LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ
AU BÉNIN
M. Claude SINZOGAN
Économiste principal
Cellule d’Analyse de Politique Économique (CAPE)
Cotonou, Bénin
1.
Introduction
La prise
de conscience du problème de pauvreté dans les PVD en
général et en Afrique en particulier est le résultat d’un
long processus initié à la fin des années 80. Dès 1987,
l’UNICEF a publié un ouvrage célèbre “L’ajustement à
visage humain”. Cet ouvrage a tiré la sonnette d’alarme en
ce qui concerne les conséquences sociales néfastes des
PAS. Tout au long des années 90, plusieurs sommets des
Nations Unies ont par la suite contribué à une prise de
conscience dans ce domaine. Il faut mentionner
particulièrement le sommet mondial pour le Développement
humain qui s’est tenu à Copenhague (Danemark) en 1995 dont
l’une des résolutions les plus importantes est
l’initiative 20-20. La Déclaration et le Programme
d’action ratifiés à l’issue de ce sommet ont fait de la
réduction de la pauvreté une priorité du développement.
De plus,
l’Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé l’année
1996 “Année internationale de l’éradication de la
pauvreté” et la décennie 1997-2006 “Première décennie des
Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté”. Il faut
souligner également les résultats du Comité d’Aide au
Développement (CAD) de l’OCDE, qui a mis la pauvreté au
centre de ses travaux et qui fixe plusieurs objectifs
internationaux de développement dont entre autre la
réduction de moitié de la population mondiale vivant dans
une situation d’extrême pauvreté entre 1990 et 2015.
Par la
suite, la question de la lutte contre la pauvreté est
devenue une préoccupation majeure pour presque tous les
organismes internationaux et cela pour plusieurs raisons.
Dans le cas spécifique de l’Afrique, force est de
constater que près de 50% de la population vit en dessous
du seuil de la pauvreté, ce qui constitue un triste record
au niveau mondial. Mieux, parmi les 49 pays PMA dénombrés
au niveau mondial, plus de 60% proviennent de l’Afrique.
Si rien n'est fait d’ici un demi-siècle, le nombre de
pauvres va tripler.
La
deuxième raison pour laquelle la lutte contre la pauvreté
est pressante est le fait que les PAS menés dans les pays
africains (et même dans d’autres pays du monde) n’ont
donné que des résultats mitigés au point qu’il est
difficile de distinguer actuellement les bons élèves des
mauvais. Certains économistes tenant de ces PAS ont même
émis ces dernières années des critiques virulentes. J.
Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale,
prix Nobel d’économie 2001 disait : “Le FMI est supposé
assurer la stabilité financière internationale. Quant à l’OMC,
elle doit faciliter le commerce international.
Malheureusement, la façon dont ces deux dernières
institutions cherchent à remplir leur mandat a
probablement contribué à accroître la pauvreté. Le mélange
des politiques de libéralisation et des politiques
économiques restrictives imposées par le FMI a créé un
cocktail aux effets dramatiques pour les PVD”.
La
troisième raison qui fonde la lutte contre la pauvreté est
une conséquence de la seconde. Le demi-succès des PAS a eu
pour conséquence l’accumulation de la dette multilatérale.
La crise de la dette multilatérale résulte de vingt ans de
prêts à moratoire non suivis de croissance économique
forte dans la plupart des pays pauvres. La Banque mondiale
est l’institution financière qui a souffert le plus de
cette situation de surendettement des pays pauvres. On
comprend aisément pourquoi l’initiative PPTE, les DSRP et
le PERAC sont devenus les réformes de dernier recours en
lesquelles les institutions financières placent leur
confiance.
L’ampleur et la complexité de la question de pauvreté en
Afrique méritent que l’on s’interroge sur la portée des
dispositions prises au plan international par seules
institutions financières internationales. Au-delà de ce
cadre, il serait judicieux d’apprécier aussi l’impact sur
la réduction de la pauvreté des efforts parallèles qui se
déploient à travers diverses initiatives qui se
développent dans différents domaines : éducation, santé,
culture, démocratie, bonne gouvernance, développement à la
base, volontariat pour le développement, etc.
La
présente communication fait le point de la lutte contre la
pauvreté en Afrique en analysant différents aspects : le
bilan des réformes économiques, la qualité des
institutions, la démocratie et la gouvernance, les aspects
culturels du développement, les initiatives de
développement à la base tels que le MSC et le Volontariat
pour le développement, la question du SIDA et les
nouvelles stratégies.
2. Le
bilan des principales réformes engagées
Depuis
la récession de la fin des années 80, les gouvernements
africains sous la houlette des institutions de Bretton
Woods ont mis en place des Programmes d’Ajustement
Structurels caractérisés par trois types de réformes : le
rétablissement des équilibres macroéconomiques, le retour
aux forces du marché et la relance du secteur privé.
2.1 Le
rétablissement des équilibres macroéconomiques
Face aux
déficits budgétaires insoutenables (plus de 10% du PIB)
auxquels faisaient face la plupart de l’Afrique
subsaharienne dans la deuxième moitié des années 80, des
programmes de stabilisation macroéconomiques ont été
initiés et mis en œuvre progressivement, ces déficits
budgétaires ont été ramenés à des niveaux supportables. La
Banque mondiale montre dans l’une de ses études que les 31
pays pauvres dépendant de l’aide du Programme Spécial
d’Aide à l’Afrique (PSA) ont vu leurs taux de déficits
budgétaires chute rapidement (5,3% du PIB) en 1997-98,
pour s’établir en moyenne à 2,5% du PIB hors dons. Ces
pays ont pour la plupart financé en partie leur déficit
budgétaire par des prêts concessionnels, ce qui leur a
permis d’avoir des budgets viables.
