|

29.
Ibn Roshd
(1126 - 1198)
De
son nom Abu al-Walid Mohamed Ibn Ahmed Ibn Mohamed
al-Andalusi, connu chez les Occidentaux comme Averroes,(192)
un philosophe, un médecin et un érudit arabe musulman. Né à
Cordoue, il a été élevé dans une famille solidement ancrée
dans les sciences islamiques, où son grand-père et son père
étaient, tous deux, des magistrats. C'est donc auprès de son
père qu'il apprit la jurisprudence islamique avant de se
tourner vers l'étude de la médecine et de la philosophie. Il
était le contemporain d'Ibn Tofaïl et du célèbre médecin,
Ibn Zuhr.(193)
Ibn
Roshd s'est rendu à Marrakech, en 548 H/1153, sur invitation
du Calife Almohade Abdel-Moumen ben Ali pour des
consultations relatives à l'établissement d'un certain
nombre d'écoles au Maroc. Il est retourné à Marrakech une
deuxième fois où il fut présenté, par le philosophe et
médecin Ibn Tofaïl, au Calife Ibn Yacoub Youssef qui lui
confia, en 565 H/ 1169 la tâche d'expliquer la philosophie
d'Aristote. Il le nomma ensuite magistrat à Séville, puis
chef magistrat à Cordoue, avant d'être rappelé en 578 H/1182
par Abu Yacoub qui en fit son médecin personnel, en
remplacement d'Ibn Tofaïl, puis à nouveau magistrat à
Cordoue. A la mort du Calife Abu Yacoub, Abu Youssef Yacoub,
fils de ce dernier et son successeur, prit Ibn Roshd sous
son égide, mais accablé par certains savants, il a été jugé
et condamné, ses livres brûlés, à l'exception des ouvrages
médicaux et astronomiques. Expulsé à Lucena, près de
Cordoue, il a été gracié, puis revint au Maroc en 1198,
année même où il mourut. (194)
Contributions scientifiques
C'était
un médecin porté sur la recherche, l'analyse et le
traitement des maladies, bien qu'il ait eu un plus grand
penchant pour la recherche et l'étude.(195) Dans son
ouvrage, «Al-Kulliyate», il fait référence à son exercice de
la médecine, quoique cet exercice fût limité. Il souligne,
en outre, la nécessité de s'appuyer sur l'observation et
l'expérimentation, d'avoir une connaissance globale de tout
ce que la science naturelle a accumulé au plan de la
dissection et de la fonction des membres. La consultation
entre médecins qu'il a prônée est un apport notable à la
médecine. Il a abouti, d'autre part, à la conclusion que la
variole ne touche le malade qu'une seule fois, que la rage
est due à la maladie du chien atteint de la rage. Il
souscrit, en outre, à la proposition d'Ibn Sina sur la
transmission héréditaire, de père en fils, des maladies. Sir
Stewart Duke Elder a souligné, dans l'encyclopédie «System
of Ophtalmology» qu'Ibn Roshd avait pris les devants
lorsqu'il annonça que c'est la rétine qui reçoit la
lumière.(196)
Ibn
Roshd estimait qu'une alimentation saine, une eau propre et
un air pur sont les garants d'une bonne santé. Il
considérait que les médicaments constituent une matière
étrangère au corps, nuisible au fonctionnement de certains
organes en raison de leurs diverses incidences, en
particulier sur le foie et les reins, dont les fonctions
visent à éliminer les poisons du corps. Ibn Roshd a décrit
une multitude de maladies, ainsi que leurs symptômes et
leurs complications. Il a traité, en outre, des
manifestations psychiques, telles que la colère, la
tristesse, l'anxiété et l'épilepsie. Il s'est intéressé
également à la thérapeutique médicale, consacrant une bonne
partie de son ouvrage «Al-Kulliyate» aux différents types
d'aliments et de remèdes et à leurs effets, tout en fixant
les bases à suivre pour déterminer les posologies. (197)
Œuvres
- «Al-Kulliyate
fil Tibb» : le principal ouvrage d'Ibn Roshd dans le domaine
de la médecine, dans lequel il aborde les principes généraux
de la médecine, et qu'il divise en sept sections, en
fonction des thèmes traités.
Traduit en latin au XIIIe siècle sous le titre de «Colliget»,
et en hébreu. Réimprimé plusieurs fois aux XVe et XVIe
siècles. Ce n'est qu'en 1984 que le texte arabe a été
imprimé à New Delhi. En 1989, le Conseil supérieur algérien
de la Culture, en coopération avec l'Union internationale
des Académies, a procédé à la publication «d'Al-Kulliyate»,
après authentification et commentaire par les Dr Saïd
Chibane et Ammar al-Talibi.
-
Résumé du livre intitulé «Al-Nafs» (Traité de l'âme)
d'Aristote ;
-
Exégèse du «Al-Nafs» d'Aristote ;
-
Résumé du livre «al-Ilal wal-Amradd» (Affections et
maladies) de Galien ;
-
«Discussion sur la psychologie»
-
Livre «al-Tiryaq» (Les antidotes). Dans cet ouvrage, Ibn
Roshd détermine les maladies pouvant être soignées avec des
antidotes, définissant l'étiologie de ces maladies et les
méthodes d'utilisation des antidotes.
-
«Exégèse de l'Arjouza d'Ibn Sina sur la médecine».
En
plus de ces ouvrages médicaux, Ibn Roshd a écrit plusieurs
ouvrages portant sur la philosophie, en particulier : «Tahafut
al-Tahafut» (l'Ecroulement de l'Ecroulement), qui constitue
la réponse au livre d'al-Ghazali, «Tahafut al-Falassifa» (l'Ecroulement
des philosophes).
En
astronomie, Ibn Roshd a élaboré l'ouvrage intitulé : «Kitab
fi Harakati al-Aflak» (Livre sur les mouvements des
étoiles).
L'on peut affirmer, en définitive, qu'Ibn Roshd était parmi
les plus grands penseurs et savants du XIIe siècle, son
influence sur l'Occident s'étant étendue jusqu'au XVIe
siècle.(198)
Il
a profondément marqué le développement théorique de la
médecine, ayant frayé la voie à la compréhension des
théories grecques en la matière, et ce, grâce aux résumés
critiques qu'il réalisa des œuvres de Galien et autres, mais
aussi par ses analyses critiques de leurs théories et la
formulation d'opinions contraires aux leurs.(199)
|