L’EXPERIENCE MALIENNE EN
MATIERE DE STRATEGIES DE LUTTE CONTRE
LA PAUVRETE : LA SNLP - LE CSLP
M. Adama BARRY
Administrateur de l’Action Sociale
Chef de Division Lutte contre la Pauvreté
Ministère du Développement Social, de la Solidarité et des
Personnes Âgées, Bamako, Mali
1.
Contexte
Le Mali
est un pays situé au centre de l’Afrique de l’Ouest. Très
enclavé et sans façade maritime, il fait frontière avec
l’Algérie, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, la
Guinée-Conakry, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal.
Le
climat est soudanien au Sud et au Centre, sahélien au
Nord-Est et à l’Est ; et désertique au Nord. La superficie
totale est de 1.241.238 km2 pour une densité de 7 hbts au
km2.
Selon
les estimations de la Direction Nationale de la
Statistique et de l’Informatique (DNSI), le Mali comptait
10,4 millions d’hbts au 1er janvier 2001 avec un taux
d’accroissement de "3 %" dont la majorité (73 %) réside en
zone rurale, et très inégalement répartie sur le
territoire national. Les plus grandes concentrations se
situent dans les régions de Sikasso (18 % ) Ségou (17 %)
Koulikoro (16 %) Mopti (15 %) Kayes (14 %) et le District
de Bamako (10 %). Les vastes régions septentrionales du
pays (Tombouctou-Gao et Kidal) n’abritent respectivement
que 4,9 ; 4,0 et 0,4 % des Maliens.
La
répartition spatiale mise à jour par le Recensement
Général de la Population et de l’Habitat en avril 1998
révèle que 3/4 de la superficie du pays abrite moins de 10
% de la population.
La
situation socio-démographique se caractérise par le nombre
élevé de femmes (environ 5 %) tandis que les jeunes (moins
de 15 ans) représentent 46,1 %). Le taux de mortalité
enfantine se situe à 111 pour mille et le taux de
mortalité maternelle à 577 pour 100 000 naissances
vivantes. Le nombre moyen d’enfants par femme en âge de
procréer, de l’ordre de 6,7 pour l’ensemble du pays,
atteint 7,3 en zone rurale. Une femme sur deux (2) est
déjà mariée à 16 ans. Une adolescente sur deux (2) est
mère avant l’âge de 17 ans et la moitié des femmes ont
donné naissance à un premier enfant avant l’âge de 19 ans.
Malgré
une amélioration observée au cours des cinq dernières
années l’utilisation des services de santé reste toujours
faible. Selon les résultats de l’Enquête Démographique et
de Santé (l’EDS III 2001) un peu plus de la moitié
seulement des mères (56,8%) a reçu des soins prénatals
pendant leur grossesse et la majorité des femmes (57,5 %)
accouchent sans le concours d’un professionnel de santé.
La couverture vaccinale des enfants âgés de 12-13 ans est
de 215 % et le taux de prévalence du SIDA est de 1,7 %
avec un taux d’accroissement de test du VIH de 89,3 %).
Les
besoins de planification familiale ne sont pas satisfaits
pour plus d’une femme sur quatre (6,5%) pour la limitation
des naissances et 18,6 % pour l’espacement des naissances.
Le taux
de couverture sanitaire de la population est de 59 % dans
un rayon de 15 km.
La
moitié de la population (49 %) n’a pas accès à l’eau
potable et seule une minorité (8% des ménages) a accès à
des infrastructures adéquates d’évacuations des excréta.
Le
coefficient de dépendance est de 101,3 % en 1998 et sera
86,6 % en 2015 selon des projections publiées en 2000.
Le taux
d’utilisation des services de santé est de 27,3 %.
Toutefois il s’accroît rapidement sous l’effet conjugué de
l’exode rural, de l’émigration et de la croissance
démographique.
La
grande majorité des Maliens est analphabète et peu
scolarisée. En effet seul 29 % des adultes sont
alphabétisés en 1998 (48,3 % des hommes et 12,1 % des
femmes) tandis que la scolarisation (brute) ne touche que
68% des garçons et 46 % des filles en 1999 -2000.
Cette
situation entretient la méconnaissance d’informations de
règles de vie, de savoir-faire, et de moyens appropriés et
spécifiques qui pourraient sauvegarder un peu mieux la
santé des populations, et assurer un mieux-être.
