Al Qods : son
cachet arabe et islamique
Dr Abdeljalil
Abdelmahdi(*)
Nous allons évoquer
particulièrement Al Qods tel que définie par l’historien
Moujir Eddine Alimi Hanbali dans son livre "Anas Al
Jalil bi Tarikh Al Qods wa Al Khalil" (L’agréable
coexistence dans l’histoire d’Al Qods et d’Hébron) :
"les frontières de Bayt Al Maqdis tel que communément
définies, et sa situation par rapport à Al Qibla et à Al
Qods Sharif".
- Partant d’Al
Qibla : le pays du Prophète Ibrahim Al Khalil, prière et
paix soient sur lui, séparé par le village de Saiir et
ses alentours.
- A l’est : le
fleuve du Jourdain.
- Au nord : la
ville de Naplouse, séparé par le village de Sanjal.
- A l’ouest :
"Ramlat falistine", village "Bayt Nouba".
Nous aborderons
dans cette étude "l’arabité d’Al Qods" : la foi et le
symbole, l’histoire et la civilisation, à travers les
axes suivants :
- L’arabité d’Al
Qods avant la conquête musulmane : sa création, ses
racines historiques, ses appellations, ses acceptions et
ses significations civilisationnelles.
- L’arabité d’Al
Qods et son cachet islamique : son caractère sacré, les
monuments attestant de cette sacralité, la place de
cette ville, la conquête musulmane qui a conforté
d’emblée son appartenance arabe et islamique, et la
présence permanente arabe et islamique dans cette ville.
Nous nous arrêterons aussi sur "le pacte de Omar" et les
significations qu’il véhicule.
- Les monuments
reflétant le caractère sacré d’Al Qods.
- Le patrimoine
architectural, civilisationnel et culturel qui constitue
une preuve de l’arabité de notre ville sacrée.
- L’allégation
sioniste selon laquelle Al Qods n’a pas été entourée de
l’intérêt qui lui échoit, avant les Croisades.
- Al Bouraq, notre
droit sur ce mur et les waqfs islamiques.
- La présence arabe
et islamique permanente dans cette ville depuis
l’Antiquité.
- Amenuisement de
la présence juive dans la ville dans les temps anciens.
Al Qods : ses
racines historiques avant l’avènement de l’islam
L’époque cananéenne
jébuséenne
Un historien
contemporain a avancé que "le recours, à une approche
scientifique dans l’étude de l’histoire des villes,
oblige l’historien à rechercher un acte de naissance
pour sa ville, s’il veut écrire son histoire. S’il
arrive à mettre la main sur ce document, il peut
retracer sa naissance et sa jeunesse, ainsi que tous ses
âges florissants, ses grands événements et ses
principaux monuments. Pouvons nous retracer la naissance
de notre ville sacrée, son enfance, sa jeunesse, ses
événements saillants et énumérer ses monuments ?(1)
D’innombrables ères
ont marqué la ville d’Al Qods, avant la conquête
musulmane, sous le règne de Omar Ibn Al Khattab, que
Dieu l’agrée.
La première et la
plus ancienne ère fut celle des Jébuséens Cananéens. Les
Cananéens furent en effet les premiers à construire Al
Qods.
Les Jébuséens
cananéens se sont installés en Palestine, cette terre
qui fut la leur, comme en veut pour preuve son
appellation "Terre de Canaan", une appellation devenue
désormais la plus ancienne donnée à cette contrée(2).
Ces derniers
avaient migré de la Péninsule arabe vers les lieux
sacrés pour vivre dans "la terre de Canaan" qui porte
leur nom, depuis 2500 Avant JC. Il s’agit d’un peuple
sémitique arabe(3).
Plusieurs
migrations ont eu lieu de la Péninsule arabe vers les
vallées de la Mésopotamie et du pays du Tigre et de
l’Euphrate, depuis 5000 avant J.C. La migration des
Cananéens compte parmi les plus anciennes.
L’historien Henry
Breasted indique que "les Cananéens comptent parmi les
tributs arabes qui se sont installées en Palestine
depuis 2500 avant J.C. D’où l’appellation donnée à cette
terre, en l’occurrence "Terre de Canaan". C’est ainsi
qu’elle fut appelée dans la Torah. Le même historien
ajoute que "les cités cananéennes donnaient la mesure
d’une civilisation ancienne, avec leurs maisons bien
construites, leur bonne gouvernance. Leurs populations
étaient également détentrices d’un grand savoir, d’une
écriture et avaient du commerce, des métiers et une
religion que les Israélites ont calqués par la suite"
(4).
Les Cananéens
avaient bâti plusieurs cités qui existent encore.
D’aucuns rapportent qu’ils ont construit 118 ou 119
cités dont : Ariha (Jéricho),
Asdoud, Biir Sabaa,
Bethléem, Halhoul, Akka, Karmal, Majdal, Bayt Shan,
Yabous (Jébus) et autres. Il importe de focaliser
l’accent à ce propos sur la ville de Yabous (Jébus)(5).
Les Jébuséens ont
bâti leurs maisons dans la cité Jebus (ville jubéenne)
qui porta leur nom. Ils ont entouré leur cité d’une
grande muraille et établi un régime pour leur Etat. Leur
premier roi fut Melchisédech. Ce monarque et ses sujets
étaient monothéistes et avaient leurs propres lois,
systèmes et législations(6).
Dans "les
correspondances Tell El Amarna", on affirme que la
contrée Canaan référait aux côtes syriennes. L’ancienne
acception de ce pays implique la côte syrienne jusqu’aux
confins égyptiens, ainsi que la partie montagnarde et la
région jordanienne.
De même, on indique
que "ses frontières initiales sont Hamat au nord, la
partie bédouine de la Syrie et de l’Arabie à l’est, la
partie bédouine de l’Arabie au sud. Elles s’étendaient
jusqu’aux côtes de la Méditerranée, dans tous les sens
jusqu’à l’ouest, les Palestiniens ayant vécu dans cette
région jusqu’à leur disparition(7).
Il a été aussi
rapporté que Abdi Khipa, gouverneur égyptien à Bayt Al
Maqdis avait adressé plusieurs correspondances à
Akhénaton, dans lesquelles il avertit contre un danger
guettant le pouvoir égyptien en Palestine. Parmi ces
lettres, on cite celles portant les numéros 286 jusqu’à
290. Dans la première correspondance (286), le
gouverneur "demande au Roi d’Egypte un renfort pour
faire face aux attaques des Hébreux contre Jérusalem".
Dans la deuxième (287), Abdi Khipa affirme : "le Roi a
marqué du sceau la terre de Jérusalem que je ne peux
plus quitter".
Dans la lettre 289,
il fait savoir que "les ennemis tentent de mettre la
main sur Jérusalem. Cette terre revient au Roi et donc
nous ne pouvons la laisser tomber dans les mains des
ennemis. Si seulement le Roi pourrait dépêcher 50 hommes
pour protéger le pays. Une révolution a éclaté dans tout
le territoire du Roi".
Il convient de
rappeler dans ce contexte que les Egyptiens et les
Cananéens ont pu faire échec aux attaques des Hébreux
lorsque la terre de Canaan a subi deux conquêtes, la
première en 1600 avant JC et la deuxième en 1200 avant
J.C. Les Hébreux ont vaincu les Cananéens, mais les deux
parties sont toujours demeuré en conflit(8).
"Canaan" englobait
les plaines de "Philistia", ainsi que la Phénicie, la
Palestine étant, quant à elle, un vocable tiré du nom du
peuple qui était installé dans les plaines nord et sud
de la "Philistia".
