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Section I
Indications sur le message originel et son authentification
du temps de Moïse et Aaron
Bref aperçu historique sur la vie de Moïse et Aaron à
travers l’Ancien Testament
Le
judaïsme est parmi les religions monothéistes dont les
traces nous sont parvenues dans un Livre Sacré. Cette
religion ne s’est donnée ce nom (judaïsme) qu’après le
schisme d’Israël en deux Royaumes, suite au décès de Salomon
: le Royaume d’Israël et le Royaume de Juda. Le judaïsme fut
révélé aux Hébreux, fils d’Israël... Qui sont-ils donc ces
Hébreux ?
L’origine du nom des Hébreux est mentionnée dans la Torah(1)
(La Genèse 10 : 21-24). C’était par ce nom qu’on désignait
le quatrième fils de la souche de Sem, fils de Noé. Celui-ci
avait trois enfants : Sem, Cham et Japhet. Sem eut pour fils
Arpaxad qui eut pour fils Chélah, lequel eut pour fils Eber.
Le nom «Eber» (de la famille des Hébreux) n’a aucune
signification qui pourrait désigner un peuple bien
déterminé. C’était là tout simplement un terme par lequel on
désignait toute la progéniture de Sem et il ne put acquérir
sa spécificité qu’avec Abraham qui représente la sixième
génération de la descendance d’Eber.
Après avoir quitté la ville d’Ur en Chaldée(2), Abraham
s’installa à Haran, ville située entre le Tigre et
l’Euphrate avant de la quitter pour un long périple à
travers la Palestine qui le conduisit en Egypte (Genèse 10 :
13) puis en Péninsule arabique(3).
A
Haran, Dieu promit à Abraham qu’Il donnerait à sa
descendance le pays de Canaan et c’est à partir de là que le
terme «Hébreu» s’associa à la seule descendance d’Isaac,
fils d’Abraham qui eut - comme Dieu le lui avait annoncé-
«Une grande nation et je te bénirai». Son fils Isaac donna
naissance à Jacob qui, à son tour, eut de ses épouses,
Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issakar, Zabulon, Gad, Asher,
Joseph, Benjamin, Dan et Neftali(4). Ce sont là les douze
petits fils (asbât) des fils d’Israël(5).
La
Torah (Bible) donne un aperçu historique (La Genèse :
chapitre 38 à 50) sur les douzes fils de Jacob, leur
naissance, leurs déplacements et leur installation en Egypte
jusqu’à la mort de Joseph. Moïse n’est mentionné que dans
«l’Exode», deuxième Livre du Pentateuque.
La
Bible ne mentionne pas l’arbre généalogique de Moïse qui
ferait de ce Prophète un descendant d’Adam ou d’Abraham ou
d’un autre ancêtre, comme elle l’a fait avec les douze fils
de Jacob, mais elle parle de lui, pour la première fois, en
ces termes :«Un homme de la tribu de Lévi épousa une femme
de la même tribu. La femme devint enceinte, puis mit au
monde un garçon» [L’Exode : 1-2].
Moïse
La
période qui sépare la mort de Joseph et la naissance de
Moïse est estimée à quatre cents ans. L’Exode, le deuxième
Livre de la Bible, mentionne les fils de Joseph qui
affluèrent vers l’Egypte et parle de leur grand nombre : «Un
nouveau roi commença à régner sur l’Egypte, mais il ne
savait rien de Joseph. Il dit à son peuple : «Voyez, les
Israélites forment un peuple plus nombreux et plus fort que
nous».» [ L’Exode, 1 : 8-9].
Ces
deux versets bibliques résument les événements les plus
importants qui se sont produits durant la longue période à
laquelle il a été fait allusion plus haut. Sous le règne des
Hyksos, Joseph avait tellement de pouvoir qu’il devint très
fort et très riche, lui et les siens. Cette situation ne
changea pas jusqu’à la chute des Hyksos.
