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8.
Al-Razi
(864 - 932)
Il
s'agit de Mohamed Ibn Zakaria al-Razi, Abu Bakr, un médecin,
chimiste et philosophe musulman connu chez les Latins sous
le nom de Rhazes. Les historiens sont unanimes que al-Razi
est le plus grand médecin de l'Islam et le plus illustre du
Moyen Age, «et l'un des plus célèbres médecins de tous les
temps… doté d'un savoir tel qu'il était versé dans chacune
des sciences et chacun des arts».(50) Ibn Khallikan le
décrivit comme étant : «L'imam de son temps dans le domaine
de la médecine et le plus recherché. Il excellait dans cette
industrie qu'il pratiquait avec habileté et adresse,
familier avec ses tenants et aboutissants, et sollicité par
des quêteurs venus de loin aux fins de s'instruire».(51)
Né
à Rayy, au sud de Téhéran, al-Razi a étudié les
mathématiques, l'astronomie, la philosophie, la chimie, la
logique et les lettres, avant de s'atteler à l'étude de la
médecine auprès de Is'haq Ibn Hunaïn, passé maître dans la
médecine grecque, perse et indienne. Bien qu'il ait étudié
la médecine après la quarantaine passée(52), il avait
accompli de remarquables réalisations qui lui ont valu une
grande renommée. Il a été chef de l'hôpital de Rayy, puis
chef de l'hôpital de Bagdad qui fut construit par le Calife
Abbasside al-Muqtadir.(53)
Contributions scientifiques
Les
contributions d'al-Razi à la médecine sont nombreuses et
variées. Aussi nous contenterons-nous de n'en citer que les
principales, notamment celle de l'intérêt qu'il accordait à
l'observation clinique relative à l'évolution de la maladie
en fonction du médicament dispensé, ainsi que l'évolution du
malade et le résultat du traitement.(54) De même qu'il était
le premier à s'intéresser à l'aspect psychosomatique dans le
diagnostic des maladies, constatant, par exemple, que
certaines maladies abdominales étaient suscitées, en premier
lieu, par des causes psychosomatiques. Les diagnostics de la
variole et de la rougeole sont parmi les réalisations
médicales les plus importantes d'al-Razi, qui a décrit
méticuleusement les deux maladies, en particulier leurs
premiers symptômes et leur méthode de traitement. Il
insistait sur l'importance que revêtent la pratique,
l'expérience et l'expérimentation dans le traitement des
malades. En outre il expérimentait les nouveaux remèdes sur
les animaux avant de les prescrire aux malades.
Les
occidentaux reconnaissent les innovations d'al-Razi en
gynécologie et obstétrique, ainsi que dans les maladies
vénériennes et en chirurgie des yeux.(55) Il avait abordé,
par ailleurs, le problème de la paralysie faciale et cherché
à en identifier les causes. Il a pu distinguer, ainsi, entre
la paralysie provoquée par une cause propre au cerveau et
celle d'origine locale. Al-Razi a décrit également les
ramifications des nerfs dans la cage thoracique. Il est
aussi parmi les premiers à appliquer les connaissances
chimiques à la médecine et à rattacher la guérison du malade
à une réaction chimique dans son corps.
Al-Razi n'était pas seulement un grand médecin, mais aussi
un chimiste d'envergure.(56) Il est l'un des premiers à
faire de la chimie une science exacte. Certains chercheurs
vont jusqu'à le considérer comme le fondateur de la chimie
moderne. Il a entrepris d'importantes expériences chimiques
dans la préparation des acides employant, à cet effet, des
méthodes qui sont encore en usage de nos jours. Il est, en
outre, le premier à avoir mentionné l'acide sulfurique,
qu'il appelait «l'huile de vitriol» ou «vitriol vert». Il
pratiquait l'extraction de l'alcool par distillation des
substances amylacées et glucidiques fermentées, qu'il
utilisait en pharmacie pour la production des médicaments et
des remèdes.(57) La chimie est clairement redevable à
al-Razi pour sa décomposition des éléments chimiques en
trois groupes, à savoir, végétal, animal et minéral,
classification qui est demeurée constante jusque dans la
chimie moderne aujourd'hui.(58)
Œuvres
Al-Razi a
écrit une série d'œuvres qui, selon certains, dépassent les
deux cent vingt titres. Il n'en reste que très peu, la
majorité de ces œuvres ayant été perdue.
En
médecine, par exemple, al-Razi a composé bon nombre
d'importants ouvrages comportant, outre ses propres
expériences innovatrices, les sciences grecques et
indiennes. Les plus importants de ces livres sont :
-
«Al Hawi» (Le Contenant), qui vient en tête de tout ce qu'il
a écrit, constitue la plus grande encyclopédie médicale
arabe. Il y a rassemblé des extraits tirés des médecins
grecs et arabes, en y ajoutant les résultats auxquels ses
expériences et opinions personnelles ont abouti. L'ouvrage a
été traduit en latin, en 1279, par le médecin juif «Faraj
Ibn Salem», sur ordre du roi Charles I, roi de Sicile, sous
le titre de Continens, équivalent grec du terme «al-Hawi».
En Europe, les plus grands savants ont eu recours à
l'ouvrage, traduit maintes fois, jusqu'en 1542, et demeuré
leur source de référence dans leurs écoles et universités
jusqu'au seizième siècle.
- «Al-Judari
wal Hassaba» (La Variole et la Rougeole) : comporte une
description scrupuleuse et détaillée de ceux deux
affections et des façons de les soigner. Il a été traduit en
latin à Venise, en 1565, puis dans plusieurs autres langues
européennes. Il a publié quarante fois en Europe entre 1498
et 1866.(59)
- «Tibb
al-Fuqaraa» (La médecine des pauvres) : il s'agit d'un
dictionnaire populaire où il décrit toutes les maladies,
leurs symptômes, et les méthodes de traitement par un régime
alimentaire peu coûteux, plutôt que par l'acquisition de
médicaments onéreux et de composés rares.
- «Kitab
'Al-Mansouri'» (Livre d'al-Mansouri) : Dans cet ouvrage,
dont le nom est associé à celui d'al-Mansour Ibn Is’haq,
gouverneur de Khorasan, al-Razi aborde une multitude de
sujets tels que la chirurgie, et les maladies des yeux et de
l'abdomen. Il fut publié pour la première fois à Milan, en
1481, et traduit en latin. Il a été adopté par les médecins
des universités européennes jusqu'au dix-septième siècle.
En
chimie, son ouvrage le plus célèbre est :
- «Al-Asrar
fil Kimiyae» (Les secrets de la chimie), où il décrit la
méthode adoptée par lui dans la réalisation des expériences
chimiques, ainsi que la manière de préparer les matières
chimiques et leur mode d'utilisation. Il y décrit également
les appareils et outils employés dans ses expériences.
En
astronomie, al-Razi se distingue par son ouvrage :
- «Kitab
Hay'atul Aalam» (L'aspect de l’univers), dans lequel il
apporte la preuve «que la terre tourne autour de deux axes,
que le soleil est plus volumineux que la terre, et que la
lune est moins grande».(60)
Al-Razi a rédigé d'autres livres en médecine, pharmacie,
astronomie, mathématiques, physique, logique, philosophie,
ainsi qu'en jurisprudence.
L'on peut dire, en définitive, que al-Razi a contribué,
grâce à ses écrits et inventions, de façon active aux
progrès de la médecine et de la chimie, ainsi qu'au
développement de la recherche dans ces domaines. Ces
ouvrages sont restés, pour les universités européennes, une
source de référence en médecine jusqu'au dix-septième
siècle.
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