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Les
divergences sur l'apparition du croissant
du
Ramadan expose les Musulmans a la raillerie des autres
Dr
Hoffmann : "N'est-il pas possible
d'unifier les dates du jeûne dans le monde islamique en se
basant
sur les
calculs astronomiques axés sur la Mecque ?"
J'ai
abordé avec Dr Murad Hoffmann le phénomène des divergences
relatives à l'apparition du croissant du Ramadan, qui se
renouvellent tous les ans dans le monde islamique, et ce, en
dépit des conférences et des colloques qui réaffirment, dans
leurs déclarations finales, la nécessité d'unifier la date
d'apparition du croissant de Ramadan.
"Qui
peut dire avec certitude, s'interroge Hoffmann, quand
commence ou s'achève le Ramadan ? Il est incontestable que,
de nos jours, l'on peut déterminer, astronomiquement et avec
fiabilité, le temps et le lieu d'apparition du nouveau
croissant. Il est cependant humiliant que les musulmans de
la terre ne peuvent s'accorder sur la date de commencement
du Ramadan et de sa fin, uniquement parce qu'ils sont Turcs,
Marocains ou Egyptiens. Ceci ne peut que préjudicier le
jeûne en tant qu'événement social, et exposer les musulmans
à la raillerie des autres."
"La
discordance dans l'apparition du croissant du Ramadan dans
les pays islamiques est attribuable, selon Dr Hoffmann, à
deux raisons. La première concerne la fragmentation de la
Oumma en Etats nationalistes. Il ne suffit pas que le Turc
ou le Marocain sache que l'apparition du croissant soit
confirmée à la Mecque, encore faut-il que l'un et l'autre
l'aperçoivent respectivement à Konya ou à Fès. Ceci entraîne
une différence dans la détermination du commencement et de
la fin du mois de Ramadan, car la position de la terre par
rapport au soleil et à la lune diffère d'un endroit à
l'autre. Cette différence se trouve plus accentuée deux
jours de suite dans l'apparition de la lune que dans son
apparition au lever du soleil : elle passe de deux minutes
au lever du soleil à quinze minutes au lever de la lune.
"La
deuxième raison est plus facilement compréhensible. Dans les
premières époques de l'islam, on s'assurait de l'apparition
du croissant à l'œil nu, et non par les calculs
astronomiques ou les prévisions, ce qui ne constituait pas
alors - pas plus qu'il ne constitue aujourd'hui - un
quelconque problème. Aussi certains jurisconsultes
rigoristes (de la Chari'a) estiment-ils que l'observation du
croissant du Ramadan par une personne digne de foi est une
tradition incontournable et que les calculs astronomiques
sont insuffisants en la matière. Les dates astronomiques
sont donc récusées, à l'instar du code pénal où toute preuve
non étayée par une base juridique est rejetée.
"Les
rigoristes s'accrochent aux dispositions héritées pour
déterminer le commencement du mois lunaire, même si les
conditions climatiques empêchent l'observation du croissant,
quand bien même ce dernier fut-il présent. C'est ainsi que
l'individu au Maroc se retrouve en retard de deux jours sur
l'Arabie Saoudite, comme ce fut le cas en 1994. La
transmission des fêtes de l’Aïd al-Fitr à la Mecque par les
médias le deuxième jour de jeûne supplémentaire au Maroc, a
amené certains "simplistes" marocains à qualifier ce
décalage d'indigne et de honteux. N'est-il pas possible,
réellement, d'unifier les dates du mois de Ramadan dans
l'ensemble du monde islamique, selon des calculs
astronomiques basés sur la position de la Mecque, à
l'exemple des procédures relatives à la détermination du
Pèlerinage et, partant, du Aïd al-Adha ?
"Après
29 ou 30 jours de jeûne, c'est avec un ineffable plaisir que
l'on déguste son premier verre de café. A la prière de l'Aid
à la mosquée, il se dégage des gens un rayonnement interne.
Le plus étrange est la faim que l'on ressent à midi, ayant
pris le petit déjeuner, alors que pendant le mois de
Ramadan, ce sentiment s'estompe, bien qu'on n'ait pas mangé
le matin. C'est ainsi que les jours reprennent leur
processus ordinaire.
"Je
conserve dans l'esprit quelque chose comme "l'interrupteur
de Ramadan" auquel je recours de temps à autre, pendant
l'année, lorsqu'il s'agit d'omettre un repas. J'appuie alors
sur cet interrupteur qui me ramène en arrière, au Ramadan,
dans les mêmes conditions et sens. Ceci m'aide à ne plus
penser à la faim. Croyez-moi si je vous dis que j'attends
avec un réel bonheur le prochain Ramadan.
"Si
nous avions parlé auparavant du jeûne ou de l'abstention de
manger, poursuit Hoffmann, il est temps d'affirmer qu'il ne
s'agit pas seulement pour les musulmans de manger, mais
c'est leur droit de se délecter et de savourer tout ce qui
est hygiénique. En d'autres termes, ils ont le droit de tout
manger, en dehors de la viande de porc (de sanglier aussi),
de cadavres d'animaux et des produits sanguins, telles les
saucisses, de même que les dérivés du porc comme certaines
confiseries contenant de la graisse de cochon, ou les
douceurs contenant de l'alcool.
"L'interdiction de manger du porc n'est pas fondée
uniquement sur des raisons climatiques ou sur
l'impossibilité de faire face à la ténia au septième siècle.
