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Dr Mohammad Mokhtar Ould Bah
Section III
Sciences Coraniques
 

Dès le début de l’Islam, Les Musulmans ont eu à réfléchir sur les versets coraniques obscurs qui leur faisaient problème. Les Compagnons d’abord et les Docteurs la loi ensuite se sont adonnés à l’exégèse et à l’explicitation de ces versets. D’où la naissance de ce qui a été appelé «les sciences coraniques» que Az-Zarkachî et Jalâl Ad-Dîn Assuyûtî ont respectivement résumées dans leurs ouvrages «Al Burhân» et «Al itqânu fî ‘ulûmi al qurqâni»(30).

Les savants se sont mis d’accord pour dire qu’une partie du Coran était mecquoise et qu’une autre était médinoise, mais ils sont partagés quant à la signification à donner à cette distinction. Certains d’entre eux disent que les sourates révélées avant l’Hégire sont mecquoises et celles révélées après sont médinoises. D’autres avancent que les sourates doivent porter le nom de l’endroit où elles ont été révélées. Or, le Coran n’a pas été révélé à la Mecque et à Médine seulement . Quelques versets sont de Minan comme celui où Dieu dit : «Redoutez enfin le jour où vous aurez à comparaître devant Dieu, où chacun recevra le prix de ses actes et où personne ne sera lésée» (La Vache : 281), d’autres versets sont de ‘Arafat comme celui où Dieu dit : «J’amène en ce jour votre culte à son point de perfection, vous accorde le summum de Ma grâce, et agrée pour vous l’Islam pour religion». (La Table servie : 3), et d’autres versets encore sont de Al Juhfa, etc…

Un autre groupe de savants propose que les sourates relatives aux habitants de la Mecque soient qualifiées de mecquoises, celles concernant la population de Médine soient qualifiées, de leur côté, médinoises et ainsi de suite. Ainsi envisagées, beaucoup de sourates ne seraient alors ni mecquoises, ni médinoises comme par exemple la sourate «Le Récit».

L’opinion générale a opté pour la première classification, celle qui distingue les sourates mecquoises des sourates médinoises. L’important ici c’est que chacune de ces deux catégories de sourates a ses propres caractéristiques. Ainsi les sourates mecquoises se distinguent par leur appel apologétique à l’unicité divine et leur condamnation de l’hérésie. Elles promettent beaucoup de récompenses aux fidèles et beaucoup de châtiments aux infidèles… Le tout présenté sous forme de récits afin que les gens aient des exemples devant eux et n’oublient point les issues heureuses ou malheureuses qui les attendent. Quant aux sourates médinoises, elles s’adressent aux fidèles, leur exposent les préceptes de la religion et les invitent au Jihad pour la cause de Dieu. La réprobation des hypocrites et des mécréants a ici sa place, de même que la rétribution des fidèles et le châtiment des impies.

Naissance des sciences des lectures coraniques (Qira’at)

Que le Coran ait été préservé est un des signes de son caractère inimitable et miraculeux, et le Très-Haut s’est occupé Lui-même de cette préservation : «Nous avons fait descendre l’Avertissement (le Coran) et Nous le conservons avec soin» (Al Hijr : 9). Cette conservation a été rendue possible grâce à une chaîne de garants qui se sont relayés pour le transmettre depuis l’époque du Prophète (que la paix soit sur lui) jusqu’à nos jours. Du temps de la Révélation, et sur ordre de Dieu, Gabriel était chargé de transmettre les versets et les sourates du Coran au Prophète, et chaque année, pendant le mois de Ramadan, ce qui était révélé du Coran faisait l’objet d’une révision générale par Gabriel et Mohammad. Toutefois, lors de la dernière année de la vie du Prophète, Gabriel va revoir à deux reprises le Coran avec le Prophète. Ce sera là la dernière révision(31). Le Coran sera ainsi appris par cœur (et préservé) par un groupe de Compagnons, érudits aux-mêmes, dont les quatre Califes et les célèbres spécialistes de lectures coraniques tels que ‘Abd Allah Ibn Mas’ûd, Ubayy Ibn Ka’b, Zayd Ibn Thâbet, Abû Mûsâ Al Ach’arî, Abû Ad-Dardâi, Abû Hurayra, ‘Abd Allah Ibn ‘Abbâs et 'Abd Allah Ibn Abî As-Sâib Al Makhzûmî.

Après ces spécialistes de lectures, d’autres personnes se sont redues célèbres en se spécialisant dans la récitation du Coran et dans l’enseignement de cette récitation. On peut citer entre autres : ‘Abd Allah Ibn ‘Ayyâch Al Makhzumî, Al Mughîra Ibn Abî Chihâb, ‘Abd Allah Ibn Habîb As-Salmî, Abû Al‘Aliah Ar-Riyyahî, Yazîd Ibn Alqa’qâ’Al Madanî, Chîba Ibn Nissah ainsi que les spécialistes de la lecture coranique dans les villes et dont le travail fut conservé dans l’ouvrage intitulé «As-sab’atu» de son auteur Ibn Mujahid Al Baghdâdî.