Cependant, les réformes de stabilisation macroéconomique
doivent se poursuivre car certains pays sont confrontés à
des arriérés intérieurs substantiels à l’égard de leurs
fournisseurs, et d’autres encore ploient sous le fardeau
de la dette extérieure. C’est le cas du Ghana, du Kenya,
du Malawi, de la Tanzanie et du Zimbabwe.
Par
ailleurs, l’assainissement des finances publiques qui a
été réalisé au prix de l’élargissement de l’assiette
fiscale, de la réduction des exonérations fiscales
arbitraires et de la restructuration de l’administration
fiscale n’a pas encore débouché sur des taux d’impositions
faibles (par rapport à d’autres régions du monde). Cette
situation favorise le développement des activités et des
emplois informels.
Du côté
des dépenses, si les dépenses en capital sont restées
constantes, dans de nombreux pays, les crédits pour les
dépenses courantes (gestion, entretien, fournitures et
intrants non salariaux) ont été diminués de manière
drastique, paralysant parfois les administrations.
2.2 Le
retour aux forces du marché
Le
deuxième grand type de réforme est le rétablissement des
mécanismes de marché qui ont été perturbés pendant
longtemps par les gouvernements. La plupart des prix ont
été libérés et les offices de commercialisation des
produits agricoles ont été démantelés dans la majorité des
pays. D’autre part, dans certains pays où coexistaient les
marchés de change officiel et informel, la convertibilité
des monnaies a été réalisée grâce à la réduction de
l’écart entre le cours du marché noir et celui du marché
officiel de change.
En
matière de politique commerciale, de nombreux pays ont
réduit les protections substantielles qu’ils accordaient à
leur industrie nationale. Les subventions aux entreprises
publiques ont été réduites au minimum, les taxes à
l’exportation ont été suspendues et les taxes à
l’importation ramenées à des taux plus raisonnables. Alors
qu’elles s’élevaient encore à 30 ou même 40% à la fin des
années 80, les taxes à l’importation se situent à la fin
de la décennie 90 à 20 ou même à moins 15% à la fin de
cette décennie. Ces taxes à l’importation sont même
passées à moins de 10% dans certains pays relativement
ouverts comme l’Ouganda et la Zambie. Dans le même sens,
les exonérations fiscales arbitraires ont été
rationalisées. En Afrique de l’Ouest, un Tarif Extérieur
Commun dont le taux maximum est de 20% a été instauré à l’UEMOA
et à la CEDEAO.
2.3 La
relance du secteur privé
Les
gouvernements africains (toutes régions confondues) ont
mis en place des programmes de relance du secteur privé et
de privatisation. Ces programmes comportent entre autres
mesures l’amélioration du cadre institutionnel, la
modification des lois d’embauche et l’instauration des
règles de concurrence. Dans les pays jouissant d’une
stabilité politique et économique, l’investissement privé
a connu ces dernières années une hausse de près de 3% du
PIB. De plus, l’IDE augmente même si c’est de manière très
lente et très concentrée dans des pays disposant de
ressources minérales.
Certains
travaux soulignent que le nombre de fonds en quête
d’investissement en Afrique, quasiment faible à la fin des
années 80, atteint la trentaine, ce qui laisse présager
que l’Afrique représentera bientôt une place importante
pour les affaires. Dans de nombreux pays, les programmes
de privatisation sont de plus en plus acceptés. Avec plus
de 3000 opérations rapportant un total de 6,5 milliards de
dollars, la privatisation en Afrique est entrée dans une
nouvelle phase, marquée par la participation du secteur
privé à la fourniture des services d’infrastructure.
Les
opérateurs économiques privés jouent un rôle appréciable
dans la mise en place du réseau téléphonique dans 18 pays
et du réseau de distribution de l’eau dans 23 pays. Les
ports et les chemins de fer font de plus en plus l’objet
de contrats de concessions avec des opérateurs économiques
privés. Même lorsque l’investisseur principal est
étranger, la privatisation ouvre la voie aux entreprises
nationales, notamment à titre de fournisseurs et de
distributeurs et aboutir à l’amélioration des services.
Mais la
réglementation n’a pas toujours évolué de pair avec la
privatisation pour assurer une concurrence juste. Il s’en
est suivi un monopole des investisseurs à cause de leur
petit nombre. En effet, dans certains pays, la
privatisation au cas par cas a assuré aux nouveaux
propriétaires l’exclusivité de leurs services dans les
petits marchés nationaux alors qu’une approche
sous-régionale aurait permis d’obtenir les mêmes services
à des conditions plus concurrentielles. L’amélioration de
la réglementation et un mode de privatisation plus
transparent devront rester à l’ordre du jour dans de
nombreux pays.
2.4 Les
performances économiques
Les
réformes engagées à travers les PAS ont abouti à une
inversion de la tendance récessive de la fin des années
80. Globalement, tous les indicateurs économiques
traduisent une amélioration de la performance au cours de
la deuxième moitié des années 90. En moyenne, en 1994 et
1998, la production a progressé de 4,3%. Le taux de
croissance de l’agriculture est de 3,7% par an.
