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Dr
Mohammad Mokhtar Ould Bah
Section IV
Le discours prophétique
La
Tradition prophétique est l’ensemble des dires, des actions
et des décisions du Prophète (que la paix soit sur lui) et
est considérée par les Musulmans, comme la deuxième partie
du discours religieux en Islam. C’est la Sagesse dont Dieu
dota le Prophète quand Il lui a révélé le Saint-Coran. Dieu
a dit : «Dieu t’a révélé le Livre et la Sagesse, Il t’a
enseigné ce que jamais tu n’aurais pu savoir par toi-même!
La faveur de Dieu a été immense à ton égard.» [Les Femmes :
133]. Ce que dit le Prophète, ce qu’il transmet aux hommes
avec toute la sincérité d’un homme probe est la pure vérité,
et Dieu le démontre bien quand il dit : «Ses propos ne
procèdent pas de sa propre inspiration. C’est uniquement
révélation inspirée» [L’Etoile : 3-4]
La
Tradition comprend, entre autres, les dires du Prophète qui
sont de deux sortes :
*
Le Hadîth Qodsi (divin) :
Ce
sont les Hadiths que Mohammed (Q.P.S.L.) rapporte
directement au nom de Dieu. C’est en quelque sorte la parole
de Dieu dite par le Prophète, comme ce Hadîth qui dit : «Mon
serviteur a confiance en moi et moi je suis à ses côtés.
S’il pense à moi, je pense à lui. S’il prononce mon nom en
présence d’une assistance, je prononcerai le sien dans une
assistance meilleure. S’il me fait don d’un présent si
anodin soit-il, je le lui rendrai au centuple. S’il vient à
moi en marchant, j’irai à sa rencontre en courant.»(38)
Il
ne s’agit pas là de Coran, car celui-ci -expression et
contenu- émane de Dieu et est, de ce fait, inimitable.
*
Le Hadîth de tradition :
Il
s’agit ici de paroles dites par le Prophète (que la paix
soit sur lui) loin de toute inspiration divine directe.
C’est le Prophète lui-même qui s’exprime sur les choses de
la vie.
La
Tradition a pour rôle d’expliciter ce qui a été dit
brièvement dans le Saint-Coran. Elle explique en détails ses
lois et ses préceptes. Il arrive des fois qu’elle décrète de
nouvelles lois. Celles-ci sont alors le fruit d’une
inspiration divine au plan du contenu et non point de
l’expression, autrement dit l’idée est de Dieu, mais
l’expression est de Mohammad (que la paix soit sur lui). Ne
font pas partie de la Tradition les mouvements innés du
Prophète, comme sa façon de marcher par exemple ou ses avis
proprement personnels comme les idées émises par lui sur la
fécondation du palmier.
Les
thèmes abordés par la Tradition sont nombreux. On y trouve
de tout : des ordres et des interdictions, des directives et
des conseils, des prières et des invocations, etc … Tous les
dires du Prophète, ses actions et ses décisions sont des
explicitations des préceptes islamiques dont la base est le
Saint-Coran. Dans ce sens, on peut dire que la Tradition
prophétique est le prolongement et le complément du
Saint-Coran.
Rassemblement et transcription des dires du Prophète :
Du
temps du Prophète (que la paix soit sur lui) on n’avait pas
l’habitude d’écrire le Hadîth comme on le faisait pour le
Coran. Ecrire le Hadîth était même interdit de crainte qu’il
ne soit confondu avec le Texte coranique. Abû Sa’îd Al
Khudari rapporte que le Prophète (sur lui la paix) a dit :
«Ce que je vous dis ne doit pas être écrit. Quiconque écrit
ce que je dis et qui ne serait pas le Coran, doit le
détruire… Discutez mes propres paroles autant que vous
voulez et de la manière qui vous plaît. Celui qui me ferait
dire ce que je n’ai pas dit -c’est Humâm qui rapporte cela-
l’aurait fait sciemment et il doit s’attendre à
l’Enfer»(39).
