|

Dr
Héba Nayel Barakat
Section I
Présentation de quelques exemples de manuscrits coraniques
au premier siècle de l’Hégire
Nous nous interrogerons ici sur ce qui nous est resté des
manuscrits originaux du Coran. Nul doute que les premiers
exemplaires des manuscrits coraniques ottomans sont restés
disponibles et en bon état dans les mosquées du monde
islamique. Ils furent l’objet d’une attention et d’un
respect particulier, notamment de la part des hommes
politiques et des chefs religieux. Tous les Musulmans, de
par le monde, s’enorgueillissaient de les avoir dans leurs
lieux de culte.
Toutefois, il faut rappeler que beaucoup de recueils de
Coran ont été pillés au début du vingtième siècle et ont été
expédiés en Occident par les colonisateurs et les
orientalistes. C’est ainsi qu’après la première guerre
mondiale, un tas de manuscrits anciens ont été dérobés du
Caire et transférés par l’armée russe à la Bibliothèque
Nationale de Saint-Pétersbroug. Les Turcs ont, de leur côté,
transféré eux aussi, de Médine vers Istanbul beaucoup
d’exemplaires anciens du Coran dont on dit qu’ils avaient
été écrits par Uthmân Ibn ‘Affân et ‘Alî Ibn Abî Tâleb
eux-mêmes, que Dieu soit satisfait d’eux.
Les
manuscrits anciens se présentent sous diverses formes. Les
premiers d’entre eux ne comportent ni voyellisation, ni
points diacritiques, ni enluminures. Leur écriture est celle
dite du Hijâz ou écriture coufique. Il est fort probable que
ces manuscrits aient été reproduits à partir du Coran-Guide
qui fut mis au point lors du règne de ‘Uthmân. Certains de
ces manuscrits étaient des copies du Coran-Guide, auxquels
on a ajouté postérieurement les signes diacritiques et la
voyellisation. Ils devinrent ainsi des modèles qui
permettaient aux gens de reproduire des copies nouvelles
comportant la voyellisation et les signes diacritiques.
La
plupart de ces recueils de Coran furent transcrits au cours
des cinquante premières années qui suivirent la Révélation
faite à Mohammad (sur lui la paix), c’est-à-dire au septième
siècle de l’ère chrétienne (1er siècle de l’Hégire)
Certains
recueils anciens du Coran furent attribués à ‘Uthmân et à
‘Ali en personne, ce qui veut dire qu’ils furent transcrits
par eux, de leur propre main, à partir du Coran-Guide. Parmi
ces recueils coraniques, on peut citer
*
L’exemplaire du Saint-Coran (Illustration N°1) qui se trouve
au Département des manuscrits à «Dâr Al Kutub Al Misriyya» à
Bulâq» (enregistré sous le n°139. Rubrique : les receuils du
Coran). Il se présente ainsi :
|
Nombre de feuilles : |
560 ( en 1830, on l'a
complété avec des feuilles en papier moderne) |
|
Nombre de lignes par feuille
: |
12 dans la plupart des
feuilles |
|
dimension de la feuille : |
45 * 60 cm |
|
support utilisé : |
parchemin (gazelle) |
|
Ecriture utilisée : |
coufique (grand caractère) |
Remarques :
L’écriture coufique est exempte de voyellisation et de
signes diacritiques. Il y a très peu d’enluminures qui
ornent les noms de certaines sourates. Pour distinguer entre
la fin d’une sourate et le début de celle qui la suit, il y
a un espace de la dimension d’une ligne à peu près.
Il
y eut des ajouts, à d’autres époques, avec l’utilisation
d’encres différentes. Les caractères sont étendus sur deux
lignes et l’espace entre les lignes est le même. Il existe à
«Dâr Al Kutub Almisriyya» un micro-film de ce manuscrit qui
permet aux lecteurs de le consulter sans y avoir directement
accès, ce qui contribue à le garder en bon état.


