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Section II
Les textes à la disposition de
l’Humanité et leur rôle dans la détermination des contours
de la mission prophétique
L’Ancien
Testament tel qu’il est de nos jours :
De
ce qui précède, nous avons conclu que la Torah d’origine
représente, en fait, une mission divine. Cette mission est
consignée dans les Commandements et le Testament et est
rédigée dans une écriture qui n’est pas celle qu’on lui
connaît aujourd’hui et dans une langue radicalement
différente de la langue hébraïque. Nous avons également tiré
argument de l’Ancien Testament tel qu’il se présente à nous
aujourd’hui, c’est-à-dire dans une langue qui n’est pas
celle dans laquelle il a été écrit au départ, pour
expliciter et confirmer beaucoup d’événements qui se sont
produits.
Est-ce là une contradiction de notre part ? En d’autres
termes, ne sommes-nous pas méfié du texte actuel de la Torah
pour nous réclamer en même temps de lui ?
Nous ne le pensons guère, car quand nous affirmons que la
Torah était rédigée dans une langue et une graphie
différentes de celles d’aujourd’hui, cela ne signifie
aucunement que tout ce qui est relaté dans l’Ancien
Testament est pure création de l’imagination n’ayant aucun
lien avec les faits historiques et les époques qui ont vu
défiler les événements vécus par les Hébreux et où apparut
la religion juive. Nous pensons que l’Ancien Testament
représente une tentative de la réécriture de l’Histoire des
Israélites, laquelle tentative se base sur un héritage
culturel dont une partie a été transmise oralement et une
autre par écrit. Ce qui est sûr c’est que le recueil des
textes originaux de la Torah ne se trouvaient pas entre les
mains de ceux qui ont transcrit l’Ancien Testament que
l’Humanité connaît aujourd’hui. Il n’est donc pas surprenant
que son contenu ne reflète pas exactement les nombreux faits
historiques tels qu’ils se sont déroulés dans la réalité. De
même, l’imagination fertile et l’engouement que les Hébreux
ont manifestés dans l’exagération de la conscience israélite
et l’affirmation de sa sublimité ont contribué aux
déformations des textes originaux.
Les
scribes et les chroniqueurs n’ont relaté dans l’Ancien
Testament qu’une connaissance dense de ce dont ils étaient
sûrs des événements du passé. Ils ont ainsi été contraints
de tronquer, de leurs écrits, des périodes historiques où
les civilisations ont connu des chevauchements. Leurs but
était de rassembler et d’authentifier les faits, mais ils
n’ont pas accordé à la chronologie des événements et aux
circonstances dans lesquelles ceux-ci se sont déroulés, une
grande importane. Tous les critiques de l’Ancien Testament
sont unanimes là-dessus et les références que nous avons
consultées vont dans cette direction.
De
nos jours, l’Ancien Testament, rédigé en hébreu, est composé
de vingt quatre Livres, dans la tradition juive, et de vingt
deux Livres dans la tradition chrétienne. Certains rabbins
croient que tout l’Ancien Testament est une Révélation
divine(27). D’autres pensent que la Révélation que Moïse a
reçue sous forme de voix céleste est contenue dans la
première partie seulement et considèrent comme Révélation
par le biais de la convergence, les deux autres parties
suivantes.
La
tradition rabbinique a, par ailleurs, émis des dates
estimatives. Ainsi la Torah (le Pentateuque composé de cinq
Livres) fut rédigée au XVème siècle avant J.C. Quant à la
deuxième partie, elle est composée des «Premiers Prophètes»
qui furent rédigés entre le XIVème et le VIème siècle avant
J.C. et des «Prophètes postérieurs» rédigés entre le IXème
et le Vème siècle avant J.C. Pour la troisième partie, (les
«Autres Ecrits») la tradition a avancé diverses dates. Ainsi
«Les Psaumes» attribués, selon cette tradition, à David
datent du XIème siècle avant J.C., «Les Proverbes», «Le
Cantique des Cantiques» et l’Ecclésiaste attribués à Salomon
datent du Xème siècle avant J.C. Les lamentations et Jérémie
datent du VIème siècle avant J.C. Le «Livre de Daniel» date,
lui, du Vème siècle avant J.C. Les récits de Job, Ruth et
Esther attribués à Moïse ont été écrits au XVème siècle
avant J.C. Le «Livre de Samuel» date du XIème siècle avant
J.C. et les «Livres de Néhémie, Esdras et les Chroniques I
et II» attribuées à Esdras datent du IVème siècle avant J.C.
(28).
Il
va de soi que ces dates sont loin de correspondre aux
résultats auxquels nous avons fait mention quand nous avons
retracé la vie de Moïse et d’Aaron et qui ont été fournis
par les découvertes archéologiques et les recherches
historiques relatives aux origines de l’Ancien Testament.
Traditionnellement, on attribue à Esdras (Vème siècle avant
J.C.) le rassemblement des textes de L’Ancien Testament.
Toutefois Spinoza pense qu’Esdras n’a pas été le premier à
avoir rédigé le texte de l’Ancien Testament, et que son
action a consisté tout simplement à rassembler des récits
différents qui étaient rédigés bien avant lui. Il ne faisait
, des fois, que les recopier sans chercher ni à vérifier
leur authenticité, ni à fixer leur chrnologie(29). Mais il
faut bien le dire, le fait que le «Livre de Daniel» fasse
partie de l’Ancien Testament est une preuve qu’Esdras n’a
pas rédigé tout le texte, car le «Livre de Daniel» a été
rédigé aux environs de l’année 166 avant J.C, trois siècles
à peu près après le travail de rassemblement des textes
effectué par Esdras.
Quelles ont été les circonstances dans lesquelles fut rédigé
l’Ancien Testament et quelle a été la méthodologie suivie,
pour ce faire ?
Il
est sûr que le plus ancien recueil que nous possédons de
l’Ancien Testament, c’est-à-dire les textes qui font
l’unanimité des savants juifs, a été transcris dans le
premier alphabet hébreu qui s’est développé avant que
l’araméen ne remplaçât la langue hébraïque ancienne. L’Ancien
Testament fut rédigé ensuite dans l’alphabet carré que les
Juifs ont hérité de l’araméen, lors de l’exil babylonien.