L'on sait désormais que la consommation du porc provoque le
cancer des intestins, l'inflammation des articulations,
l'eczéma et la furonculose, et qu'elle augmente le taux de
cholestérol dans le sang et l'histamine.
"Prendre les repas par terre, assis autour d'un morceau de
cuir circulaire, rond ou de forme blanchâtre, plutôt qu'à
table, ne se confine pas aux seuls nomades, puisque certains
de mes frères en religion le pratiquent aussi en Allemagne.
Lorsque nous mangeons, par exemple, à Dar al-Islam, à
Lietzelbach, à Odenvald, nous nous assoyons accoudés autour
d'un morceau de cuir étalé dans la salle de conférence et de
prière, comme le faisaient les anciens Grecs, mais sans leur
vin bien sûr. Il s'agit d'une forme que certains musulmans
en Occident apprécient par imitation, associée à un certain
formaliste envers l'homme dont ils sont redevables pour tant
de grâces, Mohamed, que la Prière et le Salut soient sur
lui. Or ce morceau de cuir comporte une symbolique qui nous
rappelle que nous sommes tous des nomades migrants sur la
voie qui nous ramène vers Allah.
"Cette
méthode est pratique en définitive, car le déplacement et la
remise de ce morceau dans la maison ou son transport en
voiture sont plus aisés qu'une table, tout en permettant
l'exploitation multifonctionnelle du lieu. Il convient de
remarquer cependant que peu de gens mangent debout,
accroupis ou couchés, augmentant dans ce cas de figure la
pression sur l'estomac. La position hygiénique sera de
passer les jambes vers la droite en s'appuyant sur le bras
gauche, laissant ainsi le bras droit libre pour les besoins
de l'alimentation.
"Il
existe également dans le monde arabe des adeptes du "manger
debout", à l'instar de la clientèle des fast-food en Europe
et en Amérique. En Algérie, les gens ont l'habitude de
manger debout autour de la table le mouton rôti. Le mouton
est mangé ici accompagné de pain, d'oignon, de sel et du
cumin. Dans tous les autres pays, du Maroc jusqu'en Arabie,
c'est assis que l'on mange le mouton rôti.
"L'islam fait une obligation à l'individu de se nourrir de
façon saine afin de préserver la santé de son corps, et ce,
tant dans son intérêt que dans celui de sa famille. Cette
obligation est assortie d'un culte religieux : le musulman
commence le repas par la Basmala, ou Bismillah Arrahman
Arrahim (au nom d'Allah, le Clément, le Miséricordieux), et
l'achève par Al Hamdu Lillah (Grâce rendue à Dieu). Aussi,
le musulman n'interrompt pas son repas à l'appel du Muezzin
pour passer d'un culte à l'autre, à savoir, la prière, car
il a suffisamment de temps pour celle-ci.
"Il ne
faut pas, en outre, abuser de la nourriture, en ce sens que
l'alimentation est justement un culte religieux. L'individu
doit savoir s'arrêter à un certain moment bien qu'il estime
pouvoir manger davantage. Il ne doit pas poursuivre jusqu'à
satiété, conformément à cette parole divine : "Mangez et
buvez, et ne commettez pas d'excès" (Al-A'raf, (Les Limbes,
31).
"L'on
doit s'attendre, d'autre part, à recevoir des invités
imprévus, d'où la nécessité de préparer un repas suffisant à
un nombre supérieur aux personnes présentes. Les coutumes
islamiques impliquent, dans ce contexte, qu'un repas pour
deux personnes suffit à trois personnes, qu'un repas pour
trois suffit à cinq. Aussi le musulman ne doit-il pas
éprouver un quelconque embarras à rendre visite à l'heure du
repas. Comme disent les américains : "Tentez votre chance
avec le hasard".
"Lorsqu'on est, comme mon épouse et moi-même, des hôtes
officiels dans le monde islamique, il est difficile de
prévoir avec précision le nombre d'invités attendus au
dîner. Il est possible que plusieurs fassent défaut alors
qu'ils ont confirmé leur acceptation, ou que le nombre
d'invités dépasse celui prévu initialement, ce qui est de
nature à embarrasser et les hôtes et les invités.
"Ce
sont ces situations, qui confèrent à l'Arabe cet aspect
d'insouciance, qui nous ont amenés à éviter de servir des
dîners pour une table de 24 couverts. Nous préférions
organiser un buffet ouvert pouvant rassembler jusqu'à 85
convives répartis autour de petites tables, et ce, sans
ordre préétabli.
"Plusieurs raisons peuvent sous-tendre l'absence à un dîner
précédemment confirmé, et pas nécessairement
professionnelles. Un invité peut recevoir, par exemple, des
visiteurs inattendus, ou que la femme ne trouve pas l'habit
convenable. Mais ce qui m'a le plus surpris était lorsqu'un
invité d'honneur marocain s'est excusé pour l'unique raison
qu'il n'avait pas faim… ce qui me paraît être l'excuse la
plus sincère.
"Ma
femme et moi avions l'habitude de répondre à toutes les
invitations qui nous sont adressées, qu'elles viennent d'un
ministre ou de mon chauffeur, d'une princesse ou de notre
domestique. Telle fut la recommandation du Prophète (PSL)
qui répondait même aux invitations des esclaves. L'on ne
peut se dérober à une invitation que dans deux cas : se
rendre à l'invitation par sentiment d'obligation, ou par
fatuité vaniteuse. Aussi, c'est sans embarras que j'ai
décliné de nombreuses invitations à des mariages sachant que
le père de la mariée voulait s'enorgueillir de ma présence
en tant qu'ambassadeur."
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