Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

   

La Foi islamique

(Etude pour la correction des informations erronées

parues dans l’Encyclopédie de l’Islam

publiée par la maison d’édition Brill, de Leiden)

 

Table de matières

 

VI. Amalgame insolite d'anthropomorphisme et de méta-physique(24)

L'Encyclopédie mentionne que les attributs cités par " le Coran de Mohammad" est un amalgame insolite d'anthropomorphisme et de métaphysique et elle cite comme preuves ce qui est dit dans le Saint-Coran : la main de Dieu, Son visage, Ses yeux, Sa session sur le Trône... Dans son commentaire du vocable "Allah" (page 34), elle écrit ceci : "D'emblée, les attributs d'Allah se présentent à nous comme un amalgame insolite d'anthropomorphisme et de métaphysique et quand Mohammad parle des mains d'Allah (sourate 5, verset 64 ; sourate 38, verset 75) ou de sa prise en main (sourate 39, verset 67) ou de Son visage (sourate 2, verset 115 ; sourate 6, verset 52 ; sourate 18, verset 28, cela revient souvent dans le Saint-Coran) ou lorsqu'il décrit Allah prenant place sur Son Trône (sourate 20, verset 5), la vivacité de l'imagination de Mohammad qui exprime sa pensée en toute liberté et franchise, l'autorise à nommer Allah : Le Premier, le Dernier, l'Apparent, l'Occulte (tous ces noms figurent dans la sourate 57, verset 3)..". L'Encyclopédie énumère ensuite la plupart des attributs d'Allah, puis conclut qu'il s'agit là d'attributs chimériques dont le détenteur est un être rare et de nature confuse.

C'est de cette manière caricaturale et déformatrice de la vérité que cette Encyclopédie présente les attributs divins que relate le Saint-Coran, se basant sur sa propre interprétation et celle de quelques Orientalistes, ennemis déclarés de l'Islam, loin de toute objectivité, de tout respect pour la foi de plus d'un milliard de Musulmans et de tout recours à une référence sérieuse sur l'Islam. Pour ces raisons donc, nous entreprenons, dans ce qui suit, l'élucidation des faits suivants :

* Il n'y a point de contradictions entre les attributs divins. Le Premier ne se contredit pas avec le Dernier, ni l'Apparent avec l'Occulte sauf si l'être humain ne saisit pas la réalité profonde de ces attributs ou que sa compréhension reste esclave de son environnement immédiat, l'empêchant de prendre des distances par rapport au monde sensible.

Ibn 'Atiyya a dit :

"Le Premier c'est celui dont l'existence n'a pas de commencement. Le Dernier c'est celui qui n'a pas de fin qui termine Son existence"

Abû Bakr Addarâq a dit :

"C'est par l'Eternité qu'il est le Premier dans la prééternité et le Dernier. L'Apparent signifie qu'il y a des preuves dans la postéternité et que Sa création est palpable par l'entendement. Il est l'Occulte par Sa grâce, les mystères de Sa sagesse et par Sa splendide Essence dont la connaissance parfaite n'est pas à la portée de notre imagination"(25).

Al Mawardî a dit :

"Il y a trois interprétations possibles à propos de l'Apparent et de l'Occulte :

* Il est l'Apparent parce qu'il s'élève au-dessus de tout. Il est l'Occulte parce que son ubiquité lui permet de tout saisir. C'est là la thèse d'Ibn Hayyân ;

* Il est l'Apparent aussi bien parce qui est patent que par ce qui est latent.

* Il est Celui qui est au courant de ce qui est visible et de ce qui ne l'est pas(26).

Ibn Al-'Arabî a dit :

"Dans "Kitâb al-amad", nous avons élucidé tous ces Noms et nous avons démontré qu'il n'y a aucune différence entre le premier et le Dernier, que les Deux ne font qu'Un, que l'Apparent est l'Occulte, que le Premier est l'Occulte et le Dernier est l'Apparent, car le Très-Haut est Un avec des Noms divers et des qualifications différentes"(27).

"Le Premier" signifie qu'Il n'est précédé de rien et "Le Dernier" est qu'Il n' a pas de fin. A la lumière de l'explication qu'Ibn Attiyya donne aux vocables "Le Premier" et "le Dernier", il ne subsiste plus aucune ambiguïté dans leur sens. Dans ce contexte, il faut rappeler que le temps ne doit pas être pris en considération, car il a été créé pour Allah. Le grand savant Al Mawlawî Al Kurdî a illustré cela dans ces vers éloquents :

Quand est-ce que le "quand" peut se référer à Lui ?

Et d'où provient le mot "où" pour qu'il puisse s'y rapporter ?

Passé et présent s'accolent au futur

Où s'unissent "pas encore" et "jamais"(28).

Le temps n'a jamais existé depuis le début de la création pour que l'on dise qu'il a, à un moment donné, concerné Allah le Très-Haut. De même qu'il n'y avait jamais eu d'espace pour que Ses serviteurs le Lui attribue. Le temps, tout le temps, est créé pour Allah et tout l'écoulement de ce temps (passé, présent et avenir) ne fait qu'un seul bloc, uni et cohérent, dans la conception de Dieu. Il n'y a, par conséquent, aucun problème à considérer Allah le Très-Haut comme "Le Premier" et "Le Dernier", car Il est, en réalité, le summum de la Perfection comme l'exprime la langue arabe.

A la lumière des explications précédentes, dire qu'Allah le Très-Haut est l'Apparent et l'Occulte ne présente en fait aucune contradiction, car chaque qualificaton est au fond différente de l'autre. Or, la contradiction ne peut avoir lieu que si l'on s'en tient seulement à la considération d'une seule qualification. Allah, le Très-haut, est l'Apparent par Sa Création et Ses Signes.

Ar-Râzî a dit :

"Tout ce qui se meut dans ton environnement comme êtres vivants, tout ce qui est possible de pouvoir exister est de nature à prouver Son Existence, Sa Pérennité, Sa Réalité et son Immutalité"(29).

Ou bien, comme on dit, toute chose qui existe est la preuve qu'Il est Un.

Qu'Il soit Occulte, cela signifie que personne ne peut pénétrer la Réalité profonde d'Allah, Son Essence et Sa profonde Nature. Dieu est appréhendé à travers ses attributs, Ses Epithètes Sublimes et Ses créatures de toutes sortes(30). On peut dire aussi que "l'Occulte" signifie -comme on l'a déjà vu- Celui qui détient tous les secrets des choses invisibles à nos yeux, inaccessibles à notre entendement. Ainsi expliqués, ces Noms divins ne présentent ni mystères, ni contradictions, ni difficultés pour quiconque possède une maîtrise parfaite de la langue arabe.

Quant à l'assertion qui veut que "le Coran de Mohammad" est un mélange insolite d'anthropomorphisme et de métaphysique du fait qu'il désigne nommément les attributs d'action tels que "main", "visage", "oeil", "l'acte de s'asseoir sur le Trône" et ainsi de suite, elle mérite qu'on s'y attarde longuement, car les savants musulmans eux-mêmes ont des avis partagés là-dessus comme on va le voir dans ce qui suit :

a - Ces vocables, en tant que tels, sont arabes et leur signification est claire et ne prête à aucune équivoque. Le sens de "main", "visage" et autres termes semblables est connu et nos pieux ancêtres l'ont bien saisi et assimilé. De toute façon, ces termes n'ont jamais représenté, pour eux, un obstacle sémantique du fait qu'ils ne se sont pas posés de questions à leur sujet. Toutefois, ce qu'il faut souligner c'est qu'ils ont compris leur sens et l'ont appliqué à Dieu sans avoir recours ni à l'interprétation, ni à l'anthropomorphisme, ni à la négation des attributs divins. En d'autres termes, les pieux Anciens ont compris le sens de ces termes en fonction de ce qui sied à Dieu à la lumière de ce principe fondamental de la foi islamique qu'exprime ce verset coranique :

"Rien ne lui est semblable. Il est Celui qui entend et voit tout",

où Dieu affirme qu'Il possède des attributs et rejette l'idée qu'Il puisse ressembler à qui que ce soit.

b - L'analogie exotérique est attestée pour la plupart des attributs divins. Ainsi Dieu existe et Il est vivant comme l'est également l'être humain. Toutefois peut-on oser prétendre que la vie de Dieu et Son existence sont identiques à celles de l'être humain ? Peut-on hasarder pareille hypothèse à propos de Son ouïe et de Sa vision ? Dieu s'est aussi donné comme Noms "Le Souverain", "Le Compatissant", "Le Miséricordieux", "L'Audiant", "Le Clairvoyant", "Le Puissant", et bien d'autres dénominations qui conviennent parfaitement à l'homme et que Dieu Lui-même lui a attribuées. Quiconque n'affirme pas ces Attributs à Dieu, est pris pour un apostat négateur. L'est de même celui qui ose dire : "Sa science est semblable à la mienne, ou Sa vue, ou Ses mains...". Par conséquent, il est indispensable d'attester les attributs divins sans les assimiler à ceux de l'être humain comme il est indispensable d'éviter à Dieu toute idée anthropomorphique sans tomber dans le travers de la négation totale de Ses attributs(31).

c - A propos des attributs qu'on vient de voir et de bien d'autres que le Saint-Coran et la Tradition ont affirmé à Dieu, l'attitude des pieux Anciens était, on ne peut plus claire et nette : l'affirmation des attributs divins, loin de toute négation, de toute interprétation et de toute analogie. Toutefois, ils s'en remettaient à Dieu pour ce qui est de la manière(32). Quand on a demandé à l'Imam Mâlik ce qu'il pensait du verset "Le Tout-Puissant siégeant sur son Trône"(33), il eut cette célèbre réplique :

"Siéger sur le Trône nous est connu. Il faut y croire, car c'est une obligation religieuse. La manière, elle, nous est inconnue. Elle est inaccesible à notre entendement et l'interrogation sur la manière est une innovation blamâble(34).

Cette démarche est celle que les pieux Anciens ont toujours adoptée.

Le grand savant Ibn Taymiyya a dit :

"Ce qu'on peut dire des attributs divins, on peut le dire également de l'essence divine. Rien ne ressemble à Dieu, ni dans Son essence, ni dans Ses attributs, ni dans Ses actes. Si donc Il possède une essence qui ne ressemble en rien aux autres essences, c'est qu'il y a en elle ipso facto des attributs spécifiques qui n'ont rien à voir avec les attributs qui nous sont familiers à nous humains. Si quelqu'un demande : "Comment peut-Il siéger sur le trône ?", on lui répondra, à l'instar de Rabî'a, de Mâlik et de bien d'autres encore - que Dieu soit satisfait d'eux- : "Siéger sur le Trône nous est connu. Il faut y croire, car c'est une obligation. La manière, elle, nous est inconnue. Elle est inaccessible à notre entendement et l'interrogation sur la manière est une innovation blamâble", car il s'agit là d'une question qui touche à ce qui est inaccessible à l'entendement humain et à laquelle on ne peut trouver aucune réponse. Si cette même personne demande également : "Comment le Seigneur fait-Il pour descendre au ciel inférieur ?", on lui répondra : "Comment est le Seigneur ?". S'il dit : "Je ne sais pas comment Il est", on lui dira alors : "Nous aussi, nous ignorons comment s'opère cette descente, car connaître cet attribut d'action suppose qu'on connaisse le faiseur de cette action, l'attribut de celle-ci lui étant tributaire. Comment donc oses-tu me demander de savoir comment Dieu entend, voit, adresse la parole, siège sur Son Trône, descend au ciel alors que tu es totalement incapable de savoir comment se présente la nature de Son essence ?"(35).

Quant aux successeurs des pieux Anciens, ils ont eu des avis partagés sur les attributs divins. Les Mu'tazilites, par exemple, les ont totalement niés. Certes, ils ont admis qu'Allah est l'Omniscient par excellence, Celui qui entend et voit tout, mais ils ne Lui ont pas reconnu l'attribut de l'Omniscience, de l'Ouïe, de la Vue et de bien d'autres attributs comme la descente et l'acte de s'asseoir sur le Trône. Ils ont interprété, à leur façon, ces vocables et ont dit de "l'acte de siéger sur le Trône" qu'il s'agit là de l'expression de la domination et de l'accaparement. La main, pour eux, traduit la puissance et ainsi de suite... Les Mu'tazilites se considèrent comme faisant partie du groupe des partisans de l'unicité divine. Dieu étant Un et Unique pour eux, ils refusent, par conséquent, de lui reconnaître un quelconque attribut de crainte d'être taxés d'associationnistes, de gens qui croient à la Trinité et au fait que Dieu puisse avoir sept ou huit qualifications. Ils sont allés jusqu'à attaquer ceux qui ont attesté l'existence des attributs divins. Les Chrétiens, selon eux, sont des mécréants, car ils admettent le dogme de la Trinité. Que dire alors et comment agir avec ceux qui ont reconnu sept ou huit attributs, sinon plus ? C'est aussi le point de vue du Chi'isme imamite(36).

Certains, tels les Ash'arites, ont reconnu sept attributs existentiels fondamentaux : le Savoir, la Toute-Puissance, l'Ouïe, la Vue, la Volonté, la Vie, la Parole(37). D'autres encore ont attesté l'existence de plus de sept attributs comme par exemple "la Pérennité" et "l'Emanation"...etc(38).

Démêlage de l'écheveau et élucidation du désaccord

Tous les Musulmans sans exception sont unanimes à reconnaître que le Livre Sacré et la Sainte Tradition ont décrit Allah par un ensemble d'attributs. Y croire est une obligation religieuse. Quiconque ne croit pas au Saint-Coran ou à l'un de ses versets ou met en doute les dires authentiques et péremptoires du Prophète est un hérétique qui se place en dehors de la religion. Dans ce genre de questions, la logique veut que soient attribuées au Créateur de l'Univers les qualifications de la Perfection sublime(39). Or, le désaccord entre les Musulmans trouve son origine dans le sens exact à donner à ces qualifications (faut-il leur conférer le sens obvie ou les interpréter métaphoriquement ?) et aussi dans l'explication des relations de ces qualifiations avec l'essence divine(40).

Les Mu'tazilites niaient catégoriquement les attributs éternels de Dieu. Ils affirmaient que si Dieu est Savant, Puissant et Vivant, Il l'est par et dans son essence et non pas par les attributs du savoir, de la puissance et de la vie qui sont à la fois des qualifications éternelles et des notions existant en Lui-même, car si ces qualifications partageaient avec Dieu l'éternité qui Lui est spécifique, elles partageraient ipso facto avec Lui la divinité(41). C'est pourquoi ils disaient que la parole de Dieu a été créée et n'est par conséquent pas éternelle. Les Chi'ites imamites se rangeaient à leur avis(42).