L’importance que les lecteurs accordèrent à la préservation et à la récitation du Coran fut telle qu’ils mirent au point une science autonome sur la manière de lire et de psalmodier le Texte sacré. C’est ainsi que des centaines d’ouvrages ont été rédigés sur ce sujet, comportant les règles fondamentales qui régissent cette science et qui se basent essentiellement sur la langue, l’authenticité de la transmission orale par la chaîne des garants et l’uniformisation de la graphie dans les recueils du Coran. L’authentificateur Ibn Al Jazrî résume ces trois règles dans des vers célèbres en arabe : «-Tout ce qui est conforme à la grammaire

Dont la graphie  est attestée

Et dont l’authenticité est assurée

Forment le Coran. Ce sont là ses trois piliers-»

Le premier pilier : La clarté de la langue

Etant donné que le Coran a été révélé dans une langue arabe qui se distingue par sa pureté et qui a étonné les maîtres de l’éloquence parmi les mécréants arabes, il a été impossible pour qui que ce soit de relever le défi qui consistait à imiter son style. Dieu a dit dans ce sens : «Dis : Quand les hommes et les génies se réuniraient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien de pareil, lors même qu’ils s’aideraient mutuellement» (Le Voyage nocturne : 88).

C’est la raison pour laquelle tout ce qui n’était pas conforme à la grammaire arabe dans la lecture du Coran fut pourchassé. Prononcer «Al Hamdi lullahî» à la place de «Al hamdu lillâhi» (Louange à Dieu, Souverain de l’Univers) de la sourate «L’Ouverture : 2» fut rejeté, mais par contre toute infraction grammaticale minime ne portant pas atteinte au message est permise quand son auteur  est un grand savant. Ainsi, par exemple, Hamza Ibn Habîb Az-Zayyât prononçait le vocable «arhâmi» (les entrailles) au lieu de «arhâma» dans la sourate «les Femmes : 1» (Craignez le Seigneur au nom duquel vous vous faites des demandes mutuelles. Respectez les entrailles qui vous ont portés).

La vocalisation d’Az-Zayyât pourrait être justifiée grammaticalement.

Dans le même ordre d’idées, diverses lectures du Coran sont agréées eu égard à la prononciation de certains phonèmes par différentes tribus arabes. On se base ici sur le Hadîth authentique qui dit que le«Coran a été révélé pourqu’il soit lu de sept manières». Parmi les récits qu’on a sur ce Hadîth, on rapporte que l’Imâm Ibn Chihâb, selon Ibn Chihâb, selon ‘Urwa Ibn Az-Zubaïr, selon ‘Abd Ar-Rahmân Ibn ‘Abd Al Qârrî, a dit : «J’ai entendu ‘Umar Ibn Al Khattâb dire : J’ai entendu Hichâm Ibn Hakîm Ibn Huzâm lire la sourate «Al Furqân» (La Distinction» d’une manière qui diffère de la mienne qui est d’ailleurs celle que j’ai apprise du Prophète (qua le paix soit sur lui). J’avais envie de l’arrêter pour le lui dire sur-le-champ, mais je me suis patienté. Ce n’est qu’un peu plus tard que je me suis rendu en sa Compagnie chez le Prophète (que la paix soit sur lui) à qui j’ai dit : «O Messager de Dieu ! J’ai entendu cet homme lire la sourate «Al Furqân» d’une manière autre que celle que j’ai apprise de vous». Le Prophète répondit : «Je l’ai lue telle qu’elle m’a été révélée», puis il m’a dit : «Lis». J’ai lu la sourate, puis il m’a dit : «C’est ainsi qu’elle a été révélée. Ce Coran a été révélé pour qu’il soit lu selon sept phonèmes. Choisissez-en celui que convienne.»(32)

Ce Hadîth est authentique, mais les avis sont partagés quant à son exégèse. Selon Ibn ‘Abbâs, le Prophète (que la paix soit sur lui) a dit : «Gabriel m’a fait lire le Coran d’une certaine manière, mais je n’ai pas pu l’imiter. Il l’a alors lu d’une autre manière différente de la première, mais toujours sans qu’il arrive à changer la mienne… A la fin, nous nous sommes rendu compte que nous sommes arrivés à lire le Coran de sept manières différentes(33). Il existe, pour ce Hadîth, d’autres interprétations qui se rapprochent(34).

Les érudits musulmans sont unanimes à dire que l’objectif visé par ce Hadîth est de ne pas compliquer l’existence de la Umma quant à la manière qu’il faut suivre pour lire le Coran. Par contre, ils sont très partagés en ce qui concerne la signification à donner au vocable «manières» («al ahruf» en arabe) dans le Hadîth susmentionné, Abû Châma a consacré tout un ouvrage sur ce qu’il entend par le vocable «manières». A signaler ici que chaque groupe de savants interprétait le Hadîth selon sa spécialité. Ainsi, les jurisconsultes disaient qu’il s’agissait là entre autres, de l’absolu et du relatif, du général et du particulier, de l’abrogeant et de l’abrogé, du texte et de l’exégèse, de l’implicite et de l’explicite, de l’exception et ses règles, etc… Les théologiens, eux, pensaient qu’il s’agissait de ce qui est licite et illicite, ce qui est authentique et apocryphe, de l’injonction et de l’interdiction, de la réprimande, de la promesse et de la menace… Pour les rhéteurs, ce ne pouvait être que l’omission, la liaison, l’explicite et l’implicite, la répétition et des figures de style telles que la métaphore, la métonymie… Pour les grammairiens, le terme «ahruf» désigne les idiomes des tribus arabes. Ils citèrent sept idiomes parlés respectivement par Qoraïch, Hudayl, Thaqîf, Hawâzin, Kinâna, Tamîm et le Yémen. C’était là l’avis d’Ibn ‘Abbâs. Les grammairiens citèrent des termes propres aux idiomes de ces tribus comme «Allahw» qui signifie «la femme» chez les habitants du Yémen, «yayas» c’est-à-dire  «connaître» chez les Hawâzin…

