RAPPORT FINAL
1.
Introduction
L’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et
la Culture (ISESCO), dans le cadre de son Plan d’Action
triennal (2001-2003) et en exécution de son Programme
portant sur “la gestion des problèmes sociaux et humains”,
a décidé de tenir en 2002 un séminaire régional sur “la
lutte contre la pauvreté”.
Elle a
choisi de l’inscrire dans les programmes conjoints qu’elle
entretient avec le Bureau régional de la Méditerranée
Orientale de l’Organisation mondiale de la Santé (EMRO).
Elle a
proposé au Gouvernement du Bénin, Etat membre de
l’ISESCO, de tenir ces assises à Cotonou du 23 au 26
septembre 2002.
Le
Gouvernement du BENIN, fidèle à ses engagements et à sa
politique de coopération agissante, a saisi le Conseil des
Ministres qui, en sa séance du mercredi 11 septembre 2002,
a donné son accord et pris les dispositions nécessaires.
La
préparation du Séminaire a été assurée par la Commission
nationale pour l’UNESCO et le Centre Panafricain de
Prospective Sociale (CPPS). Un Comité d’organisation et
d’orientation s’y est consacré. Y ont pris part :
- au nom
de la CNB/UNESCO, Monsieur Camille TOGBE et Mme Véronique
ACHIMI,
- au nom
du CPPS, le Professeur Albert K. EKUE et M. Adolphe NAKA,
- un
collège de consultants comprenant MM. Cyrille SAGBO,
Albert AGOSSOU et Michel TEVOEDJRE.
2.
Déroulement du séminaire
Le
séminaire s’est déroulé en trois phases :
- la
cérémonie d’ouverture,
- les
sessions,
- la
cérémonie de clôture.
La
cérémonie d’ouverture du séminaire a eu lieu le lundi 23
septembre 2002 à 9h 30 dans la salle de conférences de
l’Hôtel du Lac à Cotonou, Elle a été présidée au nom du
Gouvernement par Son Excellence Monsieur Jean Bio TCHABI
OROU, Ministre des Enseignements primaire et secondaire.
Y
assistaient les participants au séminaire, les invités,
les directeurs centraux et les journalistes. Le Directeur
général de l’ISESCO, le Docteur Abdulaziz Othman
Altwaijri, avait désigné pour le représenter le Docteur
Amadou Oury D. DIALLO, du Département des Sciences.
Le
cérémonial s’est déroulé ainsi :
- 9h
Accueil des participants et des invités
- 9h30
Arrivée du Ministre des Enseignements primaire et
secondaire
- Début
de la cérémonie
-
Allocution de bienvenue de Monsieur Figobert kp. KOUAGOU,
-
Secrétaire Général de la Commission Nationale Béninoise
pour l’UNESCO,
-
Allocution du Professeur Albert K. EKUE, Directeur du
CPPS,
-
Allocution du Docteur Amadou Oury Donghol DIALLO,
représentant l’ISESCO,
-
Discours d’ouverture par le Ministre.
- 10h
Fin de la cérémonie d’ouverture.
Le
séminaire s’est déroulé en sessions plénières de 9h à 15h
ou 16h. Y ont pris part : le Bénin, l’Union des Comores,
le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et le Sénégal. La
Côte d’Ivoire et le Mali arriveront plus tard. Ce qui
porte à 8 le nombre des Etats présents.
Les
participants avaient à leur disposition les documents
suivants :
- le
projet de programme,
-
l’ordre du jour annoté,
-
l’exposé introductif,
- les
communications des deux experts nationaux,
- les
exposés des participants.
La
première séance a été dirigée par le Directeur du CPPS.
Elle aura permis aux participants :
a) de
mieux se connaître,
b)
d’adopter le programme de travail,
c) de
confier la présidence du séminaire au Docteur
Lieutenant-Colonel Denis A. MIKODE (Bénin),
d) de
désigner les modérateurs et les rapporteurs,
e)
d’écouter l’exposé introductif présenté par le Directeur
du CPPS. Le modérateur à cette occasion était Madame
Fatoumata SIDIKOU (Niger); le rapporteur, M. Yves G.
AKLAMAVO (Bénin).
L’exposé
introductif a abordé les points suivants :
-
Objectifs. Il s’agit essentiellement pour les participants
au séminaire, sur la base de leurs expériences
respectives, de confronter leurs points de vues sur un
certain nombre de points (facteurs endogènes de la
pauvreté, définition des objectifs de réduction de la
pauvreté, dimensions de la pauvreté, stratégies de lutte
contre la pauvreté…) et de dégager des approches communes
de solution.