Nous trouverons ce
nom dans des propos du roi assyrien Adadnirai IV
lorsqu’il a cité la côte "Philistia", peuplée par les
Philistins.
Le nom de la
Palestine a été employé pour la première fois pour
désigner cette contrée lorsque l’empereur Vespasien a
fait figurer ce nom sur la monnaie qu’il a émise, après
qu’il ait réussi à donner un coup d’arrêt à la
révolution juive en 70 après J.C. On désignait par ce
nom, lors de l’ère antique, le pays de Pelishtim ou
Philistins. Dans la Torah, on trouve "Ne crie pas
victoire Philistia" 14/39 (livre des nombres) ou encore
"l’appel se propage parmi la population des Philistins"
(livre de l’exode 15/14-15).
A souligner
également que le mot Palestine référait aux parties
côtières et intérieures, à l’ère de Hérode et les autres
écrivains ayant vécu dans la même époque. Hérode avait
écrit ça en 4000 avant J.C. Cette partie était connue
sous le nom de Syrie et de Palestine.
L’historien juif
Josephus (37-59) avait utilisé le mot Palestine dans son
sens global, soit les parties côtières et intérieures.
Les Grecs avaient
choisi cette appellation pour désigner toutes les
parties de la Palestine, avant que les Romains et les
Byzantins ne fassent de même.
Pour les Romains,
ce pays était divisé en trois parties appelées Palestine
première, Palestine deuxième et Palestine troisième.
Les Arabes
désignaient par ce nom la cité romaine : Palestine
"Philistine première". Ce nom fut arabisé par la suite,
avant même l’avènement de l’islam.(9)
Il est à rappeler
dans ce contexte qu’aucun roi n’a pu les vaincre, à
l’exception de Daoud (David) et Souleymane (Salomon), et
ce pour une courte période.
Les Cananéens,
notamment les Jébuséens, ont été à l’origine d’une
éminente civilisation. Les Jébuséens avaient bâti
plusieurs cités et étaient très avancés dans le domaine
de l’agriculture et des métiers. "Ils sont les premiers
à avoir recouru à l’oléiculture et transmis leurs
connaissances dans ce domaine à d’autres peuples". Ils
ont également développé la céramique, le textile, la
verrerie, l’ivoirerie, la fabrication des armes, les
mines. De même, le commerce a été très prospère durant
leur règne.
Les Cananéens
étaient décrits comme "les précurseurs de l’écriture, du
commerce et de la civilisation".
Dans d’autres
récits, on peut lire : "les Jébuséens ont vite bâti une
civilisation. Al Qods, appelée Jebus, était le symbole
de cette civilisation qui était forte de son
architecture, de ses monuments et du bien-être de la
population".
Ainsi, les
Jébuséens cananéens furent les premiers à s’installer en
Palestine et étaient les initiateurs de "la civilisation
de la Palestine antique".
Leur langue -le
cananéen- était l’idiome en usage. Il s’agit d’une
langue arabe ancienne utilisée par les habitants de la
péninsule arabe avant leur migration et qui a donné
naissance à d’autres dialectes(10).
Il convient de
souligner dans la même optique que les Cananéens étaient
"les premiers à utiliser l’alphabet en écriture qui a
été transmis aux Phéniciens. Ces derniers l’ont
introduit à leur tour entre 850 et 750 Av.JC aux langues
grecques et latines. En Grèce, il fut connu à l’époque
sous son nom arabe (alif baa)." L’écriture de la contrée
de Sinaï comportait l’ancien dialecte cananéen. Certains
chercheurs affirment que "l’alphabet est apparu dans la
région de la Palestine et de la Syrie".(11)
L’écrivain égyptien
Al Aqqad évoque, dans son œuvre "Attaqafa Al Arabia" (la
culture arabe), l’alphabet et son origine cananéenne : "
…, les caractères, leur forme et leur sens sont présents
dans le référentiel arabe, qu’il soit d’origine
phénicienne, araméenne ou yéménite. L’alphabet chez les
grecs est appelé "Alpha Beta" et il commence par A, B.
S’en suivent alors plusieurs lettres qui ont une
prononciation arabe". Cet alphabet d’origine cananéenne
a été employé dans Sinaï et le sud de la Palestine.
Ce sont autant
d’exemples qui attestent que la langue utilisée en
Palestine à l’époque était un idiome arabe et que les
Cananéens Jébuséens étaient d’origine arabe qui ont
utilisé cette langue dans la cité jubéenne (Al Qods).
Ces faits
historiques donnent la preuve irréfutable qu’Al Qods en
particulier et la Palestine, en général sont arabes, de
par l’origine, la langue et les aspects de leur
civilisation.
Evoquant Al Qods
dans l’âge du bronze, un chercheur, Frankin, un
orientaliste hollandais, rappelle que la langue des
Jébuséens était d’origine cananéenne et que "leur
religion et croyances étaient similaires à celles des
Cananéens". Il montre, à travers l’analyse des symboles
de multiples corpus découverts à Ras Shamra (l’ancienne
Ougarit), que les "mots et expressions hébreux que les
scientifiques croyaient d’origine religieuse, sont
intrinsèquement liés à la pensée et au culte cananéen".
De même, "l’ensemble des lois, des traditions, des
fêtes, le répertoire des chants et les proverbes
israélites ont été empruntés aux Amorhéens et aux
Cananéens qui vécurent dans ce pays avant l’arrivée des
Hébreux".(12)
La langue en usage
à cette époque était "sémitique arabe, appelée souvent
le cananéen", affirme ce chercheur (13).
Bayt Al Maqdis a
été toujours cananéenne arabe jébuséenne jusqu’à
l’invasion des Hébreux, après 2000 ans, soit en 1000
avant J.C.
Ces faits montrent
qu’Al Qods n’a jamais était juive. Les Juifs étaient des
intrus et s’étaient toujours sentis ainsi. Plusieurs
textes de la Torah évoquaient la Palestine comme "une
terre étrangère pour les descendants d’Ibrahim (Abraham)
et de Yaâcoub (Jacob). Ils se sentaient étrangers en
Palestine, parmi les Cananéens qui étaient les vrais
habitants de cette terre. Ils sont des migrants
étrangers en Palestine". On cite : "Ibrahim a migré en
terre de Palestine" ou encore"Yaacoub s’est installé
dans une terre qui était étrangère à son père appelée
Canaan" (14).
Plusieurs peuples
ont habité Al Qods, les Amoriens, les Héthéens, les
Nabatéens, les Jébuséens, avant l’arrivée même d’Ibrahim
et avant l’exode des Juifs de l’Egypte(15).
Selon plusieurs
monographies et livres d’histoire, cette tentative
d’invasion s’est soldée par l’échec au début, du fait de
la résistance de la population locale. Les Héthéens
luttèrent contre les Hébreux et les empêchèrent
d’arriver à Al Qods. De même, les Jébuséens les
combattirent "à l’entrée d’Al Qods pour défendre leur
ville".
Cette résistance a
duré une longue période. Moujir Eddine Al Hanbali
indique que "les Jébuséens ont obligé les Israélites à
quitter la ville jubéenne et se moquèrent des campagnes
des Hébreux pendant plusieurs siècles"(16).
Lorsque ces
derniers se sont emparés d’Al Qods, "ils ont tué ses
habitants et incendié la ville"(17). Ceci n’aurait pu se
produire sans la dissension dans les rangs des tributs
cananéennes, au moment de l’invasion.
