel, inauguré dans la moitié des années 90 lorsque
Benjamin Netanyahu, le tout Premier ministre israélien,
et les tentatives des dénommés "Intendants du Mont du
temple" visant à profaner la sainte Mosquée.
A la lumière de
cette situation difficile, les opérations de protection
des sanctuaires islamiques dans la ville d’Al Qods ont
pris plusieurs formes, la responsabilité incombant à cet
égard étant très lourde. En effet, les sites
archéologiques et historiques revêtent plusieurs
significations remontant à plus de 14 siècles. Parmi ces
opérations, il y a lieu de citer :
I. Le rôle des
Hachémites dans la reconstruction de la Mosquée Al Aqsa
et le Dôme du Rocher béni
En effet, a été
mise sur pied une Commission de reconstruction et de
restauration de la Mosquée Al aqsa bénie en 1956, en
réponse à la volonté royale de feu SM le Roi Hussein,
que Dieu l’ait en sa Sainte miséricorde. La Commission
avait entamé des travaux et a réalisé la seconde tranche
de reconstruction, qui avait consisté dans le revêtement
du Dôme du Rocher et des passages, la restauration des
murs intérieurs et extérieurs, outre les gravures. Feu
Sa Majesté le Roi Hussein, que Dieu l’ait en Sa Sainte
miséricorde, a donné le coup d’envoi à cette tranche.
Après plus de trente ans, l’eau coulait toujours dans la
Mosquée et le besoin de procéder à des opérations de
restauration et de sauvegarde devenait plus que jamais
une urgence. Feu Sa Majesté le Roi Hussein avait fait
don, de ses propres fonds, d’une somme consacrée aux
initiatives de reconstruction réalisées en 1994, et qui
ont porté sur le traitement du Dôme et des passages.
Actuellement, avec
le soutien de Sa Majesté Abdallah II Ibn Al Hussein, que
Dieu le protège, des opérations de reconstruction du
Minbar de Salahedine sont en cours. De même, le
souverain a ordonné l’édification d’un nouveau minaret
au sein de la sainte Mosquée, outre le maintien et la
restauration de places et d’édifices avoisinant la
Mosquée. Ce sont là autant d’initiatives qui donnent la
mesure du soutien sans faille des hachémites aux
initiatives de sauvegarde de sanctuaires islamiques.
Il est à signaler
également, dans la même optique, l’existence de Comités
ad hoc jordaniens qui effectuent actuellement, avec le
soutien de la Commission de reconstruction et de
restauration de la sainte Mosquée Al Aqsa et du Dôme du
Rocher béni, des études sur les murailles et les murs de
la Mosquée et leur protection des fissures provoquées
par les fouilles israéliennes.
II. Le rôle des
organisations locales dans la protection des sanctuaires
Avant d’évoquer le
rôle de ces institutions, il y a lieu de souligner que
le tissu urbain et le regroupement de l’habitat, qui
reflètent le modèle des cités islamiques, fait que
chaque édifice, quelle que soit sa nature, jouxte les
autres habitations. De ce fait, d’innombrables monuments
archéologiques et historiques se trouvent situés aux
côtés de maisons. Aussi, les Israéliens procèdent-ils
souvent à la confiscation des habitations pour plusieurs
objectifs, dont celui d’étendre leur mainmise sur les
monuments archéologiques et religieux. Il est de coutume
que ces campagnes de confiscation de logements se
déroulent sous plusieurs formes, dont l’appropriation
des biens des absents, l’imposition de taxes onéreuses
ou la présentation de documents selon lesquels les Juifs
y ont été chassés durant la période 1929-1936.
Face à ces
agressions, plusieurs efforts ont été consentis, dont le
Programme de reconstruction de l’ancienne municipalité,
mené par le bureau technique de la Fondation de
coopération à Al Qods, grâce à un financement du Fonds
arabe du développement économique et social (FADES). Ce
programme, qui prévoit, entre autres, la restauration
urgente des édifices menaçant ruine et la reconstruction
entière des zones patrimoniales, focalise sur les
agglomérations situées près des lieux sacrés. Les
habitations de l’ancienne municipalité concernées par la
restauration ont été estimées à 50 %.
Parmi les écueils
majeurs qui hypothèque la participation des institutions
locales, on cite également le cloisonnement frappant les
commerces et l’artisanat dans la ville,
l’affaiblissement de la capacité économique des
différents marchés et commerces de la ville et
l’augmentation des impôts. Du coup, la population d’Al
Qods se trouve confrontée à des difficultés économiques,
à cause d’un plan israélien programmé, outre le fait que
cette population représente une minorité ne dépassant
pas les 25 %, contre 75 % de Juifs. Le problème devenant
de ce fait économique et démographique.
Tous ces faits
n’ont pas empêché l’émergence de plusieurs initiatives,
dont la restauration de la Mosquée Al Marwani, aussi
malgrè les conditions difficiles et compliquées, en
coopération et avec le financement des citoyens et de la
population, ainsi que le soutien des fils arabes de la
Palestine installés à Israël depuis 1948.
Ce sont là autant
d’exemples sur le soutien porté par les associations
locales à la protection des sanctuaires.
D’aucuns évoquent
la préservation des sanctuaires islamiques, à commencer
par les Nations unies et ses institutions et agences, la
Ligue arabe et les gouvernements. Mais en dépit de tous
les communiqués publiés, l’impératif de soutenir cette
action s’accentue plus que jamais, sous ses différents
aspects :
1. Des travaux de
recherches et de publication : les efforts déployés par
la partie israélienne dans le domaine des études et des
livres sur les sites archéologiques et religieux visent
à affaiblir la teneur des titres que renferme la
bibliothèque arabe. En effet, plusieurs recherches et
études israéliennes ont pour dessein de dénaturer les
faits historiques. Aussi, le besoin d’augmenter les
travaux d’étude et de publication spécialisés est plus
que jamais urgent.
2. Le principe de
l’action, au détriment de la réaction. Il convient ainsi
de ne pas attendre les actions des autres pour réagir,
alors que le devoir implique l’initiative.
3. L’importance de
la coordination commune des différentes potentialités et
institutions arabes et internationales soutenant la
question de la préservation des sanctuaires islamiques,
de manière à éviter le double emploi et à mener une
action tant forte et intégrée que soutenue.
Ce que j’ai
présenté dans cette communication ne sont que quelques
exemples sur cette question. J’espère que j’ai réussi
dans cette initiative.
(*) Membre du parlement jordanien, membre du Comité de
restauration de la Sainte mosquée Al Aqsa et du Dôme du
Rocher béni.