|

6.
Benou Moussa Ibn Chaker
(mort en 862)
Moussa Ibn Chaker a vécu à Bagdad à l'époque du Calife
Abbasside al-Maamoun, dont il était l'un des proches, et
s'occupait d'astronomie et d'astrologie. A sa mort en 259 H,
Moussa Ibn Chaker a laissé trois jeunes enfants. Pris en
charge par al-Maamoun, ce dernier les confia aux soins d'Is'haq
Ibn Ibrahim al-Masaabi, qui les fit entrer à Beit al-Hikmat
(Foyer de la Sagesse). Celui-ci comportait une grande
bibliothèque ainsi qu'un observatoire, et se chargeait
également de la traduction, à partir du grec, des travaux
philosophiques et scientifiques. Les trois enfants de
Moussa, Mohamed, Ahmed et al-Hassan, plus connus sous le nom
de Benou Moussa, ou les trois frères,(33) ont donc grandi au
sein de ce cercle scientifique, pour devenir les plus
éminents savants de Beit al-Hikmat. L'aîné des trois frères,
Abou Jaafar Mohamed, mort en 872, était savant en géométrie,
en astronomie et en «Almageste». Ahmed, quant à lui, s'était
excellé dans le génie mécanique et s'y distingua par ses
talents créateurs. Le troisième, al-Hassan, était versé dans
le domaine de la géométrie.(34)
Contributions scientifiques
Les Benou
Moussa ont excellé dans le domaine des sciences
mathématiques, astronomiques, mécaniques et géométriques,
œuvrant à leur développement grâce à leurs importantes
inventions et découvertes.
Leur apport scientifique en matière de mécanique s'est
traduit par l'invention d'un certain nombre d'instruments
pratiques et d'appareils moteurs. C'est ainsi qu'ils ont mis
au point des machines agricoles et des fontaines qui
dessinent des formes diverses avec leurs eaux jaillissantes.
Ils ont inventé également des appareils ménagers, des jouets
d'enfants, ainsi que des appareils mécaniques pour tirer,
lever ou peser les masses lourdes.(35)
Les
Benou Moussa ont, en outre, joué une part importante dans le
développement des mathématiques d’une manière générale,
adoptant leurs connaissances en la matière à des fins
pratiques, entre autres, celle de la méthode connue pour la
construction des formes elliptiques.(36)
Cette méthode est la suivante : Placez deux épingles en deux
points différents. Prenez ensuite un fil d'une longueur
supérieure au double de la distance entre les deux points.
Passez le fil autour des épingles après avoir attaché les
deux bouts, et insérez-y un crayon. Il suffit alors de
tourner le crayon pour obtenir une ellipse.(37)
En
astronomie, les Benou Moussa ont calculé le mouvement médian
du soleil dans l'année persane, et établi des calendriers
sur la position des planètes,(38) tout en enregistrant
leurs observations astronomiques.
Ils
ont assumé, en outre, une part importante dans le
développement des sciences mathématiques, astronomiques et
géométriques à travers leurs écrits et leur patronage pour
le mouvement de traduction et leur mécénat pour les
traducteurs et les scientifiques. L'écrivaine allemande,
Sigrid Hunke, dit à cet égard, que Beni Moussa : «ont
envoyé, à leurs propres frais, des messagers à l'Empire
Byzantin à la recherche d'anciens manuscrits traitant de
philosophie, d'astronomie, de mathématiques et de médecine.
Il n'hésitait pas à payer des sommes énormes pour
l'acquisition de vestiges grecs qu'ils faisaient porter à
leur domicile… dans cette demeure que al-Mutawakil leur
avait offerte à proximité de son palais à Samarra, où
œuvraient sans discontinuer une équipe nombreuse de
traducteurs venus de tous les coins du pays…».(39)
Œuvres
Les Benou
Moussa se sont penchés, dans leurs écrits, sur une multitude
de disciplines, telles que la géométrie, l'étude des aires
et des coniques, l'astronomie, la mécanique et les
mathématiques. Parmi ces œuvres, citons :
- «Kitab
al-Hiyal» (livre de la mécanique), est le plus important.
Ils ont réuni dans cet ouvrage les connaissances en
mécanique ancienne et leurs propres expériences. Ahmed
Youssef Hassan, qui a procédé à l'authentification de cet
ouvrage, souligne que si l'Occident s'y est intéressé vers
la fin du XIXe siècle, ce n'est qu'au début du XXe siècle
qu'il fut étudié sérieusement, et ce, lorsque Fiedmann et
Hauser ont publié des articles sur cet ouvrage. En 1979,
Hill a entrepris de traduire cette œuvre vers l'anglais. En
1981, l'Institut du Patrimoine scientifique arabe de Syrie a
publié «Kitab al-Hiyal» après le travail d'authentification
exécuté par Dr Ahmed Youssef Hassan et autres.
- «Kitab
Masahatil Acre» ;
- «Kitab
qismatul Zaouaya ila Thalathati Aqsam Mutasaouiya» (Livre
sur la division des angles en trois parties égales), traduit
en latin par Gérard de Crémone.
- «Kitab
al-Chakl al-Moudaouar wal Mustatil» (Livre du Cercle et du
Rectangle).
- «Kitab
al-Chakl al-Handasi» (Livre du plan géométrique).
- «Kitab
Harakatil Fulk al-Oula» (Livre du premier mouvement
cosmique).
Il
convient de noter que les Beni Moussa ont collaboré
conjointement et si étroitement qu'il devient difficile de
distinguer entre les divers travaux effectués par l'un ou
l'autre des frères. Mais il n'en reste pas moins qu'ils ont
joué un rôle de premier plan dans l'évolution des sciences
mathématiques, astronomiques et géométriques, et ont eu un
impact profond sur leur époque.(40)
|