Il convient de
rappeler que les côtes palestiniennes, du nord de Yafa
jusqu’au sud de Gaza, n’étaient pas sous la domination
de David, mais relevaient de l’Egypte. Il est clair
ainsi que des parties de la Palestine n’ont pas été
dominées par ces conquérants. Les habitants étaient
restés "dans leurs maisons et terres, alors que les
Juifs vivaient minoritaires parmi eux, avant leur
déportation vers Babylone …." (18).
Gustave Le Bon
affirme : "… cependant, l’installation des hébreux en
Palestine fut progressive. Les Hébreux ont passé une
longue période, mais ils avaient uniquement un faible
pouvoir en Palestine et ils n’ont jamais été les maîtres
des lieux ". Il ajoute : " En Palestine vivaient les
Jébuséens. Le pouvoir en Palestine revenait aux
Palestiniens. Ce fut ainsi jusqu’au règne de David"(19).
Les Hébreux
n’avaient pas de civilisation. Ils ont emprunté la
civilisation des Jébuséens lors de leur installation à
Al Qods. Ils ont ainsi échangé les tentes contre des
maisons, commencèrent à mettre des habits tissés, à
l’instar des Cananéens(20).
Les Juifs sont
entrés dans la Palestine en simples bédouins. Ils
avaient énormément appris des Cananéens, dont leur
langue. Le cananéen devint la langue officielle des
Hébreux. Certains chercheurs affirment : "Il est aisé de
s’apercevoir que les maîtres des Hébreux dans la
civilisation et les arts étaient la population locale du
pays. Il n’est guère donc surprenant que la langue de
cette dernière prenne le dessus sur le dialecte
hébreu"(21).
Al Qods a subi
plusieurs conquêtes dont celles des Assyriens, puis des
Chaldéens lorsque Nabuchodonosor eut envahi la ville,
déporté les Juifs vers Babylone et mis le feu dans le
temple. La ville fut vidée de ses habitants. Il ne
restait aucun Hébreu en Palestine. La ville de Bayt Al
Maqdis a été désertée pendant 70 ans. Ce fut le cas
jusqu’au règne de Cyrus, roi des Perses qui autorisa les
Juifs à y revenir"(22).
A leur retour, ils
ont été confrontés à une opposition farouche de "toutes
les populations dans cette contrée, de l’ouest à l’est
de la Jordanie" qui ont envoyé des correspondances et
manifestes au successeur de Cyrus dans lesquels ils
l’avertissaient contre les dangers juifs(23).
Ces actes donnent
la mesure de la rancune et de la haine de la population
locale contre les Juifs. Les habitants locaux ont réussi
dans leurs initiatives, des ordres ayant été décrétés
pour empêcher les Israélites d’y revenir. Ils sont
restés ainsi jusqu’à ce que Darius II ait autorisé leur
retour. Ils furent encore une fois confrontés à
l’opposition des habitants de cette contrée : la
population de l’est de la Jordanie et de la Palestine
ainsi que les Assyriens et les Palestiniens. Ceci montre
comment les habitants locaux ont œuvré pour empêcher les
Juifs de s’installer en Palestine.
A l’ère d’Alexandre
de Macédoine, les Grecs occupèrent Al Qods et chassèrent
les Perses. Après le décès d’Alexandre, Al Qods et ses
alentours devinrent sous le contrôle des Ptolémée
d’Egypte, puis des Séleucides.
En 63 avant J.C, le
général romain Pompée se dirige vers la Palestine et
assiège la ville d’Al Qods, marquant ainsi à la fin de
l’autonomie politique des Juifs qui désormais vécurent
sous la domination des autres nations.
Al Qods fut
détruite par les Romains, durant le règne de Trajan. "Al
Qods fut longtemps désertée après son occupation par
Trajan". Les juifs furent interdits d’y retourner. En
Agissant ainsi, les Romains étaient conscients que les
Juifs "étaient à l’origine des tensions et des conflits
qui rongeaient le pays en général et Al Qods en
particulier". "Al Qods ne fut que ruines durant le règne
de l’empereur Hadrien". "Il l’avaient complètement
rasée, devenant ainsi un petit village". En 139,
l’empereur Hadrien édifie une nouvelle ville sur les
ruines de la cité antique, qu’il baptisée "Aelia
Capitoline".
Lorsque l’empire
romain fut divisé, la Palestine releva désormais de
Constantinople.
En 615, les Perses
battirent les Romains et s’emparèrent de la Syrie et de
la Palestine. Ils occupèrent Al Qods. Les Juifs
vaquèrent quant à eux à se venger des Chrétiens dans la
ville sainte et dans toutes les parties de la Palestine.
En 625, César prit
sa revanche sur les Perses et entra à Al Qods, chassant
par là même les Juifs de la Palestine. Les tueries et
les massacres reprennent entre Chrétiens et Juifs. Ils
se sont produits avant la conquête musulmane. La haine
des Chrétiens à l’égard des Juifs était tellement grande
qu’ils ont posé comme condition pour la conclusion du
pacte avec Omar Al Khattab de ne pas coexister avec les
Juifs en Palestine (24).
Les noms et Les
significations linguistiques
et
civilisationnelles de Bayt Al Maqdis
La ville de Bayt Al
Maqdis a été désignée par plusieurs noms, suivant son
histoire, sa création et les peuples qui y ont habité.
Etudiées par les linguistes et les scientifiques
intéressés par la civilisation islamique, ces
appellations sont porteuses de significations
particulières.
La ville sainte a
cumulé au fil des ères plusieurs noms qui véhiculent
entre autres son patrimoine civilisationnel et sa place
religieuse.
Ces appellations
ont été citées dans le Coran, les hadiths, l’histoire,
la littérature, les récits de voyage, les encyclopédies
des pays et les livres qui évoquent notre ville sainte.
Les noms sont
multiples dont le plus ancien est "Yabous" (ville
jubéenne). Il a été utilisé du temps des Jébuséens
cananéens qui l’ont créée, en 3000 avant JC. On rapporte
que leur roi Melchisédech est le premier qui créa la
ville. Son successeur Salem Yaboussi élargit la cité et
édifia une tour sur le Mont Sion.
C’est ainsi que la
ville porta, comme il était de coutume à l’époque, le
nom de ses créateurs jébuséens, originaires d’une tribu
cananéenne arabe, qui se sont installés dans la ville de
la paix et ses alentours(25).
Ce nom fut cité
dans "le Livre de la Genèse" et "le Livre du Lévitique"
: La ville jubéenne est le nom ancien de Jérusalem". On
cite aussi "Jérusalem est la cité des Jébuséens"(26).
Elle a été
également désignée par "Orsalem", durant le 15e siècle
avant JC. Cette appellation est composée de deux mots :
"Or", d’origine cananéenne qui signifie ville et Salem
(salam = paix). Il est probable qu’ "Orsalem" réfère à :
cité de la paix, maison de la paix ou legs de paix. On
dit : Ville de la paix, en allusion à "Salem", "Chalem"
ou "Chalim". Elle serait le lieu d’une déesse sémitique
appelée "Salem". "Shalem" ou "Ch’lm" est le nom d’une
divinité cananéenne qui signifie la paix.
A signaler que
Melchisédech était un roi épris de paix, ce qui lui a
valu le nom de "roi de la paix". Le nom de la ville
"Shalem", "Chalim" et "Salem" serait peut-être puisé de
cette appellation(27).
