LA CONTRIBUTION DE L’APPROCHE
GENRE
A LA REDUCTION DE LA PAUVRETE AU BENIN
Mme Jeanne Adjibodou Makoutodé
Économiste gestionnaire ,
Ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion
de l’Emploi,
Cotonou, Bénin
Résumé
La
complexité du phénomène de la pauvreté et ses conséquences
désastreuses sur la société ont amené les gouvernements et
les organismes internationaux à entreprendre des études
pour en cerner les contours. Ce travail vise à étudier
l’apport de l’approche genre à la réduction de la pauvreté
; une étude transversale, descriptive qui a consisté en
l’exploitation de documents relatifs à la pauvreté et à
l’approche genre avec comme outil, une fiche de
dépouillement.
Les
résultats de l’étude ont montré que, de 1995 à 2000, la
proportion de pauvres est passée de 28,9 % à 29,6% et le
Bénin est doté depuis 1999 d’un document de stratégie de
réduction de la pauvreté. De même, la sévérité et la
persistance de la pauvreté dépendent surtout des
inégalités dont celles de la répartition des fruits du
développement, les barrières sociales entre les individus
socialement défavorisés et les opportunités ainsi que les
ressources et enfin, les discriminations qui peuvent
entraîner l’exclusion de l’individu et le conduire
durablement à la pauvreté.
L’apport
de l’approche genre à la réduction de la pauvreté est
indéniable ; il prend en compte la croissance économique à
travers son importance et son rôle, la réduction des
inégalités de genre à travers ses causes et ses
manifestations, l’intégration de l’approche genre grâce à
l’analyse selon le genre, les éléments de base
d’intégration ainsi que les modalités de réduction de la
pauvreté.
Mots-clefs : Approche genre – Réduction de la pauvreté.
Summary
: Contribution of the genre issue to reduce poverty
The
complexity of the poverty phenomenon with its terrible
impacts on society led governments and international
bodies to start surveys to define the outlines. This work
aims to study how genre issue contributes to reduce
poverty in Benin. It is a cross- study, a descriptive one
which consisted in exploiting documents relating to the
poverty phenomenon and to the genre issue with the use of
acounting sheet as tool.
The
result from this study shows that from 1995 to 1999-2000,
the proportion of the poor rose from 28.9% to 29.6% and
Benin equipped itself with a document on poverty reduction
strategy since 1999. Just as the harshness and persistence
of poverty mainly depend on the disparities among which
the disparity in the dispatching of the development
profit, the social barriers between socially disfavoured
people and the opportunities as the resources, the
disparities which may lead to the people’s exclusion and
to the sustainable poverty.
The
contribution of the genre issue to reduce poverty is
unquestionable. This contribution takes into account the
economic growth through its impacts and role, the
integration of the genre issue disparities through its
causes and expressions, the integration of the genre issue
thanks to the analysis according to genre, the basic
elements of integration as well as the poverty reduction
terms.
Key
words : Genre issue - Reduction of poverty
1.
Introduction
Depuis
plusieurs décennies, le monde entier s’est penché
spécifiquement sur la résolution des problèmes sociaux à
travers de nombreuses conférences internationales aux fins
d’améliorer les conditions d’existence de l’homme et de la
femme, face au constat ahurissant des inégalités et
disparités observées. En dépit des efforts consentis par
les gouvernements, le phénomène de la pauvreté persiste et
s’aggrave de plus en plus. Hormis les aspects économiques,
les facteurs sociaux dont l’approche genre, jouent un rôle
important dans les stratégies de réduction de la pauvreté.
Comment l’approche genre participe-t-elle à la réduction
de la pauvreté ?
2.
Méthodologie
C’est
une étude transversale, descriptive qui a été menée en
septembre 2002 au Bénin et a consisté en l’exploitation de
documents relatifs à la pauvreté et à l’approche genre
avec comme outil, une fiche de dépouillement. Le Bénin,
cadre de notre étude est l’un des pays de l’Afrique de
l’Ouest avec environ six millions d’habitants en 2002 ; il
a opté pour une économie libérale et un régime
démocratique depuis 1990.
3.
