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Dr
Mohammad Mokhtar Ould Bah
Section III
Sciences Coraniques
Dès
le début de l’Islam, Les Musulmans ont eu à réfléchir sur
les versets coraniques obscurs qui leur faisaient problème.
Les Compagnons d’abord et les Docteurs la loi ensuite se
sont adonnés à l’exégèse et à l’explicitation de ces
versets. D’où la naissance de ce qui a été appelé «les
sciences coraniques» que Az-Zarkachî et Jalâl Ad-Dîn
Assuyûtî ont respectivement résumées dans leurs ouvrages «Al
Burhân» et «Al itqânu fî ‘ulûmi al qurqâni»(30).
Les
savants se sont mis d’accord pour dire qu’une partie du
Coran était mecquoise et qu’une autre était médinoise, mais
ils sont partagés quant à la signification à donner à cette
distinction. Certains d’entre eux disent que les sourates
révélées avant l’Hégire sont mecquoises et celles révélées
après sont médinoises. D’autres avancent que les sourates
doivent porter le nom de l’endroit où elles ont été
révélées. Or, le Coran n’a pas été révélé à la Mecque et à
Médine seulement . Quelques versets sont de Minan comme
celui où Dieu dit : «Redoutez enfin le jour où vous aurez à
comparaître devant Dieu, où chacun recevra le prix de ses
actes et où personne ne sera lésée» (La Vache : 281),
d’autres versets sont de ‘Arafat comme celui où Dieu dit :
«J’amène en ce jour votre culte à son point de perfection,
vous accorde le summum de Ma grâce, et agrée pour vous
l’Islam pour religion». (La Table servie : 3), et d’autres
versets encore sont de Al Juhfa, etc…
Un
autre groupe de savants propose que les sourates relatives
aux habitants de la Mecque soient qualifiées de mecquoises,
celles concernant la population de Médine soient qualifiées,
de leur côté, médinoises et ainsi de suite. Ainsi
envisagées, beaucoup de sourates ne seraient alors ni
mecquoises, ni médinoises comme par exemple la sourate «Le
Récit».
L’opinion générale a opté pour la première classification,
celle qui distingue les sourates mecquoises des sourates
médinoises. L’important ici c’est que chacune de ces deux
catégories de sourates a ses propres caractéristiques. Ainsi
les sourates mecquoises se distinguent par leur appel
apologétique à l’unicité divine et leur condamnation de
l’hérésie. Elles promettent beaucoup de récompenses aux
fidèles et beaucoup de châtiments aux infidèles… Le tout
présenté sous forme de récits afin que les gens aient des
exemples devant eux et n’oublient point les issues heureuses
ou malheureuses qui les attendent. Quant aux sourates
médinoises, elles s’adressent aux fidèles, leur exposent les
préceptes de la religion et les invitent au Jihad pour la
cause de Dieu. La réprobation des hypocrites et des
mécréants a ici sa place, de même que la rétribution des
fidèles et le châtiment des impies.
Naissance des sciences des lectures coraniques (Qira’at)
Que
le Coran ait été préservé est un des signes de son caractère
inimitable et miraculeux, et le Très-Haut s’est occupé
Lui-même de cette préservation : «Nous avons fait descendre
l’Avertissement (le Coran) et Nous le conservons avec soin»
(Al Hijr : 9). Cette conservation a été rendue possible
grâce à une chaîne de garants qui se sont relayés pour le
transmettre depuis l’époque du Prophète (que la paix soit
sur lui) jusqu’à nos jours. Du temps de la Révélation, et
sur ordre de Dieu, Gabriel était chargé de transmettre les
versets et les sourates du Coran au Prophète, et chaque
année, pendant le mois de Ramadan, ce qui était révélé du
Coran faisait l’objet d’une révision générale par Gabriel et
Mohammad. Toutefois, lors de la dernière année de la vie du
Prophète, Gabriel va revoir à deux reprises le Coran avec le
Prophète. Ce sera là la dernière révision(31). Le Coran sera
ainsi appris par cœur (et préservé) par un groupe de
Compagnons, érudits aux-mêmes, dont les quatre Califes et
les célèbres spécialistes de lectures coraniques tels que
‘Abd Allah Ibn Mas’ûd, Ubayy Ibn Ka’b, Zayd Ibn Thâbet, Abû
Mûsâ Al Ach’arî, Abû Ad-Dardâi, Abû Hurayra, ‘Abd Allah Ibn
‘Abbâs et 'Abd Allah Ibn Abî As-Sâib Al Makhzûmî.
Après ces spécialistes de lectures, d’autres personnes se
sont redues célèbres en se spécialisant dans la récitation
du Coran et dans l’enseignement de cette récitation. On peut
citer entre autres : ‘Abd Allah Ibn ‘Ayyâch Al Makhzumî, Al
Mughîra Ibn Abî Chihâb, ‘Abd Allah Ibn Habîb As-Salmî, Abû
Al‘Aliah Ar-Riyyahî, Yazîd Ibn Alqa’qâ’Al Madanî, Chîba Ibn
Nissah ainsi que les spécialistes de la lecture coranique
dans les villes et dont le travail fut conservé dans
l’ouvrage intitulé «As-sab’atu» de son auteur Ibn Mujahid Al
Baghdâdî.