Particulièrement, la période de 1995 à 1997 a été reconnue
comme une période de compétitivité exceptionnelle avec
l’augmentation des exportations africaines dans le
commerce mondial. Certains auteurs parlent même de
l’inversion du recul des parts commerciales de l’Afrique.
2.5
L’impact social
Plusieurs enquêtes ont montré l’aggravation de la pauvreté
en Afrique, en dépit de bons résultats économiques dans
certains pays. Les conclusions sont invariables quelles
que soient les méthodes de mesure de pauvreté utilisées.
Si l’on considère la norme absolue basée sur un revenu de
1$ par jour et par personne ajusté selon la parité des
pouvoirs d’achat (PPA), les résultats sur la croissance
indiquent que près de la moitié des Africains vivent en
dessous de ce niveau de revenu.
Quand on
se réfère aux enquêtes sociales qui mesurent la pauvreté à
partir d’un seuil, on considère que les personnes dont les
dépenses se situent en dessous du seuil sont pauvres.
Selon les résultats d’une enquête réalisée dans 21 pays de
l’Afrique subsaharienne, plus de la moitié des populations
rurales vivaient au-dessous du seuil national de pauvreté.
Tableau
1 : La pauvreté dans 21 pays africains suivant les seuils
nationaux de pauvreté, année 90

Source : L’Afrique peut-elle revendiquer sa place dans le
21ème siècle ?
L’indice
numérique traduit le pourcentage de la population se
situant sous le seuil de pauvreté. Cet indice est celui
qui mesure la prévalence de la pauvreté.
L’écart
de pauvreté tient compte du degré auquel la consommation
des pauvres tombe au-dessous du seuil de pauvreté. C’est
une mesure de la gravité de la pauvreté, aussi bien que de
sa prévalence. Le carré de l’écart de pauvreté pondère
plus lourdement la pauvreté des segments les plus démunis
de la population et reflète ainsi la privation extrême.
La
pauvreté en milieu rural est à la fois grave et profonde.
Dans les campagnes, le revenu moyen des pauvres est à
peine de 163 $ par an soit deux fois moins que la moyenne
du seuil régional de pauvreté en milieu rural. Le Ghana
affiche le taux de pauvreté rural le plus bas, avec un
indice numérique de 29%. Mais, neuf pays déclaraient un
indice numérique supérieur à 60% dans les campagnes.
La
pauvreté en milieu urbain n’est pas moins accablante,
ainsi qu’en témoignent les seuils nationaux de pauvreté,
et elle est modérément profonde. D’après les critères
nationaux, plus de 40% de la population urbaine est
pauvre, et le revenu moyen de ce groupe n’est que de 352 $
par an. Plus de la moitié de la population urbaine vit
dans la pauvreté en Ethiopie, en Guinée-Bissau, en
Tanzanie, au Swaziland et en Zambie. Les populations
urbaines de l’Afrique étant en croissance rapide, des taux
élevés de pauvreté urbaine constituent une menace pour la
stabilité économique et politique.
Par
ailleurs, l’Afrique doit faire face à certaines maladies
qui affectent malheureusement une large partie de sa
population. La pandémie du SIDA constitue la dernière
menace pour son économie, d’où la nécessité d’intensifier
la lutte contre le Sida.
3. La
lutte contre le SIDA
L’Afrique possède le triste record du taux de prévalence
dans le monde. De plus, le nombre de séropositifs et de
malades ne cesse de progresser en dépit des actions menées
par les organisations internationales et les ONG. Il est
regrettable que les gouvernements ne prennent pas la
mesure de la situation. L’absence d’engagement politique
reste particulièrement préoccupante dans la lutte contre
le VIH/Sida. Ce ne sont pas tous les dirigeants africains
qui se rendent compte de la gravité de l’épidémie du VIH/Sida
et de son impact possible sur leur pays. C’est pour cette
raison que, tous n’ont pas fait de la lutte contre le VIH/Sida
une priorité de premier plan. Un engagement politique
ferme dans la lutte contre le VIH/Sida est crucial pour
garantir les ressources, le leadership et l’environnement
approprié qui sont indispensables pour enrayer la
propagation de l’épidémie et assurer la survie de la
population. Des données exactes et pertinentes constituent
un instrument efficace pour convaincre les dirigeants
d’accroître leur contribution à la lutte contre le VIH/Sida.
Là où l’engagement politique existe, le Sida peut être
jugulé, comme en Ouganda et au Sénégal, où on a réussi à
abaisser les taux d’infection élevés.
4. La
qualité des institutions, la démocratie et la bonne
gouvernance
L’administration des affaires publiques, la gestion des
conflits et le renforcement de l’Etat sont devenus les
thèmes centraux du programme d’action pour le
développement de l’Afrique. Soumis pendant des années à
des régimes autoritaires, les Africains réclament
maintenant des élections multipartites et veulent qu’on
leur rende des comptes en matière de gestion des
ressources publiques. Depuis le début des années 90, 42
États sur 48 ont organisé des élections multipartites,
souvent avec une forte participation des électeurs. Les
expériences récentes du Bénin, du Sénégal et de la Zambie
montrent que l’espoir est permis puisque le processus
électoral a permis de réaliser l’alternance et de
renverser le pouvoir installé.