Les spécialistes des lectures du Coran ont des points de vue rapprochés à propos de la différence qui existe dans les lectures canoniques. Ces points de vue sont exposés dans les écrits d’auteurs comme Abû ‘Ubayd Allah Ibn Sallâm, Abû Hâtim As-Sijistânî, Ibn Qutayba et Abû Al Fadl Ar-Râzî. Quant à Ibn Al Jazrî, il résume son point de vue en disant : «Cela fait maintenant plus de trente ans que j’essaie de comprendre et d’élucider ce Hadîth et, grâce à l’aide de Dieu, je crois que je suis arrivé à ce qui pourrait être considéré comme la vérité… J’ai dû, pour ce faire, analyser toutes sortes de lectures, les meilleures comme les  pires…»(35) Le résultat auquel il est arrivé est, qu’entre ces différentes lectures, il y a sept nuances, ni plus, ni moins. Les voici :

1. Une différence dans la voyellisation des vocables qui ne porte pas atteinte au sens et qui n’entraîne aucune modification graphique :

Ex : [al bukhlu] (l’avarice) ou [al bahlu].

[yahsibu] (il pense) ou [yahsabu].

La forme graphique de ces vocables reste la même en arabe.

2. Une différence dans la voyellisation des vocables qui entraîne des modifications sémantiques. La graphie des vocables reste la même.

Dans «Adam apprit de son Seigneur des paroles de prière» (La vache : 37). «Adam» est prononcé en arabeAdamu (cas nominatif). Si ce nom est prononcé «Adama» (cas accusatif), ce qui est possible chez des lecteurs non avertis, il y a modification de sens.

3. Existence des paronymes en langue arabe.

Ex : [tablû] et [tatlû]

[nunazîka] et [nunzîka]

4. Une différence dans la graphie des vocables qui restent malgré tout des synonymes.

Ex : [basta] et [basta]

[asirât] et [asirât]

5. Une différence dans le sens et la graphie des vocables.

Ex : [a∫adu minkum] et [a∫adu minhum]

[yatalu] et [yatalu]

6. Vocables antéposés et postposés (ou l’inversion des vocables)

Ex : «Ils tueront et se feront tués» (Le Repentir : 111)

[yaqtulûn wa yuqtalûn]. On aura tendance à dire :

[fayuqtalun wa yaqtulun]

Le sens de ces deux phrases est totalement différent.

7. Les ajouts et les suppressions.

Ex : La suppression de [mâ] dans le verset suivant :

[wa mâ khalaqa adakara wa alunthâ]

«Par la nuit, quand elle étend son voile,

Par le jour, quand il brille de tout son éclat,

Par celui qui a créé le mâle et la femelle» [La nuit : 1-2-3]

Parmi les secrets de ce Hadîth est qu’il a été probablement rapporté lui-même selon «sept manières». Il a ainsi vu ses significations prendre des proportions très larges et jusqu’à présent, il reste sujet à d’autres interprétations possibles.

Grâce à ce Hadîth, le Prophète a démontré qu’il était possible aux fidèles de lire de plusieurs manières le Texte coranique. La Umma s’est donc trouvée à l’aise face à cette problématique, et on peut dire que ce Hadîth y est pour beaucoup dans la préservation du Coran. C’est un aspect de la Bénédiction du Très Haut dont a été gratifié le sceau des Prophètes et des Messagers, qui a donc été divinement inspiré pour émettre ce Hadîth, au sens pluriel. Le fait que les savants musulmans sont partagés sur la signification de ce dire est une preuve qu’il est ouvert à différentes interprétations qui ont été toutes bénéfiques pour la sauvegarde du Livre Sacré.

Le deuxième pilier :

Il s’agit ici de la concordance du Texte lu -tel qu’il est dans la mémoire de ceux qui l’apprennent par cœur- avec la prononciation de l’alphabet du Coran dit ottoman.

On ne sait pas exactement quel est le nombre d’exemplaires du Coran qui ont été transcrits à partir de la copie du Coran dit ottoman. Ce que l’on sait est qu’ils étaient cinq. Certaines sources disent qu’ils étaient sept et qu’ils ont été envoyés à la Mecque, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, à Basra et à Al Kûfa. Le septième fut gardé à Médine. Toutefois, les exemplaires du Coran qui sont connus sont celui de Médine, d’Al Kûfa, de Basra, de Syrie et de la Mecque. Chacun de ces exemplaires était connu comme étant le Recueil -Guide, sorte de vade-mecum qu’on consultait chaque fois qu’on rencontrait un problème de lecture du Texte sacré.

