Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Section II
Les textes à la disposition de l’Humanité et leur rôle dans la détermination des contours de la mission prophétique

L’Ancien Testament tel qu’il est de nos jours :

De ce qui précède, nous avons conclu que la Torah d’origine représente, en fait, une mission divine. Cette mission est consignée dans les Commandements et le Testament et est rédigée dans une écriture qui n’est pas celle qu’on lui connaît aujourd’hui et dans une langue radicalement différente de la langue hébraïque. Nous avons également tiré argument de l’Ancien Testament tel qu’il se présente à nous aujourd’hui, c’est-à-dire dans une langue qui n’est pas celle dans laquelle il a été écrit au départ, pour expliciter et confirmer beaucoup d’événements qui se sont produits.

Est-ce là une contradiction de notre part ? En d’autres termes, ne sommes-nous pas méfié du texte actuel de la Torah pour nous réclamer en même temps de lui ?

Nous ne le pensons guère, car quand nous affirmons que la Torah était rédigée dans une langue et une graphie différentes de celles d’aujourd’hui, cela ne signifie aucunement que tout ce qui est relaté dans l’Ancien Testament est pure création de l’imagination n’ayant aucun lien avec les faits historiques et les époques qui ont vu défiler les événements vécus par les Hébreux et où apparut la religion juive. Nous pensons que l’Ancien Testament représente une tentative de la réécriture de l’Histoire des Israélites, laquelle tentative se base sur un héritage culturel dont une partie a été transmise oralement et une autre par écrit.  Ce qui est sûr c’est que le recueil des textes originaux de la Torah ne se trouvaient pas entre les mains de ceux qui ont transcrit l’Ancien Testament que l’Humanité connaît aujourd’hui. Il n’est donc pas surprenant que son contenu ne reflète pas exactement les nombreux faits historiques tels qu’ils se sont déroulés dans la réalité. De même, l’imagination fertile et l’engouement que les Hébreux ont manifestés dans l’exagération de la conscience israélite et l’affirmation de sa sublimité ont contribué aux déformations des textes originaux.

Les scribes et les chroniqueurs n’ont relaté dans l’Ancien Testament qu’une connaissance dense de ce dont ils étaient sûrs des événements du passé. Ils ont ainsi été contraints de tronquer, de leurs écrits, des périodes historiques où les civilisations ont connu des chevauchements. Leurs but était de rassembler et d’authentifier les faits, mais ils n’ont pas accordé à la chronologie des événements et aux circonstances dans lesquelles ceux-ci se sont déroulés, une grande importane. Tous les critiques de l’Ancien Testament sont unanimes là-dessus et les références que nous avons consultées vont dans cette direction.

De nos jours, l’Ancien Testament, rédigé en hébreu, est composé de vingt quatre Livres, dans la tradition juive, et de vingt deux Livres dans la tradition chrétienne. Certains rabbins croient que tout l’Ancien Testament est une Révélation divine(27). D’autres pensent que la Révélation que Moïse a reçue sous forme de voix céleste est contenue dans la première partie seulement et considèrent comme Révélation par le biais de la convergence, les deux autres parties suivantes.

La tradition rabbinique a, par ailleurs, émis des dates estimatives. Ainsi la Torah (le Pentateuque composé de cinq Livres) fut rédigée au XVème siècle avant J.C. Quant à la deuxième partie, elle est composée des «Premiers Prophètes» qui furent rédigés entre le XIVème et le VIème siècle avant J.C. et des «Prophètes postérieurs» rédigés entre le IXème et le Vème siècle avant J.C. Pour la troisième partie, (les «Autres Ecrits») la tradition a avancé diverses dates. Ainsi «Les Psaumes» attribués, selon cette tradition, à David datent du XIème siècle avant J.C., «Les Proverbes», «Le Cantique des Cantiques» et l’Ecclésiaste attribués à Salomon datent du Xème siècle avant J.C. Les lamentations et Jérémie datent du VIème siècle avant J.C. Le «Livre de Daniel» date, lui, du Vème siècle avant J.C. Les récits de Job, Ruth et Esther attribués à Moïse ont été écrits au XVème siècle avant J.C. Le «Livre de Samuel» date du XIème siècle avant J.C. et les «Livres de Néhémie, Esdras et les Chroniques I et II» attribuées à Esdras datent du IVème siècle avant J.C. (28).

Il va de soi que ces dates sont loin de correspondre aux résultats auxquels nous avons fait mention quand nous avons retracé la vie de Moïse et d’Aaron et qui ont été fournis par les découvertes archéologiques et les recherches historiques relatives aux origines de l’Ancien Testament.

Traditionnellement, on attribue à Esdras (Vème siècle avant J.C.) le rassemblement des textes de L’Ancien Testament. Toutefois Spinoza pense qu’Esdras n’a pas été le premier à avoir rédigé le texte de l’Ancien Testament, et que son action a consisté tout simplement à rassembler des récits différents qui étaient rédigés bien avant lui. Il ne faisait , des fois, que les recopier sans chercher ni à vérifier leur authenticité, ni à fixer leur chrnologie(29). Mais il faut bien le dire, le fait que le «Livre de Daniel» fasse partie de l’Ancien Testament est une preuve qu’Esdras n’a pas rédigé tout le texte, car le «Livre de Daniel» a été rédigé aux environs de l’année 166 avant J.C, trois siècles à peu près après le travail de rassemblement des textes effectué par Esdras.

Quelles ont été les circonstances dans lesquelles fut rédigé l’Ancien Testament et quelle a été la méthodologie suivie, pour ce faire ?

Il est sûr que le plus ancien recueil que nous possédons de l’Ancien Testament, c’est-à-dire les textes qui font l’unanimité des savants juifs, a été transcris dans le premier alphabet hébreu qui s’est développé avant que l’araméen ne remplaçât la langue hébraïque ancienne. L’Ancien Testament fut rédigé ensuite dans l’alphabet carré que les Juifs ont hérité de l’araméen, lors de l’exil babylonien.