Les
Egyptiens ne parvinrent pas à pardonner aux fils d’Israël-
et peut-être aux autres intrus- leur connivence et leur
solidarité avec les Hyksos. Ils eurent toujours peur -s’ils
les laissèrent agir librement- de se coaliser avec n’importe
quelle autre force montante. La Bible dit à ce sujet que le
nouveau roi s’adressa à son peuple en ces termes : «Il faut
trouver un moyen pour limiter leur nombre. En cas de guerre,
ils se joindraient à nos ennemis pour nous combattre» [L’Exode,
1 : 10].
C’est là un indice, qui confirme l’existence d’un pacte déjà
formulé entre des Hébreux et des Hyksos. Une nouvelle ère
débuta alors, quand le Pharaon ordonna d’assujettir les
Israélites et les obliger à construire les villes de Piton
et Ramsès. Il ordonna également qu’on tuât tout Hébreu de
sexe masculin. C’est à cette époque -là qu’une femme jeta
son bébé dans l’eau «Jam»
La
Bible ne donne pas d’indice claire sur l’origine familiale
de ce bébé. Voici ce qu’elle dit «1- Un homme de la famille
de Lévi [qui] s’en alla prendre une fille de Lévi. 2- La
femme conçut, enfanta un fils…» [Exode, 2 : 1+2]. Le nom de
ce bébé ne lui fut pas donné par sa mère, c’est la fille du
Pharaon qui l’appela Musi. Il fut pourtant allaité par sa
propre mère chez elle, et fut élevé dans le palais du
Pharaon dont le luxe ne lui fera pas oublier ses frères de
race. Pour se venger des Egyptiens, tortionnaires des
Hébreux, il tua un Egyptien et prit la fuite vers Madian.
Là, il épousa la fille du prêtre de cette ville où il
travailla comme berger jusqu’au jour où Dieu lui apparut au
mont Horeb et lui ordonna de retourner en Egypte pour
affranchir les Israélites. Moïse acquiesça et Dieu le
soutint par des signes miraculeux, susceptibles de
convaincre le Pharaon au moment voulu. Le Pharaon resta
indifférent et garda le peuple d’Israël en esclavage. Les
Egyptiens et le Pharaon furent connurent dix calamités qui
permrent aux Israélites de s’enfuir. Le Pharaon les
poursuivit, car il regretta de leur avoir donné l’occasion
d’être libres. Pendant ce temps, Moïse et les siens se
frayèrent un passage dans l’eau, mais le Pharaon, lui, se
noya. Pendant quarante ans, ils errèrent dans le désert,
souffrant de soif et de famine. Dieu les sauva en mettant à
leur disposition vivres et eau. Ils rencontrèrent dans leurs
pérégrinations des peuples rudes qu’ls ont assujettis. Ils
connurent par la suite beaucoup d’obstacles. La maladie les
mina et ils se révoltèrent contre Dieu. Tantôt Moïse réussit
à les calmer et tantôt ils se révoltèrent contre lui. Il
finit par réussir à les organiser. Il leur traça des plans
de travail et leur apprit les règles d’hygiène et de
prévention contre les maladies. Il leur apprit à être
prudents et vigilants. Il les énuméra, dans un premier
temps, pour leur distribuer des terres, puis il les énuméra,
dans un deuxième temps pour évaluer leur force et leur
aptitude à mener une guerre et à la supporter.
Moïse accomplissait toutes ces actions pour le salut de son
peuple, mais en même temps il souffrait de voir ce peuple se
lamenter et se révolter d’avoir quitté une patrie pour le
suivre, une patrie qui devint à leurs yeux un vrai paradis
alors que leur vie y était en fait un véritable calvaire. Il
ne trouva la paix de l’âme que dans la manifestation divine
qui fut pour lui la source de la loi et des préceptes
religieux. A chaque fois qu’il rencontrait un imprévu
provenant de son errance qui dura une quarantaine d’année,
Moïse recevait des messages du Seigneur. Il put ainsi
organiser tous les rites du culte judaïque tel qu’il nous a
été parvenu dans la Bible qui est, aujourd’hui, entre nos
mains.
Moïse était minutieux dans toutes ses actions, dans la
répartition du butin, de la terre, des villes et des armées.