Il
y a des Traditions qui prouvent que le Prophète (sur lui la
paix) a autorisé ‘Abd Allah Ibn ‘Amr Ibn Al ‘Âs d’écrire le
Hadîth. Al Bukhâri rapporte qu’Abû Hurayra n’écrivait pas le
Hadîth, mais il l’apprenait par cœur, alors que ‘Abd Allah
Ibn ‘Amr Ibn Al ‘Âs l’écrivait(40). Il rapporte que Anas Ibn
Mâlek écrivait le Hadîth, que Jâber Ibn ‘Abd Allah avait un
carnet sur lui où il notait les Hadîths et que l’Imâm ‘Alî
Ibn Abî Tâleb gardait avec soin dans l’étui de son sabre, un
feuillet où il inscrivait les Hadîths(41). De son côté, Al
Walîd Ibn Chujâ’ nous informe que le nommé Al Mubârak Ibn
Sa’îd a dit : «Sufiân écrivait le Hadîth sur le mur pendant
la nuit. Au petit matin, il l’effaçait après avoir pris soin
de l’écrire sur une feuille»(42).
Ces
informations, malgré leur véracité, ne sont pas suffisantes
pour confirmer que les dires du Prophète ont été écrits dans
leur totalité à son époque comme ce fut le cas pour le
Coran. Cela ne veut pas dire, non plus, que les Hadîths, qui
n’ont été que partiellement écrits du temps du Prophète, ont
disparu de la mémoire de ceux qui les apprenaient par cœur à
l’époque du Prophète et des quatre Califes orthodoxes. Tous
les Compagnons tenaient à apprendre par cœur les dires du
Prophètes. Ils y recouraient dans leurs discussions pour
confirmer ou infirmer tel ou tel fait et ils les ont faits
apprendre aux générations montantes de l’époque. Parmi ces
Compagnons : Abû Hurayra, ‘Âïcha, Jâber Ibn ‘Abd Allah, Abû
Sa’ïd Al Khudrî et ‘Abd Allah Ibn ‘Abbâs etc …
Ce
n’est qu’au cours des dernières années du 1er siècle de
l’Hégire que commença la transcription des Hadîths, suite à
l’ordre donné par le Calife ‘Umar Ibn ‘Abd Al ‘Azîz à Abû
Bakr Ibn ‘Amr Ibn Hazm. Celui-ci fut chargé de transcrire
les Hadîths ainsi que les jugements des Compagnons.
Parmi ceux qui ont joué un rôle primordial dans la
transcription des Hadîths, on peut citer Mohammad Ibn Chihâb
Az-Zuhrî et Sâleh Ibn Kîsân.
Les
recueils de Hadîths parurent à la deuxième moitié du IIème
siècle de l’Hégire. Ibn Hajar(43) cite parmi les premiers
auteurs de ces recueils, Ar-Rabî’ Ibn Subayh et Sa’d Ibn Abî
‘Urwa Al Basrî. Vint ensuite Imâm Mâlek qui fit paraître son
ouvrage «Al Muwatta» à Médine, et dans lequel il a réuni en
plus des Hadîths du Prophète, ceux des Compagnons et les
fatwas de leurs disciples. Après, parurent en une seule
époque, les recueils des auteurs suivants : ‘Abd Al Malek
Ibn Jarîh à la Mecque, Al Awza’î en Syrie, Sufiân Aththawrî
à Kûfa, Hammâd Ibn Salmah à Basra, Huchaym Ibn Bîchû à Wasêt,
Mu’ammar Ibn Râched As-San’ânî au Yémen, ‘Abd Allah Ibn Al
Mubarâk à Khorasân et Jarîr Ibn ‘Abd Al-Hamîd à Rayy. On ne
sait pas qui fut le premier à avoir sorti son recueil parmi
ces auteurs.
La
transcription des Hadîths va connaître un développement
important par la suite grâce à d’éminents érudits tels que
Chu’bah Ibn Al Hajjâj, Sufiân Ibn ‘Uyagnah, ‘Abd ALlah Ibn
Wahab et ‘Abd Ar-Rahmân Ibn Mahdî. Ces savants qui
mémorisaient un grand nombre de Hadîths vont contribuer à
asseoir les fondements des Sciences de la Tradition.
Références principales sur la Tradition :
L'opération de transcription des Hadîths va se poursuivre
jusqu’à l’apparition d’ouvrages volumineux au IIIème siècle
de l’Hégire et ce, grâce aux efforts déployés par l’Imâm
Ahmad Ibn Hanbal et Ibn Abî Chîba. C’est l’époque où les
grands spécialistes de la Tradition vont préparer leurs
livres qui resteront célèbres jusqu’à nos jours. Citons le «Sahîh»
(Le Vrai Hadîth) de Mohammad Ibn Ismâ’il Al Bukhârî, le «Sahîh»
de Muslim Ibn Al Hajjâj et les ouvrages qui jouissent d’une
grande réputation comme ceux d’Abû Dâwud, At-Tirmîdî, Ibn
Mâja et An-Nisâi.