Il y avait, entre ces exemplaires du Coran, une différence minime qui concernait l’écriture, mais qui n’avait pas de répercussions sur la sémantique du Texte. Cette différence dans la graphie donnait une certaine latitude aux spécialistes de la lecture coranique, car notons-le, la graphie ottomane ne comportait ni voyellisation, ni ponctuation, ce qui donnait lieu à des variantes de lectures qui étaient en conformité avec l’esprit du «Hadîth des sept manières» ci-haut mentionné.

Les savants musulmans ont accordé une importance considérable à la forme de la graphie ottomane à laquelle ils se refusèrent à tout ajout ou suppression ou application d’une nouvelle règle orthographique. C’est ainsi qu’ils tenaient à préserver la forme graphique d’un vocable, même si elle ne correspondait plus à sa phonie. Ils ont écrit, par exemple, le vocable «aydin» (les mains : la puissance) avec deux (y) dans la sourate (Qui éparpillent : 47) : «Nous avons bâti le ciel par l’effort de notre puissance». De même qu’ils ont écrit «ayyuhâ» tantôt avec le alif et tantôt en le supprimant. Dans le même ordre d’idées, ils ont beaucoup hésité à employer les signes diacritiques et la voyellisation. Toutefois, à la fin du premier siècle de l’Hégire, ils ont été contraints à cet emploi pour éviter des erreurs éventuelles dans la lecture. Le précurseur dans ce domaine fut Abû Al Aswad Addualî. Puis ce fut au tour de Nasr Ibn ‘Âsim d’introduire les signes diacritiques dans la graphie pour distinguer entre eux les graphèmes identiques tels que le (b) :       , le (t) :      , et le (th):       qui, sans ces points s’écrivent de la même façon. On peut dire la même chose du (j) :       , du (h) :        , et du (h) :        .

Les premiers savants musulmans se sont évertués à utiliser, pour la voyellisation et les signes diacritiques, une encre de couleur différente de la couleur noire utilisée pour écrire la graphie consonantique arabe. Au IIème siècle de l’Hégire, d’autres innovations ont été introduites à la graphie arabe, comme par exemple les voyelles longues, en vue de prémunir la lecture du Coran contre des déviations préjudiciables à la compréhension. Le grammairien qui s’illustra dans ce domaine fut Al Khalîl Ibn Ahmad Al Farâhîdî (mort en 170 de l’Hégire/789 de l’ère chrétienne). On sauvegarda ainsi la graphie coranique et son esthétique et on n’a plus eu recours à des couleurs différentes pour distinguer entre les signes diacritiques et la voyellisation d’une part, et les graphèmes d’autre part.

Les déclamateurs du Coran ont écrit beaucoup d’ouvrages sur la calligraphie de ce Texte Sacré. On peut citer entre autres, les ouvrages d’Abû ‘Amr Ad-Dânî, d’Al Kharrâz Al-Maghribî et de ‘Abd Allah Ach-Chanqîtî. D’une manière générale, les Musulmans se sont ingéniés à conférer à la calligraphie utilisée dans le Coran toute la beauté et l’ornementation qu’un tel Texte mérite. Ils ont produit, dans ce domaine, des chefs d’œuvre incomparables. Les calligraphes les plus célèbres sont Ibn Al Bawwâb, Ibn Muqla et Ar-Riffâ’î Al Maghribî.

Le troisième pilier : l’authenticité de la chaîne des garants :

Il s’agit là du pilier le plus important qui confirme la façon véritable avec laquelle on doit lire le Saint-Coran, car quand la chaîne des garants arabe n’est l’objet d’aucune suspicion, tout ce qui émane d’elle est authentiquement arabe et est consigné dans le Coran.

Il faut noter ici que les spécialistes de la lecture du Texte coranique parmi les Compagnons et ceux qui sont venus après eux, accordaient la priorité à l’authenticité et à la véracité de la chaîne des garants. A l’époque du rassemblement du Coran dont il a été fait mention plus haut, ils n’ont admis que ce qui a été confirmé par le plus grand nombre possible d’autorités en la matière. De ce fait, le Texte sacré ainsi rassemblé ne comporte aucune déviation. Ce souci de ne tenir compte que de ce qui a été confirmé par le plus grand nombre de garants dont la crédibilité n’est contestée par personne les a incités à rejeter des phrases mentionnées dans certains recueils du Coran qui appartenaient à des spécialistes renommés comme ‘Abd Allah Ibn Mas’ûd et Ubayy Ibn Ka’b, car il s’est avéré, après de longues analyses et des comparaisons entre différents recueils du Coran, que ces phrases étaient de simples ajouts dont le rôle était la clarification et l’élucidation du texte coranique. Les auteurs de ces ajouts n’avaient pas encore acquis la maîtrise de l’organisation graphique du Texte Sacré avant de recourir à leurs procédés explicatifs, autrement cette maîtrise aurait pu leur permettre de distinguer dans leur texte ce qui est inspiration divine de ce qui est notices explicatives.