L’importance que les lecteurs accordèrent à la préservation
et à la récitation du Coran fut telle qu’ils mirent au point
une science autonome sur la manière de lire et de psalmodier
le Texte sacré. C’est ainsi que des centaines d’ouvrages ont
été rédigés sur ce sujet, comportant les règles
fondamentales qui régissent cette science et qui se basent
essentiellement sur la langue, l’authenticité de la
transmission orale par la chaîne des garants et
l’uniformisation de la graphie dans les recueils du Coran.
L’authentificateur Ibn Al Jazrî résume ces trois règles dans
des vers célèbres en arabe : «-Tout ce qui est conforme à la
grammaire
Dont la graphie est attestée
Et
dont l’authenticité est assurée
Forment le Coran. Ce sont là ses trois piliers-»
Le
premier pilier : La clarté de la langue
Etant donné que le Coran a été révélé dans une langue arabe
qui se distingue par sa pureté et qui a étonné les maîtres
de l’éloquence parmi les mécréants arabes, il a été
impossible pour qui que ce soit de relever le défi qui
consistait à imiter son style. Dieu a dit dans ce sens :
«Dis : Quand les hommes et les génies se réuniraient pour
produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne
produiraient rien de pareil, lors même qu’ils s’aideraient
mutuellement» (Le Voyage nocturne : 88).
C’est la raison pour laquelle tout ce qui n’était pas
conforme à la grammaire arabe dans la lecture du Coran fut
pourchassé. Prononcer «Al Hamdi lullahî» à la place de «Al
hamdu lillâhi» (Louange à Dieu, Souverain de l’Univers) de
la sourate «L’Ouverture : 2» fut rejeté, mais par contre
toute infraction grammaticale minime ne portant pas atteinte
au message est permise quand son auteur est un grand
savant. Ainsi, par exemple, Hamza Ibn Habîb Az-Zayyât
prononçait le vocable «arhâmi» (les entrailles) au lieu de «arhâma»
dans la sourate «les Femmes : 1» (Craignez le Seigneur au
nom duquel vous vous faites des demandes mutuelles.
Respectez les entrailles qui vous ont portés).
La
vocalisation d’Az-Zayyât pourrait être justifiée
grammaticalement.
Dans le même ordre d’idées, diverses lectures du Coran sont
agréées eu égard à la prononciation de certains phonèmes par
différentes tribus arabes. On se base ici sur le Hadîth
authentique qui dit que le«Coran a été révélé pourqu’il soit
lu de sept manières». Parmi les récits qu’on a sur ce
Hadîth, on rapporte que l’Imâm Ibn Chihâb, selon Ibn Chihâb,
selon ‘Urwa Ibn Az-Zubaïr, selon ‘Abd Ar-Rahmân Ibn ‘Abd Al
Qârrî, a dit : «J’ai entendu ‘Umar Ibn Al Khattâb dire :
J’ai entendu Hichâm Ibn Hakîm Ibn Huzâm lire la sourate «Al
Furqân» (La Distinction» d’une manière qui diffère de la
mienne qui est d’ailleurs celle que j’ai apprise du Prophète
(qua le paix soit sur lui). J’avais envie de l’arrêter pour
le lui dire sur-le-champ, mais je me suis patienté. Ce n’est
qu’un peu plus tard que je me suis rendu en sa Compagnie
chez le Prophète (que la paix soit sur lui) à qui j’ai dit :
«O Messager de Dieu ! J’ai entendu cet homme lire la sourate
«Al Furqân» d’une manière autre que celle que j’ai apprise
de vous». Le Prophète répondit : «Je l’ai lue telle qu’elle
m’a été révélée», puis il m’a dit : «Lis». J’ai lu la
sourate, puis il m’a dit : «C’est ainsi qu’elle a été
révélée. Ce Coran a été révélé pour qu’il soit lu selon sept
phonèmes. Choisissez-en celui que convienne.»(32)
Ce
Hadîth est authentique, mais les avis sont partagés quant à
son exégèse. Selon Ibn ‘Abbâs, le Prophète (que la paix soit
sur lui) a dit : «Gabriel m’a fait lire le Coran d’une
certaine manière, mais je n’ai pas pu l’imiter. Il l’a alors
lu d’une autre manière différente de la première, mais
toujours sans qu’il arrive à changer la mienne… A la fin,
nous nous sommes rendu compte que nous sommes arrivés à lire
le Coran de sept manières différentes(33). Il existe, pour
ce Hadîth, d’autres interprétations qui se rapprochent(34).