Les Ash'arites ont reconnu à Dieu quelques attributs éternels faisant partie de l'essence divine elle-même. Ainsi, pour eux, il ne faut pas dire : "Ces attributs sont Dieu Lui-même, ni qu'ils sont quelqu'un d'autre que Lui. Si on dit de Dieu qu'Il est Omniscient, on comprend par là qu'il possède aussi un savoir éternel et ainsi de suite". Il s'agit ici, pour les Ash'arites, de sept Attributs, comme on l'a déjà vu.

La Pérennité, comme attribut, a été reconnue par Abû Al Hassan Al Ash'arî lui-même, mais ses nombreux adeptes ne l'ont pas suivi sur ce point(43). D'autres sectes, par contre, ont reconnu à Dieu d'autres attributs, comme celui de "l'Emanation" chez les Mâturidites(44). Les Traditionnistes s'en tenaient à la littéralité des textes et se refusaient à toute recherche proprement rationnelle. Ils reconnaissaient tous les attributs divins évoqués dans le Saint- Coran et la Tradition authentique, écartant toute idée anthropomorphique, toute insinuation de la réalité des attributs et tout exégèse allégoriste, leur conviction profonde étant que toute élucidation des attributs divins est du ressort d'Allah uniquement(45). L'Imam Ahmad dit à propos des Hadîths relatifs aux attributs : "Nous croyons en ces Hadîths et nous ne réfutons aucun d'eux tant que leurs sources sont authentiques(46).

La secte des "Al-Mushabbiha" conférait à tous les attributs d'Allah qu'elle reconnaissait le sens propre qu'on applique habituellement au corps humain. C'est ainsi que, pour elle, tout ce qui est évoqué dans le Saint-Coran à l'instar de "l'acte de siéger sur le trône", du "visage", des "mains", de "la venue" de Dieu et de bien d'autres vocables, est saisi dans son sens matériel, c'est-à-dire que ces termes sont compris exactement comme s'ils étaient appliqués aux créatures humaines. Ceci est également valable concernant ce qui nous est parvenu à propos de la forme physique et de bien d'autres parties du corps comme dans ce dire du Prophète (sur lui la prière de Dieu) : "Allah a créé Adam à l'image du Clément"(47) et dans les Hadîths où sont mentionnés des vocables tels que "pieds", "doigts", "phalanges". La signification de ces termes est celle que la langue courante leur confère quand ils sont employés pour désigner des parties du corps humain.

Certains exégètes ont exagéré leur propension à l'anthropomorphisme au point qu'ils ont donné à Dieu les mêmes attributs que ceux qui sont propres à l'être humain...Dieu, faut-il le rappeler, est bien au-dessus de tout cela(48). Parmi eux, les Karrâmites, disciples d'Abû Abdallâh Mohammad Ibn Karrâm (mort en 255 de l'Hégire) qui concluent à l'anthropomorphisme et à l'analogie. C'est ainsi qu'Abû Abdallâh indique que son Dieu siège éternellement sur le Trône. On peut même lire, dans son ouvrage intitulé "Les affres de la tombe" que son "Dieu possède un corps unique, une substance unique et qu'Il est en contact avec le haut de son piédestal". Il a, de même, admis le "mouvement", le "déplacement" et la "descente" de Dieu. La majorité des Karrâmites usent du vocable "corps" en parlant de Dieu et attestent, que ce corps dispose de six parties qui en constituent la forme(49). Dieu est bien au-dessus de toutes ces bévues ! Par ces idées, les Karrâmites ont été loin dans l'égarement et l'errement et n'ont fait que ressasser les allégations des Chrétiens à propos de leurs croyances anthropomorphiques que Dieu a réfutées dans le Saint-Coran :

"Est-il rien qui Lui soit comparable ? Il entend tout, voit tout"(50).

"Les regards ne sauraient l'atteindre quand Lui-même pénètre les regards. Il est le Subtil, l'Informé"(51).

Les versets coraniques et les dires du Prophète abondent sur ce sujet et tranchent, d'une manière décisive, sur le fait que rien n'est comparable à Dieu qui a des attributs sublimes et de beaux Noms. Ce critère seul suffit pour que le Musulman soit convaincu de la différence qui le distingue de Dieu, en plus évidemment des arguments rationnels qui veulent que le Créateur et ses créatures soient dissemblables.

Le Créateur, Maître de l'Existence, est nécessairement éternel et n'est point contingent. La créature, par contre, peut ou non se manifester dans le temps et est précédée du néant. Elle est nécessairement contingente. Dans un ouvrage intitulé "Charh al mawâqif", on peut lire ceci :

"Son essence est différente de toutes les autres essences... La différence qui distingue deux êtres vivants se constate à partir de l'essence. Aucune identité n'existe entre les réalités concrètes sauf dans l'appellation et les jugements, les parties constituantes étant exclues. De ce fait, Dieu est au-dessus de toute ressemblance et n'a point de pareil".

Ibn Taymiyya a dit :

"La raison admet l'existence nécessaire d'un Etre Eternel différent des autres créatures... Celles-ci pullulent autour de nous... Toute créature demeure, cependant, contingente et elle n'est pas impénétrable ... De même que la raison admet également qu'à part Dieu, toutes les créatures sont contingentes... Par conséquent, il est inconcevable que l'Etre Eternel puisse ressembler à la créature éphémère"(54).

La méthode authentique

Il faut rappeler que les gens de la Tradition et de la communauté (les Traditionnistes) ont longuement débattu ces idées fallacieuses et les ont âprement réfutées. L'attitude qu'ils ont adoptée est la reconnaissance de l'existence des attributs divins, bien qu'ils aient été partagés entre la nécessité de prendre toute latitude dans l'exégèse ou, au contraire, de ne lui prêter aucun cas. La chose qui reste essentielle c'est la procédure adoptée par les pieux Anciens dans la confirmation de tous les attributs évoqués dans le Livre Sacré et la Tradition authentique sans qu'ils aient recours ni à l'exégèse, ni à la déformation, ni à la négation, ni à l'analogie, ni à la comparaison et en remettant à Dieu seul le pouvoir de pénétrer les secrets de son propre mystère, de sorte que ces attributs ainsi que leur profonde nature Lui soient reconnus en conformité avec ce qui convient à Son essence. Leur position consistait également à ne point attribuer à Dieu ce qu'Il a Lui-même désavouer à propos de Sa personne ou ce que le Prophète Lui désavoue dans des Hadîths authentiques. Les arguments de poids qu'ils faisaient valoir pour soutenir leurs idées, ils les puisaient dans le Saint-Coran et la Tradition vraie, tel l'exemple des versets suivants :

"Dieu possède en propre les Epithètes Sublimes. Servez-vous en pour l'invoquer ! Point ne vous souciez de ceux qui l'implorent par d'autres appellations. Dieu les rétribuera en sanction de leurs oeuvres".

"Est-il rien qui lui soit comparable ? Il entend tout, voit tout".

Le Saint-Coran, faut-il le rappeler, a été révélé dans une langue, au style parfait, où les attributs divins sont présentés dans un vocabulaire clair et précis permettant à l'homme de se rapprocher de Dieu et de mieux le connaître. Si ces attributs n'avaient pas été clairement exposés, comment aurait-il été possible de les faire connaître ?

Que ces attributs diffèrent de ceux des êtres humains, qu'il s'agisse d'attributs d'action ou autres, les versets coraniques sus-mentionnés le prouvent bien, comme ils prouvent d'ailleurs que l'Essence de Dieu, Son Existence et Sa Science sont d'une autre nature que celles de Ses créatures. On peut dire autant de la main de Dieu, de Son visage et de Son acte de siéger sur le Trône. Si, dans l'Univers, il existe, par la force des choses, ce qui est Eternel, existant par Soi-même, et ce qui est contingent, donc admettant l'existence et l'inexistence, il n'est pas dit forcément que l'existence de l'un soit identique à celle de l'autre, même s'ils en partagent ensemble l'idée, car chacun d'entre eux a une existence qui lui est spécifique. Il n'est donc pas permis à une personne équilibrée d'avancer que les corps célestes sont semblables aux insectes du fait qu'ils possèdent l'existence comme propriété commune. C'est pour cette raison que Dieu s'est doté de Noms et s'est octroyé des attributs. Les Noms de Dieu lui sont spécifiques et il ne se les partage avec personne d'autre. De la même manière, Dieu a donné des noms spécifiques à certaines de ses créatures qui leur conviennent à elles seules.

Ainsi, par exemple, Dieu s'est donné comme nom "Le Vivant" :

"Dieu ! Il n'y a de Dieu que Lui ! Dieu vivant, gestionnaire de l'Univers"(55).

A l'être vivant, il a donné le même nom :

"Du vivant, tu fais surgir le mort"(56).

Mais l'être raisonnable sait que la vie du Créateur n'est pas celle des créatures.

Dieu s'est également fait appeler "L'Omniscient", "l'Audiant", "le Clairvoyant", mais cela ne L'a pas empêcher de désigner l'homme par ces mêmes appellations :

"Ils lui annoncèrent une heureuse nouvelle, la naissance d'un fils bien doué"(57).

"Nous le créons en vérité à partir d'une semence aux éléments conjugués. Afin de l'éprouver, Nous le dotons de l'ouïe et de la vue"(58).

Inutile donc de préciser que le savoir, l'ouïe et la vue chez Dieu sont d'une nature tout à fait différente de celle de l'homme. Cette règle est valable pour l'ensemble des attributs divins.

Si tous les gens, sinon la majorité d'entre eux, admettent cette règle, le problème ne doit plus se poser à propos d'autres attributs tels que la main, le visage, l'acte de siéger sur le Trône, le courroux et ainsi de suite. Dans la description qu'Il fait de Lui-même, Dieu dit qu'Il a siégé sept fois sur le Trône... Et dans la description de Ses créatures, Il présente certaines d'entre elles, dans des positions similaires aux siennes :

"Afin qu'installés au bord du navire ou fixés sur le dos de vos bêtes, vous évoquiez les bienfaits de votre Seigneur"(59).

"Lorsque tu seras à bord de l'Arche, tes compagnons et toi, tu M'invoqueras"(60).

"L'Arche atterrit sur le Mont Joudi"(61).

Il convient donc d'ajuster les faits et d'appliquer la règle sus-mentionnée. On dira ici exactement ce qui a été dit précédemment, que l'acte de siéger chez le Créateur n'est pas le même que chez l'être créé.

Il en est de même de l'acte divin consistant à "ouvrir" les mains. Dieu a dit :

"Les Juifs ne craignent pas d'affirmer : "La main de Dieu est enchaînée". Que leurs propres mains soient enchaînées et qu'ils soient maudits pour leur blasphème. Bien au contraire, Ses mains sont largement ouvertes, Il dispense Ses dons à profusion"(62).

Dieu parle du même acte chez l'homme :

"Ne tiens pas ta main enchaînée à ton cou par avarice ! Ni ne l'étends outre-mesure. Ainsi, tu éviteras tout blâme et te prémuniras de tout regret"(63).

Peut-on, par conséquent, conclure que la main de Dieu est identique à celle de l'être humain ? A propos de ce probème, les deux Imams, Mâlik et Ahmad et bien d'autres, disaient :

"Quiconque fait bouger sa main à la lecture du verset coranique "Ce que j'ai créé de Mes mains"(64) ou qui fait bouger son doigt à la lecture de ce dire du Prophète : "Le coeur du fidèle est entre deux doigts parmi les doigts du Miséricordieux"(65), "sa main sera amputée et son doigt mutilé"(66).

Bref, pour conclure sur ces attributs qui laissent supposer -selon certains- l'analogie et l'anthropomorphisme, comme l'acte de siéger sur le Trône, de faire un mouvement, de se mettre en colère, de manifester Son approbation, le fait d'avoir des mains, un visage, des doigts et bien d'autres attributs à propos desquels il y a eu de vives controverses entre les docteurs de la loi qui en ont attesté certains et rejeté d'autres, il faut dire que l'on se trouve là en présence de deux thèses :

1 - La thèse qui veut qu'il y ait parfaite identité dans la signification à donner aux attributs divins et aux attributs humains. Ceci implique :

a) soit la négation de tout attribut à Dieu, du fait que rien ne lui est comparable tant en ce qui concerne Son essence que Ses attributs, ce qui est évidemment contraire au contenu du Saint- Coran et de la Tradition, car, pour donner un exemple, ni la volonté, ni le savoir de Dieu ne sont semblables à ceux de l'homme. Le savoir de Dieu est éternel et incommensurable. Il embrasse tout, même les détails les plus infimes. Il est péremptoire. Tandis que le savoir humain est éphémère, limité, fragmentaire, présomptif dans son ensemble .. . Cela est, faut-il le rappeler, un truisme.

b) soit la reconnaissance que les attributs divins sont créés et qu'ils présentent une parfaite identité avec les attributs humains, ce qui est une profanation dont l'auteur ne peut être quelqu'un qui croit en Dieu et en le Saint-Coran.

2 - La thèse qui soutient que les attributs divins et humains ne présentent aucune ressemblance entre eux, ce à quoi adhère tout esprit sain, outre le fait qu'il existe des textes sacrés et péremptoires qui affirment que rien n'est comparable à Dieu, ni dans Son essence, ni dans Ses attributs. L'attribut de l'essence est intimement lié à la personne elle-même. Tant que celle-ci est d'une autre nature qu'une autre personne, leurs attributs respectifs sont différents. Cette seconde thèse est celle à laquelle adhère la logique et qui sied parfaitement à la loi divine. Dieu est unique dans son essence et de ce fait, il ne présente aucune ressemblance avec les essences des autres créatures, ni avec leurs attributs(67).

Bref, les attributs que Dieu a reconnus à Sa propre Personne ne sont pas différenciés et ont tous la même importance. Comme le savoir de Dieu n'a rien de semblable avec celui de l'homme, il en est de même de Son courroux, de Son amour, de Sa magnanimité, de Sa grâce, de son acte de siéger sur le Trône, de Sa main, de Sa figure... Par exemple, on dira à celui qui reconnaît le savoir, la volonté et d'autres attributs semblables et qui, en même temps se refuse à considérer le courroux, le visage et les mains comme des attributs : "Penses-tu que Son savoir et Sa volonté sont pareils ou non au savoir et à la volonté de l'être créé ?". S'il répond par la négative en affirmant que le savoir et la volonté de Dieu sont éternels, on lui répliquera : "Il en et de même de tous les autres attributs où l'on doit dire : "Son courroux sied à Son essence, de même que Son visage et ainsi de suite". S'il persiste à affirmer que les attributs divins et humains sont pareils, il fait là, bel et bien, preuve d'anthropomorphisme et d'hérésie.