Il y a consensus de la Umma sur les lectures du Coran, lesquelles ont été léguées à travers le temps par sept grands déclamateurs dont les noms sont cités dans l’ouvrage d’Ibn Mujâhid. Il s’agit de Nâfi’ ‘Abd Ar-Rahmân Al Madanî, ‘Abd Allah Ibn Katîr Al Makkî, ‘Abd Allah Ibn ‘Amer Ad-Dimachqî, Abû ‘Amr Ibn Al‘Alâ Al Basrî, ‘Asim Ibn Bahdala, Hamza Az-Zayyât et Al Kisâî. Les spécialistes de la déclamation coranique en ont ajouté trois autres qui sont : Abû Ja’far Al Madanî, Khalaf Al Bazzâr et Ya’qûb Al Hadramî.

Ces lectures sont celles du Prophète lui-même (que la paix soit sur lui). Elles ont été transmises de génération en génération et se sont propagées parmi les savants des grands centres urbains et les gens qui savent lire. Plusieurs écrits leur ont été consacrés dont l’ouvrage d’Ibn Mujâhid, les études d’Al Qâsim Ach-Châtibî, le poème «Hirz al amânî» (l’amulette des espoirs) qui traite du contenu du livre intitulé «Attaysîr» d’Abû ‘Amr Ad-Dânî, lequel poème fut achevé par Ibn Al Jazrî par un autre poème qu’il appela «addurratu» (La perle) et qui est identique au poème d’Ach-Châtibî. Les deux poèmes sont devenus des références fondamentales dans l’enseignement de la lecture du Coran.

A noter enfin que les déclamateurs du Coran ont mis au point des critères pertinents pour la critique de l’héritage reçu dans le domaine de la lecture des textes coraniques et ont démontré si cet héritage provient ou non d’une chaîne de garants crédible. Tout ce qui leur a paru non conforme aux postulats des trois piliers susmentionnés a été catégoriquement rejeté.

L’exégèse et ses méthodes :

Le discours coranique est composé de versets explicites, dont le sens est clair, de versets synoptiques dont le sens n’est connu que de Dieu et des vétérans du savoir, et de versets hermétiques dont Dieu seul à l’accès au sens. Les Musulmans ont donc besoin de recourir à la Tradition (dires et actions du Prophète) ainsi qu’au patrimoine cultuel légué par les Compagnons et leurs disciples, pour bien comprendre le contenu de leur Livre Saint.

Les savants musulmans se sont beaucoup intéressés aux sciences exégétiques et ont suivi dans l’étude du Saint-Coran des méthodes diverses selon leurs propres spécialités. C’est ainsi que les grammairiens ont axé leurs travaux sur la sémantique et la flexion désinentielle comme cela a été le cas d’Abû ‘Ubaydah, d’Al Farrâ et de Sarrâj. Certains de ces grammairiens se sont particulièrement intéressés à la rhétorique et aux figures de style comme Az-Zamakhcharî dans son «Kachchâf» (Le vérificateur) et Al Baydâwî dans son «Tafsîr» (L’exégèse). Les théologiens, eux, se sont occupés surtout des préceptes et de leurs sources comme Ibn Al ‘Arabî Al Ma’âfirî Al Mâlikî et Abû Bakr Al Jassâch Al Hanafî. D’autres savants, par contre, ont tenté d’être plus exhaustifs dans leur approche du Texte coranique. Ils ont adopté des méthodes éclectiques et se sont inspirés des dires du Prophète et des Compagnons ainsi que des grammariens et des chefs des doctrines juridiques. Parmi les exégèses exhaustives les plus célèbres, citons celle de Mohammad Ibn Jarîr At-Tabarî (à l’époque ancienne) et celle de Mohammad At-Tâher Ibn ‘Achûr (à l’époque actuelle). Parmi les meilleures exégèses dont nous disposons, nous pouvons citer celles de ‘Abd Al Haqq Ibn ‘Atiyya, de Mohammad Ibn Ahmad Al Qortobî, d’Abû ‘Alî Al Fadl Ibn Al Hasan At-Tabarsî, de Chihâb Ad-dîn Al Alûsî et de bien d’autres.

Il faut signaler ici que l’Organisation Islamique compte parmi ses publications un ouvrage sur les exégèses les plus célèbres (quatre vingt dix à peu près) comportant des renseignements utiles sur les méthodes suivies dans ces exégèses et leur importance, ainsi qu’une bibliographie de leurs auteurs. L’introduction de cet ouvrage traite de la genèse de l’exégèse coranique, de son évolution et de son âge d’or(36).

Bref aperçu sur l’intelligibilité du Coran, ses significations et ses préceptes :

Du point de vue rhétorique, il est possible de distinguer dans le discours coranique quatre genres de versets :(37)

* Les versets explicites : Ici le sens ne prête à aucune équivoque. Exemple : «Quiconque d’entre vous verra poindre le croissant jeûnera tout le mois» [La Vache : 185]. La majorité des verserts coraniques sont explicites.

* Les versets ambigus : Le sens de ces versets n’est connu que de Dieu. Exemples : «Alif. Lâm. Mîm.» [La Vache : 1]

* «Alif. Lâm. Mîm.» [La Famille D’Imran : 1]

* «Alif. Lâm. Mîm.» [L’Araignée : 1]

* «Hâ. Mîm. » [La Délibération : 1]

* «Hâ. Mîm.» [La Fumée : 1]

* «Hâ. Mîm.» [Les Ornements : 1]

D’autres sourates ont des ouvertures identiques :

* Les versets à sens ambivalent : Il peut y avoir ici des termes à double sens, mais le contexte permet de lever toute ambiguïté.

