LE MINIMUM SOCIAL COMMUN
COMME
STRATEGIE DE REDUCTION DE LA PAUVRETE
M. Yves-Gérard AKLAMAVO
Ingénieur Agronome, Responsable d’ONG
Porto-Novo, Bénin
1.
Introduction
Assurer
au plus grand nombre possible de citoyens, un accès plus
facile à la satisfaction des besoins essentiels fait
l’objet de la préoccupation des gouvernements partout dans
le monde surtout dans les pays en développement. Des
stratégies de réduction de pauvreté sont mises en œuvre
dans nombre de pays pauvres. L’expérience du Minimum
Social Commun nous paraît être, après moult concepts,
l’approche qui intègre le mieux les différents aspects de
la pauvreté, la présente communication intitulée :
“Minimum Social Commun comme stratégie de réduction de la
pauvreté” s’articule autour des points suivants :
-
Définition et contenu du concept Minimum Social Commun,
-
Stratégie de sa mise en œuvre,
-
Minimum Social Commun comme stratégie et réduction de la
pauvreté
2.
Définition et contenu du minimum social commun
Le
Minimum Social Commun (MSC) se définit comme l’ensemble
des biens et services nécessaires à une communauté de
personnes en vue d’assurer son existence et participer
pleinement au développement humain(1).
Selon
les experts de la Banque Mondiale (1995), le contenu du
MSC se limite à quatre composantes essentielles à savoir :
- la
sécurité alimentaire,
-
l’éducation de base,
-
l’accès aux soins de santé primaires,
- et le
développement de la capacité à générer des richesses de
façon durable.
D’après
les conclusions du Colloque International sur le Minimum
Social Commun tenu à Cotonou les 4, 5 et 6 août 1997 à
l’initiative du gouvernement béninois, le MSC se définit
comme une orientation globale vers la satisfaction des
besoins fondamentaux de l’homme. Cinq points ont alors été
retenus par le colloque comme composantes du concept du
MSC :
-
Sécurité alimentaire,
-
Éducation de base
- Accès
aux services et soins de santé primaires,
-
Développement des capacités à générer des richesses,
-
Désenclavement.
Par
conséquent, le concept du MSC se révèle comme un concept
dynamique et modulaire en fonction des réalités de chaque
espace géographique. Il englobe la sécurité alimentaire,
l’éducation de base, l’accès aux services de base et aux
soins de santé primaires et le développement de la
capacité à générer des richesses.
En somme
le MSC peut se définir comme l’essentiel pour tous en tout
temps et en tout lieu : “BASIC FOR ALL” en anglais.
L’intérêt de ce concept vient surtout du fait qu’il tire
sa quintessence du vécu quotidien des populations des pays
pauvres. En effet l’idée qui sous-tend ce concept est
qu’il est basé sur le souci du partage équitable des
ressources nationales afin de mieux soutenir les couches
les plus défavorisées.
Ce
concept répond également aux recommandations de plusieurs
instances internationales dont celles du Sommet Social de
Copenhague visant à l’accès universel des services sociaux
essentiels pour un développement durable et d’Oslo sur
l’initiative 20/20 qui a soutenu que la promotion de
l’accès pour tous aux services sociaux essentiels est un
élément essentiel pour briser le cycle de la pauvreté.
3.
Stratégies de mise en œuvre du MSC
Il
s’agit ici d’aborder les conditions et cadre d’application
du MSC.
- Cadre
d’application du MSC
L’application du MSC requiert un cadre sociopolitique qui
permet aux citoyens de s’exprimer et d’exprimer leurs
besoins d’une part et qui d’autre part favorise la
répartition équitable des richesses nationales entre les
différentes couches de la société en réduisant les
disparités entre les différentes régions d’un même pays.
-
Conditions d’application du MSC
La
réalisation ou la mise en œuvre du MSC nécessite la
création d’un cadre macroéconomique sain avec la levée
d’un certain nombre de contraintes économiques et
financières et sociales. Un cadre macroéconomique sain et
indispensable pour obtenir une croissance économique
forte.
Pour
cela, les quatre (4) conditions suivantes sont importantes
pour la mise en œuvre du MSC :
-
l’adoption des approches participatives,
-
l’approfondissement des connaissances des réalités locales
et la prise en compte des différentes mutations qui
affectent les communautés de base sujettes à une forte
politisation,
-
l’amélioration de la bonne gouvernance avec une véritable
réforme des mentalités et des comportements des
fonctionnaires pour faire face aux nouvelles exigences du
développement à la base,
- enfin
l’implication des acteurs de la société civile à la
démarche par l’élaboration et la mise en œuvre d’une
planification participative avec la nécessité pour nos
administrations d’évoluer vers une administration de
développement mettant davantage l’accent sur le consensus
avec les populations à la base.
Pour
relever le défi du MSC, il faut consolider la croissance
et renforcer le processus qui mène de la croissance
économique au progrès social. Pour ce faire, il est
important pour chaque pays et pour chaque région d’un même
pays, de se fixer des indicateurs les plus appropriés aux
réalités locales. La complexité du choix de ces
indicateurs montre la nécessité de rester flexible et
modulaire en tenant compte à la fois des différents
niveaux d’appréciation des questions sociales.