Les
érudits musulmans sont unanimes à dire que l’objectif visé
par ce Hadîth est de ne pas compliquer l’existence de la
Umma quant à la manière qu’il faut suivre pour lire le
Coran. Par contre, ils sont très partagés en ce qui concerne
la signification à donner au vocable «manières» («al ahruf»
en arabe) dans le Hadîth susmentionné, Abû Châma a consacré
tout un ouvrage sur ce qu’il entend par le vocable
«manières». A signaler ici que chaque groupe de savants
interprétait le Hadîth selon sa spécialité. Ainsi, les
jurisconsultes disaient qu’il s’agissait là entre autres, de
l’absolu et du relatif, du général et du particulier, de
l’abrogeant et de l’abrogé, du texte et de l’exégèse, de
l’implicite et de l’explicite, de l’exception et ses règles,
etc… Les théologiens, eux, pensaient qu’il s’agissait de ce
qui est licite et illicite, ce qui est authentique et
apocryphe, de l’injonction et de l’interdiction, de la
réprimande, de la promesse et de la menace… Pour les
rhéteurs, ce ne pouvait être que l’omission, la liaison,
l’explicite et l’implicite, la répétition et des figures de
style telles que la métaphore, la métonymie… Pour les
grammairiens, le terme «ahruf» désigne les idiomes des
tribus arabes. Ils citèrent sept idiomes parlés
respectivement par Qoraïch, Hudayl, Thaqîf, Hawâzin, Kinâna,
Tamîm et le Yémen. C’était là l’avis d’Ibn ‘Abbâs. Les
grammairiens citèrent des termes propres aux idiomes de ces
tribus comme «Allahw» qui signifie «la femme» chez les
habitants du Yémen, «yayas» c’est-à-dire «connaître» chez
les Hawâzin…
Les
spécialistes des lectures du Coran ont des points de vue
rapprochés à propos de la différence qui existe dans les
lectures canoniques. Ces points de vue sont exposés dans les
écrits d’auteurs comme Abû ‘Ubayd Allah Ibn Sallâm, Abû
Hâtim As-Sijistânî, Ibn Qutayba et Abû Al Fadl Ar-Râzî.
Quant à Ibn Al Jazrî, il résume son point de vue en disant :
«Cela fait maintenant plus de trente ans que j’essaie de
comprendre et d’élucider ce Hadîth et, grâce à l’aide de
Dieu, je crois que je suis arrivé à ce qui pourrait être
considéré comme la vérité… J’ai dû, pour ce faire, analyser
toutes sortes de lectures, les meilleures comme les
pires…»(35) Le résultat auquel il est arrivé est, qu’entre
ces différentes lectures, il y a sept nuances, ni plus, ni
moins. Les voici :
1.
Une différence dans la voyellisation des vocables qui ne
porte pas atteinte au sens et qui n’entraîne aucune
modification graphique :
Ex
: [al bukhlu] (l’avarice) ou [al bahlu].
[yahsibu]
(il pense) ou [yahsabu].
La
forme graphique de ces vocables reste la même en arabe.
2.
Une différence dans la voyellisation des vocables qui
entraîne des modifications sémantiques. La graphie des
vocables reste la même.
Dans «Adam apprit de son Seigneur des paroles de prière» (La
vache : 37). «Adam» est prononcé en arabeAdamu (cas
nominatif). Si ce nom est prononcé «Adama» (cas accusatif),
ce qui est possible chez des lecteurs non avertis, il y a
modification de sens.
3.
Existence des paronymes en langue arabe.
Ex
: [tablû] et [tatlû]
[nunazîka]
et [nunzîka]
4.
Une différence dans la graphie des vocables qui restent
malgré tout des synonymes.
Ex
: [basta] et [basta]
[asirât]
et [asirât]
5.
Une différence dans le sens et la graphie des vocables.
Ex
: [a∫adu minkum] et [a∫adu minhum]
[yatalu]
et [yatalu]
6.
Vocables antéposés et postposés (ou l’inversion des
vocables)
Ex
: «Ils tueront et se feront tués» (Le Repentir : 111)
[yaqtulûn
wa yuqtalûn]. On aura tendance à dire :
[fayuqtalun
wa yaqtulun]
Le
sens de ces deux phrases est totalement différent.
7.
Les ajouts et les suppressions.
Ex
: La suppression de [mâ] dans le verset suivant :
[wa
mâ khalaqa adakara wa alunthâ]
«Par la nuit, quand elle étend son voile,
Par
le jour, quand il brille de tout son éclat,
Par
celui qui a créé le mâle et la femelle» [La nuit : 1-2-3]
Parmi les secrets de ce Hadîth est qu’il a été probablement
rapporté lui-même selon «sept manières». Il a ainsi vu ses
significations prendre des proportions très larges et
jusqu’à présent, il reste sujet à d’autres interprétations
possibles.
Grâce à ce Hadîth, le Prophète a démontré qu’il était
possible aux fidèles de lire de plusieurs manières le Texte
coranique. La Umma s’est donc trouvée à l’aise face à cette
problématique, et on peut dire que ce Hadîth y est pour
beaucoup dans la préservation du Coran. C’est un aspect de
la Bénédiction du Très Haut dont a été gratifié le sceau des
Prophètes et des Messagers, qui a donc été divinement
inspiré pour émettre ce Hadîth, au sens pluriel. Le fait que
les savants musulmans sont partagés sur la signification de
ce dire est une preuve qu’il est ouvert à différentes
interprétations qui ont été toutes bénéfiques pour la
sauvegarde du Livre Sacré.
Le
deuxième pilier :
Il
s’agit ici de la concordance du Texte lu -tel qu’il est dans
la mémoire de ceux qui l’apprennent par cœur- avec la
prononciation de l’alphabet du Coran dit ottoman.
On
ne sait pas exactement quel est le nombre d’exemplaires du
Coran qui ont été transcrits à partir de la copie du Coran
dit ottoman. Ce que l’on sait est qu’ils étaient cinq.
Certaines sources disent qu’ils étaient sept et qu’ils ont
été envoyés à la Mecque, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, à
Basra et à Al Kûfa. Le septième fut gardé à Médine.
Toutefois, les exemplaires du Coran qui sont connus sont
celui de Médine, d’Al Kûfa, de Basra, de Syrie et de la
Mecque. Chacun de ces exemplaires était connu comme étant le
Recueil -Guide, sorte de vade-mecum qu’on consultait chaque
fois qu’on rencontrait un problème de lecture du Texte
sacré.