Exemple : «Priez».

La prière peut signifier l’imploration de Dieu, mais elle peut également signifier le rite pratiqué cinq fois par jour par les Musulmans.

* Les versets synoptiques : Ce sont des versets qui ont besoin d’être explicités, car les termes qui y figurent peuvent être polysémiques. Exemple : «Les Femmes divorcées de vront attendre durant trois périodes menstruelles avant de se remarier» [La Vache : 227]. Le vocable (qar) en arabe peut signifier aussi bien «la chasteté» que «la période menstruelle».

Le discours coranique et ses destinataires :

Le discours, dans le Saint-Coran, est destiné d’abord à Mohammad (que la paix soit sur lui) en tant que sceau des Prophètes et des Messagers, ensuite aux fidèles qui ont cru à Dieu, puis aux gens du Livre et enfin à toute l’Humanité.

Dieu dit à l’adresse de Son Prophète : «Prophète, prends soin de porter aux hommes la Révélation qui t’est faite ! Si tu t’abstiens de le faire, tu auras failli à ta mission» [La Table servie : 67]. La transmission de la Révélation est une obligation pour le Prophète qui doit «annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes, les avertir et les convier vers Dieu avec Sa permission, à l’égal d’un flambeau rayonnant» [Les Coalisés : 46]. Le Prophète a donc pour mission d’amener les gens à obéir à Dieu, à croire en Ses Messagers et à ne pas douter de Son unicité. C’est une grande responsabilité à propos de laquelle Dieu a dit : «Des paroles lourdes de sens te seront bientôt transmises» (Celui qui s’enveloppe : 5)

Le Prophète était donc tenu, grâce au discours divin qui lui était adressé, d’expliquer aux gens la religion telle qu’elle doit être appliquée. C’est ainsi qu’il leur a démontré ce qui leur était permis et ce qui leur était prohibé. Il les a libérés de l’emprise de la gentilité après le rejet, par eux, de la religion d’Abraham. Bref, le Prophète a fait parvenir aux gens ce dernier Message divin qui ne leur causa aucune peine, ni aucune difficulté. Dieu a dit : «C’est Lui (Dieu) qui vous a promu à cet honneur, ne vous  astreignant à nulle gêne dans votre religion, la religion de votre père Abraham. C’est Dieu même qui vous appela autrefois déjà «Les Soumis» [Le Pèlerinage : 78]. Il a dit également : «Point de contrainte en religion. La vérité est désormais distincte de l’erreur» [La Vache : 256]

Quant au discours adressé aux Musulmans, il a pour objectif de les amener à croire à la mission de Mohammad, d’accomplir ce qu’il leur ordonne et d’éviter ce qu’il leur interdit. Dieu a dit :«Ce que le Messager vous donne, prenez-le et ce qu’il vous refuse, renoncez-y» [L’Exode : 7].

Dieu a ordonné qu’on prenne soin de l’unité de la Umma, de la sauvegarde de son existence, de sa dignité et de la fraternité islamique. Dieu a dit : «Toutes ces religions n’étaient qu’une religion, Je suis votre Seigneur, adorez-moi». [Les Prophètes : 92]. Il a dit aussi : «Les croyants sont frères. Rétablissez la paix entre vos frères! Craignez Dieu afin qu’il vous fasse miséricorde!» [Les Appartements : 10]. «Demeurez tous fermement attachés au pacte de Dieu, ne soyez pas désunis» [La Famille D’Imran : 103]. «Ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et ont divergé après avoir reçu Nos Preuves décisives. Voilà ceux qu’attend un terrible châtiment»[La Famille d’Imran : 105]. «Fuyez toute dispute entre vous, qui affaiblirait votre mordant et entamerait vos chances de succès! Soyez patients! Dieu est avec les patients». [Le Butin : 46].

Dieu a aussi ordonné aux Musulmans de faire le Bien et d’éviter le Mal. «Vous êtes la meilleure communauté qui ait émergé face aux nations. Vous recommandez le Bien, proscrivez le Mal et croyez en Dieu» [La Famille d’Imran : 110]. Il leur a imposé de se constituer en une nation qu’il a qualifiée de «juste milieu» et qui doit propager la religion musulmane, religion de Bien, à toute l’Humanité :«Nous fîmes ainsi de vous la communauté du Juste milieu, vous érigeant en témoins vis-à-vis des hommes, et instituant envers vous pour témoin Notre Envoyé»