Depuis le temps du second Temple, on a pris l’habitude de
comparer annuellement la Torah -très répandue à Judée- avec
les copies modèles composées à partir de trois copies (du
Pentateuque) très rapprochées et qui était entreposée au
Temple. Il est clair que certains textes ont été remaniés du
temps du second Temple, notamment les passages relatifs à
l’anthropomorphisme. Ce remaniement fut appelé «Tiqquné
Soférim» (Corrections des Scribes) et fut attribué à Esdras
et, après lui, à une pléiade de Scribes. Les discordances
qui existent entre, d’une part, le texte traditionnel (celui
confirmé par les Massorètes) et la traduction grecque, les
manuscrits de Qumrân et le Pentateuque samaritain d’autre
part, peuvent être dues à des «Tiqqunim» faites par des
Scribes inconnus.
Le
texte traditionnel dont il est fait mention supra était,
jusqu’au VIème siècle de l’ère chrétienne, purement
consonantique. Les scribes utilisaient comme indices pour la
compréhension des signes diacritiques (A.W.Y). A la fin du
VIIème siècle et au début du VIIIème siècle de l’ère
chrétienne, les Naqdanim, (experts en ponctuation) ont mis
au point un nouveau système graphique basé sur les signes
diacritiques. Ils ont été influencés, dans ce travail, par
le système vocalique des Assyriens et des Arabes. Il en est
résulté deux systèmes :
*
Le système babylonien qui fut l’œuvre d’érudits d’origine
babylonienne. Elle consiste à mettre des signes diacritiques
sur les lettres pour indiquer les voyelles brèves.
*
Le système palestinien qui indique les voyelles brèves par
des points et des traits placés en-dessus et en-dessous des
lettres. Elle est doublée par l’emploi des lettres faibles
(a.w.y) pour traduire la quantité vocalique (longueur d’une
voyelle). C’est la méthode utilisée de nos jours.
Les
Massorètes terminèrent, d’une manière précise, le travail de
naqdanim (punctatores) entre le VIIIème et le Xème siècle de
l’ère chrétienne. Deux traditions marquèrent cette œuvre :
celle de Ben Nepthali et celle de Ben Asher (Xème siècle de
l’ère chrétienne). C’est cette œuvre-là qui fut choisie pour
la ponctuation actuelle de l’Ancien Testament(30). Le texte
biblique y est divisé en versets (pisuqim), qui contiennent
un nombre plus ou moins grand de vocables. Le plus court de
ces versets comprend au moins trois vocables.
La
division du texte en chapitres est une tradition chrétienne
qui fit son apparition d’abord dans la traduction latine, au
XIIIème siècle de l’ère chrétienne. Cette méthode a été
suivie par le Rabbi Nathan qui mit au point le premier
index de l’Ancien Testament, vers 1440 de l’ère chrétienne.
Depuis ce temps-là, cette méthode est devenue une tradition
hébraïque respectée.
La
Torah (Pentateuque) a été divisée en cinquante quatre
sections (ou parachah) en conformité avec la lecture
annuelle. La tradition en Palestine l’a divisée en cent
cinquante sept «parachah» pour qu’elle soit lue durant une
période de trois ans.
Les
Massorètes ont annoté la Torah dans les marges des pages ou
après chaque chapitre ou bien à la fin de l’Ancien
Testament(31). Parmi les notes les plus importantes dans
leur œuvre est celle de : «qri’wi ktib» qri ‘ «ce qui doit
être lu» opposé au ktib «ce qui est écrit», c’est-à-dire à
la rectification du mot du corpus dans la marge. Ce mot est
accompagné d’un signe qui signifie qu’il doit être lu, dans
le corpus, d’une manière différente de sa graphie. En voici
des exemples :
*
Le nom du Seigneur s’écrit «Iahvé» dans le corpus, mais
l’attention est attirée sur le fait qu’il doit être prononcé
«Adonay». La graphie de ce terme change selon sa fonction
grammaticale dans la phrase.
*
Le pronom personnel féminin peut graphiquement être
représenté par «il», mais il doit être lu «elle».
*
Un vocable tel que «na’ar» (enfant) se lit «na’arah» s’il
désigne une fille, avec donc l’adjonction d’une particule
qui indique oralement qu’il est féminin.

Et
ainsi de suite...
Ceci signifie que le texte actuel se présente avec des
erreurs qui ont été commises par les Scribes (Sufrim) et que
les Massorètes ont essayé de corriger (32).
Si,
d’un côté, le travail accompli par les Massorètes fut utile,
d’un autre côté, il ne le fut guère, car ils ont détruit ou
dissimulé les textes qui n’allaient pas dans le sens de
leurs traditions. Les gens n’ont reçu, à travers les siècles
que des copies de copies transcrites pour être exploitées
dans les lieux du culte ou dans les prières, et cela sous
forme de rouleaux de cuir ou de parchemins, avant d’être
rédigées sur du papier...
Parmi les manuscrits importants qu’on a découverts et qui
comportent des parties du Livre Sacré (l’Ancien et le
Nouveau Testament), les quatre suivants :
*
Le manuscrit du Vatican (codex vaticanus) qui comporte sept
cent vingt feuillets de trois colonnes chacun. On pense que
la date de sa transcription ne dépasse pas le milieu du
IVème siècle de l’ère chrétienne.
*
Le manuscrit sinaïen (codex sinaïticus). Il a été dénommé
ainsi parce qu’il a été découvert dans le monastère de
Sainte-Catherine au pied du Mont Sinaï, par le savant
allemand Constantin von Tischendorf en 1842. Il comportait
alors quarante cinq feuillets. Les parties manquantes (Le
Nouveau Testament et des parties de l’Ancien Testament) ont
été découvertes entre 1853 et 1859 dans un grand rouleau.
On
avance que ce manuscrit comportait au départ sept cent
trente feuillets et que, par ignorance de leur contenu, les
moines en ont brûlé trois cent quarante. Le reste (trois
cent quatre vingt dix feuillets) se trouve aujourd’hui au
British Museum.
La
date de ce manuscrit est controversée. Certains la situent
au milieu du IIème siècle de l’ère chrétienne, d’autres au
VIème siècle de l’ère chrétienne. D’autres enfin considèrent
ce document comme l’un des cinquante manuscrits que
Constantin 1er, le Grand, a ordonné de transcrire et d’en
faire des copies pourqu’il soit utilisé dans les églises de
la ville (Constantine).
*
Le troisième manuscrit est celui d’Alexandrie qui comportait
huit cent vingt feuillets. Il n’en reste plus aujourd’hui
que sept cent soixante treize. On le situe au Vème siècle de
l’ère chrétienne.
*
Le quatrième manuscrit est celui d’Ephraïm l’Assyrien qui
vécut au IVème siècle de l’ère chrétienne. Son écriture fut
restaurée au XIIème siècle de l’ère chrétienne. C’est à
partir de ce manuscrit que fut effectuée la traduction
anglaise connue sous le nom de «traduction de James» (1611
de l’ère chrétienne)(33).