Quant aux Mu'tazilites qui, tout en déniant les attributs à l'essence divine, affirment, par crainte d'une divinité multiple, que Dieu est Créateur, Savant, Audiant, Clairvoyant, Voulant, ..., il faut leur rétorquer que la reconnaissance des Epithètes telles que Savant, Voulant, etc, implique ipso facto la reconnaissance des attributs de la science, de la volonté... Car attester l'existence du Savant, du Voulant, de l'Audiant sans attester en même temps la science, la volonté, l'ouïe... est irrecevable et ne repose sur aucun fondement, ni linguistique, ni rationnel, ni d'autorité. Dieu a affirmé à Sa propre Personne tous ces Noms Sublimes dans une langue arabe d'une nette clarté, exempte de toute amphibologie. C'est pour cela que les Vénérables Compagnons n'ont pas cherché à en savoir plus, car ils leur ont conféré la signification qui sied le mieux à l'essence divine.

La raison veut que Dieu ait des qualifications éternelles qui conviennent à Sa Personne et auxquelles if faut croire tant que c'est la Loi divine qui en est la source.

Or, comme Dieu est l'Etre parfait, il faut nécessairement qu'Il ait des qualifications parfaites. Bien plus encore, la raison elle-même atteste également l'existence de ces qualifications, car les innombrables faveurs de Dieu et ses immenses bienfaits à l'égard de Ses créatures sont la preuve de Sa miséricorde et ce qui se produit dans notre Univers est le signe de Sa toute Puissance. La rétribution des fidèles prouve leur amour pour Dieu, de même que le châtiment des mécréants traduit la rancœur qu'a Dieu pour eux.

Par ailleurs, si nous analysons minutieusement les idées des Mu'tazilites qui dénient à Dieu les attributs tout en Lui reconnaissant les Noms Sublimes, nous ne relèverons là aucune différence, car si le fait de reconnaître à Dieu la vie, la science, la puissance et bien d'autres qualifications implique l'analogie, l'anthropomorphisme et la divinité multiple, il serait logique qu'on aboutisse à la même conclusion en reconnaissant les Noms du Très-Haut tels que "l'Omniscient, l'Audiant, le Clairvoyant" etc... Il n'y a, par conséquent, aucune différence entre la reconnaissance des Noms et celle des attributs, car si l'on rejette-quand on reconnaît les Noms (l'Omniscient par exemple)- la comparaison avec les créatures, l'anthropomorphisme et tout ce qui ne convient pas à l'essence divine, il est tout à fait dans l'ordre des choses -quand on reconnaît les Attributs (le savoir par exemple)- de dire : "Ses attributs sont au-dessus de toute comparaison, de toute ressemblance anthropomorphique et de tous les traits caractéristiques des créatures". Aucune créature ne présente une quelconque ressemblance avec l'essence divine..(68).

A noter aussi que le fait d'affirmer des attributs à l'Etre Suprême n'implique pas la divinité multiple, ni la pluralité de l'essence parce qu'il s'agit là d'une structure complexe. Cela parce que la pluralité des concepts et des qualifications n'impliquent pas non plus la pluralité de l'essence, tant que l'essence et son possesseur ne constituent en fait qu'une seule entité. D'ailleurs, les Mu'tazilites désignent Dieu par de nombreuses appellations telles que l'Etre nécessaire, l'Intellect, le Pensant, le Raisonnable, l'Omniscient, l'Audiant, le Voyant... Or, malgré la diversité et la disparité que ces concepts représentent pour la raison, cela n'implique pas qu'il y a pluralité de l'essence. Les Mu'tazalites parlent à ce propos de l'Unicité divine. Il en est de même des attributs essentiels tels que le savoir, la vie, la puissance, etc. Ce sont là des concepts dissemblables mais qui concernent une essence unique. Dans leur rapport avec Dieu, ces concepts ne constituent pas l'essence divine du point de vue de la signification et de la conceptualisation ni rien d'autre du point de vue de la vérité des choses. C'est pourquoi le fait de dire qu'il y a pluralité des attributs éternels pour une essence Une n'est pas assimilé à l'associationnisme et la Trinité.

Pour ce qui est des Saintes Trinités (l'Existence, le Savoir et la Vie ou le Père, le Fils et le Saint Esprit chez les Chrétiens), il s'agit là d'une réelle pluralité des essences, car bien qu'on ait dit d'elles qu'elles étaient des attributs, elles ont été considérées par les Chrétiens comme des essences réelles et autonomes. En effet, les Chrétiens pensent que l'hypostase du verbe (c'est à dire le savoir) a été intégrée dans le corps de Jésus, que la prière de Dieu soit sur lui. Bien plus, ils croient à la Trinité et ont fait de Jésus le Fils de Dieu... Et Dieu est bien au-dessus de toutes ces aberrations(69) :

"Ceux qui ont affirmé : "Dieu ne fait qu'un avec le Messie fils de Marie" sont de vrais impies ! Jésus lui-même a dit aux fils d'Israël : "Adorez Dieu, mon Maître et le vôtre ! Dieu a interdit à jamais son Royaume Eternel à quiconque Lui donne un associé. Il sera à jamais voué à l'enfer, car point de secours n'auront les injustes." "Tout aussi impie cette autre affirmation : Dieu est la troisième personne d'une Trinité. Il ne peut y avoir qu'un Dieu Unique"(70).

Par Trinité, il faut entendre : Dieu Très-Haut, Jésus et Marie. On a dit également qu'il s'agissait là du Père, du Fils et du Saint Esprit(71).

Pour réfuter les thèses des Mu'tazilites, l'argument massue à faire valoir réside dans le fait que, lorsqu'ils admettent que Dieu est Vivant, Omniscient, Tout-Puissant, Audiant, Clairvoyant, etc, et qu'en même temps, ils Lui dénient les attributs, ils tombent dans la contradiction la plus totale. C'est qu'en réalité, il n'y a aucun sens à dire que Dieu est Vivant si on lui dénie l'attribut de la vie. Il n'y a aucun sens non plus à dire qu'Il est Voulant si la volonté ne fait pas partie intégrante de Son essence. Si donc ce raisonnement fait défaut, leurs allégations conduisent automatiquement à la négation des Epithètes sublimes, car le véritable Voulant est bel et bien Celui qui dispose de la volonté.

Sayf Ad-Dîn Al Amidî dit à ce propos :

"Pour invalider les thèses des négateurs des attributs divins, il faut leur dire : si on ne croit pas que Dieu a une volonté, il serait tout aussi vrai de croire qu'il n'ait pas de volonté". "Si on doit dire : "Dieu n'est pas sans volonté" et si cela est vrai, nous sommes en droit de dire : "Quiconque n'a pas de volonté est amoindri par rapport à celui qui en a"(72).

Nul doute que ceci ne concorde pas avec la foi en la Perfection de Dieu, ni avec l'idée qu'Il est dépourvu de toute imperfection. En termes logiques : "Si l'attribut de la volonté faisait défaut à Dieu, il serait encore plus imparfait, ce qui est faux...(73).

Il en est de même pour tous les autres attributs.

Le sens des attributs supposés être anthropomorphiques

A propos des versets dits anthropomorphiques, l'Encyclopédie s'est basée sur le fait que "le Coran de Mohammad" (sur lui la prière de Dieu) comporte un mélange insolite d'idées anthropomorphiques et métaphysiques. Elle cite comme exemples, le visage d'Allah, Ses mains, Sa descente sur terre, Sa session sur le Trône, etc. Nous avons exposé plus haut des arguments solides qui prouvent que Dieu possède toutes les qualifications de la Perfection sublime, qu'Il est exempt de tout défaut et que tous Ses attributs n'ont rien de comparable avec ceux de Ses créatures. Il est temps maintenant de commenter ces attributs afin qu'ils ne soient plus entachés d'aucune ambiguïté.

1. La session sur le Trône

La position assise de Dieu a été évoquée à six reprises dans le Saint-Coran par la phrase : "Il s'est établi sur son Trône" (sourate Al A'raf, verset 4 ; sourate Jonas, verset 3 ; sourate le Tonnerre, verset 2 ; sourate la Distinction, verset 59 ; sourate l'Adoration, verset 4 ; sourate le Fer, verset 4), et une seule fois dans la sourate Taha, verset 5, par la phrase : "Le Tout-Puissant siégant sur Son Trône".

De même, cette image a été évoquée dans plusieurs Hadîths, comme celui-ci où le Prophète (sur lui la prière de Dieu) dit :

"Quand Dieu acheva la création, il consigna dans Son Livre qui, pour Lui, est plus prisé que Son Trône : Ma miséricorde précède Mon courroux"(74).

A noter que beaucoup de versets évoquent Dieu dans le ciel : "Etes-vous sûrs que le Maître des cieux"(75).

Le Prophète (sur lui la prière de Dieu) a demandé à une jeune fille esclave :

- "Où est Dieu ?"

Elle répondit :

- "Dans le ciel".

- "Qui suis-je ?" dit le Prophète.

- "Vous êtes l'Envoyé de Dieu ".

- "Affranchis-la. C'est une croyante", ordonna-t-il(76).

Les pieux Anciens (parmi les plus honorables Compagnons et ceux qui les suivent en bien) croyaient fermement à ces versets, les comprenaient à la lumière des données de la langue arabe et grâce à leur spontanéité toute naturelle. Ils leur donnaient l'explication qui convenait à l'essence divine, sans chercher à savoir ni le comment, ni les détails de leur teneur dont n'avait que faire l'ensemble de la communauté. Les ouvrages traitant de l'Histoire et de la Tradition n'ont enregistré aucun désaccord sur ce sujet entre les Compagnons du Prophète, car la démarche de ces derniers était basée sur la foi en tous les versets relatifs aux attributs, aux Traditions qui en parlaient et aux exégèses qu'on en faisait de la manière qui convient le mieux à l'essence divine, loin de toute forme de comparatisme, de déformation ou de négation de ces attributs et en laissant à Dieu seul l'intelligence de Son propre mystère.

Ibn Taymiyya a dit :

"Des gens m'ont demandé : "Comment pouvons-nous être sur le droit chemin ? Devons-nous dire ce que disait Ach-Chafi'î (que Dieu soit satisfait de lui) : "Je crois en Dieu et en sa Révélation de la manière qui Lui plaît, et je crois en l'Envoyé de Dieu et en sa Tradition de la manière qui lui plaît ?" J'ai répondu : "Ce qu'Ach-Chafi'î a dit est la vérité à laquelle doit croire tout Musulman. S'il y croit sans qu'il y ait de sa part des actes ou des paroles qui contredisent cette vérité, il est sur la voie du salut, ici-bas et à l'Au-delà"(77).

Les renseignements que nous avons indiquent :

- que le Trône n'est pas à assimiler avec les astres que les philosophes évoquent dans leurs écrits.

- que ce Trône-là est porté par les Archanges : "Les Archanges porteurs du Trône et ceux qui l'entourent célèbrent les louanges de leur Seigneur"(78). "Les Archanges se tiendront sur ses confins, huit d'entre eux porteront, ce jour-là, sur les épaules, le Trône de ton Seigneur"(79).

- Que les Anges déambuleront autour du Trône : "Et tu verras, se pressant autour du Trône, les Anges qui célèbreront la gloire de leur Maître.."(80).

- que ce Trône reposait sur les eaux avant même la création des cieux et de la terre : "C'est Lui qui a formé les cieux et la terre en six jours. Son Trône ayant d'abord reposé sur les eaux.."(81).

Les dires authentiques du Prophète indiquent que le Trône se trouve au milieu du Firdaws (Verger), lui-même situé dans des hauteurs au milieu du Paradis"(82).

Débattre de ces questions métaphysiques était considéré par les pieux Anciens comme "une innovation blamâble, des manoeuvres de diversion pour détourner les gens de leurs véritables problèmes, car ils étaient imbus de l'éducation exemplaire du Prophète (sur lui la prière de Dieu), laquelle était basée sur l'engagement, l'amour du travail, l'attachement aux bonnes manières et la recherche constante des intérêts de la communauté. L'Imâm Mâlik, interrogé sur le verset coranique sus-mentionné, dira à propos de cette voie saine qu'empruntèrent les pieux Anciens :

"S'établir sur le Trône nous est connu. Il faut y croire, car c'est une obligation religieuse. La manière, elle, nous est inaccessible et chercher à en percer le mystère est une innovation blâmable".

Bien avant lui, son maître Rabî'a avait dit :

"Siéger sur le Trône nous est connu. La manière, elle, nous est inaccessible. Dieu seul a la clé du savoir, Son Envoyé a le devoir d'informer et nous, nous devons croire"(83).

Les générations postérieures aux pieux Anciens ont eu de profondes divergences à propos des versets et des Hadîths dits anthropomorphiques. Certains disaient : "Tous les Noms et les attributs de Dieu ou plutôt les attributs supposés être anthropomorphiques font partie des versets équivoques dont l'exégèse n'est connue que de Dieu, car Il est le Seul à en détenir le secret".

Ibn Taymiyya a dit :

"Ceci est l'avis de certains groupes de nos alliés et de bien d'autres personnes".

Et de faire ce commentaire :

"Même s'ils ont vu juste à propos de beaucoup de ce qu'ils ont avancé et qu'ils ont évité des innovations blâmables que d'autres ont commises, ils ont eu tort sur deux plans :

1 - Cette thèse n'a pas d'antécédent chez les pieux Anciens, ni chez les savants qui font autorité. Qu'Ahmad ait dit, d'après ce qu'on rapporte, qu'il ne faut pas chercher à comprendre ces versets, ni à savoir comment Dieu est fait" est à mettre au compte de beaucoup de ses écrits qui indiquent clairement que son but était de réfuter les interprétations des Djahmites. Ahmad conseillait la remise à Dieu pour ce qui concerne seulement "le comment" des choses divines. Ibn Taymiyya a dit : "Je ne connais personne parmi les pieux Anciens de la Ummah, ni parmi les grands érudits, que ce soit Ahmad Ibn Hanbal ou quelqu'un d'autre, qui ait considéré ce verset comme un verset équivoque et qui ait refusé l'idée qu'on puisse en saisir le sens. Les écrits d'Ahmad et des savants qui l'ont précédé prouvent qu'ils ont toujours été à l'affût des thèses djahmites et qu'ils ne se sont jamais abstenus à les invalider. Ils appréhendaient les versets dans leur sens obvie et les expliquaient sans chercher à dénaturer Dieu, ni à profaner ses Noms et Ses Ecritures"(84). La preuve en est que Dieu s'est donné, dans le Saint-Coran, des Noms tels que : le Vivant, le Subsistant, le Souverain, l'Omniscient, le Tout-Puissant, l'Audiant...etc, et s'est attribué des qualifications du genre : "Dieu est au courant de tout", "Il est capable de tout faire", "Il aime les justes, les fidèles, les bienfaiteurs...".