Elle
dessert plus le sexe féminin dont la vulnérabilité est
accentuée par d’autres inégalités et disparités à son
détriment, du fait de son statut défavorisé et la
précarité de ses conditions de vie.
L’analyse de la situation socio-économique montre que le
Mali fait partie des pays à revenu faible, son PIB par
tête étant inférieur à 300 dollars, d’où moins d’un dollar
par habitant par jour.
Le
secteur primaire, socle de l’économie, fournit près de 44%
du PIB et occupe 80 % de la population active.
De la
dévaluation du Franc CFA de 1994-1998. L’économie malienne
a connu une croissance moyenne du PIB de 4,8 % alors que
le niveau de la pauvreté a eu une augmentation régulière
depuis 1989 jusqu’à 1996.
L’ensemble des bonnes performances macroéconomiques
réalisées concourt à montrer que la croissance économique
actuelle s’oriente vers un cheminement équilibré.
Cependant la question demeure de savoir dans quelle mesure
cette croissance peut être durable.
Le
secteur agricole dépend fondamentalement des conditions
climatiques. Il reste le principal secteur d’activité,
tant du point de vue de sa part dans le PIB (47,9% en
1998) qu’au regard de sa contribution aux exportations (53
%).
Les
fluctuations des cours mondiaux de certaines matières
premières comme le coton (47 % des recettes en 1997) l’or
pour l’exportation et le pétrole pour l’importation ainsi
que les difficultés de l’intégration régionale peuvent
également affecter la croissance de l’économie.
La dette
extérieure du Mali atteint 1.542 Milliards de Francs CFA à
la fin de l’année 1999.
Par
rapport au PIB la dette extérieure du Mali s’élève a 114 %
environ en fin 1998 alors que la norme UMEMOA est de 60 %.
Les
tendances présentées ci-dessus révèlent que le Mali fait
face à un défi de paupérisation, d’où la nécessité de mise
en œuvre des politiques et stratégies de lutte contre la
pauvreté.
2.
Problématique de la pauvreté au Mali
2.1
Définition de la pauvreté
Parler
de pauvreté, c’est parler à la fois d’un phénomène très
complexe, assez original et réellement difficile à
préciser. La complexité se situe dans la question de
savoir : qui est pauvre ? et qui ne l’est pas ?
A la
première question : chaque Malien pris individuellement
pense que c’est lui-même le pauvre.
A la
deuxième question : chaque Malien consciemment ou
inconsciemment se plait à dire que c’est l’autre qui n’est
pas pauvre, cet autre au même moment pense que c’est
lui-même le pauvre.
La
pauvreté se trouve alors sans domicile fixe, ballottée de
partout par les pauvres et les non pauvres. Elle apparaît
également comme un enfant à la fois abandonné et adopté
par chacun. C’est donc un phénomène multidimensionnel pour
lequel il n’y pas de consensus sur une définition ou un
concept unique.
Cependant la pauvreté est le plus souvent comprise et
analysée sous son seul aspect économique (revenus ou
consommation de biens). Elle est alors mesurée par des
seuils de pauvreté absolue (ligne de pauvreté calculée sur
une base calorique/ou relative (niveau de revenus). La
consommation des services de base
(Éducation-Santé-Eau-Habitat etc.) est peu prise en
compte.
Pourtant
la pauvreté, en raison de son caractère multidimensionnel
et de son lien avec l’exclusion sociale, renferme une
dimension socioculturelle considérable, qui parfois peut
dominer l’aspect économique. La pauvreté, au-delà de
l’absence des conditions de vie décente, due à la non
satisfaction des besoins fondamentaux est aussi liée au
manque de solidarité sociale, familiale ou communautaire.
Les
Etudes antérieures réalisées au Mali sur le sujet ont
révélé qu’il existe trois formes de pauvreté qui sont :
- La
pauvreté de conditions de vie qui se traduit par une
situation de manque dans les domaines relatifs à
l’alimentation, l’éducation, la santé, le logement etc.
- La
pauvreté monétaire qui exprime une insuffisance de
ressources engendrant une consommation insuffisante.
- La
pauvreté de potentialité caractérisée par le manque de
capital (accès à la terre, aux équipements, au crédit, à
l’emploi etc.).
2.2
Mesure et profil de la pauvreté
Pour
appréhender la pauvreté, deux approches sont utilisées :
l’approche par la pauvreté monétaire et celle par la
pauvreté humaine.
