LE ROLE DE L’EDUCATION
DANS LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE
M. Bakary Diawara
Chef du Service Statistique et Planification de
l’Éducation,
Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de
l’Éducation Civique, Conakry , Guinée
1. État
de pauvreté en Guinée
1.1 La
compréhension de la lutte contre la pauvreté
La lutte
contre la pauvreté ne se limite pas aux prêts importants
de financement ; elle exige au préalable une formation
scientifique, technique, professionnelle et civique de
l’homme. Il est question d’éduquer l’homme pour une
meilleure vie dans la cité.
La
pauvreté explique une insuffisance de compétence en
matière de gestion individuelle et collective des hommes
vivant en société. Je voudrais comprendre par gestion, la
capacité d’organisation, l’efficacité dans la production
et le degré de transparence dans les transactions
économiques pour une accumulation bénéfique.
Ce
besoin de compétence professionnelle, de cette faculté de
création et de savoir-vivre en société présente
l’Éducation comme un moyen essentiel de lutte contre la
pauvreté.
1.2
Problématique de la pauvreté en Guinée
D’un
côté il y a un pays disposant d’une importante richesse
potentielle.
La
Guinée a opté en 1984 pour une économie de marché fondée
sur la libre entreprise. Ce qui attribue aux citoyens
guinéens plus de liberté pour leur propre épanouissement.
Le sous-sol, la faune, la flore et les côtes maritimes
sont d’une richesse abondante.
De
l’autre côté, la pauvreté est endémique
On
explique cet état par l’insuffisance de la maîtrise de la
science, de la technique et de la technologie dans tous
les domaines d’activités humaines.
Ce
retard dans le domaine scientifique fait partie des
principales causes qui retiennent notre pays parmi les 18
pays les plus pauvres du monde.
La
preuve est que le PIB/Ht est de 500 $ US.
Cette
réalité écœurante d’être pauvre dans une nature
fabuleusement riche se discute à tous les niveaux, en
cercles d’amis comme au cours des forums internationaux.
Chacun la commente suivant son niveau de compréhension du
mécanisme économique international.
L’évidence est que l’économie est la plate-forme de toute
politique nationale et internationale
1.3
Quelques causes de la pauvreté en Guinée
Les
causes de la pauvreté en Guinée sont multiples et variées.
Elles sont à la fois exogènes et endogènes. Quelques
exemples d’actualité peuvent mieux orienter la réflexion.
1.3.1
Causes exogènes
Les
multinationales ont des capitaux très importants et ont le
savoir-faire. Avec l’impact de l’informatique et d’autres
moyens de communication modernes, elles transforment toute
la terre en un seul marché. Peu de sociétés ont la chance
de résister à la concurrence ; la lutte est âpre ; cela
explique en partie la chute progressive des prix des
matières premières.
En
Guinée, les recettes provenant de la bauxite, du café et
de l’or diminuent d’année en année. Cela joue dans la
dévaluation de la monnaie nationale. La crise économique
est fortement ressentie. Il n’y a pas d’accumulation de
budget pour un investissement porteur d’espoir. La
pauvreté s’installe et sévit. Ce qui explique le besoin de
formation et de spécialisation des cadres dans tous les
domaines.
1.3.2
Causes endogènes
Toutes
les causes de la pauvreté ne sont pas de l’extérieur.
Certaines proviennent des maladies (le paludisme, le SIDA,
la cécité…etc…). Toutes les mesures culturelles,
juridiques et les démarches scientifiques sont les
bienvenues pour arrêter l’expansion des grandes endémies.
Ce qui demande des programmes de sensibilisation, des
programmes d’assainissement et des projets de recherche
scientifique. Pour ce faire, il faut former des cadres
compétents, spécialistes dans les différents domaines de
la Santé.
Les plus
dangereuses relèvent des erreurs et même des fautes de
certains cadres qui, malheureusement ont peu de respect du
bien public et des institutions nationales.
C’est en
cela que l’intérêt d’une bonne éducation civique des
travailleurs prend de l’importance dans la lutte contre la
pauvreté, cette éducation doit être fondée sur le respect
des opinions, de la justice entre les hommes, de l’amour
de la patrie, en un mot de la culture démocratique.
1.3.3
Insuffisance de la considération du secteur informel
Les
études faites par les bureaux spécialisés partout en
Afrique, ont fortement souligné l’importance du secteur
informel dans l’économie nationale. Il est opportun de
pousser la réflexion sur ce secteur. Les études
comparatives entre des pratiques dans deux ou trois pays,
emprunts des innovations,…etc.).