En
1890, on a découvert à «Al Gniza» (Grotte au Caire) quelques
fragments anciens et en 1947 on a découvert par hasard les
manuscrits de Qumrân au Nord de la Mer morte. Les recherches
se sont alors multipliées et on a pu découvrir d’autres
textes dont certains sont rédigés en caractères phéniciens
et d’autres en caractères carrés comme les manuscrits de
Wâdî ‘Arabât. Le plus ancien de ces textes remonte à l’an 70
de l’ère chrétienne.
Il
est à souligner que le rouleau d’Esaïe découvert à Wâdi
Arabât présente des caractéristiques qui le rapprochent de
la tradition massorète. Il renferme des rectifications qui
indiquent les erreurs et les passages manquants. Le nom de
Iahvé n’y figure pas(34).
Le
plus ancien texte des dix commandements est celui qui se
trouve consigné dans les papyrus de Nash et qui date du
IIème siècle avant J.C.(35)
Le
plus ancien manuscrit massorète a été transcrit entre 820 et
850 de l’ère chrétienne. Il ne renferme que la première
partie, c’est-à-dire la Torah.
Le
plus ancien manuscrit du texte intégral est le manuscrit qui
existe à St Petersbourg et qui fut transcris durant les
premières années du Xème siècle de l’ère chrétienne.
Les
éditions actuelles ont été publiées à partir du manuscrit de
Jacob Ibn Haïm qui date de l’année 1524 de l’ère chrétienne
à Venise.
Les
éditions de l’Ancien Testament
Les
plus célèbres éditions anciennes de la Bible sont l’Edition
attribuée à Gutenberg vers 1454-1456 (2 vol.) soit 1282
pages en latin, la Bible d’Alcal’a ou Biblia Complutensis,
imprimée en 1514-1517 à Alcal’a de Henares en Espagne, sous
la direction de Cardinal Jiménez de Cisneros, parue
seulement en 1520-1522. C’est une bible polyglotte donnant
l’Ancien Testament en hébreu, latin et grec, plus le Targum
araméen . Le Nouveau Testament y est imprimé en grec et en
latin, l’Edition massorétique (tradition juive) de Bamberg
parue en 1521 dans «Les Grandes Lectures», (Targumin et
Commentaire), le texte seul édité en 1618, l’Edition
allemande complète de Martin Luther en 1534, la Biblia Regia
ou polyglotta faite par Plantin Christophe en 1569-1572 (8
vol.), elle se trouve au musée à Anvers (Belgique) ;
l’Edition massorétique de Bamberg fut la plus crédible
jusqu’à la publication de la Biblia Hebraïca, qui se fonda
sur le manuscrit de Ben Asher. Elle est l’Edition académique
la plus répandue aujourd’hui. Elle comporte une préface en
allemand signée par Rud Kittel en 1929 et présente diverses
notes infra-paginales qui réfèrent aux ajouts et aux
passages tronqués dans le texte. On y trouve également une
comparaison entre le texte d’origine hébraïque et la
traduction grecque et latine(36).
Il
est à souligner que la Torah Samaritaine (le Pentateuque)
qui a été rédigée au IVème siècle avant J.C. diffère du
texte massorète traditionnel, dans plus de six mille
endroits du texte traditionnellement accepté ainsi que dans
la graphie. La Torah samaritaine est écrite dans l’ancien
alphabet phénicien et son tiers environ correspond à la
traduction des Septante. Elle pourrait être utile dans la
rectification du texte hébraïque officiel ou du moins servir
à souligner les différences qui existent entre elle et le
texte hébraïque. A noter ici l’existence d’une traduction
écrite en caractères samaritains, mais elle n’est d’aucune
utilité pour éclaircir l’ambiguïté textuelle dans la Torah.
Les
traductions de l’Ancien Testament
La
traduction de la Torah (l’Ancien Testament) a connu deux
étapes importantes :
I.
La première étape a connu les traductions suivantes :
1.
La version des «Septante»
Cette traduction fut ainsi appelée à la suite d’une anecdote
voulant que Ptolémée II (Philadelphe : 283-247 avant J.C.) a
demandé au grand Prêtre de Jérusalem de l’époque, l’envoi
d’une copie de l’Ancien Testament et de traducteurs
chevronnés capables de traduire l’Ancien Testament à la
langue grecque. Le Grand Prêtre envoya la copie et soixante
douze traducteurs, six de chaque tribu d’Israël, à
Alexandrie. On rapporte que les traducteurs ont achevé leur
travail en soixante douze jours, d’où le nom de «Septante»
donné à leur traduction qui fut effectuée spécialement pour
les Juifs d’Alexandrie.
Cette traduction diffère, dans maints endroits, du texte
hébreu en vigueur actuellement : les Livres d’Esaïe et de
Daniel sont différents. Le septième et le quart manquent
respectivement aux Livres de Jérémie et de Job. La
succession des Livres n’est pas la même et il y aurait des
ajouts et des suppressions. En plus, cette traduction
grecque est jalonnée de termes ambigus.
On
pense que toutes ces différences avec le texte hébreu adopté
par les traducteurs -qui est plus ancien que le texte des
Massorètes devenu texte officiel chez les Hébreux - provient
de la longue période que dura cette traduction. Il a été
confirmé, par ailleurs, que cette traduction ne s’est pas
terminée en soixante douze jours comme on l’a prétendu. La
première partie a été traduite au IIIème siècle avant J.C.
et est de qualité supérieure aux deux autres parties
traduites bien plus tard.
Cette traduction revêt une importance capitale, car elle
s’est fondée sur un texte plus ancien que celui des
Massorètes et en plus, les autres traductions anciennes s’en
sont servies à leur tour, sauf les traductions latine et
syriaque. Nonobstant cela, la tradition juive ne la
reconnaît guère.
En
l’an 130 de l’ère chrétienne, Aquila mit au point une
nouvelle traduction qui était exagérément littérale. Elle
est presque introuvable de nos jours. Ce qu’il faut dire
ici, c’est qu’avec cette traduction, les rabbins ont voulu
marquer une rupture entre la tradition juive et la tradition
chrétienne qui a transmis le contenu de la culture
héllénique dans la version des Septante. Cette traduction
grecque d’Aquila fut considérée comme une traduction
purement hébraïque qui reflète la tradition juive.
Aux
environs de la fin du IIème siècle de l’ère chrétienne,
Théodotion révisa la version des Septante. Celle-ci fut
ensuite rectifiée par Symmachus au début du IIIème siècle de
l’ère chrétienne.