La
pauvreté monétaire traduit une insuffisance de revenu
nécessaire pour procurer à une personne le minimum de
produit indispensable pour vivre.
La
pauvreté humaine exprime les privations dont souffre une
personne en termes d’utilisation des services sociaux de
base telles que l’accès à la santé, à l’éducation, à
l’habitat, à l’alimentation etc.
L’élément indicateur à partir duquel un individu peut être
déclaré monétairement pauvre est le seuil de pauvreté.
Au Mali
le seuil de pauvreté est estimé à 102.971 F CFA en 1996.
La
méthode utilisée pour la détermination de ce seuil repose
sur la valorisation de la consommation de 2450 calories
par jour en équivalent "riz". Elle permet de calculer la
dépense annuelle en équivalent Riz au dessous de laquelle
les individus ne parviendront pas à satisfaire leurs
besoins vitaux.
-
L’incidence de la pauvreté est le pourcentage de la
population qui a un niveau de dépense inférieur au seuil
de pauvreté. Au Mali elle est de 69 % (1998).
- La
profondeur de la pauvreté en 1998 était de 31 % c’est le
ratio du déficit de dépense en rapport avec le seuil de
pauvreté.
- Pour
appréhender la pauvreté humaine on utilise plusieurs types
d’indicateurs dont les plus fréquemment utilisés sont :
l’Indice de Pauvreté Humaine (IPH) et l’Indice de
Développement Humain (IDH).
- Au
Mali selon les calculs de l’observatoire de Développement
Humain Durable et de lutte contre la Pauvreté (ODHD/LCP),
l’IPH est de 64,7 % et l’IDA est de 0,333.
Le
calcul de l’IPH prend en compte trois variables :
l
Pourcentage d’individus risquant de céder avant l’âge de
40 ans :
l
Pourcentage d’adultes analphabètes
l
Services procurés par l’économie
L’indice
de Développement Humain (IDH) est un indicateur composite
qui mesure le niveau des potentialités humaines
élémentaires.
Il est
basé sur :
- Les
indicateurs de longévité mesurée par l’espérance de vie à
la naissance.
- Le
niveau d’éducation mesuré par le taux d’alphabétisation
des adultes et le taux de scolarisation (tous ordres
confondus).
- Le
niveau de vie mesuré par le produit intérieur
brut/habitant (PIB/hbt) exprimé en parité de pouvoir
d’achat (P.P.A).
2.3
Analyse spatiale de la pauvreté
L’analyse spatiale de la pauvreté est faite sur la base
d’un indice de pauvreté calculé pour chaque localité en
admettant que la pauvreté peut être appréciée à travers
l’offre de services sociaux de base (Santé Éducation, Eau
potable etc.) aux communautés. Cet indice varie de 0 point
pour la localité la plus pauvre à 20 points pour la
localité la moins pauvre.
Incidence et profondeur de la pauvreté par région 1998

Sources
EMEP (DNSI) (Direction Nationale de la statistique et de
l’informatique)
Il
ressort de ce tableau que la pauvreté touche aujourd’hui
près de deux tiers (63,8%) de la population totale. Près
d’un tiers de cette population vit dans l’extrême
pauvreté. La profondeur de la pauvreté qui mesure ici les
efforts d’investissement à faire pour que les localités
pauvres obtiennent un indice égal au seuil de pauvreté de
10 points est évaluée à 42, 3 %
3. Les
stratégies de la pauvreté
3.1 La
Stratégie Nationale de Lutte contre la Pauvreté (SNLP)
Le
gouvernement du Mali a clairement affiché depuis 1997 sa
ferme volonté de faire de la lutte contre la pauvreté la
priorité de toutes les priorités de développement. Cette
volonté politique s’est traduite par l’élaboration en
juillet 1998 d’une Stratégie Nationale de Lutte contre la
Pauvreté (SNLP) largement partagée avec la communauté
internationale lors de la table ronde de Genève en
septembre 1998.
Cette
Stratégie en cours d’exécution, est structurée en huit
axes stratégiques assortis d’un programme d’actions
prioritaires sur la période 1998-2002, vise comme objectif
principal à assurer à tous les Maliens en général et aux
plus démunis en particulier, des conditions de vie décente
notamment la satisfaction des besoins fondamentaux tels
que l’accès à une alimentation saine et suffisante, à
l’eau potable, aux soins de santé, à l’éducation et à un
habitat décent.