Il était clairvoyant et excellait dans ses plans, que ce
soit dans l’offensive, la défensive ou même la fuite. En
outre, il était nerveux et ses sautes d’humeur étaient
insupportables. N’a t-il pas tué un Egyptien et n’était-il
pas prêt à récidiver, Ne s’est-il pas querellé avec les
puiseurs d’eau au puits de Madian ? N’a t-il pas détruit les
tablettes quand il s’est rendu compte que les Israélites
idolâtraient le veau ? N’a t-il pas martyrisé son frère et
n’a t-il pas donné l’ordre d’assassiner tous les renégats,
ce jour-là ? Nul doute que ses trois discours, à la fin de
sa vie, étaient l’expression de la révolte intérieure,
destinée à mettre un terme à son errance et à celle de son
peuple(6).
C’est de cette manière-là que la vie de Moïse nous est
présentée dans la Bible. Les chroniqueurs l’ont auréolée de
beaucoup d’imageries et ont tissé autour d’elle de
nombreuses croyances populaires comme ils l’ont fait avec
Abraham, Joseph et tous les patriarches et comme ils l’ont
fait également avec les événements dont ils nous ont relaté
l’histoire. C’est pour cela que les chercheurs ont essayé de
savoir s’il n’existe pas une personnalité qui ressemblerait
à Moïse dans la littérature babylonienne antique. Ils ont pu
trouver des ressemblances avec Moïse dans des tablettes
sumériennes représentant le héros connu de l’ancienne
Mésopotamie, Sargon d’Agade ou encore dans l’histoire de
Romulus et Rémus(7) .
Comme les portraits de ces héros ressemblaient à celui de
Moïse, celui-ci fut considéré par certains chercheurs comme
une création de l’imagination.
Freud dans un ouvrage intitulé «Moïse et le monothéisme» se
base sur cette conception pour bâtir sa théorie qui veut que
Moïse est d’origine égyptienne et que la religion qu’il
prônait était une religion purement égyptienne que le
Pharaon Aménophis IV qui changea de nom pour devenir
Akhnaton, défendait âprement. Après le décès de celui-ci,
les prêtres d’Egypte rétablirent l’ordre ébranlé et se
vengèrent de tous ce qui leur a été légué par la XVIIIème
dynastie, en 1350 avant J.C. Parmi les personnes fidèles à
Akhnaton, il y avait un homme qui s’appelait Touthmôsis (Touth+Moïse).
Il occupait un poste de grande responsabilité. Il s’enfuit
avec un groupe de personnes à qui il toléra leur culte après
des remaniements qu’il y apporta, dont la prohibition de
l’adoration du soleil. Il quitta donc l’Egypte avec ses
hommes avec lesquels il fut rude quant à leur éducation et à
leur observance des rites cultuels. Ils s’insurgèrent contre
lui, le tuèrent et renoncèrent à l’adoration d’Aton (Dieu du
Soleil) à l’instar des Egyptiens des temps de jadis. Ils se
mêlèrent après, aux tribus de Madian qui vivaient
disséminées entre la Palestine, Sinaï et la Péninsule
arabique. Ils adoptèrent leur religion et adorèrent leur
Dieu : Iahvé. (Dieu des volcans). Ils prirent le temps
nécessaire pour développer l’idée qu’ils se faisaient de
Iahvé, car les nouvelles générations regrettèrent ce que les
anciennes avaient fait de Moïse. Un hasard fit alors qu’un
bienfaiteur apparut au monde. Il s’appelait Moïse et fut
vite adopté par eux. C’est ainsi que ce Moïse se confonda
avec Moïse, le Prophète, à travers le temps. C’est donc là
la conception que Freud s’est faite de Moïse(8).
Revenons au nom de «Moïse», nom de baptême choisi par la
fille de Pharaon quand Moïse le lui fut rendu par sa mère
alors qu’il était devenu assez grand. Il est certain que la
forme grammaticale «Moshé» n’était pas semblable à celle
propagée par la tradition juive. La forme «Moshé» (sauveur)
est celle du participe actif et non celle du participe passé
passif. Et Moïse était quelqu’un qui «a été» sauvé(9).». «Et
elle lui donna le nom de «Moshé», car, dit-elle, «je l’ai
tiré des eaux», [Exode 2 : 10]En égyptien, qui était un
idiome non voyellisé, ce nom provenait de Mouth (Moutho) et
signifiait «fils» comme c’est le cas dans des noms tels que
Amosis, Ramsès...(10).