A celui donc qui prétend que ces versets sont équivoques, on dira : "Penses-tu que tous les versets supposés être anthropomorphiques sont équivoques, ou bien y en a t-il qui le sont et d'autres qui ne le sont pas ?" S'il répond : "Tous ces versets-là sont équivoques", on lui dira alors : "Ce que tu hasardes-là est l'opiniâtreté même. Tu renies des faits bien établis, car tout le monde saisit le sens des versets suivants : "Dieu est au courant de tout", "Dieu est capable de tout faire". Comment donc peux-tu oser nier le sens de tout cela ?". Puis on l'interrogera : "Ces Noms indiquent-ils, oui ou non, l'Etre justement adoré ?" S'il répond par la négative, c'est qu'on a affaire à un renégat, un négateur des attributs divins, car aucun Musulman ne peut avancer de tels propos. S'il répond par l'affirmative, on lui dira : "Comment as-tu pu comprendre de ces textes qu'il s'agit de la même divinité et que tu as été incapable de saisir ce qu'ils comportent comme sens donné à des termes tels que "Sa Toute-Puissance" "Son Savoir", "Sa Miséricorde" etc., alors que du point de vue sémantique, il n'y a là aucune différence ?" S'il répond : "Je saisis le sens de certains Noms tels que "le Tout-Puissant", "l'Omniscient", mais je n'arrive pas à comprendre ce que veulent dire d'autres attributs tels que "siéger sur le Trône", "Son Amour", "Sa Magnanimité", "Son Indignation", "Sa Transcendance, "Sa descente" etc". On lui dira alors : "Il n'y a aucune différence entre tous ces attributs tant du côté de ce qui fait autorité (sam'î), car tous lui ont été reconnus dans une langue arabe explicite, loin de tout anthropomorphisme, rejeté d'ailleurs par tout le monde, que du côté de la raison ('aql). Il est évident qu'il n'est pas impossible qu'on puisse attribuer à Dieu de telles qualifications tant qu'elles demeurent fondamentalement différentes de celles de Ses créatures. La Tradition a colporté ces idées. On se doit donc d'y adhérer.

2 - A propos de la thèse qui veut que les versets supposés être anthropomorphiques sont des versets équivoques, ce qui est propagé parmi les authentificateurs est que les savants versés dans la science en connaissent l'exégèse(85).

A noter ici que les pieux Anciens parmi les Compagnons, leurs adeptes et l'ensemble de la Umma ont commenté tous les versets du Saint-Coran, y compris les versets supposés être anthropomor-phiques... Les Compagnons ont déclaré qu'ils ont appris le Saint-Coran, la science et l'amour du travail. Ils se contentaient, dans un premier temps, d'apprendre une dizaine de versets dont ils tiraient la substantifique moelle avant de passer à d'autre versets(86). Quand des érudits -tels Rabî'a et Mâlik-furent interrogés sur le sens du verset "Le Miséricordieux siégea sur le Trône", ils n'ont pas dit qu'il faisait partie des versets équivoques, mais ils ont tout simplement déclaré :

"S'établir sur le Trône nous est connu. Il faut y croire, car c'est une obligation religieuse. La manière, elle, nous est inacessible et chercher à en percer le mystère est une innovation blâmable"(87).

Toute la communauté sunnite s'est ralliée à ce point de vue, même si certains de ses membres disaient : "S'imagnier comment Il est, est impossible et Son essence n'est explicitée dans aucun écrit", et que d'autres encore déclaraient : "Il ne dispose ni d'une forme, ni d'une essence"(88).

Un autre groupe s'est évertué à interpréter les versets supposés être anthropomorphiques, car selon lui, le sens littéral n'est pas à prendre en considération, car il prête à la comparaison de Dieu avec Ses créatures. Ce groupe a connu beaucoup de divergences parmi ses membres. Ainsi les Mu'tazilites confèrent au vocable "s'établir sur" le sens de "s'emparer de" qui signifie "tomber entre les mains du puissant", comme cela est exprimé dans ce vers :

"Bishr a conquis (stawâ) L'Irak sans combat, ni effusion de sang"(89).

Le terme arabe entre parenthèses dans ce vers signifie " s'est emparé de". Il exprime donc l'idée de la puissance.

Cette interprétation est erronée, car elle laisse entendre que Dieu ne s'était pas emparé du Trône avant de s'y établir. De même qu'elle donne à penser que Dieu est hésitant, qu'on Lui oppose une résistance, ce qui est irrecevable. Qui plus est, pourquoi se contenter de parler uniquement du Trône alors que Dieu a le pouvoir d'avoir tout à Sa disposition ?(90).

Certains d'entre eux disaient que "s'établir" est un acte que Dieu a accompli sur le Trône et qu'Il a désigné par ce vocable, comme il a accompli, dans l'édifice d'un peuple un acte qu'il a nommé "la venue", alors que ce n'était-là ni "descente", ni "mouvement". Ceci est une des deux thèses d'Abû Al-Hassan Al-Ach'arî(91), (l'autre thèse correspond à celle des pieux Anciens).

Quant à Abû Mansûr Al Mâturîdi, il a interprété "le Trône" dans ce verset par "la souveraineté", celle-ci n'étant propre, selon lui, qu'à Dieu seul. Abû Mansûr corrobora cette interprétation en disant qu'elle s'inspire de l'expression idiomatique arabe "détrôner quelqu'un" quand il perd toute souveraineté. Le poète Mutammim Ibn Nuwîra a dit :

"Que de trônes sont tombés après tant de gloire !

Que de règnes se sont écroulés après avoir connu paix et pérennité !"

Par "trônes", il veut dire "des monarques qui ont disparu.

Un autre poète Saîd Ibn Zâid Al Khuzâ'i a dit à propos du monarque An-Nu'mân Ibn Al Mundir :

"Il a eu le mérite de siéger sur un trône

Auquel n'ont put accéder, ni génies, ni humains...

Par "trône", il entend "le pouvoir" et "la souveraineté"(93).

Les Mujassima et les Mushabbiha sont allés jusqu'à interpréter l'expression "s'établir sur le Trône" par "effleurer son Trône d'en haut". Les Karrâmites, eux, ont substitué à "l'effleurement" le terme de "contact". Certains d'entre eux ont prétendu que lorsque Dieu s'asseoit sur le Trône, celui-ci lui convient parfaitement, ce qui veut dire que Son Trône est à la mesure de Sa Majesté. D'autres ont dit que son corps est plus volumineux que le Trône. D'autres encore ont prétendu qu'Il est assis sur le Trône comme l'est le monarque sur le sien et bien d'autres inepties qui portent atteinte à l'essence divine(94). Dieu, est-il besoin de le rappeler, est bien au-dessus de tout cela !

Face à de tels propos dont certains dénient à Dieu tout attribut et d'autres l'assimilent à Ses créatures, nous pensons que l'attitude la plus équitable et la plus juste consiste à expliquer littéralement ce verset, mais d'une manière qui sied à l'essence de Dieu et loin de toute défiguration, de toute négation de Ses attributs et de toute comparaison anthropomorphique. Le verset en question traduit la position transcendante et la noblesse majestueuse de Dieu. Le Trône, dans le vocabulaire de la Loi divine signifie la plus grande et la plus noble des créatures, que cette créature est placée au-dessus des hauteurs du Firdaws (Verger paradisiaque), qu'elle est noble, généreuse et glorieuse comme cela a déjà été dit. La noblesse et la transcendance de Dieu signifient qu'Il est au-dessus de Ses créatures, que Son essence et Ses attributs ne souffrent d'aucune imperfection quelle qu'elle soit.

C'est cela le sens à donner aux versets non-équivoques et aux Hadîths authentiques et c'est ce qui explique que les êtres humains, de par leur nature, quelle que soit leur confession se tournent -depuis la création de l'Univers jusqu'à nos jours- vers le ciel(95). Cela ne veut pas dire que le ciel est le lieu où Dieu se retire, ni que le ciel soit le synonyme de "lune", "étoiles" "astres"... Par le ciel, on veut tout simplement traduire l'idée de l'élévation divine(96).

2. Ce que "la descente du ciel", "la venue", "l'apparition" veulent dire Il est mentionné dans le Hadîth authentique que Dieu effectue une descente au ciel inférieur. C'est ainsi que Mâlik, Ahmad, Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâûd, Tirmîdî, Ibn Mâja et Ad-Dârami rapportent d'après Abû Horayra (que Dieu soit satisfait de lui) qui dit : "Le Prophète (que la prière de Dieu soit sur lui) a dit : "Chaque nuit, Dieu effectue une descente au ciel inférieur. Quand il ne reste que le tiers de la nuit, Il dit : "Qui M'implore pour que j'exauce ses voeux ? Qui sollicite Ma charité pour que Je la lui donne ? Qui Me demande pardon pour que Je le bénisse ?(97).

Les pieux Anciens ont compris ce dire authentique, à propos duquel il y a eu consensus, de la manière qui convient à l'essence de Dieu, sans dénaturation, ni négation de Ses attributs, ni comparaison avec Ses créatures, comme cela a été le cas pour les autres attributs (98).

Al Hâfez Ibn Hajar a dit :

"Il y en a parmi eux -il s'agit de la majorité- qui ont compris ce Hadîth tel quel et y ont cru, plaçant Dieu loin de tout comparatisme anthropomorphique et sans se poser des questions sur Sa manière d'agir. Ceci fut rapporté par Al-Bayhaqî et bien d'autres d'après les quatre Imâms, les deux Sufyan, les deux Hammâd, Al Awzâ'i, Al-Layth et bien d'autres"(99).

Pour les Mushabbiha, il s'agit là d'une descente corporelle, identique à celle des êtres humains. Les Kharijites et les Mu'tazilites ont catégoriquement nié la véracité des Hadîths à ce sujet ou bien il les ont soumis à l'exégèse. Certains d'entre eux ont exagéré l'exégèse allégoriste au point de friser une certaine dénaturation. Parmi ceux qui ont opté pour l'exégèse, quelques-uns ont dit : "Il s'agit là de la manifestation du Commandement de Dieu ou de Sa Miséricorde". D'autres ont dit : "C'est un ange parmi les anges qui se manifeste sur Son ordre"(100).

Sayf Ad-Dîn Al-Amidî a dit :

"Pour ce qui est du sens de "la descente", il est probable qu'il s'agisse de la manifestation de la Grâce et de la Miséricorde divines en écartant tout ce qui ne sied pas à la gloire de Dieu et sa complète suffisance. C'est dans ce sens que les Arabes disent : "Avec un tel, le souverain est "descendu jusqu'au plus bas niveau", c'est à dire qu'il a été très gentil avec lui, l'a entouré de petits soins et a été accueillant et généreux avec lui... L'intérêt dans tout cela est que les sujets du monarque s'adonnent à la prière et à l'imploration de Dieu afin que le pays soit protégé de tout danger, atteigne ses objectifs et réalise ses ambitions... Quant à la mention faite à propos du ciel inférieur, il s'agit du niveau le plus bas par rapport au rang du Très-Haut"(101).

Il en est de même du sens des vocables "l'apparition" et "la venue". Ainsi l'on rencontre une seule occurrence du verbe "apparaître" appliqué à Dieu dans la sourate "l'Aurore" :

"Que ton Seigneur apparaîtra, ainsi que les anges, rangée par rangée".

Toutefois, le sens de ce verbe est appliqué plusieurs fois au Commandement de Dieu de la manière suivante dans les sourates ci-après :

- La sourate "Houd" (versets 40, 58, 66, 82, 94) : "Le commandement de Dieu vint".

- La sourate "Houd" (versets 76, 101) : "Notre Commandement vint".

- La sourate "Les croyants" (verset 27) : "Le Commandement de Dieu vint".

- La sourate "Les croyants" (verset 78)?

Ce verbe a été également appliqué à plusieurs reprises à propos de la Vérité et des Ecritures.

Il faut dire qu'à propos du sens du verset : "Ton Seigneur apparaîtra", les Docteurs de la Loi ne sont pas unanimes comme ils ne l'ont pas été d'ailleurs à propos de "la descente de Dieu". Toutefois, si l'on tient compte de l'environnement linguistique de ce verset, il s'avère que le sens de celui-ci n'est pas : "Le Commandement de Dieu vint", car le contexte évoque une situation particulière :

"Que ton Seigneur apparaîtra, ainsi que les anges, rangée par rangée. Ce jour-là sera amené l'enfer; ce jour-là aussi l'impie se souviendra, mais ce sera en vain".

S'il s'était agi ici du Commandement de Dieu, la situation ne l'aurait pas exigé comme dans les autres versets. Le verset sus-mentionné évoque une situation particulière du Jour de la Résurrection où Dieu apparaîtra dans toute Sa Majesté et Sa Perfection. Cette apparition n'a absolument rien de comparable avec la nôtre. Les anges prendront place rangée par rangée et Dieu jugera les gens. C'est ce sens-là qui transparaît à travers la lecture de cette sourate.

Il en est de même pour ce qui est de "l'arrivée de Dieu", action attribuée à Dieu plusieurs fois dans le Saint-Coran :

"Qu'ont-ils à attendre sinon que de voir soudain arriver vers eux Dieu et Ses anges, à l'ombre des nuées..." (La Vache, 210).

"Ceux qui vécurent avant eux ont aussi usé de perfidie. Dieu fit saper leur citadelle par la base" (L'Abeille, 26).

"C'est Lui qui fit expulser de leurs territoires, pour leur première exode, les mécréants parmi les Gens du Livre. Vous ne pensiez pas qu'ils partaient et ils s'imaginaient que leurs forteresses les prémuniraient contre Dieu. Mais Dieu les a atteints au point où ils s'y attendaient le moins. Il jeta l'épouvante dans leur coeur au point qu'ils démolirent leurs propres maisons de leurs propres mains, avec l'aide des croyants" (L'Exode, verset 2).

"Qu'attendent-ils, sinon que les anges apparaissent à leurs yeux ou que Dieu ou quelque signe de Lui se manifestent clairement" (Les Troupeaux, 158).

Sur cette question également, les opinions des docteurs de la Loi divine sont divergentes, mais certains parmi ceux qui ne sont pas partisans de l'exégèse des versets sur "la session du Trône" et "la descente", interprètent d'une façon rationnelle les versets sur "l'arrivée de Dieu" et n'y voient guère que des expressions métonymiques ou métaphoriques du type : "Demande au village", c'est à dire demande aux gens du village". Parmi eux, citons le savant Abû Al Faraj Al Jawzî qui exclut l'exégèse à propos de "la session de Dieu sur le Trône", mais qui l'admet dans ce verset :

"Qu'ont-ils à attendre sinon que de voir soudain arriver vers eux Dieu et ses Anges, à l'ombre des nuées", où pour lui, il s'agit de l'arrêt de Dieu que les fidèles attendront.