- Thème
général. “La Lutte contre la pauvreté”
Selon le
Professeur EKUE, “la pauvreté est, du point de vue du
développement humain, une privation de possibilités de
choix et d’opportunités qui permettent aux individus de
mener une vie décente. Elle empêche l’épanouissement de
l’homme et de tous les hommes”.
L’orateur a noté que la pauvreté persiste en Afrique
malgré les politiques d’ajustement structurel, le
rétablissement de certains équilibres macroéconomiques, le
progrès social çà et là ;
Après
avoir rappelé les objectifs internationaux de
développement proposés en 1996 par les Nations Unies et
consignés dans la Déclaration du Millénaire de septembre
2000, il a également fait référence à des instruments
récents (NEPAD - Acte constitutif de l’Union Africaine -
Rapport de la Commission Indépendante sur “l’Afrique et
les enjeux du 3e Millénaire”) qui ont pris en compte la
réduction de la pauvreté en Afrique.
Enfin,
il a présenté les trois thèmes à savoir.
Les
dimensions de la pauvreté
Ce thème
a été présenté par Monsieur Ernest GOUDEYI. Cet expert
national a fait ressortir que la croissance économique
n’entraîne pas forcément une réduction significative de
la pauvreté. En effet, la pauvreté est un phénomène
complexe, multidimensionnel, difficile à définir. Elle se
manifeste sous diverses formes. L’orateur y voit cinq
dimensions :
- les
dimensions économiques,
- les
dimensions socioculturelles,
-les
conséquences des conflits et des catastrophes naturelles,
- le
VIH-SIDA,
- les
composantes démographiques.
a) Les
dimensions économiques : La situation économique très
difficile qu’a connue la plupart des Etats africains au
cours des années 70 et 80 a amené ces derniers à adopter
des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS). Ces
programmes ont malheureusement abouti à des résultats très
limités qui n’ont pas permis de réduire de façon notable
la pauvreté : insuffisance et sous-équipement des services
de santé ; dégradation de la qualité de l’enseignement et
de l’encadrement des élèves, insuffisance des
infrastructures et équipement scolaires constituent
quelques exemples.
Pour
remédier à cet état de choses, l’orateur formule des
recommandations à l’endroit des Etats africains à savoir
notamment instaurer la bonne gouvernance ; procéder à une
redistribution plus équitable des fruits de la croissance
; assurer une participation populaire effective dans les
différentes étapes du processus de développement…
Ces
mesures à prendre par les Etats africains ne suffisent pas
: l’assainissement de l’environnement international et
l’appui de la communauté internationale aux problèmes de
la dette des Etats africains et ceux des fluctuations des
cours de leurs matières premières… sont des facteurs
devant contribuer à la réduction de la pauvreté en
Afrique.
b) Les
dimensions socioculturelles. Il est généralement admis que
la culture est l’une des dimensions-clés d’un
développement autocentré et autoentretenu. Ainsi, certains
systèmes traditionnels de sécurité sociale en Afrique
(tontines, mutuelles d’épargne et de crédit…) constituent
des formes bien adaptées au contexte de la pauvreté.
Toutefois, certaines pratiques et institutions
traditionnelles représentant des entraves au développement
(cérémonies dispendieuses, perception fataliste de la
transmission de la pauvreté, imposition d’un statut
socioculturel non valorisant à la femme…)
c) Les
conflits et les catastrophes naturelles et la pauvreté.
L’Afrique n’a pas été épargnée, au cours des vingt
dernières années, par des conflits de toutes sortes
(guerres civiles et conflits inter-états) et des
catastrophes naturelles (inondations, sécheresses…) qui
ont non seulement entravé son développement mais ont
entretenu et/ou aggravé la pauvreté. A cela, il faut
ajouter les énormes pertes en vies humaines, la
destruction des infrastructures de base…
d) La
pauvreté et VIH/SIDA. Le Continent africain est le plus
touché par la pandémie du SIDA. Les conséquences
dramatiques et désastreuses de cette pandémie tant en ce
qui concerne les populations que le développement
économique des pays touchés sont largement connues.
e) Les
composantes démographiques. Les écarts entre les taux de
croissance économique et ceux de croissance démographique
dans la plupart des pays africains pendant ces vingt
dernières années ont entraîné une aggravation de la
pauvreté.