Le
fait que MoÏse fût appelé «Moshé» (Le sauveur) signifierait
qu’il est considéré comme celui qui sauva les Israélites,
qui les «arracha» des mains des Pharaons. Si cette
interprétation est bonne, cela voudrait dire que celui qui
lui a prêté cette appellation, s’est renseigné sur toute sa
vie, depuis sa naissance jusqu’au jour où il sauva le peuple
d’Israël. Le chroniqueur aurait donc choisi un nom qui se
rapproche dans sa prononciation du nom de Moïse et en même
temps, qui traduit bien l’identité du Prophète Moïse, le
Sage qui «arracha», c’est-à-dire qui sauva les fils d’Israël
des mains des Pharaons. Si la langue hébraïque avait été la
langue disciples de Moïse en son temps, on aurait trouvé un
nom dans cette langue qui correspondrait à «Moïse» dans la
forme ou dans le sens, à côté du nom qui aurait signifié
qu’il était «le sauveur» des fils d’Israël et qu’il n’a pu
avoir qu’après son triomphe sur le Pharaon, ou du moins,
après l’avènement de sa mission.
Il
est tout à fait naturel que Moïse ait eu un nom égyptien,
car il a été élevé dans le palais du Pharaon. Toutefois, ce
qui intrigue, c’est l’hébraïsation de son nom, d’une manière
non conforme, ni à la morphologie, ni à la synthaxe de cette
langue comme il a été souligné plus haut, chose qui a rendu
ambiguë(11) l’identité véritable de Moïse par tout ce qui
lui a été greffé comme anecdotes antiques qui exagèrent les
faits par une imagination débridée s’enorgueillissant des
origines d’un passé hautement glorieux.
En
tout état de cause, si la personne d’Abraham est une réalité
historique et si la personne de Joseph l’est également,
celle de Moïse l’est autant.
Par
ailleurs, si Joseph a vécu vers 1730 avant J.C. et si les
fils d’Israël sont réstés en Egypte quatre cent trente ans
après sa mort, jusqu’à l’exode, et si la Bible fixe l’âge de
Moïse, lors de sa rencontre avec le Pharaon à quatre vingts
ans, sa naissance eut lieu inéluctablement vers 1370 avant
J.C., date qui coïncide avec le règne d’Akhnaton (Aménophis
IV -1375-1354 avant J.C.). L’exode se situerait alors vers
1290 avant J.C. et l’année 1720 avant J.C. serait la date
d’entrée de Joseph en Egypte.
Une
période de l’histoire qui dura quatre cent trente ans, durée
de la présence des fils d’Israël en Egypte, à laquelle on
ôte quatre vingts ans durant lesquels Moïse vécu avant
l’exode, confirme que le Pharaon de l’époque était bien
Ramsès II qui régna entre 1301 et 1234 avant J.C. (12), et
que c’est lui qui fut le Pharaon de l’exode.
Certains chercheurs mettent en doute l’existence même de
l’événement de l’exode dont il est question ici(13) et
considèrent Merenptah le fils de Ramsès II, l’ennemi acharné
des fils d’Israël. Merenptah triompha des Israélites et
laissa une épigraphe qui date de 1230 avant J.C. où il est
mentionné que le peuple d’Israël fut complétement anéanti.
Toutefois, on ignore ce que le vocable -«Israël» veut dire.
S’agit-il du peuple ou de la région ?(14) Or, la distinction
entre les deux est de taille. S’il s’agit du peuple, ce
serait alors Moïse, et les Siens, mais cela ne coïncide
nullement avec la succession des événements comme on l’a vu.
S’il s’agit de la région, ce serait la Palestine, après
qu’elle eût été conquise par les Israélites.