Entre les années 240 et 245 de l’ère chrétienne, Origenes
mit au point la copie de Hexapla où il a comparé les six
textes, à savoir le texte hébreu non vocalisé, le texte
hébreu écrit en alphabet grec, la version des Septante, la
traduction d’Aquila, la révision de Théodotion et enfin
celle de Symmachus.
Origenes élabora une autre copie connue sous le nom de
Tétrapla où il compara les quatre traductions, après avoir
mis de côté le texte hébreu écrit en alphabet grec.
2.
Le Targume
Le
Targume est un terme araméen qui signifie «la traduction»
Pour expliquer son origine, il est dit que les Juifs, après
l’exil de Babylone en 539 avant J.C., négligèrent la langue
hébraïque, langue du peuple de Palestine et adoptèrent la
langue araméenne. C’est ce qui a fait que, dans leurs
groupements divers, les rabbins lisaient la Torah en hébreu
et avaient à leur côté des traducteurs qui transmettaient le
message biblique en araméen. C’est ce qui est dit, mais la
réalité est que le texte du Targume allait au-delà de la
traduction du texte original et ajoutait des commentaires et
des interprétations qui traduisaient des réflexions qui
reflétaient l’état d’âme des rabbins de l’époque. Si les
premiers textes nous avaient été parvenus, les historiens de
la foi juive et de ses différentes doctrines auraient pu
comprendre et élucider bon nombre de questions demeurées
ambiguës.
Le
plus ancien des Targumes (traductions araméennes) qui nous
soit parvenu remonte au Ier siècle de l’ère chrétienne et
englobe les textes de la Torah, des Prophètes et des
Chroniques.
Les
plus connus des Targumes sont :
*
Le Targume d’Onkelos (il concerne le Pentateuque) qui est
attribué à Aquila.
*
Le Targume de Jonathan (il concerne les Prophètes) qui est
attribué à Jonattran Ben Uziel, le plus célèbre des élèves
de Hillel.
Le
texte du Targume est aujourd’hui publié et est accompagné
des Grands commentaires de la Torah(37).
3.
La Vulgate (traduction latine)
La
première traduction latine s’appelait «Vétus Itala».
Saint-Jérôme s’en inspira pour réaliser sa propre traduction
connue sous le nom de la «Vulgate», terme qui signifie «Le
texte répandu».
C’est à Bethléem que Saint-Jérôme réalisa entre 390 et 405
de l’ère chrétienne sa traduction en se fondant sur le texte
hébreu et le texte grec. Cette traduction latine devint
officielle chez les Catholiques. Elle fixa le texte reconnu
à trente neuf Livres, sauf que leur ordre est différent du
texte hébreu et qu’en plus, il englobe les Livres
Deutérocanoniques qui sont : Tobit, Judith, Sagesse de
Salomon, l’Ecclésiastique, Baruch, Lettres de Jérémie,
Maccabées I et II, les additions à Daniel et à Esther. Ceci
étant, les protestants ne reconnaissent pas les Livres
Deutérocanoniques.
Gutemberg se chargea de la publication de la traduction
latine de la Bible en 1496. Il y eut par la suite plusieurs
publications de cette traduction. En 1590, le Concile de
Trente reconnut comme officielle une traduction latine dont
le texte fut fixé par Sixte Quint (Vulgate sixtine). Elle
fut amendée sous Clément VIII (Vulgate sixtoclémentine) et
publiée en 1592. En 1907, Pie X confia la révision critique
de la traduction de Saint-Jérôme à une commission de
Bénédictins vivant à Rome(38).
4.
La traduction syriaque
Il
existe deux traductions syriaques. L’une d’elles fut
effectuée entre 616 et 617 de l’ère chrétienne par Paul de
Tella qui s’est basé sur la traduction grecque. La seconde
est connue sous le nom de «la Peshita» (en syriaque ce terme
signifie «La simple»). Elle fut élaborée à Edesse au IIème
siècle de l’ère chrétienne et comprend l’Ancien et le
Nouveau Testament.
5.
La traduction copte
La
traduction copte remonte à la fin du IIème siècle et au
début du IIIème siècle de l’ère chrétienne.
6.
La traduction éthiopienne
La
traduction éthiopienne concerne uniquement la Torah et
remonte à l’an 320 de l’ère chrétienne.
7.
Le texte de la Torah en langue arabe
Dans le premier article du livre d’Ibn An-Nadîm «Al Fihrist»,
on apprend que dans la bibliothèque d’Al-Mamun il y avait un
exemplaire de la Torah. Le serviteur de Hârûn Ar-Rachid,
Ahmad Ibn ‘Abd Allâh Ibn Sallâm a dit avoir «traduit entre
autres ouvrages «La Torah, l’Evangile et les Livres des
Prophètes et des disciples et ce, des langues hébraïques,
grecque et sabéenne… à la langue arabe. Ma traduction fut
littérale et je n’ai pas cherché à enjoliver mon texte de
peur de le défigurer. J’ai été objectif et neutre».
On
ne sait pas exactement quelle partie de l’Ancien Testament a
été traduite par Ahmad Ibn Sallâm. Il est fort probable
qu’il s’agisse de la Torah seulement. Quant aux Livres des
Prophètes dont il parle, il n’est pas sûr que ce soit la
deuxième partie de l’Ancien Testament, car l’ordre dans
lequel il cite les Livres et les langues ne correspond pas à
cette partie.
De
même, ce qu’il dit à propos des Livres de Moïse n’est pas
clair.Ainsi, après avoir rappelé le nombre de Prophètes et
de Livres, il dit : «Dieu a révélé en tout cent quatre
Livres. Cent d’entre eux authentiques ont été révélés à des
Prophètes depuis Adam jusqu’à Moïse. Le premier de ces
Livres est celui révélé à Adam. Il est constitué de vingt et
un feuillets. Le deuxième a été révélé à Seth et comporte
vingt neuf feuillets. Le troisième a été révélé à Idriss et
est constitué de trente feuillets. Le quatrième a été révélé
à Abraham et comporte dix feuillets. Le cinquième a été
révélé à Moïse et est constitué de dix feuillets. En tout
donc, il y a cinq Livres et cent feuillets.
«Après les feuillets (assuhuf), le Très-haut a révélé plus
tard la Torah à Moïse en dix tablettes… Quand Moïse
descendit du Mont Sinaï et qu’il découvrit ses compagnons en
train de vénérer le veau, il jeta les tablettes par terre.