Dans le Saint-Coran, le discours est aussi adressé aux gens du Livre, c’est-à-dire les Juifs et les Chrétiens qui ont, en Islam, une situation particulière qui les distingue des Non-Musulmans. Le Saint-Coran les a conviés à revoir ce qu’ils entendent par l’unicité de Dieu, et par là à repenser leur religion. Il leur a démontré que le véritable croyant est celui qui croit à tous les Messagers, qui ne fait aucune distinction entre eux, et qui rectifie toutes les erreus et les déviations qui ont altéré leurs missions prophétiques et les religions qu’ils ont prêchées. Dieu a dit : «Dis : O Gens des Ecritures! Convenons les uns et les autres de ce point commun entre nous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, sans Lui adjoindre d’associé, de ne pas nous prendre les uns et les autres pour divinités, en dehors de Dieu» [La Famille d’Imran : 64]. Si les pratiques cultuelles propagées par les Prophètes diffèrent entre elles, il ne faut pas perdre de vue que la religion, en tant que foi, n’est qu’une. Dieu a prohibé tout schisme en religion. Il a dit : «Il institue pour vous, en fait de religion, ce qu’Il avait prescrit à Noé, ce qui t’est révélé à toi-même, ce qui fut donné auparavant à Abrahal, à Moïse, à Jésus. «Acquittez-vous, leur fut-il prescrit, du culte du Seigneur! N’en faites point, entre vous, un sujet de division!» [La Délibération : 13]. Ceci étant, les gens doivent embrasser la dernière religion révélée.

Le récit de Moïse, l’interlocuteur de Dieu, revient souvent dans le Coran au point qu’on a taxé ce dernier de mosaïque. Dieu a dit : «Parle aussi de Moïse dans le Livre. Il était un élu du Seigneur, un Messager et un Prophète. Nous l’appelâmes du versant droit du Sinaï et l’admîmes en Notre intimité» [Marie : 51-52].

Le Coran affirme que Jésus est bien le Verbe divin déposé dans le sein de Marie et un Esprit émanant du Seigneur. Jésus est donc un seviteur de Dieu et un Messager. Dieu  a fait de lui et de sa mère des modèles de vertu pour l’Humanité. Dieu a dit : «Vous, Gens des Ecritures, ne soyez pas excessifs dans vos dogmes! Efforcez-vous de dire uniquement la vérité à propos de Dieu. Le Messie, Jésus, fils de Marie est seulement l’Envoyé de Dieu, Son verbe déposé dans le sein de Marie, un Esprit émanant du Seigneur! Croyez en Dieu et en Ses Prophètes, mais ne parlez pas de Trinité! Finissez-en; cela vaudra mieux pour vous. Dieu est foncièrement Un. A lui ne plaise d’avoir un Fils : Sa Gloire ne saurait y consentir. Il est le Maître des cieux et de la terre. Il répond à Lui seul de toute chose!» [Les Femmes : 171].

Le discours coranique adressé à l’ensemble de l’Humanité invite tous les gens, croyants et impies, à n’associer aucune divinité à Dieu, à Le vénérer tout seul et surtout à ne pas croire qu’Il a un Père, un Fils et une Epouse. Dieu a dit : «Il fut un jour où Dieu tira des reins des fils d’Adam l’ensemble de leurs descendants, et leur demanda, requérant leur temoignage formel : «Ne suis-je pas votre Seigneur?». Tous répondirent : «Nous en témoignons!» Ainsi, après un tel aveu, ne pourrez-vous plus vous prévaloir de votre ignorance une fois que vous serez ressuscités. Ni encore moins alléguer : «Ce sont nos premiers pères qui ont prêté des associés à Dieu et nous avons hérité de leur culte. Quoi! Nous feras-tu expier leurs impostures?» [Al A’râf : 172-173]. Dieu a donc ordonné aux êtres humains d’implorer Sa grâce, de craindre Son châtiment et ne leur a demandé, en matière de religion, que ce dont ils sont capables de faire. Il a dit : «Dieu ne charge nulle âme au-dessus de ses moyens; et selon qu’elle agit bien ou mal, elle en sera avantagée ou desservie». [La Vache : 286]. «Qui  suit le droit sentier le suit pour son bien ; quiconque en dévie le fait à son détriment. Nul n’aura à assumer la faute d’autrui ; nul peuple ne subit un châtiment  qu’un messager de Nous ne l’ait déjà averti!» [Le Voyage nocturne : 15].

Par ailleurs, le discours coranique invite les gens à respecter les droits humains, à établir entre eux des rapports basés sur le bien et à éviter l’injustice et les turpitudes. Dieu a dit : «Dieu prescrit l’équité, la charité, l’assistance bienveillante aux proches. Il proscrit la turpitude, réprouve l’inconvenance, stigmatise la violence injustifiée. Dieu vous exhorte ainsi pour vous inciter à réfléchir» [l’Abeille : 90]. «Humains! Nous vous créâmes d’un mâle et d’une femelle, pour vous répartir ensuite en nations et en tribus : ainsi vous pourrez vous connaître entre vous. Les plus honorables d’entre vous auprès de Dieu sont les plus pieux. Dieu est si bien informé, si clairvoyant à votre sujet.» [Les Appartements : 13].

C’est là donc le discours adressé à l’Humanité d’une manière générale. Il est adressé aux mécréants pourqu’ils croient en Dieu, et aux croyants pourqu’ils répandent le Bien autour d’eux. C’est un discours qui demande que les droits de Dieu soient respectés. Dieu est Un. On doit Le vénérer et Lui obéir. Il demande aussi que les droits des Prophètes soient reconnus. On doit les croire et suivre leur enseignement. Il demande enfin que les droits de l’homme soient respectés. Les hommes doivent chercher à se connaître mutuellement, s’entraider et vivre dans la tolérance.