Il
va sans dire que tous ces auteurs n’ont jamais prétendu que
leurs ouvrages sont exhaustifs et qu’ils renferment, par
conséquent, tous les Hadîths authentiques. Le «Sahîh» d’Al
Bukhârî, par exemple, recense environ sept mille Hadîths
dont le texte d’un certain nombre d’entre eux connaît des
reformulations différentes. Notons, cependant, qu’At-Tabarânî
a rassemblé un nombre considérable de Hadîths, de même
As-Suyyûtî (dans «Al Jâmî’u al Kabîru») et Al-Albânî dans sa
série de Hadîths authentiques et ceux dits de faible
crédibilité.
La
classification adoptée dans la présentation des Hadîths
obéit à la thématique de ces derniers : les pratiques
cultuelles, la purification légale, la prière, le jêune,
l’impôt (la zakât), les relations humaines, les péchés, etc.
Les
degrés de la hiérarchie des Hadîths :
Il
existe trois catégories de Hadîths : les Hadîths
authentiques, les Hadîths sains et les Hadîths de faible
crédibilité. Les théologiens ont mis au point des méthodes
qui permettent de distinguer entre ces différentes
catégories de Hadîths.
*
Les Hadîths authentiques (sahîh) :
Le
Hadîth est dit authentique quand la chaîne des garants est
parfaite, et ne pose sur le plan du contenu aucun problème
de fiabilité et de crédibilité. Ici, tous les transmetteurs
du Hadîth sont connus, depuis celui qui le rapporte jusqu’à
celui qui l’a entendu de la bouche même du Prophète (sur lui
la paix). Voici un Hadîth authentique dont tous les chaînons
de l’isnâd (transmission) sont connus(44) :
«Il
vous interdit de vous livrer à la concurrence déloyale, à
l’escroquerie et à la vente illicite».
Il
est possible que la chaîne des transmetteurs d’un Hadîth
soit juste et qu’il soit, malgré tout, considéré comme
extravagant. Les spécialistes des sciences du Hadîth
définissent l’extravagance comme une information rapportée
par un homme digne de confiance dont la chaîne des
transmetteurs qu’il cite est juste, sauf que cette
information est considérée comme erronée ou déformée par
l’ensemble de ses confrères, hommes dignes de foi comme lui.
Un exemple de Hadîth extravagant est rapporté par Humâm Ibn
Yahyâ d’après Jurayh, d’après Ziyâd Ibn Sa’d, d’après Anas
qui a dit que le Prophète (sur lui la paix) portait un
anneau en argent dont il a fini par se débarrasser(45). Les
rapporteurs de ce Hadîth sont des hommes dignes de confiance
et sa chaîne de transmetteurs est juste, mais l’information
ne l’est pas, car ce qui est propagé par l’ensemble des
rapporteurs crédibles et ce qui est connu d’eux est que
l’anneau du Prophète (que la paix soit sur lui) était en or
et non pas en argent(46). L’extravagance contribue à
diminuer la crédibilité d’un Hadîth comme le fait d’ailleurs
l’imputation diffamatoire. C’est le cas du Hadîth relatif à
l’ouverture de la prière par la «basmala» (le fait de dire :
au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux) qui fut rendu
peu crédible à cause des mots différents dans lesquels il
fut rapporté.
Les
spécialistes du Hadîth notifient que ce que l’on veut
signifier par «Hadîth authentique», c’est tout Hadîth qui
«réunit les conditions extérieures», c’est-à-dire tout
Hadîth dont on n’a aucun doute sur la chaîne de ses
transmetteurs, comme le dit d’ailleurs Zayn Ad-Dîn Al ‘Irâqî
dans un long poème relatif à la science du Hadîth (Al
Alfiyya) :
Par
(le Hadîth) authentique et (le Hadîth) pur crédible,
(les savants) visent l’aspect formel, non le sens profond …
Ceci veut dire que même si la chaîne des transmetteurs ne
comporte aucune erreur, le contenu du Hadîth peut être
erroné, car les transmetteurs dignes de confiance sont
susceptibles de se tromper. Ils peuvent oublier un mot ou
substituer un mot à la place d’un autre, ou omettre une
particule grammaticale ou en ajouter une et tout cela peut
altérer le sens du Hadîth.
Le
Hadîth sain (hasan)
La
deuxième catégorie des Hadîths est celle des Hadîths sains.
