LES CAUSES DE LA
PAUPERISATION CROISSANTE DU OUADDAÏ
M. Moukhtar Bachar Moukhtar
Formateur des formateurs à l’Institut Supérieur des
Sciences de l’Éducation (ISSED) ,
N’Djaména, Tchad
Historiquement parlant, le royaume du Ouaddaï, fier de sa
frugalité ancestrale au contact de la civilisation
occidentale, avait tout refusé, y compris l’école et le
modernisme. Mais il demeure profondément traumatisé par
son frottement avec les avantages de la civilisation
occidentale, porteuse d’autres valeurs du bien-être.
Jusqu’à ce mois d’août 2002 le Ouaddaï demeure un royaume
en pleine République du Tchad où les contradictions de la
Chefferie traditionnelle coexistent bel et bien avec les
exigences de la démocratie prônée depuis 1990 par le
nouveau régime. Enfin, il existe au Ouaddaï un sens
profond des relations entre les hommes, fondées sur
d’autres bases que l’argent.
C’était
des relations de familles à familles, celles de la
considération et des honneurs, et les hiérarchies sociales
reposaient sur le respect d’un côté : la protection de
l’autre. La majorité des sages Ouaddaeïns affirme que la
société ouaddaïenne dans son ensemble n’était pas pauvre
puisqu’elle ne soupçonnait pas qu’il existât d’autres
richesses que celles dont elle disposait:
- un
cheptel abondant et varié ;
- des
quantités importantes de céréales stockées ;
- une
variété suffisante de fruits et légumes sans ignorer les
nombreux poulaillers qui fournissent une qualité
suffisante d’œufs frais.
La
population du Ouaddaï continue de vivre dans les
conditions primitives. La femme de l’agriculteur ou de
l’éleveur est à l’amont et à l’aval de la production comme
de la commercialisation de tous les produits - Du point de
vue énergétique rien ne distingue la population urbaine de
la population rurale car tout le monde continue de tirer
l’énergie du bois et des déchets animaux, on ne fait appel
aux produits dérivés du pétrole que pour l’éclairage de
quelques rares privilégiés de la ville d’Abéché.
Les
femmes se chargent de la collecte de bois, et du charbon
de bois et des combustibles traditionnels. Du point de vue
sanitaire, nombreuses sont les femmes, y compris en milieu
urbain, qui continuent d’accoucher dans des conditions
atroces où le tétanos et le typhus continuent de sévir. Du
point de vue démographique, le nombre d’enfants ne cesse
d’augmenter, la taille moyenne de la famille est estimée à
six personnes ; les familles nombreuses sont encombrées
par les nombreux parasites qui gravitent autour du seul
travailleur de la maisonnée ; personne ne mange à sa fin ;
il se pose même le problème de place, à telle enseigne que
les enfants sont souvent dans la rue parce que l’habitat
n’est pas approprié. L’attention des planistes et des
décideurs est attirée sur ce sujet, maintenant que le
Tchad vient d’opter pour une politique de forte
décentralisation, il faut faire en sorte que les
populations rurales, filles comme garçons, au lieu de
courir vers la ville, soient maintenus sur place par les
mesures créatrices d’emploi, et que le système éducatif
introduise l’éducation rurale.
Que l’on
confie au CONEFE l’étude et la conception des services
éducatifs, avec les méthodes de mise en œuvre des projets
appropriés au développement rural intégré, avec une bonne
dose d’éducation rurale aux jeunes ruraux comme aux
adultes ruraux.
Certes
de nos jours au Ouaddaï, il y a une certaine évolution,
les mentalités ont changé, mais il ne s’agit pas encore
d’une mutation au sens biologique du terme. L’école
française est acceptée, à telle enseigne que par endroits,
l’enseignement coranique s’est retrouvé dévalorisé surtout
par sa production de MOUHADJIRINES ambulants ou mendiants
marginalisés exclus du système scolaire.
Aujourd’hui le Ouaddaï ne peut plus échapper au modernisme
qui exerce une fascination telle que certaine ont opté
pour les vols à mains armées, voire les crimes. Le drame
économique du Ouaddaï réside dans la faiblesse de la
planification étatique, et dans le micro-commerce qui font
que certaines productions à défaut de routes praticables
en toutes saisons, périssent sur place où sont vendus à
vil prix dans les petits marchés hebdomadaires, où encore
collectées, stockées pour créer de fausses pénuries.
C’est
ainsi que certains commerçants, experts en affaires
véreuses, profitent même sur le grain de soudure et de
l’ensemencement pour s’enrichir du malheur des autres.
L’ONC n’assure plus le rôle qui lui est dévolu. L’État ne
contrôle même plus les prix des produits de première
nécessité. Le consommateur est sacrifié ; comme au Ouaddaï
il n’existe aucune industrie manufacturée, aucun moyen de
conservation ou de transformation des produits et légumes,
les producteurs déversent tous les invendus dans les
poubelles et n’arrivent même pas à payer le propriétaire
du chameau qui a transporté la production sur une
cinquantaine de kilomètres.
Le
développement du secteur agro-sylvo-pastoral et la
création des infrastructures socio économiques profitent
plus aux paysans sudistes qui ont très tôt connu la
culture attelée, l’utilisation du crédit agricole et des
engrais. Le paysan ouaddaïen ne sait même pas utiliser les
engrais. Il est encore à la houe, et il n’a jamais entendu
parler du crédit agricole. Il n’a pas accès à l’eau
potable ; depuis 1960 jusqu’à nos jours, certaines écoles
rurales n’ont jamais atteint le cycle complet, les malades
sont transportés à dos d’âne sur une centaine de
kilomètres pour le dispensaire le plus proche.
Il faut
donc investir d’avantage et massivement dans l’éducation,
la formation et le développement des compétences.