Depuis le temps du second Temple, on a pris l’habitude de comparer annuellement la Torah -très répandue à Judée- avec les copies modèles composées à partir de trois copies (du Pentateuque) très rapprochées et qui était entreposée au Temple. Il est clair que certains textes ont été remaniés du temps du second Temple, notamment les passages relatifs à l’anthropomorphisme. Ce remaniement fut appelé «Tiqquné Soférim» (Corrections des Scribes) et fut attribué à Esdras et, après lui, à une pléiade de Scribes. Les discordances qui existent entre, d’une part, le texte traditionnel (celui confirmé par les Massorètes) et la traduction grecque, les manuscrits de Qumrân et le Pentateuque samaritain d’autre part, peuvent être dues à des «Tiqqunim» faites par des Scribes inconnus.

Le texte traditionnel dont il est fait mention supra était, jusqu’au VIème siècle de l’ère chrétienne, purement consonantique. Les scribes utilisaient comme indices pour la compréhension des signes diacritiques (A.W.Y). A la fin du VIIème siècle et au début du VIIIème siècle de l’ère chrétienne, les Naqdanim, (experts en ponctuation) ont mis au point un nouveau système graphique basé sur les signes diacritiques. Ils ont été influencés, dans ce travail, par le système vocalique des Assyriens et des Arabes. Il en est résulté deux systèmes :

* Le système babylonien qui fut l’œuvre d’érudits d’origine babylonienne. Elle consiste à mettre des signes diacritiques sur les lettres pour indiquer les voyelles brèves.

* Le système palestinien qui indique les voyelles brèves par des points et des traits placés en-dessus et en-dessous des lettres. Elle est doublée par l’emploi des lettres faibles (a.w.y) pour traduire la quantité vocalique (longueur d’une voyelle). C’est la méthode utilisée de nos jours.

Les Massorètes terminèrent, d’une manière précise, le travail de naqdanim (punctatores) entre le VIIIème et le Xème siècle de l’ère chrétienne. Deux traditions marquèrent cette œuvre : celle de Ben Nepthali et celle de Ben Asher (Xème siècle de l’ère chrétienne). C’est cette œuvre-là qui fut choisie pour la ponctuation actuelle de l’Ancien Testament(30). Le texte biblique y est divisé en versets (pisuqim), qui contiennent un nombre plus ou moins grand de vocables. Le plus court de ces versets comprend au moins trois vocables.

La division du texte en chapitres est une tradition chrétienne qui fit son apparition d’abord dans la traduction latine, au XIIIème siècle de l’ère chrétienne. Cette méthode a été suivie par le  Rabbi Nathan qui mit au point le premier index de l’Ancien Testament, vers 1440 de l’ère chrétienne. Depuis ce temps-là, cette méthode est devenue une tradition hébraïque respectée.

La Torah (Pentateuque) a été divisée en cinquante quatre sections (ou parachah) en conformité avec la lecture annuelle. La tradition en Palestine l’a divisée en cent cinquante sept «parachah» pour qu’elle soit lue durant une période de trois ans.

Les Massorètes ont annoté la Torah dans les marges des pages ou après chaque chapitre ou bien à la fin de l’Ancien Testament(31). Parmi les notes les plus importantes dans leur œuvre est celle de : «qri’wi ktib» qri ‘ «ce qui doit être lu» opposé au ktib «ce qui est écrit», c’est-à-dire à la rectification du mot du corpus dans la marge. Ce mot est accompagné d’un signe qui signifie qu’il doit être lu, dans le corpus, d’une manière différente de sa graphie. En voici des exemples :

* Le nom du Seigneur s’écrit «Iahvé» dans le corpus, mais l’attention est attirée sur le fait qu’il doit être prononcé «Adonay». La graphie de ce terme change selon sa fonction grammaticale dans la phrase.

* Le pronom personnel féminin peut graphiquement être représenté par «il», mais il doit être lu «elle».

* Un vocable tel que «na’ar» (enfant) se lit «na’arah» s’il désigne une fille, avec donc l’adjonction d’une particule qui indique oralement qu’il est féminin.

 

Et ainsi de suite...

Ceci signifie que le texte actuel se présente avec des erreurs qui ont été commises par les Scribes (Sufrim) et que les Massorètes ont essayé de corriger (32).

Si, d’un côté, le travail accompli par les Massorètes fut utile, d’un autre côté, il ne le fut guère, car ils ont détruit ou dissimulé les textes qui n’allaient pas dans le sens de leurs traditions. Les gens n’ont reçu, à travers les siècles que des copies de copies transcrites pour être exploitées dans les lieux du culte ou dans les prières, et cela sous forme de rouleaux de cuir ou de parchemins, avant d’être rédigées sur du papier...

Parmi les manuscrits importants qu’on a découverts et qui comportent des parties du Livre Sacré (l’Ancien et le Nouveau Testament), les quatre suivants :

* Le manuscrit du Vatican (codex vaticanus) qui comporte sept cent vingt feuillets de trois colonnes chacun. On pense que la date de sa transcription ne dépasse pas le milieu du IVème siècle de l’ère chrétienne.

* Le manuscrit sinaïen (codex sinaïticus). Il a été dénommé ainsi parce qu’il a été découvert dans le monastère de Sainte-Catherine au pied du Mont Sinaï, par le savant allemand Constantin von Tischendorf en 1842. Il comportait alors quarante cinq feuillets. Les parties manquantes (Le Nouveau Testament et des parties de l’Ancien Testament) ont été découvertes entre 1853 et 1859 dans un grand rouleau.

On avance que ce manuscrit comportait au départ sept cent trente feuillets et que, par ignorance de leur contenu, les moines en ont brûlé trois cent quarante. Le reste (trois cent quatre vingt dix feuillets) se trouve aujourd’hui au British Museum.

La date de ce manuscrit est controversée. Certains la situent au milieu du IIème siècle de l’ère chrétienne, d’autres au VIème siècle de l’ère chrétienne. D’autres enfin considèrent ce document comme l’un des cinquante manuscrits que Constantin 1er, le Grand, a ordonné de transcrire et d’en faire des copies pourqu’il soit utilisé dans les églises de la ville (Constantine).

* Le troisième manuscrit est celui d’Alexandrie qui comportait huit cent vingt feuillets. Il n’en reste plus aujourd’hui que sept cent soixante treize. On le situe au Vème siècle de l’ère chrétienne.

* Le quatrième manuscrit est celui d’Ephraïm l’Assyrien qui vécut au IVème siècle de l’ère chrétienne. Son écriture fut restaurée au XIIème siècle de l’ère chrétienne. C’est à partir de ce manuscrit que fut effectuée la traduction anglaise connue sous le nom de «traduction de James» (1611 de l’ère chrétienne)(33).