Nous optons personnellement pour la deuxième hypothèse, car
l’exode eut lieu, comme nous l’avons vu, en 1290 avant J.C.,
du temps de Ramsès II, alors que l’épigraphe porte la date
de 1230 avant J.C. En plus, cette épigraphe parle de
l’anéantissement des Israélites alors que le miracle a
consisté en le démantèlement de l’armée du Pharaon et non en
la fin des fils d’Israël. Qui plus est, l’histoire telle que
relatée par la Bible, confirme que l’événement eut lieu en
Egypte. Ainsi, après la demande que Moïse et Aaron
adressèrent au Pharaon pourqu’il libère les Israélites, la
réponse du Pharaon fut la suivante : «Moïse et Aaron,
pourquoi poussez-vous les Israélites à négliger leur ouvrage
? Retournez (la parole est ici adressée aux travailleurs) à
votre corvée. Maintenant que ces gens sont nombreux, vous
voudriez leur faire interrompre leurs activités» [L’Exode, 5
: 4].
Nul
doute que l’obstination de Moïse et de Aaron fut à l’origine
d’une surveillance exagérée des frontières entre l’Egypte et
Sinaï. Personne ne pouvait les franchir sans une
autorisation du pouvoir central (15) C’est ce qui explique
le départ des Israélites vers le sud au lieu qu’ils prennent
la direction du nord, c’est-à-dire, de la Palestine qui
s’étendait à perte de vue.
Ce
qui surprend également c’est l’absence totale de traces
relatives à l’exode dans tous les documents égyptiens, alors
que l’on sait que les Pharaons enregistraient tous les
événements, si minimes, soient-ils. L’explication de ce
silence est simple. Les Pharaons n’avaient pas l’habitude
d’écrire l’histoire de leurs défaites. Ils supprimaient,
dans leurs écrits historiques, tout ce qui ne leur convenait
pas, comme les noms de leurs ennemis politiques et ceux qui
transgressaient les lois de leur Etat(16).
Nous basant sur ces faits, nous croyons que l’épigraphe de
Merenptah relate les événements qui se sont produits après
l’entrée des Israélites en Palestine et que ce nouveau
Pharaon (Ménéptah) décida d’assujettir la Palestine qui
voulait rester en dehors de sa domination et aussi de se
venger de ceux qui causèrent la perte de son père et de son
armée(17). Ceci ne pouvait s’accomplir qu’après plusieurs
années, certainement après la reconstruction par Ménéptah de
son armée, c’est-à-dire encore vingt ans après l’entrée des
fuyards en Palestine et après que la faiblesse eût atteint
l’armée que Moïse avait constituée dans le désert durant les
années de l’errance.
Ce
qui corrobore nos dires, c’est qu’il s’est produit, durant
cette période, la destruction de beaucoup de villes en
Palestine. Sans doute cette destruction est-elle due à la
confrontation entre le Pharaon Merenptah et le peuple de
Palestine qui a voulu acquérir son indépendance et se
débarrasser de l’oppression de ceux qui détenaient les rênes
du pouvoir en Palestine parmi les étrangers(18). Cet
événement eut probablement lieu après la mort de Josué qui
avait pris en main la destinées des Israélites. Le Livre des
juges fait allusion à cet événement et impute ses causes à
l’inobservance par les Israélites de l’engagement qu’ils ont
pris à l’égard de Iahvé.
Donc, l’exode de Moïse est une réalité. Il eut lieu à
l’époque dont nous avons parlé ou du moins à une époque
toute proche d’elle et tous les événements qui l’ont
accompagné se sont produits en présence et grâce à l’aide de
Aaron.
Aaron
Aaron vint au monde trois ans avant la naissance de Moïse, à
une époque où l’ordre de tuer tous les enfants hébreux de
sexe masculin n’avait pas encore été décrété. Quand Moïse
quitta l’Egypte pour Madian, son frère Aaron ne l’accompagna
pas et demeura en Egypte. Durant les quarante ans que Moïse
passa à Madian, on ne sait pas s’il y a eu un contact entre
les deux frères.