Ce sont ceux rapportés par des transmetteurs qui n’ont
jamais été accusés de mensonge. Ils sont loin de toute
extravagance, mais n’atteignent pas la véracité totale des
Hadîths authentiques, c’est-à-dire qu’ils comportent un
doute très anodin sur tel chaînon de l’isnâd. Toutefois, les
Docteurs de la loi les agréent et les adoptent parce qu’il
existe des Hadîths authentiques qui soutiennent leur contenu
sémantique ou bien parce que le message qu’ils apportent est
en parfait accord avec les préceptes de la religion
islamique. A part les Hadîths authentiques qui ont fait
l’objet du travail assidu accompli par Al Bukhârî et Muslim
qui ne se sont intéressés d’ailleurs qu’à ces Hadîths, la
majorité des autres Hadîths ont été considérés comme des
Hadîths sains, car ceux qui les ont rassemblés ont toujours
démontré une certaine tolérance vis-à-vis de tel ou tel
chaînon de l’isnâd, ce qui n’était pas le cas d’Al Bukhârî
et de Muslim.
Le
Hadîth de faible crédibilité (da’îf) :
Il
y a beaucoup de types de Hadîths «da’îf». On estime leur
nombre à plus d’une quarantaine. Quand des critiques fondées
peuvent être soulévées au sujet d’un ou plusieurs
transmetteurs et de leur fidélité à la Tradition, on parle
de Hadîth de faible crédibilité (da’îf).
Le
type le plus célèbre est celui dont la chaîne des
transmetteurs est tronquée. Il est dit énigmatique quand
deux chaînons de l’isnâd lui font défaut ou qu’il repose sur
un transmetteur particulier. Quand un Suivant l’attribue au
Prophète (sur lui la paix), il est dit «mursal» (rapporté
sans ‘isnâd”) et son statut devient alors particulier, car
certains savants n’ont pas hésité à le considérer comme
Hadîth authentique «sahîh».
Un
autre type de Hadîth «de faible crédibilité» est celui
rapporté par le procédé dit «al ‘an’ana» (utilisation de la
préposition «‘an» (par la voie de) marquant la provenance.
Cela concerne les Hadîths où l’un des transmetteurs de la
chaîne des garants est connu pour ses penchants frauduleux.
La fraude consiste ici à faire croire que la chaîne des
transmetteurs est sans défaillance, malgré les défectuosités
qu’elle présente (omission du nom d’un ou plusieurs
transmetteurs ou substitution du nom du transmetteur par un
autre nom inconnu des gens).
Un
autre type de Hadîth «de faible crédibilité» est celui qui
est forgé de toutes pièces. On l’impute mensongèrement au
Prophète (sur lui la paix). Les forgeurs des Hadîths sont
légion. Beaucoup d’ouvrages on été écrits sur eux pour
dénoncer leur imposture et mettre les gens en garde contre
leurs mensonges.
Les
raisons à la confection des faux Hadîths sont connues. Les
spécialistes de la Tradition citent par exemple :
*
Les agissements des hérétiques et des hypocrites, ennemis de
l’Islam.
*
Les manigances des passionnés des innovations blâmables pour
soutenir coûte que coûte leur religion à eux.
*
Les intentions de certaines personnes naïves qui ont été
amenées à forger des Hadîths sur les vertus des sourates
afin d’inciter les gens à lire le Saint-Coran. Les gens se
sont laissés leurrer par ces Hadîths et ont fini par croire
qu’ils étaient des Hadîths authentiques.
Un
exemple des Hadîths inventés, ceux de ‘Ismat Ibn Nûh Al
Marwazî.
Parmi les Hadîths de faible crédibilité qui se sont
infiltrés dans les écrits islamiques, il y a lieu de citer
les Hadiths dits «israélites» qui sont des récits rapportés
par des ignares ou des inconnus.
Les
spécialistes et critiques du Hadîth ont déployé d’énormes
efforts pour la mise au point d’une batterie de règles leur
permettant de déceler les Hadîths qui ont été forgés de
toutes pièces par les falsificateurs et ainsi de mettre de
l’ordre dans ce legs si précieux. Ils ont établi les règles
de l’isnâd (chaîne des garants), sans lesquelles il aurait
été possible pour n’importe qui de dire ce qu’il a envie de
dire.