En 1890, on a découvert à «Al Gniza» (Grotte au Caire) quelques fragments anciens et en 1947 on a découvert par hasard les manuscrits de Qumrân au Nord de la Mer morte. Les recherches se sont alors multipliées et on a pu découvrir d’autres textes dont certains sont rédigés en caractères phéniciens et d’autres en caractères carrés comme les manuscrits de Wâdî ‘Arabât. Le plus ancien de ces textes remonte à l’an 70 de l’ère chrétienne.

Il est à souligner que le rouleau d’Esaïe découvert à Wâdi Arabât présente des caractéristiques qui le rapprochent de la tradition massorète. Il renferme des rectifications qui indiquent les erreurs et les passages manquants. Le nom de Iahvé n’y figure pas(34).

Le plus ancien texte des dix commandements est celui qui se trouve consigné dans les papyrus de Nash et qui date du IIème siècle avant J.C.(35)

Le plus ancien manuscrit massorète a été transcrit entre 820 et 850 de l’ère chrétienne. Il ne renferme que la première partie, c’est-à-dire la Torah.

Le plus ancien manuscrit du texte intégral est le manuscrit qui existe à St Petersbourg et qui fut transcris durant les premières années du Xème siècle de l’ère chrétienne.

Les éditions actuelles ont été publiées à partir du manuscrit de Jacob Ibn Haïm qui date de l’année 1524 de l’ère chrétienne à Venise.

Les éditions de l’Ancien Testament

Les plus célèbres éditions anciennes de la Bible sont l’Edition attribuée à Gutenberg vers 1454-1456 (2 vol.) soit 1282 pages en latin, la Bible d’Alcal’a ou Biblia Complutensis, imprimée en 1514-1517 à Alcal’a de Henares en Espagne, sous la direction de Cardinal Jiménez de Cisneros, parue seulement en 1520-1522. C’est une bible polyglotte donnant l’Ancien Testament en hébreu, latin et grec, plus le Targum araméen . Le Nouveau Testament y est imprimé en grec et en latin, l’Edition massorétique (tradition juive) de Bamberg parue en 1521 dans «Les Grandes Lectures», (Targumin et Commentaire), le texte seul édité en 1618, l’Edition allemande complète de Martin Luther en 1534, la Biblia Regia ou polyglotta faite par Plantin Christophe en 1569-1572 (8 vol.), elle se trouve au musée à Anvers (Belgique) ; l’Edition massorétique de Bamberg fut la plus crédible jusqu’à la publication de la Biblia Hebraïca,  qui se fonda sur le manuscrit de Ben Asher. Elle est l’Edition académique la plus répandue aujourd’hui. Elle comporte une préface en allemand signée par Rud Kittel en 1929 et présente diverses notes infra-paginales qui réfèrent aux ajouts et aux passages tronqués dans le texte. On y trouve également une comparaison entre le texte d’origine hébraïque et la traduction grecque et latine(36).

Il est à souligner que la Torah Samaritaine (le Pentateuque) qui a été rédigée au IVème siècle avant J.C. diffère du texte massorète traditionnel, dans plus de six mille endroits du texte traditionnellement accepté ainsi que dans la graphie. La Torah samaritaine est écrite dans l’ancien alphabet phénicien  et son tiers environ correspond à la traduction des Septante. Elle pourrait être utile dans la rectification du texte hébraïque officiel ou du moins servir à souligner les différences qui existent entre elle et le texte hébraïque. A noter ici l’existence d’une traduction écrite en caractères samaritains, mais elle n’est d’aucune utilité pour éclaircir l’ambiguïté textuelle dans la Torah.

Les traductions de l’Ancien Testament

La traduction de la Torah (l’Ancien Testament) a connu deux étapes importantes :

I. La première étape a connu les traductions suivantes :

1. La version des «Septante»

Cette traduction fut ainsi appelée à la suite d’une anecdote voulant que Ptolémée II (Philadelphe : 283-247 avant J.C.) a demandé au grand Prêtre de Jérusalem de l’époque, l’envoi d’une copie de l’Ancien Testament et de traducteurs chevronnés capables de traduire l’Ancien Testament à la langue grecque. Le Grand Prêtre envoya la copie et soixante douze traducteurs, six de chaque tribu d’Israël, à Alexandrie. On rapporte que les traducteurs ont achevé leur  travail en soixante douze jours, d’où le nom de «Septante» donné à leur traduction qui fut effectuée spécialement pour les Juifs d’Alexandrie.

Cette traduction diffère, dans maints endroits, du texte hébreu en vigueur actuellement : les Livres d’Esaïe et de Daniel sont différents. Le septième et le quart manquent respectivement aux Livres de Jérémie et de Job. La succession des Livres n’est pas la même et il y aurait des ajouts et des suppressions. En plus, cette traduction grecque est jalonnée de termes ambigus.

On pense que toutes ces différences avec le texte hébreu adopté par les traducteurs -qui est plus ancien que le texte des Massorètes devenu texte officiel chez les Hébreux - provient de la longue période que dura cette traduction. Il a été confirmé, par ailleurs, que cette traduction ne s’est pas terminée en soixante douze jours comme on l’a prétendu. La première partie a été traduite au IIIème siècle avant J.C. et est de qualité supérieure aux deux autres parties traduites bien plus tard.

Cette traduction revêt une importance capitale, car elle s’est fondée sur un texte plus ancien que celui des Massorètes et en plus, les autres traductions anciennes s’en sont servies à leur tour, sauf les traductions latine et syriaque. Nonobstant cela, la tradition juive ne la reconnaît guère.

En l’an 130 de l’ère chrétienne, Aquila mit au point une nouvelle traduction qui était exagérément littérale. Elle est presque introuvable de nos jours. Ce qu’il faut dire ici, c’est qu’avec cette traduction, les rabbins ont voulu marquer une rupture entre la tradition juive et la tradition chrétienne qui a transmis le contenu de la culture héllénique dans la version des Septante. Cette traduction  grecque d’Aquila fut considérée comme une traduction purement hébraïque qui reflète la tradition juive.

Aux environs de la fin du IIème siècle de l’ère chrétienne, Théodotion révisa la version des Septante. Celle-ci fut ensuite rectifiée par Symmachus au début du IIIème siècle de l’ère chrétienne.