3.1.1
Les axes stratégiques de la SNLP
1.
Améliorer l’environnement économique, juridique, social et
culturel en faveur des pauvres ;
2.
Promouvoir les activités génératrices de revenu et l’auto
emploi à l’intention des pauvres ;
3.
Améliorer l’accès des pauvres aux services financiers et
aux autres facteurs de production
4.
Promouvoir le développement et améliorer les performances
des filières agro-alimentaires dans lesquelles sont
concentrés les pauvres ;
5.
Améliorer l’accès des pauvres à l’éducation et à la
formation ;
6.
Promouvoir l’accès des pauvres à la santé de base, à la
nutrition, à l’eau potable et l’assainissement ;
7.
Améliorer les conditions d’habitat des pauvres ;
8.
Assurer une coordination efficace de la stratégie de Lutte
contre la Pauvreté ;
3.1.2 La
démarche pour l’élaboration de la SNLP
- Une
démarche participative et prospective qui s’appuie sur
l’existant et les expériences passées.
-
Une démarche ciblée sur les groupes vulnérables et leur
sphère socio-économique.
- Une
démarche qui s’inscrit dans une perspective de
développement durable et qui s’appuie sur une approche
économique rigoureuse pour garantir la pérennité des
impacts obtenus grâce aux actions entreprises.
- Une
démarche à la fois sectorielle et transversale.
Partant
de ces principes la SNLP a été élaborée en cinq étapes :
Étape 1
-
Synthèse des travaux réalisés au cours des dernières
années sur les conditions de vie et la pauvreté au Mali.
-
Caractérisation de la pauvreté
-
Identification des facteurs fondamentaux qui sont à
l’origine de la pauvreté.
Étape 2
Évaluation des impacts d’un ensemble d’interventions qui
ont été mises en œuvre dans les régions dans le but de
réduire la pauvreté.
Étape 3
Identification d’axes et d’actions prioritaires sur la
base des préoccupations nationales ; des résultats de la
phase diagnostic; des préoccupations des populations et
des enseignements des expériences passées.
Le point
fort a été la tenue d’un atelier en novembre 1997.
Étape 4
La
quatrième étape a permis de bonifier la version
préliminaire grâce à la tenue en janvier 1998 de quatre
ateliers régionaux (Kayes, Ségou, Mopti et Sikasso et d’un
atelier national à Bamako).
Étape 5
Examen
et adoption du rapport par le Gouvernement comme document
officiel du Mali en prévision de la tenue de la Conférence
de la Table Ronde à Genève les 16 et 17 septembre 1998.
La SNLP
comporte trois documents qui sont :
1. Une
synthèse du rapport
2.
Volume I (Juillet 1988). Il contient les informations
essentielles sur la situation de la pauvreté au Mali et
les principaux éléments de la SNLP.
3.
Volume II (juillet 1998). Il représente de manière
détaillée les axes stratégiques et le programme d’actions
prioritaires dans ses justifications, objectifs,
stratégies d’interventions, extrants attendus ainsi que le
coût des actions proposées.
3.1.3
L’opérationnalisation de la SNLP
Le PNUD
dans le cadre de son programme d’assistance au Mali a
commis un bureau d’expertise internationale dénommé IDEA
international de Québec (Canada) pour apporter un appui
technique aux structures nationales en charge de la mise
en œuvre de la SNLP.
Le
programme proposé a cet effet s’articule autour de quatre
(4) axes : 1) opérationnalisation des axes stratégiques
et des actions prioritaires ; 2) formulation d’une
stratégie de communication ; 3) Élaboration d’un système
de suivi-exécution ; 4) élaboration d’un système de
suivi-évaluation d’impact.
1. Le
volet opérationnalisation a pour objectif d’assurer une
forte articulation entre les orientations de la SNLP et
les politiques, programmes et projets en cours et
planifiés au niveau national et régional. Ce volet
comporte cinq étapes :
Étape 1
: Mise en place d’un mécanisme institutionnel de pilotage
technique.
Étape 2
: Affinement des axes stratégiques et des actions
prioritaires.
Étape 3
: Arbitrages financiers entre les OSM (objectifs
spécifiques mesurables) et les ressources financières
internes et externes .
Étape 4
: Préparation d’un état des lieux des principales
interventions existantes de lutte contre la pauvreté.
