PRESENTATION DU
SEMINAIRE
Prof. Albert K. EKUE
Directeur du Centre Panafricain de Prospective Sociale,
Porto-Novo, Bénin
La
pauvreté est, du point de vue du développement humain, une
privation de possibilités de choix et d’opportunités qui
permettent aux individus de mener une vie décente. Elle
empêche l’épanouissement de l’homme et de tous les hommes.
En
Afrique, malgré les drastiques politiques d’ajustement,
malgré le rétablissement de certains équilibres
macroéconomiques, nonobstant le progrès social réalisé
dans certaines régions, la pauvreté persiste. Il nous faut
donc nous rendre à l’évidence que les stratégies suivies
jusqu’à présent n’ont pas produit l’effet escompté. La
croissance économique exclusive ne suffit donc pas pour
lutter contre la pauvreté. A défaut de l’éradiquer à
jamais, ne faut-il pas s’atteler à la réduire ? Comment
s’y prendre ? Posons quelques jalons.
On se
souviendra qu’en 1996, l’Organisation de Coopération et de
Développement Économiques (OCDE), se fondant sur les
divers accords et résolutions émis par les Conférences
tenues par l’ONU dans les années 90, a dégagé pour
1990-2015, sept objectifs internationaux de développement.
Il s’agit de :
1.
Réduire de moitié la proportion de la population vivant
dans l’extrême pauvreté ;
2.
Scolariser tous les enfants dans l’enseignement primaire ;
3.
Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes,
en éliminant les disparités entre les sexes dans
l’enseignement primaire et secondaire ;
4.
Réduire de deux tiers les taux de mortalité infantile et
juvénile ;
5.
Réduire de trois quarts les taux de mortalité liée à la
maternité ;
6.
Assurer l’accès aux services de santé génésique à tous
ceux qui en ont besoin ;
7.
Appliquer des stratégies nationales axées sur le
développement durable, de manière à réparer les dommages
causés aux ressources environnementales.
Le
Rapport de la Commission Indépendante sur “l’Afrique et
les enjeux du 3ème Millénaire” a consacré un de ses
chapitres à la situation de l’Afrique : défis et problèmes
urgents. Il constate qu’ “à la fin du XXe siècle, notre
continent est au sommet du club des régions les plus
pauvres, regroupant la quasi-totalité des pays à faible
incidence de développement humain, à taux élevés
d’accroissement démographique, à bas revenus, avec une
alphabétisation et une espérance de vie faibles”. Jugez
plutôt : Quatre Africains sur dix vivent dans des
conditions de pauvreté absolue, tandis qu’un pauvre sur
quatre dans le monde est africain. Rien que sur la période
1987-98, 46% des Africains auraient vécu avec moins de un
(1) dollar US par jour. Des éléments récents suggèrent que
la pauvreté augmente avec, en 1998, près de 291 millions
de pauvres sur les 627 millions d’Africains. Le niveau
devient insoutenable quand 45% des Africains, soit 266
millions de personnes, en majorité des jeunes, sont
concernés.
Le
Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique
(NPPAD) dans le chapitre 1 consacré à “l’Afrique dans le
monde d’aujourd’hui”, rappelle les raisons historiques de
l’appauvrissement du continent. La stratégie africaine
qu’il propose pour assurer un développement durable
s’articule sur trois volets :
- les
conditions préalables,
- les
secteurs prioritaires,
- la
mobilisation des ressources.
Les
États africains, au niveau national, ont choisi de
préparer “un carnet de route”, un document de stratégie
pour la réduction de la pauvreté (DSRP) qui leur permettra
de parvenir à des résultats qui bénéficieront aux pauvres,
d’ouvrir une perspective globale à long terme et de mettre
l’accent sur la transparence et la responsabilité.
En ce
3ème millénaire, une nouvelle vision de l’Afrique se
dessine à travers l’Union Africaine. Elle veut vaincre
l’humiliation; elle se fonde sur des États démocratiques
où les fruits de la croissance reviennent à tous. Elle
suppose essentiellement l’éradication de la pauvreté.
Il nous
faut donc agir ensemble et dès à présent, en nous
souvenant que la pauvreté est le produit de plusieurs
facteurs, qu’il est possible d’identifier et de combattre.
En
effet, comme l’a fait savoir le Président sud-africain
Thabo Mbeki : “Si nous n’arrivons pas à nous unir autour
d’une initiative capable de réorganiser définitivement ce
continent et d’améliorer durablement la vie de nos
peuples, nous perdrons une occasion qui ne se représentera
pas de si tôt”.
Thème I:
Les dimensions de la pauvreté
Pourquoi
sommes-nous pauvres ? Pourquoi sommes-nous si pauvres ? Au
début, la définition de la pauvreté se bornait aux notions
de faibles revenus, manque d’instruction et mauvaise
santé. Les événements de 90 ont permis une approche plus
large, plus globale et qui englobe, outre la poursuite de
la croissance économique, la lutte contre les inégalités,
les défaillances des programmes d’instruction, les
barrières sociales, les vulnérabilités des personnes,
l’ignorance des cultures et de la dignité humaine. S’y
ajoutent en Afrique les conséquences des conflits et des
catastrophes naturelles.
Thème II:
La lutte contre la pauvreté
Comment
s’en sortir ? Comment d’ici 2015, parvenir à réaliser l’un
des engagements de développement acceptés au niveau des
Nations Unies et qui consiste à réduire de moitié
l’extrême pauvreté ? Comment s’en sortir ? Une réponse :
oser lutter, oser vaincre.
Quelques
pistes se dessinent déjà et méritent d’être explorées. Il
s’agit notamment :
1. des
réformes économiques. Dans un rapport présenté au Bénin à
la Conférence économique nationale (1996), G. Monteiro, A.
Attolou et I. Boukari ont déclaré : “pour réduire la
pauvreté de façon significative, il faut non seulement un
taux de croissance élevé, mais aussi et surtout un profil
de croissance favorisant les pauvres”.
2. la
qualité des institutions,
3. un
minimum social commun,
4. le
Sida,
5. la
culture,
6. la
démocratie et la bonne gouvernance.
Par une
démarche consensuelle et un contrat de solidarité, il faut
aboutir à une stratégie fiable, réaliste et pragmatique.
Thème
III: Coopération et réduction de la pauvreté
La lutte
contre la pauvreté en Afrique doit être l’affaire des
Africains d’abord. Ils le peuvent à travers les documents
de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP).
Mais
compte tenu de l’enjeu et de la nouvelle vision de
l’Afrique, la coopération se présente comme une nécessité
non seulement pour mieux appréhender les dimensions
multiformes de la pauvreté, mais pour élaborer des
stratégies qui tiennent compte du cadre environnant et
international.
Tour à
tour seront traitées les coopérations africaines, Sud-Sud
et internationale. Ce sera le moment de parler du NEPAD et
du Rapport : “Vaincre l’humiliation”.