Celles-ci se fracassèrent et Moïse regretta son acte. Il
demanda à Dieu de les lui restituer neuves. Dieu exauça ses
vœux et lui envoya deux tablettes : celle de l’Alliance et
celle de la profession de foi (assahada)… Dieu révéla
ensuite à David les Psaumes qui sont un recueil de cent
cinquante prières (zabur) en usage aujourd’hui chez les
Juifs et les Chrétiens»(39).
Ce
que nous comprenons de cette citation est que la traduction
de Ahmad Ibn Sallâm ne va pas au-delà du contenu de deux
tablettes, sinon il aurait fait des commentaires à ce sujet.
Ceci veut dire que la Torah a été augmentée d’autres textes
à travers les siècles pour devenir l’Ancien Testament
volumineux dont nous disposons aujourd’hui. Ibn An-Nadîm
mentionne ensuite, selon des sources sûres d’après lui, les
parties qui constituent l’Ancien Testament. Voici ce qu’il
dit :
«J’ai demandé à un notable juif (min afadilihim) des
renseignements sur la Torah, sur les titres des Livres
juifs, sur les savants et les auteurs juifs». Il me répondit
: «Le Très-Haut a révélé la Torah à Moïse. Elle est composée
de cinq cinquième. Chaque cinquième est composé de plusieurs
livres (sifrin). Dans chaque “Sifir”, il y a plusieurs
paragraphes (parasha), chaque paragraphe est composé de
plusieurs versets (psuqim), ajoute t-il. Moïse dispose d’un
Livre qui s’appelle la Misna d’où les Juifs tirent leurs
lois et leurs préceptes. C’est un Livre volumineux qui est
rédigé en araméen et en hébreu(40).
«Parmi les Livres des Prophètes (la deuxième partie de
l’Ancien Testament), le Livre de Josué, le Livre des Juges,
le Livre de Samuel, le Livre d’Esaïe, le Livre de Jérémie,
le Livre d’Ezékiel, le Livre de Malchie (Livre de David et
ses Compagnons) qui est connu sous le nom de «Malhi les
Rois» (ainsi dans l’éditions)(41), le Livre des Prophètes
composé de douze petits livres.
Ils
ont des ouvrages qu’ils appellent «Battarât» rédigés à
partir des huit Livres des Prophètes. Parmi leurs Livres :
Le Livre d’Esdras le Livre de Daniel, le Livre de Job, le
Livre de «Sersérim» (Le Cantique des Cantiques)(42), le
Livre d’Aggée, le Livre de Ruth, l’Ecclésiaste, le Livre des
Psaumes, le Livre des Proverbes de Salomon, le Livre des
Chroniques qui relate la biographie des Rois et leurs
exploits et le Livre de Hachwarach, appelé «Migilla»
(rouleau)(43).
Il
est impossible d’affirmer que l’ordre adopté par Ibn
An-Nadîm est bien celui qui était en vigueur à cette
époque-là, parce qu’on ignore si les renseignements fournis
par «le notable» étaient un texte appris par cœur ou tout
simplement transmis dans ses grands traits.
Quand Ibn An-Nadîm parle des Evangiles et des titres des
ouvrages des savants et des auteurs chrétiens, il dit avoir
demandé des renseignements à un prêtre à propos d’ouvrages
rédigés par des Chrétiens en langue arabe. Le prêtre, connu
pour sa droiture, lui a dit que l’Evangile est parmi ces
ouvrages et qu’il se présente sous deux «formes» :
l’ancienne et la moderne. Il lui précisa que la doctrine
juive repose sur la «forme» ancienne et la doctrine
chrétienne repose sur la «forme» moderne. Ensuite, il lui
cita les Livres de l’Ancien Testament comme suit : d’abord
la Torah composée de cinq Livres, puis de plusieurs autres
Livres tels que Joshué, les Softim (le Livre des Juges),
Samuel, la question de David, les Chroniques, Ruth, la
Sagesse de Salomon, l’Ecclésiaste, le Cantique des
Cantiques, la Sagesse de Yisuwa’ben Sirah, le Livre des
Prophètes composé de quatre livres : Esaïe, Jérémie, les
douze prophètes et Ezékiel...(44)
Il
est à remarquer qu’on ne retrouve pas dans cette liste tous
les Livres de l’Ancien Testament. Nous ne savons pas
d’ailleurs quelle est l’origine des erreurs ou des omissions
dans cette énumération comme nous ne savons pas non plus
l’origine des ajouts qu’on découvre dans le recueil de
textes de l’Ancien Testament disponible de nos jours.
Nous avons essayé de savoir quel était le contenu de
l’Ancien Testament en langue arabe à travers l’ouvrage d’Ibn
Hazm «Al fasl» (La séparation...)(45) et nous avons pu
comprendre que ce savant possédait effectivement un
exemplaire de la Torah rabbinique qui était sans doute
composée de cinq Livres. C’est du moins ce qu’il laisse
entendre quand il parle de la Torah Samaritaine : «Nous
n’avons pas consulté la Torah somaritaine, car les Juifs
Samaritains ne trouvent aucun plaisir à quitter la terre de
Palestine et la Jordanie».
La
réalité est que la critique d’Ibn Hazm ne concerne que la
partie de l’Ancien Testament dont il disposait
(Pentateuque)»(46).
Par
ailleurs, on attribue à Hunayn Ibn Isaac (mort en 260 de l’Hègire,
873-874 de l’ère chrétienne) une traduction effectuée,
semble t-il, à partir du grec, mais Ibn An-Nadîm ne la
mentionne pas dans la biographie de Hunayn(47).
*
La traduction de Sa’dia Gaon Al Fayyûmî
Etant donné que la culture judéo-arabe est devenue une
composante essentielle de la pensée juive en terre d’Islam,
à l’époque de l’apogée de la civilisation islamique et de
son expansion, il était indispensable que les Juifs arabes
fassent une traduction complète de la Torah, ou du moins
qu’ils en traduisent un certain nombre de textes. C’est que
la langue arabe était parlée par les Juifs un peu partout.
C’était aussi la langue utilisée pour la diffusion de
certaines doctrines, celle relative à la lecture des textes
par exemple chez les Caraïtes. Il est probable que beaucoup
de ces traductions aient été perdues, ou bien nous n’avons
pas eu l’occasion de les trouver parce que les manuscrits
étaient rédigés en alphabet arabe ou bien leur phonie était
en arabe, mais leur graphie en hébreu, ce qui a amené les
Juifs à les négliger après qu’ils aient cessé de
s’intéresser à la langue arabe. Les savants arabes n’ont pas
consulté ces documents parce qu’ils ignoraient l’existence
de manuscrits arabes rédigés par des Juifs qui utilisaient
l’alphabet hébreu.