La traduction des significations du message coranique :

Le Coran est révélé en langue arabe et est destiné à l’Humanité entière. Comme il y a eu beaucoup de nations non arabes qui ont embrassé l’Islam, elles se sont empressées à apprendre le Coran par cœur pour accomplir les prières et connaître parfaitment son message et sa philosophie afin d’agir en conséquence. Les Musulmans non arabes se sont donc mis à apprendre la langue du Coran dans laquelle ils ont excellé et il est à remarquer ici que beaucoup de savants musulmans n’étaient pas d’origine arabe comme par exemple Sîbawayh, Abû ‘Alî Al Fârisî et Az-Zamakhcharî. Certains autres Musulmans dont l’idiome maternel n’était pas l’arabe se sont vus obligés de se laisser aider, pour bien connaître la religion islamique, par la traduction du message véhiculé par le Coran, laquelle traduction a commencé très tôt en terre d’Islam. Ainsi rapporte t-on que Salmân Al Fârisî a traduit la sourate «l’Ouverture» en perse et qu’Abû Hanîfa a permis à ceux qui ne connaissent pas l’arabe de se contenter, lors des prières, de la traduction du sens véhiculé par cette sourate. On rapporte également que les significations contenues dans le Coran ont été traduites en syriaque du temps d’Al Hajjâj Ibn Yûsuf.

Avec l’expansion extraordinaire de l’Islam, les traductions du message coranique se multiplièrent. Leurs nombres se comptaient par milliers et elles étaient faites dans plus de soixante langues différentes. Les meilleures d’entre elles furent les traductions en langue perse et turcque qui partagent avec la langue arabe et l’alphabet et une partie du lexique. Les affinités qui existaient entre les savants perses, turcs et arabes qui se partagaient la même foi et la même culture, étaient à l’origine de la réussite des traductions du message coranique en perse et en turc.

Le message coranique fut aussi traduit en langue urdu, langue d’un grand nombre de savants musulmans, ainsi qu’en langues chinoise, nipponne et en plusieurs langue africaines dont le swahili en particulier.

En Europe, les idées coraniques furent traduites en latin au milieu du XIIème siècle de l’ère chrétienne, puis les traductions se sont succédé dans les langues vivantes telles que l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien, l’allemand. La publication de ces traductions eut lieu à partir du XVIème  siècle, mais ce qu’il faut remarquer ici c’est que les traductions européennes étaient, dans leur totalité de basse facture. Le message coranique fut sciemment ou par simple ignorance complètement dénaturé. Ce n’est que ces derniers temps que parurent des traductions effectuées par des savants et des linguistes arabes qui ont pu rectifier bon nombre d’erreurs dont étaient truffées les premières traductions.

Publications du Coran, des exégèses et des traductions coraniques par les moyens d’impression moderne

L’imprimerie a été inventée en Europe au XVème  siècle et la première édition du Coran parue, en dehors du monde islamique, fut à Venise (Italie) au début du XVIème  siècle.

Le retard qu’a pris l’impression du Coran par rapport à la date de l’invention de l’imprimerie est dû à deux causes :

- La première est que l’imprimerie n’a connu son essor dans le monde islamique qu’à une date tardive par rapport à la date de l’invention de l’imprimerie.

- La seconde réside dans le fait que les savants musulmans ont hésité à imprimer le Coran de peur de défigurer sa calligraphie à laquelle ils tenaient beaucoup. Un autre problème qui les inquiétait est le sacrilège qui pouvait être commis en confiant l’impression du Coran, Livre Sacré, à des Non-Musulmans. Leur attitude hésitante était justifiée par le fait que l’édition de Venise était bourrée d’erreurs graves et ce, dès la sourate «l’Ouverture», et que l’édition de Hambourg qui a suivi celle de Venise, était elle aussi déformée, car elle a considéré le Coran comme l’œuvre de Mohammad et n’a, à aucun moment, parlé de son message prophétique.

Avec le progrès technologique et la participation de la Umma islamique dans la diffusion du savoir par le biais de l’imprimerie, les Musulmans ont pu trouver les solutions idoines pour une impression du Coran qui tienne compte de ses règles calligraphiques et typographiques ainsi que de sa sacralisation.

Les publications du Coran se sont succédé et à chaque nouvelle édition, la qualité matérielle connaissait un haut degré de perfectionnement. On peut signaler ici que, parmi les Institutions islamiques modernes qui se sont spécialisées dans l’édition du Coran et les traductions de ses significations, il y a «l’Académie du Roi Fahd» à Médine. Cette Académie publie des millions d’exemplaires du Coran dont la révision, avant sa publication, est assurée par d’éminents spécialistes dans les études coraniques et l’art de la déclamation. On peut citer aussi le travail accompli dans ce domaine par les Ministères des Affaires religieuses dans les pays islamiques ainsi que par l’Université Al Azhar en Egypte et bien d’autres Organismes publics et privés.

Aujourd’hui, le Coran -son exégèse et ses traductions- peut être consulté sur internet. Toutefois, certains sites non contrôlés par les Musulmans, présentent des éditions du Coran où les erreurs typographiques ne manquent pas.

 


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