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LE NOUVEAU PARTENARIAT POUR LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE
(NEPAD) : UNE INTRODUCTION

Ambassadeur Cyrille Sagbo
Cotonou, Bénin

 

Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) est la dénomination finale adoptée, en Octobre 2001, pour qualifier le document consignant les réflexions menées par les dirigeants politiques africains pour doter le Continent africain d’un instrument de référence pour son développement.

Sont à l’origine de NEPAD, les cinq Chefs d’État ci-après : Obasanjo (Nigèria), Mbeki (Afrique du Sud), Bouteflika (Algérie), Wade (Sénégal) et Moubarak (Égypte) désormais désignés sous le vocable de Chefs d’États initiateurs.

Le NEPAD remplace, dans une certaine mesure, le Plan d’action de Lagos pour le développement de l’Afrique (a980-2000), communément appelé PAL, et les autres programmes africains dérivés : à savoir le Programme prioritaire de redressement économique de l’Afrique (PPREA-1986-1990) et le Programme d’action du Caire de 1995 qui ont été des échecs.

Le présent document se propose de procéder à une brève présentation du NEPAD et de fournir quelques éléments de discussion entre les participants au présent Séminaire.

1. Objectifs

Globalement, le NEPAD se propose notamment de promouvoir un développement durable sur le continent ; de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale ; de promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités ; de mettre un terme à la marginalisation de l’Afrique dans le processus de mondialisation.

Il s’agit d’objectifs à long terme dont la réalisation devrait donner une impulsion nouvelle au développement du continent.

2. Buts

Les buts du NEPAD sont notamment les suivants :

- parvenir à une croissance annuelle moyenne du Produit Intérieur Brut (PIB) de plus de 7% et s’y maintenir dans les prochaines années ;

- faire en sorte que le continent réalise les objectifs internationaux de développement à savoir :

l réduire de moitié, d’ici 2015, le pourcentage de gens vivant dans les conditions d’extrême pauvreté ;

l assurer la scolarisation de tous les enfants en âge de fréquenter les écoles primaires d’ici 2015 ;

l promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ;

l réduire d’ici 2000 les taux de mortalité infantile et post-infantile ;

l réduire de trois quarts d’ici 2015, le taux de mortalité maternelle ;

l assurer, à tous ceux qui en ont besoin, l’accès à des services de santé génésique d’ici 2015 ;

l mettre en œuvre, dès 2005, des stratégies régionales de développement durable pour que soient compensées, d’ici 2015, les pertes de ressources écologiques.

La réalisation du NEPAD implique que soient réunis un certain nombre de conditions : conditions politiques, conditions économiques et conditions géographiques.

Les conditions politiques concernent notamment la paix, la sécurité, la bonne gouvernance, la démocratie et les droits humains.

Les conditions économiques comportent l’amélioration de la qualité de la gestion économique et des finances publiques, la gouvernance des entreprises et la gouvernance économique (création d’un environnement juridique et judiciaire sain…).

S’agissant enfin des conditions géographiques, le NEPAD a retenu la sous-région, la région et le continent comme cadre spatial de réalisation des projets.

3. Domaines d’action

Tout en reconnaissant que tout est prioritaire en Afrique, le NEPAD a retenu, dix (10) domaines super prioritaires dont les projets doivent être rapidement mis à exécution et qui “auront un effet catalyseur pour les interventions futures dans les autres domaines prioritaires”.

Ces domaines super prioritaires sont les suivants : la bonne gouvernance politique ; la bonne gouvernance économique et les flux des capitaux privés ; les infrastructures ; l’éducation ; la santé ; les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ; l’agriculture ; l’énergie ; l’accès aux marchés des pays développés ; l’environnement.

Il est à rappeler que les projets à réaliser dans les domaines susvisés le seront sur une base sous-régionale, régionale ou continentale et que l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) a, en 1976, divisé l’Afrique en cinq régions : l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Centrale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique Australe. Le NEPAD reprend à son compte cette division.

Enfin, l’élaboration des projets régionaux se fera sous la supervision des Chefs d’Etat initiateurs selon le schéma ci-après :

- Nigeria : gouvernance politique

- Afrique du Sud : gouvernance économique et les flux de capitaux

- Égypte : accès aux marchés et diversification de la production

- Algérie : développement humain

- Sénégal : infrastructures, environnement, énergie, nouvelles technologies de l’information et de la communication et de la technologie.

Le NEPAD n’est pas une entreprise sectaire : c’est pourquoi il prône le maintien des divers partenariats entre l’Afrique et les pays industrialisés d’une part, et les institutions multilatérales d’autre part. Il s’agit notamment des partenariats suivants : le Nouvel Ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l’Afrique dans les années 1990, le Plan d’Action Afrique Union européenne du Caire ; le Partenariat stratégique de la Banque Mondiale pour l’Afrique ; le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté du Fonds monétaire international ; le Plan d’action de Tokyo sur l’initiative du Japon … L’objectif visé consiste en une rationalisation qui assure que chaque partenaire rapporte de véritables avantages.

4. Structure de mise en œuvre

Trois organes sont chargés de la mise en œuvre du NEPAD :

- Le Comité de mise en œuvre : composé à l’origine de quinze (15) Chefs d’Etat, ce comité comprend, depuis le Sommet de l’Union Africaine de Durban (Afrique du Sud) de Juillet 2002, 20 membres, à savoir : les cinq (5) chefs d’Etat initiateurs et quinze (15) autres Chefs d’Etat à raison de trois par région de l’Union Africaine. Il se réunit trois fois par an.

