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Dr Mohammad Mokhtar Ould Bah

Section I
Mohammad (que la paix soit sur lui) et la Révélation
 

A l’approche de la quarantaine,(1) Mohammad (que la paix soit sur lui) dont les méditations antérieures avaient creusé, sur le plan de la réflexion, un fossé entre lui et son entourage, se complut dans la solitude. Il prit alors l’habitude, après s’être muni de provisions alimentaires, de s’isoler dans la Grotte de Hîra au Mont de la Lumière, à environ deux lieues de la Mecque. Il s’agissait là d’une belle Grotte dont la superficie lui suffisait largement. Il se recueillait là tout le mois de Ramadan. Il nourrissait les pauvres qui venaient lui rendre visite et passait son temps à vénérer Dieu et à méditer sur l’univers et son Créateur. Le polythéisme ridicule et les croyances païennes futiles de son peuple le dérangeaient, mais il ne voyait aucune issue à cela et il ne disposait d’aucune solution qui pouvait lui rendre sa sérénité et sa paix intérieure.

Il y eut donc ce choix pour ce lieu isolé que Dieu lui indiqua afin de le préparer à la grande responsabilité qu’il devait assumer. Tout être humain dont on désire que la mission soit d’influer sur la vie des hommes afin de les amener à changer radicalement de comportement, a besoin de s’isoler quelque temps et de couper court avec les obligations de la vie et les tracas quotidiens.

C’est ainsi que Dieu qui préparait Mohammad (que la paix soit sur lui) à la grande Tâche, au bouleversement spirituel de la planète et à la modification de la marche et du sens de l’Histoire, lui a choisi cette retraite, trois ans avant de le charger de la transmission du Message céleste. Dans se retraite, et durant un mois, le Prophète devait méditer sur la force suprasensible qui guide l’Univers, avant que n’arrivât le temps où il lui fallait, une fois que Dieu l’aurait autorisé, composer avec cette force(2).

La langue de Mohammad (que la paix soit sur lui) :

Mohammad naquit et grandit dans la société arabe mecquoise qui parlait la langue arabe et qui a vu naître de grands orateurs et d’éminents poètes. Mohammad (que la paix soit sur lui) n’était pas poète et n’aimait point fréquenter les cercles des faiseurs de rimes. Il était connu comme un homme «probe et intègre».

La société mecquoise de l’époque avait une culture purement orale et était parmi les sociétés qui comptaient un nombre considérable d’illettrés. Mohammad ne savait ni lire, ni écrire. Avant la Révélation, il ne fit que deux voyages très courts, d’un mois environ chacun, en dehors de la Mecque. Le premier, en compagnie de son oncle, à l’âge de treize ans. Le second, en Syrie, pour s’occuper des affaires commerciales de Khadija. Il avait alors vingt cinq ans environ et ne connaissait que la langue arabe.

Gabriel, porteur de la Révélation :

A quarante ans, l’âge parfait dont il a été dit qu’il convient à toute mission prophétique, Mohammad (que la paix soit sur lui) commença à percevoir les premiers signes avant-coureurs de la Révélation. Ces signes n’étaient autre que les visions qui se présentaient à lui comme la lumière de l’aurore. Cela dura six ans(3). Au mois de Ramadan de la troisième année de sa fréquentation de la grotte de Hîra, Dieu a voulu bénir l’Humanité. Il a alors investi Mohammad de la mission prophétique et lui a envoyé Gabriel, muni de versets coraniques(4).

Les historiens ne sont pas unanimes sur le mois où la Révélation a débuté, mais on pense généralement qu’il s’agit du mois sacré de Ramadan, car le Très-Haut dit : «La lune de Ramadan dans laquelle le Coran est descendu d’en haut pour servir de direction aux hommes, pour leur en donner une explication claire, et de distinction entre le bien et le mal.» [La Vache : 185].

«Nous avons fait descendre le Coran dans la nuit d’Al qadr.» [Al qadr : 1].

On sait que la nuit d’Al qadr a lieu pendant le mois de Ramadan.

Il est donc possible de déterminer la date du commencement de la Révélation : quarante années lunaires, six mois et douze jours (soit environ trente neuf années solaires, trois mois et douze jours) depuis la naissance de Mohammad (que la paix soit sur lui)(5).

Durée de la Révélation :

Le Coran fut révélé à Mohammad (que la paix soit sur lui) durant une période qui s’est étalée sur plus d’une vingtaine d’années environ.

