Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Dr Héba Nayel Barakat
Section III
Les éditions coraniques
 

L’imprimerie fut inventée au XVème  siècle de l’ère chrétienne, à une époque où les sultans et les émirs musulmans s’enorgueillissaient de posséder de beaux et volumineux recueils de Coran dont ils faisaient des biens de main morte à leurs écoles et à leurs mosquées. C’est en ce temps-là que parut à Venise (Italie) le premier Coran imprimé par les soins de Paganino de Paginate. Ce Coran fut connu sous ce nom et fut probablement imprimé au milieu du XVIème  siècle. Il fut suivi par une autre édition du nom de «Seminary of padua» qui parut également à Venise en 1698 et qui comprenait deux volumes en langue arabe, avec une traduction abrégée en langue latine.

A la même époque, le Coran fut imprimé à Hambourg (Allemange) par la Maison Henkelmann. Il existe deux exemplaires de ce Coran, l’un à Dâr Al-Kutub Al Misriyya (Rubrique : Les Corans : 176) et l’autre à la Bibliothèque de l’Université du Caire. Cette édition est composée de 560 pages comportant chacune seize lignes et est précédée d’une introduction de quatre vingt pages.

Il existe d’autres éditions comme celle de Saint-Pétersbourg en Russie tsariste qui date de 1787, celle de Kazan qui date de 1803 et celle de Leipzig qui date de 1834.

Il va de soi que les éditions du Saint-Coran n’étaient pas exemptes d’erreurs, mais celles-ci n’étaient pas commises sciemment. Il semble que ces erreurs étaient plutôt dues à un manque de maîtrise de la langue arabe et à des difficultés de déchiffrement de la graphie des manuscrits.

Le XIXème  et le XXème  connurent une prolifération d’éditions du Coran dans les pays islamiques. Au Caire par exemple, le célèbre manuscrit du Chaïkh Mohammad ‘Alî Khalaf Al Husseynî fut imprimé en 1923, puis en 1973 sous la supervision d’une Commission composée d’un groupe d’érudits de l’Université d’al Azhar. Par ailleurs, la «Commission des fatwâs» d’Al Azhar promulgua une fatwâ (un avis) prohibant toute impression du Saint-Coran qui ne sera pas précédée d’une révision minutieuse des épreuves.

Il existe des éditions récentes du Coran susmentionné, accompagnées d’études permettant aux lecteurs d’avoir des renseignements sur la manière de le lire en respectant les signes de ponctuations et les traits prosodiques propres à la langue arabe. Dans certains cas, la décision de la Commission qui a ordonné l’impression du Livre Saint, y est mentionnée.

Il faut bien reconnaître ici que l’imprimerie a permis aux Musulmans de propager le Saint-Coran partout dans le monde. Elle a permis également la traduction de ses significations à d’autres langues du monde. Le Saint-Coran est disponible dans tous les formats et il est possible aujourd’hui, grâce à la technologie moderne, de l’écouter sur cassettes et de le lire et de l’écouter sur des CD - ROM.

La comparaison des éditions récentes du Coran avec les premiers manuscrits de ce Texte sacré nous permet de constater que ces dernies étaient, certes, d’une beauté exceptionnelle, mais en même temps cela nous donne une idée du travail gigantesque, ardu et pénible qu’ont dû fournir les premiers copistes musulmans pour l’écrire et le décorer admirablement bien, comme ils l’ont fait.

Illustrations de la sourate «L’Ouverture» tirées de divers exemplaires du Saint-Coran appartenant à des époques différentes :

* Illustration n° 17 : Exemplaire du Coran appartenant au Sultan Cha’bân (an 1369 de l’ère chrétienne). Dâr Al Kutub Al Misriyya (Coran 7).

* Illustration n° 18 : Exemplaire du Coran appartenant au Sultan Yersi Bây (an 1425 de l’ère chrétienne). Dâr Al Kutub Al Misriyya (Coran 96).

* Illustration n° 19 : Exemplaire du Coran écrit par le calligraphe Mahmûd An-Nisâbûrî (an 1560 de l’ère chrétienne). Bibliothèque de l’Université d’Istanbûl - enregistrement n° F. 1426.