Il
y avait, entre ces exemplaires du Coran, une différence
minime qui concernait l’écriture, mais qui n’avait pas de
répercussions sur la sémantique du Texte. Cette différence
dans la graphie donnait une certaine latitude aux
spécialistes de la lecture coranique, car notons-le, la
graphie ottomane ne comportait ni voyellisation, ni
ponctuation, ce qui donnait lieu à des variantes de lectures
qui étaient en conformité avec l’esprit du «Hadîth des sept
manières» ci-haut mentionné.
Les
savants musulmans ont accordé une importance considérable à
la forme de la graphie ottomane à laquelle ils se refusèrent
à tout ajout ou suppression ou application d’une nouvelle
règle orthographique. C’est ainsi qu’ils tenaient à
préserver la forme graphique d’un vocable, même si elle ne
correspondait plus à sa phonie. Ils ont écrit, par exemple,
le vocable «aydin» (les mains : la puissance) avec deux (y)
dans la sourate (Qui éparpillent : 47) : «Nous avons bâti le
ciel par l’effort de notre puissance». De même qu’ils ont
écrit «ayyuhâ» tantôt avec le alif et tantôt en le
supprimant. Dans le même ordre d’idées, ils ont beaucoup
hésité à employer les signes diacritiques et la
voyellisation. Toutefois, à la fin du premier siècle de
l’Hégire, ils ont été contraints à cet emploi pour éviter
des erreurs éventuelles dans la lecture. Le précurseur dans
ce domaine fut Abû Al Aswad Addualî. Puis ce fut au tour de
Nasr Ibn ‘Âsim d’introduire les signes diacritiques dans la
graphie pour distinguer entre eux les graphèmes identiques
tels que le (b) : , le (t) : , et le (th):
qui, sans ces points s’écrivent de la même façon. On peut
dire la même chose du (j) : , du (h) : , et du
(h) : .
Les
premiers savants musulmans se sont évertués à utiliser, pour
la voyellisation et les signes diacritiques, une encre de
couleur différente de la couleur noire utilisée pour écrire
la graphie consonantique arabe. Au IIème siècle de l’Hégire,
d’autres innovations ont été introduites à la graphie arabe,
comme par exemple les voyelles longues, en vue de prémunir
la lecture du Coran contre des déviations préjudiciables à
la compréhension. Le grammairien qui s’illustra dans ce
domaine fut Al Khalîl Ibn Ahmad Al Farâhîdî (mort en 170 de
l’Hégire/789 de l’ère chrétienne). On sauvegarda ainsi la
graphie coranique et son esthétique et on n’a plus eu
recours à des couleurs différentes pour distinguer entre les
signes diacritiques et la voyellisation d’une part, et les
graphèmes d’autre part.
Les
déclamateurs du Coran ont écrit beaucoup d’ouvrages sur la
calligraphie de ce Texte Sacré. On peut citer entre autres,
les ouvrages d’Abû ‘Amr Ad-Dânî, d’Al Kharrâz Al-Maghribî et
de ‘Abd Allah Ach-Chanqîtî. D’une manière générale, les
Musulmans se sont ingéniés à conférer à la calligraphie
utilisée dans le Coran toute la beauté et l’ornementation
qu’un tel Texte mérite. Ils ont produit, dans ce domaine,
des chefs d’œuvre incomparables. Les calligraphes les plus
célèbres sont Ibn Al Bawwâb, Ibn Muqla et Ar-Riffâ’î Al
Maghribî.
Le
troisième pilier : l’authenticité de la chaîne des garants :
Il
s’agit là du pilier le plus important qui confirme la façon
véritable avec laquelle on doit lire le Saint-Coran, car
quand la chaîne des garants arabe n’est l’objet d’aucune
suspicion, tout ce qui émane d’elle est authentiquement
arabe et est consigné dans le Coran.
Il
faut noter ici que les spécialistes de la lecture du Texte
coranique parmi les Compagnons et ceux qui sont venus après
eux, accordaient la priorité à l’authenticité et à la
véracité de la chaîne des garants. A l’époque du
rassemblement du Coran dont il a été fait mention plus haut,
ils n’ont admis que ce qui a été confirmé par le plus grand
nombre possible d’autorités en la matière. De ce fait, le
Texte sacré ainsi rassemblé ne comporte aucune déviation. Ce
souci de ne tenir compte que de ce qui a été confirmé par le
plus grand nombre de garants dont la crédibilité n’est
contestée par personne les a incités à rejeter des phrases
mentionnées dans certains recueils du Coran qui
appartenaient à des spécialistes renommés comme ‘Abd Allah
Ibn Mas’ûd et Ubayy Ibn Ka’b, car il s’est avéré, après de
longues analyses et des comparaisons entre différents
recueils du Coran, que ces phrases étaient de simples ajouts
dont le rôle était la clarification et l’élucidation du
texte coranique. Les auteurs de ces ajouts n’avaient pas
encore acquis la maîtrise de l’organisation graphique du
Texte Sacré avant de recourir à leurs procédés explicatifs,
autrement cette maîtrise aurait pu leur permettre de
distinguer dans leur texte ce qui est inspiration divine de
ce qui est notices explicatives.