Les
initiatives de lutte contre la corruption sont maintenant
devenues prioritaires dans de nombreux pays. Les nouveaux
rapports avec les donneurs d’aide mettent l’accent sur la
propriété du programme, la bonne gestion des affaires
publiques et la nécessité de rendre des comptes aux
parties prenantes du pays. Depuis la fin de la guerre
froide, les bailleurs de fonds ont moins tendance à
favoriser leurs “fidèles alliés” au détriment de
“partenaires compétents”. De plus, de nombreux pays
africains admettent la nécessité de faire participer les
populations dans l’élaboration des politiques. Ils
comprennent de plus en plus la nécessité d’un consensus
social et d’une négociation entre les groupes sociaux.
Cependant, il y a d’autres menaces pour les institutions
africaines : les conflits armés. Plusieurs pays ont été en
proie à de nouvelles guerres civiles alors que d’autres
conflits continuent à sévir. Ces menaces appellent
d’autres impératifs comme la décentralisation. Les pays
africains sont soumis à des pressions pour la
décentralisation de leurs structures étatiques et pour une
adaptation aux structures et aux normes de gestion des
affaires mondiales touchant à des domaines quelquefois
considérés comme réservés à la politique interne.
D’autre
part, la mondialisation augmente également le risque
d’instabilité économique qui peut déboucher sur des
conflits sociaux. Tous ces facteurs ont accru l’importance
d’une bonne gestion des affaires publiques et
d’institutions solides capables d’assurer la médiation en
cas de conflits et de promouvoir la coopération sociale.
L’analyse de la gestion des affaires publiques montre que
la situation de départ compte, mais il ne faut pas
négliger le comportement des dirigeants. En effet,
l’Afrique a connu des formes de gestion des affaires
publiques extrêmement diverses. Des Etats tels que le
Botswana et Maurice ont mis en place des institutions
efficaces s’appuyant sur les principes de la démocratie
compétitive et la primauté du droit. Cependant, dans
d’autres Etats, malheureusement trop nombreux, la gestion
des affaires publiques s’est désintégrée, entraînant des
guerres civiles prolongées et l’anarchie. Près de 20% des
Africains vivent dans des pays gravement perturbés par les
conflits et 90% des victimes sont des civils. La région
compte 20 millions de mines terrestres, 16 millions de
personnes déplacées et plus de 3 millions de réfugiés. La
plupart des pays, toutefois, se situent entre ces deux
extrêmes de ces échecs et de succès. Certes, la gestion
des affaires publiques des Etats africains a été marquée
par la situation de départ dans laquelle ils se sont
trouvés, mais cela n’explique pas les résultats obtenus.
La méthode de gestion de leurs dirigeants a été un facteur
tout aussi important.
Les
efforts concertés pour améliorer la gestion des affaires
publiques seront payants dans la mesure où ils
consolideront la stabilité politique et amélioreront
l’environnement des affaires. La bonne gestion des
affaires publiques en Afrique devrait avoir les objectifs
suivants :
- donner
les moyens aux citoyens de responsabiliser leurs
gouvernements par le biais de la participation et la
décentralisation. Les sociétés fragmentées sur le plan
ethnique peuvent avoir une économie aussi performante que
celle des sociétés homogènes, à condition toutefois de
promouvoir des systèmes politiques participatifs ;
-
permettre aux gouvernements de satisfaire ces nouvelles
exigences en rendant l’État capable de faire respecter les
contrats, d’offrir une protection sociale et de remplir
les fonctions normalement assurées par l’appartenance à un
groupe particulier. Ces changements contribuent à
légitimer l’État ;
-
veiller à l’application de la primauté du droit et
accroître la transparence. Les réformes de la gestion des
affaires publiques qui développent les capacités de l’État
et permettent aux groupes de la société de négocier sans
violence pour l’affectation des ressources ne font que des
gagnants, car elles contribuent à la fois à la qualité de
la gestion économique et à la consolidation de systèmes
politiques durables.
Ces
mesures ne sont pas sans fondement. Les conclusions des
chercheurs soulignent de plus en plus l’importance pour le
développement de la création de systèmes politiques
durables ouverts à tous, surtout dans des sociétés à
diversité ethnique. Celles-ci peuvent avoir une économie
aussi performante que celle des sociétés homogènes, à
condition toutefois de promouvoir des systèmes politiques
participatifs.
Aussi,
l’Afrique a besoin d’institutions plus solides. La bonne
gestion des affaires publiques ne concerne pas seulement
les systèmes électoraux. Elle consiste également à
renforcer la capacité de nombreuses institutions étatiques
et non étatiques, y compris celle de la société civile
(notamment les organisations de base capables de
représenter les intérêts locaux) et le secteur privé, afin
de créer des contrepoids efficaces face à l’État. La
liberté de la presse est essentielle dans ce domaine. Bien
que la libéralisation politique ait entraîné un
développement spectaculaire de la liberté de la presse,
les médias privés africains manquent souvent de formation,
d’équipement et sont soumis à des restrictions, alors que
l’État continue à dominer les médias-clés telles que la
radio et la télévision.
