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Cassius Clay proclame son islamité après son triomphe sur
Liston
Mohamed
Ali : "Le changement de mon nom est l'une des principales
décisions de ma vie
pour me
libérer d'une identité donnée à ma famille par ses anciens
maîtres"
Nous
clôturons le récit de ce périple religieux qui a conduit
Cassius Clay à embrasser l'islam, qu'il amorça avec son
adhésion à la "Nation de l'Islam". Il a gardé le silence sur
ses intentions afin de déjouer les éventuelles fourberies
des Blancs et réaliser son rêve de conquerir le titre de
champion du monde de la catégorie poids lourd. Malcolm X
était très encourageant, le traitant comme son frère,
toujours prêt à le soutenir et le conseiller. Malcolm X
représentait une transition dans sa saga religieuse, tout
comme son combat contre Sonny Liston constituait une étape
capitale dans son itinéraire sportif de boxeur. De même que
ce combat a excité la discorde entre Elijah Muhammad et
Malcolm X, le premier estimant que Cassius Clay allait
perdre le match contre Liston et que ce serait une grande
déception pour le groupe la "Nation de l'Islam", alors que
le second était persuadé que Cassius vaincra Liston et que
ce triomphe impulsera le groupe. Aussi Malcolm ne tena-t-il
aucun compte des avertissements d'Elijah Muhammad, et prit
le risque d'aller en Floride pour être près de Cassius dans
ce combat décisif.
Mohamed
Ali assure que : "Le changement de mon nom, de Cassius Clay
à Mohamed Ali, est l'une des principales décisions que j'ai
prises dans ma vie. Ce changement m'a affranchi de
l'identité qui avait été donnée à ma famille par les maîtres
des esclaves".
La
veuve de Malcolm X, Betty Shabazz, nous dit : "Le combat que
Cassius allait mener contre Sonny Liston engendrait en lui
une peur qui frise l'hystérie. Mon époux lui prodiguait
régulièrement son conseil et ses recommandations, le
rappelant à une réalité incontestable, à savoir qu'il
n'était pas plus jeune que Liston, qu'il était plus fort et
plus habile, mais surtout qu'il était croyant. Il lui
parlait souvent de l'importance de la confiance en soi et en
Dieu, et que Dieu n'abandonnera pas Ses adeptes, quelle que
soit la force de l'adversaire. Le combat a été couronné par
la victoire de Clay sur Liston. Alors les détracteurs qui
étaient certains de la défaite de Clay et de l'humiliation
de la "Nation de l'Islam" se turent et commencèrent soudain
à se rapprocher du nouveau champion du monde. Mon époux
était extrêmement heureux de cet aboutissement."
Deux
jours après le triomphe de Clay sur Liston, Elijah Muhammad
s'adressa à plus de cinq mille adeptes en délire à la
conférence annuelle de la "Nation de l'Islam" à Chicago en
leur disant qu'il "était très heureux, car Cassius Clay a
fait preuve de beaucoup de courage lorsqu'il a annoncé qu'il
était musulman. "Clay a passé des moments difficiles pendant
ce combat, ajouta-t-il, mais il n'avait pas peur, car il
croit en Dieu et en Son Messager, Mohamed. Quatre jours
après ce combat, Clay partit pour New York et s'installa à
l'hôtel Thersa, à Harlem, où Malcolm X avait un bureau. Ils
eurent un entretien privé d'une heure avant de se rendre au
Cinéma Trans-Lux où on projetait le match Clay - Liston. De
là ils se rendirent au siège des Nations unies où ils
prirent des photos avec un grand nombre de délégués
africains. Alex Haley, futur auteur du fameux livre Racines
et qui travaillait alors avec Malcolm X sur la rédaction de
la biographie de ce dernier, avait été le témoin de cet
événement.
Alex
Haley : "Ce fut le moment le plus long que j'ai passé avec
Mohamed Ali. J'avais été auparavant à l'hôtel Thersa aux
fins d'un entretien avec lui pour le compte d'une revue
américaine. J'étais parmi un grand nombre de personnes
autorisées à entrer dans sa chambre où il nous recevait
étendu sur le lit. Il était comme un roi dans son royaume.
En fait, c'est ainsi que font la plupart des grands boxeurs.