Résultats
La
pauvreté au Bénin, un phénomène complexe et multiforme,
est de plus en plus forte en milieu rural qu’en milieu
urbain, touche plus les femmes que les hommes du point de
vue de la sévérité et de la profondeur et frappe de façon
inégale les différents départements et groupes sociaux. En
effet, "la pauvreté se manifeste sous diverses formes :
absence de revenu et de ressources productives suffisantes
pour assurer des moyens viables ; faim et malnutrition ;
mauvaise santé ; morbidité et mortalité accrues du fait
des maladies ; environnement insalubre ; discrimination
sociale et exclusion(1)". Le seuil de pauvreté global est
établi au niveau national à 118 227 F CFA par an par
équivalent adulte en 1994/1995 et à 129 890 F CFA en
1999/2000. La profondeur et la sévérité de la pauvreté en
milieu urbain ont connu une hausse appréciable de 50 %.
L’analyse par rapport aux caractéristiques
socio-économiques des ménages a révélé une étroite
corrélation entre l’incidence de la pauvreté et la taille
des ménages, l’âge, le genre et le niveau d’instruction.
Cette situation interpelle les politiques menées et
appelle à une stratégie davantage axée sur le
développement rural et de la promotion de la femme. Le
Bénin s’est doté à ce effet d’un document de stratégie de
la réduction de la pauvreté qui a identifié les grands
axes suivants : le renforcement du cadre macroéconomique à
moyen terme, le développement du capital humain et la
gestion de l’environnement, le renforcement de la
gouvernance et des capacités institutionnelles, la
promotion de l’emploi durable et le renforcement des
capacités des pauvres à participer au processus de
décision et de production.
En
outre, les éléments-clefs de réduction de la pauvreté
concernent la croissance économique à travers son impact
et son rôle, la réduction des inégalités du genre dans ses
manifestations ainsi que l’intégration du genre dans les
politiques et programmes grâce à l’analyse selon le genre,
aux éléments de base d’intégration ainsi qu’aux modalités
de réduction de la pauvreté.
4.
L’approche genre, ses attributs
C’est
une démarche qui tient compte des inégalités entre l’homme
et la femme et qui tend à les corriger avec la
participation et la responsabilité de tous. L’approche
genre intervient à tous les niveaux de planification des
projets et programmes de développement. Elle s’apprécie
aux niveaux de la gestion institutionnelle ou du groupe et
de la gestion des activités. L’approche genre vise entre
autres objectifs, le développement équilibré dans le but
de permettre aux hommes et aux femmes de jouir de
l’égalité des chances face à l’accès et au contrôle des
ressources qui sont d’ordre matériel, immatériel, moral,
économique et social.
Les
conditions préalables nécessaires exigent l’existence de
la volonté des responsables de l’Institution ou de
l’organisation, la disponibilité de statistiques
différenciées, la disponibilité de ressources financières
et humaines pour une politique spécifique d’égalité entre
hommes et femmes. A toutes les étapes d’une intervention
depuis la conception, la planification, l’exécution, le
suivi jusqu’à l’évaluation, l’approche genre doit répondre
à des préoccupations fondamentales : qui fait quoi ? avec
quelles ressources ? qui a accès aux ressources ? aux
bénéfices ? et aux possibilités de progrès ? qui contrôle
les ressources ? les bénéfices et les possibilités de
progrès ?
L’apport
de l’approche genre à la réduction de la pauvreté qui
dépend d’un faisceau de paramètres complexes liés aux
politiques, aux facteurs socio-économiques et aux
institutions de chaque pays est indéniable.
En
effet, en dépit du rôle de puissant instrument de
réduction de la pauvreté qu’est la croissance économique,
pour un taux de croissance donné, l’ampleur de la
réduction de la pauvreté dépend des changements dans la
répartition du revenu suite à la variation de la
croissance et des inégalités initiales au plan des
revenus, des actifs et de l’accès aux opportunités. Ainsi,
l’égalité et l’équité constituent des conditions
indispensables à la réduction de la pauvreté.