Dans le même ordre d'idées, Hanbal dans son ouvrage "Al Mihnatu", rapporte d'après Ahmad que le verset coranique "Dieu vint" signifie "L'arrêt et la Toute-Puissance de Dieu s'accompliront". Il est fort probable que la raison à cela est que le Saint-Coran a attribué "l'arrivée" (l'accomplissement) à l'arrêt de Dieu dans plusieurs versets coraniques :

"L'Ordre de Dieu s'accomplira. N'en demandez point l'avènement anticipé" (L'abeille, 1).

"Redoutez alors que le Seigneur ne vienne instaurer Son Ordre dont vous serez exclus" (Le Repentir, 24).

"Qu'attendent les impies pour se convertir, sinon de se voir assaillis par les anges exterminateurs, ou de voir s'accomplir l'arrêt inexorable de Dieu ?" (l'Abeille, 32).

Il y a lieu de constater ici que le contexte où le vocable "l'arrivée" a été attribué à l'arrêt de Dieu est quasi le même partout. Il en est ainsi, par exemple, dans les sourates suivantes :

"Qu'attendent-ils sinon que les Anges apparaissent à leurs yeux, ou que Dieu ou quelque signe de Lui se manifestent clairement ? Mais le jour où un signe de Dieu se fera visible, alors la profession de foi ne servira plus à rien pour quiconque n'aura pas cru auparavant ou accompagné sa foi de bonnes oeuvres" (Les Troupeaux, 158).

"Qu'attendent les impies pour se convertir, sinon de se voir assaillis par les anges exterminateurs ou de voir s'accomplir l'arrêt inexorable de Dieu ?" (L'Abeille, 32).

Cependant, voici ce qu'en dit Ibn Taymiyya :

"A propos de la notion de "l'arrivée" qui est attribuée à Dieu, les érudits parmi les pieux Anciens sont tous d'accord entre eux. Citons parmi eux Makhûl, Az-Zuhrî, Al Awzâ'i, Ibn Al Mubârak, Sufyân At-Thawrî, Al-Layth Ibn S'ad, Mâlik Ibn Anas, Ach-Châfi'i, Ahmad et leurs disciples. Cette notion est à prendre telle qu'elle se présente dans le texte. C'est la voie la plus salutaire et le procédé suivi par les Traditionnistes qui l'appréhendent dans son sens obvie et laissent à Dieu seul le pouvoir d'en pénétrer les secrets. Pour eux, Dieu ne peut avoir les mêmes qualifications que Ses créatures. Cette voie fut celle que tous les érudits ont empruntée de génération en génération"(102).

3. Ce que "la face", "les mains", "la prise en main" et autres vocables semblables signifient Le Saint-Coran a attribué à Dieu des qualifications propres au physique de l'être humain telles que "la face" :

"Seule demeure la face de Ton Seigneur ceinte de majesté et de gloire". (Le Tout Clément, 27).

"Vers quelque point que l'on se tourne, là est Sa face" (La Vache, 115).

"Tout le bien dépensé par vous en bonnes oeuvres le sera à votre seul profit, puisque seul a compté pour vous l'agrément de Dieu" (La Vache, 272).

"C'est là un profit certain pour ceux qui guettent la face de Dieu" (Les Byzantins, 38).

Il a également attribué à Dieu "la main" dans plusieurs versets dont :

"Qu'est-ce qui t'empêche, Iblis, de te prosterner devant ce que j'ai créé de Mes mains" (Sâd, 75).

"La main de Dieu est par-dessus leurs mains serrant la tienne" (Le Succès, 10).

"Bien au contraire, Ses mains sont largement ouvertes. Il dispense Ses dons à profusion...".

"La prise en main" est aussi attribué à Dieu dans le Saint-Coran :

"La terre tout entière, pourtant, au Jour du Jugement Dernier, tiendra dans Sa main" (Les Groupes, 67).

"Les yeux" Lui sont également attribués :

"Nous avons l'oeil sur toi" (Le Mont, 48).

"Elle fendait les flots sous nos yeux" (La Lune, 14).

Dans le même ordre d'idées, certains Hadîths authentiques ont attribué "les pieds" à Dieu. Al-Bukhârî, Muslim et bien d'autres rapportent, d'après Anas (que Dieu soit satisfait de lui) que le Prophète (sur lui la prière de Dieu) a dit : "Il sera jeté à l'Enfer... Tu diras : "Y en aura t-il encore ?" jusqu'à ce qu'Il mette son pied. Tu diras : "Assez, assez...". Dans d'autres versions authentiques :

- "Et Dieu le Très-Haut y plaça son pied".

- "Jusqu'à ce que Dieu le Très-Haut y mette son pied".

- Jusqu'à ce que le Seigneur de la Gloire y mette son pied".

D'autres versets et Hadîths ont attribué "la dextre" à Dieu :

"Les cieux plieront sous Sa dextre" (Les Groupes, 67).

Le Prophète (sur lui la prière de Dieu) a dit :

"La pierre noire c'est la dextre de Dieu sur terre".

Bien des Hadîths authentiques ont attribué "les doigts" à Dieu, ainsi que "les jambes" dans ce Hadîth authentique :

"Notre Dieu se découvrira la jambe et tous les croyants et les croyantes se prosterneront devant Lui".

Quant au verset coranique "Le jour où l'on retroussera les jambes"(103), il faut dire qu'en fait, il n'attribue pas les jambes à Dieu. La majorité des exégètes disent qu'il s'agit-là d'une expression métaphorique qui exprime "la gravité" d'une situation".

Al Wâhidî dit : "Ce que l'expression "retrousser les jambes" signifie dans ce verset, c'est la gravité d'un événement imminent".

Ibn Qotayba, prédicateur des Traditionnistes, ainsi qu'Ibn Taymiyya, ont dit : "On employait cette expression quand un individu se trouvait dans une situation embarrassante qui exigeait de la vigilance. C'est une expression métaphorique pour dire que l'on doit se préparer à envisager une situation pénible".

Abû 'Ubayda a dit : "Quand la guerre fait rage et que la situation devient inextricable, on dit qu'il va falloir "retrousser ses jambes". L'origine de l'expression vient de ce que lorsqu'une personne se trouve dans une situation qui demande sérieux et vigilance, on dit qu'il doit "retrousser sa jambe". C'est une expression métaphorique pour exprimer la gravité d'un événement imminent.

Ach-Chawkânî a dit : "D'autres linguistes que lui, ont fait la même interprétation. Les Arabes ont employé cette expression dans leur poésie en lui conférant le même sens. D'autres acceptions ont été avancées. Par exemple :

- Le jour où on "retroussera la jambe d'un événement", quand on l'analysera pour dévoiler la vérité.

- "Retrousser l'Enfer, la jambe du Trône" pour exprimer l'imminence d'un fait.

- Dieu le Très-Haut "retroussera (dévoilera) sa lumière".

Ar-Rabî' Ibn Anas a dit : "Il lèvera le voile. On verra alors ceux qui, ici-bas, ont cru à Dieu. Ils se prosterneront devant Lui. Les mécréants seront priés de se prosterner, eux aussi, devant Lui, mais ils en seront incapables".

'Abd Ibn Hamîd, Al Mundir Ibn Abî Hâtim, Al Hâkim dans ses "Traditions authentiques", Al Bayhaqî dans ses "Noms et Attributs", tous rapportent d'après Ibn 'Abbâs qu'il fut demandé à celui-ci ce qu'il comprend du verset : "Le jour où l'on retroussera les jambes". Il répondit : "Si des choses vous échappent dans le Coran, consultez la poésie, registre des Arabes. N'avez-vous jamais entendu ce vers : "La guerre, entre nous, éclata "pour une jambe"...?" Ibn 'Abbâs fit ce commentaire : "C'est une journée de grande tristesse".

Toutefois, Ach-Chawkânî préférera l'interprétation suivante, qui est d'ailleurs un Hadîth authentique reconnu par tous les docteurs de la loi : "Dieu retroussera ses jambes. Chaque croyante et chaque croyant se prosterneront alors dans sa direction"(104).

Là encore, les docteurs de la loi divine n'ont pas tous été unanimes sur le sens qu'il fallait donner aux versets et aux Hadîths supposés être anthropomorphiques susmentionnés. Les pieux Anciens leur conféraient le sens obvie, mais de la manière qui sied à Dieu. Les Mushabihha expliquaient littéralement ces versets et Hadîths comme si ceux-ci ne parlaient pas de Dieu mais d'un être humain. Ceux qui s'adonnaient à l'exégèse allégoriste disaient : "La main de Dieu signifie Sa Toute Puissance". Il en est de même pour le vocable "doigt". Ainsi dit-on : "Un tel est entre les mains d'un tel" quand il est sous sa tutelle. Là se pose la question de savoir pourquoi il est mentionné nommément dans le Saint-Coran qu'Adam fut créé par les propres mains de Dieu. On a répondu qu'il s'agissait-là d'un ennoblissement d'un témoignage d'honneur fait par Dieu à Adam comme Il l'a fait en direction de ses fidèles auxquels Il a donné le nom d'"adorateurs", alors qu'en fait tout l'Univers est tenu de l'adorer, et comme Il l'a fait également en s'adjoignant Jésus et le Verbe(105).

Les docteurs de la loi divine ont dit à propos du verset : "Nous avons l'oeil sur toi" qu'il s'agit-là, probablement, de sollicitude et de protection. C'est pour cela que les Arabes disent : "Un tel est sous les yeux d'un tel", s'il est assisté et soutenu par lui. On a dit : "Il est probable que par "l'oeil" ("'ayn" (source) en arabe) du verset susmentionné, il faut entendre "la source des eaux" que Dieu s'est attribué à Lui-même(106).

Dans le verset : "Seule demeurera la face de Ton Seigneur", il est fort probable que ce soit l'essence divine qui soit concernée par "la face".

Dans le verset : "Malheur à moi pour avoir été si coupable vis-à-vis de Dieu", il est possible qu'allusion soit faite ici aux Commandements de Dieu et à Ses interdictions. Ce verset pourrait donc avoir comme sens ceci : "Malheur à moi pour n'avoir pas observé les commandements de Dieu et évité Ses interdictions". Certains savants ont fait les interprétations suivantes : "...à l'encontre de la Vérité divine" ou "... à l'encontre de l'essence divine".

Quant au verset : "Le jour où l'on retroussera les jambes" ainsi que le Hadîth qui a été dit à son sujet, il est fort possible qu'il veuille dire : "Le jour où les affres du Jugement Dernier seront dévoilés et où Dieu brandira à la face des mécréants les menottes et les chaînes qu'ils méritent"(107).

A propos du Hadîth : "Le Terrible y mit son pied", les exégètes ont dit que "Le Terrible" ici signifie "le geôlier de l'Enfer, ou "le tyran" comme dans le verset qui dit : "C'était aussitôt la chute de tout tyran des plus arrogants : l'Enfer s'apprête à l'engloutir"(108).

Cette interprétation est fausse, car dans les versions authentiques, il est relaté ceci :

"Jusqu'à ce que Dieu y (l'Enfer) mette son pied". C'est d'ailleurs ce qui a incité Ach-Charîf Al-Jorjâni à avancer ceci : "Dire que "le Terrible" signifie "le geôlier de l'Enfer" ou "Celui qui refuse d'assumer les charges" est irrecevable. Comment peut-on oser faire cette interprétation alors que dans la version d'Anas, il est dit : "Jusqu'à ce que Dieu y mette son pied"(109).

Al Hâfez Ibn Hajar a dit : "La voie adoptée par les pieux Anciens dans la compréhension de tels textes et de bien d'autres est de ne point les interpréter. Cela est bien connu. Bien plus, nous pensons qu'il est impossible qu'on puisse soupçonner Dieu d'une quelconque imperfection. Or, beaucoup d'érudits se sont malheureusement ingéniés à interpréter ces textes et, à propos, du Hadîth dont nous parlons ici, ils ont dit : "Il s'agit de l'avilissement de la géhenne. Quand l'oppression de celle-ci dépasse les limites, qu'elle désire engloutir davantage, Dieu l'avilit et l'écrase sous son pied. Il ne s'agit pas véritablement d'un pied à l'image de celui de l'homme". Il faut savoir que les Arabes ont l'habitude d'employer métaphoriquement dans leurs expressions idiomatiques des vocables empruntés à l'organisme humain, comme lorsqu'ils disent par exemple : "être contraint à"(litt. "malgré son nez", "être perplexe". On a dit aussi à propos de l'explication du vocable "pied" que "Dieu met sous son pied ceux qui méritent la géhenne".

Ibn Hibbân a dit dans on Sahîh (Traditions authentiques) : "Ceci fait partie des informations qui ont été dites pour exprimer la proximité, car le jour de la Résurrection, il sera jeté dans l'Enfer les nations et les endroits où Dieu fut désobéi... L'Enfer sera tellement avide, ce jour-là, que Dieu y réservera un coin où les mécréants seront entassés. Les Arabes usent du terme "pied" pour indiquer "le lieu". Dieu a dit : "Ils disposent d'un pied sûr", ce qui signifie "un point de chute" dont on est sûr(110).

La vérité est que ces interprétations s'écartent énormément du sens obvie du texte non-équivoque qu'on a vu précédemment. C'est la raison pour laquelle la voie adoptée par les pieux Anciens reste la plus salutaire dans ce domaine. On a vu que le fait d'attribuer des pieds à Dieu ne veut aucunement dire qu'Il est semblable à ses créatures, car les pieux Anciens conféraient aux textes supposés être anthropomorphiques le sens obvie de la manière qui sied parfaitement à l'essence divine.