Ce nom a été
également cité dans des correspondances de "Tell el
Amarna" adressées par le Roi Abdi Khipa (gouverneur
égyptien dans Bayt Al Maqdis) au Pharaon Akhénaton lui
demandant des renforts pour lutter contre les attaques
des bédouins, en l’occurrence les "Apirous" ou "Abirous"
ou "Shasous" qui sont les hébreux de la partie bédouine
nord. Le gouverneur avertissait contre les dangers
guettant le pouvoir égyptien en Palestine, comme nous
l’avons déjà mentionne(28).
Dans ces documents
Abdi Khipa affirme : "cette contrée, terre d’Orosalem,
ne m’a pas été léguée par mon père ou ma mère. C’est le
pouvoir qui m’a confirmé dans la terre de mes ancêtres
et aïeux. Je n’étais pas prince mais un soldat et un
sujet du roi honoré par l’administration de la terre
d’Orosalem qui ne sera aucunement cédée aux ennemis".
De toute évidence,
le nom d’Orosalem a été cité dans des écrits cananéens
remontant aux 15e siècle avant J.C." (29) .
Selon Ibn Al Ibri,
Melchisédech était l’édificateur du village de la paix.
Il ajoute : "d’où son nom "Salem", "Shalim" ou
"Orosalem". Il s’installa dans cette ville pendant le
restant de ses jours, se vouant à Dieu, renonçant à la
chair, s’abstenant de toute effusion du sang. Il ne
mangeait que du pain. Il fut surnommé "Roi de la
paix"(30).
Il a été également
rapporté que son nom fut Aushamem, suivant une ancienne
gravure égyptienne remontant au 19e siècle avant J.C.
Dans des anciens documents égyptiens, on trouve
également l’appellation "Aushamem" qui désignait la
ville de Jérusalem. Dans ces écrits, on peut lire : "Le
gouverneur d’Aushamem : Orshalim, Yaqar Amo et ses
partisans". Un chercheur relève qu’Aushamem est "la
correcte prononciation égyptienne ancienne".
Le nom d’Orshalim a
été cité dans les correspondances de Tell El Amarna.
Abdi Khipa écrit dans un message au Pharaon : "Le roi a
donné désormais son nom à la terre d’Orshalim et je ne
peux quitter la terre d’Orshalim".
Dans un autre
message : "Ils (les ennemis) tentent de s’emparer
d’Orshalim. Cette terre, qui appartient au Roi, ne peut
tomber entre leurs mains. Si seulement le Roi pouvait
dépêcher quelque 50 hommes en renfort pour protéger le
pays", comme il a été déjà susmentionné(31).
A souligner que les
hébreux n’ont pu occuper Orshalim "au début et a été
administré par un gouverneur cananéen jébuséen, même
durant le temps de Jésus". "La ville d’Orshalim a été le
théâtre de longues guerres pendant un laps de temps, les
Cananéens refusant de se soumettre à Jésus"(32). Les
appellations données par les Juifs et les changements
qu’ils introduisirent dans leur Torah visaient à donner
un caractère religieux à ce nom, qui est en fait
d’origine cananéenne arabe. Mais les juifs s’obstinent
"à le considérer comme d’origine hébreu (soit juive). En
toute évidence, il s’agit d’un pur mot cananéen araméen
cité comme tel dans des textes cananéens découverts en
Egypte avant la naissance de Moïse de plusieurs
siècles."(33)
Ce nom est cité
également dans la Torah. Dans le Livre du Lévitique, on
indique : "les enfants de Juda ont combattu à Orshalim
et s’emparèrent de la ville", comme il a été déjà
susmentionné.
On cite également :
"les fils de Benjamin ne chassèrent pas les Jébuséens,
population d’origine d’Orshalim. Les Jébuséens
cohabitèrent avec les descendants de Benjamin à Orshalim
jusqu’à aujourd’hui". "Orshalim résista à l’occupation
israélite".
De même, la Torah
indique : "Dieu dira à Orshalim : tu est née dans la
terre de Canaan. Ton père est amorien et ta mère est
héthéenne"(34).
Le nom d’Orshalim
figurait également dans des récits, des poèmes et des
livres de patrimoine.
Il fut ainsi cité
dans le récit d’Attae : "Réjouis-toi Arshalim, il veut
Bayt Al Maqdis"(35), de même que dans un poème d’Al Aacha
où il mentionne "oman, Homs et Orshalim"
Al A’sha a dit:
En quête de
fortune, j’ai fait le tour des horizons
D’Oman, à Hims
jusqu’à Orishalem(36).
Yacout Hamaoui l’a
évoqué sous les noms d’Orshoulim, Orshlim, Orishalim ou
encore Orshalim. Il relève : "Il s’agit de l’appellation
de Bayt Al maqdis en hébreu, mais elle est désignée par
"Orishalm".
Elle aurait été
également appelée "Orislam", "Orichllam", "Orasalem" ou
"Orisalam".
Il fut citée par
Moujir Eddine Al Alami sous le nom de "Ouarouchllem".
Chllem signifie en hébreu : maison de paix(37).
Dans le
dictionnaire "Lissan Al Arab", l’acception du mot
Shallam est présentée comme suit " Shallam : Bayt Al
Maqdis. Il serait le nom de la ville de Bayt Al Maqdis
en hébreu. Selon Ibn Barri qui cite Ibn Khalaouia, il
existe plusieurs noms de Bayt Al Maqdis dont : Shallam,
Shalam, Shalem, Ori Shalim. Ce dernier a évoqué à titre
d’illustration le vers précité du poète Al Aacha(38).
Plusieurs auteurs
contemporains ont évoqué dans leurs écrits Orshalim.
Selon Philip Hitti, l’origine même du nom Orshalem, qui
est cananéenne, signifie (laisse Salem édifier). Shalem
est le dieu de la paix chez les Cananéens, comme déjà
susmentionné(39).
L’encyclopédie
juive indique que cette appellation a été utilisée dans
l’antiquité. Il figurait sur la plupart des monnaies
anciennes hébreux sous le nom : Yoroshlaym, Yoroshlam
(en araméen) Yorosalem (en assyrien) et Yourosalimo.
Cette appellation signifiait maison de la paix, maison
de Salem ou encore base de paix, Shalem étant le dieu de
la paix, comme indiqué auparavant(40).
Ce sont autant de
faits qui montrent que le nom d’Orshalim était connu à
l’ère des Jébuséens cananéens. Cette appellation est
d’origine cananéenne, à l’instar de la ville. Ce qui est
connu aujourd’hui comme nom hébreu n’est en fait qu’un
mot cananéen arabe (41).
Il convient de
rappeler dans ce contexte que l’appellation donnée par
les occidentaux à la ville (Jérusalem) est dérivée aussi
des noms précités (42)(43). Elle est désignée par "la cité
de David", car David s’en était emparée et en a fait la
capitale.
Il est à souligner
aussi qu’il n’a pas expulsé les Jébuséens, dont Aranya
ou "Arnan le Jébuséen".
Il a été avancé que
cette appellation visait à "changer le nom cananéen. A
noter que le roi David n’avait pu trouver une nouvelle
appellation à la cité que celle cananéenne, sachant que
la langue utilisée du temps de David était le cananéen
lui-même". Ainsi l’appellation cananéenne fut utilisée.
La cité demeura toujours connu sous ce nom.
De même, on
rapportait que David a longtemps logé dans la citadelle
qu’il a édifiée sur le Mont Sion et appelée Cité de
David. Le Mont Sion était le siège de son pouvoir et ce
sont les Jébuséens qui ont construit la citadelle de
Sion.