Entre les années 240 et 245 de l’ère chrétienne, Origenes mit au point la copie de Hexapla où il a comparé les six textes, à savoir le texte hébreu non vocalisé, le texte hébreu écrit en alphabet grec, la version des Septante, la traduction d’Aquila, la révision de Théodotion et enfin celle de Symmachus.

Origenes élabora une autre copie connue sous le nom de Tétrapla où il compara les quatre traductions, après avoir mis de côté le texte hébreu écrit en alphabet grec.

2. Le Targume

Le Targume est un terme araméen qui signifie «la traduction» Pour expliquer son origine, il est dit que les Juifs, après l’exil de Babylone en 539 avant J.C., négligèrent la langue hébraïque, langue du peuple de  Palestine et adoptèrent la langue araméenne. C’est ce qui a fait que, dans leurs groupements divers, les rabbins lisaient la Torah en hébreu et avaient à leur côté des traducteurs qui transmettaient le message biblique en araméen. C’est ce qui est dit, mais la réalité est que le texte du Targume allait au-delà de la traduction du texte original et ajoutait des commentaires et des interprétations qui traduisaient des réflexions qui reflétaient l’état d’âme des rabbins de l’époque. Si les premiers textes nous avaient été parvenus, les historiens de la foi juive et de ses différentes doctrines auraient pu comprendre et élucider bon nombre de questions demeurées ambiguës.

Le plus ancien des Targumes (traductions araméennes) qui nous soit parvenu remonte au Ier siècle de l’ère chrétienne et englobe les textes de la Torah, des Prophètes et des Chroniques.

Les plus connus des Targumes sont :

* Le Targume d’Onkelos (il concerne le Pentateuque) qui est attribué à Aquila.

* Le Targume de Jonathan (il concerne les Prophètes) qui est attribué à Jonattran Ben Uziel, le plus célèbre des élèves de Hillel.

Le texte du Targume est aujourd’hui publié et est accompagné des Grands commentaires de la Torah(37).

3. La Vulgate (traduction latine)

La première traduction latine s’appelait «Vétus Itala». Saint-Jérôme s’en inspira pour réaliser sa propre traduction connue sous le nom de la «Vulgate», terme qui signifie «Le texte répandu».

C’est à Bethléem que Saint-Jérôme réalisa entre 390 et 405 de l’ère chrétienne sa traduction en se fondant sur le texte hébreu et le texte grec. Cette traduction latine devint officielle chez les  Catholiques. Elle fixa le texte reconnu à trente neuf Livres, sauf que leur ordre est différent du texte hébreu et qu’en plus, il englobe les Livres Deutérocanoniques qui sont : Tobit, Judith, Sagesse de Salomon, l’Ecclésiastique, Baruch, Lettres de Jérémie, Maccabées I et II, les additions à Daniel et à Esther. Ceci étant, les protestants ne reconnaissent pas les Livres Deutérocanoniques.

Gutemberg se chargea de la publication de la traduction latine de la Bible en 1496. Il y eut par la suite plusieurs publications de cette traduction. En 1590, le Concile de Trente reconnut comme officielle une traduction latine dont le texte fut fixé par Sixte Quint (Vulgate sixtine). Elle fut amendée sous Clément VIII (Vulgate sixtoclémentine) et publiée en 1592. En 1907, Pie X confia la révision critique de la traduction de Saint-Jérôme à une commission de Bénédictins vivant à Rome(38).

4. La traduction syriaque

Il existe deux traductions syriaques. L’une d’elles fut effectuée entre 616 et 617 de l’ère chrétienne par Paul de Tella qui s’est basé sur la traduction grecque. La seconde est connue sous le nom de «la Peshita» (en syriaque ce terme signifie «La simple»). Elle fut élaborée à Edesse au IIème siècle de l’ère chrétienne et comprend l’Ancien et le Nouveau Testament.

5. La traduction copte

La traduction copte remonte à la fin du IIème siècle et au début du IIIème siècle de l’ère chrétienne.

6. La traduction éthiopienne

La traduction éthiopienne concerne uniquement la Torah et remonte à l’an 320 de l’ère chrétienne.

7. Le texte de la Torah en langue arabe

Dans le premier article du livre d’Ibn An-Nadîm «Al Fihrist», on apprend que dans la bibliothèque d’Al-Mamun il y avait un exemplaire de la Torah. Le serviteur de Hârûn Ar-Rachid, Ahmad Ibn ‘Abd Allâh Ibn Sallâm a dit avoir «traduit entre autres ouvrages «La Torah, l’Evangile et les Livres des Prophètes et des disciples et ce, des langues hébraïques, grecque et sabéenne… à la langue arabe. Ma traduction fut littérale et je n’ai pas cherché à enjoliver mon texte de peur de le défigurer. J’ai été objectif et neutre».

On ne sait pas exactement quelle partie de l’Ancien Testament a été traduite par Ahmad Ibn Sallâm. Il est fort probable qu’il s’agisse de la Torah seulement. Quant aux Livres des Prophètes dont il parle, il n’est pas sûr que ce soit la deuxième partie de l’Ancien Testament, car l’ordre dans lequel il cite les Livres et les langues ne correspond pas à cette partie.

De même, ce qu’il dit à propos des Livres de Moïse n’est pas clair.Ainsi, après avoir rappelé le nombre de Prophètes et de Livres, il dit : «Dieu a révélé en tout cent quatre Livres. Cent d’entre eux authentiques ont été révélés à des Prophètes depuis Adam jusqu’à Moïse. Le premier de ces Livres est celui révélé à Adam. Il est constitué de vingt et un feuillets. Le deuxième a été révélé à Seth et comporte vingt neuf feuillets. Le troisième a été révélé à Idriss et est constitué de trente feuillets. Le quatrième a été révélé à Abraham et comporte dix feuillets. Le cinquième a été révélé à Moïse et est constitué de dix feuillets. En tout donc, il y a cinq Livres et cent feuillets.

«Après les feuillets (assuhuf), le Très-haut a révélé plus tard la Torah à Moïse en dix tablettes… Quand Moïse descendit du Mont Sinaï et qu’il découvrit ses compagnons en train de vénérer le veau, il jeta les tablettes par terre. Celles-ci se fracassèrent et Moïse regretta son acte. Il demanda à Dieu de les lui restituer neuves. Dieu exauça ses vœux et lui envoya deux tablettes : celle de l’Alliance et celle de la profession de foi (assahada)… Dieu révéla ensuite à David les Psaumes qui sont un recueil de cent cinquante prières (zabur) en usage aujourd’hui chez les Juifs et les Chrétiens»(39).

