DIMENSIONS DE LA PAUVRETE
AUX COMORES
M. Ben Cheikh Mze Cheikh
Chef de Service, Stratégie de Développement,
Commissariat Général au Plan,
Moroni, Union des Comores
1.
Introduction
Les
Comores sont situées à l’entrée Nord du canal de
Mozambique, à mi-chemin entre la Côte Est de l’Afrique et
le Nord-Ouest de Madagascar et couvrent une superficie
totale de 2.236 km2. Elles forment un archipel constitué
de quatre îles principales (Ngazidja, Mwali, Ndzuwani et
Maoré). Son peuplement est intimement lié à son histoire,
une histoire de migrations, de brassages de races et de
cultures, d’invasions et de conquêtes. Le peuple des
Comores est le résultat de dépôts de migrations
successives de Portugais, d’Indonésiens, de Malais, de
Persans, d’Arabes, et d’Africains de Quiloa (Mozambique)
et de Lamu (Tanzanie) sur la Côte Orientale du continent.
Sous
occupation française pendant plus d’un siècle, les Comores
ont proclamé unilatéralement leur indépendance le 6
juillet 1975 à la suite d’un processus de décolonisation
chaotique. La puissance coloniale, la France, a profité de
la confusion qui s’en est suivie pour maintenir son
administration sur Maoré et, depuis lors, la souveraineté
de la République de l’Union des Comores ne s’exerce de
fait que sur les trois autres îles.
Compte
tenu de la nature multidimensionnelle de la pauvreté, la
stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté,
reste une stratégie transversale qui concerne l’ensemble
des paramètres sociaux, démographiques, économiques et
politiques, et ce à des degrés divers. Elle ne doit pas,
pour autant, être considérée comme un super programme
coiffant tous les autres programmes; elle se veut être un
cadre de référence qui oblige les programmes sectoriels à
être cohérents entre eux et avec le cadre des politiques
macroéconomiques, en se concentrant évidemment sur
l’objectif stratégique de réduction de la pauvreté dans
leurs secteurs respectifs.
L’articulation entre la stratégie de croissance et de
réduction de la pauvreté d’une part, et les politiques
macroéconomiques et sectorielles d’autre part, reste un
processus dynamique qui fonctionne dans les deux sens.
D’un côté, les actions proposées dans le cadre de la
stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté
devront prendre en compte les politiques et les actions en
cours ou déjà planifiées; de l’autre, les ministères
devront s’assurer que leurs politiques et programmes
cadrent avec les orientations de la stratégie de
croissance et de réduction de la pauvreté.
Pour les
raisons évoquées ci-dessus, nous avons circonscrit les
dimensions de la pauvreté autour de trois principaux
contextes :
1.
Démographique
2.
Social
3. et
politique.
2.
Contexte démographique
Le
contexte démographique montre combien les Comores sont
densément peuplées (taux d’accroissement annuel de la
population de 2,7% donnant un potentiel de doublement en
25 ans, avec une densité de 301 habitants/km2 en 2001),
d’autant plus qu’au sein des îles, la population est
essentiellement concentrée sur les basses altitudes autour
des plaines côtières et sur les premières pentes qui
correspondent aux zones cultivables. Cela signifie que les
gros problèmes actuels de protection de l’environnement
vont s’aggraver si le pays ne prend pas dès maintenant les
mesures appropriées pour y faire face.
3.
Contexte social
Des
recherches anthropologiques ont mis en évidence une
organisation sociale, profondément enracinée dans la
tradition et très hiérarchisée, où l’individu se fond dans
la communauté et ne peut s’affirmer qu’à travers les
mécanismes imposés par elle. La famille est le socle de
l’organisation et du fonctionnement social. Héritée sans
doute des Chiraziens qui ont fondé les sultanats sur un
système héréditaire en lignée, elle prolonge son influence
jusque et y compris dans les systèmes politiques et de
prise de décision. Perçue et vécue dans son sens le plus
large, la notion de famille intègre quatre niveaux : la
famille conjugale, la famille élargie, le lignage et le
clan. Le mariage, plus particulièrement le grand mariage,
consacre la suprématie de la famille. C’est le moyen par
lequel elle s’étend et se renforce. C’est d’ailleurs en
cela que le mariage constitue l’acte par lequel l’individu
accède aux hiérarchies sociales.