La forte
croissance démographique en Afrique est liée entre autres
au manque d’éducation des femmes, à des mariages précoces,
à l’insuffisance de services de planification ou
d’information sur ces services…
A la
suite de l’exposé de M. GOUDEYI, le séminaire a écouté des
exposés thématiques portant sur des aspects spécifiques
des dimensions de la pauvreté. Ainsi M. Germain GONZALLO a
présenté les événements météorologiques exceptionnels
survenus le 5 juin 2002 dans le sud-ouest du Bénin. Il en
a tiré les conséquences quant aux pertes de toutes sortes
qu’on subies les populations et quant à la dégradation de
l’environnement. Monsieur Ben Cheikh Mzé CHEIKH de l’Union
des COMORES a décrit en l’illustrant d’exemples et de
pratiques sociales “la perception de la pauvreté” dans son
pays. Mme Ndèye Soukèye GUEYE du Sénégal a analysé “les
dimensions socio-culturelles et démographiques de la
pauvreté”. Elle a suggéré plusieurs pistes pour mieux les
prendre en compte dans les stratégies opérationnelles de
lutte contre la pauvreté.
Des
débats qui ont suivi l’exposé liminaire de Monsieur
GOUDEYI et les études de cas nationales, il se dégage un
consensus sur les points suivants :
1. la
pauvreté est un phénomène multidimensionnel dont les
diverses composantes varient en intensité selon les pays
considérés et les contextes,
2. les
facteurs socioculturels constituent des facteurs
importants à prendre nécessairement en compte : si
certaines traditions et formes de vie communautaire
africaine contribuent sans conteste à atténuer la
pauvreté, il en est d’autres qui sont de véritables
obstacles à la poursuite des objectifs de développement.
Au titre de ces traditions néfastes, ont été mentionnées
les cérémonies ruineuses, les manifestations ostentatoires
et coûteuses liées à la volonté de paraître…
3.
l’inexistence ou l’inadaptation des cadres ou mécanismes
publics d’aide aux populations victimes de catastrophes
naturelles et le manque d’information desdites populations
sur les possibilités existantes aggravant l’état de
pauvreté de groupes déjà fragilisés et vulnérables.
4.
l’éducation a été perçue comme un instrument important et
indispensable pour réduire la pauvreté.
La lutte
contre la pauvreté
C’est le
thème 2 du Séminaire. Toute la journée du 24 septembre lui
a été consacrée. Le modérateur était Mme N’Dèye Soukèye
GUEYE (Sénégal) ; le rapporteur, Monsieur Moukhtar Bachar
MOUKHTAR (Tchad).
Dans
l’introduction à sa communication, l’expert national,
Monsieur Claude SINZOGAN a rappelé le long processus qui,
depuis la fin des années 80, a permis la prise de
conscience du problème de la pauvreté. Puis il a, en bon
économiste, dressé le bilan des principales réformes
engagées par les Gouvernements africains sous l’impulsion
des institutions de BRETTON WOODS. Pour mieux asseoir et
consolider ces efforts, il a ciblé certains éléments à
savoir : la lutte contre le VIH/SIDA, l’amélioration de la
qualité des institutions, la démocratie et la bonne
gouvernance. Il a montré combien il est important de tenir
compte des aspects culturels du développement. Parmi les
initiatives et stratégies nouvelles, il a relevé le
minimum social commun, le volontariat pour le
développement, l’initiative PPTE (pays pauvres très
endettés), les documents de stratégies de réduction de la
pauvreté (DSRP), le NEPAD…
Cette
communication a été suivie par des échanges d’expériences
nationales. Ainsi le Docteur Moukhtar Bachar MOUKHTAR a
choisi d’analyser les causes de la paupérisation
croissante au royaume de OUADDAI¨au TCHAD. Il a rappelé
l’histoire ancienne de ce royaume, son organisation
sociale, ses conditions de vie encore primitives, avant de
conclure : “Aujourd’hui le Ouaddaï ne peut plus échapper
au modernisme qui exerce une fascination telle que
certaines optent pour les vols à mains armées, voire les
crimes. Le drame économique du Ouaddaï réside dans la
faiblesse de la planification étatique et dans le
micro-commerce qui font que certaines productions à défaut
de routes praticables en toutes saisons, périssent sur
place ou sont vendues à vil prix dans les petits marchés
hebdomadaires ou encore collectées, stockées pour créer de
fausses pénuries”.
Il
revenait à Madame Fatoumata SIDIKOU de démontrer combien
les réformes économiques en cours au NIGER tendaient à
limiter la dégradation de la situation économique des
populations. Elle le fit donc en exposant des différentes
composantes soutenues par le programme dénommé “facilité
pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC)".
Du
Burkina Faso, le témoignage nous vient de Mme Jeannine
KABOUI. Elle situa d’abord le cadre en rappelant les
caractéristiques de la pauvreté dans son pays. Puis elle
expliqua les perspectives de développement, les priorités
nationales et la stratégie de lutte contre la pauvreté.