Ce que nous comprenons de cette citation est que la traduction de Ahmad Ibn Sallâm ne va pas au-delà du contenu de deux tablettes, sinon il aurait fait des commentaires à ce sujet. Ceci veut dire que la Torah a été augmentée d’autres textes à travers les siècles pour devenir l’Ancien Testament volumineux dont nous disposons aujourd’hui. Ibn An-Nadîm mentionne ensuite, selon des sources sûres d’après lui, les parties qui constituent l’Ancien Testament. Voici ce qu’il dit :

«J’ai demandé à un notable juif (min afadilihim) des renseignements sur la Torah, sur les titres des Livres juifs, sur les savants et les auteurs juifs». Il me répondit : «Le Très-Haut a révélé la Torah à Moïse. Elle est composée de cinq cinquième. Chaque cinquième est composé de plusieurs livres (sifrin). Dans chaque “Sifir”, il y a plusieurs paragraphes (parasha), chaque paragraphe est composé de plusieurs versets (psuqim), ajoute t-il. Moïse dispose d’un Livre qui s’appelle la Misna d’où les Juifs tirent leurs lois et leurs préceptes. C’est un Livre volumineux qui est rédigé en araméen et en hébreu(40).

«Parmi les Livres des Prophètes (la deuxième partie de l’Ancien Testament), le Livre de Josué, le Livre des Juges, le Livre de Samuel, le Livre d’Esaïe, le Livre de Jérémie, le Livre d’Ezékiel, le Livre de Malchie (Livre de David et ses Compagnons) qui est connu sous le nom de «Malhi les Rois» (ainsi dans l’éditions)(41), le Livre des Prophètes composé de douze petits livres.

Ils ont des ouvrages qu’ils appellent «Battarât» rédigés à partir des huit Livres des Prophètes. Parmi leurs Livres : Le Livre d’Esdras le Livre de Daniel, le Livre de Job, le Livre de «Sersérim» (Le Cantique des Cantiques)(42), le Livre d’Aggée, le Livre de Ruth, l’Ecclésiaste, le Livre des Psaumes, le Livre des Proverbes de Salomon, le Livre des Chroniques qui relate la biographie des Rois et leurs exploits et le Livre de Hachwarach, appelé «Migilla» (rouleau)(43).

Il est impossible d’affirmer que l’ordre adopté par Ibn An-Nadîm est bien celui qui était en vigueur à cette époque-là, parce qu’on ignore si les renseignements fournis par «le notable» étaient un texte appris par cœur ou tout simplement transmis dans ses grands traits.

Quand Ibn An-Nadîm parle des Evangiles et des titres des ouvrages des savants et des auteurs chrétiens, il dit avoir demandé des renseignements à un prêtre à propos d’ouvrages rédigés par des Chrétiens en langue arabe. Le prêtre, connu pour sa droiture, lui a dit que l’Evangile est parmi ces ouvrages et qu’il se présente sous deux «formes» : l’ancienne et la moderne. Il lui précisa que la doctrine juive repose sur la «forme» ancienne et la doctrine chrétienne repose sur la «forme» moderne. Ensuite, il lui cita les Livres de l’Ancien Testament comme suit : d’abord la Torah composée de cinq Livres, puis de plusieurs autres Livres tels que Joshué, les Softim (le Livre des Juges), Samuel, la question de David, les Chroniques, Ruth, la Sagesse de Salomon, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse de Yisuwa’ben Sirah, le Livre des Prophètes composé de quatre livres : Esaïe, Jérémie, les douze prophètes et Ezékiel...(44)

Il est à remarquer qu’on ne retrouve pas dans cette liste tous les Livres de l’Ancien Testament. Nous ne savons pas d’ailleurs quelle est l’origine des erreurs ou des omissions dans cette énumération comme nous ne savons pas non plus l’origine des ajouts qu’on découvre dans le recueil de textes de l’Ancien Testament disponible de nos jours.

Nous avons essayé de savoir quel était le contenu de l’Ancien Testament en langue arabe à travers l’ouvrage d’Ibn Hazm «Al fasl» (La séparation...)(45) et nous avons pu comprendre que ce savant possédait effectivement un exemplaire de la Torah rabbinique qui était sans doute composée de cinq Livres. C’est du moins ce qu’il laisse entendre quand il parle de la Torah Samaritaine : «Nous n’avons pas consulté la Torah somaritaine, car les Juifs Samaritains ne trouvent aucun plaisir  à quitter la terre de Palestine et la Jordanie».

La réalité est que la critique d’Ibn Hazm ne concerne que la partie de l’Ancien Testament dont il disposait (Pentateuque)»(46).

Par ailleurs, on attribue à Hunayn Ibn Isaac (mort en 260 de l’Hègire, 873-874 de l’ère chrétienne) une traduction effectuée, semble t-il, à partir du grec, mais Ibn An-Nadîm ne la mentionne pas dans la biographie de Hunayn(47).

* La traduction de Sa’dia Gaon Al Fayyûmî

Etant donné que la culture judéo-arabe est devenue une composante essentielle de la pensée juive en terre d’Islam, à l’époque de l’apogée de la civilisation islamique et de son expansion, il était indispensable que les Juifs arabes fassent une traduction complète de la Torah, ou du moins qu’ils en traduisent un certain nombre de textes. C’est que la langue arabe était parlée par les Juifs un peu partout. C’était aussi la langue utilisée pour la diffusion de certaines doctrines, celle relative à la lecture des textes par exemple chez les Caraïtes. Il est probable que beaucoup de ces traductions aient été perdues, ou bien nous n’avons pas eu l’occasion de les trouver parce que les manuscrits étaient rédigés en alphabet arabe ou bien leur phonie était en arabe, mais leur graphie en hébreu, ce qui a amené les Juifs à les négliger après qu’ils aient cessé de s’intéresser à la langue arabe. Les savants arabes n’ont pas consulté ces documents parce qu’ils ignoraient l’existence de manuscrits arabes rédigés par des Juifs qui utilisaient l’alphabet hébreu.