Le non
formel a quatre caractéristiques essentielles que l’on
peut largement exploiter dans la lutte contre la pauvreté
:
a) Son
poids économique - Les 80% de notre population vivent en
zone rurale et du non-formel (pharmacopée, tissage,
agriculture, élevage …etc…).
b) Le
non-formel apparaît dans le secteur moderne. Dans nos
villes, peu de gens travaillent dans les grandes
entreprises. Il y a partout des mécaniciens, des
électroniciens, des tailleurs ; jusqu’à l’installation des
cabines téléphoniques et d’internet.
c) Les
relations avec le pouvoir public. Il est question
d’améliorer le partenariat entre les structures
déconcentrées de l’État, les Petites et Moyennes
Entreprises, les artisans et cela dans tous les domaines
(Urbanisme, habitat, tissage, pharmacopée, etc.).
d) Le
dynamisme interne dans un environnement difficile : en
général, avec un pourcentage élevé le non-formel n’importe
pas de matières premières. Il met en valeur ce qui existe
dans le pays. Il demande moins de devises. Aussi
l’entretien est assuré du fait que les nationaux
maîtrisent parfaitement bien le processus de production.
2.
Éducation, facteur d’éradication de la pauvreté
C’est
avec la nouvelle conception que l’Éducation est considérée
comme un facteur important de développement économique. En
effet, l’analyse du processus de développement économique
du pays ou du degré de pauvreté, sous l’angle de
l’enseignement et de la formation, s’intéresse toujours à
la finalité de l’école. Cette finalité explique mieux
l’unicité de l’école, du préscolaire jusqu’à l’université.
Chaque cycle d’enseignement et de formation n’étant qu’une
division pédagogique du processus d’apprentissage est
adapté à l’âge et aux connaissances préalablement
acquises.
L’adaptation de la finalité de l’école aux préoccupations
du secteur socio-économique touche principalement deux
variables de l’école. Ce sont le programme d’enseignement
et le personnel enseignant ; le matériel didactique, les
manuels scolaires et universitaires n’étant que des outils
de l’enseignant qui lui facilitent la tâche.
2.1 Le
Programme d’enseignement et son contenu
Chaque
niveau d’enseignement et de formation a un objectif
spécifique. En général, ces objectifs varient peu de pays
en pays. Mais les normes pour chaque objectif varient
entre pays en voie de développement et pays hautement
industrialisé, c’est pourquoi les principes pédagogiques
sont universels ; ils sont comme toute loi de la nature.
Mais, il n’y a pas d’école universelle, elle varie suivant
le niveau scientifique, technique et économique du pays.
Par exemple :
2.1.1
L’enseignement élémentaire
En
Guinée, la lecture, avec support papier, est pratiquée
partout, c’est un outil dans la vie sociale, dans la vie
administrative et dans le processus d’échange commercial
et économique.
Aux USA,
la lecture sur l’écran informatique devient de plus en
plus indispensable dans la vie sociale, dans la vie
administrative et dans le processus d’échange commercial
et économique.
En
conséquence, dans les deux pays en 2002, la lecture doit
s’enseigner différemment ; le contenu du programme, le
matériel didactique et le personnel enseignant sont
différents. Le progrès de la Guinée consistera à réduire
progressivement l’écart, au fur et à mesure que son niveau
économique monte. C’est pour dire que le programme
d’enseignement doit tenir compte des compétences exigées
dans la vie active, par le marché du travail.
2.1.2
L’Enseignement secondaire
A ce
niveau d’apprentissage, sur le plan de la théorie, les
cycles de formation sont les mêmes. Il n’y a de différence
importante entre les pays que dans les applications.
Ce qui
facilite les échanges d’étudiants. Le secondaire général
prépare l’apprenant à suivre soit des cours de formation
professionnelle (formation sur le tas et dans les
institutions spécialisées) soient des cours de
l’enseignement supérieur.
C’est
pourquoi dans le cadre d’échange d’étudiants,
l’enseignement secondaire en Guinée doit prendre largement
en compte l’enseignement de l’informatique et des sciences
de communication.
2.1.3
Les Enseignements professionnels et supérieurs
Le
contenu du programme est déterminé par le marché du
travail. Il comprend toujours des parties théoriques et
des parties pratiques. On y forme des ouvriers qualifiés,
des techniciens supérieurs, des ingénieurs et des
chercheurs.
Aussi,
le programme d’enseignement de tous les niveaux de
formation du préscolaire jusqu’à l’université doit
comprendre des éléments relatifs à la culture du
patriotisme vrai et de la culture démocratique.
Ainsi,
l’Éducation Civique de la femme et de l’homme guinéens
doit être systématique dès le bas âge et continue jusqu’à
la fin de la vie. La paix, le bonheur de vivre ensemble,
une vie digne et interdépendante entre les différentes
sociétés qui composent la nation d’une part, la Guinée et
les autres pays du monde d’autre part, dépendent largement
du bon résultat de l’éducation civique bien menée.
L’esprit d’entraide, la volonté de gagner ensemble a été
le socle de la victoire de toutes les équipes guinéennes
(arts, sports, sciences, politiques,…etc) et le tremplin
de notre politique internationale.