L’introduction de la religion islamique aux Comores
remonterait au XIIIe siècle après J.C. et la
quasi-totalité des Ccomoriens est musulmane. Toutefois, il
faut signaler qu’ici l’Islam cohabite avec une foule de
croyances et de pratiques sociales liées à la coutume et à
la tradition et qui sont souvent interdites par cette
religion (le culte des ancêtres et des marabouts, le
recours au pouvoir des sorciers qui sont supposés capables
d’agir de façon occulte sur les êtres et les destinées,
etc.). Il résulte de ce syncrétisme un Islam traditionnel
qui résiste à l’Islam militant en ce sens que le pouvoir
religieux n’est en définitive reconnu que s’il est doublé
d’un pouvoir traditionnel.
L’école
coranique constitue le premier contact de l’enfant
comorien avec le système éducatif, elle enseigne les
principes de base de l’Islam et des valeurs
socioculturelles en même temps qu’elle initie à la lecture
du Coran et à l’écriture de l’arabe. Cette école joue donc
un rôle fondamental dans la formation de la personnalité
du Comorien.
La vie
des Comoriens se trouve rythmée, parfois même
conditionnée, par l’Islam, d’autant plus que les préceptes
religieux constituent une dimension fondamentale du droit
comorien (aussi bien le droit coutumier que le droit
moderne). Il y a lieu de noter que l’amalgame et la
confusion de préceptes religieux et de valeurs
traditionnelles favorisent le maintien au sein de la
société comorienne d’archaïsmes qui ne sont pas toujours
perméables à la nécessaire évolution des mentalités et des
comportements; ils constituent, à ce titre, la principale
source des difficultés que rencontre la société comorienne
à intégrer les progrès dans des domaines aussi importants
que le statut de la femme ou la santé en matière de
reproduction.
Les
Comores vivent depuis le milieu des années quatre vingt
une crise économique grave marquée notamment par des taux
de croissance du PIB qui restent constamment en dessous du
taux d’accroissement démographique. La croissance
économique par habitant négative et l’amplification
subséquente de la pauvreté (54,7% de la population totale
est classée pauvre) ont détérioré les conditions de vie
des populations et rendu difficile leur accès aux services
sociaux de base comme l’éducation, la santé, l’eau potable
et autre. L’environnement subit toute une série
d’agressions de la part de la population à cause de son
ignorance ou tout simplement pour les besoins de sa
survie.
4.
Contexte politique
Les
Comores ont connu depuis 1997 une situation politique
tourmentée marquée par un certain nombre de crises
majeures qui ont déterminé et/ou conditionné la mise en
place du cadre institutionnel actuel. La première est une
crise séparatiste née de la sécession de l’Île de Ndzuwani
qui a autoproclamé son “indépendance” le 3 août 1997 et
instauré “l’Etat d’Anjouan” rejetant toute autorité de la
République sur cette île. Ndzuwani a vécu, durant
pratiquement trois années, des situations difficiles avec
un débarquement raté de l’armée fédérale, plusieurs
affrontements internes opposant les différents clans
séparatistes et un embargo décidé par l’OUA à son
encontre; cette situation a sérieusement déstabilisé
l’économie fragile de l’île et contribué à détériorer les
conditions de vie déjà difficiles de ses habitants. La
seconde est une crise institutionnelle puisque dans la
nuit du 29 au 30 avril 1999, l’armée a pris le pouvoir
dans le pays, a suspendu la constitution de 1996 et a
dissous toutes les institutions y afférentes. Elle a
promulgué une Charte Constitutionnelle aux termes de
laquelle son Chef d’état-major assumait les fonctions de
Chef de l’Etat. La troisième est une crise identitaire
puisque l’irrédentisme anjouanais a fait voler en éclats
les fondements de la nation comorienne et les bases de la
République comorienne.