Reste que la plus célèbre traduction arabe de la Torah est, sans conteste, celle effectuée par le savant juif Sa’dia Gaon Al Fayyûmî qui naquit et vécut en Egypte (882-942 de l’ère chrétienne). Ses commentaires en langue arabe sur la Torah avaient pour but de sensibiliser les masses, celles qui maîtrisaient l’arabe et celles qui ne connaissaient que le dialectal, au texte religieux. Il employa l’alphabet arabe dans ses commentaires pour permettre même à ceux qui ne connaissaient pas l’alphabet hébreu, Juifs ou non Juifs, d’accéder au texte de la Torah(48) .

* La traduction de Jean, l’évêque de Séville

Dans l’Occident musulman, la traduction la plus connue est celle de Jean, l’évêque de Séville (750 de l’ère chrétienne). Elle fut effectuée à partir de la traduction latine en vigueur à l’époque.

II. Les traductions de la seconde étape

Cette étape qui débuta avec les grandes réformes religieuses survenues dans les sociétés occidentales fut inaugurée par la traduction de la Bible en allemand, effectuée par Luther. Cette première traduction de Luther eut une influence considérable, d’abord dans l’illustration et le développement de la langue germanique, ensuite dans le rôle d’inspiration qu’elle joua dans les traductions danoises, suédoises, et hollandaises, et enfin dans l’éviction de la traduction latine qui était la seule référence utilisée par les traductions dans les langues européennes du Livre Sacré. Elle prit donc la place de la traduction latine et son influence ne diminua qu’avec la publication en 1955 de la traduction de Jérusalem.

En français les traductions récentes les plus importantes sont celle de la Pléiade(49) et celle dite œcuménique, qui allie les deux traditions catholique et protestante(50).

Avec l’apparition des traductions à caractère chrétien, les Juifs ont adopté une autre voie dans leurs traductions de l’Ancien Testament. Ainsi donc, ils ont lié ces dernières aux objectifs qui pouvaient avoir un impact sur les sociétés au sein desquelles ils vivaient, y compris l’emploi des dialectes arabes et la mise à contribution de l’œuvre des Massorètes. C’est ainsi que parurent trois traductions : l’une en perse, l’autre en Yiddich (ensemble des parlers hauts - allemands des communautés juives d’Europe orientale, entre le XIIIème et le XVème siècle), et une dernière en judéo-espagnol ou Ladino,  entre le XIIIème et le XVIIIème siècle(51).

A partir du XVIIIème siècle, les traductions arabes de la Bible se multiplièrent. En voici quelques unes :

* La traduction de Ahmad Fâris Assadyaq. (Londres, 1851). Elle n’eut pas beaucoup de succès.

* La traduction américano-protestante. Elle est l’œuvre de missionnaires américains établis à Beyrouth. Le Nouveau Testament fut publié en 1820 et l’Ancien Testament en 1865. Le tout concerne trente neuf Livres.

* La traduction des pères jésuites, sous la direction de l’évêque de Beyrouth. La première partie de l’Ancien Testament parut en 1876, suivie de la troisième partie, c’est-à-dire le Nouveau Testament, en 1877. La deuxième partie qui complète l’Ancien Testament parut en 1879. Enfin les trois parties parurent ensemble dans l’édition de 1986 à Beyrouth.

Cette traduction qui s’est fondée sur le texte hébreu de l’Ancien Testament et le texte grec du Nouveau Testament, a l’avantage d’avoir été l’œuvre d’un groupe de théologiens qui ont mis à contribution leur connaissance des traductions antérieures et qui ont associé à leur œuvre d’éminents spécialistes de la langue arabe, tels que Ibrâhîm Al Yâzijî qui châtia le style et peaufina la traduction comme on peut le lire sur la couverture de l’édition.

La plus récente des traductions, et peut-être la dernière à être parue en arabe, celle intitulée : «L’explicitation pratique du Livre Sacré»(52). Le texte de cette traduction est l’œuvre de dix neuf auteurs qui ont travaillé avec treize théologiens appartenant à plusieurs Universités. La Société Master Media (Le Caire) se chargea de la traduction de ce texte en arabe sous la direction de William Wahbî, Joseph Mâjer, Sabrî Butrus, ‘Atef Sâmî et ‘Adel Kamal qui ont écrit dans la préface : «C’est un groupe de pasteurs et d’enseignants appartenant à plusieurs sectes chrétiennes et à diverses Fondations d’œuvres sociales qui mirent au point «L’explicitation pratique du Livre Sacré». Un travail sérieux fut fourni et dura plusieurs années. La révision du texte fut confiée à un groupe de théologiens de divers horizons culturels». Ile ne s’agit donc pas, comme on peut le comprendre de cette préface, d’une traduction liée à une doctrine chrétienne particulière.

L’objectif des traducteurs de ce document et peut-être celui de ceux qui ont préparé le texte original était de moderniser l’Ancien Testament de manière à ce qu’il soit le complément du Nouveau Testament. Les leçons et les conclusions que les auteurs ont tirées de tout le Livre (l’Ancien et le Nouveau Testament) constituent un prêche écclésiastique. C’est peut-être là la raison qui les a incités à, non seulement simplifier la langue, mais aussi à introduire dans le texte des mots et des explications ne faisant pas partie du texte lui-même, sans qu’ils y fassent référence. Le lecteur ne connaissant pas l’original du texte hébreu ne peut, par conséquent, savoir qu’il s’agit là d’ajouts.

Si donc cette traduction est riche par ses index, ses cartes, sa biographie des personnages et sa documentation historique, il est certain que le chercheur, le théologien et l’historien ne peuvent nullement la considérer comme une référence sérieuse, car les dates qu’on y trouve concernant les événements exposés dans l’Ancien Testament ainsi que l’attribution qui a été faite des livres ne concordent pas avec les conclusions de l’archéologie moderne et de la critique textuelle de la Torah. En effet, les auteurs ont attribué tous les Livres de la Torah à Moïse et leur ont donné des dates que personne n’a adoptées. C’est ainsi qu’ils situent «la Genèse», «l'Exode» et «les Nombres» entre 1450 et 1410 avant J.C., «le Lévitique» entre 1445 et 1440 avant J.C., et «le Deutéronome» entre 1407 et 1406 avant J.C. Il est à noter ici que la chronologie des Livres ne correspond pas à la succession des faits historiques.