Il a été également
avancé que les Jébuséens "étaient les vrais habitants de
cette contrée. Ils dirent à David : ne t’installe pas
ici. David prit alors la citadelle de Sion dans la ville
de Daoud et s’est installé dans ladite citadelle qui fut
ainsi appelée Cité de David"(44).
La ville sacrée fut
baptisée "Sion", comme le rappelle Moujir Eddine Alimi
Hanbali(45). On cite également ce nom dans les livres sur
le patrimoine. El Bakri l’aurait évoqué et expliqué
qu’il s’agissait de Bayt Al Maqdis(46). Yacout Hamaoui et
Safi Eddine Ben Abdelhak l’auraient également mentionné,
avançant que c’est un lieu connu par Bayt Al Maqdis (47).
Il ressort de ces
définitions qu’il s’agit du nom d’un lieu (Mont) situé à
Bayt Al Maqdis. Il fut nommé ainsi après "que les
Israélites eurent arraché cette terre sacrée des mains
des Jébuséens Cananéens. Les Juifs introduisirent ainsi
ce nom dans leur Torah qui a été altérée pour porter un
faux cachet religieux"(48).
Ce nom a été cité
dans un poème d’Al Acha qui parle de "Sion".
Cette même
appellation se retrouve dans un poème d’Al A’sha où il
dit:
Si Sion devait un
jour te lancer la guerre,
Alors soit prêt à
une bataille sans merci.(49)
Dans ce vers, Al
A’sha veut dire que si le tout Rome devait un jour
donner l’assaut à Jérusalem, alors tous les habitants de
la ville sainte seront prêt à y faire face(50).
La ville fut
appelée aussi Aelia, nom choisi par les Romains. Lorsque
l’empereur Hadrien eut détruit Orshalim en 135 J.C., il
ordonna l’expulsion et l’extermination de tous les
juifs, l’installation des Grecs et la désignation de la
ville par le nom du roi Aelia. C’est ainsi qu’elle porta
le nom d’Aelia.
Il a été rapporté
que l’empereur romain Hadrien l’a baptisée "Aelia
Capitolina" et a été mentionnée comme telle par
plusieurs historiens (51).
Le nom d’Aelia a
été citée dans le pacte de Omar: "Les habitants d’Aelia
vécurent dans la quiétude du temps de Abdallah Omar"(52).
Elle a été évoquée
par Yacout Hamaoui, qui a dit : "c’est le nom de la
ville de Bayt Al Maqdis qui signifie maison de Dieu". On
peut la prononcer aussi Ilia(53).
Ce nom a été cité
dans des vers du poète Al Farazdaq.
Deux demeures,
l’une est celle d’Allah dont nous sommes les gardiens,
Et un palais
somptueux qui surplombe les hauteurs d’Aelia.(54)
Il a été également
mentionné comme tel dans des poèmes de bédouins
arabes.
Si des oiseaux
devaient faire un parcours comme le sien,
A Wasset à partir
d’Aelia, ils se seraient déjà fatigués,
Enfourchant des
montures, il a pris le départ de la Palestine,
Après que la
pénombre eut atteint la lumière du jour couchant.(55)
A relever que
l’accès des Juifs à Bayt Al Maqdis (Aelia) fut interdit,
depuis le règne de l’empereur Hadrien jusqu’à celui de
Constantine (306-337) qui autorisa les Israélites à y
entrer une fois par an. De même, il restitua à la ville
son nom d’Orshalim en 324 de l’ère Grégorienne et annula
officiellement Aelia qui a demeuré toutefois d’usage
parmi les habitants de la ville(56).
Le nom d’Aelia se
retrouve également dans nombre de livres de patrimoine
dans Uyun Al Akhbar d’Ibn Qoteibat, qui reprend cette
invocation:
"Dieu, parmi le
cheptel vous avez choisi l’agneau, d’entre la volaille,
la colombe, d’entre les plantes, le cépage, d’entre les
demeures Bakkah (La Mecque), et d’Aelia Bayt Al Maqdis.
On dit aussi "de toutes les demeures celles d’Aelia, et
d’Aelia celle de Bayt Al Maqdis".
Ibn Qutayba avait
mentionné la destruction d’Aelia et l’extermination de
ses habitants, même si elle a été considérée comme "la
meilleure cité" et "la mère de toutes les villes". Il
décrit : "il ne fut que ruines pendant plus de 3000 ans"
(57).
Parmi les sources
de patrimoine, on cite les livres d’histoire et de
géographie qui abondent dont : "Foutouh Al Bouldane"
(les conquêtes des pays) de Bladri, "Al Bouldane" (Les
pays) de Yaacoubi, "Nouzhat Al Mouchtaq fi Ikhtiraq Al
Afaq" de Al Idrissi, le dictionnaire des pays de Yacout
Al Hamaoui et Al Anas Al Jali de Moujir Eddine Alimi et
"Nahayat Arb" de Nouiri.
Alimi rapporte que
le Prophète, prière et salut soient sur lui, a "envoyé
un messager à Héracle qui était alors à Bayt Al Maqdis".
Le nom d’Aelia fut cité dans cette version. Il ajoute :
"Il marcha vers Homs, puis Aelia et remercia Dieu après
sa victoire contre les soldats perses". C’était au cours
de la 7e année de l’hégire(58).
Les livres sur les
caractéristiques de Bayt Al Maqdis évoquent la ville
sacrée notamment sous le nom d’Aelia. Il s’agit entre
autres de "Fada’il Al Qods" d’Ibn Al Jawzi (Les
caractéristiques d’Al Qods) dans lequel l’auteur
explique que la terre sacrée réfère à Aelia et Bayt Al
Maqdis, citant les propos d’Ibn Qutayba. Ibn Al Jawzi a
évoqué dans son livre Aelia, Bayt, Al Maqdis et Orshalim
: "Jésus dit à Aelia, village à Bayt Al Maqdis et à Ori
Shalem : réjouis toi Ori Shlam" (et l’a répétée à trois
reprises). "Tu sera honorée par la venue d’un homme
montant sur le dos un âne, à savoir Jésus et ensuite un
autre montant une jument, en l’occurrence Mohammed,
prière et salut soient sur lui". Ibn Al Jawzi a évoqué
Aelia et Bayt Al Maqdis dans plusieurs volets de son
ouvrage précité (59).
Cette ville est
aussi appelée : Al Maqdis et Al Qods notamment par les
musulmans et les chrétiens. Ces deux noms réfèrent à la
sacralité de la ville, comme il en ressort des
acceptions figurant dans les dictionnaires arabes.
Lissane Al Arabe
définit "Al Qods" comme étant "le pur, l’immaculé et
exempt de tous les vices (…) D’où le nom du Paradis
"l’enclos de la pureté". Al Qods évoque aussi la
purification et la bénédiction. Dans le Saint Coran:
"Vas-tu y désigner un qui sèmera le désordre et répandra
le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te
glorifier".
Ibn Mandour dit :
"D’où les appellations Bayt Al Maqdis, Al Qods, à savoir
la maison purifiée, le lieu où on se purifie des péchés
et Al Qods bénie". La terre sacrée réfère à la
Mésopotamie, qui comprend Bayt Al Maqdis, indique Ibn
Mandour dans "Lissan Al Arab". Il cite encore : la terre
sacrée signifie pure. Il s’agit de Damas, la Palestine
et une partie de la Jordanie, comme dit Al Farae(60).
Outre le Coran, et
les hadiths, Al Qods est citée par plusieurs poètes,
depuis l’époque antéislamique jusqu’à nos jours. Nous
contenterons de citer à cet égard des vers sur Bayt Al
Maqdis et Al Qods(61), dans l’antiquité.