Ils
ont également rédigé des ouvrages biographiques sur les
transmetteurs et ont institué des échelles d’évaluation à
leur intention. C’est ainsi qu’ils ont distingué parmi les
transmetteurs, ceux qui font figure d’autorité (les
sommités), ceux qui sont droits et probes et ceux auxquels
on n’a rien à reprocher. Ils ont distingué également les
forgeurs des Hadîths, les menteurs, ceux qui, beaux
parleurs, excellent dans l’adoucissement de leur discours,
ceux dont on accepte qu’ils fassent référence à un groupe et
non à un tel autre, comme ce fameux Ismâël Ibn ‘Ayyâch dont
on accepte qu’il parle des Syriens, mais dont on se méfie
quand il rapporte des informations sur les habitants du
Hedzâz.
Par
ailleurs, ils ont mentionné que certains transmetteurs ont
été la proie à la démence sénile. Ils ont signalé avec
exactitude la date où ces transmetteurs ont commencé à tout
confondre et ont, par conséquent, accepté les Hadîths
rapportés par eux alors qu’ils étaient lucides et rejeté
ceux rapportés par eux du temps où tout se confondait dans
leur esprit.
Ils
ont aussi mis au point des règles de la narration du Hadîth
pour être mieux en mesure de confirmer ou de mettre en doute
l’information qu’il véhicule. Ils se sont intéressés
particulièrement aux vocables ayant trait au champ
sémantique de l’audition et ont ainsi distingué entre des
verbes tels que «renseigner», «informer», «rapporter»,
«dire», «ouïr». De même qu'ils ont analysé et démontré les
critères de recevabilité en matière de narration du Hadîth.
Tous ces efforts qui ont été accomplis dans la rectification
des Hadîths, aussi bien ce qui concerne leur rassemblement
et leur classification que leur critique et leur évaluation,
ont été à l’origine de l’éclosion d’une science spécifique
aux érudits musulmans dont le souci constant a été d’élaguer
le discours prophétique de tout élément parasitaire afin
qu’il ait l’allure qui lui convient et qui est, en fait, le
sien.
Grâce aux exégèses qu’ils ont effectuées sur les Hadîths
afin de déceler leurs bizarreries et le caratère singulier
de certains d’entre eux, les grammairiens ont apporté une
aide appréciable aux spécialistes du Hadîth. Ceux-ci ont été
également à l’école des théologiens qui se sont beaucoup
intéressés à la critique du contenu du discours législatif
de la Tradition dont ils ont critiqué le corpus, qui ont
analysé les Hadîths qui présentent le même contenu, mais qui
sont rapportés différemment, ceux d’entre eux qui ont été
mis en application et ceux qui ont été rejetés, ceux enfin
dont le contenu est resté en vigueur et ceux dont le contenu
a été abrogé par un autre Hadîth ou par le Coran.
Toutes ces actions conjuguées donnent aux gens, de nos
jours, une idée claire de l’importance du discours religieux
de la Sainte Tradition.
Ce
qu’il faut signaler ici, c’est que l’expansion du discours
traditionniste est restée limitée, car il n’y avait presque
que les spécialistes qui s’y intéressaient, et en langue
arabe quasi exclusivement. Il n’y eut qu’un nombre fort
restreint de Hadîths qui furent traduits. Toutefois, les
plus importants recueils de Hadîths, à savoir le «Sahîh»
d’Al Bukhârî et le «Sahîh» de Muslim furent traduits en
français et en anglais.
Pour ce qui est de la publication de la Tradition par les
moyens modernes d’impression, elle a connu un essor
considérable. Les recueils des Hadîths les plus célèbres
sont publiés dans des éditions spéciales et sont disponibles
sur les CD-Rom, comme par exemple le «Sahîh» d’Al Bukhârî,
le «Sahîh» de Muslim, «Al Muwatta» de Mâlek, «Al Musnad» de
Ahmad, «Sunanu» Ibn Mâja, «Sunanu» At-Tirmîdzî, «Sunanu»
Ad-Dâramî, etc … Ont été publiés de même des commentaires
des Hadîths dont «Fath al Bârî» d’Ibn Hajar Al ‘Asqillânî et
bien d’autres.
Ces
derniers temps, on a vu se multiplier les CD-Rom des
Encyclopédies des Hadîths. Sur internet, aujourd’hui, on
peut consulter aisément la Tradition qui dispose de nombreux
sites dont le plus célèbre porte le nom de «muhaddith».
Le
contenu de la Tradition :
Le
contenu de la Tradition comprend :
*
Les paroles du Prophète (que la paix soit sur lui) adressées
au Seigneur où il implore Son aide afin qu’il puisse réussir
à répandre le Bien autour de lui, éviter les turpitudes, se
rapprocher des nécessiteux et les aimer. Le Prophète implore
Dieu, demande Son pardon, se rapproche de Lui par les
prières et communie avec Lui en Le glorifiant.