Étape 5
: Rapprochement entre les OSM retenus et l’état des lieux
pour élaborer un programme d’interventions
complémentaires.
2. Le
volet communication a pour objectif de s’assurer de la
diffusion large de la SNLP et de la compréhension du rôle
de chaque intervenant. Il comporte trois étapes :
Étape 1
: Formation d’un comité de pilotage de la stratégie de la
communication.
Étape 2
: Élaboration d’un plan stratégique de communication
Étape 3
: Validation et mise en œuvre de la stratégie de
communication.
3. Le
volet suivi-exécution vise à s’assurer de la pertinence
des programmes et projets concourant à la lutte contre la
pauvreté.
4. Le
volet suivi-évaluation d’impact vise à mettre au point des
approches permettant d’évaluer les impacts des différentes
actions mises en œuvre.
4. Cadre
Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP)
4.1
Contexte
Le
besoin d’un cadre stratégique de développement à moyen
terme pour l’économie est né du constat partagé qu’il
n’existe pas à l’heure actuelle un document consensuel
unique de référence qui fixe les orientations du
développement en vue d’assurer une plus grande lisibilité
aux politiques et stratégies de développement.
L’atelier sur le renouveau de la planification tenu en
juin 1996 à Ségou et l’atelier sur les réformes
institutionnelles pour une meilleure coordination de
l’aide au Mali tenu en novembre 1999 constituent des
tournants décisifs dans le processus de maîtrise de notre
développement.
En effet
au cours de ces ateliers, il a été fait le constat de la
multiplicité des cadres et programmes d’origines
thématiques et sectorielles utilisant des approches
différentes et dialoguant peu entre eux.
Face à
ce constat l’atelier a recommandé l’élaboration d’un cadre
de référence à moyen terme intégrant les aspects spatiaux
et sectoriels afin de servir d’instrument de gestion
nationale du développement qui doit être le cadre
d’opérationnalisation de la vision Mali 2025.
Ceci a
amené le Gouvernement du Mali à décider de faire du cadre
stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) le cadre
unique de référence qui régira désormais nos rapports avec
les partenaires techniques et financiers.
Compte
tenu de son statut, le CSLP final devrait concilier trois
exigences importantes :
-
Permettre une participation large et effective de tous les
acteurs ;
-
Présenter une qualité technique et une pertinence
d’analyse en tant que cadre unique de référence en charge
des préoccupations essentielles liées à la réduction de la
pauvreté.
- Servir
de document de négociation avec les partenaires techniques
et financiers particulièrement les institutions de Breton
Wood.
4.2 But
du CSLP
Servir
d’espace permanent de dialogue et de concertation entre
tous les acteurs du développement.
4.3
Finalité
Créer
d’une part un environnement macroéconomique et
institutionnel favorable à la croissance et à
l’accroissement de la compétitivité de l’économie et,
d’autre part favoriser les conditions de participation
effective des populations à la réalisation et à la
répartition des fruits de cette croissance.
4.4
Principes du CSLP
- Prise
en charge par le pays : le CSLP final est de l’entière
responsabilité du Gouvernement malien. Son élaboration est
faite avec l’implication et la participation de la société
civile et des partenaires au développement.
- Axé
sur les résultats, il convient donc de s’assurer que les
politiques sont bien conçues, mises en œuvre efficacement
et suivies attentivement.
- Global
: il doit intégrer des interventions d’ordre
institutionnel, structurel et sectoriel à un cadre macro –
économique cohérent.
-
Partenariat : l’implication de tous les acteurs
(Gouvernement, société civile, population, partenaires au
développement) requiert une synergie et une coordination
des actions dans le cadre d’une véritable stratégie
participative.
-
Perspective à long terme. La réduction de la pauvreté
exige souvent des changements institutionnels et le
renforcement des capacités ; une perspective à moyen et
long termes s’impose.
Le
document de l’étude prospective à l’horizon 2025
disponible depuis juin 2000 a servi de référence à
l’élaboration du Cadre Stratégique de Lutte contre la
Pauvreté (CSLP).
Le
processus d’élaboration du CSLP a été conçu en deux phases
:
- Phase
d’élaboration du CSLP intérimaire ;
- Phase
d’élaboration du CSLP final.
Le CSLP
intérimaire a été élaboré par le *Gouvernement le 12
juillet 2000. Ce document a ensuite été adopté les 6 et 7
septembre 2000 par les Conseils d’Administration de la
Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International,
(FMI).