Un
parlement efficace est également essentiel surtout pour
les fonctions législatives telles que l’examen minutieux
des budgets. Cependant, les capacités des parlementaires
laissent à désirer dans de nombreux pays africains. Des
efforts concertés pour développer leurs compétences,
notamment celles des commissions parlementaires-clés et
des bureaux du commissaire général aux comptes, leur
permettraient de mieux exercer leur contrôle. Les
partenaires de l’Afrique pour le développement ont un rôle
à jouer dans ce domaine. Ils peuvent offrir un matériel et
une formation ou veiller à ce que les accords d’aide au
développement soient soumis, le cas échéant, à la
vérification des législateurs.
Outre
ces aspects qui concernent l’avenir, certains problèmes
d’intérêt immédiat doivent être mentionnés. L’un en est le
coût toujours plus élevé des élections et des campagnes
politiques dans les pays pauvres - en 1998 briguer un
siège au parlement ougandais coûtait de 40000 à 60000
dollars, ce qui augmente les possibilités d’un parrainage
politique. L’opportunité d’un financement des partis
politiques par l’État est discutable. Il y aura peut-être
lieu de garantir l’accès aux chaînes des médias à tous les
partis et de limiter les dépenses de campagnes à certains
plafonds.
La bonne
gestion des affaires publiques a également une dimension
régionale. En effet, l’action internationale peut
largement contribuer à promouvoir une bonne administration
publique. Par exemple, l’Organisation pour l’harmonisation
en Afrique du droit des affaires (OHADA) facilite
l’intégration et le commerce régional en Afrique de
l’Ouest, en élaborant une législation des affaires
uniformes pour les États membres et en renforçant le cadre
légal et judiciaire dans lequel opèrent les entreprises.
D’autres mesures importantes, telles que la convention de
l’OCDE sur la lutte contre la corruption, sont en voie
d’exécution.
Puisque
les conflits ont des causes économiques profondes, le
renforcement de la paix est un élément essentiel des
efforts de réconciliation et de reconstruction après un
conflit. Les agents extérieurs peuvent jouer un rôle
capital en faveur de la paix en rendant les accords de
prêt plus crédibles, en finançant des programmes pour
reconstruire l’infrastructure détruite, en aidant à
trouver des emplois pour les anciens combattants et en
apportant une assistance pour leur réintégration, domaine
qui souvent ne bénéficie pas d’un financement suffisant.
Les organisations régionales africaines ont de plus en
plus assumé les responsabilités de gestion de conflits, et
l’Organisation de l’Unité Africaine à sa réunion au sommet
d’Alger en 1999 a adopté une résolution visant à exclure
les gouvernements qui prendraient le pouvoir par des
moyens extra constitutionnels. Toutefois, insister pour
que l’on trouve des solutions africaines aux problèmes
africains ne doit pas servir de prétexte au désengagement
de la communauté internationale. Un appui logistique et
financier est nécessaire pour l’action régionale de longue
durée qui devra être entreprise pour reconstruire les
institutions détruites et rétablir la confiance.
Les
partenaires au développement doivent jouer un rôle. En
effet, ils ont à la fois une responsabilité spéciale et
une occasion rare d’apporter leur soutien à la
transparence et à la responsabilisation des gouvernements
africains. Non seulement doivent-ils s’assurer que l’aide
est utilisée aux fins prévues par leurs contribuables,
mais ils doivent aussi orienter leurs concours vers les
pays qui sont disposés à utiliser à bon escient toutes les
ressources. Puisqu’ils ont accès à l’éventail complet des
parties prenantes, les bailleurs de fonds bilatéraux et
multilatéraux aident à développer les capacités des
institutions telles que le système judiciaire, le
parlement et une presse indépendante. Ils doivent
également veiller à ce que leurs modalités soient
conformes aux normes de bonne gestion gouvernementale et
qu’ils apportent effectivement leur soutien à l’ouverture
et à la responsabilisation dans les démocraties
naissantes. La guerre froide n’a guère encouragé une
culture de transparence pour la gestion des ressources de
l’aide, mais l’attente des pays est en train de changer
rapidement, processus que l’Afrique a intérêt à accélérer
encore davantage.
5. Les
aspects culturels du développement
La
plupart des programmes formulés pour lutter contre la
pauvreté ne mettent pas suffisamment l’accent sur
l’épanouissement culturel de l’homme dont on veut
améliorer le bien-être. Or la prise en compte de la
dimension culturelle est le gage des succès des
politiques. Les perceptions des populations, leurs
traditions comptent beaucoup. En effet, la culture précède
le développement, elle situe l’homme au centre de la trame
et embrasse l’ensemble des modes de vie, des manières
d’être, de sentir et d’expression de la société.
D’un
autre côté, la culture pourrait contribuer au
développement de l’Afrique. Par exemple, l’industrie
cinématographique est dans son essence intime,
l’expression d’une forme de civilisation et de culture.
Dans le même temps, elle emploie une quantité appréciable
de salariés et génère à divers niveaux de la production,
de la réalisation et de la distribution des revenus
considérables, en même temps qu’elle met en œuvre des
moyens financiers et matériels exceptionnels dans certains
pays développés. C’est par le cinéma que la culture
euraméricaine, sous-tendue par une puissance financière et
une technologie sans parcimonie, s’est dévoilée à la face
du monde. Hollywood continue de modeler et d’incarner les
aspirations culturelles de bien des communautés dans le
monde.