Il
faudra attendre presque quatre ans pour que, de conférence
en conférence et sous pression de la communauté
internationale, les comoriens se mettent d’accord pour
rassembler les îles dans un nouveau cadre institutionnel
supposé garantir l’unité et l’intégrité du pays. Selon la
Constitution de 2001 qui régit ce nouvel ensemble, le pays
porte la dénomination “Union des Comores” et constitue une
République au sein de laquelle chaque île jouit d’une
large autonomie et dispose de sa propre constitution. Aux
termes de cette Constitution, le domaine exclusif de
l’Union se limite aux relations extérieures, à la monnaie,
à la religion, à la défense extérieure et aux symboles
nationaux. Toutes les autres matières relèvent soit du
domaine partagé entre l’Union et les îles, soit du domaine
exclusif des îles, mais la Constitution n’en fait pas la
répartition et stipule simplement qu’une loi organique de
l’Union fixera cette répartition. La Constitution prévoit
la mise en place de communes dans chaque île.
Au
niveau de l’Union, le pouvoir exécutif est exercé par le
Président de l’Union (assisté de deux Vice-présidents
originaires de deux îles différentes de la sienne et d’un
Gouvernement qu’il nomme) élu pour quatre ans au suffrage
universel direct à un tour et selon le principe de la
tournante entre les îles. Ce dernier principe stipule que
les îles exercent à tour de rôle cette haute fonction;
chaque île choisit en son sein, son tour venu, par
l’intermédiaire d’une élection primaire, les trois
candidats (les trois personnalités arrivées en tête).
Quand au pouvoir législatif, il relève d’un parlement
monocaméral composé de députés dont une partie est élue au
suffrage universel direct et une autre partie désignée par
les assemblés des îles.
Au
niveau de l’île, le pouvoir exécutif est dévolu au
Président de l’île (assisté d’un Gouvernement qu’il nomme)
élu pour cinq ans au suffrage universel direct dans un
scrutin uninominal à deux tours. Le pouvoir législatif est
détenu par l’Assemblée de l’île dont les membres sont élus
au suffrage universel direct.
Le pays
se trouve aujourd’hui dans la délicate phase de la mise en
place des institutions constitutionnelles. Le Président de
la République et ceux des îles sont déjà élus et ont formé
leurs différents gouvernements respectifs; les parlements
de l’Union et des îles devraient se mettre en place assez
rapidement afin de permettre notamment l’adoption de la
fameuse loi organique qui doit fixer les domaines partagés
entre l’Union et les îles et les champs de prérogatives y
afférents. En effet, l’absence de ladite loi organique a
ouvert des conflits de compétences entre l’exécutif de
l’Union et ceux des îles.
5.
Genèse et fondements de la stratégie de croissance et de
réduction de la pauvreté
L’instabilité politique et institutionnelle fait que les
Comores ne disposent pas d’un cadre formel global de
référence pour leur développement économique et social.
Cette absence d’un programme de développement national
dans lequel s’inscriraient les actions des divers secteurs
pour atteindre un objectif commun en application d’une
stratégie macroéconomique arrêtée constitue sans doute le
principal handicap au développement du pays. Elle est la
principale cause du peu d’efficacité enregistrée par les
diverses interventions mises en œuvre par les pouvoirs
publics pour relancer la croissance et contrer la
détérioration des conditions de vie de la population.
6.