Par ailleurs, ils ont attribué les Ecritures à Moïse en sa qualité d’auteur et non en sa qualité de récepteur de la Révélation. De ce fait, il est impossible que le lecteur se souvienne de ce qui a été dit à propos des Dix commandements, à savoir qu’ils recèlent à eux seuls les préceptes de la mission divine. Les termes que ces traducteurs utilisent comme «l’auteur» (c’est-à-dire ici Moïse), «la théologie», dans l’introduction de chaque Livre ne sont pas des termes précis. En plus, ils présentent les Saints, du temps de Melkisédec, contemporain d’Abraham, comme des Juifs et considèrent également, comme des Juifs, ceux qui ont été circoncis à l’époque d’Abraham, alors que l’on sait que le judaïsme n’a existé qu’après la mort de Moïse. De telles erreurs ne doivent pas être commises dans un travail de cette envergure, car elles lui sont préjudiciables.

Néanmoins, ce qu’il y a de positif dans ce travail c’est qu’il divise le texte en paragraphes et donne à chacun d’entre eux, un titre qui résume son contenu.

Le Talmud

Chez la mojorité des Juifs, le Talmud est le second livre Sacré du Judaïsme après la Torah. Certains d’entre eux, le considèrent comme étant plus sacré que la Torah elle-même et pensent qu’ils s’agit là d’une Révélation, sauf que sa transmission, depuis qu’il a été révélé, s’est faite oralement. Moïse l’a prêché, puis Aaron et ses fils et toute une série de patriarches jusqu’à sa rédaction finale(53).

Le terme «Talmud» signifie «enseignement». Son origine provient de la même racine radicale arabe «lamada». Il se compose de deux parties :

1. La Mishna (Misna)

Le terme «Mishna» provient du radical «channa» (en araméen) c’est-à-dire «thannâ» (doubler en arabe). Autrement dit, la Torah est le Livre Premier, alors que la Mishna est son complément (son double) qui le commente.

Le contenu de la Mishna est donc lié fondamentalement à celui de la Torah et à ce que celle-ci comporte comme Histoire et Loi divine, auxquelles on a ajouté les événements survenus après Moïse, les consultations juridiques (fatwas), les lois, les avis personnels et les prescriptions qui émanèrent des synodes juifs, toutes tendances confondues, à travers les siècles. Tous ces éléments se caractérisaient par leur incohérence et leur éparpillement. L’opération de leur rassemblement et de leur harmonisation fut l’œuvre de Siméon Gamliel, éminent érudit de Tibériade, aidé en cela par un grand nombre de savants de la même ville. En 166 après J.C, ces savants entreprirent la mise en ordre de cette masse d’informations dispersées. Ils les classifièrent et les élaguèrent. Leur travail fut poursuivi, pour être achevé vers 216 de l’ère chrétienne, par Judah le Prince (nasi) et ses disciples. Les savants qui contribuèrent à la mise en ordre de la Mishna furent appelés «les Tannaïms» (les commentateurs), terme qui provient de l’araméen «tannâ» (annoter).

C’est en hébreu tardif raffiné que la Mishna fut consignée par écrit. Elle comporte soixante trois traités répartis en cinq cent vingt quatre chapitres aux thèmes multiples (histoire, législation, sociologie et commentaires accumulés à travers le temps sur ces différents thèmes).

La Mishna est divisée en six Ordres «sédarim». Chaque «séder» est subdivisé en «massékhot», lequel est subdivisé en «pérakim», lui-même subdivisé en «mishinot». Ces six Ordres sont :

1. Les Semences : Lois relatives à l’agriculture (labourage, culture et ensemencement de la terre.) Ces Lois sont introduites par des traités sur les cultes, prières et aux bénédictions.

2. Les Saisons (les fêtes) : Lois sur les fêtes, le sabbath, les jours sacrés, les règles pour la fixation du calendrier juif (événements joyeux ou tristes dans l’histoire des Israélites).

3. Les Femmes : Lois sur le mariage et le divorce et autres règles touchant aux relations conjugales et à tous les devoirs qui en découlent… les lois sur les vœux.

4. Les Dommages : Lois et procédures civiles et pénals ; traite de l’idolâtrie et des défenses qui en résultent.

5. Les  Saintetés : L’ordonnance du culte sacrifiel du Temple et de ce qui s’y rapporte ainsi qu’aux prêtres officiants et à leurs devoirs. Cet ordre contient un traité spécial qui prescrit ce qui touche à la mise à mort des animaux et des oiseaux et à ce qui les rend propres à l’usage.

6. La Pureté : Cet Ordre traite de la pureté et de l’impureté rituelle des choses (le boire, le manger...) et des personnes.

La langue de la Mishna a fortement subi l’influence du style araméen, ce qui la distingue de l’hébreu de la Torah. C’est pour cela que les Docteurs de la loi l’ont nommée «la langue des Rabbins». Ses emprunts sont divers et sont dus aux systèmes politiques qui accompagnèrent ses codificateurs. On y trouve des emprunts araméens, latins, perses et grecs.

2. La Gémara

La Gémara est un vocable araméen qui veut dire «l’achèvement» c’est-à-dire l’achèvement précis et détaillé du contenu de la Mishna. Elle fut rédigée dans une phraséologie mi-hébraïque, mi-araméenne, par les Docteurs de la loi et les disciples des Ecoles et Académies de Palestine (Terre Sainte) et Babylone. Les savants de la Gémara sont appelés «les Amoraïms» mot à mot : les parlants, «mutakallimun» (les commentateurs) pour les différencier des savants de la Mishna «les Tannaïms» (les annotateurs).

La Gémara se définit comme étant les annotations de la Mishna, laquelle se substitue à la Torah durant le troisième et quatrième siècle. Les Amoraïms respectèrent les Ordres de la Mishna, mais ils élargirent le débat sur les questions qu’elle soulève, précisèrent ses règles et prescriptions et pratiquèrent ses lois à propos de problèmes innatendus et imprévisibles et de questions virtuelles, explicitant tout cela par des exemples et des récits. Ils comparèrent les différentes lois léguées par les générations antérieures pour en déduire la Loi juridique définitive.