Il donne
des orientations pour la préparation du CSLP final. Sur la
base de ce document, le Mali a été élu à l’initiative PPTE
(Pays Pauvre très Endetté).
Le CSLP
final s’articule autour de trois orientations :
1. Un
développement économique plus fort : une croissance à la
fois plus élevée et plus favorable aux pauvres.
2. Un
développement humain et social plus important et de
meilleure qualité. Il s’agit d’assurer l’accès de tous aux
services sociaux de base et de réduire la vulnérabilité et
l’insécurité des pauvres.
3. Un
développement institutionnel pour une bonne gouvernance :
Etat de droit et justice, renforcement des capacités des
administrations et décentralisation, société civile.
Le
Processus d’élaboration est enrichi par quatre exercices
importants :
-
Résultats des débats sur le développement organisé par
l’Institut de la Banque Mondiale en partenariat avec l’ISFRA.
Ces débats se sont déroulés du 11 avril au 30 mai avec la
participation d’autres pays de la sous-région comme le
Burkina Faso ; la Guinée ; la Mauritanie et le Sénégal.
-
Résultats des travaux de préparation de la 3ème Conférence
des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés (PMA). Le
rapport national préparé constitue un précieux document de
base pour le CSLP.
-
Résultats des consultations organisées par la société
civile sur le processus CSLP aux mois de mai et juin 2001.
-
Travaux de valorisation des principales recherches
disponibles dans les différents domaines et menées soit
par des chercheurs, soit par des organismes. Ces travaux
ont été présentés à un forum du 12 au 15 juin 2001.
4.5
Horizon temporel
Le CSLP
est élaboré pour une période de 5 ans. Il indique de ce
fait les politiques et stratégies de développement du pays
durant cette période. De plus, en tant que document de
négociation, il présente un plan d’actions sur trois ans,
revu chaque année sur la base d’indicateurs pertinents.
4.6
Cadre institutionnel du CSLP final
Le
décret définissant le cadre institutionnel a été signé le
12 avril 2001 (Décret N°01 175/PRM du 12 avril 2001) le
cadre est composé comme suit :
1. Un
Comité d’orientation : chargé de l’orientation des
activités rentrant dans le cadre du processus CSLP
(préparation, mise en œuvre, suivi et évaluation).
2. Une
Commission Mixte Mali-Partenaires au développement : elle
est l’instance de concertation entre les deux parties,
dans le cadre du processus CSLP.
3.
Comité Technique :
-
Promouvoir les synergies entre les différents acteurs
(Gouvernement, société civile, partenaires techniques et
financiers).
-
Assurer la réalisation des travaux techniques du processus
(CSLP).
4.
Comité de Pilotage : Il a pour mission d’initier et de
coordonner l’ensemble des activités rentrant dans le cadre
du processus CSLP.
5.
Secrétariat Technique : la Direction Nationale de la
Planification joue ce rôle.
4.7 Coût
et financement CSLP
La
stratégie de mise en œuvre du CSLP repose sur un
accroissement important des financements intérieurs à
travers une plus grande mobilisation des ressources
intérieures. Sur la période 2002/2005 le financement
intérieur s’élève à 1.664 milliards de Francs CFA tandis
que les financements extérieurs attendus des partenaires
au développement sont estimés à 1.043,6 milliards de
Francs CFA.
5.
Articulation CSLP-SNLP
Le CSLP
et la SNLP sont complémentaires :
CSLP :
l Cadre
Global de politique de développement ;
l Cadre
Macro ;
l Rôle
de la Croissance.
SNLP :
l Plus
ciblée, plus précise, plus opérationnelle ;
l
Propose des interventions précises ;
l Permet
de faire les liens avec les programmes sectoriels et les
projets ;
l
Propose des indicateurs de résultats et de suivi.
Les deux
devraient perdurer et évoluer de manière concomitante.
L’horizon 2002 de la SNLP devra être repoussé comme on a
repoussé l’horizon du CSLP.
La SNLP
doit s’assurer que les fonds soient alloués à des
interventions prioritaires bénéficiant directement aux
pauvres.
6.
Conclusion
Au
regard des résultats mitigés surtout au plan social des
programmes macroéconomiques ; il importe pour le
Gouvernement de veiller à ce que désormais les politiques
soient conçues et élaborées dans une optique de
développement humain durable.