Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

 

Yussuf Islam raconte son itinéraire artistique,

 sa maladie et les interrogations qui l'obsédaient avant sa conversion à l'islam

 

Le chanteur britannique Cat Stevens, devenu Yussuf Islam après sa conversion à la religion musulmane, sa renonciation au chant et à la musique, et son dévouement à la prédication, achève son récit en qualifiant que cette conversion était mue par une orientation divine que le Seigneur, dans Sa Miséricorde, a bien voulu imprimer à son existence. "Dieu, lorsqu'Il veut guider Son sujet vers la lumière, lui inspire les causes tout en lui facilitant les moyens. Dieu a créé l'être humain avec un cerveau qui lui trace la voie dans la vie. Il en a fait Son régent sur la terre, dont n'hériteront que les vertueux. Aussi est-il essentiel que l'individu prenne conscience de ses obligations envers lui-même afin de se libérer des chimères et de mériter, grâce à ses bonnes actions, sa place dans l'Au-delà. Il ne faut donc pas manquer l'occasion de se préparer à l'autre vie dans l'Au-delà, car cette occasion ne se présentera pas deux fois."

Yussuf nous rappelle qu'il est né au sein d'un monde moderne qui se distingue par le luxe et l'opulence. "J'ai vécu dans le monde de la musique dans la célébrité et la prospérité. Je suis né d'une famille chrétienne, et l'on sait que les parents procèdent à la christianisation ou à la judaïsation du nouveau né, de sorte que j'ai hérité par mon père de la religion chrétienne. Mais si j'ai appris dès mon enfance l'existence de Dieu, j'ai également retenu qu'aucun lien de communication ne nous relie à Lui, sinon le Christ (PSL), lequel représente une porte qui nous mène à Dieu. Cependant, si certains des enseignements me paraissaient évidents, d'autres étaient difficiles à admettre."

Nous nous sommes rencontrés, Yussuf et moi, à plusieurs reprises dans des forums, des conférences et des colloques islamiques, tant en Grande-Bretagne qu'ailleurs, où il me recommandait souvent de me référer à des ouvrages, des revues et des journaux pour connaître les détails de son périple religieux, outre les cassettes audio et vidéo comportant certains aspects de sa vie et de sa saga religieuse. A cet égard, il convient de signaler qu'à l'Exposition de l'Union islamique de l'Amérique du Nord, organisée en marge de la Conférence annuelle de l'Union à Chicago, Yussuf Islam avait un pavillon particulier où étaient exposés ses livres et ses cassettes. L'affluence sur ce pavillon était considérable, et les visiteurs désireux d'obtenir son autographe sur le dernier ouvrage qu'il a publié, épuisé dès le premier jour, attendaient chacun son tour en de longues files.

Avant d'embrasser l'islam, Yussuf Islam ne voyait dans les statues du Christ que de la pierre sans vie. Bien pis encore lorsque les chrétiens disent que Dieu se compose de trois éléments (la Trinité), question paradoxale qu'il ne peut même pas discuter avec les autres. "Je croyais que ceci était vrai puisque j'ai été élevé dans le respect de la religion de mes parents".

"J'ai commencé cependant à m'éloigner progressivement de cette éducation en m'orientant vers la musique. Je voulais devenir une grande vedette dans le monde de la chanson. Tout ce que je voyais dans les films et dans la presse m'impressionnait. Je me disais que là résidait peut-être le dieu qui exaucerait mes vœux de fortune. J'avais un oncle qui possédait une belle voiture, et puisqu'il avait beaucoup d'argent, il me semblait qu'il avait les moyens qui lui permettraient de réaliser tous ses désirs. Les gens qui l'entouraient alors l'ont endoctriné au point de lui faire croire que l'argent était le dieu de cet univers, et que son monde était leur dieu (sic).

"J'ai donc décidé que telle sera ma vie, à savoir, devenir riche pour avoir une vie grandiose, prenant pour idéal les vedettes de la chanson populaire, et j'ai commencé à écrire des chansons. Mais dans les tréfonds de mon être, un relent d'humanité me disait que si je devenais riche j'aiderais les démunis."

"Or, j'étais encore adolescent lorsque j'acquis la célébrité, et avec mon nom et ma photo diffusés dans la presse, les médias ont fait de moi un illustre personnage, plus grand que la vie même. De cette vie, je voulus tirer le maximum et la vivre en longueur et en largeur, comme on dit. L'alcool et la drogue étaient pour moi l'unique moyen pour y aboutir."

"Mais un an à peine après avoir acquis le succès financier et social, je fus atteint de la tuberculose. A l'hôpital, j'ai commencé à me poser des questions telles que : Que va-t-il m'arriver ? Ne suis-je qu'un corps dont l'objectif unique est de se rassasier ? Pourquoi suis-je au lit ? A cette époque, l'intérêt pour le mysticisme oriental gagnait en importance, et mes lectures dans ce contexte m'ont amené à considérer la mort comme la transposition de l'esprit d'un corps en un autre. Pendant ma période de traitement, je suis devenu végétarien et acquis une conviction dans  la paix et dans le pouvoir des fleurs.

"L’individu possède, d'autre part, une volonté, et celle-ci est un don de Dieu. D'où la nécessité de se soumettre à la volonté divine. Je me suis mis ensuite à étudier les religions orientales. Excédé cependant par la religion chrétienne, j'ai décidé de retourner au show business et composer de nouvelles chansons. Mais cette fois, mes chansons traduisaient mes pensées intimes, ce qui m'a valu de gagner encore davantage en célébrité. Mais cette fortune et cette gloire ont suscité bien des angoisses. J'avais, en réalité, un besoin sincère de chercher la vérité.