Causes de la propension à l'exégèse

La raison à l'origine de l'exégèse de ces versets et Hadîths qui affirment que Dieu possède un "visage", des "mains", qu'il "opère des descentes du ciel", "siège sur le Trône", "se met en colère", "exprime sa satisfaction", etc., est que ces attributs ne conviennent pas à Dieu. Ainsi, par exemple, "la main" est comprise comme étant la partie du corps humain située à l'extrémité du bras. "La colère" signifie le sentiment violent qui incite à la vengeance. Le fait qu'Il soit apparemment au ciel est associé à l'idée qu'Il peut y être comme de l'eau dans un récipient. Il en est de même pour tous les autres attributs anthropomorphiques. Quiconque les considère sous cet angle et les compare à ceux des créatures n'a d'autre choix que l'exégèse, mais il se trompe quand il envisage les choses de cette manière et adhère complètement au sens propre des termes, celui-là qui ne désigne que l'aspect humain. C'est qu'en fait ce qui se présente spontanément à l'esprit, c'est bien le sens propre que ne partage pas nécessairement quelqu'un qui maîtrise parfaitement la langue. Ce sens propre pourrait être simplement une question de forme ou de contexte... Ainsi, quand Dieu déclare que"rien ne Lui est comparable", puis informe par ailleurs qu'Il a un visage, des mains, des yeux et ainsi de suite, le Musulman comprend le sens de ces vocables en vertu de sa foi en l'inexistence de toute ressemblance entre Dieu et Ses créatures. De ce fait, il croit que, tant que Dieu s'attribue ces qualifications, celles-ci sont réelles, mais elles ne sont point identiques à celles des humains comme c'est le cas du savoir, de l'ouïe et de la vision. L'ouïe de Dieu a t-elle une quelconque ressemblance avec la nôtre ? Absolument pas. Il en est ainsi de tous les autres attributs qui paraissent anthropomorphiques, car d'une part, ils ont été évoqués dans une langue explicite et impeccable et d'autre part ils ont bien été attestés à Dieu. Il faut par conséquent comprendre que ces attributs sont affirmés à Dieu, mais de la manière qui Lui convient parfaitement.

Ibn Taymiyya a eu de vives controverses avec ces exégètes. Il a indiqué qu'il est parfaitement conscient des données de la langue arabe, que "main" par exemple, a bien le sens de "puissance" et de "richesse" et ainsi de suite. Toutefois, les exégètes ont, à propos de certains versets où apparaît le vocable "main" dépassé les limites et ont abouti à la défiguration des faits. Ainsi, dire qu'à propos du verset : "Ses deux mains sont largement ouvertes" qu'il s'agit-là de "richesse" n'est pas juste, car les Arabes n'ont jamais employé le vocable "main" au duel pour exprimer les notions de "richesse" et de "puissance. De même que le verset : "devant ce que j'ai créé de Mes mains" ne peut, en aucun cas, exprimer l'idée de "la puissance", car celle-ci est un seul attribut et il n'est pas permis d'user du duel pour désigner le singulier. Le verset tel qu'il se présente syntaxiquement ne peut, en aucun cas, suggérer -dans le génie de la langue arabe- l'idée de "la puissance". Qui plus est, ce qui est irrecevable, c'est que Dieu puisse avoir une main à l'image de Ses créatures. Qu'il ait une main qui convienne à Son essence et que cette main ait des qualités de perfection semblables à celles de Son essence, personne ne nie que l'entendement humain puisse l'admettre. En tout cas, ceci est mentionné dans le Texte révélé. Il faut donc y croire, et nous n'avons pas ici à citer le cas des pieux Anciens qui, eux, n'ont pas cherché à interpréter de tels versets. Est-il admissible, enfin, que le Livre et la Tradition évoquent en abondance la main, que Dieu ait créé Adam de Sa main, que Ses mains soient largement ouvertes, que la Seigneurie soit dans Sa main et que ni l'Envoyé de Dieu (sur lui la prière de Dieu) ni ceux qui détiennent le pouvoir n'aient daigné indiquer aux gens que ces propos ne sont pas à prendre dans leur sens obvie ? Comment pourrait-il être concevable que notre Prophète (sur lui la prière de Dieu) qui nous enseigne tout, y compris les règles d'hygiène relatives à l'évacuation des excréments, puisse avoir laissé de côté tous ces versets et Hadîths sans nous démontrer que le sens obvie n'est pas celui qui est visé?(111).

En guise de conclusion, il faut dire que pour tous les Musulmans, aussi bien les Anciens que les Modernes, les attributs qu'évoque le Saint-Coran ou la Tradition authentique sont loin d'être entachés d'une quelconque idée anthropomorphique. Tout le monde s'accorde à dire que rien n'est comparable à Dieu et que, quiconque affirme le contraire est unanimement considéré comme un mécréant. L'Encyclopédie n'a donc pas été équitable quand elle a taxé d'anthropomorphisme "le Coran de Mohammad". Bien plus, ce qu'il faut noter c'est que certains savants musulmans et leurs sectes comme les Mu'tazilites se sont fait une idée tellement exagérée de l'unicité divine qu'ils ont dénié à Dieu la pleine réalité des attributs dont ils ont exagéré l'exégèse, comme on l'a déjà vu. Beaucoup de savants qui leur sont postérieurs (les Ash'arites et les Mâturidites) ont, eux aussi interprété les attributs essentiels et les attributs d'action. Nonobstant ces faits importans, l'Encyclopédie n'a accordé aucune considération à la position ni des Anciens, ni des Modernes, dans leur compréhension des versets anthropomorphiques et d'où il ne ressort, à la lumière de tous les avis réunis, ni comparatisme, ni contradiction... Les exigences de la recherche scientifique auraient voulu que l'Encyclopédie évoque en toute équité cette question qui touche à l'objet le plus précieux des Musulmans, à savoir leur foi, notamment dans le domaine de l'essence et des attributs.

A travers l'exposé que nous venons de faire, nous pensons que nous avons clairement exposé la position des érudits de l'Islam au sujet de cette question cruciale.

Le nom de Dieu "Al Bârî" n'est pas hébraïque

A la page 35, sous le titre : (Dieu et ses rapports avec les autres), l'Encyclopédie écrit que "Mohammad a emprunté le Nom de "Al Bârî" à l'hébreu".

La vérité est que ce vocable est authentiquement arabe et peu importe qu'il soit employé dans un autre idiome avec la même acception. Dans les dictionnaires arabes, nous rencontrons beaucoup de termes qui en dérivent. Ainsi peut-on lire dans "Lisân Al-'Arab" : "Ibn Sydih a dit : "Le verbe "bara'a" veut dire "créer". On dit "bara'a Allahu al Khalqa" (Dieu créa les hommes)". C'est aussi l'avis d'Al Farrâ. On rencontre ce vocable chez les habitants d'Al 'Alya et du Hijâz avec le sens de "guérir". Tous les Arabes utilisent l'expression : "bari'a mina al maradi" (guérir). "Al Bârî" signifie "celui qui créa les êtres sans modèles préalables"(112). Donc, ce terme et ses nombreux dérivés sont purement arabes et étaient employés chez les habitants du Hidjâz. En plus, l'histoire est témoin que Mohammad (sur lui la prière de Dieu) ne connaissait pas l'hébreu et ne s'est jamais mêlé aux Juifs de la Mekke bien que les dérivés de ce terme se rencontrent dans les versets mekkois tels les versets 19 et 78 de la sourate "Les Troupeaux" et le verset 41 de la sourate "Jonas" et dans bien d'autres.

Si le vocable "Al Bârî" était également employé en hébreu -comme le prétend l'Encyclopédie- son emploi par le Saint-Coran dans trois endroits où il est question de Juifs apparaît comme un prodige, car Mohammad (sur lui la prière de Dieu) ne connaissait pas l'hébreu. L'emploi que le Saint-Coran fait de ce vocable, quand il s'adresse aux Juifs, est un rappel de ce qui leur a été dit à l'époque de Moussa (Moïse) que la paix de Dieu soit sur lui. Dans le verset 54 de la sourate "La Vache", Dieu s'adresse aux Juifs et leur dit :

"Vous vous êtes fait du tort à vous-mêmes en adoptant le Veau d'Or pour Dieu. Revenez à votre Créateur et faites-vous tuer les uns par les autres en expiation de votre crime. Il en sera mieux ainsi pour vous auprès de Dieu..".

De même, ce vocable connu des Juifs et employé par les Arabes, est cité à la fin de la sourate "l'Exode" qui fait état des conditions des Juifs, de leur sédition au temps du Prophète ainsi que de la destruction de leurs demeures dont ils se rendirent eux-mêmes responsables par la volonté qu'ils avaient démontré de mettre fin à la vie du Prophète, par leur trahison et par leur violation des pactes :

"C'est Lui Dieu, le Créateur, le Novateur, le Formateur. Les attributs les plus beaux Lui reviennent de droit" (L'Exode, 24)

L'emploi du vocable "le Tyran" pour désigner indistinctement Dieu et l'être humain

L'Encyclopédie note que le Saint-Coran a employé le vocable "le Tyran" comme un des Beaux Noms de Dieu dans la sourate "l'Exode, 23" alors qu'il y est neuf fois employé péjorativement, suivi d'adjectifs tels que "opiniâtre", ou "dédaigneux" ou "malheureux" pour désigner l'être humain :

"Tel fut le sort du peuple de 'Ad qui avait méconnu la loi de Dieu, désobéi à ses Prophètes, et suivi les ordres de tout tyran endurci" (Houd, 59).

Le syntagme "tyran endurci" se retrouve dans la sourate "Ibrahim, 15". De même qu'on rencontre les expressions "coeur orgueilleux, tyrannique" (sourate "le Croyant", 35), "tyran indocile" (sourate "Marie, 14), "tyran malheureux" (sourate "Marie, 32). Le même terme est employé sans épithète dans la sourate "le Récit, 19".

De l'exposé de l'Encyclopédie, on comprend qu'elle se raille sournoisement du Saint-Coran parce qu'elle attribue à Dieu ce qualificatif. En agissant de la sorte, elle fait preuve d'une connaissance très épidermique de la langue arabe, car appliqué à l'être humain, le vocable "le tyran" traduit l'oppression, l'injustice et l'orgueil. C'est pouquoi Dieu désigna l'homme tyrannique par des qualificatifs tels que "orgueilleux", "malheureux", "indocile"... Attribué à Dieu, par contre, le même terme signifie "la Toute-Puissance ordonnatrice" et "la Seigneurie absolue". Car, Dieu n'est pas à l'image de l'homme tyrannique qui, lorsqu'il possède un certain pouvoir, commet des injustices autour de lui. Tout étant Tout-Puissant, Dieu est Magnanime, Miséricordieux, Absoluteur. Bien plus, Ses attributs dans le champ sémantique de la Miséricorde dépassent numériquement ceux relatifs au champ sémantique de la Toute-Puissance et de la Grandeur. On peut même dire que le qualificatif "Tout-Puissant/Dominateur" est à considérer parmi les qualificatifs qui expriment la justice et la miséricorde et qui signifient que Dieu est le Maître absolu de tout l'Univers et que tout passe par Lui. Si l'homme avait une quelconque mainmise sur la destinée de l'existence, la Miséricorde divine ferait défaut ici-bas, car l'homme est de nature égoïste et ce qui lui importe le plus, c'est, avant tout, son propre intérêt. Dieu, par contre, est le Créateur de tout. Il ne fait aucune dinstinction entre les individus quand il s'agit de Sa Magnanimité terrestre. Toutefois, aux mécréants, il leur réserve un châtiment total ici-bas et à l'au-delà.

"Nocif", qualificatif attribué à Dieu et à Satan par l'Encyclopédie

L'Encyclopédie déclare que le Saint-Coran use du vocable "nocif" pour qualifier Dieu. Ce qui étonne grandement -écrit-elle- est que le terme "nocif" est employé aussi pour qualifier Satan. Ceci appelle deux remarques :

1 - Le verset 10 de la sourate "la Discussion" : "Les louches conciliabules sont uniquement inspirés par Satan, pour susciter des ennuis aux croyants; mais le démon ne peut en rien leur nuire sans la permission de Dieu. Que les croyants mettent leur confiance en Dieu !" comme d'ailleurs les autres versets qui attribuent la création du mal à Dieu, indique que le Très-Haut est le seul responsable de toute la création, du bien comme du mal, du bon comme du mauvais. Il démontre que Dieu est Un dans Sa Seigneurie et Sa divinité, que toute la création provient de Lui, que toute l'adoration doit Lui être faite, à Lui tout Seul, qu'il n'y a point de dualisme dans la Divinité (pas de manichéisme comme on le trouve chez certaines nations), point de trinité et point d'idolâtrie. Il n'y a , en fait, qu'une unicité parfaite dans toute la création. Satan n'est qu'un épiphénomène dont pâtissent ceux qui se laissent fasciner par lui. Les fidèles, eux, se détournent de son chemin et ils ont la vie sauve. Ce verset ne fait donc, en fait, que rassurer les fidèles que Satan n'a aucun pouvoir de créer le mal et n'arrive à dominer que si l'homme lui obéit. C'est ainsi que Dieu décida de donner à l'homme l'entière liberté d'agir, d'être rétribué selon ses oeuvres et d'assumer la responsabilité de son agir en bien ou en mal.

2 - La tentative de l'Encyclopédie de vouloir coûte que coûte porter préjudice au Saint-Coran est en contradiction avec toutes les démarches scientifiques qui supposent l'impartialité, l'objectivité et l'absence de toute interprétation tendancieuse des textes.

Qualificatifs attribués à la fois à Dieu et à l'être humain

A maintes reprises, l'Encyclopédie trouve l'occasion d'ironiser en déclarant que le Saint-Coran emploie indifféremment pour Dieu et pour l'homme des qualificatifs tels que : "le Reconnaissant", "le Magnanime", "le Repentant", "le Compatissant", "l'Indulgent", "le Témoin", "le Croyant", "le Protecteur", "le Procureur...".

Cette ironie est déplacée, car ces qualificatifs -quand ils sont attribués à Dieu- traduisent la Perfection, l'Eternité et tout ce qui sied à Sa Majesté divine, loin de tout anthropomorphisme et de toute déformation comme on a eu déjà l'occasion de le voir. Attribués, par contre, à l'être humain, ils expriment -comme on l'a déjà vu- tout ce qui peut convenir à un être créé. Ni la raison, ni la tradition ne voient là une quelconque difficulté.

Déterminisme et responsabilité de l'homme

L'homme est-il libre de ses actes ou ne l'est-il pas ?

Selon l'Encyclopédie, Mohammad (sur lui la prière de Dieu) ne s'est pas intéressé à la contradiction des lois et l'homme, pour lui, n'a d'autres choix, que d'obéir à Dieu et d'espérer qu'Il le mette sur la voie du salut.."Il est clair -écrit l'Encyclopédie- que Mohammad n'a jamais réfléchi au problème du déterminisme et à celui de la libre initiative de l'homme".

C'est là une autre atteinte à la personne du Vénérable Prophète et à sa mission dont la pierre angulaire demeure l'homme et sa liberté d'action. Mais l'ignorance des auteurs de l'Encyclopédie ou leur mépris de l'Islam les a empêchés de pénétrer la réalité profonde des préceptes coraniques.

Les trois axes indiqués du Saint-Coran :

1. La Toute-Puissance de Dieu, Sa Volonté et Sa Prédestination (1er axe)

Ces attributs dominent tout l'Univers. Dieu, en effet, est le Puissant, le Voulant qui, lorsqu'Il désire quelque chose, Il lui dit : "Sois", et la chose se crée. On trouve un tas d'arguments à ce propos dans le Livre révélé et la Tradition, de même que dans la pensée rationnelle où il s'avère clairement qu'Il est le Créateur, l'Intendant et le Générateur de tout ce qu'il veut.