Umru’u Al Qais dit
à cet égard dans un poème qui débute par:
Oh Mawi, puis-je
m’attendre auprès de toi au repos,
Ou tu romps et je
perd espoir en ta rencontre?
Dans ce poème,
Umru’u Al Qais dit en décrivant l’urus:
Ils l’ont rattrapé
se l’arrachant pattes et jambes,
Comme les enfants
s’arrachent le froc d’un saint
Pour le poète, le
saint est ici serait le moine qui se rend à Bayt Al
Maqdis. On dit également que c’est le moine en
provenance de Bayt Al Maqdis qui, une fois arrivé dans
un son couvent, les enfants s’agrippent à lui et
s’arrachent son habit pour s’en attirer la bénédiction.
Dans ce propos,
Umru’u Al Qais compare ce que la meute des chiens de
chasse a fait au bœuf primitif à ce que les enfants des
chrétiens ont fait de la soutane du saint(62).
Al Ajjaj a mis en
commun les deux termes d’Al Quddus (le pur) et Al Qods
en disant :
Le pur, le maître
d’Al Qods sait,
Qu’Abou Alabbass a
lié mon âme,
A la source pure du
Seigneur,
Le Maître du Trône
éternel.(63)
On citera aussi le
vers du poète qui dit:
Point de somme
avant qu’on atteigne Jérusalem,
A petites coupes,
tu t’abreuves des plus pures des eaux.
Le poète fait ici
allusion à la terre sainte comme le rapportent Yakout Al
Hamawi et Ibn Mandhour(64).
Marwane dit:
Dis à Al Farazdaq
dont le nom est insolence,
Restes si tu laisse
ce que je t’avais ordonné,
Quittes la cité,
car elle t’est désormais proscrite,
Et accours vers la
Mecque ou à Bayt Al Maqdis.
Al Mualla Ibn
Tarif, serviteur de Mehdi a dit:
Oh ami, j’ai
accomplis le pèlerinage,
Et j’ai visité Bayt
Al Maqdis,
J’ai vu un lieu
plein d’arcades, durant la fête de Marjés,
J’ai vu des femmes
aussi belles que des gazelles(65).
Dans son poème Al
Khasseb, Abou Nouasss mentionne la rivière de Fotros:
Le matin, elles
eurent traversé la rivière de Fotros,
Pèlerines qu’elles
étaient de Bayt Al Maqdis,
En caravanes elles
mirent le cap sur Gaza de Hasher,
Pliant les
distances, elles étaient en pèlerinage(66).
Quant à Abou Al
Alaa Al Maarri, il dit:
Le maître de la
Charia fut d’Al Qods sa Qibla,
Vers laquelle il a
tant prié puis il l’eut changée(67),
Il a dit aussi:
Otes pieusement tes
bottes à l’approche de ses abords,
Comme fit à Al Qods
Moses qui parlait au Seigneur.(68)
Il a dit aussi:
A la source de
Selouane à Al Qods,
Dont le goût évoque
celui de Zamzam(69).
Un autre poète a
dit:
Je flânerais à Al
Qods au gré du vent de l’est,
Pays intimes,
jardins des plaisirs de jeunesse(70).
Plusieurs
Historiens, geographes et voyageurs ont cité cette
ville. Les deux noms les plus fameux sont : Bayt Maqdis
et Al Qods. Le nom de Bayt Al Maqdis a été évoqué après
la conquête Islamique d’Omar, remplaçant ainsi les
autres noms comme Urushalem et Aelia. La même chose a
été appliquée au nom d’Al Qods.
Ces deux noms sont
très employés dans les contextes précités. Ils sont
aussi cités dans "Chronique" de Tabari, "Massalik Al
Mamalik" (Les chemins des mamlouks) de Astakhari, "Ahsan
Takkassim" (Les meilleurs traits) d’Al Maqdissi,
Safar-nama de Nasir Khusraw, "Al Ichirat li maârifati
ziyarat" (symboles pour connaître les visites) d’Al
Haroui, le récit de voyage d’Ibn Jabir, "Le dictionnaire
des pays" de Yacout Al-Hamawi, "Al Kamil fi Tarikh"
d’Ibn Al Athir, "Taqwim Al Bouldane" d’Abou Al Fida,
"Masalik Al Absar" d’Ibn Al Fadl Al Omari, "Zabdat Kachf
Al Mamalik" de l’auteur Dhahiri, Al Anas Al jalil,
Moujir Eddine Al Alimi et autres.
Ces noms sont
également d’usage dans les ouvrages écrits
particulièrement sur Bayt Al Maqdis dont l’essai
"Fada’el Al Qods" d’Ibn Al Jawzi, "Arawd Mougharas fi
Fada’el Bayt Al maqdis de Abdelwahab Houssaini Dimachqi,
"Al Anas Fi Fada’el Al Qods" de Amine Eddine Ahmed Ben
Mohamed Chafii, "Mawanih Al Ouns bi rihlati li oued Al
Qods" de Mustapha Asâad Doumiati, "Al Hadra Inssia fi
rihlat Qodssia" de Cheikh Abdelghani Naboulsi et autres.
En consultant les
sommaires d’un de ces livres, à titre d’exemple "Fada’el
Al Qods" d’Ibn Jawzi, on remarque que les deux
appellations sont fréquemment employées, le nom de Bayt
Al Maqdis étant le plus utilisé. Dans le sommaire, on
relève les chapitres de l’ouvrage tel que classés par
Ibn Al Jawzi :
Premier chapitre :
les caractéristiques de la terre sacrée.
Deuxième chapitre :
le mont sur lequel se dresse Bayt Al Maqdis.
Troisième chapitre
: la création de Bayt Al Maqdis.
Quatrième chapitre
: les merveilles et miracles dans Bayt Al Maqdis.
Cinquième chapitre
: les caractéristiques de Bayt Al Maqdis.
Douzième chapitre :
événements ayant marqué Bayt al Maqdis (destruction et
pillage).
Treizième chapitre
: conquête de la terre de Bayt Al Maqdis par Moïse.
Quatorzième
chapitre : Conquête de Bayt Al Maqdis par Jésus.
Quinzième chapitre
: prière du Prophète, paix soit sur lui, dans Bayt Al
Maqdis.
Seizième chapitre :
le voyage nocturne du Prophète, paix soit sur lui, dans
Bayt Al Maqdis.
Dix septième
chapitre : Conquête de Bayt Al Maqdis par Omar Ibn Al
Khattab, que Dieu l’agrée.
Dix Huitième
chapitre : les récents évènements ayant marqué Bayt Al
Maqdis(71).
Les chapitres se
succèdent jusqu’au 27e avec la citation de Bayt Al
Maqdis.
Incontestablement,
ces faits mettent en lumière l’usage fréquent de ce nom
durant les ères islamiques, depuis la conquête d’Omar.
Ce nom fut employé
sous différentes prononciations et appellations : Al
Qods, Al Qodos, Al Bayt Al Mouqaddas, Bayt Al Maqdis, Al
Qods Asharif, la ville sacrée et autres.
Ces noms ont été
évoqués dans plusieurs ouvrages tels : Le dictionnaire
des pays de Yacout Hamaoui, "Al Anas Al jalil" de Moujir
Eddine Al Alimi, "Lissan Al Arab" d’Ibn Mandour et
autres comme cités précédemment.