De
nombreuses études sur les couches favorises des pays
pauvres ont par ailleurs montré qu’à leurs yeux,
l’augmentation de revenus et l’emploi ne sont que quelques
unes de leurs aspirations prioritaires. Celles-ci se
résument à :
- des
moyens de subsistance ou des revenus sûrs et l’accès à un
emploi
-
l’accès à l’eau potable et l’amélioration des services de
santé,
- un
accès plus large à un système éducatif de qualité,
-
l’accès aux infrastructures telles que l’électricité, les
moyens de communication notamment des routes et pistes en
bon état,
- la
possibilité de se loger convenablement et à coûts
supportables, et
-
l’accès à la technologie et au financement d’activités
productives.
La
réponse à ces aspirations passe nécessairement par une
orientation des dépenses publiques, en particulier les
dépenses d’investissement vers les secteurs sociaux
(éducation et santé) et vers les infrastructures de base
(hydraulique, électrification, routes…).
Elle
implique également que les gouvernements prennent de
mesures appropriées pour corriger les effets pervers des
forces du marché et les inégalités sociales que cela
engendre.
Aussi
les Organisations de la Société Civile (ONG, Associations
de développement…) doivent-elles se mobiliser pour aider
les communautés à se prendre en charge en identifiant et
hiérarchisant leurs besoins.
4. MSC
comme stratégie de réduction de la pauvreté
Tel que
définit, le MSC est un facteur essentiel de lutte contre
la pauvreté. En effet, aucune politique de développement
ne peut réussir là où les hommes sont mal-nourris, mal
logés, peu éduqués, malades, ne parviennent pas à
accroître leur productivité c’est à dire à générer de la
richesse. Or, la génération de la richesse et son
accumulation sont au cœur du MSC qui vise entre autres la
définition de nouveaux objectifs de développement basés
davantage sur la concertation et la négociation avec les
forces locales et sur l’intégration des services rendus à
la communauté.
Dans le
cadre de la réussite du MSC comme stratégie de réduction
de la pauvreté, les pays pauvres doivent :
-
augmenter les fonds alloués à la santé dans le but de
réhabiliter, d’équiper ou de construire de nouvelles
formations sanitaires,
-
augmenter le taux de scolarisation ainsi que le taux
d’analphabétisme en réduisant l’écart entre les hommes et
les femmes,
-
permettre à tout le monde d’avoir accès à l’eau potable,
-
garantir la sécurité alimentaire en travaillant à réduire
les fortes disparités entre zones excédentaires et zones
déficitaires
-
désenclaver nos pays par la construction des routes et des
pistes.
Tout
ceci doit se faire en impliquant fortement les populations
locales, en changeant la culture administrative en vogue
dans nos pays et en menant une meilleure cohérence des
actions gouvernementales. Un accent particulier doit être
mis sur l’efficacité de l’administration publique dans la
mise en œuvre des différentes tâches définies par les
pouvoirs publics, l’amélioration de la qualité de vie et
une meilleure gestion des ressources humaines.
En
milieu rural comme en milieu urbain, la recherche de
solutions adaptées aux problèmes liés à la sécurité
alimentaire, à l’analphabétisme, aux soins de santé
primaires, à l’éducation de base, au désenclavement de nos
régions est au cœur du concept du MSC comme processus de
création d’emplois et d’activités génératrices de revenus.
L’exemple de certains programmes et projets tels que
l’Agence de Financement des initiatives de Base (AGeFib),
le Projet d’Appui au Développement des Sous-préfectures
(PADES) des Départements du Mono et du Couffo au Bénin
permet de comprendre la dynamique et la capacité des
communautés à prendre en charge le financement de certains
aspects du MSC.
5.
Conclusion
Le
concept du MSC traduit la problématique universelle de la
couverture des besoins essentiels des populations. Il est
inconcevable à l’aube du troisième millénaire, que la plus
grande partie de l’humanité ne dispose pas d’un niveau
minimum d’éducation, de santé et de nutrition. Nos pays
comme le préconise le concept du MSC, doivent accorder la
plus haute priorité à la valorisation du capital humain,
gage de toute croissance économique.
Pour
accélérer la croissance dans nos pays, il faut changer les
conceptions des élites et œuvrer à une réforme des
mentalités en impliquant de façon active la grande masse
des pauvres. Il faut promouvoir une administration ayant
une culture de développement et faire la promotion du
secteur privé par la recherche de solutions aux problèmes
du plus grand nombre. Le MSC comme concept intégrateur de
tous les aspects des questions de pauvreté se veut un
instrument de développement des peuples par eux-mêmes.
Références bibliographiques
Colloque
International sur Minimum Social Commun et Développement
au Quotidien du 4 au 6 août 1997 : Les actes du colloque
Volumes 1 & 2.
PNUD -
UNICEF : Financement des services sociaux essentiels -
Initiative 20% - 20%. Cotonou août 1998.
Ministère du Plan, de la Restructuration Economique et la
Promotion de l’Emploi (Bénin) : Plan d’Orientation 1998 -
2002 : Rapport général juillet 1998.
ONG
AGIR-BENIN : Plan de développement de différentes
localités de la Sous-préfecture d’Avrankou (Bénin) juin
2001.
(1)Banque mondiale : “Investir dans le capital humain”, la
Banque Mondiale en marche, Washington, 1995 MPREPÉ :
“Programme national de l’emploi - Phase 1, 1996-1997.