Il
y a consensus de la Umma sur les lectures du Coran,
lesquelles ont été léguées à travers le temps par sept
grands déclamateurs dont les noms sont cités dans l’ouvrage
d’Ibn Mujâhid. Il s’agit de Nâfi’ ‘Abd Ar-Rahmân Al Madanî,
‘Abd Allah Ibn Katîr Al Makkî, ‘Abd Allah Ibn ‘Amer
Ad-Dimachqî, Abû ‘Amr Ibn Al‘Alâ Al Basrî, ‘Asim Ibn Bahdala,
Hamza Az-Zayyât et Al Kisâî. Les spécialistes de la
déclamation coranique en ont ajouté trois autres qui sont :
Abû Ja’far Al Madanî, Khalaf Al Bazzâr et Ya’qûb Al Hadramî.
Ces
lectures sont celles du Prophète lui-même (que la paix soit
sur lui). Elles ont été transmises de génération en
génération et se sont propagées parmi les savants des grands
centres urbains et les gens qui savent lire. Plusieurs
écrits leur ont été consacrés dont l’ouvrage d’Ibn Mujâhid,
les études d’Al Qâsim Ach-Châtibî, le poème «Hirz al amânî»
(l’amulette des espoirs) qui traite du contenu du livre
intitulé «Attaysîr» d’Abû ‘Amr Ad-Dânî, lequel poème fut
achevé par Ibn Al Jazrî par un autre poème qu’il appela «addurratu»
(La perle) et qui est identique au poème d’Ach-Châtibî. Les
deux poèmes sont devenus des références fondamentales dans
l’enseignement de la lecture du Coran.
A
noter enfin que les déclamateurs du Coran ont mis au point
des critères pertinents pour la critique de l’héritage reçu
dans le domaine de la lecture des textes coraniques et ont
démontré si cet héritage provient ou non d’une chaîne de
garants crédible. Tout ce qui leur a paru non conforme aux
postulats des trois piliers susmentionnés a été
catégoriquement rejeté.
L’exégèse et ses méthodes :
Le
discours coranique est composé de versets explicites, dont
le sens est clair, de versets synoptiques dont le sens n’est
connu que de Dieu et des vétérans du savoir, et de versets
hermétiques dont Dieu seul à l’accès au sens. Les Musulmans
ont donc besoin de recourir à la Tradition (dires et actions
du Prophète) ainsi qu’au patrimoine cultuel légué par les
Compagnons et leurs disciples, pour bien comprendre le
contenu de leur Livre Saint.
Les
savants musulmans se sont beaucoup intéressés aux sciences
exégétiques et ont suivi dans l’étude du Saint-Coran des
méthodes diverses selon leurs propres spécialités. C’est
ainsi que les grammairiens ont axé leurs travaux sur la
sémantique et la flexion désinentielle comme cela a été le
cas d’Abû ‘Ubaydah, d’Al Farrâ et de Sarrâj. Certains de ces
grammairiens se sont particulièrement intéressés à la
rhétorique et aux figures de style comme Az-Zamakhcharî dans
son «Kachchâf» (Le vérificateur) et Al Baydâwî dans son «Tafsîr»
(L’exégèse). Les théologiens, eux, se sont occupés surtout
des préceptes et de leurs sources comme Ibn Al ‘Arabî Al
Ma’âfirî Al Mâlikî et Abû Bakr Al Jassâch Al Hanafî.
D’autres savants, par contre, ont tenté d’être plus
exhaustifs dans leur approche du Texte coranique. Ils ont
adopté des méthodes éclectiques et se sont inspirés des
dires du Prophète et des Compagnons ainsi que des
grammariens et des chefs des doctrines juridiques. Parmi les
exégèses exhaustives les plus célèbres, citons celle de
Mohammad Ibn Jarîr At-Tabarî (à l’époque ancienne) et celle
de Mohammad At-Tâher Ibn ‘Achûr (à l’époque actuelle). Parmi
les meilleures exégèses dont nous disposons, nous pouvons
citer celles de ‘Abd Al Haqq Ibn ‘Atiyya, de Mohammad Ibn
Ahmad Al Qortobî, d’Abû ‘Alî Al Fadl Ibn Al Hasan At-Tabarsî,
de Chihâb Ad-dîn Al Alûsî et de bien d’autres.
Il
faut signaler ici que l’Organisation Islamique compte parmi
ses publications un ouvrage sur les exégèses les plus
célèbres (quatre vingt dix à peu près) comportant des
renseignements utiles sur les méthodes suivies dans ces
exégèses et leur importance, ainsi qu’une bibliographie de
leurs auteurs. L’introduction de cet ouvrage traite de la
genèse de l’exégèse coranique, de son évolution et de son
âge d’or(36).
Bref aperçu sur l’intelligibilité du Coran, ses
significations et ses préceptes :
Du
point de vue rhétorique, il est possible de distinguer dans
le discours coranique quatre genres de versets :(37)
*
Les versets explicites : Ici le sens ne prête à aucune
équivoque. Exemple : «Quiconque d’entre vous verra poindre
le croissant jeûnera tout le mois» [La Vache : 185]. La
majorité des verserts coraniques sont explicites.
*
Les versets ambigus : Le sens de ces versets n’est connu que
de Dieu. Exemples : «Alif. Lâm. Mîm.» [La Vache : 1]
* «Alif.
Lâm. Mîm.» [La Famille D’Imran : 1]
* «Alif.
Lâm. Mîm.» [L’Araignée : 1]
* «Hâ.
Mîm. » [La Délibération : 1]
* «Hâ.
Mîm.» [La Fumée : 1]
* «Hâ.