*
Les discours du Prophète adressés aux croyants pour leur
donner plus de détails sur les préceptes religieux
mentionnés laconiquement dans le Saint-Coran, leur apprendre
les cinq piliers de l’Islam, les renseigner sur la foi et
ses différentes facettes, sur la charité et ses degrés et
les guider vers le chemin de la piété et de la droiture.
Mohammad (que la paix soit sur lui) dit aux croyants : «Ce
qui est licite est évident, ce qui est illicite l’est de
même et, entre les deux il existe des choses suspectes
susceptibles d’induire en erreur et qui sont inconnues de
beaucoup de gens. Quiconque les évite aura défendu sa foi et
sauvé sa dignité et quiconque s’y laisse prendre est pareil
à un berger dont le troupeau paît dans un endroit interdit
qui risque de lui être fatal»(47).
*
Les directives prodiguées par le Prophète (sur lui la paix)
à la Umma afin qu’elle veille à son union et à sa
fraternité. Les croyants, dans leur union fraternelle,
l’amour qui les lie et les liens d’affection qu’ils
entretiennent entre eux, sont solidaires comme les organes
qui constituent le corps humain. Si un organe est atteint
par un quelconque dysfonctionnement, c’est tout le corps qui
lui vient en aide pour le protéger et lui porter secours et
remède(48). Le Musulman est le frère du Musulman. Il ne doit
ni l’opprimer, ni le trahir(49) . L’entraide doit être de
rigueur entre les Musulmans qui doivent éviter de se faire
du mal les uns aux autres. L’équité pour tous doit être leur
devise(50). Toutes les actions humaines doivent être régies
et déclenchées par de bonnes intentions et chaque individu
sera rétribué pour les actions qu’il aura accomplies, selon
ses intentions, bonnes ou mauvaises…(51)
*
Les ordres et les recommandations du Prophète (sur lui la
paix) adressés aux Musulmans pourqu’ils propagent la paix à
travers le monde. Selon ‘Abd Allah Ibn ‘Amr, un homme a
demandé au Prophète (sur lui la paix) : «Quel est le
meilleur message de l’Islam?» Le Prophète lui a répondu :
Venir en aide aux nécessiteux et saluer (dire «paix soit sur
vous») ceux qu’on connaît et ceux qu’on ne connaît». Les
Musulmans ont le devoir de répandre le Bien autour d’eux.
Ils doivent être équitables dans leur jugement et éviter de
trahir, de médire et de calomnier autrui.
Conclusion :
Le
discours religieux en Islam, tant celui du Coran que celui
du Prophète est l’expression de l’alliance qui unit le
Très-Haut aux créatures humaines. Il est le prolongement de
la mission céleste qui se traduit par l’honneur que Dieu
fait à l’homme en le dotant de la raison et en lui faisant
assumer la responsabilité ici-bas. Dieu a dit : «Nous avons
certes proposé l’Engagement au ciel, à la terre, aux
montagnes. Tous refusèrent d’en assumer le dépôt et en
furent effrayés. Seul l’homme s’en chargea sans être
foncièrement injuste et insensé» [Les Coalisés : 72].
Quiconque saura assumer le dépôt de la foi ici-bas sera très
bien récompensé à l’Au-delà et quiconque faillira à cette
tâche s’exposera au malheur et sera injuste envers lui-même.
Dieu a dit : «Dieu eût pu faire des hommes une seule
communauté, s’Il l’avait voulu. Ils ne cesseront d’être en
divergence. A part ceux que Dieu a touchés de Sa grâce.
C’est pour être si différents qu’Il les a créés.» [Houd :
118.119].
L’homme - que Dieu a gratifié en le dotant de la faculté de
raisonner et de comprendre et en le chargeant d’assumer le
dépôt - doit se plier aux directives contenues dans le
discours religieux. Pour ce faire, il doit comprendre ce
discours dans ses détails et ses subtilités, et savoir ce
qu’il prône et ce qu’il prohibe pour en tenir compte dans la
vie et ce, en conformité avec des principes clairs que les
jurisconsultes résument dans les points suivants :
*
La sauvegarde de la vie :
La
vie est ce souffle que Dieu a entreposé en l’homme. Tuer une
vie équivaut, selon Dieu, au meurtre de toute l’Humanité :
«Quiconque aura tué un être humain sans que celui-ci ait
commis un homicide ou semé le désordre sur terre sera censé
avoir tué l’humanité entière. Celui qui aura sauvé la vie
d’un seul homme sera tenu pour le sauveteur du genre humain»
[La table servie : 32]
*
La sauvegarde de la raison :
La
raison est ce qui nous permet d’exister en tant qu’êtres
humains. Nous devons donc la protéger de tout ce qui peut
lui nuire comme les boissons ou la drogue.