Il est possible de diviser, autrement, le Talmud quant à son contenu. Ainsi se présente t-il comme étant :

1. La «Halaha» : La «Halaha» veut dire «le fait de légiférer». Il s’agit donc de la législation juive. L’objet du Talmud est naturellement l’ensemble des lois relatives à la vie religieuse et civile. C’est la marche qu’Israël doit suivre pour répondre à l’ordre du Seigneur.

2. La «Hagada» : La «Hagada» signifie «le fait de raconter et d’informer». Son objet concerne tous les enseignements saisis sous le voile de l’anecdote. Elle rapporte des récits et des renseignements sur les Israélites ainsi que sur les nations et les dynasties qui ont accompagné leur histoire. Le tout est présenté sous forme de leçons qui s’inspirent du vécu juif. C’est ce qui explique que le Talmud englobe une part importante de l’éthique juive.

Il faut remarquer ici qu’il existe deux Talmud :

* Le Tamud babylonien dont on vient d’exposer les grandes lignes. Il est le plus complet et le plus étendu. Son impact est considérable sur la pensée et l’éthique juive.

* Le Talmud dit de Jérusalem. Il est moins volumineux que le précédent et renferme trente neuf thèmes de la Mishna, mais il est plus précis, plus concis et d’un style plus raffiné. Il fut achevé à la fin du VIème siècle de l’ère chrétienne(54).

Le Talmud, rappelons-le, occupa chez les Juifs la même importance que la Torah. Parfois même, il fut plus important qu’elle. Toutefois vers le VIIIème siècle de l’ère chrétienne apparut en Irak une secte dont la figure de proue fut Anan Ben David. Elle avait pour nom : «les Caraïtes». Les Caraïtes rejetèrent purement et simplement le Talmud. Ils se nommèrent «les Caraïtes» (qaraïte) parce que les Juifs du monde islamique appelaient la Torah «Miqra» = (qur’an). Sans doute y a t-il là une influence de la culture islamique, car le vocable «Miqra’» présente des similitudes sémantiques et dérivationnels avec le terme «Coran»(55).  Les «Caraïtes» qui ne croient qu’au «Miqra’» (la Torah), refusent et rejettent le Talmud.

Il existe d’innombrables commentaires et précis du Talmud. Le meilleur d’entre eux, en ce qui concerne le Talmud babylonien est le commentaire de Rabbi Chalomoh Ben Isaac, connu sous le nom de «Rachi». Quant au Talmud de Jérusalem, le commentaire de Moïse Maïmonide est le plus célèbre, parce que précis et concis. Il s’appelle «la main forte»(56).

3) Les Midrashim

Le terme «Midrashim» (singulier Midrash) (qui possède la même racine radicale qu’en arabe «drs» = étudier) désigne toutes les études relatives à l’exégèse et à la loi de la Bible ainsi que les efforts d’interprétation et les règles morales qui se basent sur le Texte Sacré. Les auteurs des «midrashims» décortiquent le texte biblique et fouillent ses profondeurs pour en extraire ce qui est de nature à leur permettre de tirer profit de toutes les questions soulevées dans le texte Sacré.

On distingue deux courants exégètiques :

* Le midrach halaha

C’est un enseignement qui porte sur l’exégèse du Texte et son élucidation ainsi que sur les extractions des lois qui y sont faites.

Il est possible ici de se spécialiser dans un aspect particulier parmi les nombreux aspects de la législation.

Il s’agit donc de l’enseignement législatif des parties juridiques de la Torah.

* Le midrach hagada

C’est le commentaire libre des parties narratives de la Torah. Les prédicateurs (darsanim) veillent ici à extraire des récits historiques, des interprétations qui concordent avec la situation où se trouvent la société juive au moment où leur enseignement est dispensé.

Les «midrachim» se sont donc intéressés aux récits populaires, aux proverbes et aux anecdotes. Les plus célèbres sont «le midrash Rabba» et «le midrash Hagada».

Le «midrach rabba» (la plus grande exégèse) repose sur les récits narratifs pour expliquer le Pentateuque, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste, les Proverbes, les Lamentations de Jérémie, Ruth et Esther. L’habitude était courante de qualifier chaque Livre de l’Ancien Testament, objet de l’exégèse, de «Rabba» (grand, complet...). Ainsi, l’exégèse de la Genèse s’appelait-elle «Birsit Rabba», celle de l’Exode, «Simut Rabba» etc... Ces «Rabba» (Grands commentaires) avaient souvent lieu à la synagogue, en présence des fidèles et les prédicateurs avaient pour supports des textes de la Torah.

L’assemblage des textes des «Roboat» dura entre le VIème et le XIIème siècle de l’ère chrétienne. Certains «midrachim» sont attribués à des personnes comme Tanhuma. Célèbre haggadiste, Tanhuma bar Abba, a entrepris l’exégèse de toute la Torah au IVème siècle de l’ère chrétienne.

En vérité, la production des «midrashim» n’a jamais été interrompue. Là où il y a eu des Juifs et des synagogues, il y a toujours eu production des midrashim. La pensée juive a hérité d’un immense patrimoine de cette littérature léguée par les Rabbins de l’Occident et de l’Orient islamiques. L’importance des «midrachim» a toujours été liée à la célébrité de leurs auteurs.

Par ailleurs, il n’est pas possible de dissocier l’apport littéraire et l’apport philosophique des Caraïtes, précurseurs de la doctrine rationnaliste juive, et des Rabbanites tels que Sa’dia Gaon Al Fayyûmî, Bahyâ Ben Baqûdah, Yehuda al-Lawi, Moïse Maïmonide, Abraham Ben Maïmon, la familla Tibbon, Ben Ezra et bien d’autres.

Les apports littéraires et philosophiques se sont mêlés au Texte Sacré, car les philosophes et les théologiens participaient aux réunions des Synagogues et, comme leur rôle social et parfois politique le leur imposait, ils s’adressaient aux foules. Les discours qu’ils faisaient étaient des «midrashim» qui reposaient sur le Texte Sacré et tenaient compte des événements qui secouaient la société de l’époque.

C’était là un résumé succinct des sources religieuses juives les plus importantes.

Le souci scientifique et la soif du savoir qui nous animent ne nous permettent pas de nous arrêter à ce point de l’analyse. C’est pourquoi, il est essentiel de faire intervenir une science importante dans les études théologiques et religieuses qui permet de pénétrer les secrets des questions débattues plus haut. Il s’agit, en l’occurrence, de la critique textuelle de la Torah.


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