2. Le pouvoir de l'homme (2e axe)

Le Saint-Coran a fortement affirmé que l'homme a un pouvoir, une volonté et qu'il est, par conséquent, responsable et libre dans ses actions, ses oeuvres et son comportement. Cependant, le Saint-Coran, bien qu'il reconnaisse les éléments de cet axe, a bien défini leur étendue, leur nature et leurs limites, en précisant qu'ils ne peuvent échapper aux éléménts du premier axe qui les englobe.

Quand le Saint-Coran aborde la question de "la Res-ponsabilité", il démontre que l'homme a librement consenti d'en assumer la charge :

"Nous avons certes proposé l'Engagement au ciel, à la terre, aux montagnes. Tous refusèrent d'en assumer le dépôt et en furent effrayés. Seul l'homme s'en chargea sans être foncièrement injuste et insensé"(113).

L'homme s'en chargea parce que Dieu l'a doté de la raison qui permet à tout être humain d'assumer des responsabilités. D'ailleurs, l'Islam considère la non-responsabilisation des déséquilibrés comme un de ses dogmes fondamentaux, car celui qui est dépourvu de raison est ipso facto dépossédé de sa liberté et de sa volonté.

Parmi les arguments péremptoires que l'on peut avancer à ce propos, le fait que Dieu rende responsable l'homme de tous ses actes, en bien comme en mal. Il en est de même pour ce qui est de la récompense du châtiment où l'on constate que le Saint-Coran attribue à l'homme l'entière responsabilité de ses actes. Aussi celui-ci est-il récompensé pour l'accomplissement d'une bonne oeuvre et châtié dans le cas contraire :

"Celui qui tue volontairement un croyant aura pour prix de son forfait l'Enfer..."(114). Ailleurs, décrivant les serviteurs du Miséricordieux, le Saint- Coran dit :

"Les Serviteurs du Tout-Miséricordieux sont ceux dont la démarche est humble sur terre, qui répondent par la douceur à la fureur des insensés, Qui passent leur nuit, prosternés ou debout, adorant leur maître..".

Cette description continue jusqu'à la fin de la sourate "la Disctinction" où l'homme se voit attribuer et les oeuvres et la rétribution. De tels versets abondent dans le Saint-Coran comme cela n'échappe guère à celui qui prend le soin de le lire attentivement.

Dans le même ordre d'idées, le Saint-Coran attribue à l'homme l'activité, le travail et la recherche du gain :

"Quiconque fait oeuvre pie l'accomplit pour son bien; quiconque fait le mal agit à son propre détriment. Ton Seigneur n'est jamais injuste envers ses créatures"(115).

Bien plus, l'attribution du travail à l'homme revient dans le Saint-Coran comme un leitmotiv. Il en est de même des autres activités de l'homme :

"Jette plutôt cet objet que tient ta dextre. Il happera ce qu'ils auront forgé ; car ce ne sont que tours de magiciens"(116).

"Nous jetâmes bas et détruisîmes ouvrages et édifices aménagés et construits par Pharaon et son peuple"(117).

"Noé mit le navire en chantier"(118).

"Silence vraiment condamnable de leur part"(119).

"Quiconque agirait ainsi se ferait tort à lui-même"(120).

"Chaque âme sera rémunérée selon ses oeuvres. Dieu est si bien informé de ce que font les âmes"(121).

"Bien au contraire, ceux qui ont commis le péché, au point d'en être enveloppés de toute part, ceux-là auront l'Enfer pour séjour"(122).

On peut citer indéfiniment les versets à ce sujet. De même, le Saint-Coran a, à maintes reprises, rappelé que l'homme sera récompensé pour ses actes, ses activités et sa participation à l'édification de la société :

"Ce fut ainsi que nous les payâmes de leur impiété. Saurions-nous jamais rétribuer ainsi un autre que le mécréant"(123).

"C'est ainsi que sont récompensés par Nous les justes"(124).

"Ainsi, Notre châtiment atteint les pervers"(125).

"Ainsi, Nous rétribuons les injustes"(126).

"Ainsi, Nous rétribuons les scélérats"(127).

"Ainsi s'accomplira, pour chacun, la rétribution de ses oeuvres. Dieu est prompt dans Sa justice"(128).

"Mais quelle autre rétribution sera réservée à ceux d'entre vous qui l'auront fait, sinon l'ignominie en ce monde"(129).

"...juste rétribution des injustes"(130).

"Le voleur et la voleuse auront la main tranchée, en sanction du méfait commis"(131).

"... juste rémunération des vertueux"(132).

"Ainsi seront-ils payés de leurs oeuvres"(133).

Bien d'autres versets coraniques abordent le même thème.

De même que Dieu a attribué à l'homme l'action, le travail, et la quête du gain pour lesquels il est rétribué, Il lui a également attribué, dans quelques versets, le pouvoir de création. Dieu, s'adressant à Jésus (que la prière de Dieu soit sur lui) lui dit :

"Tu te mis, avec Ma permission, à modeler de la terre en forme d'oiseau et la terre se faisait oiseau, de par Ma volonté ! Tu guérissais l'aveugle-né et le lépreux avec Ma permission; tu faisais aussi, avec Ma permission ressusciter les morts !"(134).

Il n'y aucun doute que la création chez Dieu consiste à produire à partir du néant, à donner la vie et à l'insuffler à ses créatures alors que chez l'homme, la création c'est son activité, le produit de son travail et la transformation de la matière. Il n'y a point de place, chez l'homme, à la création à partir du néant, ni à la création de la vie.

Toujours dans la même lignée de pensée, Dieu dota l'être humain de volonté et d'actes de volition :

"... pour qui veut parfaire l'allaitement"(135).

"Quel châtiment méritera quiconque entend abuser de ta femme, sinon la prison"(136).

"Ceux qui aspirent à l'Au-delà, prodigant à cet effet l'effort qu'il convient, et ont la foi, ceux-là n'auront pas agi en vain: ils seront payés de retour"(137).

"Ces versets vous serviront de rappel. Que ceux qui le veulent vraiment prennent le chemin de leur Maître"(138).

"A ceux d'entre vous qui veulent avancer ou reculer sur la Bonne voie"(139).

"Pour ceux d'entre vous qui cherchent la rectitude"(140).

Bien d'autres versets démontrent que l'homme possède la volonté et le vouloir relativement à sa faible condition et ses capacités nécessairement limitées qui diffèrent de la Toute-Puissance de Dieu, de Sa Volonté et de Sa Volition.

3. Les lois divines en ce bas-monde (3e axe)

La Sagesse et la Volonté de Dieu veulent qu'en plus du fait qu'Il soit le Créateur Réel et le Maître de la Souverainté absolue, Il est l'Etre capable de tout. C'est ainsi qu'Il ne contraint pas l'homme à agir en mal ou en bien, mais le laisse libre de ses actions, afin qu'il mérite châtiment pour ses méfaits ou grâce, clémence et justice divines pour ses oeuvres pies.

Sa Loi veut également qu'il y ait des liens entre les causes et les effets. Ainsi, quiconque entreprend des initiatives, leurs conséquences et leurs effets émaneront de Dieu. Si par exemple quelqu'un tire un coup de feu sur une personne et l'atteint, Dieu créera la mort, et ainsi de suite… De toute manière, il est indispensable de croire à la Toute-Puissance absolue de Dieu, car s'Il désire la réalisation d'une chose quelconque, rien ne l'en empêche :

"Mais vous ne le voudrez cependant que si Dieu, Maître des mondes le veut"(141).

"Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux"(142).

Dieu est donc l'Unique Créateur des causes de tout acte et il est également Celui qui détient le pouvoir de modifier leurs effets.

C'est donc à partir de ces trois axes que l'on comprend, à la fois, les versets traitant de la Toute-Puissance de Dieu, de Sa Manifestation, de Sa Volonté et de Son Vouloir Absolu et les versets relatifs aux actes de l'homme, ses activités, son gain, le résultat de ses oeuvres, sa volonté et son vouloir et ce, de manière claire et sans qu'il y ait ni contradiction entre la création de Dieu et celle de l'homme, ni spoliation de la liberté de l'homme et de sa volonté de choisir librement ses actes.

En plus, l'homme n'a aucune liberté de choisir ses propres caractéristiques physiques et épidermiques ou autres... Sa liberté, sa volonté et son libre choix se limitent à son intellect (sa raison) et ce à quoi celui-ci engendre comme actes.

C'est là ce qui différencie l'être humain du reste de l'Univers et des autres créatures. Et c'est ce qui explique que l'adoration faite par la terre et les cieux en direction du Créateur est accomplie sous la contrainte alors que celle de l'homme est le résultat de son propre choix. Dieu dit dans le Saint-Coran :

"De plus, il se tourna vers le ciel encore en état de fumée et lui dit ainsi qu'à la terre : venez de gré ou de force. Le ciel et la terre dirent : "Nous venons et obéissons"(143).

Par contre, à l'adresse de l'homme, Dieu dit :

"Dis : La vérité est là émanant de votre Seigneur. Y croira qui voudra et la reniera qui voudra"(144).

Bien plus, Dieu n'accepte pas la foi de celui qui n'est pas libre de son choix :

"Point de contrainte en religion. La vérité est désormais distincte de l'erreur"(145).

La plupart des Orientalistes n'ont pas compris l'association entre ces différents versets et leur ventilation sur les trois axes susmentionnés, sans tomber dans la contradiction, ni dans le désaccord. Ou bien, ils ont tout simplement et délibérement cherché à caricaturer la foi islamique comme c'est le cas de l'Encyclopédie à laquelle nous répondons ici. Celle-ci n'a pas hésité à écrire : "C'est pour cela que Mohammad démontre en toute naïveté l'existence de deux points de vue totalement distincts de l'action de Dieu. Le premier est contraignant, de façon rigide (fatalité) et l'autre accorde une certaine latitude au libre arbitre". Bien qu'elle soit flagrante hérésie, cette assertion est la conséquence de l'ignorance qu'on a de la démarche méthodologique du Saint-Coran comme nous l'avons expliqué ailleurs.

La voie adoptée par l'Islam face au déterminisme est à l'origine de l'émergence de l'individu raisonnable

Cette voie dont nous avons mentionné laconiquement les trois articulations et où "tout est du ressort de Dieu sans pour autant qu'il y ait exclusion de la responsabilité et du rôle de l'homme dans ce qu'il entreprend comme actions", rassure totalement le Musulman qui veille à ce qu'il prenne toutes les dispositions avant d'agir, puis se remet à Dieu qui décide des suites. Si les objectifs qu'il poursuit ne sont pas atteints, il ne s'en inquiète guère et n'en fait pas de bile, mais se montre patient et reconnaissant face à ce qui lui arrive, comme le dit Dieu dans le Saint-Coran :

"Il n'est point de calamité frappant la terre ou vous affligeant vous-même qu'un livre n'en ait fait mention avant que Nous l'ayons produite. Cela est si aisé pour Dieu ! Ainsi ne regrettez pas un bien qui vous échappe, ni ne vous réjouissez à l'excès de celui qui vous échoit"(146).

Cette attitude du Musulman authentique fait que l'idée du suicide n'effleure jamais son esprit quels que soient les malheurs et les catastrophes qui l'assaillent alors que les mécréants s'apprêtent à mettre fin à leur vie au moindre revers ou malheur.

C'est donc par le biais de cette méthode basée sur la mesure et la modération que se forme l'homme équilibré et raisonnable qui ne s'abandonne ni à l'autosatisfaction, ni à l'autodestruction.

C'est d'ailleurs cette question-là qu'évoque Mourad Hoffman (l'Ambassadeur d'Allemagne au Maroc converti récemment à l'Islam) dans son ouvrage "l'Islam comme alternative" rédigé en allemand et dont la traduction arabe a paru dans la revue "Lumière". L'auteur y consacre tout un chapitre à la question du déterminisme (et la foi en la fatalité). Dans la présentation qu'elle en a fait, la doyenne de l'orientalisme à notre époque, Anna Marie Chacal fait l'apologie de cette conception positive du déterminisme. Voici ce qu'elle en dit :

"A ceux d'entre vous qui veulent avancer ou reculer sur la Bonne voie"(139).

"L'auteur désavoue et invalide ce que nous nous délectons, nous Occidentaux, à désigner sous le nom du "déterminisme islamique" qui, pour la plupart d'entre nous, constitue la cause majeure de la stagnation et de la léthargie que connaît l'Islam. Personnellement, je trouve l'approche que fait Hoffman du déterminisme islamique d'une extrême importance. Il démontre que le fait de s'en remettre à Dieu et la confiance totale en Sa Miséricorde et en Sa Justice ne signifient nullement la résignation et la cessation de toute activité constante et de toute lutte pour la survie. La remise à Dieu aide le Musulman à supporter son destin, car sa confiance en Dieu est totale et il est convaincu que Dieu seul connaît ce qui est utile à chaque fidèle et quand cela lui est utile.

"L'Islam incite à l'action et le Saint-Coran insiste là-dessus : "Que nul avoir en dehors de ses propres oeuvres, ne comptera un jour pour l'homme"(147). On attribue à l'Envoyé de Dieu un Hadîth qui laisse entendre que le Monde ici-bas est un labour pour l'Au-delà. Chaque acte aura sa rétribution ou son châtiment : "On ne commet le mal qu'à son propre détriment" (Les Troupeaux, 163).

"Le déterminisme islamique n'est pas l'annulation de l'action, ni l'abandon de l'effort. Il nous apprend, au contraire, que l'action a un sens et un but. On peut dire autant de l'épreuve et du calme quand survint une calamité. Qui saurait mieux parler de cela que celui qui, comme moi, a vu une femme musulmane turque qui venait de perdre le benjamin de ses dix enfants, celui qu'elle chérissait le plus, comment elle manifestait sa sérénité et comment elle consolait les femmes pleurantes venues lui présenter ses condoléances, elle, qui devait être la plus malheureuse et la plus accablée de toutes ? Celui qui a eu l'occasion d'assister à une telle scène, ce qui est mon cas, saisira, sans peine, ce que je veux dire ici.

"Certes, il n'y a pas de doute que cette conception islamique du déterminisme, paraît insolite aux yeux de l'homme occidental. Elle paraît même illogique et irrecevable bien qu'elle soit proche de la conception du déterminisme dans le christianisme primitif qui appelait à la résignation totale à Dieu, le Créateur de tout l'Univers, le Protecteur, l'Arbitre, le Juste, Celui qui porte spécialement pour Noms : le Clément, le Miséricordieux. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que chaque sourate du Saint-Coran, que chaque action du Musulman et que chacune de ses paroles soient toutes précédées de la formule : "Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux" qui permet au fidèle de se rapprocher de Dieu"(148).