Dans l’Encyclopédie
islamique, le vocable Al Qods est le nom arabe en usage
dans des époques récentes(72). Les anciens écrivains et
historiens arabes l’appelaient Bayt Al Maqdis, comme
mentionné auparavant.
Parmi les noms qui
lui ont été donnés "Qaria" (village), tels que cité dans
Sourate Al Baqara (la vache) : "Ou comme celui qui
passait par un village désert et dévasté : "Comment Dieu
va-t-il redonner la vie à celui-ci après sa mort ?"
dit-il. Dieu donc le fit mourir et le garda ainsi
pendant cent ans"(73). Les exégètes ont donné différentes
explications à "Qaria", indiquant qu’il s’agirait de
Bayt Al Maqdis, de la terre sainte ou d’un village situé
à quelques mètres de Bayt Al Maqdis(74).
Dans la sourate
Aâraf, Dieu dit : "Et lorsqu'il leur fut dit : "Habitez
cette cité et mangez [de ses produits] à votre guise,
mais dites : rémission [à nos pêchés] et entrez par la
porte en vous prosternant. Nous vous pardonnerons vos
fautes; et aux bienfaisants (d'entre vous,) Nous
accorderons davantage"(75).
Les exégètes ont
donné des explications différentes sur le village : Bayt
Al Maqdis, la porte se trouvant, quant à elle, à Bayt Al
Maqdis (et serait ce qui est connue aujourd’hui sous le
nom "la porte Hitta"), Jéricho, Al-Balqa, la Mésopotamie
et autres(76).
A signaler, dans ce
contexte, que cette ville sacrée fut appelée "Kariat
Assalam" (le village de la paix), tel que citée dans
Chronique d’Ibn Al Ibri. Ce dernier rapporte : "Il
édifia une cité appelée Orshalim, qui signifie village
de la paix"(77).
Il fut aussi
désigné par "Al Balat". Al Maqdissi indique qu’elle "fut
connue par le nom d’Aelia ou Al Balat"(78).
L’encyclopédie
islamique explique le vocable Al Balat par "la cour
royale". Il a pour étymologie le nom Palatium qui est
d’origine latine et qui a été emprunté par les
Arabes(79).
La conquête
islamique
Force est de
constater que la conquête islamique conforte le cachet
arabe et islamique de la ville de Bayt Al Maqdis et
constitue un prolongement de l’existence arabe dans la
citée sacrée. Le Prophète, prière et paix soient sur
lui, était "le conquérant de Bayt Al Maqdis, celui qui a
posé le premier jalon de l’existence islamique dans
cette partie pure". A rappeler que cette conquête n’est
que le prolongement de la conquête arabe, depuis que les
Jébuséens et les Cananéens en général se sont installés
dans cette terre sacrée qui porta ainsi leur nom. On
dira : Jebus (Yabous) et "terre de Canaan", comme cité
précédemment(80).
On rapporte que le
Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, a
dit en s’adressant à Moad : : "O Mu'adh! Dieu Le
Tout-Puissant vous permettra de conquérir la Syrie après
ma mort, d'Al-'Arish à l'Euphrate. Leurs hommes et
femmes seront mis en garnison jusqu' au jour du
Jugement."(81).
Durant le règne de
Abou Bakr Seddiq, que Dieu l’agrée, des armées ont été
préparées pour conquérir la Mésopotamie. L’une de ces
armées s’est dirigée vers la Palestine, sous le
commandement de Amr Ibn Al Ass. Abou Bakr avait
recommandé à Amr Ibn Al Ass" d’emprunter le chemin
d’Aelia qui mène à la terre de la Palestine". Amr Ibn Al
Ass a conduit 7.000 personnes animées par le désir de
récupérer la Palestine. La bataille d’Al Yarmouk a signé
un tournant décisif dans l’histoire de l’islam, et a
tranché sur le destin de la Palestine et des autres
contrées islamiques(82).
"L’intérêt porté
par les musulmans à Al Qods, après la victoire contre
les Romains et la conquête de leur cité dans la région
(Damas) était animé par les liens religieux étroits
développés par l’islam à l’égard de Bayt Al Maqdis,
destination du voyage nocturne du Prophète entamé à
partir de la première Qibla des musulmans.
Le Prophète
n’avait-il pas dit dans un célèbre hadith : "Le
pèlerinage ne s'effectue que dans trois Lieux : à la
MosquéeAl-Harâm (Mecque), à Ma Mosquée (Médine) et à la
Mosquée Al-Aqsâ (Al-Qods)"(83).
L’une des armées
islamiques a pris le chemin vers la Palestine, sous la
conduite de Amr Ibn Al Ass. Une autre, dirigée par
Mouâawiya Ben Abi Soufiane et son frère Yazid se rendit
à Quisaria, alors que des troupes, commandées par Ayoub
Al Maliki, se dirigèrent vers Ramlah. Le troisième
groupe a été conduit par Alqama Ben Moujazzar. Le
quatrième prit le chemin d’Ajnadine sous le commandement
de Amr Ibn Al Ass lui-même. La dernière formation prit
pour destination Bayt Al Maqdis, sous la conduite de
Alqama Ibn Hakim et Masrouk Akki(84).
Amr Ibn Al Ass
entra à Ajnadine. Artaban le romain s’est retiré vaincu
et fuit vers Al Qods. Cet événement a été décrit dans un
poème de Ziyad Ben Handala.

Par la suite, Abou
Oubayda Ben El Jarrah prend le commandement de l’armée
islamique qui assiégeait Bayt Al Maqdis. Le calife Omar
Ibn Al Khattab, que Dieu l’agrée, avait demandé à Abou
Oubayda de se diriger vers Bayt Al Maqdis. Ce dernier
fit appel à sept dirigeants musulmans qui ont conduit
chacun une armée composée de 5.000 hommes, en
l’occurrence Khalid Ibn Al Walid, Yazid Ben Abi
Soufiane, Charhabil Ben Hassana, Merqal Ibn Hachem,
Moussib Be Najia Ferazi, Qaiss Ben Mouradi, Arwa Ben
Mouhalhil Ben Zayd Al Khayl. Les sept groupes s’étaient
organisés pour encercler la ville d’Al Qods(86).
Abou Oubayda a fait
parvenir aux patriarches d’Aelia et ses habitants un
message dans lequel il les avertissait mais en vain(87).
Au Cinquième jour,
Yazid Ben Abi Soufiyane, accompagné d’un traducteur, a
avancé vers le mur, pour leur proposer de choisir entre
l’adhésion à l’islam, l’impôt ou la guerre. Ils
choisirent de combattre.
La bataille
commença. Les musulmans poursuivaient leur siège de la
ville sacrée jusqu’à ce que les habitants d’Aelia se
rendirent et demandèrent un accord à l’amiable. Ils
formulèrent le souhait qu’il soit conclu avec Omar Ibn
Al Khattab lui-même qui fut informé par Oubayda. Omar
tient alors un Conseil de la choura qui donna son accord
pour que le calife se rende à Bayt Al Maqdis. La clef de
la cité fut ainsi remise aux musulmans(88).
Le calife fait
rédiger un pacte ou assurance de la sécurité accordée
aux habitants d’Aelia, à leurs vies, leurs biens, leurs
églises. Le pacte prévoit également la liberté du culte,
en échange de l’impôt, de même qu’il garantit qu’aucun
juif ne vivra avec eux à Bayt Al Maqdis, à la demande du
Patriarche Sofronius qui interdisait aux Juifs d’habiter
la ville sacrée(89).