Bien
d’autres investissements culturels peuvent être cités pour
étayer la contribution de la culture au développement de
l’Afrique. Il reste à résoudre le problème de la formation
des hommes destinés à servir l’action culturelle. En
Afrique en particulier, l’action culturelle s’est trouvée
longtemps affaiblie par l’insuffisante formation des
agents. La formation à l’administration des affaires
culturelles ne doit pas être envisagée seulement pour les
responsables; il s’agit de sensibiliser et de former les
agents administratifs dans les autres secteurs
d’activités, pour qu’en tant qu’acteurs de développement,
ils soient également perméables aux besoins culturels de
la collectivité.
Il est
admis en effet, que culture et développement revêtent deux
aspects complémentaires d’une même problématique,
appréhendés dans la réciprocité de leurs effets :
l’équilibre culturel permettant de favoriser
l’accroissement des potentialités créatrices,
l’épanouissement des individus ainsi que leur
participation au processus de création de valeur ajoutée.
Aujourd’hui, il y a des conceptions nouvelles de la
culture que l’Afrique peut facilement adapter. En effet,
les politiques culturelles qui consistent à faire de
l’État un fournisseur d’installations et de services
culturels à l’intention du public ne sont plus
appropriées. Cette approche fondée sur l’offre est
d’ailleurs coûteuse et a l’inconvénient d’aller du sommet
vers la base et de négliger trop souvent les besoins des
minorités. C’est de plus en plus les politiques fondées
sur la demande qui sont mises en place dans les Pays
développés. En Suède et au Pays-Bas par exemple, il y a
des stratégies destinées à promouvoir la participation à
la culture et à en faire une dimension importante d’une
société cosmopolite. Dans les propositions qu’elle a
présentées en 1995 sur l’orientation de la politique
culturelle en Suède, la Commission culturelle, désignée
par le Gouvernement suédois, a préconisé d’élargir la
participation à la vie culturelle à des forces
généralement considérées comme se situant hors du domaine
des arts. La nouvelle stratégie de la participation des
populations à la vie culturelle prévoit, notamment, de
renforcer l’interaction entre les politiques culturelles
et d’autres secteurs sociaux et éducatifs. Cette réflexion
est relativement nouvelle.
C’est
pourquoi des recherches comparées sur la transformation
des modalités en matière de participation, ainsi que des
exemples des pratiques les meilleures, seront nécessaires
pour soutenir cette tendance encourageante, qui contribue
à placer les individus, et non plus des institutions ou
des produits, au cœur de l’action. Cette politique devrait
suivre l’évolution des modes de vie, des intérêts et des
capacités créatrices. C’est ainsi qu’au Zimbabwe,
l’artisanat, le vêtement, l’esthétique des nouveaux
produits, la nourriture, la médecine traditionnelle, les
pratiques écologiques et la religion constituent des
éléments importants de la nouvelle politique culturelle de
ce pays. L’Afrique toute entière pourrait profiter de
cette approche si les dirigeants y mettent la volonté
politique qu’il faut.
6. Les
initiatives et stratégies nouvelles de développement
6.1 Le
Minimum Social Commun : une approche de développement à la
base
Inventé
par le Ministre Albert TEVEODJRE, et adopté par le
gouvernement, cette approche vise à créer des emplois et
donc à contribuer à la lutte contre la pauvreté, en
satisfaisant à cinq besoins fondamentaux :
- la
sécurité alimentaire,
-
l’éducation de base,
-
l’accès aux services et soins de santé primaires,
- le
développement de la capacité à générer des richesses,
- le
désenclavement.
La
sécurité alimentaire sera assurée grâce au transfert de
technologie dans le domaine de l’agriculture et de
l’élevage. L’éducation de base va de pair avec
l’alphabétisation et consiste en un renforcement des
infrastructures sur la base des besoins réels exprimés par
les populations, de la qualité des enseignements et de
l’adéquation de la formation en fonction du marché de
l’emploi. L’objectif à terme est de porter le taux de
scolarisation (filles et garçons) de 69% en 1996 à 78% en
2002.
L’accès
aux services et soins de santé primaires repose sur
l’initiative de Bamako avec une plus grande
responsabilisation et participation des communautés
locales dans les domaines de la santé, de l’eau et de
l’assainissement.
La
création de richesse passe par la réalisation d’une
croissance soutenue et durable, visant l’amélioration de
la compétitivité, l’expansion des activités du secteur
privé.
L’aspect
de désenclavement se situe dans le prolongement de
l’amélioration de la productivité abordée dans le cadre de
la sécurité alimentaire.
Dans sa
mise en œuvre, il est prévu que l’approche MSC soit
expérimentée dans les villages ou quartiers de ville. Ces
unités territoriales types sont les Unités Communautaires
de Développement (UCD).
Sur le
plan des réalisations, on peut faire le bilan ci-après :
Il faut
noter que la mise en œuvre du MSC a suivi les étapes
suivantes :
- la
validation des concepts MSC et UCD par un Colloque
International dont le thème est intitulé “MSC et
Développement au quotidien” colloque tenu en Août 1997 ;
- la
mise en place d’un cadre institutionnel : le comité de
mise en œuvre des résolutions du colloque ;
- la
réalisation des monographies des villages éligibles en UCD
et l’identification des 100 localités retenues pour la
phase pilote de l’expérience ;
-
l’élaboration des plans de développement des UCD pilotes ;
- la
mise en œuvre de ces plans de développement ;
-
l’adoption du Programme National de Développement
Communautaire.