Démarche d’élaboration de la stratégie de croissance et de
reproduction de la pauvreté (SCRP)
Le
gouvernement a arrêté, sur la base des leçons tirées du
passé en matière de planification nationale du
développement et s’appuyant sur l’expérience des autres
pays qui ont déjà élaboré des stratégies de lutte contre
la pauvreté, les principes de base et le cadre de
référence devant guider l’élaboration de la stratégie de
croissance et de réduction de la pauvreté. La démarche
retenue repose sur quatre principes majeurs suivants :
- Une
stratégie élaborée suivant une approche participative de
manière à associer les populations et les principaux
acteurs de la société civile et du secteur privé dans la
lutte contre la pauvreté ;
- Une
stratégie élaborée de manière progressive en s’appuyant
dans un premier temps sur les informations existantes et
en limitant la collecte de nouvelles informations au
strict minimum, mettant plutôt l’accent sur le dialogue et
les échanges au travers d’ateliers régionaux et nationaux
et des tables rondes. La stratégie sera bonifiée et mise à
jour au fur et à mesure que des données sur les conditions
de vie des ménages seront collectées et que des études
d’impact seront réalisées ;
- Une
stratégie ciblant les potentiels de croissance, en
particulier les sphères économiques des groupes
vulnérables et pauvres de manière à réduire la pauvreté de
façon durable sans pour autant négliger les dimensions
sociales essentielles qui auront été identifiées ;
- Une
stratégie transversale qui assure une forte intégration de
l’environnement macroéconomique et des politiques et
programmes sectoriels de manière à mieux saisir les
dimensions qui caractérisent la pauvreté et proposer des
interventions novatrices qui s’attaquent aux multiples
causes qui entravent la croissance et la réduction de la
pauvreté. L’objectif étant de renforcer les capacités des
pauvres à tirer profit des opportunités que leur offre
l’environnement physique, économique et social dans lequel
ils vivent.
A partir
des principes ci-dessus, la stratégie a été élaborée en
deux principales phases :
La
première phase consiste en la mise en place du dispositif
institutionnel de pilotage du processus d’élaboration de
la stratégie. Afin de garantir la participation des
principaux acteurs du développement dans l’élaboration de
la stratégie, il a été procédé à la mise en place des
trois institutions que sont les Comités d’Orientation de
la stratégie, le Comité Technique et le Comité de
Coordination et de Suivi. Les Comités d’Orientation (un
par île) qui rassemblent au niveau de chaque île les
pouvoirs publics, les représentants des organisations de
la société civile et du secteur privé et les représentants
des associations coopératives. Le principal rôle du Comité
d’Orientation est de mobiliser autour du processus
d’élaboration de la stratégie, au niveau de l’île, les
pouvoirs publics, la société civile, le secteur privé, les
partenaires au développement et les autres partenaires
techniques et financiers; ensuite d’orienter et faciliter
les travaux techniques et les activités de consultation et
de concertation réalisés dans le cadre de l’élaboration de
la stratégie.
Le
Comité Technique est une structure légère constituée de
cadres de l’administration et soutenu par des
organisations de la société civile, du secteur privé et
des consultants nationaux et internationaux. Sa principale
mission est de réaliser, ou de s’assurer que sont
réalisés, les travaux devant conduire à l’élaboration de
la stratégie. Le Comité de Coordination et de Suivi de la
stratégie rassemble le Commissaire général au Plan et les
Secrétaires généraux des différents départements
ministériels centraux auxquels s’adjoignent des
représentants des Présidents des îles et des délégués des
Comités d’Orientation. Le rôle principal du Comité de
Coordination et de Suivi est d’encadrer et valider le
processus d’élaboration de la stratégie et d’en faciliter
les activités.
La
seconde phase a consisté en l’établissement d’un
diagnostic de la pauvreté et en l’analyse des perspectives
de croissance sectorielle. Au cours de cette phase, les
ressources humaines nationales ont été valorisées à
travers les consultants nationaux qui ont été recrutés
pour, notamment, réaliser les études macroéconomiques et
sectorielles. Cette phase a comporté quatre étapes :
1. La
première étape a porté sur la réalisation d’une synthèse
des travaux existants sur la pauvreté aux Comores afin
d’établir un profil de pauvreté sommaire à partir des
données existantes et une caractérisation de la pauvreté
de manière à identifier les groupes vulnérables.