Le pacte d’Omar
Au nom de Dieu le
Clément, le Miséricordieux
"Ceci est
l'Assurance de la sécurité (aman) que le serviteur
d'Allah, [le deuxième calife] Omar Ibn Al-Khattab,
commandeur des croyants, a accordée aux habitants
d'Aelia. Il leur a accordé la sécurité pour leurs vies
et leurs biens ; leurs églises et leurs croix; le malade
et le sain de la ville ; et pour le reste de leur
communauté religieuse. Leurs églises ne seront ni
habitées ni détruites. Ni eux, ni la terre sur laquelle
ils se tiennent, ni leur croix, ni leurs biens ne seront
confisqués. Ils ne seront pas forcés à se convertir.
Personne d'entre eux ne sera lésé. Aucun juif ne vivra
avec eux à Aelia.
Le peuple d'Aelia
doit payer l'impôt local comme les personnes [des autres
villes], et il doit expulser les Byzantins et les
voleurs. Quant à ceux qui quitteront [la ville], leurs
vies et leurs biens seront sauvegardés jusqu'à ce qu'ils
atteignent l'endroit de la sécurité.
Quant à ceux qui
restent, ils seront sûrs. Ils devront payer l'impôt
local comme les habitants d'Aelia. Ceux parmi le peuple
d'Aelia qui voudrait partir avec les Byzantins, prendre
leurs biens, et abandonner leurs églises et leurs croix,
seront sécurisés jusqu'à ce qu'ils atteignent l'endroit
de la sécurité. Ces villageois (ahlal-Ard) qui étaient
en Aelia peuvent rester dans la ville s'ils le
souhaitent, mais ils doivent payer l'impôt local comme
le peuple d'Aelia. Ceux qui souhaitent partir avec les
Byzantins, et ceux qui souhaitent retourner à leurs
familles, rien ne sera saisi d'eux jusqu'à ce que leur
moisson ait été récoltée. Les contenus de cette
Assurance sont sous l'engagement d'Allah et la
responsabilité de Son Prophète, du Calife et des
fidèles, si [le peuple d'Aelia] paye l'impôt selon leurs
engagements(90).
Les personnes qui
ont certifié l’Assurance sont Khalid Ibn Al Walid, Amr
Ibn Al Ass, Abderrahmane Ibn Awf et Mouâawiyah Ibn Abi
Soufyane qui a rédigé ce pacte"(91).
Il est évident que
le calife des musulmans a fait montre d’une grande
tolérance à l’égard des habitants d’Aelia. Son règne fut
marqué par la signature du "meilleur pacte qui n’eut
jamais existé durant l’histoire, sur le comportement
d’un peuple vainqueur avec un autre vaincu". "Nul ne
pouvait aspirer à une assurance aussi généreuse"(92),
comme disait Pr Al Aqqad.
La conquête
islamique de Bayt Al Maqdis s’est déroulée en présence
de plusieurs compagnons du Prophète, que la prière et le
salut de Dieu soient sur lui, dont Abou Oubayda Ben El
Jarrah, Bilal Ibn Rabah, Abdallah Ben Salam, Abou
Hourayra, Abderrahmane Ibn Sakhr, Awf Ben Malek Al
Achjaîi, Yaâla Ibn Chaddad, Saïd Ibn Zaid, Malek Ibn
Aws, Khaled Ibn Al Walid, Moâad Ibn Jabal, Abou Dour
Ghaffari et autres.
La ville sacrée a
été visitée par plusieurs compagnons et fidèles, habitée
par certains d’entre eux qui dispensèrent leur savoir et
connaissances(93).
Le calife Omar a
visité l’Eglise de la Résurrection. Au moment de la
prière, il s’est abstenu de prier dans ce lieu pour que
les musulmans ne s’emparent pas de l’église. Il a
ordonné que soit construite une mosquée à la place du
Rocher qui était couverte d’ordures, avant qu’elle ne
soit nettoyée par Omar et les fidèles(94).
Le calife des
musulmans a œuvré au début à mettre en place un système
administratif et judiciaire, affecter des salaires pour
les musulmans, établir le calendrier de l’hégire,
répartir le pays et créer un système de comptabilité. Il
a incité et encouragé le commerce, affirmant à ce propos
: "…ils ne doivent être dépassés par les étrangers dans
le domaine du commerce qui représente le tiers de la
principauté".
Omar Ibn Al Khattab
désigna alors Yazid Ben Abi Soufyane pour administrer
Bayt Al Maqdis, sous le commandement de Abou Oubayda Al
Jarrah et nomma comme imam Salama Ben Qaysar.
Sur le plan
militaire, elle a été divisée en deux parties : la
partie nord ayant pour capitale Al Ramlah dirigée par
Alqama ben Hakim et la partie sud ayant pour capitale
Aelia et gouvernée par Alqama Ben Majzar(95).
La conquête
islamique de Bayt Al Qods a été d’ordre religieux,
militaire et linguistique. Les musulmans ont vaincu les
autres. Les tribus arabes se sont installées à Bayt Al
Maqdis. La langue arabe s’est rapidement diffusée. Les
habitants de la ville se sentaient en paix et
jouissaient de la sécurité et de la stabilité, sous le
règne des musulmans. La ville sacrée vécut ainsi dans la
sérénité jusqu’à son occupation par les Croisés en 492
H.
Nous évoquerons les
échos laissés par cette glorieuse conquête dans la
poésie arabe et la littérature arabe en général. Mais il
est surprenant que n’ayons pas de poèmes qui commémorent
ce grand événement et mettent en exergue sa portée et sa
valeur.
Pour la conquête de
la Mésopotamie (ou Syrie), dont Bayt Al Maqdis, on ne
retient que des vers de Ziyad Ibn Handala(96).

A rappeler à ce propos le discours
prononcé par le Calife Al Farouk (Omar) à Bayt Al
Maqdis, avant son départ vers Médine et dans lequel il
met en lumière la victoire remportée par les musulmans.
Il a fait rappeler aux musulmans leurs devoirs. Dans ce
discours, Omar dit : "O vous les musulmans, Dieu Le Très
Haut a honoré sa promesse. Il vous a assisté dans votre
victoire contre les ennemis, vous a légué cette contrée
et vous a doté d’un pouvoir sur terre. Vous devez
remercier Dieu pour ces bienfaits. Abstenez-vous de
commettre les péchés". Lorsqu’il a terminé son discours,
il demanda à Bilal, Muezzin du Prophète, de procéder à
Al Azan. A l’issue de la prière, le calife Omar retourna
à Médine, dans la péninsule arabique(97).
Sa sacralité
Les éléments
attestant de sa sacralité en général :
Les principaux
éléments attestant de la sacralité de Bayt Al Maqdis
sont :
- Son lien avec al
Israe et al Miîraj (le Voyage nocturne et l’Ascension)
au cours desquelles fut prescrite la prière.
- Elle fut la
première Qibla.
- Elle fait partie
des trois mosquées de l’islam qui sont : La mosquée Al
Haram (ou la mosquée Sacrée), la mosquée du Prophète et
la Mosquée Al Aqsa.
- Elle comporte
plusieurs sanctuaires : Al Aqsa béni, le rocher béni, le
mur Al Bouraq et autres.
- Elle fut le lieu
d’une révélation. Dieu a dit : "Et demande à ceux de Nos
messagers que Nous avons envoyés avant toi, si Nous
avons institué, en dehors du Tout Miséricordieux, des
divinités à adorer ?"(98).
- C’est l’endroit
où les gens seront ressuscités et rassemblés le jour du
Jugement.