*
La sauvegardede la foi :
La
foi est salvatrice ici-bas. Elle est bénéfique pour l’être
humain. Pour la sauvegarder, il faut se cramponner aux
valeurs et aux principes qu’elle propage.
Observer ce que la foi nous impose comme prescriptions c’est
s’assurer une vie meilleure à l’Au-delà, loin des affres de
la géhenne.
*
La sauvegarde des biens matériels :
Les
biens matériels sont nécessaires à la vie de l’homme. C’est
la source de la charité et c’est grâce à ces biens que
l’homme, vicaire de Dieu sur terre, peut contribuer au
progrès de la société et de la civilisation humaines.
*
La sauvegarde de la progéniture et de l’honneur :
C’est dans les liens familiaux et l’attachement à l’homme
que réside la dignité de l’homme, et les préserver c’est
préserver les valeurs sociales avec ce qu’elles engendrent
comme équilibre au niveau de l’individu, de la famille et de
la collectivité.
Ceci étant, quiconque se laisse abuser et commet des
turpitudes doit savoir que «c’est Dieu lui-même qui agrée le
repentir de Ses serviteurs et qui reçoit leurs dons pieux.
Dieu est celui qui pardonne et qui fait miséricorde» [Le
Repentir : 104], «Il n’est pas de pardon pour ceux qui ne
cessent de faire le mal et qui, sentant venir la mort,
disent : «A présent, nous nous repentons!», pas plus que
pour ceux qui meurent en incroyants. A ceux-là seront
réservés d’affreux tourments» [Les Femmes : 18].
NOTES
1. Voir
ici-même l’article d’Abd Aziz Ben Abdellah.
2. *
«Rahmatun lil’âlâmîna», Tome I, p. 47.
* Ibn
hichâm, Tome I, pp. 235-236.
* Fî
Dilâli al Qur‘âni, Tome 29, p. 166.
3. *
Sahîh Al Bukhârî - Hadîth n° 6472.
* Sahîh
Muslim, (Le Livre de la vision, hadîth n° 4201).
* Sunanu
A bî Dâûd, le Livre de la morale, Hadîth n° 4364.
4. Ibn
Hajar a dit : «Al Bayhiqî rapporte que la période de la
vision prophétique a duré six mois, ce qui veut dire que le
commencement de la mission prophétique par le biais de la
vision a eu lieu le mois de sa naissance qui est Rabi’I,
alors qu’il avait quarante ans et que débuta la Révélation
proprement dite au cours du mois de Ramadan» (Fathu al Bârî
- 1/27).
5.
Pour de plus amples détails, voir «Précis sur la biographie
du Messager» du Cheïkh’Abd Allah Ibn Mohammad Ibn’Abd Al
Wahhâb An-Najdî (p.75). L’on sait que la nuit sacrée eut
lieu pendant le mois du Ramadan. C’est ce que laisse
entendre le verset suivant :«Nous l’avons envoyé dans une
nuit bénie, Nous qui avons voulu avertir les hommes» (La
fumée : 3). La retraite du Prophète (que la paix soit sur
lui) à Hîra fut au cours du mois de Ramadan. Et c’est au
cours du même mois et au mont Hîra lui-même qu’apparut
l’archange Gabriel.
Il
y eut des controverses à propos du jour du commencement de
la Révélation. Certains ont dit que la Révélation débuta le
septième jour du mois de Ramadan. D’autres ont dit que cela
débuta le dix-septième jour. D’autres encore ont dit que
cela eut lieu le dix huitième jour. Voir à ce propos : «Rahmatun
lil’âlamîna 1/49», et le «Précis sur la biographie du
Messager», p. 75.
Dans son livre intitulé :«Conférences sur l’histoire des
Nations musulmanes», Al Khudarî avance que la Révélation
débuta le dix-septième jour du mois de Ramadan.
