|

Clay
s'impose des règles rigoureuses pour son ascension vers la
gloire
Le
champion du monde de boxe : J'ai appris d'Elijah
Muhammad
les principes de l'islam
Le
périple religieux qui a conduit Mohamed Ali n'était pas
facile. Bien au contraire, le sportif le plus réputé du
monde et le plus grand boxeur du vingtième siècle a dû faire
face à maintes difficultés. C'était un périple qu'il était
appelé à parcourir pour combler le vide spirituel qui
l'envahissait, trouver le bonheur véritable et atteindre le
havre de la délivrance et de la sécurité. Mohamed Ali n'a
pas cessé de répéter que le plus beau moment de sa vie était
celui où il a déclaré sa conversion à l'islam et goûté les
délices de la foi.
Avant
de proclamer son islamité, dans les années 60, Cassius Clay
(Mohamed Ali) était potentiellement accepté par les blancs,
dont il partageait les valeurs. Il n'était pas blanc, mais
au regard de ces derniers, il était le meilleur des noirs,
et ce, à une époque où la discrimination raciale prévalait
dans la plupart des Etats Unis d'Amérique. Clay était un
jeune homme élégant de grande taille, et un sportif admiré.
Il avait de grandes ambitions dans la vie, surtout que la
fortune et le championnat du monde des poids lourds étaient
à sa portée. Les Américains blancs considéraient Clay comme
un jouet noir qu'il rejèteront dès qu'il aura perdu sa
valeur récréative. Mais les choses paraissaient plus
compliquées qu'elles n'avaient l'air. Si les réponses qu'il
a données sur le match lors de la première conférence de
presse à Miami, au lendemain de son triomphe sur Sonny
Liston, étaient laconiques, c'est avec beaucoup d'emphase
qu'il a parlé des valeurs auxquelles il croit et des
principes qu'il s'est fixé.
Le
triomphe de Clay sur Liston n'a pas surpris le nouveau
champion, Clay. Il l'a battu parce qu'il était le meilleur
dans ce match. La voix de Clay au cours de cette conférence
de presse était, pour la première fois, à peine audible,
répondant aux questions des journalistes avec douceur. Il a
commencé à leur parler de lui-même et de ses valeurs : "Je
suis enfant unique. Je n'ai pas commis d'erreurs dans ma
vie. Je n'ai pas été en prison ou déféré à la justice, pas
plus que je n'ai fréquenté des groupes extrémistes. Je
n'accorde aucun intérêt aux femmes blanches qui cherchent à
me séduire. Je ne m'impose pas non plus aux gens qui me
récusent. Lorsque je me rends au domicile de quelqu'un et je
sens que je ne suis pas le bienvenu, je m'en vais. J'aime
les Blancs mais j'aime aussi les miens. Je pense qu'ils
peuvent cohabiter sans se provoquer mutuellement. Vous ne
pouvez pas condamner quelqu'un parce qu'il veut la paix car,
ce faisant, c'est la paix que vous condamnez. Comme le coq
qui chante lorsqu'il voit poindre le jour, je fais de même,
moi, en clamant la paix."
Le
journaliste américain, Robert Libstey, déclare : "j’ai passé
toute ma vie professionnelle dans les sports et le travail
médiatique. La conférence de presse tenue par Clay en 1964
était l'une des plus grandes conférences auxquelles il m'a
été donné d'assister. J'ai été ébahi par la manière qu'il a
adoptée avec la presse dès le départ, nous amenant à devenir
des partenaires dans sa campagne publicitaire, conscient de
ce qu'il faisait et soucieux d'accomplir au mieux sa
mission".
Après
le triomphe de Clay sur Liston, ajoute Libstey, il ne
restait plus à la presse que de suivre l'histoire jusqu'au
bout. La presse ne pouvait tout simplement pas ignorer les
déclarations faites par Clay au lendemain de sa victoire sur
Liston. En fait, elle n'avait pas le choix, d'autant que
l'événement portait tous les ingrédients du scoop que visent
les journalistes, et que la plupart des critiques sportifs
étaient plus à l'aise avec le groupe de démagogues qui
entourent Liston qu'avec les Musulmans derrières Clay.
D'aucuns ont été jusqu'à prétendre que la défaite de Liston
s'inscrivait dans les pages sombres des annales de la boxe.
L'étoile de Clay commençait à poindre après ce match. Mieux
encore, il devint un héros pour la jeunesse américaine
d'alors. Avant l'avènement de Clay, il était commun
d'entendre dire que le champion du monde du poids lourds aux
Etats Unis d'Amérique était d'habitude un noir parmi les
démunis et le modèle idéal des différentes classes
religieuses du pays. Les Blancs encourageaient les Noirs à
exploiter ce créneau et déployer toute leur énergie, d'un
côté pour les distraire par la boxe, et d'un autre pour que
les Noirs obtiennent les championnats, la gloire et la
réputation. Par ce moyen, les Blancs usaient de ce
stratagème pour éloigner les Noirs du crime en les orientant
vers le ring où ils pouvaient exprimer librement leur dépit
et leur colère, et où la violence des combats servait à la
distraction des Blancs. En échange, les boxeurs reçoivent
des millions de dollars nécessaires à relever leur niveau
social, en achetant de somptueuses limousines, en sortant
avec les femmes et en buvant l'alcool, avant de
s'autodétruire. Clay vint modifier la donne lorsqu'il
déclara, dans sa conférence de presse : "Je ne dois pas être
ce que vous voulez que je sois, car je suis né libre pour
être moi-même".