Aaron n’a été mentionné dans la Bible que lorsque Moïse
tenta de décliner l’offre de la mission prophétique
prétextant qu’il n’avait pas la parole facile. Le Seigneur
lui avait dit :
(14) «Aaron, le lévite, n’est-il pas ton frère ? Je sais
qu’il est éloquent, lui, n’est-ce-pas ? D’ailleurs, il est
déjà en route pour venir te trouver. Dès qu’il te verra, il
sera plein de joie...
(15) Tu lui parleras, tu lui communiqueras ce qu’il devra
dire. Moi-même, je serai avec chacun de vous quand vous
parlerez et je vous indiquerai ce que vous aurez à faire.
(16) C’est lui qui s’adressera au peuple à ta place : il
sera ton porte-parole et toi tu seras comme le dieu qui
l’inspire... ». [Exode, 4 : 14-15-16]
La
Bible raconte que le Seigneur Iahvé a soufflé mot à Aaron
pour qu’il vienne en aide à son frère dans sa mission
prophétique.
(27) «Va dans le désert à la rencontre de Moïse». [Exode, 4
: 27]
Puis Dieu fit de Aaron un messager du Pharaon :
(1)«Alors le Seigneur déclara à Moïse : «Ecoute, je
t’investis d’une autorité divine vis-à-vis du Pharaon ; et
ton frère Aaron sera ton porte-parole». [Exode, 7 : 1]
Après cela, Aaron devint le porte-parole de Moïse auprès du
peuple et auprès du Pharaon. C’est grâce à lui que Moïse put
accomplir ses prodiges et c’est lui qui fut la cause des
trois fléaux qu’ont dû subir le Pharaon et son peuple. Il
reçut le Décalogue avec son frère Moïse et, en présence de
celui-ci, il s’adressa à Dieu dans la tente des réunions. Il
prit la route du désert en compagnie de son frère Moïse et
des Israélites et joua un grand rôle dans l’encadrement et
l’organisation de ces derniers. Moïse lui reprocha,
cependant, de ne pas avoir été en mesure d’interdire aux
Israélites d’idolâtrer le veau.
Ainsi donc, après moult affaires et une fois que les choses
prirent leurs cours naturel, Aaron devint le premier chef
des prêtres israélites. Le sacerdoce revint donc à sa
progéniture et rien qu’à elle. Il organisa les rites du
Temple d’une manière impeccable, sans rien laisser au
hasard. Il mourut alors qu’il était à deux pas de la terre
des Cananéens, car il était bien écrit que toute la
génération de l’exode ne devait pas fouler cette terre.
La
Bible reste la seule source qui donne des indications sur la
vie d’Aaron. Le Talmud a repris ce qui a été rapporté par la
Bible avec quelques exagérations dans le portrait et les
activités d’Aaron.
Le
verbe mosaïque, verbe du texte initial de la Torah
Dans la Torah, il n’existe aucune indication sur la langue
dans laquelle a été écrit le texte original de la Torah.
Toutefois, elle mentionne que ce que Moïse a entendu de la
bouche de Iahvé, lors de la réception des tablettes, n’était
ni parole, ni langue. Voici ce qu’elle dit : «La voix du cor
s’amplifia alors que Moïse parlait et Dieu lui répondait
d’une voix du tonnerre [Exode, 19 : 19]».(20)
Il
est clair que les vocables tels que «voix» ou «tonnerre» ou
«bruit» ne recèlent aucune signification propre à la langue
du discours. C’est sans doute cela qui incita certains
spécialistes de la Torah à avancer que Moïse recevait,
plutôt qu’une langue proprement dite, des idées qu’il
traduisait dans la langue des humains(21).
Quelle était donc cette langue par laquelle Moïse
s’adressait aux gens ?
Le
terme «hébreu» qui désigne «la langue hébraïque» n’est
nullement mentionné dans la Torah. Dans le Livre d’Esaïe où
il est annoncé que l’Egypte sera assujettie à Judée, on lit
ceci : «Ce jour-là, il y aura en Egypte cinq villes où l’on
parlera la langue des Cananéens». [Esaïe, 19 : 18]. Il
s’agit-là naturellement de la langue des fils d’Israël qui
seront les vainqueurs. Cette langue n’avait aucun rapport
avec la langue hébraïque.