Reste que la plus célèbre traduction arabe de la Torah est,
sans conteste, celle effectuée par le savant juif Sa’dia
Gaon Al Fayyûmî qui naquit et vécut en Egypte (882-942 de
l’ère chrétienne). Ses commentaires en langue arabe sur la
Torah avaient pour but de sensibiliser les masses, celles
qui maîtrisaient l’arabe et celles qui ne connaissaient que
le dialectal, au texte religieux. Il employa l’alphabet
arabe dans ses commentaires pour permettre même à ceux qui
ne connaissaient pas l’alphabet hébreu, Juifs ou non Juifs,
d’accéder au texte de la Torah(48) .
*
La traduction de Jean, l’évêque de Séville
Dans l’Occident musulman, la traduction la plus connue est
celle de Jean, l’évêque de Séville (750 de l’ère
chrétienne). Elle fut effectuée à partir de la traduction
latine en vigueur à l’époque.
II.
Les traductions de la seconde étape
Cette étape qui débuta avec les grandes réformes religieuses
survenues dans les sociétés occidentales fut inaugurée par
la traduction de la Bible en allemand, effectuée par Luther.
Cette première traduction de Luther eut une influence
considérable, d’abord dans l’illustration et le
développement de la langue germanique, ensuite dans le rôle
d’inspiration qu’elle joua dans les traductions danoises,
suédoises, et hollandaises, et enfin dans l’éviction de la
traduction latine qui était la seule référence utilisée par
les traductions dans les langues européennes du Livre Sacré.
Elle prit donc la place de la traduction latine et son
influence ne diminua qu’avec la publication en 1955 de la
traduction de Jérusalem.
En
français les traductions récentes les plus importantes sont
celle de la Pléiade(49) et celle dite œcuménique, qui allie
les deux traditions catholique et protestante(50).
Avec l’apparition des traductions à caractère chrétien, les
Juifs ont adopté une autre voie dans leurs traductions de
l’Ancien Testament. Ainsi donc, ils ont lié ces dernières
aux objectifs qui pouvaient avoir un impact sur les sociétés
au sein desquelles ils vivaient, y compris l’emploi des
dialectes arabes et la mise à contribution de l’œuvre des
Massorètes. C’est ainsi que parurent trois traductions :
l’une en perse, l’autre en Yiddich (ensemble des parlers
hauts - allemands des communautés juives d’Europe orientale,
entre le XIIIème et le XVème siècle), et une dernière en
judéo-espagnol ou Ladino, entre le XIIIème et le XVIIIème
siècle(51).
A
partir du XVIIIème siècle, les traductions arabes de la
Bible se multiplièrent. En voici quelques unes :
*
La traduction de Ahmad Fâris Assadyaq. (Londres, 1851). Elle
n’eut pas beaucoup de succès.
*
La traduction américano-protestante. Elle est l’œuvre de
missionnaires américains établis à Beyrouth. Le Nouveau
Testament fut publié en 1820 et l’Ancien Testament en 1865.
Le tout concerne trente neuf Livres.
*
La traduction des pères jésuites, sous la direction de
l’évêque de Beyrouth. La première partie de l’Ancien
Testament parut en 1876, suivie de la troisième partie,
c’est-à-dire le Nouveau Testament, en 1877. La deuxième
partie qui complète l’Ancien Testament parut en 1879. Enfin
les trois parties parurent ensemble dans l’édition de 1986 à
Beyrouth.
Cette traduction qui s’est fondée sur le texte hébreu de
l’Ancien Testament et le texte grec du Nouveau Testament, a
l’avantage d’avoir été l’œuvre d’un groupe de théologiens
qui ont mis à contribution leur connaissance des traductions
antérieures et qui ont associé à leur œuvre d’éminents
spécialistes de la langue arabe, tels que Ibrâhîm Al Yâzijî
qui châtia le style et peaufina la traduction comme on peut
le lire sur la couverture de l’édition.
La
plus récente des traductions, et peut-être la dernière à
être parue en arabe, celle intitulée : «L’explicitation
pratique du Livre Sacré»(52). Le texte de cette traduction
est l’œuvre de dix neuf auteurs qui ont travaillé avec
treize théologiens appartenant à plusieurs Universités. La
Société Master Media (Le Caire) se chargea de la traduction
de ce texte en arabe sous la direction de William Wahbî,
Joseph Mâjer, Sabrî Butrus, ‘Atef Sâmî et ‘Adel Kamal qui
ont écrit dans la préface : «C’est un groupe de pasteurs et
d’enseignants appartenant à plusieurs sectes chrétiennes et
à diverses Fondations d’œuvres sociales qui mirent au point
«L’explicitation pratique du Livre Sacré». Un travail
sérieux fut fourni et dura plusieurs années. La révision du
texte fut confiée à un groupe de théologiens de divers
horizons culturels». Ile ne s’agit donc pas, comme on peut
le comprendre de cette préface, d’une traduction liée à une
doctrine chrétienne particulière.
L’objectif des traducteurs de ce document et peut-être celui
de ceux qui ont préparé le texte original était de
moderniser l’Ancien Testament de manière à ce qu’il soit le
complément du Nouveau Testament. Les leçons et les
conclusions que les auteurs ont tirées de tout le Livre
(l’Ancien et le Nouveau Testament) constituent un prêche
écclésiastique. C’est peut-être là la raison qui les a
incités à, non seulement simplifier la langue, mais aussi à
introduire dans le texte des mots et des explications ne
faisant pas partie du texte lui-même, sans qu’ils y fassent
référence. Le lecteur ne connaissant pas l’original du texte
hébreu ne peut, par conséquent, savoir qu’il s’agit là
d’ajouts.
Si
donc cette traduction est riche par ses index, ses cartes,
sa biographie des personnages et sa documentation
historique, il est certain que le chercheur, le théologien
et l’historien ne peuvent nullement la considérer comme une
référence sérieuse, car les dates qu’on y trouve concernant
les événements exposés dans l’Ancien Testament ainsi que
l’attribution qui a été faite des livres ne concordent pas
avec les conclusions de l’archéologie moderne et de la
critique textuelle de la Torah. En effet, les auteurs ont
attribué tous les Livres de la Torah à Moïse et leur ont
donné des dates que personne n’a adoptées. C’est ainsi
qu’ils situent «la Genèse», «l'Exode» et «les Nombres» entre
1450 et 1410 avant J.C., «le Lévitique» entre 1445 et 1440
avant J.C., et «le Deutéronome» entre 1407 et 1406 avant
J.C. Il est à noter ici que la chronologie des Livres ne
correspond pas à la succession des faits historiques.