Le problème est que la foule interminable des visiteurs n'a
pas permis un quelconque tête à tête avec lui. Des paroles
d'encouragement pleuvaient de toutes parts. Il y avait
toujours quelqu'un ayant quelque chose d'important ou
d'urgent à dire. Sans compter les appels téléphoniques qui
focalisaient son attention et son intérêt, ce qui rendait
impensable tout entretien journalistique sérieux. C'était
quelqu'un de tout à fait différent de ce que j'avais vu
antérieurement. Mais en dépit de tous ces aléas, j'ai réussi
tout de même à obtenir des réponses à trois questions. Il
était cependant prêt à tout bousculer lorsqu'il s'agissait
d'expliquer le plan élaboré pour battre Liston. Tout le
monde pensait que Liston allait le tuer, et c'est sur cette
supposition qu'il a ourdi son plan qui consiste à laisser
filtrer dans le camp de Liston l'idée que ce dernier lui
suscitait une frayeur mortelle. Liston a cru à cette rumeur
et centra son entraînement sur l'hypothèse qu'il achèverait
le combat en trois rounds."
Haley
ajoute que Mohamed, alias Cassius, lui dit avec une joie
enfantine : "Vous savez ce que je lui ai crié à la figure à
la fin du troisième round, avant de retourner à mon coin ?
Je lui ai dit : "Maintenant je vais avoir ta peau, fumier !"
Lors de
sa visite aux Nations unies avec Malcolm X, Clay a voulu
prendre plusieurs photos souvenirs. Quelques années
auparavant, il s'enorgueillissait du nom qu'il portait,
trouvant avec fierté que Cassius Marcellus Clay était un
beau nom. Il disait à l'époque que ce nom rappelle le
Colysée de Rome et les gladiateurs romains. Puis il a
commencé à signer du nom de Cassius X Clay, considérant que
le X était symbolique de son identité africaine perdue. Le
soir du 6 mars 1962, Radio Chicago a diffusé un communiqué
d'Alejah Muhammad annonçant que le nom de Clay ne revêtait
aucune connotation religieuse et qu'il souhaitait qu'on
l'appelle par un meilleur nom. "Mohamed Ali est le nom que
j'aimerais lui donner, dès lors qu'il croit en Dieu".
Mohamed
Ali déclare que le changement de son nom était l'une des
principales choses de sa vie, l'ayant affranchi d'une
identité donnée à sa famille par les esclavagistes. "Si
Hitler avait modifié les noms de ses victimes au lieu de les
tuer, ceux-ci auraient tôt fait de changer des noms qui
témoignent de leur état d'esclaves. Nul n'aura protesté à ce
changement. Même les artistes changent leurs noms. Si
j'avais changé Cassius Clay contre celui de Smith ou de
Jones, parce que j'aurais voulu choisir un nom que les
Américains trouveraient plus "américain", personne ne se
serait plaint. En réalité, je suis fier du nom qu'Alejah m'a
choisi et que je trouve très beau. D'abord, Mohamed signifie
la grâce méritée, et Ali est l'un des Compagnons du Prophète
(PSL) et le 4ème Calife des musulmans après le décès du
Prophète. Désormais, mon nom sera Mohamed Ali."
C'est
ce nom qui s'est enraciné dans la mémoire collective. Mais
les médias américains, toutes tendances confondues, ont
refusé unanimement son adoption. Le 20 mars 1962, Mohamed
Ali se rendit au Madison Square Garden pour assister à un
match de boxe entre Louis Rodgers et Holey Mimms. Invité à
l'instar des autres boxeurs pour être présenté sur l'arène,
le chef du secteur de la Boxe à Madison Square Garden, Harry
Marxon, a refusé de présenter Clay autrement que par le nom
inscrit sur sa licence de boxe délivrée par le Comité d'Etat
au Sport, à savoir, Cassius Clay. Mohamed Ali menaça de
quitter l'estrade si l'ancien nom était employé dans la
présentation des boxeurs. Il mit effectivement sa menace à
exécution et quitta la salle sous les huées de la foule ; ce
qui indique, si besoin est, que les médias américains ne
sont pas les seuls à refuser de reconnaître son nouveau nom
de Mohamed Ali.
Mohamed
Ali : "Tout ce que je veux, c'est la paix. Je la veux pour
moi-même et pour le monde. Je ne hais personne, qu'elle soit
noire ou blanche. Je veux seulement vivre avec les miens.
Est-ce un crime ? Dois-je être condamné pour avoir refusé de
mettre ma vie en péril à cause du lieu où je vais boire mon
café ? Je ne crois pas à l'intégration. Je ne veux pas non
plus me rendre à un endroit indésirable. Si un homme blanc
venait chez moi, il sera bien accueilli. Mais je n'irai pas
chez-lui s'il ne souhaite pas m'y recevoir. Je ne suis pas
autrement amoureux des Blancs : j'aime ceux qui m'aiment.
J'aime ma vie. Je pense que l'intégration est une
aberration, et l'homme noir qui envisage de s'intégrer sera
roué de coups avant d'être abattu. Or l'homme qui refuse
l'intégration est appelé "l'enseignant de la haine"."
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