Quand le commandant de l’armée assyrienne assiégea la ville
de Jérusalem, le Roi Ezékias envoya ses serviteurs au
commandant qui leur fit un discours. Les serviteurs du Roi
lui dirent : «Parle-nous en araméen, s’il te plaît, nous le
comprenons. Evite de t’adresser à nous «be lasun yihudit (en
langue juive) (en judéen) à cause de tous les gens qui sont
sur la muraille en train de nous écouter». [Esaïe, 36 :
11](22).
Du
contexte historique que nous venons de mentionner, il
apparaît que le message originel de la Torah était adressé
au Pharaon et aux Israélites. Si les gens avaient consigné
le message directement de la bouche de Moïse, le document
initial de la Torah (qui n’existe plus de nos jours)
n’aurait nullement été rédigé en alphabet hébreu tel que
nous le connaissons aujourd’hui. En voici les raisons :
Moïse a vécu en Egypte durant quarante ans. Il a été élevé
au palais du Pharaon. Sa langue maternelle ne pouvait donc
être que l’égyptien. Il se pourrait qu’il ait appris une
autre langue, selon la tradition de l’époque qui voulait que
les monarques fissent apprendre à leurs enfants plusieurs
langues. Peut-être comprenait-il la langue des Hébreux ou
des Israélites. Ceux-ci constituaient, en ce temps-là, une
minorité au sein des peuples. Si les Israélites avaient
préservé, en plus de l’égyptien, qui est la langue du lieu
qu’ils avaient occupé pendant des siècles, une langue propre
à eux, celle-ci n’aurait pu, en aucun cas, être la langue
hébraïque telle que nous la connaissons aujourd’hui. La
raison en est que la langue hébraïque ne s’est véritablement
développée que quatre siècles après la mort de Moïse. Ceci
veut dire qu’il est fort probable que la langue de
communication de l’époque entre tous les peuples, de même
que la langue du message originel soit exclusivement la
langue égyptienne. Ou bien, il est probable que la langue
originelle de la Torah soit la langue de ceux qui ont émigré
de Palestine vers l’Egypte et ils sont de diverses races.
Ils se sont alors laissés influencés par les us et coutumes
de l’Egypte, ont appris l’égytien et sont revenus, par la
suite, en Palestine, avec leur nouvel héritage culturel.
Leur langue était, pour le moins qu’on puisse dire, un
mélange de l’égyptien et du cananéen. C’est sans doute dans
cette langue-là qu’ils ont transcrit la Torah, d’après les
enseignements qu’ils ont reçus de Moïse. Sur un autre plan,
Moïse qui a vécu quarante ans en Egypte puis a émigré à
Madian (tribu arabe ou du moins non hébraïque) pour y vivre
quarante autres années, a certainement appris la langue de
cette tribu avant qu’il ne revînt en Egypte en qualité de
Messager de Dieu. Cependant, la question qui reste à
élucider est celle-ci : «En quoi serait-il utile que Moïse
s’adresse à la population égyptienne (Les Pharaons et les
Israélites) dans une langue autre que l’égyptien qui est la
langue du pays ?».
Nous sommes donc en droit de conclure que le document
originel de la Torah, celui dans lequel a été consigné le
message divin dans toute sa pureté, n’existe plus de nos
jours et l’Humanité ne dispose nullement de ce texte.
Ce
qui est dit de l’idiome de Moïse est tout aussi valable pour
celui de son frère qui est de la souche des Israélites qui
sont restés plus de quatre cents ans en Egypte... Aaron
vécut toute sa vie en Egypte et aida beaucoup son frère
Moïse.