* Illustration n° 20 : Manuscrit du Texte coranique datant du XIXème  siècle. Bibliothèque Top Capy Sérail, n° F.H 259.

 

Illustrations de la Sourate «La Vache»

* Illustration n° 21 : Manuscrit coranique ottoman écrit en 1543 de l’ère chrétienne par le calligraphe Ahmad Karâ Haysârî. Top Capy Sérail - N° 999.

* Illustration n° 22 : Manuscritcoranique de Turkménistan écrit en 1830. Collection de Sa’îd Dzhu al Faqqâr - Genève - Suisse.

* Illustration n° 23  : Coran imprimé à Médine.

Cette comparaison nous a permis d’analyser de près l’évolution que la graphie du Coran a connue à travers les siècles. Nous en concluons que le lexique du Coran n’a subi aucun changement, mais que la méthode suivie dans la lecture et la déclamation ainsi que le contrôle et la fixation de la flexion désinentielle ont, eux, connu une évolution certaine. La différence qui existe entre les premiers recueils de Coran et les publications modernes, réside dans le fait que ces dernières ont permis une facilitation extraordinaire dans la diffusion du Saint-Coran à travers les pays islamiques et ailleurs, chose qui était pratiquement irréalisable du temps où l’imprimerie était inexistante et qu’il fallait écrire le Texte coranique à la main, ce Texte qui fut révélé à toute l’Humanité pour lui annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et en même temps pour l’avertir des dangers du polythéisme. La langue arabe d’aujourd’hui ne cesse d’évoluer, mais cette évolution ne porte nullement préjudice au Saint-Coran dont Dieu a dit : «C’est Nous qui t’avons révélé le Rappel édifiant, et Nous veillerons certes à son intégrité». [Al Hijr : 9]. La majorité des gens dans les pays arabes utilisent la scriptio defectiva, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas recours à la voyellisation en arabe qui reste de ce fait une langue consonantique, mais leur écriture demeure cependant une écriture cursive qui les aide à manipuler facilement les lettres.

Par ailleurs nul, parmi les linguistes, n’ignore que le Saint-Coran est un paravent contre toute détérioration ou tout changement radical de la langue arabe. Les malentendus qui existent entre eux ne concernent, en fait, que la prononciation d’un nombre très réduit de termes coraniques. Cela n’est pas dû à la graphie et à la manière avec laquelle on les a d’abord écrits, mais plutôt à la manière dont on les a prononcés dès le départ. Cette prononciation s’inscrit d’ailleurs dans le cadre du Hadîth dit des sept lectures et n’a aucune incidence sur la cohérence et la cohésion du Saint-Coran et son message.

Conclusion

En guise de conclusion, nous voudrions attirer l’attention sur le fait que la consultation d’un bon nombre de manuscrits coraniques n’est pas d’accès facile. La raison alléguée en est la crainte de les perdre. Ces manuscrits sont disséminés un peu partout dans les bibliothèques de beaucoup de pays et on les trouve également dans les collections des amateurs d’objets anciens et de curiosités. Certains d’entre eux, parmi les plus anciens, existent sous forme fragmentée. Ainsi trouve t-on un fragment à Paris, un deuxième à Rome, un troisième aux Etats-Unis, un quatrième en terre d’Islam.

Certains manuscrits du Coran perdent, des fois, leur valeur chez leurs détenteurs qui, pour se faire de l’argent, l’émiettent et le vendent en petits morceaux. Ces documents précieux sont l’expression authentique de notre religion, de notre culture, de notre patrimoine et il est de notre devoir de les sauvegarder pour les mettre à la disposition des générations futures et de l’Humanité entière. En plus de leur valeur scientifique, ces documents constituent les fondements historiques de l’écriture arabe et donnent une idée claire sur l’évolution de la prononciation du lexique contenu dans le Saint-Coran.