Mohammad (que la paix soit sur lui) se retirait dans la Grotte de Hîra, non loin de la Mecque, où il passait de longues heures à méditer, à prier et à implorer Dieu. Un jour, Gabriel vint lui dire : «Lis». Mohammad répondit : «Je ne sais point lire». L’archange Gabriel insista auprès de Mohammad qui finit par entendre la première sourate révélée «Le caillot de sang» et le premier verset de ce Livre qui prône le Bien, annonce la Bonne Nouvelle aux bienfaiteurs et met en garde les oppresseurs et les injustes. Ce verset dis : «Lis au nom de ton Seigneur qui a créé tout» [Le Caillot de sang : 1]. Le Coran fut révélé aux gens pourqu’il soit lu et psalmodié. Ses versets sont hautement bien travaillés par un Sage Omnicient et ont été rédigés dans une langue arabe pure : «A.L.R. Ce sont les signes du Livre évident. Nous l’avons fait descendre du ciel en langue arabe, afin que vous le compreniez»[Joseph : 1-2-3] pour avertir les habitants de la Mecque et de sa banlieue : «Tous nos ministres parlèrent la langue des peuples qu’ils prêchaient, afin de se rendre intelligibles» [Ibrâhîm : 4]. Dieu a ensuite ordonné à son Messager d’avertir tous les gens partout où ils se trouvent. Avec ses Compagnons, le Messager a déployé tous ses efforts pour informer tous ceux qui pouvaient l’être de cette mission universelle dont la connaissance du contenu est considérée comme un droit parmi les droits de l’homme. La croyance au message de cette mission ne doit pas se faire sous la contrainte. L’homme a le choix entre la foi et ses bienfaits et l’impiété et ses méfaits. Si les Musulmans ont travaillé d’arrache-pied pour propager ce dernier message céleste et universel aux peuples de la terre et s’ils ont déployé tous leurs efforts pour contrecarrer les manœuvres des chefs politiques qui cherchaient à entraver la propagation de cette foi, ils n’ont, par contre, obligé personne à embrasser la religion musulmane, car il ne doit pas y avoir de contrainte en religion. Le Très-Haut dit : «Nous t’avons envoyé vers les hommes,Ô Mohammad, pour annoncer et menacer à la fois. Mais la plus part des hommes ne savent pas»[Sabâ’ : 28]. Il a dit aussi : «Si Dieu le voulait, tous les hommes de la terre croiraient. Veux-tu contraindre les hommes à devenir croyants ?» [Jonas : 99].

La Révélation du Coran coïncidait avec les circonstances dans lesquelles se trouvait le Prophète (que la paix soit sur lui) au moment où il devait faire parvenir son message. Les premières sourates coraniques lui apportèrent beaucoup de sérénité et l’informèrent que Dieu l’envoya aux gens pour les guider dans le droit chemin, leur annoncer la Bonne Nouvelle, mais les avertir aussi et les amener à vénérer un Dieu unique, le Créateur des cieux et de la terre et l’Ordonnateur du jour et de la nuit, de la lune et de la terre, le Premier et le Dernier.

Or, les Qoraïchites ne voulaient pas se départir de la vénération des idoles de leurs ancêtres. Ils traitèrent Mohammad de menteur, de possédé du démon et qui ne fait que débiter les histoires sans fondements des Anciens. Cela lui fut insupportable. Il se replia sur lui-même. Solitaire et épuisé, il déprima, mais les Qoraïchites le poursuivirent, l’empêchèrent de prier et coupèrent toute relation avec les siens. Les enfants de Taïf se moquèrent de lui, le blessèrent par des jets de pierre aux pieds qui lui firent mal au point qu’il fut contraint de s’asseoir(6). Heureusement qu’il eut le Coran entre les mains pour l’arracher au désespoir. Dieu ne l’abandonna pas. Quelle est profonde la foi des Prophètes !!

Dès les premières années, la Révélation du Coran incitait le Prophète à poursuivre sa mission, ordonnait aux gens de ne vénérer que le Très Haut seul, leur interdisait l’idolâtrie qui ne peut ni servir, ni nuire et les mettait en garde contre les affres de l’Au-delà, le jour de la Résurrection, mais les Qoraïchites persistaient dans leur incrédulité et leur rejet de l’existence de l’Au-delà prétendant qu’il est impensable qu’ils puissent être ressuscités une fois qu’ils seront morts et qu’ils seront transformés en un amas d’ossements.

Cependant, le Coran persista dans ses avertissements. Dieu qui créa les cieux et la terre et qui donna naissance aux hommes est capable de ressusciter ces derniers après leur mort comme il le fait pour la terre frappée de sécheresse.

De la même façon que le Coran a continué à multiplier les avertissements aux Qoraïchites, il n’a pas manqué de conter au Prophète (que la paix soit sur lui) les récits des Apôtres antérieurs qui furent martyrisés à cause de leur foi, qui souffrirent le martyre lors de la transmission de leur message prophétique, mais qui surent s’armer de patience parce qu’ils étaient certains que Dieu sera de leur côté et qu’il écrasera leurs ennemis comme il écrasera ses propres ennemis parmi les opresseurs.