Mîm.» [Les Ornements : 1]
D’autres sourates ont des ouvertures identiques :
*
Les versets à sens ambivalent : Il peut y avoir ici des
termes à double sens, mais le contexte permet de lever toute
ambiguïté.
Exemple : «Priez».
La
prière peut signifier l’imploration de Dieu, mais elle peut
également signifier le rite pratiqué cinq fois par jour par
les Musulmans.
*
Les versets synoptiques : Ce sont des versets qui ont besoin
d’être explicités, car les termes qui y figurent peuvent
être polysémiques. Exemple : «Les Femmes divorcées de vront
attendre durant trois périodes menstruelles avant de se
remarier» [La Vache : 227]. Le vocable (qar) en arabe peut
signifier aussi bien «la chasteté» que «la période
menstruelle».
Le
discours coranique et ses destinataires :
Le
discours, dans le Saint-Coran, est destiné d’abord à
Mohammad (que la paix soit sur lui) en tant que sceau des
Prophètes et des Messagers, ensuite aux fidèles qui ont cru
à Dieu, puis aux gens du Livre et enfin à toute l’Humanité.
Dieu dit à l’adresse de Son Prophète : «Prophète, prends
soin de porter aux hommes la Révélation qui t’est faite ! Si
tu t’abstiens de le faire, tu auras failli à ta mission» [La
Table servie : 67]. La transmission de la Révélation est une
obligation pour le Prophète qui doit «annoncer la Bonne
Nouvelle aux hommes, les avertir et les convier vers Dieu
avec Sa permission, à l’égal d’un flambeau rayonnant» [Les
Coalisés : 46]. Le Prophète a donc pour mission d’amener les
gens à obéir à Dieu, à croire en Ses Messagers et à ne pas
douter de Son unicité. C’est une grande responsabilité à
propos de laquelle Dieu a dit : «Des paroles lourdes de sens
te seront bientôt transmises» (Celui qui s’enveloppe : 5)
Le
Prophète était donc tenu, grâce au discours divin qui lui
était adressé, d’expliquer aux gens la religion telle
qu’elle doit être appliquée. C’est ainsi qu’il leur a
démontré ce qui leur était permis et ce qui leur était
prohibé. Il les a libérés de l’emprise de la gentilité après
le rejet, par eux, de la religion d’Abraham. Bref, le
Prophète a fait parvenir aux gens ce dernier Message divin
qui ne leur causa aucune peine, ni aucune difficulté. Dieu a
dit : «C’est Lui (Dieu) qui vous a promu à cet honneur, ne
vous astreignant à nulle gêne dans votre religion, la
religion de votre père Abraham. C’est Dieu même qui vous
appela autrefois déjà «Les Soumis» [Le Pèlerinage : 78]. Il
a dit également : «Point de contrainte en religion. La
vérité est désormais distincte de l’erreur» [La Vache : 256]
Quant au discours adressé aux Musulmans, il a pour objectif
de les amener à croire à la mission de Mohammad, d’accomplir
ce qu’il leur ordonne et d’éviter ce qu’il leur interdit.
Dieu a dit :«Ce que le Messager vous donne, prenez-le et ce
qu’il vous refuse, renoncez-y» [L’Exode : 7].
Dieu a ordonné qu’on prenne soin de l’unité de la Umma, de
la sauvegarde de son existence, de sa dignité et de la
fraternité islamique. Dieu a dit : «Toutes ces religions
n’étaient qu’une religion, Je suis votre Seigneur,
adorez-moi». [Les Prophètes : 92]. Il a dit aussi : «Les
croyants sont frères. Rétablissez la paix entre vos frères!
Craignez Dieu afin qu’il vous fasse miséricorde!» [Les
Appartements : 10]. «Demeurez tous fermement attachés au
pacte de Dieu, ne soyez pas désunis» [La Famille D’Imran :
103]. «Ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et ont
divergé après avoir reçu Nos Preuves décisives. Voilà ceux
qu’attend un terrible châtiment»[La Famille d’Imran : 105].
«Fuyez toute dispute entre vous, qui affaiblirait votre
mordant et entamerait vos chances de succès! Soyez patients!
Dieu est avec les patients». [Le Butin : 46].
Dieu a aussi ordonné aux Musulmans de faire le Bien et
d’éviter le Mal. «Vous êtes la meilleure communauté qui ait
émergé face aux nations. Vous recommandez le Bien,
proscrivez le Mal et croyez en Dieu» [La Famille d’Imran :
110]. Il leur a imposé de se constituer en une nation qu’il
a qualifiée de «juste milieu» et qui doit propager la
religion musulmane, religion de Bien, à toute l’Humanité
:«Nous fîmes ainsi de vous la communauté du Juste milieu,
vous érigeant en témoins vis-à-vis des hommes, et instituant
envers vous pour témoin Notre Envoyé»
Dans le Saint-Coran, le discours est aussi adressé aux gens
du Livre, c’est-à-dire les Juifs et les Chrétiens qui ont,
en Islam, une situation particulière qui les distingue des
Non-Musulmans. Le Saint-Coran les a conviés à revoir ce
qu’ils entendent par l’unicité de Dieu, et par là à repenser
leur religion. Il leur a démontré que le véritable croyant
est celui qui croit à tous les Messagers, qui ne fait aucune
distinction entre eux, et qui rectifie toutes les erreus et
les déviations qui ont altéré leurs missions prophétiques et
les religions qu’ils ont prêchées. Dieu a dit : «Dis : O
Gens des Ecritures! Convenons les uns et les autres de ce
point commun entre nous, à savoir de n’adorer que Dieu seul,
sans Lui adjoindre d’associé, de ne pas nous prendre les uns
et les autres pour divinités, en dehors de Dieu» [La Famille
d’Imran : 64]. Si les pratiques cultuelles propagées par les
Prophètes diffèrent entre elles, il ne faut pas perdre de
vue que la religion, en tant que foi, n’est qu’une. Dieu a
prohibé tout schisme en religion. Il a dit : «Il institue
pour vous, en fait de religion, ce qu’Il avait prescrit à
Noé, ce qui t’est révélé à toi-même, ce qui fut donné
auparavant à Abrahal, à Moïse, à Jésus. «Acquittez-vous,
leur fut-il prescrit, du culte du Seigneur! N’en faites
point, entre vous, un sujet de division!» [La Délibération :
13]. Ceci étant, les gens doivent embrasser la dernière
religion révélée.