Quant à nous, nous pensons que la Révélation débuta le 21 du
mois de Ramadan bien que nous sachions que personne n’a
parlé de ce jour. Or, il faut savoir que la quasi-totalité
de ceux qui ont rédigé la biographie du Prophète (que la
paix soit sur lui) sont unanimes à dire que la Révélation
débuta un lundi. Les spécialistes de la Tradition
corroborent ce fait eux qui rapportent que, d’après Abû
Qutâda (que Dieu soit satisfait de lui), le Messager (que la
paix soit sur lui) fut interrogé à propos du jeûne le
premier jour de la semaine, c’est-à-dire le lundi. Il
répondit : «Je suis né un lundi et la Révélation m’a été
faite un lundi». (voir «Sahîh» de Muslim, 1/368 ; d’Ahmed,
5/297-299) ; d’Al Bayhîqî, 4/286-300 ; d’Al Hâkim, 2/602).
Or, le lundi du Ramadan de cette année-là correspond au 7,
14, 21 et 28 de ce mois.
6.
Voir Biographies du Prophète des auteurs suivants : Ibn
Hichâm et Abd Al Wahhâb An-Najjâr.

24.
Il existe douze tomes dans cet ouvrage. La première édition
est parue à Damas en 1946. La deuxième au Caire en 1948 et
la troisième au Caire en 1956 (Dâr Annach Issa Al Bâbî Al
Halabî.
25.
C.D. ROM. Saint-Coran 6.31, Ed. Sakhr Logiciels, 1991-1996.
26.
Cette classification est souvent rééditée. L’édition la plus
célèbre en arabe est celle de Dâru al kitâbi al’arabiyyi
al-lubnâniyyi. Beyrouth. On y trouve l’index d’Edouard
Montanier intitulée «Al Mustadraku».
27.
Le Coran : Traduction et présentation nouvelles. Exemplaire
n° 741, Rabat, 1956.
28.
«Le yique thématique du Coran» de Mohammad Khalîl Itânî Dâr
- Al Ma’rifa. Beyrouth. 200.
29.
«Tartîbu assuwari wa al âyâti», pp. 164 et suivantes.
30.
Ce sont là les titres d’ouvrages célèbres dont les éditions
sont nombreuses et sans cesse renouvelables.

35. Pour plus de détails, voir Ibn Hajar Al’asqillânî dans «Fathu
Al Bârî et charhu sahîhi Al Bulhârî». (Dâr al Ma’rifa
-Beyrouth - 1379 de l’Hégire. Tome 9. pp. 28 et suivantes.
36.
‘Abd Al Qâder Zemâma, ’Abd Al Wahhâb At-Tâzî, Fadel ’Abd
An-Nabî et Mohammad Al-Kettâni : «Dictionnaire des exégèses
du Saint-Coran» ISESCO. (1417 de l’Hégire. 1997 après J.C.).
37.
Pour plus de détails, voir :
*
Les ouvrages sur les fondements du fiqh. Les chapitres
relatifs aux arguments religieux “Le Coran”.
* 'Abd
Al Wahhâb khallâf : «'Ilmu Usuli al Fiqhi», éd. Dâru a
Qalami, Kuwaït 1398 de l’Hégire 1978 J.C.
* 'Alî
Hasabu Allah : «Usulu attachrî’i al Islâmiyyi». Dâru al
Ma’ârifi -Egypte- 1396 de l’Hégire (1976 de l’ère
chrétienne).
38.
* Al-Bukhârî, n° 6856.
*
Muslim, n° 4832.
39.
* Muslim, n° 5326. «Azzuhdu»
*
At-Tirmidhî, n° 2589.
*
Ahmad, n° 10663.
40.
Al-Bukhârî :«Sahîh» Chapitre sur «La science».
41.
Muslim. «Le pèlerinage», 2433.
42.
Ad-Dâramie. «L’introduction», 508.
43.
Il s’agit d’Ahmad Ibn ‘Alî Ibn Hajar
Al ‘asqillânî Achchâfi’î, auteur de l’ouvrage intitulé: «Fathu
al Bârî…» 13. tomes.
44.
«Fathu al Mughîthi», Exégèse du poème d’Al’Irâqî, p. 10. Ce
Hadîth a été rapporté par l’Imâm Ach-Châfi’î, d’après l’Imâm
Mâlik, etc...
45.
Muslim : «Allibâsu wa azzînatu, 3906.
46.
Al Bukhârî : «La foi» (Al imânu), 5416.
47.
Muslim : «Al musâqâtu», 2996.
48.
Al Bukhârî : «Al adabu», 5552.
49.
Al Bukhârî : «Al madhâlimu…», 2262.
50.
Ibn Mâja : «Al Ahkâmu», 2332.
51.
Al Bukhârî : «Bad’u Al Wahyi»,
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