Avec la
mise en place d’un programme d’intervention d’urgence, un
certain nombre d’infrastructures (pistes, ponts, écoles,
centres de santé, etc …) ont été construites et des appuis
financiers directs ont été octroyés aux communautés
locales.
Cette
expérience, pose à l’analyse, plusieurs questions. Il
s’agit :
- de la
cohérence de cette démarche avec le projet de
décentralisation ;
- du
développement du sentiment d’assistanat chez les
communautés locales ;
- de la
poursuite ou de la généralisation des UCD au niveau
national ;
- de la
nécessité de l’harmonisation de cette approche avec le
PERAC.
A
priori, la cohérence avec la décentralisation pose moins
de problèmes. Il suffira de transplanter l’expérience UCD
au niveau des communes du projet de décentralisation,
lesquelles ne se réfèrent pas aux villages et quartiers
des villes. La difficulté réside dans l’élaboration des
plans de développement, étant donné l’insuffisance au
niveau national des ressources humaines qualifiées.
Quant au
risque d’assistanat, il réside dans le fait que l’apport
des financements directs et l’esprit des projets
accentuent le développement de l’assistanat au sein des
communautés villageoises.
En ce
qui concerne la généralisation de l’expérience du MSC, il
faut admettre l’hypothèse d’une certaine continuité de
l’action gouvernementale. Or, depuis quelques années, le
manque d’échos sur le MSC donne l’impression que cette
approche est reléguée aux priorités secondaires.
Enfin,
avec l’avènement du Budget-Programme et des CDMR,
l’approche MSC notamment l’élaboration des plans de
développement de l’UCD devrait s’inspirer des nouveaux
principes de la réforme des dépenses publiques dans
laquelle le Bénin s’est engagé depuis 3 ans.
6.2 Le
volontariat pour le développement
Du fait
de l’incidence et de la profondeur de la pauvreté en
Afrique, aucune initiative d’aide des populations
défavorisées n’est de trop. En particulier, le volontariat
pourrait constituer pour l’Afrique un complément
nécessaire pour le développement à la base. Les
initiatives genre l’Afrique aide l’Afrique pourrait être
encouragés par les chefs d’État et rendus officiels par
des textes conséquents. L’analyse des résultats des VBD
confirme le rôle indispensable joué par les volontaires
auprès des communautés à la base.
De plus,
les travaux sur le volontariat indiquent que le
volontariat n’est pas neutre. Son “programme” général se
nourrit de cultures et de rencontres. Il reconnaît le rôle
de la culture dans les dynamiques de développement. Pour
autant, celle-ci n’est pas considérée comme le
déterminant, statique de surcroît, des rythmes
différenciés d’amélioration des conditions de vie. Il
s’agit de favoriser de toute part des changements
souhaités et souhaitables. L’accent mis sur la culture
n’évince pas l’ambition de développement. La
multiplication d’actions d’urgence, le boom humanitaire
des années 80, suggèrent parfois un abandon des objectifs
de développement au profit d’interventions rapides et
efficaces qu’exigent des situations de catastrophes
humaines. Ces actions, compte tenu de l’urgence, se
prêtent plus difficilement à l’établissement de relations
personnelles et à la rencontre interculturelle. “Les
humanitaires ont estimé ainsi faire preuve d’une parfaite
neutralité vis-à-vis de leurs cultures».
L’originalité du volontariat consiste à favoriser et
accompagner un double mouvement de migration volontaire.
Celui qui va de l’espace d’origine vers l’espace
d’arrivée, puis de l’espace d’arrivée vers l’espace
d’origine. Ces “migrations” ne sont pas sans risque.
Parfois, elles échouent. Mais leur réussite se traduit par
plusieurs types de changements favorables au
développement. Les volontaires, depuis leur origine, sont
des acteurs visibles de la mondialisation.
Le
rapport étroit que les associations entretiennent avec les
volontaires s’inscrit dans ce qui fait la spécificité du
tiers-monde : une relation de “membre” entre les individus
et les organisations, plus qu’une relation de
“subordination”. Cet idéal de démocratie associative
induit un doute permanent et salutaire dans la conduite
des actions. Il transforme la tentation d’arrogance en
humilité et pousse à agir non pas comme expert mais comme
apprenti. L’expatriation fait peser sur cette relation un
certain nombre de risques. Leur gestion est conçue
différemment selon les associations.
L’autonomie et un trop grand isolement peuvent conduire le
volontaire à reproduire les erreurs que les ONG ont
parfois, comme les autres acteurs externes de l’aide,
commises; ce que l’on peut appeler le complexe du donateur
omnipotent. Se sentant investi d’une mission trop lourde
(le changement social), le volontaire risque d’agir sans
prudence, sans humilité, sans tenir compte des
spécificités et surtout des aspirations des partenaires et
populations que les associations ne font qu’accompagner à
leur demande.
Dans le
volontariat associatif, les volontaires trouvent
l’opportunité de se déshabituer des schémas de pensée
impropres à une véritable ouverture. Au travers des
multiples rencontres que le volontariat rend possible, les
associations ont appris la diversité des terrains du
développement, la complexité des sociétés qu’elles
souhaitent appuyer et les évolutions continues que
subissent et produisent des communautés dites
traditionnelles. Le volontariat est bien un vecteur de
changement, pour les associations elles-mêmes, si tant est
que le témoignage et la parole soient organisés au retour.