Par
ailleurs, ils ont attribué les Ecritures à Moïse en sa
qualité d’auteur et non en sa qualité de récepteur de la
Révélation. De ce fait, il est impossible que le lecteur se
souvienne de ce qui a été dit à propos des Dix
commandements, à savoir qu’ils recèlent à eux seuls les
préceptes de la mission divine. Les termes que ces
traducteurs utilisent comme «l’auteur» (c’est-à-dire ici
Moïse), «la théologie», dans l’introduction de chaque Livre
ne sont pas des termes précis. En plus, ils présentent les
Saints, du temps de Melkisédec, contemporain d’Abraham,
comme des Juifs et considèrent également, comme des Juifs,
ceux qui ont été circoncis à l’époque d’Abraham, alors que
l’on sait que le judaïsme n’a existé qu’après la mort de
Moïse. De telles erreurs ne doivent pas être commises dans
un travail de cette envergure, car elles lui sont
préjudiciables.
Néanmoins, ce qu’il y a de positif dans ce travail c’est
qu’il divise le texte en paragraphes et donne à chacun
d’entre eux, un titre qui résume son contenu.
Le
Talmud
Chez la mojorité des Juifs, le Talmud est le second livre
Sacré du Judaïsme après la Torah. Certains d’entre eux, le
considèrent comme étant plus sacré que la Torah elle-même et
pensent qu’ils s’agit là d’une Révélation, sauf que sa
transmission, depuis qu’il a été révélé, s’est faite
oralement. Moïse l’a prêché, puis Aaron et ses fils et toute
une série de patriarches jusqu’à sa rédaction finale(53).
Le
terme «Talmud» signifie «enseignement». Son origine provient
de la même racine radicale arabe «lamada». Il se compose de
deux parties :
1.
La Mishna (Misna)
Le
terme «Mishna» provient du radical «channa» (en araméen)
c’est-à-dire «thannâ» (doubler en arabe). Autrement dit, la
Torah est le Livre Premier, alors que la Mishna est son
complément (son double) qui le commente.
Le
contenu de la Mishna est donc lié fondamentalement à celui
de la Torah et à ce que celle-ci comporte comme Histoire et
Loi divine, auxquelles on a ajouté les événements survenus
après Moïse, les consultations juridiques (fatwas), les
lois, les avis personnels et les prescriptions qui émanèrent
des synodes juifs, toutes tendances confondues, à travers
les siècles. Tous ces éléments se caractérisaient par leur
incohérence et leur éparpillement. L’opération de leur
rassemblement et de leur harmonisation fut l’œuvre de Siméon
Gamliel, éminent érudit de Tibériade, aidé en cela par un
grand nombre de savants de la même ville. En 166 après J.C,
ces savants entreprirent la mise en ordre de cette masse
d’informations dispersées. Ils les classifièrent et les
élaguèrent. Leur travail fut poursuivi, pour être achevé
vers 216 de l’ère chrétienne, par Judah le Prince (nasi) et
ses disciples. Les savants qui contribuèrent à la mise en
ordre de la Mishna furent appelés «les Tannaïms» (les
commentateurs), terme qui provient de l’araméen «tannâ»
(annoter).
C’est en hébreu tardif raffiné que la Mishna fut consignée
par écrit. Elle comporte soixante trois traités répartis en
cinq cent vingt quatre chapitres aux thèmes multiples
(histoire, législation, sociologie et commentaires accumulés
à travers le temps sur ces différents thèmes).
La
Mishna est divisée en six Ordres «sédarim». Chaque «séder»
est subdivisé en «massékhot», lequel est subdivisé en «pérakim»,
lui-même subdivisé en «mishinot». Ces six Ordres sont :
1.
Les Semences : Lois relatives à l’agriculture (labourage,
culture et ensemencement de la terre.) Ces Lois sont
introduites par des traités sur les cultes, prières et aux
bénédictions.
2.
Les Saisons (les fêtes) : Lois sur les fêtes, le sabbath,
les jours sacrés, les règles pour la fixation du calendrier
juif (événements joyeux ou tristes dans l’histoire des
Israélites).
3.
Les Femmes : Lois sur le mariage et le divorce et autres
règles touchant aux relations conjugales et à tous les
devoirs qui en découlent… les lois sur les vœux.
4.
Les Dommages : Lois et procédures civiles et pénals ; traite
de l’idolâtrie et des défenses qui en résultent.
5.
Les Saintetés : L’ordonnance du culte sacrifiel du Temple
et de ce qui s’y rapporte ainsi qu’aux prêtres officiants et
à leurs devoirs. Cet ordre contient un traité spécial qui
prescrit ce qui touche à la mise à mort des animaux et des
oiseaux et à ce qui les rend propres à l’usage.
6.
La Pureté : Cet Ordre traite de la pureté et de l’impureté
rituelle des choses (le boire, le manger...) et des
personnes.
La
langue de la Mishna a fortement subi l’influence du style
araméen, ce qui la distingue de l’hébreu de la Torah. C’est
pour cela que les Docteurs de la loi l’ont nommée «la langue
des Rabbins». Ses emprunts sont divers et sont dus aux
systèmes politiques qui accompagnèrent ses codificateurs. On
y trouve des emprunts araméens, latins, perses et grecs.
2.
La Gémara
La
Gémara est un vocable araméen qui veut dire «l’achèvement»
c’est-à-dire l’achèvement précis et détaillé du contenu de
la Mishna. Elle fut rédigée dans une phraséologie
mi-hébraïque, mi-araméenne, par les Docteurs de la loi et
les disciples des Ecoles et Académies de Palestine (Terre
Sainte) et Babylone. Les savants de la Gémara sont appelés
«les Amoraïms» mot à mot : les parlants, «mutakallimun» (les
commentateurs) pour les différencier des savants de la
Mishna «les Tannaïms» (les annotateurs).
La
Gémara se définit comme étant les annotations de la Mishna,
laquelle se substitue à la Torah durant le troisième et
quatrième siècle. Les Amoraïms respectèrent les Ordres de la
Mishna, mais ils élargirent le débat sur les questions
qu’elle soulève, précisèrent ses règles et prescriptions et
pratiquèrent ses lois à propos de problèmes innatendus et
imprévisibles et de questions virtuelles, explicitant tout
cela par des exemples et des récits. Ils comparèrent les
différentes lois léguées par les générations antérieures
pour en déduire la Loi juridique définitive.
Il
est possible de diviser, autrement, le Talmud quant à son
contenu. Ainsi se présente t-il comme étant :
1.
La «Halaha» : La «Halaha» veut dire «le fait de légiférer».