Nul
doute que les riches textes de Ras Sumra donnent un
éclairage sur la relation étroite entre la langue des
Hébreux et celle des Cananéens qui ont écrit leur héritage
culturel dans une langue nouvelle, mélange de l’égyptien et
du cananéen, où ils ont commencé, progressivement, à se
défaire des emprunts linguistiques égyptiens qui se sont
introduits dans leur idiome au point que le lexique hittite
devint prédominant. C’est pourquoi les inscriptions qu’on a
découverts en Phénicie et en Syrie et qui dépassent, en
quantité, ceux qui se trouvaient en Palestine,
représentaient un modèle d’une vieille langue qui va se
développer avec le temps pour devenir postérieurement la
langue hébraïque. Ainsi donc, grâce à ces découvertes,
l’ambiguïté qui entachait le lexique, la syntaxe et le style
de l’Ancien Testament, s’est considérablement dissipée, pour
donner lieu à une idée qui présente clairement les
événements, les personnages historiques et les civilisations
qui ont été fortement endommagés par les manipulations des
rédacteurs de l’Ancien Testament. Ces derniers ont
bizarrement négligé la chronologie historique et la vérité
géographique (23).
Les
linguistes sont unanimes à dire que la langue cananéenne est
plus proche que toute autre langue de la langue originelle
de la Torah. Pour prouver cela, ils citent les écrits
découverts à Tall El Amarna en Haute Egypte qui sont des
lettres rédigées en symboles babylonies et qui remontent à
l’année 1400 avant J.C. Il s’agit là, en quelque sorte,
d’une correspondance rédigée dans une langue diplomatique
par des scribes cananéens et adressée aux autorités
égyptiennes. Ces scribes employaient, parfois, des mots et
des tournures de phases propres à leur langue maternelle qui
présentait beaucoup de ressemblances avec la langue inscrite
dans l’inscription qui ont été découverte à Jérusalem
(fresques de Salwân de l’an 700 avant J.C. et celles du
Mésha Roi de Moab qui datent environ de l’an 850 avant J.C.)
(24).
Cette langue ancienne, tant dans sa forme que dans son
alphabet est bien la langue «yehudit» dont il est question
dans la Torah «L’aide de camp se tint debout et cria d’une
voix forte en langue judéenne (yehudit)» Rois II 18 : 28
(25). Elle n’était pas monolithique, mais elle était
fractionnée en divers dialectes(26). Quant à la langue dans
laquelle a été rédigée la Torah qui est entre nos mains de
nos jours, elle est bien la langue hébraïque qui ne s’est
véritablement développée que bien longtemps après l’époque
de Moïse, si on considère qu’entre le Xème siècle et la
chute du Royaume de Juda (586 avant J.C.) se situe l’époque
du développement de la langue hébraïque.
C’est dans cette langue hébraïque que fut rédigé le texte de
l’Ancien Testament qui est entre nos mains aujourd’hui. Les
spécialistes n’ont pas pu écrire une histoire précise de
cette langue qui aurait permis de retrouver l’époque où elle
était unifiée, et ipso facto de déterminer avec exactitude
la langue des textes originaux de la Torah.
Par
ailleurs, ce qui complique les choses est que cette langue
hébraïque a connu deux étapes. Ainsi, dès qu’elle a pu
prendre forme, les Hébreux lui ont préféré la langue
araméenne. Puis, dans un deuxième temps, elle s’est
développée pour devenir ce qu’elle est de nos jours. C’est
ce qui explique l’existence de Textes de l’Ancien Testament
rédigés en araméen , mais ces textes ne sont pas parmi les
premiers que Moïse a transcrits ou édictés. C’est ce qui
explique également l’existence du Targume ou la traduction
araméenne, ainsi que la rédaction de l’œuvre monumentale
connue sous le nom du Talmud dont nous dirons un mot un peu
plus loin.
Tout ceci qui explique que le texte premier de la Torah -tel
que les gens l’ont reçu directement de la bouche de
Moïse-nous fait complètement défaut. Or, l’importance que
revêt la préservation des textes initiaux (premiers) des
Livres Sacrés réside en deux points essentiels :
Primo : Il s’agit là d’un patrimoine de l’Humanité qui
relate une période importante de son Histoire.
Secundo : Ce sont là des documents décisifs qui nous
permettent de savoir les modifications et les ajouts qui
leur ont été apportés ainsi que le degré de dénaturation
qu’ils ont subi à travers le temps, ce qui est à même de
nous donner une idée claire et nette sur le discours céleste
véritable.



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