Sur un autre plan, l'Encyclopédie s'est attaquée aux Traditions du Prophète qu'elle considère comme un recueil de faits préjudiciables aux croyances du Moyen-Age et qui vont à contre courant de l'histoire et de la vérité. Pour corroborer cette assertion, l'Encyclopédie se réfère à Goldziher qui doute de la véracité des Traditions prophétiques et de leur attribution à l'Envoyé de Dieu (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui).

Cette attaque exige une réponse détaillée, car elle touche à la seconde source de la Loi islamique (la charî'a). A ce propos, il faut noter que certains Orientalistes -dont principalement Goldziher- se sont évertués à jeter le doute sur la véracité des Hadîths et de leur attribution au Prophète (que la prière de Dieu soit sur lui). Ils estiments qu'ils ont été falsifiés et ont été l'oeuvre d'un certain nombre de sectes rivales et de factions politiques, notamment les Banû Umayya. Il ont par conséquent déployé des efforts considérables pour démontrer que ces Hadîths présentent, entre eux, beaucoup de contradictions et, de ce fait, ne sont pas du tout compatibles avec les enseignements du Saint-Coran. Animés de l'esprit d'équité, des savants -orientalistes eux-mêmes- leur ont dévoilé leurs erreurs. Les érudits musulmans, de leur côté, ne sont pas restés dans l'expectative et ont âprement défendu la Tradition. On peut citer parmi eux Mostafâ As-Subâ'î qui publia un excellent ouvrage intitulé "La Tradition prophétique et son importance dans la législation islamique" et "Abd An-Nâdir qui s'est appliqué -dans sa thèse de doctorat- à réfuter avec des arguments scientifiques précis les idées tendancieuses de Goldziher. Ils ne sont pas les seuls et on peut allonger indéfiniment leur liste.

A noter ici que certains Orientalistes sont allés même jusqu'à écrire :

"Que les Musulmans soient fiers de la science de leurs Traditions, car la méthode que leurs érudits ont adoptée pour soumettre les Hadîths au crible de l'analyse, n'a point d'égal ! Personne d'autre ne les a devancés dans ce domaine. Ils ont, en effet, minutieusement analysé les Hadîths et n'ont jamais pris le risque de juger de la véracité de l'un d'eux avant de l'avoir étudié sous tous ses aspects et dans tous ses détails comme cela est connu de tous les spécialistes. Il n'existe pas de nation sur terre qui ait accordé une telle importance aux Traditions de son Prophète comme cela fut le cas de la Umma islamique. Ceci constitue une partie du miracle exceptionnel du Saint-Coran, car la Tradition n'est en réalité que l'explicitation de ce miracle. C'est pourquoi Dieu a sauvegardé et Ses Ecritures et la Tradition de Son Envoyé".

Evolution de la foi islamique et le concept de "l'unicité de l'existence"

L'Encyclopédie aborde d'une manière caricaturale l'évolution de la pensée théologique en Islam. D'après elle, les paroles de Mohammad (sur lui la prière de Dieu) voulant que tout l'Univers appartienne à Dieu et que "Tout ce qui vit sur terre est voué à la finitude. Seul demeura la face de Ton Seigneur ceinte de majesté et de gloire"(149) et bien d'autres textes, constituent la plate-forme à partir de laquelle les soufistes ont, postérieurment, échafaudé la théorie de "l'unité de l'existence" qui veut que toutes les choses, à part Dieu, sont contingentes et que Dieu, Lui, est l'Etre nécessaire. Dans cette optique, les choses peuvent ne représenter, en fait, que le néant... Et l'Encyclopédie de faire le commentaire suivant : "Il est fort douteux qu'il existe dans la pensée de Mohammad une telle distinction ou plutôt une quelconque idée claire". Ce problème fut laissé en suspens et l'on a été contraint, plus tard, à régler en terre d'Islam le différend qui consistait à concilier la forte personnalité de Dieu et sa Transcendance d'une part, et son influence directe sur l'existence qui va jusqu'à l'ubiquité et l'incarnation d'autre part. Sous la rubrique "Allah", l'Encyclopédie fait la remarque ci-après : "On dira peut-être que les théologiens extrémistes se sont longuement arrêtés sur l'idée de "la personnalité de Dieu" et qu'ils ont dissocié Dieu de Ses créatures. En agissant de la sorte, ils ont contribué à faire avancer la réflexion sur la croyance en le reniement à Dieu de tous les attributs propres à des mortels et affirmé la différence fondamentale entre les attributs divins et les attributs humains évoqués par le biais de la comparaison. Sur un autre plan, il faut dire que l'évolution de l'histoire du soufisme n'était en fait qu'une intégration progressive du monde dans l'essence de Dieu en vue d'affirmer qu'Il constitue un "Tout", une seule "Entité" (l'unicité de l'existence)…".

Ce texte comporte plusieurs contre-vérités :

Primo : Les notions de "l'incarnation et de l'unicité de l'existence" qu'on rencontre chez les soufistes extrêmistes sont puisées dans le Saint-Coran ou bien elles ont pu se développer à partir des textes coraniques. Cette assertion est contraire à la réalité et va à l'encontre de ce que pensent les spécialistes à propos de la notion d'incarnation qui, pour eux, est une notion païenne, inspirée de la pensée des Mazdéens, des Brahmanes, des Grecs, des Hindous etc. A rappeler ici que certains Orientalistes ont démontré que c'est plutôt la culture étrangère (hindoue ou grecque ou persane ou chrétienne) qui a influencé la pensée soufiste, notamment en ce qui concerne son évolution et ses idées sur l'unicité de l'existence. C'est, en tout cas, l'opinion de Merks, de Johns, de Tawlek, de Nicholson et de bien d'autres(150).

L'ex-Cheikh d'Al-Azhar 'Abd-Al-Halîm Mahmûd dit :

"L'incarnation est une croyance qu'embrassèrent les milieux chrétiens qui comptent une multitude d'éminents savants depuis deux milles ans".

L'unicité de l'existence, au sens philosophique du terme, compte de nombreux adeptes(151).

L'idée de l'incarnation qui demeure étrangère à l'Islam a connu un triste apogée dans la poésie d'Al-Hallâj, d'Ibn 'Arabî et de bien d'autres(152).

Par ailleurs, il n'y a aucun texte, ni dans le Saint-Coran, ni dans la Tradition qui incite à croire à la notion de "l'incarnation" et à celle de "l'unicité de l'existence". Comment cela pourrait-il être possible alors que l'Islam a combattu de telles idées ? A souligner que les textes que cite l'auteur de l'Encyclopédie tels que ceux qui reconnaissent à Dieu le visage et d'autres organes humains sont loin de faire penser à "l'incarnation" et "l'unicité de l'existence" comme on l'a déjà vu.

Secondo : La question de l'évolution de la foi islamique doit être considérée d'un point de vue réaliste et scientifique. On doit savoir qu'en ce qui concerne les dogmes, il n'y a point d'évolution. Celle-ci ne peut concerner que la pensée théorique de l'homme qu'il ne faut pas confondre avec la Loi divine, une et immuable. La pensée humaine peut viser juste ou au contraire sombrer dans l'erreur et l'égarement. Les principes immuables tels que l'unicité divine, le reniement à Dieu de toute idée anthropomorphique, les attributs divins ne tolèrent aucune forme d'évolution.

Tertio : L'Encyclopédie attribue aux théologiens extrémistes l'idée de la dissociation de Dieu avec Ses créatures.

C'est là une fausse assertion, car tous les Musulmans sont unanimes sur cette question (Rien ne Lui est comparable). Ils sont également unanimes sur le principe du reniement à Dieu de tous les attributs créaturels, comme on l'a déjà vu.

Impact de l'Eglise héllénique sur la foi islamique

Sous le titre : "Les croyances des Musulmans en la nature formelle de Dieu et son évolution à travers la pensée de l'Eglise islamique" et sous l'entrée "Allah", l'Encyclopédie écrit : "La nature de l'intérêt accordé à Allah dans la réflexion théologique de Mohammad et les influences remarquables qu'elle a connues dans sa dernière phase, notamment l'accent important mis sur la nature formelle de Dieu dans le dogme de l'Eglise grecque -en comparaison avec le dogme romain et ses préceptes sur le péché- ainsi que les préceptes des Eglises réformistes qui ont pour fondement les Saintes Ecritures, ont fait que ces enseignements (l'unicité divine au premier chef) ont occupé la part la plus importante de la pensée théologique islamique. Pareillement, les paroles de Mohammad qui reposent sur la poésie pure d'un côté et la métaphysique de l'autre ont ouvert la voie aux controverses ultérieures".

Il y a là bon nombre d'idées erronées qui ne se basent sur aucune preuve rationnelle. Ainsi il y va, par exemple, du syntagme "Eglise islamique", totalement étranger au lexique relatif à la foi musulmane.

1 - Par ailleurs, il faut bien noter que la religion de Mohammad (sur lui la prière de Dieu) n'a pas subi l'influence des dogmes dominants dans les églises grecques ou romaines ou réformistes. Les historiens, les juristes et les savants traditionnistes ou réformistes ont prouvé que l'Envoyé de Dieu (sur lui la prière et le salut de Dieu) n'a reçu aucune directive de l'extérieur de la Mekke. Dans un excellent travail, Sofi Abû Tâleb a démontré, preuves à l'appui, que "la charî'a" islamique, n'a subi aucune influence extérieure et que "la thèse qui veut qu'elle a été influencée par des idées étrangères ne repose sur aucun fondement et que ceux qui soutiennent le contraire n'ont de preuves que celles dont ils sont les seuls à en être imbus et convaincus. Heureusement qu'on assiste, aujourd'hui, à un revirement de la situation chez bon nombre de ceux qui épousaient cette thèse fallacieuse"(153).

2 - En outre, les préliminaires exposés par l'Encyclopédie pour arriver à cette conclusion, ne sont pas du tout fondés, car ce ne sont pas les préceptes de l'Eglise qui ont fait que le principe de l'unicité divine s'est taillé la part du lion dans la pensée islamique. L'importance et l'intérêt accordés à ce principe proviennent de ce qu'il est considéré comme le pilier fondamental de la foi islamique et que toutes les religions ont eu pour mission de l'instituer :

"Il n'y eut pas un Envoyé avant toi à qui il ne fût révélé : "Il n'y a pas d'autre dieu que Moi. Que l'on m'adore"(154).

Une autre raison à cela est que le Prophète Mohammad (que la prière de Dieu soit sur lui) a vécu au sein d'une société païenne et Dieu l'a chargé d'éradiquer le paganisme et l'associationnisme sous ses différentes formes, d'asseoir sur des bases solides la religion monothéiste et d'éloigner de Dieu tout associé et toute idée d'imperfection. Quiconque étudie le Saint-Coran, en toute objectivité, perçoit cela aisément.

On a déjà dit que la religion de Mohammad n'a subi l'influence d'aucune autre religion, sans parler du fait que le fidèle croit fermement que Mohammad recevait toute la Révélation directement du Très-Haut. C'est pourquoi Dieu a voulu que Son Prophète ne sache ni lire, ni écrire, n'ayant aucune idée de la culture des autres peuples et ne sachant rien du contenu des Livres révélés.

En outre, le propos de l'auteur de l'Encyclopédie : "Les Ecritures de Mohammad qui reposent sur la poésie (l'assonance) d'un côté et la métaphysique de l'autre, ont ouvert la voie aux controverses ultérieures" est loin de la vérité et n'a rien de la méthode scientifique". Ces Écritures-là ne sont pas à mettre au compte de Mohammad. Elles émanent du Très-Haut :

"Cette Ecriture -le savent-ils- est d'une valeur transcendante. Inaccessible à l'erreur d'où qu'elle vienne, étant révélée de la part d'un Sage éminemment digne de louange"(155).

Du point de vue de la réalité historique, tous les érudits musulmans, spécialistes de l'histoire des hérésies et des dogmes, savent pertinemment que les différends au sujet des principes fondamentaux de la foi n'éclatèrent pas du temps de Mohammad (que la prière de Dieu soit sur lui) et des quatre Califes orthodoxes. Les Compagnons, eux non plus, ne les connurent guère entre eux. Ce n'est qu'au début du deuxième siècle de l'Hégire, après la traduction des ouvrages de philosophie héllénique que les brèches firent leur apparition dans l'édifice de la société islamique(156).

Par ailleurs, et comme on l'a vu, tous les Musulmans sont unanimes sur le fait que Dieu est dépourvu de toute forme anthropomorphique.

Enfin pour terminer, l'Encyclopédie attribue à Al-Ghazzâlî l'idée qu'il y a identité entre l'âme humaine et l'âme divine aux plans de la substance, du genre et du fonctionnement, ce qui est complètement faux, car dans l'un de ses derniers ouvrages "La revivification des sciences religieuses", Al Ghazzâlî déclare à propos de l'âme :

"L'âme, en ce qui concerne notre propos, a deux acceptions. La première est un souffle doux qui prend sa source dans la cavité du coeur, puis se répand -grâce aux veines et aux artères- dans toutes les parties du corps. Son afflux dans l'organisme humain ressemble à la lumière qui jaillit d'une lampe qu'on promènerait dans les coins d'une chambre. La seconde est la faculté subtile qui permette à l'homme de connaître sa propre réalité. C'est ce qui est visé par Dieu quand il dit : "Dis que l'âme est du domaine de Dieu", ce qui est une chose mystérieuse"(157).

Dans les deux sens, il ne saurait être question de comprendre qu'Al Ghazzâlî a parlé de ressemblance dans la substance, le genre et le fonctionnement de l'âme de l'homme et celle de Dieu. Bien plus, Al-Ghazzâlî n'a jamais dit qu'il faut user du vocable "substance" pour désigner Dieu. Voici d'ailleurs ce qu'il écrit dans son ouvrage : "Les fondements des dogmes" :

"Dans Son essence (Dieu) est Un. Il n'a point d'associé. Personne ne Lui est comparable. Il est Dieu l'Absolu qui n'a pas de contraire. Il est Unique et n'a pas d'égal. Il est Eternel et n'a ni commencement, ni fin". Et d'ajouter :

"Il n'est pas un corps aux contours bien définis, ni une substance finie. Il ne présente aucune ressemblance avec les corps... Il n'est ni substance, ni corps et aucune créature ne lui ressemble. "Rien ne Lui est comparable"(158).

Il paraît donc bien que ce que l'Encyclopédie a attribué à Al-Ghazzâlî n'est pas, lui non plus, fondé. Et Dieu est Celui à qui on demande assistance.

 

   

Publications de l'Organisation Islamique pour l'Éducation, les Sciences et la Culture

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