3. Le
personnel enseignant
Dans le
contexte de lutte contre la pauvreté, le rapport entre
l’école et le village ou le quartier doit être plus
dynamique. La mission de l’école ne doit pas se limiter à
encadrer et à éduquer les seuls enfants qui viennent à
l’école. Elle doit déborder et porter la connaissance et
le savoir-faire sur le milieu environnant.
Ainsi,
l’enseignant en plus de sa mission principale qui consiste
à enseigner les élèves en classe, doit avoir désormais des
activités extra-classe en faveur des parents d’élèves et
des populations organisées en groupements de
développements. Pour ce faire, l’enseignant doit avoir une
formation initiale très solide et participer activement
aux différents stages de formation continue.
Dans le
cursus de l’enseignant guinéen, on doit tenir compte de
tout ce qui a été cité plus haut dans les différents
points :
-
Apprendre très bien la didactique des matières ;
- Savoir
appliquer les théories dans la pratique courante du milieu
: que certaines leçons de calcul aient leurs applications
dans le calcul des surfaces des champs dans le dosage des
mélanges d’aliments, etc. ;
-
Apprendre aux enfants comment appliquer l’hygiène pour la
santé individuelle et collective ; et respecter
l’environnement.
-
Assurer l’éducation civique en tirant leçon des actualités
du village, du quartier et de l’ensemble du pays, dans le
sens de la protection de l’environnement et de la défense
de la paix.
Le
cursus de l’enseignant pour le temps qui court doit
prendre en compte des activités de participation de
l’enseignant dans les équipes de vulgarisation des
innovations et des groupes de sensibilisation de la
population pour élargir la compréhension de tous face aux
grands défis de la nation dont la lutte contre la
pauvreté.
3.1 La
formation continue de l’enseignant
Il
s’agit de la préparation permanente de l’enseignant à son
poste de travail. Les changements de programmes,
l’introduction de nouveaux manuels et l’application de
nouveaux règlements scolaires demandent toujours
d’informer et d’élever la compétence professionnelle de
l’enseignant. Le maître doit avoir comme passion la
lecture. Cette lecture d’ouvrages, manuels d’auteurs
différents et de revues est une source abondante et
inépuisable d’informations importantes pour faire de
l’enseignant un travailleur capable et efficace.
Pour
conclure, il y a une liaison dialectique entre l’éducation
et le développement. On observe un impact réciproque de
l’un sur l’autre. La bonne maîtrise de toutes les
variables de l’enseignement et de la formation permet de
comprendre combien de fois le secteur de l’éducation est
un facteur important dans la lutte contre la pauvreté.
Le
résultat de la bonne éducation, le bon citoyen compétent
et efficace à son poste de travail est lui-même le
bien-être de l’homme et de la société.
La
création et l’entretien des écoles, la formation du
personnel enseignant, la production des manuels et du
matériel didactique, toutes ces activités, créent du
travail pour toutes les couches sociales et pour toutes
les zones du pays sans aucune discrimination.
L’école
dans un village est un centre de transformation
qualitative de la population bénéficiaire et du milieu
environnant. Elle apporte des connaissances fécondes et
façonne des comportements responsables des hommes et des
femmes face à leur destin.
3.2
Quelques pistes de réflexion
3.2.1
Stratégie de lutte
La lutte
contre la pauvreté est un processus de développement qui
s’élargit et s’intensifie progressivement. Au bas de
l’échelle, il y a l’état de pauvreté avec tout ce que l’on
connaît des conditions de vie de nos populations. Au
sommet de l’échelle, l’état de bien-être bénéficiant de
tous ceux qui attirent vers les pays industrialisés ;
entre les deux (2) extrêmes de l’échelle, il y a tout le
programme d’émancipation de l’homme, de la performance de
l’organisation de nos pays et de défendre la justice et la
paix entre les nations. Ainsi dans nos pays tout est à
faire dans un contexte difficile sur le plan économique et
financier.
3.2.2
Actions prioritaires
Pour
commencer, la priorité doit être accordée par la Oumma
islamique à nos secteurs suivants :
a) Le
Secteur de l’Éducation : (L’enseignement de base et
l’enseignement professionnel) Il s’agit d’assurer le
transfert de compétence pour faire de tous les citoyens
des agents de développement, organiser mieux les écoles
franco-arabes avec un contenu scientifique, technique et
professionnel. Elles doivent devenir des écoles de
développement.
b) Le
Développement des Énergies Renouvelables : Afin de pouvoir
moderniser même en zone rurale certaines technologies
endogènes et améliorer le rendement des différents
producteurs (agriculteurs, éleveurs, artisanat) ce qui
réduirait l’exode rural et la formation des bandes de
criminels.
c) Le
Renforcement du Non-Formel en développant les prêts
bancaires à des taux forfaitaires. Ce qui réduirait
énormément l’esprit de dépendance pour mettre en pratique
ces propres initiatives pour une vie prospère.