Le
récit de Moïse, l’interlocuteur de Dieu, revient souvent
dans le Coran au point qu’on a taxé ce dernier de mosaïque.
Dieu a dit : «Parle aussi de Moïse dans le Livre. Il était
un élu du Seigneur, un Messager et un Prophète. Nous
l’appelâmes du versant droit du Sinaï et l’admîmes en Notre
intimité» [Marie : 51-52].
Le
Coran affirme que Jésus est bien le Verbe divin déposé dans
le sein de Marie et un Esprit émanant du Seigneur. Jésus est
donc un seviteur de Dieu et un Messager. Dieu a fait de lui
et de sa mère des modèles de vertu pour l’Humanité. Dieu a
dit : «Vous, Gens des Ecritures, ne soyez pas excessifs dans
vos dogmes! Efforcez-vous de dire uniquement la vérité à
propos de Dieu. Le Messie, Jésus, fils de Marie est
seulement l’Envoyé de Dieu, Son verbe déposé dans le sein de
Marie, un Esprit émanant du Seigneur! Croyez en Dieu et en
Ses Prophètes, mais ne parlez pas de Trinité! Finissez-en;
cela vaudra mieux pour vous. Dieu est foncièrement Un. A lui
ne plaise d’avoir un Fils : Sa Gloire ne saurait y
consentir. Il est le Maître des cieux et de la terre. Il
répond à Lui seul de toute chose!» [Les Femmes : 171].
Le
discours coranique adressé à l’ensemble de l’Humanité invite
tous les gens, croyants et impies, à n’associer aucune
divinité à Dieu, à Le vénérer tout seul et surtout à ne pas
croire qu’Il a un Père, un Fils et une Epouse. Dieu a dit :
«Il fut un jour où Dieu tira des reins des fils d’Adam
l’ensemble de leurs descendants, et leur demanda, requérant
leur temoignage formel : «Ne suis-je pas votre Seigneur?».
Tous répondirent : «Nous en témoignons!» Ainsi, après un tel
aveu, ne pourrez-vous plus vous prévaloir de votre ignorance
une fois que vous serez ressuscités. Ni encore moins
alléguer : «Ce sont nos premiers pères qui ont prêté des
associés à Dieu et nous avons hérité de leur culte. Quoi!
Nous feras-tu expier leurs impostures?» [Al A’râf :
172-173]. Dieu a donc ordonné aux êtres humains d’implorer
Sa grâce, de craindre Son châtiment et ne leur a demandé, en
matière de religion, que ce dont ils sont capables de faire.
Il a dit : «Dieu ne charge nulle âme au-dessus de ses
moyens; et selon qu’elle agit bien ou mal, elle en sera
avantagée ou desservie». [La Vache : 286]. «Qui suit le
droit sentier le suit pour son bien ; quiconque en dévie le
fait à son détriment. Nul n’aura à assumer la faute d’autrui
; nul peuple ne subit un châtiment qu’un messager de Nous
ne l’ait déjà averti!» [Le Voyage nocturne : 15].
Par
ailleurs, le discours coranique invite les gens à respecter
les droits humains, à établir entre eux des rapports basés
sur le bien et à éviter l’injustice et les turpitudes. Dieu
a dit : «Dieu prescrit l’équité, la charité, l’assistance
bienveillante aux proches. Il proscrit la turpitude,
réprouve l’inconvenance, stigmatise la violence injustifiée.
Dieu vous exhorte ainsi pour vous inciter à réfléchir»
[l’Abeille : 90]. «Humains! Nous vous créâmes d’un mâle et
d’une femelle, pour vous répartir ensuite en nations et en
tribus : ainsi vous pourrez vous connaître entre vous. Les
plus honorables d’entre vous auprès de Dieu sont les plus
pieux. Dieu est si bien informé, si clairvoyant à votre
sujet.» [Les Appartements : 13].
C’est là donc le discours adressé à l’Humanité d’une manière
générale. Il est adressé aux mécréants pourqu’ils croient en
Dieu, et aux croyants pourqu’ils répandent le Bien autour
d’eux. C’est un discours qui demande que les droits de Dieu
soient respectés. Dieu est Un. On doit Le vénérer et Lui
obéir. Il demande aussi que les droits des Prophètes soient
reconnus. On doit les croire et suivre leur enseignement. Il
demande enfin que les droits de l’homme soient respectés.