Cassius
Clay, raconte Libstey, a choisi de se joindre à une
organisation du nom de la "Nation de l'Islam" et à un homme
appelé Elijah Muhammad. Ce dernier, né en Géorgie en 1898,
s'appelait Aleja Paul. En 1923, il s'installa à Detroit où,
huit ans après, il eut la visite d'un commerçant métis
(mi-blanc mi-noir) de l'Orient nommé W.D. Fred. Il a réussi
à s'imposer aux Noirs des Etats Unis et devenir leur chef.
C'est ce Fred qui apprit à Elijah Muhammad les principes de
la religion islamique.
Plusieurs récits et légendes circulent sur l'origine de Fred
et de son islamité, selon lesquels il aurait adhéré à
l'islam grâce à un homme noir de la Mecque, connu sous le
nom de Ya'coub. Il n'est pas dans notre intention de relater
ces anecdotes étonnantes mais de passer directement au fait
que Clay commençait, au début des années 60, à se rendre en
secret chez Elijah Muhammad et à assister à ses leçons
religieuses.
Mohamed
Ali : "J'ai entendu parler d'Elijah Muhammad, pour la
première fois, au concours sportif à Chicago, en 1959. Avant
de me rendre au stade, j'ai vu un exemplaire de la "Nation
de l'Islam" mais sans lui accorder grande importance, car
j'avais beaucoup d'autres choses qui préoccupaient mon
esprit. Je me rappelais que lorsque j'étais enfant, un
enfant de couleur, Emmett Till Sisby, avait été tué d'une
balle parce qu'il a sifflé une femme blanche. Emmett Till
avait mon âge. Bien que les assassins aient été arrêtés, il
ne leur était rien arrivé. Ce sont de pareilles affaires qui
me tarabustaient sans arrêt l'esprit. Dans ma vie privée, il
y a des endroits où je peux me rendre et des endroits où je
ne peux accéder, comme pour manger par exemple. J'ai obtenu
une médaille en or aux jeux olympiques, comme représentant
des Etats Unis d'Amérique. De retour dans ma ville, j'ai
constaté qu'on continuait de me traiter comme un nègre. Il y
a des restaurants qui m'étaient interdits. Dans d'autre on
m'appelait encore "boy". A Miami où je m'entraînais, en
1961, pour un match, j'ai rencontré l'un des disciples d'Elijah
Muhammad, Captain Sam, qui m'a convié à une réunion. Depuis,
ma vie s'est transformée."
Puisque
c'est cette rencontre avec Captain Sam qui a bouleversé la
vie de Mohamed Ali, il serait utile de se pencher
sommairement sur la biographie de Captain Sam. Son nom est
Abderrahmane Sam, connu auparavant comme Sam Saxon. "Je suis
né à Atlanta, en 1931, se présente-t-il. C'est en 1955 que
j'ai entendu pour la première fois parler des enseignements
d'Elijah Muhammad. Celui-ci avait envoyé à Atlanta un
certain frère James pour enseigner aux gens la religion
islamique et m'a permis de connaître les préceptes de
l'islam. Ma vie alors était consacrée au sport. Mais aux
premières paroles que j'entendis d'Elijah Muhammad, j'ai
commencé à pressentir la vérité. J'eus alors la conviction
que Dieu a envoyé Aleja pour nous sauver de la perdition.
J'ai quitté Atlanta pour Los Angeles, puis pour Chicago où
mon épouse a trouvé un emploi dans l'enseignement. Nous y
sommes restés trois ans. En 1961, Elijah Muhammad m'annonça
qu'en dépit du fait qu'il y a beaucoup de gens bien à
Chicago, il comptait m'utiliser ailleurs. Du fait que je
connaissais ses enseignements, il m'envoya à Miami. Elijah
Muhammad demanda à Ismaël Sabakhan, responsable du groupe de
Miami, de me prendre comme assistant. Ma fonction était
d'entraîner le groupe à certains exercices sportifs pour
leur permettre de maintenir la forme, leur enseigner à
devenir des gens corrects au sein de leurs familles et leur
apprendre à vivre dans la rectitude. L'islam exige que le
musulman s'instruise. Aussi étais-je chargé d'aider tous
ceux qui souhaitaient suivre des cours à la mosquée. Les
gens qui y participaient avec régularité étaient peu
nombreux. A la mosquée de Miami ils ne dépassaient pas les
trente personnes, en 1961, bien que le nombre de convertis
dans cette ville était de loin supérieur.
"Je
pense que j'ai rencontré Mohamed Ali en 1961, poursuit Sam,
alors que je vendais dans la rue le journal Mohamed parle.
Il m'aperçut, me salua et me demanda si j'étais un adepte d'Elijah
Muhammad. J'ai répondu par l'affirmative, ajoutant que je ne
fréquente pas le siège du groupe bien que je sache de quoi
ils parlent. Il se présenta en me disant : "Je m'appelle
Cassius Clay. Je vais devenir bientôt le champion du monde
des poids lourds." A quoi je me suis écrié : Mais je te
connais, mon ami. Je t'ai rencontré aux olympiades. Il m'a
invité à son hôtel pour me montrer quelques uns de ses
anciens livres. La chambre, qu'il occupait à l'hôtel avec un
autre boxeur, était pleine d'articles sur lui et qui m'ont
paru très favorables. C'était quelqu'un qui s'occupait de
lui-même et qui s'intéressait à l'islam. Nous avons parlé
des deux sujets, et il m'a semblé bien renseigné sur
quelques uns de nos enseignements bien qu'il ne les ait pas
étudiés. J'ai senti en lui une prédisposition à en apprendre
davantage et qu'il pourrait devenir un grand homme, dans la
mesure où la vérité lui eut été expliquée. Aussi me suis-je
précipité à l'inviter à notre prochaine réunion à la
mosquée."
|