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10.
Al-Farabi
(870 - 950)
«Al-Farabi
était un philosophe et un mathématicien sans pareil et de
grande renommée, de même qu'un excellent musicien».(70)
Il
s'agit de Mohamed Ibn Mohamed Ibn Tarkhan Ibn Awzalag, Abu
Nasr al-Farabi, considéré comme le Deuxième Maître dans
l'exégèse des œuvres d'Aristote, celui-ci étant le
Premier.(71) Al-Farabi, connu en latin comme Alfarabius, est
né à «Farab», au Turkestan, où son père, un turc, occupait
une importante fonction militaire. A son égard, le Dr Ali
Abdelwahed Wafi dit : «On ignore presque tout de l'enfance
d'al-Farabi ou des stades ultérieurs de sa vie».(72) L'on
sait seulement qu'il a étudié dans sa ville natale un
ensemble de matières telles que les sciences, les
mathématiques, les lettres, la philosophie et les langues,
en particulier le turque, le persan, le grec et l'arabe. Il
se rendit en Iraq à un âge avancé pour poursuivre des études
supérieures en philosophie, en logique et en médicine,
auprès du médecin chrétien Yuhanna Ibn Khaylan. Il
s'appliqua également à l'étude de la linguistique arabe et
de la musique. De l'Iraq, il passa en Egypte, puis en Syrie
où il se fixa à la cour de Sayf ad-Dawla, à Alep, occupant
une place proéminente parmi les savants, les hommes de
lettres et les philosophes.
Al-Farabi mourut célibataire à Damas, en 339 H/950,(73) à
l'âge de quatre-vingts ans après une vie chargée d'apports
dans tous les domaines du savoir.
Contributions scientifiques
Considéré
comme le plus grand philosophe musulman, ses contemporains
lui décernèrent le titre de «deuxième maître» en raison de
l'intérêt particulier qu'il accordait aux œuvres d'Aristote,
le «premier maître», à leur explication, l'ajout
d'annotation et de commentaires. La philosophie d'al-Farabi
se distingue surtout par ses tentatives visant, d'une part,
à accorder l'aristotélisme avec le platonisme, et d'autre
part, la religion avec la philosophie. Il a, en outre,
introduit la doctrine de l'émanation dans la philosophie
islamique et établit les premiers fondements du soufisme
philosophique.
Outre sa notoriété en matière de philosophie et de logique,
al-Farabi a laissé son empreinte dans d'autres sciences,
telles que les mathématiques, la médecine et la physique.
Dans ce dernier domaine, par exemple, il a apporté la preuve
de l'existence du vide.(74) Ses plus importantes
contributions scientifiques apparaissent dans son ouvrage «Ihsaa
al-Ulum» (Inventaire des sciences) dans lequel il a établi
les principes de base des sciences et leur
classification,(75) les divisant en groupes et branches,
tout en indiquant les sujets rattachés à chacune des
branches ainsi que leur utilité.
Son
savoir touchait également à la musique, et sa thèse, dans ce
contexte, constitue le premier embryon du concept de
logarithme. Carra de Vaux écrit, à cet effet, dans «Tourath
al-Islam» (Patrimoine de l'Islam) que : «al-Farabi, le
deuxième maître après Aristote et l'un des parangons du
platonisme moderne qui ont appréhendé la philosophie des
ancêtres, a écrit une thèse illustre en musique, un art dont
il est passé maître, et où il assoie l'idée première des
logarithmes, soulignant, ce faisant, la relation entre les
mathématiques et la musique».(76) Sigrid Hunke affirme la
même idée lorsqu'elle dit : «L'intérêt d'al-Farabi pour la
musique et les principes de la mélodie et du rythme le
rapprocha tout prêt de la science des logarithmes, qui
apparaît d’une façon condensée dans son ouvrage «Anassir
Fann al-Musiqa» (Eléments de l'art musical)».(77)
Œuvres
Des
principaux ouvrages et exégèses rédigés par al-Farabi, dans
le domaine des sciences, nous nous contenterons de citer les
titres suivants :(78)
-
Exégèse de «l'Almageste» dans la science de la cosmographie
de Ptolémée ;
-
Exégèse des premier et cinquième traités de l'œuvre
d'Euclide sur la géométrie ;
-
Introduction à la géométrie dans l'espace ;
-
Discours sur le mouvement cosmique ;
-
Essai sur l’industrie de la chimie ;
-
Ouvrage sur «l'Inventaire des sciences» : Dans cet ouvrage,
al-Farabi a décomposé les sciences en huit groupes, citant
les branches que chaque groupe comporte, ainsi les thèmes,
objets et utilité de chaque branche. Traduit en latin par
Gérard de Crémone ; (79)
-
Industrie de la science musicale : dans lequel al-Farabi
explique les principes de la mélodie et du rythme.
Les
œuvres d'al-Farabi en philosophie et logique sont très
nombreuses, les plus connues sont :
- «Araa
Ahl al-Madina al-Fadila» (Les opinions des habitants de la
cité vertueuse) ;
- «Al-Jam'e
bayna Ra'i al-Hakimayn Aflaton al-Ilahi wa Aristotalis»
(Synthèse des opinions des deux sages, Platon et Aristote) :
ouvrage dans lequel al-Farabi tente de concilier les
opinions de Platon avec celles d'Aristote.
«La
majorité des œuvres laissées par al-Farabi est cependant
soit égarée, soit conservée dans les bibliothèques, mais
dont on ne sait que très peu, comparée à la somme de ce
qu'il a écrit dans le domaine des sciences et des arts»(80).
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