2. La
deuxième étape a consisté en une analyse de
l’environnement macroéconomique dans une perspective de
croissance et de réduction de la pauvreté.
3. La
troisième étape a porté sur des revenus sectoriels et a
consisté en :
-
L’analyse des secteurs liés à la croissance économique et
à la réduction de la pauvreté monétaire :
*
Pauvreté et filière agroalimentaire, incluant le commerce
extérieur ;
*
Pauvreté et développement des infrastructures, incluant
l’énergie ;
*
Pauvreté et secteur financier, incluant la microfinance ;
*
Pauvreté et secteur privé, incluant le développement
touristique et l’emploi.
-
L’analyse des secteurs liés à la gouvernance et à la
réforme institutionnelle :
*
Pauvreté, décentralisation et lutte contre la corruption ;
*
Pauvreté, justice et sécurité.
-
L’analyse des secteurs liés au développement humain :
*
Pauvreté et éducation ;
*
Pauvreté et santé ;
*
Pauvreté, eau potable, environnement et assainissement ;
*
Pauvreté, nutrition et sécurité alimentaire.
Ces
études ont été réalisées dans le cadre d’une large
concertation (rencontres de discussions, ateliers de
concertation, focus group, groupe nominal, etc.) avec la
participation active des Comités d’Orientation, de la
société civile et du secteur privé.
4. La
quatrième étape a consisté à réaliser une étude
qualitative sur les perceptions du bien-être, de la
pauvreté et des contraintes à l’accessibilité des services
sociaux de base et des moyens de production aux ménages.
Elle a donné lieu à la collecte de données primaires sur
les trois îles puisqu’il n’y a jamais eu d’étude
qualitative significative sur cette question. Cette étude
visant notamment à impliquer les populations démunies et
vulnérables dans la détermination des priorités de la
stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté.
7.
Analyse des conditions de vie et de la pauvreté
Ce
chapitre présente les perceptions du bien-être et de la
pauvreté telles que perçues par la population et une
analyse des conditions de vie des ménages et de la
pauvreté aux Comores.
8.
Analyse des perceptions du bien-être et de la pauvreté par
les populations
Dans le
cadre de l’élaboration de la SCRP, une étude a été
réalisée sur les perceptions du bien-être et de la
pauvreté par la population, afin de permettre d’assurer la
prise en compte de la population comorienne dans
l’identification des axes stratégiques et des actions
prioritaires dans la SCRP.
Deux
méthodes d’enquête qualitatives ont été utilisées pour
l’enquête afin de recueillir les perceptions de la
population quant aux dimensions du bien-être et de la
pauvreté, à la dynamique de la pauvreté, à l’accès aux
services sociaux de base et aux opportunités économiques.
Les méthodes qualitatives utilisées sont la méthode des
groupes focalisés et la méthode des préférences révélées
ou de vote individuel pondéré.
9.
Principales dimensions de la pauvreté et du bien-être
selon les perceptions des populations
Pour
définir le bien-être, la population comorienne fait
référence principalement à la satisfaction des besoins
primaires tels que le logement, l’éducation,
l’habillement, la nourriture, la santé, l’hygiène et
l’assainissement. Il en est de même pour la définition de
la pauvreté qui est définie comme la non satisfaction des
besoins de la population.
Une
faible proportion de la population comorienne parvient à
satisfaire ses besoins alimentaires. En effet, une
proportion importante de la population n’arrive pas à
manger en quantité, alors que la majorité ne mange pas en
qualité. En effet, les produits comme les viandes, le
poisson, le riz, la banane, le poulet et même le manioc ne
sont pas accessibles pour une partie importante de la
population. Ceci explique les faibles résultats des
indicateurs nutritionnels connus aux Comores.
La
population fait aussi référence aux problèmes sociaux
comme le vol et la délinquance comme dimensions de la
pauvreté. Evidemment, l’augmentation de la pauvreté amène
en général avec elle une certaine recrudescence de
problèmes sociaux.