- Le Comité directeur est composé des représentants personnels des cinq Chefs d’Etat initiateurs et des représentants des institutions économiques et financières africaines. Il peut être élargi aux représentants des autres Chefs d’Etat membres du Comité de mise en œuvre. Son rôle est de préparer les termes de référence des programmes et des projets et de superviser les travaux du secrétariat.

- Le Secrétariat : il est chargé de l’administration du fonctionnement du NEPAD et de la liaison entre les différents organes. Il s’agit d’un organe provisoire en attendant que la Commission de l’Union Africaine, dont le siège est à ADDIS-ABEBA (Ethiopie), qui assure le secrétariat de l’Union, soit effectivement mise en place. Son siège actuel est à Prétoria (Afrique du Sud).

5. Financement du NEPAD

Le NEPAD estime à 64 milliards de dollars EU le montant annuel des ressources nécessaires pour réaliser la croissance annuelle de 7% inscrit dans les objectifs internationaux de développement pour réduire de moitié la pauvreté en Afrique d’ici l’an 2015.

Le NEPAD se propose de rechercher et de trouver des ressources additionnelles importantes pour financer les projets retenus.

Ces ressources additionnelles sont à la fois internes et externes.

Le NEPAD reconnaît que la contribution des États africains sera marginale et que “la majeure partie des ressources devra être obtenue de l’extérieur du continent” (réduction de la dette, aide publique au développement pour les ressources à court et moyen termes, apports des capitaux privés à long terme).

5.1 Les ressources internes

L’amélioration de l’épargne nationale de même que l’amélioration de la qualité de la gestion des ressources publiques ont été retenues par le NEPAD comme mesures susceptibles de contribuer à son financement.

Ne doivent pas être négligées les ressources financières des Africains de la diaspora et le rapatriement de capitaux.

Pour cela, il conviendrait d’examiner les mesures incitatives pour encourager le transfert des ressources par la diaspora vers l’Afrique. En outre, les gouvernements africains doivent s’efforcer d’obtenir des gouvernements étrangers la restitution des sommes colossales détournées par des hommes politiques et des fonctionnaires corrompus.

5.2 Les ressources externes

Le NEPAD a ciblé l’allégement de la dette africaine, l’aide publique au développement (APD) et l’investissement étranger direct (IED) comme ressources externes à mobiliser pour compléter les efforts nationaux.

Le Sommet du G 8 de Gênes, en juillet 2001, avait retenu le principe d’un Plan d’action pour l’Afrique en appui au NEPAD. Ce Plan d’action devrait être approuvé par le Sommet de Kananaski (Canada), les 26 et 27 juin 2002, et des engagements étaient attendus de la part des dirigeants du G 8, notamment dans le domaine des infrastructures.

Les attentes des quatre Chefs d’État africains présents à Kananaski ont été déçues : les pays riches du G 8 se sont plus préoccupés de la croissance mondiale et du terrorisme que du NEPAD.

Il faut rappeler que les promesses faites par les pays industrialisés, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement, à Monterrey (Mexique), en mars 2002, sont loin de l’objectif international de 0,7% de leur PNB fixé depuis trois décennies.

Quant à l’allégement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), il n’a pas reçu la considération escomptée par les pays concernés.

Enfin, les investissements étrangers directs (IED) doivent bénéficier d’un environnement politique, juridique et judiciaire favorable afin de répondre aux besoins de financement des projets du NEPAD. Cet environnement propice concerne également les investissements locaux.

6. Quelques observations en guise de conclusion

Le NEPAD vient d’être lancé et il convient, à notre avis, qu’il connaisse effectivement un début d’exécution avant de porter un jugement de valeur.

Toutefois, il est permis de formuler quelques observations :

- Le NEPAD est incontestablement un document utile : il comble un vide et constitue désormais le document de référence, s’agissant du développement du continent africain.

- Le NEPAD fait une part importante au secteur privé pour promouvoir le développement de l’Afrique : les ressources privées pour assurer ce financement sont estimées par certains à près de 70%.

- Il est important que le NEPAD soit intégré de manière adéquate au sein de l’Union Africaine et de la Communauté économique africaine pour éviter des doublons.

- Il faut noter que les Chefs d’Etat africains, et plus particulièrement les initiateurs, se sont personnellement investis pour “vendre” le NEPAD : il s’agit d’une première.

- Contrairement à certaines affirmations, le NEPAD n’est pas le premier plan ou programme de développement “conçu, élaboré par des Africains pour les Africains”. Rendons justice au Plan d’action de Lagos, adopté en avril 1980, également l’œuvre d’Africains pour les Africains : ce Plan a fait l’objet de plusieurs consultations dont le Colloque du Monrovia (février 1979) constitue la dernière étape.

- Enfin, bien que le NEPAD consacre son chapitre IV à “L’appel aux peuples africains”, peu a été fait, tant au niveau des Etats que de l’Union Africaine, pour sa popularisation. L’on pourrait se référer à la Charte africaine sur la participation populaire au développement (1990) pour assurer la mobilisation des populations africaines en faveur du NEPAD.

 

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