*
Versets su Saint-Coran (Illustration N°2)
|
Nombre de feuilles : |
Une grande quantité |
|
Nombre de lignes par feuille : |
15 |
|
dimension de la feuille : |
3,8 cm * 7,37 cm |
|
support utilisé : |
Parchemin |
|
Ecriture utilisée : |
Hijazi-coufique-ancien |
Remarques
›
Caractères étendues sur deux lignes.
› Absence de signes diacritiques.
› Parchemin bleu et graphie en or.
Manuscrits de Tachkent - Ouzbakistan
Parmi les
premiers manuscrits du Coran, on peut citer celui de
Tachkent en Ouzbakistan. Il est écrit en caractères
coufiques anciens et est exempt de signes diacritiques. On
l’attribue à ‘Uthmân Ibn ‘Affân. Il existe un micro-film de
ce manuscrit à «Dâr Al Kutub Al Misriyya» (Rubrique :
recueils de Coran, n° 204). La dimension des pages est de
50 cm x70 cm et le nombre de ses feuilles est, selon toute
probabilité, 253. Chaque page comporte douze lignes. Le
manuscrit est écrit en recto verso. A la fin de chaque
sourate, il y a un espace vide et les enluminures sont très
discrètes.
Lieux
de dépôt de certains manuscrits anciens :
1.
Bibliothèque Nationale de Paris. N° 53 KFQ (Art Islamique).
2.
Institut National des arts et d’archéologie - Tunis. 197
Rutbi. Ms. R.N.
3.
Musée des Beaux Arts - Boston 686.33.MS.
4.
Musée d’Art - Université Harvard . 23 1967. MS.
5.
Bibliothèque Tatcher Betty N° 1405. MS
6.
Sociétés Savantes :
*
Société de Rif’at Shîshî Al’Arab. Paris
*
Société de l’Emir Sadr Ed. Dîn Agfa Khan. Genève.
Certains de ces manuscrits ont été vendus aux enchères dans
des salles destinées à cet effet comme la Salle Sotheby’s,
en 1984. (Lot. N° 147).
Manuscrits d’Istanbûl :
A
Istanbûl, il existe des manuscrits de tout le Texte
coranique dont la date remonte au 1er siècle de l’Hégire. En
voici quelques uns :
*
Manuscrit en caractères coufiques à la Bibliothèque Nûr
‘Uthmâniyya, n°23. Sa transcription est attribuée à ‘Uthmân
Ibn ‘Affân.
*
Manuscrit attribué à ‘Ali Ibn Abi Tâleb à la Bibliothèque
Nûr ‘Uthmâniyya, n° 25.
*
Manuscrit dont la transcription est attribué à ‘Alî Ibn Abî
Tâleb. Il est écrit en caractères coufiques et se trouve à
Sulaymâniyyeh (Hamîdiyyeh), n° 3.
*
Manuscrit dont la transcription est attribué à ‘Alî Ibn Abî
Tâleb. Il est écrit en caractères coufiques et se trouve au
Musée Tubqâ Bosray, n° 2 - 8A. Le nombre de ses feuilles est
de 300 et la date de sa composition est l’an 29 de l’Hégire
(voir l’index général du patrimoine arabo-islamique (les
manuscrits). Publications de l’Académie royale des Etudes
sur la Civilisation islamique. Institution al Bayt Al Maâb -
Jordanie - Volume I. page 3)
Il
se dégage de ce qui est mentionné ci-dessus que les
compagnons du Prophète tels que ‘Alî Ibn Abî Tâleb
transcrivaient de leurs propres mains des exemplaires du
Coran-Guide.
Les
recueils de Coran dont la couleur des signes diacritiques
diffère de celle de la graphie :
Les
signes diacritiques placés au-dessus, à côté et au-dessous
des lettres expriment respectivement le cas accusatif, le
cas nominatif et le cas génétif. C’est la méthode adoptée
par Abû Al Aswad Ad-Dualî.
Les
manuscrits anciens de ce genre ont été, selon toute
probabilité, transcrits avant la mort d’Abû Al Aswad
Ad-Dualî (mort en 99 de l’Hégire). Voici quelques exemples
de ces manuscrits :
1. Le
manuscrit déposé au Caire (Illustration n° 3) :
Ce
manuscrit se trouve à Dâr Al Kutub Al-Masriyya (Le Caire) et
est enregistré sous le n° 24645.
|
Nombre de feuilles : |
270 feuilles écrites en
recto verso |
|
Nombre de lignes : |
entre 17 et 18 |
|
dimension de la feuille : |
50 * 70 cm |
|
support utilisé : |
Parchemin (gazelle) |
|
Ecriture utilisée : |
coufique ancien. les lettres
ne sont pas étendues sur le ligne. |
Remarques
Ce
manuscrit était détenu par l’Emir ‘Umar Sultân, puis il fut
transféré à «Dâr Al Kutub» et de là, au Musée islamique du
Caire. Il n’est pas relié et une grande partie de ses pages
ont été détériorées. Il ne dispose pas de micro-film et
aucune étude n’a été faite à son sujet.
2.
Feuilles volantes en écriture coufique (Illustration n° 4, 5
et 6)
|
Nombre de lignes : |
5 lignes par page |
|
dimension de la feuille : |
16 * 14,22 * 21 |
|
support utilisé : |
parchemin (recto / verso) |
|
Ecriture utilisée : |
coufique avec utilisation des signes diacritiques d'abû
al aswâd |



Lieux où sont déposés d’autres manuscrits :
*
Bibliothèque As-Sulaymâniyyah (Enregistrement n° Ms 23).
*
Société d’Art islamique Khalîlî (n° KFQ 64)
*
Musée d’Art islamique à Kairouan
*
Bibliothèque Toub Copy Sérail (Enregistrement n° MS. E.H.
30)
*
Bibliothèque Nationale de Paris (Enregistrement n° Ms. Arab,
5178 FIII 73).
*
Bibliothèque Nationale de Tunis (Enregistrement n° Ms, Rutbi,
198)
Il
existe un grand nombre de documents dans les Bibliothèques
nationales de la majorité des pays européens et dans
d’autres endroits.
3.
Deux pages d’un manuscrit du Texte coranique (illustration
n° 7) :
Ces
deux pages sont déposées à la Bibliothèque Nationale de
Paris sous le n° 342 et 158 (Rubrique : arabe) et concernent
les sourates «Jonas» et «Houd».
|
Nombre de feuilles : |
deux feuilles séparées |
|
Nombre de lignes : |
11 |
|
dimension de la feuille : |
19 * 28 cm |
|
support utilisé : |
Parchemin |
|
époque : |
Xème
siècle de l'ère Chrétienne |
Remarques
Des
rosaces de petit format séparent les versets écrits en
écriture coufique. D’autres ornementations à motifs floraux
servent de cadres aux noms des sourates écrites en lettres
dorées.
Les
manuscrits de la seconde réforme :
L’autre catégorie de manuscrits est celle qui utilise les
signes diacritiques pour distinguer les caractères qui ont
la même forme graphique (ex : f et q en arabe).


L’adoption de ces signes eut lieu du temps où Al Hajjâj
As-Saqâfî régnait en maître en Irak (entre les années 75 et
95 de l’Hégire). Ce fut là ce qu’on a appelé la «seconde
réforme». Les signes diacritiques avaient une couleur
différente de celle utilisée par Abû Al Aswad Ad-Duali, de
même que cette couleur était différente de celle de la
graphie. Comme il était difficile de suivre ce modèle, on
adopta d’autres signes à la place des signes diacritiques
d’Abû Al Aswad.
|