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20.
Ibn al-Haytham
(965 - 1038)
Ibn
al-Haytham est l'un des plus grands savants en optique,
mathématiques, sciences naturelles, médecine et philosophie,
ayant grandement contribué à leur développement.
Dénommé par les Occidentaux du nom «d'Alhazen», il est Abu
Ali al-Hassan Ibn al-Hassan Ibn al-Haytham, né à Bassora où
il fit ses études. Lorsque le Calife Fatimide, al-Hakem bi
Amrillah, apprit qu'Ibn al-Haytham avait une méthode
susceptible de régulariser les inondations annuelles du Nil,
il l'invita en Egypte et le chargea de la mission visant à
contrôler le débit du Nil face aux inondations. Ayant échoué
dans cette tâche, il simula la folie et ne reprit son état
normal qu'au décès du Calife. Il s'attela à la transcription
des ouvrages de ses prédécesseurs en mathématiques et en
sciences naturelles, ainsi qu'à l'élaboration d'études dans
divers thèmes.
Contributions scientifiques
Les
historiens occidentaux sont unanimes quant à l’importance
d'Ibn al-Haytham dans le développement de l'optique. Dans
son ouvrage «Héritage de l'Islam», Arnold écrit, à cet égard
: «L'optique a atteint son apogée avec l'apparition d'Ibn
al-Haytham», (135) alors que Sarton dit, pour sa part : «Ibn
al-Haytham est le plus grand savant que l'Islam a connu dans
les sciences naturelles, voire le plus grand savant en
sciences naturelles du Moyen Age, et parmi les rares savants
célèbres en optique de tous les temps, sans compter qu'il
était aussi savant astronome, mathématicien et
médecin».(136)L'Encyclopedia Britannica le qualifie de
pionnier des sciences optiques après Ptolémée.(137)
Ibn
al-Haytham est le premier à avoir énoncé que la lentille
convexe agrandit les objets. Il est aussi le premier à
définir la composition de l'œil, à illustrer ses
constituants et à leur donner les noms que les Occidentaux
ont traduit dans leurs langues respectives, des noms qui
sont encore en usage de nos jours, tels que Retina, Cornea,
Humour Vitreous et Humour Aqueous. Il a laissé, en outre,
des thèses sur l'agrandissement des lentilles qui ont permis
la mise au point des lentilles de correction des yeux.(138)
Ses
recherches ont abouti à la conclusion que la vision procède
de la projection vers l'œil des rayons d'un corps qui
traversent l'œil. L'image se dessine alors sur la rétine qui
la transmet au cerveau à travers le nerf optique où se forme
alors la vision du corps concerné. Cette découverte d'Ibn
al-Haytham a permis d'invalider la théorie grecque d'Euclide
et de Ptolémée en vertu de laquelle la vision provient de la
projection d'un rayon lumineux de l'œil vers le corps
visible. Al-Haytham a effectué également des recherches sur
la lumière, les couleurs et la réfraction dans le cadre
d'expériences entreprises pour la mesure des angles de
diffraction et de réfraction.(139) Certains chercheurs
voient en lui le pionnier de la science en matière de
lumière.
Ibn
al-Haytham était aussi un mathématicien hors pair. Il
appliqua la géométrie, les équations et les nombres à la
résolution des problèmes astronomiques. Il œuvra, en outre,
à la résolution des équations cubiques et formula des lois
exactes aux aires de la sphère, de la pyramide, du cylindre
oblique, du secteur rotatif et du segment
circulaire.(140)
Ibn
al-Haytham s'est intéressé à l'astronomie sur laquelle il a
écrit quelques ouvrages et réalisé un certain nombre
d'observations. Sa nouvelle méthode permettant de déterminer
l’altitude du pôle constitue l'une de ses contributions
majeures. Il a, en effet, élaboré une théorie sur le
mouvement des planètes dont l'influence reste encore
perceptible de nos jours, et l'on peut voir, dans la
banlieue de Vienne une table, fabriquée en Allemagne en
1428, comportant un schéma du mouvement des planètes
conforme à la théorie d'Ibn al-Haytham. Celui-ci a également
découvert que tous les corps célestes, y compris les étoiles
fixes, émettent des rayons, à l'exception de la lune qui
tire sa lumière du soleil.(141)
Œuvres
Ibn
al-Haytham nous a légué un riche héritage scientifique dans
tous les domaines des sciences. Mais de ses plus importantes
œuvres, nous avons retenu les titres suivants :
- «Kitab
al-Manadher» (Livre des perspectives) : L'ouvrage comporte
les résultats de ses recherches sur la lumière, la
dissection de l'œil, ainsi que sur la vue. Ce fut une
véritable révolution dans le domaine de l'optique, laissant
un impact profond sur les connaissances en Occident (Roger
Bacon et Kepler), qui l'ont adopté comme source de référence
durant de nombreux siècles, et fut traduit en latin de
nombreuses fois plusieurs siècles durant. L'ouvrage contient
sept essais, dont le premier et le troisième ont été
authentifiés par le professeur Abdel Hamid Sabra, qui les a
publiés en 1983 à Koweït. De son côté, le professeur Roshdi
Rashed a authentifié le septième essai dans son ouvrage «Ilm
al-Handassa wal Manadher fil Qarn al-Rabea al-Hijri» (La
science de la géométrie et de la perspective au quatrième
siècle de l'Hégire), imprimé à Beyrouth en 1996. Des
manuscrits complets de l'ouvrage, ou de certains essais,
sont disponibles actuellement dans de nombreuses
bibliothèques, en particulier à Istanbul, Turquie ;
-
«Hal Shukuk Eklides» (La solution des problèmes d'Euclide) ;
- «Makalat
al-Shukuk ala Botlimus» (Essai sur les problèmes de
Ptolémée) ;
- «Kitab
Charh Usul Eklides fil Handassa wal Aadad» (Livre
d'explication des principes d'Euclide en géométrie et en
nombres) ;
- «Kitab
al-Jamee' fi Usul al-Hissab» (Livre complet des principes du
calcul) ;
- «Kitab
fi Tahlil al-Massa'il al-Handassia» (Livre d'analyse des
problèmes de géométrie).
Il
convient de noter qu'Ibn al-Haytham a indexé quatre-vingts
ouvrages et thèses en matière d'astronomie dans lesquels il
a décrit la trajectoire des planètes, de la lune, des corps
célestes, ainsi que leurs dimensions.
La
traduction en latin de certains ouvrages d'Ibn al-Haytham a
eu une incidence profonde sur les savants occidentaux, tels
que Kepler et Francis Bacon. Le savant arabe, Mustapha
Nathif, affirme qu'Ibn al-Haytham a précédé Francis Bacon
dans la mise au point de la méthode expérimentale fondée sur
l'observation, l'expérimentation et l'induction.(142) Pour
sa part, Abbas Mahmud al-Akkad indique, dans son ouvrage
«Influence des Arabes sur la Civilisation occidentale», que
les Européens qui ont suivi, ont tablé, dans leur ensemble,
sur la traduction des ouvrages d'Ibn al-Haytham en matière
d'optique.
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