L’équipe
du Bénin, arrivant à quatre s’efforça de cerner le sujet
et de montrer comment oser lutter contre la pauvreté,
comment vaincre. Pour cela, Yves Gérard AKLAMAVO proposa
“le minimum social commun comme stratégie de lutte contre
la pauvreté.”
Le
Docteur Lieutenant Colonel Denis Ahoukpo MIKODE, quant à
lui, choisit comme front de lutte, l’alimentation et la
nutrition. Il sut nous convaincre de l’impact de la
pauvreté alimentaire sur l’individu. Il rappela le cadre
juridique et opérationnel existant avant de faire ses
propositions qui figurent dans les recommandations.
Madame
Jeanne MAKOUTODE proposa l’approche genre pour réduire la
pauvreté. Elle définit le concept, nous apprit la
différence entre genre et sexe : elle édifia plus d’un.
Ainsi convaincante, elle nous expliqua comment l’approche
genre peut contribuer à réduire la pauvreté.
Monsieur
CHABI-SIKA Karimou pour sa part révéla les liens méconnus
entre l’énergie et la pauvreté.
L’après-midi du 24 Septembre fut consacré à la visite du
centre SONEHAI à Porto-NOVO.
Coopération et lutte contre la pauvreté
Ce 3ème
thème fit l’objet le 25 septembre, d’un panel auquel
avaient été conviés :
- le
Professeur Albert TEVOEDJRE, ancien ministre du Plan du
Bénin, rapporteur de la Commission “l’Afrique et les
enjeux du 33ème millénaire”
-
Monsieur Jean Jacob SAHOU, chargé de programme au bureau
du PNUD à COTONOU.
Cette
session était animée par le Directeur du CPPS, ayant à ses
côtés comme rapporteur Jeanne MAKOUTODE. Elle permit aux
participants de réfléchir à une vision plus précise de
leur continent qui prenne en compte les causes historiques
et actuelles de la pauvreté, les conséquences de nos
conflits, l’absence parfois d’une volonté de s’en sortir.
Elle fut aussi l’occasion de sentir que des certitudes
d’espérances existent.
Du
Professeur Albert TEVOEDJRE, ils retiendront cette
proposition : “Allons au fond des choses. Donnons-nous
pour tâche non pas seulement de “réduire” la pauvreté,
mais de cesser de la produire. C’est vraiment cela, le
développement durable.”
Avec
Monsieur Cyrille SAGBO, ils auront suivi l’itinéraire du
Plan d’Action de Lagos au NEPAD.
Avec M.
Louis ADANDEDJAN, Ils auront tenté de répondre à ces trois
questions :
- Qui
sommes-nous?
- Que
pouvons-nous?
- Que
voulons-nous?
Afin que
l’Afrique puisse se définir et apprécier à partir de
quelle forme de coopération entre les différents
composants, elle pourra amorcer l’élimination de la
pauvreté.
Monsieur
SAHOU leur aura, en se fondant sur les efforts en cours au
BENIN, illustré la mission du PNUD dans le cadre de la
lutte contre la pauvreté.
Le
représentant de l’ISESCO sut profiter de ce panel pour
présenter davantage son Organisation, pour préciser les
domaines de compétence et ses méthodes d’intervention. Il
souligna fort à propos :
1°) que
l’ISESCO n’est pas une institution de financement,
2°)
qu’une de ses missions était de rectifier l’image fausse
que certains médias donnent de l’Islam, religion de
tolérance et de progrès.
L’on
parla aussi de la coopération afro-arabe insistant sur
l’espoir qu’elle constitue dans bien des domaines. Si elle
était redynamisée, elle servirait de levier à la
coopération Sud-Sud.
A la fin
du panel, l’occasion a été donnée aux participants qui
venaient d’arriver de présenter leurs communications.
Ainsi Monsieur GNAWA Yao Gaston, de la Côte d’Ivoire, fit
connaître la contribution que le Ministère de l’Éducation
Nationale de la Côte d’Ivoire apporte à la lutte contre la
pauvreté. Monsieur Adama BARRY, du Mali, nous expliqua
comment son pays avait procédé pour déterminer le seuil
réel de pauvreté, tracer une stratégie en 8 axes et en
prévoir le financement. Ces exposés ont suscité de
nombreuses questions sur le contenu des réformes, leur
adéquation et leur coût.
Le
séminaire a été clôturé par Monsieur le Directeur de
Cabinet du Ministre des Enseignements primaire et
secondaire.