Il s’agit donc de la législation juive. L’objet du Talmud
est naturellement l’ensemble des lois relatives à la vie
religieuse et civile. C’est la marche qu’Israël doit suivre
pour répondre à l’ordre du Seigneur.
2.
La «Hagada» : La «Hagada» signifie «le fait de raconter et
d’informer». Son objet concerne tous les enseignements
saisis sous le voile de l’anecdote. Elle rapporte des récits
et des renseignements sur les Israélites ainsi que sur les
nations et les dynasties qui ont accompagné leur histoire.
Le tout est présenté sous forme de leçons qui s’inspirent du
vécu juif. C’est ce qui explique que le Talmud englobe une
part importante de l’éthique juive.
Il
faut remarquer ici qu’il existe deux Talmud :
*
Le Tamud babylonien dont on vient d’exposer les grandes
lignes. Il est le plus complet et le plus étendu. Son impact
est considérable sur la pensée et l’éthique juive.
*
Le Talmud dit de Jérusalem. Il est moins volumineux que le
précédent et renferme trente neuf thèmes de la Mishna, mais
il est plus précis, plus concis et d’un style plus raffiné.
Il fut achevé à la fin du VIème siècle de l’ère
chrétienne(54).
Le
Talmud, rappelons-le, occupa chez les Juifs la même
importance que la Torah. Parfois même, il fut plus important
qu’elle. Toutefois vers le VIIIème siècle de l’ère
chrétienne apparut en Irak une secte dont la figure de proue
fut Anan Ben David. Elle avait pour nom : «les Caraïtes».
Les Caraïtes rejetèrent purement et simplement le Talmud.
Ils se nommèrent «les Caraïtes» (qaraïte) parce que les
Juifs du monde islamique appelaient la Torah «Miqra» = (qur’an).
Sans doute y a t-il là une influence de la culture
islamique, car le vocable «Miqra’» présente des similitudes
sémantiques et dérivationnels avec le terme «Coran»(55).
Les «Caraïtes» qui ne croient qu’au «Miqra’» (la Torah),
refusent et rejettent le Talmud.
Il
existe d’innombrables commentaires et précis du Talmud. Le
meilleur d’entre eux, en ce qui concerne le Talmud
babylonien est le commentaire de Rabbi Chalomoh Ben Isaac,
connu sous le nom de «Rachi». Quant au Talmud de Jérusalem,
le commentaire de Moïse Maïmonide est le plus célèbre, parce
que précis et concis. Il s’appelle «la main forte»(56).
3)
Les Midrashim
Le
terme «Midrashim» (singulier Midrash) (qui possède la même
racine radicale qu’en arabe «drs» = étudier) désigne toutes
les études relatives à l’exégèse et à la loi de la Bible
ainsi que les efforts d’interprétation et les règles morales
qui se basent sur le Texte Sacré. Les auteurs des «midrashims»
décortiquent le texte biblique et fouillent ses profondeurs
pour en extraire ce qui est de nature à leur permettre de
tirer profit de toutes les questions soulevées dans le texte
Sacré.
On
distingue deux courants exégètiques :
*
Le midrach halaha
C’est un enseignement qui porte sur l’exégèse du Texte et
son élucidation ainsi que sur les extractions des lois qui y
sont faites.
Il
est possible ici de se spécialiser dans un aspect
particulier parmi les nombreux aspects de la législation.
Il
s’agit donc de l’enseignement législatif des parties
juridiques de la Torah.
*
Le midrach hagada
C’est le commentaire libre des parties narratives de la
Torah. Les prédicateurs (darsanim) veillent ici à extraire
des récits historiques, des interprétations qui concordent
avec la situation où se trouvent la société juive au moment
où leur enseignement est dispensé.
Les
«midrachim» se sont donc intéressés aux récits populaires,
aux proverbes et aux anecdotes. Les plus célèbres sont «le
midrash Rabba» et «le midrash Hagada».
Le
«midrach rabba» (la plus grande exégèse) repose sur les
récits narratifs pour expliquer le Pentateuque, le Cantique
des Cantiques, l’Ecclésiaste, les Proverbes, les
Lamentations de Jérémie, Ruth et Esther. L’habitude était
courante de qualifier chaque Livre de l’Ancien Testament,
objet de l’exégèse, de «Rabba» (grand, complet...). Ainsi,
l’exégèse de la Genèse s’appelait-elle «Birsit Rabba», celle
de l’Exode, «Simut Rabba» etc... Ces «Rabba» (Grands
commentaires) avaient souvent lieu à la synagogue, en
présence des fidèles et les prédicateurs avaient pour
supports des textes de la Torah.
L’assemblage des textes des «Roboat» dura entre le VIème et
le XIIème siècle de l’ère chrétienne. Certains «midrachim» sont
attribués à des personnes comme Tanhuma. Célèbre haggadiste,
Tanhuma bar Abba, a entrepris l’exégèse de toute la Torah au
IVème siècle de l’ère chrétienne.
En
vérité, la production des «midrashim» n’a jamais été
interrompue. Là où il y a eu des Juifs et des synagogues, il
y a toujours eu production des midrashim. La pensée juive a
hérité d’un immense patrimoine de cette littérature léguée
par les Rabbins de l’Occident et de l’Orient islamiques.
L’importance des «midrachim» a toujours été liée à la
célébrité de leurs auteurs.
Par
ailleurs, il n’est pas possible de dissocier l’apport
littéraire et l’apport philosophique des Caraïtes,
précurseurs de la doctrine rationnaliste juive, et des
Rabbanites tels que Sa’dia Gaon Al Fayyûmî, Bahyâ Ben
Baqûdah, Yehuda al-Lawi, Moïse Maïmonide, Abraham Ben Maïmon,
la familla Tibbon, Ben Ezra et bien d’autres.
Les
apports littéraires et philosophiques se sont mêlés au Texte
Sacré, car les philosophes et les théologiens participaient
aux réunions des Synagogues et, comme leur rôle social et
parfois politique le leur imposait, ils s’adressaient aux
foules. Les discours qu’ils faisaient étaient des
«midrashim» qui reposaient sur le Texte Sacré et tenaient
compte des événements qui secouaient la société de l’époque.
C’était là un résumé succinct des sources religieuses juives
les plus importantes.
Le
souci scientifique et la soif du savoir qui nous animent ne
nous permettent pas de nous arrêter à ce point de l’analyse.
C’est pourquoi, il est essentiel de faire intervenir une
science importante dans les études théologiques et
religieuses qui permet de pénétrer les secrets des questions
débattues plus haut. Il s’agit, en l’occurrence, de la
critique textuelle de la Torah. |