Les Qoraïchites finirent par demander au Prophète de leur donner une preuve de la véracité de ce qu’il avance. Certains trouvèrent bizarre que les anges ne soient pas en sa compagnie, lui, le Prophète, qu’il n’ait aucun trésor et qu’il ne soit, en fin de compte, qu’un simple homme, comme eux, qui mange comme le commun des mortels et qui fréquente les marchés. D’autres lui dirent des propos semblables à ceux du Coran : «Ils dirent : Nous ne te croirons pas, à moins que tu ne fasses jaillir de la terre une source d’eau vive; ou à moins que tu n’aies un jardin planté de palmiers et de vignes et que tu ne fasses jaillir des torrents du milieu de ce jardin; ou à moins qu’une partie du ciel ne tombe sur nous; ou à moins que tu n’amènes Dieu et les anges comme garants de tes paroles; ou à moins que tu n’aies une maison ornée de dorures, ou à moins que tu ne montes aux cieux par une échelle, nous ne croirons non plus que tu y sois monté que lorsque tu nous feras descendre un Lvre que nous puissions lire tous» [Le Voyage nocturne : 90-93].

A l’audition de ces paroles, le Prophète s’affligea et se laissa gagner par l’angoisse, mais Dieu le consola : «Réponds leur : Louange à Dieu ! Suis-je donc autre chose qu’un homme et un apôtre?» [Le Voyage nocturne : 93].

Quant aux signes et aux preuves qu’exigent les mécréants, ils sont le fait de Dieu et rien que de Dieu. Les hommes n’ont point à les fournir selon leur bon vouloir, car si Dieu le voulait, il guiderait tous les hommes vers le droit chemin, mais Dieu fait ce qu’Il veut.

Malgré donc les difficultés qu’il rencontre dans sa mission, le Prophète est invité à poursuivre sa mission sans aucune hésitation et avec toute la persévérance qu’il faut. Dieu lui demande de faire preuve de patience face à l’animosité des mécrants et leur conspiration. Une issue heureuse est toujours réservée aux croyants.

Ceci se produisait à l’époque mecquoise. Après l’Hégire, la Révélation va poursuivre l’explicitation de la chari’a et l’organisation des affaires tant spirituelles que temporelles de la Umma(5).

La langue du discours coranique :

Le discours coranique nous est parvenu par le biais d’une seule personne et dans une seule langue. Cette personne c’est Mohammad, fils de ‘Abd Allah, le Prophète Messager qui a transmis aux hommes la Parole divine. Cette Parole que Mohammad (que la paix soit sur lui) a reçue comme Révélation est faite de mots pleins de signification. Le Très-Haut a dit : «Nous l’avons fait descendre du ciel en langue arabe afin que vous le compreniez» [Joseph : 2]. Il a dit également : «Tous nos ministres parlèrent la langue des peuples qu’ils prêchaient, afin de se rendre intelligibles»[Abraham : 4].

Le Coran est, sans conteste, le Livre qui guide les croyants vers le droit chemin. Dieu qui l’a révélé à Mohammad (que la paix soit sur lui) lui a révélé également la Sagesse (la Tradition) qui lui a permis, par le biais de ses dires et de ses actions, d’éclairer les gens sur leur religion, les guider, les purifier et leur apprendre ce qu’ils ignoraient.

Le Livre fut révélé en langue arabe pure et Dieu dota Mohammad de tout l’arsenal rhétorique nécessaire pour exprimer sa Sagesse aux gens dans un arabe le plus pur et le plus éloquent qui soit.

Caractère inimitable du style coranique :

Les Arabes des temps passés et actuels sont unanimes - et ils le seront aussi dans l’avenir - à penser que la rhétorique coranique est unique en son genre et qu’elle se situe au plus haut niveau de la perfection expressive de la langue arabe. Nul n’a pu et nul ne pourra produire des versets et des sourates dont la langue serait identique à celle du Saint-Coran, même les écrivains les plus talentueux et les plus aptes, parmi eux, à pouvoir mener des argumentations solides.

Mohammad (que la paix soit sur lui) était analphabète. Il ne savait ni lire, ni écrire, mais il fut connu, avant la Révélation comme étant un homme probe et intègre. Qu’il fût un illettré est la preuve que le Saint-Coran, tant la forme que la substance, lui a été envoyé par Dieu Lui-même : «Dis : Quand les hommes et les génies se réuniraient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien de pareil, lors même qu’ils s’aideraient mutuellement».[Le Voyage nocturne : 88].

 


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