"A un certain moment, je me suis persuadé que le bouddhisme avait du bon, ainsi que de la noblesse, mais je n'étais pas prêt à renoncer à la vie avec tout son bouillonnement et son tumulte, que je ne voulais vivre comme un bonze, détaché de la société.

"Je me suis penché à nouveau sur la Bible, sans rien y trouver. En ce moment, je ne savais rien sur l'islam. Puis quelque chose survint… quelque chose qui m'apparaît maintenant comme un miracle, à savoir que mon frère, qui avait visité la Mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, a été tellement bouleversé et ému de voir la Mosquée pleine de vie, alors que les églises et les temples sont vides. Dans la Mosquée, ce qu'il éprouva fut une sensation de paix et de sérénité.

"De retour de Jérusalem, il m'offrit un exemplaire en anglais des interprétations des sens du saint Coran. Il n'avait pas embrassé l'islam, mais il sentait déjà que cette religion avait quelque chose de particulier et que je saurais le découvrir. Ce Coran fut pour moi, en réalité, comme un guide qui m'éclaira sur bien des questions. Par exemple, qui suis-je ? Quel est l'objectif de la vie ? Qu'est-ce que la réalité, et que sera-t-elle ? D'où est-ce que je viens ? J'ai alors découvert que là résidait la religion vraie.

"En Occident, tout individu qui désire embrasser une religion qu'il considère être la voie ultime est qualifié d'extrémiste. Or, je ne suis pas un extrémiste. Au début, j'étais perplexe sur la question relative au corps et à l'esprit. Mais j'ai par la suite compris que le corps et l'esprit sont indissociables. Il n'est pas besoin, en outre, d'aller sur la montagne pour être pieux. Nous n'avons qu'à suivre la volonté de Dieu pour transcender les anges. Aussi la première chose que je souhaitais faire était de devenir musulman. J'ai compris aussi qu'à Dieu appartiennent toutes choses, qu'Il a créé et l'univers et ce qu'il contient, et qu'Il a le pouvoir sur tout. Moi qui croyais que ma renommée était ma seule raison d'être, j'ai senti se désagréger en moi tout sentiment de vanité. Je venais de comprendre une évidence de la religion islamique, à savoir, qu'en tant que création divine, mon existence ne pouvait avoir d'autre but que de me soumettre aux injonctions de Dieu et d'adorer le Seigneur des Deux Mondes. C'est à partir de là que ma foi commençait à naître et que la lecture du Coran me rendait musulman. J'ai pris conscience que tous les Envoyés de Dieu avaient un seul et même message. Mais alors, pourquoi les juifs et les chrétiens sont-ils différents ? J'ai compris aussi pourquoi les juifs récusent le Christ, altérant les textes à son endroit. Même les chrétiens ont mal compris les paroles de Dieu lorsqu'ils prétendirent que le Christ est le fils de Dieu. Tout commençait alors à prendre un sens. Et c'est là que réside le sublime dans le saint Coran, c'est qu'il s'adresse au cerveau, vous explique les causes, et vous conduit à l'adoration du Créateur de toutes choses, plutôt que le soleil ou la lune.

"Avant d'embrasser l'islam, à chaque lecture du Coran je découvrais des paroles relatives à la prière, à la bonté, à la miséricorde, à la charité. J'avais le sentiment que le saint Coran avait la réponse à ma perplexité et qu'il me fut envoyé pour m'insuffler la foi. Mais j'en comprenais également le sens à un autre niveau. J'ai décidé ensuite d'aller à Jérusalem où, à l'instar de mon frère, j'ai été dans la Mosquée d’Al-Aqsa. Quelqu'un me demanda ce que je voulais ; j'ai répondu que je suis musulman. Il me demanda mon nom. Stevens, ai-je répondu. Il fut surpris. Au moment de la prière, je me suis joints aux rangs des fidèles."

Poursuivant le récit des souvenirs liés à sa conversion, Yussuf raconte : "A Londres, j'ai rencontré une sœur musulmane appelée Nufiçà. Je lui ai dit que je voulais annoncer ma conversion à l'islam. Elle m'indiqua alors la mosquée du Centre culturel islamique de Londres à Regent Park. C'était en 1977, soit un an et demi après avoir reçu le saint Coran. Après la prière du vendredi, je me suis dirigé vers l'imam pour déclarer mon islamité et prononcer les deux chahadat. C'est alors que je sentis s'établir le contact direct avec le Seigneur, mais non pas à l'image du christianisme ou de tout autre religion, car en islam, le lien entre le sujet et le Seigneur est un lien direct qui ne requiert aucun intermédiaire.

"Je voudrais dire que je demande à Dieu de bénir tout ce que je fais et de l'agréer. Puisse-t-Il inspirer les autres de mon expérience."

"Je voudrais également affirmer qu'avant de devenir musulman, je n'avais établi de contact avec aucun autre musulman. J'ai lu le Coran et apprécié le fait que nul n'est parfait. L'islam seul est perfection. Si l'on suit la Sunna du Prophète (PSL) et qu'on le prenne pour exemple, il n'y a aucun doute que nous aurons mérité notre place dans les deux mondes.

 

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