Il s’inscrit, et on a beaucoup insisté sur ce fait, dans
une relation entre des individus et un collectif, entre un
volontaire et une association. Cette relation de membre,
étendue aux acteurs locaux par le biais de l’instauration
d’un véritable partenariat, décrit le cadre de travail du
volontaire. La rencontre interculturelle devient un enjeu
en soi lors de la constitution de ces réseaux de
partenaires transfrontaliers. Elle nécessite, pour être
effective, du temps et du recul.
Au
moment où les sociétés africaines s’interrogent sur le
développement des inégalités, où la marche économique du
monde pose problème, le volontariat se doit de s’inscrire
dans ce processus de participer à la transformation d’une
société que les média disent en quête de sens.
Sensibiliser à la solidarité internationale ne doit plus
alors qu’être une modalité particulière d’une promotion
plus générale de la solidarité. Cette construction de
citoyenneté doit se refléter dans les pratiques
quotidiennes des associations comme dans l’information et
les messages qu’elles produisent et diffusent. Plusieurs
conséquences s’en dégagent :
- vanter
auprès des acteurs économiques la richesse du volontariat;
en faire une expérience valorisée par le monde du travail
traditionnel, non seulement pour encourager les vocations,
mais aussi pour que les volontaires continuent d’être à
leur retour les témoins des difficultés des populations
défavorisées ;
- ouvrir
de plus en plus le volontariat à tous les âges, non
seulement parce que l’expérience apporte un autre regard,
mais aussi pour favoriser la diffusion des valeurs propres
à l’économie solidaire.
La
concrétisation de ses ambitions consiste à concevoir le
volontariat sous forme de “crédit temps”, c’est-à-dire à
l’envisager à plusieurs âges sur des périodes limitées à
deux ou trois ans. Si l’inscription de ce crédit temps
dans le cadre plus large du droit du travail reste à
construire, il est d’ores et déjà possible d’en appliquer
la principale modalité : la limitation de la durée des
missions.
Les
orientations qui se dessinent sont à la fois novatrices
et, pourquoi le cacher, ambitieuses. Il s’agit en effet de
différencier nettement le volontariat du bénévolat, de le
concevoir comme une forme de travail dont les spécificités
en font une expression unique de la solidarité
internationale et de la solidarité en général.
Quoi
qu’il en soit, le volontariat en Afrique doit respecter
les critères ci-après :
- le
volontariat n’est ni du bénévolat ni du salariat ;
- le
volontariat est une période de travail non marchant (ou
indemnisé) ;
- le
volontariat est d’abord une forme de travail citoyen.
6.3 Les
nouvelles stratégies pour l’Afrique
Il
s’agit de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés),
du DSRP (Document de Stratégie de Réduction de la
Pauvreté, de la Réforme des Dépenses Publiques (PERAC) et
du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de
l’Afrique). Ces Stratégies reposent sur la résolution
couplée du problème de l’endettement de l’Afrique et de
son sous-développement. Étant donné le caractère de ces
initiatives, aucun bilan n’est encore établi même si
l’Afrique place un grand espoir en elles.
7.
Conclusion
Au terme
de cet essai que peut-on retenir ?
-
L’Afrique n’a pas profité réellement des réformes de
première génération (PAS),
-
L’Afrique commence à prendre conscience de la médiocrité
de sa gouvernance,
-
L’Afrique prend elle-même des initiatives.
Mais ces
initiatives sont-elles crédibles pour renverser les
tendances de paupérisation qu’on observe en Afrique ?
Références bibliographiques
- Albert
Tévroédjé (2002) “Vaincre l’humiliation”, Rapport de la
Commission Indépendante ou l’Afrique et les enjeux du 3ème
millénaire, mai 2002.
- Banque
Mondiale (2001) “Rapport sur le développement dans le
monde : combattre la pauvreté”, Ed. ESKA, 2001.
- Banque
Mondiale (2000) “L’Afrique peut-elle revendiquer sa place
dans le 21ème siècle ?” Banque mondiale, Washington, 2000.
- CISMA
(2001) “Livre résumé” 12ème Conférence internationale sur
le SIDA et les MST en Afrique, Ouagadougou, décembre 2001.
-
CPPS-AMPS (1998); Programme des Volontaires Béninois pour
le Développement. Col “Faisons connaissance avec …) n° 3
198.
- CPPS/PVBD/DIR
(2001) “Rapport de la session d’échanges et de réflexion”,
Abomey (2001), juin 2001.
- Colin
Mercer (1993) “Repenser les politiques culturelles”,
décembre 1993.
-
Françoise Benhamou (1996) “L’économie de la culture” éd.
La découverte, col. Repère 1996.
Frédéric
Billaud et Alain Pireteau (2001) “Pour un volontariat
d’avenir” “Regards croisés sur le volontariat de
solidarité internationale”. Compte rendu des travaux du
groupe volontarial de la Commission Coopération
Développement, octobre, 1999; septembre 2000.
- ICA
(1983) “La dimension culturelle du développement”, Dakar,
avril 1983.
-
Jean-Pierre Cling et al. (2002) “Les nouvelles stratégies
internationales de lutte contre la pauvreté”, Ed.
Economica, 2002.
- MPREPE
(1999) “Minimum Social Commun en Actions”, mai 1999.
PNUD
(1999) “La lutte contre la pauvreté en Afrique
subsaharienne”, Ed. Economica, 1999.