Dans les
pays où les équilibres macro économiques sont réalisés et
les indicateurs sociaux améliorés, la sévérité et la
persistance de la pauvreté dépendent des inégalités dont
les disparités (socio-économiques), les dominations
(relations interpersonnelles), les discriminations
(différences de traitement), fondées sur le sexe,
l’identité ethnique, la race, la religion ou le statut
social. Ces inégalités, plus manifestes chez la femme, ont
été largement prises en compte dans les douze domaines de
préoccupations retenues dans le Programme d’Action de
Beijing.
5.
Intégration de l’approche genre dans les activités
En fait,
il convient de se rendre compte qu’aucun développement
durable ne peut être atteint sans la promotion de la
femme. Cette intégration ne sera possible que grâce à
l’analyse selon le genre qui se fonde sur le sexe, les
classes d’âge, les groupements professionnels, les
ethnies, le contexte, les potentiels changements du milieu
(jeunesse, existence de leaders d’opinion).
Cette
analyse permet d’interroger la réalité sociale et
institutionnelle à travers la division sociale du travail
(les rôles dans la production, dans la reproduction et au
niveau de la collectivité), le statut social (l’accès aux
ressources, la participation, le contrôle, la fonction
sociale des individus), les facteurs d’influence
révélateurs de la dynamique de genre.
Pour ce
qui concerne les éléments de base d’intégration, il
faudrait s’assurer des conditions préalables ci-dessus
citées et identifier les besoins pratiques et les intérêts
stratégiques de chaque composante de la société, afin de
les hiérarchiser pour leur prise en compte dans les
différents politiques et programmes.
Pour
parvenir à la réduction effective de la pauvreté, il
faudrait qu’avec une croissance économique acceptable et
soutenue, qu’une réduction franche des inégalités d’accès
aux revenus, d’accès et de contrôle des ressources et des
bénéfices s’opère au niveau de toutes les composantes de
la société. La satisfaction de ces préoccupations passe
par la mise en place de statistiques différenciées ou
désagrégées par sexe, par l’élaboration des indicateurs
susceptibles de mesurer les progrès accomplis, par la mise
en place d’un système de suivi et d’évaluation.
L’observance de cette démarche permet de cerner facilement
la problématique de genre, de dégager les priorités et
d’agir sur les éléments susceptibles de contribuer à la
réduction de la pauvreté toutes les autres conditions
étant par ailleurs réunies.
6.
Conclusion
La
réduction du phénomène de pauvreté passe par l’adoption
d’une démarche globale qui intègre le changement de
comportement et l’utilisation de l’approche genre à tous
les niveaux. Cette approche induirait assurément
l’amélioration des conditions de vie des femmes et par
conséquent celle de la famille pour un développement
équitable et durable.
Enfin,
l’élimination à tous les niveaux des inégalités de toutes
natures implique que l’approche genre fasse effectivement
partie intégrante des paramètres de réduction de la
pauvreté en raison de son influence sur les rapports
sociaux et que le changement institutionnel s’opère
progressivement en faveur de l’utilisation de
l’intégration de l’approche genre dans les politiques et
programmes.
Références
- Banque
Mondiale, 2002, Rapport sur le développement dans le monde
2000/2001 : “combattre la pauvreté”. Editions ESKA.
-
Commission Nationale pour le Développement et la Lutte
contre la Pauvreté (CNDLP), 2002, document de stratégie de
réduction de la pauvreté.
- Mprepe
Pnud, 2000, Etudes nationales de perspectives à long terme
Bénin 2025 Editions Le Baobab.
-
Nations Unies, Commission Economique pour l’Afrique, le
Gender en Afrique- Les questions, les faits.
-
Nations Unies, 2000, Conseil Economique pour l’Afrique,
Rapport de la Conférence Régionale sur les Femmes, 22 au
26 novembre 1999 à Addis- Abeba.
-
Nations Unies, 1995, Rapport de la 4e Conférence mondiale
sur les femmes à Beijing en Chine du 4 au 15 septembre
1995.
Notes :
Jeanne
Adjibodou Makoutodé : B.P. 363, tél 306433, fax 303024,
email : jeamako@yahoo.fr.
(1)
Nation Unies, 1995, sommet mondial sur le développement
social : mars 1995 à Copenhague