Les premiers manuscrits du Coran revêtent une importance considérable parce qu’ils ont été transcrits par les Compagnons et les Califes orthodoxes eux-mêmes, au lendemain de l’avènement de l’Islam. Ce sont des documents qui expriment l’authenticité, la véracité et la netteté de la Révélation divine qui a été transmise à l’Humanité par le biais du sceau des Prophètes et des Messagers, Mohammad (que la paix soit sur lui). Il est donc plus commode aux hommes de les préserver, dans des lieux sûrs, contre tout danger, au lieu de chercher à les commercialiser. Pour ce faire, il devient impératif aujourd’hui de rassembler tous ces documents épars qui constituent pour nous un motif de fierté, parce que faisant partie intégrante de notre civilisation. C’est là un bien qui appartient à chaque Musulmane et à chaque Musulman ainsi qu’à tous ceux, qui Musulmans ou non, les jugent à leur juste valeur, c’est-à-dire comme des documents comportant l’ultime message céleste transmis à l’Humanité.

Par ailleurs, il est indispensable de trouver le moyen de concilier la préservation de ces premiers manuscrits coraniques contre toute détérioration et leur consultation par les chercheurs qui  voudraient en tirer profit dans leurs études, car interdire leur manipulation, c’est empêcher les gens d’en connaître la valeur réelle. En tout état de cause, il faut veiller, coûte que coûte, à ce qu’ils ne s’abîment pas à force d’être consultés. Des efforts doivent donc être conjugués dans ce sens. Une solution serait de microfilmer ces manuscrits anciens ou de les enregistrer sur des CD-ROM, ce qui permettrait d’une part de les préserver et d’autre part de les mettre à la disposition du grand public qui peut les apprécier ainsi dans toute leur beauté. Dans ce domaine, l’ordinateur peut rendre des services inestimables, sans mettre en péril les anciens manuscrits. Avec l’Internet, l’accès à ces documents est à la portée de tout un chacun.

Je voudrais, pour terminer, suggérer la programmation, dans le cursus de l’enseignement fondamental obligatoire des pays musulmans, d’une discipline qui exposerait aux élèves, d’une manière simple et succincte, d’une part l’histoire des phases qu’a connues la transcription du Coran et d’autre part, les manuscrits coraniques anciens. Il faut que nos élèves prennent conscience de l’importance et de la valeur de ces manuscrits qui font partie intégrante de notre religion, de notre histoire, de notre civilisation et de notre culture.

Dans le même ordre d’idées, je voudrais demander aux Bibliothèques du monde entier, qu’elles coopèrent ensemble, afin de rassembler et de diffuser tous les manuscrits coraniques anciens dont elles disposent. Je lance également un appel aux chercheurs pourqu’ils redoublent d’efforts en vue de plus de progrès dans ce domaine, car il est sûr que les générations futures chercheront un jour à avoir plus d’informations sur les sources authentiques de la Révélation divine. Nous n’avons pas le droit de les en priver.

Références

1. Les manuscrits (microfilmés) de Dâr Al Kutub Al Misriyya

2. Les manuscrits (microfilmés) de l’Institut Arabe des Manuscrits - Le Caire.

3. Karl Bruckelmann : «Histoire de la littérature arabe» (en anglais et en arabe - Dâr Al Ma’ârif al Misriyya - 1959 (Traduction de ‘Abd Al Halîm An-Najjâr.

4. Adolphe Gruhmann : «From the World of Arabic Papayri». El Ma’ârif Press. Le Caire, 1952.

5. Ghanêm Kaddûri al Hamd : «La graphie du Coran - Etude linguistique et historique». Baghdâd - 1982.

6. Su’âd Maher : «Machhad Al Imâma ‘Alî fî Najaf» - dâr Al Ma’ârif - 1308 de l’Hégire. Le Caire.

7.‘Abd As-Sabûr Châhîn : « Histoire du Coran». Dâr Al qalam (1966)

8. Mohammad Hamîd allah al Haydar Ab^âdî : «Les documents historiques du temps du Prophète et des Califes orthodoxes». Le Caire (1941).

9. Nasêr An-Naqachbandî : «Le Saint-Coran au début de l’Islam». Revue «Sumer». Vol. XII. 1956.

10. Naser An-Naqachbandî : «Genèse de la graphie arabe et son développement jusqu’à l’époque des Califes orthodoxes». Revue «Sumer» - Vol. III. 1947.


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