L’emploi
est un moyen indirect pour la population de satisfaire ses
besoins, alors que l’argent est un moyen direct. Les
infrastructures routières, les activités commerciales et
les télécommunications sont des moyens d’améliorer
l’environnement économique, et indirectement, les
conditions de vie des ménages.
Le fait
de posséder des meubles, une radio ou une télévision ou de
faire un grand mariage sont autant de moyens d’améliorer
la qualité de vie, de démontrer son statut social ou
d’accéder à un meilleur statut social (par exemple, à
travers le grand mariage).
Il
existe peu de différences entre les îles, les milieux et
les groupes socio-économiques quant aux perceptions du
bien-être et de la pauvreté. Les principales différences
sont :
- Pour
Ngazidja, les infrastructures routières et le grand
mariage sont plus importantes que dans les deux autres
îles.
10.
Dynamique de la pauvreté selon les perceptions des
populations
La
dynamique de la pauvreté fait référence aux raisons pour
entrer ou ne pas sortir de la pauvreté et aux stratégies
pouvant être utilisées pour sortir de la pauvreté.
La
pauvreté est perçue comme la conséquence de plusieurs
facteurs, notamment l’insuffisance de capital physique et
humain, la faible performance du capital institutionnel,
l’influence des facteurs externes et le comportement des
individus, des ménages et des communautés :
-
Capital humain : le manque d’éducation et de connaissances
en gestion et la maladie ;
-
Capital physique : le manque de terre agricole et le
manque de productivité des terres agricoles et
l’insuffisance alimentaire ;
-
Capital institutionnel : le chômage, les retards de
salaires chez les fonctionnaires et la mauvaise gestion du
pays ;
-
Comportements : la presse, le fait d’avoir beaucoup
d’enfants, le manque d’entrepreneurship, la délinquance,
et le vol.
Les
principales raisons pour ne pas sortir de la pauvreté
citées par la population sont la paresse, le manque
d’éducation, le chômage, le manque de formation
professionnelle et la non-rémunération du travail.
Les
principales stratégies pouvant être utilisées pour sortir
de la pauvreté selon la population sont l’emploi,
l’éducation, le crédit et l’épargne, l’appui au
développement des activités génératrices de revenu, la
formation professionnelle, le commerce, l’investissement,
etc.
11.
Principales dimensions d’amélioration du bien-être selon
les perceptions des populations
-
L’accès à des soins de santé de qualité est une
préoccupation importante pour près des trois quarts de la
population comorienne. Ceci indique que le système de
santé comorien présente des lacunes importantes et ce,
dans toutes les îles de l’Union.
-
L’accès à l’eau potable en quantité adéquate qui permette
d’assurer la santé de la population est une dimension
importante d’amélioration du bien-être (61% de la
population). L’accès à l’eau potable est une problématique
omniprésente sur toutes les îles.
L’éducation est une dimension d’amélioration du bien-être
importante pour 57% de la population. Elle procure aux
familles, qui se privent souvent pour envoyer leurs
enfants à l’école, un peu d’espoir que les jeunes formés
puissent trouver un emploi stable avec un salaire
acceptable afin de subvenir aux besoins de leur famille.
La formation professionnelle est aussi une dimension
d’amélioration du bien-être importante particulièrement à
Ngazidja.
- Le
logement est une dimension d’amélioration du bien-être
choisie par un nombre important de personne (55%). L’accès
à un logement de qualité est donc une préoccupation
importante autant en milieu rural qu’en milieu urbain.
- La
religion semble très importante, en particulier en milieu
rural. Elle arrive au cinquième rang comme dimension
d’amélioration du bien-être au niveau national et au
troisième rang en milieu rural.
-
L’emploi, le crédit, les équipements, le commerce et les
cultures de rente ont été identifiés comme moyens
indirects d’amélioration du bien-être.
-
L’électricité, les télécommunications et les routes sont
aussi des dimensions importantes du bien-être, car elles
permettent d’assurer un environnement propice au
développement d’activités économiques viables.