Les hommes doivent chercher à se connaître mutuellement,
s’entraider et vivre dans la tolérance.
La
traduction des significations du message coranique :
Le
Coran est révélé en langue arabe et est destiné à l’Humanité
entière. Comme il y a eu beaucoup de nations non arabes qui
ont embrassé l’Islam, elles se sont empressées à apprendre
le Coran par cœur pour accomplir les prières et connaître
parfaitment son message et sa philosophie afin d’agir en
conséquence. Les Musulmans non arabes se sont donc mis à
apprendre la langue du Coran dans laquelle ils ont excellé
et il est à remarquer ici que beaucoup de savants musulmans
n’étaient pas d’origine arabe comme par exemple Sîbawayh,
Abû ‘Alî Al Fârisî et Az-Zamakhcharî. Certains autres
Musulmans dont l’idiome maternel n’était pas l’arabe se sont
vus obligés de se laisser aider, pour bien connaître la
religion islamique, par la traduction du message véhiculé
par le Coran, laquelle traduction a commencé très tôt en
terre d’Islam. Ainsi rapporte t-on que Salmân Al Fârisî a
traduit la sourate «l’Ouverture» en perse et qu’Abû Hanîfa a
permis à ceux qui ne connaissent pas l’arabe de se
contenter, lors des prières, de la traduction du sens
véhiculé par cette sourate. On rapporte également que les
significations contenues dans le Coran ont été traduites en
syriaque du temps d’Al Hajjâj Ibn Yûsuf.
Avec l’expansion extraordinaire de l’Islam, les traductions
du message coranique se multiplièrent. Leurs nombres se
comptaient par milliers et elles étaient faites dans plus de
soixante langues différentes. Les meilleures d’entre elles
furent les traductions en langue perse et turcque qui
partagent avec la langue arabe et l’alphabet et une partie
du lexique. Les affinités qui existaient entre les savants
perses, turcs et arabes qui se partagaient la même foi et la
même culture, étaient à l’origine de la réussite des
traductions du message coranique en perse et en turc.
Le
message coranique fut aussi traduit en langue urdu, langue
d’un grand nombre de savants musulmans, ainsi qu’en langues
chinoise, nipponne et en plusieurs langue africaines dont le
swahili en particulier.
En
Europe, les idées coraniques furent traduites en latin au
milieu du XIIème siècle de l’ère chrétienne, puis les
traductions se sont succédé dans les langues vivantes telles
que l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien,
l’allemand. La publication de ces traductions eut lieu à
partir du XVIème siècle, mais ce qu’il faut remarquer ici
c’est que les traductions européennes étaient, dans leur
totalité de basse facture. Le message coranique fut
sciemment ou par simple ignorance complètement dénaturé. Ce
n’est que ces derniers temps que parurent des traductions
effectuées par des savants et des linguistes arabes qui ont
pu rectifier bon nombre d’erreurs dont étaient truffées les
premières traductions.
Publications du Coran, des exégèses et des traductions
coraniques par les moyens d’impression moderne
L’imprimerie a été inventée en Europe au XVème siècle et la
première édition du Coran parue, en dehors du monde
islamique, fut à Venise (Italie) au début du XVIème siècle.
Le
retard qu’a pris l’impression du Coran par rapport à la date
de l’invention de l’imprimerie est dû à deux causes :
-
La première est que l’imprimerie n’a connu son essor dans le
monde islamique qu’à une date tardive par rapport à la date
de l’invention de l’imprimerie.
-
La seconde réside dans le fait que les savants musulmans ont
hésité à imprimer le Coran de peur de défigurer sa
calligraphie à laquelle ils tenaient beaucoup. Un autre
problème qui les inquiétait est le sacrilège qui pouvait
être commis en confiant l’impression du Coran, Livre Sacré,
à des Non-Musulmans. Leur attitude hésitante était justifiée
par le fait que l’édition de Venise était bourrée d’erreurs
graves et ce, dès la sourate «l’Ouverture», et que l’édition
de Hambourg qui a suivi celle de Venise, était elle aussi
déformée, car elle a considéré le Coran comme l’œuvre de
Mohammad et n’a, à aucun moment, parlé de son message
prophétique.
Avec le progrès technologique et la participation de la Umma
islamique dans la diffusion du savoir par le biais de
l’imprimerie, les Musulmans ont pu trouver les solutions
idoines pour une impression du Coran qui tienne compte de
ses règles calligraphiques et typographiques ainsi que de sa
sacralisation.
Les
publications du Coran se sont succédé et à chaque nouvelle
édition, la qualité matérielle connaissait un haut degré de
perfectionnement. On peut signaler ici que, parmi les
Institutions islamiques modernes qui se sont spécialisées
dans l’édition du Coran et les traductions de ses
significations, il y a «l’Académie du Roi Fahd» à Médine.
Cette Académie publie des millions d’exemplaires du Coran
dont la révision, avant sa publication, est assurée par
d’éminents spécialistes dans les études coraniques et l’art
de la déclamation. On peut citer aussi le travail accompli
dans ce domaine par les Ministères des Affaires religieuses
dans les pays islamiques ainsi que par l’Université Al Azhar
en Egypte et bien d’autres Organismes publics et privés.
Aujourd’hui, le Coran -son exégèse et ses traductions- peut
être consulté sur internet. Toutefois, certains sites non
contrôlés par les Musulmans, présentent des éditions du
Coran où les erreurs typographiques ne manquent pas.
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