Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

   

La Foi islamique

(Etude pour la correction des informations erronées

parues dans l’Encyclopédie de l’Islam

publiée par la maison d’édition Brill, de Leiden)

 

Table de matières

 

II. Manque de clarté dans l'explication coranique de la foi païenne

L'Encyclopédie mentionne que Mohammad (sur lui la prière de Dieu) ou le Saint-Coran ne sont pas explicites à propos de la foi des polythéistes mekkois. Elle déclare, à ce sujet qu''il n'est pas toujours facile de faire la distinction entre les idées des polythéistes et l'explication qu'en fait le Prophète. L'abîme se creuse entre eux, notamment au plan lexical".

Dans un autre paragraphe de l'article "Allah", l'Encyclopédie mentionne qu"'il n'est pas sûr que la notion d'anges" était connue des polythéistes ou que ceux-ci ont reconnu leur existence en tant qu'associé de Dieu. Il se pourrait que ce soit là l'explication de Mohammad!". Elle mentionne ensuite que "la religion -à la Mekke- du temps du Prophète était loin d'être un paganisme simpliste. Elle avait, par contre, beaucoup de ressemblances avec certains aspects de la religion chrétienne où saints et anges occupaient une place importante entre Dieu et ses fidèles...".

Ceci appelle plusieurs réactions.

Primo : Ce qui a été avancé plus haut par l'Encyclopédie ne l'aurait pas été si le Saint-Coran n'avait pas été considéré comme une pure création de Mohammad (sur lui la prière de Dieu), chose irrecevable sur laquelle nous reviendrons plus loin.

Secondo : L'Encyclopédie ne cite aucun document arabe d'importance qui traite de ces questions cruciales. D'où puise-t-elle ces informations ? Les impératifs de la recherche scientifique digne de ce nom veulent que soient citées des références anciennes et sûres et que l'accent soit mis sur les textes qui traitent de la question. Il était donc indispensable, à chaque fois qu'elle abordait un problème, qu'elle ait recours à des références sérieuses et à des textes qui illustrent le thème traité. Cela n'a jamais été le cas de l'Encyclopédie.

Or bien que les Orientalistes donnent l'impression qu'ils accordent de l'importance à la recherche qui se base sur des critères scientifiques, force est de constater que l'auteur de cette Encyclopédie a soulevé -à propos de la foi- des questions fort complexes et a affirmé des idées d'une extrême gravité sans daigner, toutefois, citer -comme il se doit- les références scientifiques nécessaires et illustrer ses affirmations par des textes religieux ou des textes empruntés à la Tradition ou à d'autres sources similaires. Inutile de dire que toute problématique qui n'a pas de support scientifique demeure bancale et ne mérite pas qu'on lui apporte des preuves pour l'invalider.

Tertio : Les fausses assertions de l'Encyclopédie ne concordent pas avec la réalité arabe de l'époque, car il faut bien admettre que ce que le Saint-Coran a attribué à la foi des Mekkois était -de l'avis de tous les historiens- la pure réalité, sinon il y aurait eu- de la part des habitants de la Mekke, des contestations et des démentis. Or, l'Histoire n'a pas enregistré de telles réactions ni en ce qui concerne Mohammad (sur lui la prière de Dieu), ni à propos du Saint-Coran qui lui a été révélé, ce qui prouve la véracité des faits apportés par l'Islam. Il faut noter toutefois, que les polythéistes de l'époque ont manifesté une vive opposition au monothéisme et ont été rebelles à l'idée de voir une infinité de divinités se réduire à une seule.

Les ouvrages historiques ont relaté la situation confessionnelle des Arabes. De même que la poésie antéislamique a célébré leur paganisme et les statues qu'ils vénéraient. C'est ainsi que des historiens tels Ibn Ishaac, Ibn Hichâm, Attabarî, Ibn Al Athîr, Ibn Kutayyir et bien d'autres ont décrit, dans leurs ouvrages, les cérémonies accomplies par les Arabes dans leur adoration des idoles et en ont fait l'historique. On a cité, par exemple, la tribu de Khuzâ'a qui a édifié deux idoles dénommées "Issaf" et "Nâ'ila" et les a adorées. De son côté, Ibn Hichâm rapporte, d'après certains lettrés, que lorsque "Amr Ibn Luhay quitta la Mekke pour la Syrie en vue de régler quelques affaires, il passa par la cité de Ma'âb où il constata que les dignitaires adoraient des idoles. S'adressant à eux, il s'écria :

- Qu'est-ce que c'est que ces idoles ?

- Ces idoles, répondirent-ils sont les dieux que nous vénérons. Quand nous leur implorons de la pluie, elles nous envoient de la pluie. Quand nous leur demandons du soutien pour vaincre nos ennemis, elles se plient à nos demandes.

- Ne pourriez-vous -leur dit-il- m'en procurer une que j'apporterai en terre arabe afin que les habitants de ces contrées les adorent ?

On lui fit alors don d'une idole appelée "Hobal" qu'il emporta avec lui à la Mekke où il la planta. Puis il donna ses ordres à ses citoyens pour qu'ils la vénèrent.

Ibn Ishaac a dit :

"Les historiens prétendirent que l'adoration des païens prit naissance chez les Beni Ismaël. Chaque fois que des habitants voulaient quitter la Mekke pour plus d'espace ailleurs parce que la ville s'embourbait dans la pauvreté et devenait une source de problèmes pour eux, ils emportaient dans leurs bagages un bout de pierre de ce sanctuaire (la Ka'ba) en signe de vénération. Quand ils s'arrêtaient à un endroit, ils déposaient le bout de pierre et déambulaient tout autour, comme s'il s'agissait de la Ka'ba. C'était devenu, chez eux, une habitude au point qu'ils adorèrent toutes les pierres qui leur plaisaient".

Dans "Assahîh", on rapporte selon Abû Rajâ Al 'Utâridî qui dit :

"Durant la période antéislamique, quand on ne trouvait pas de pierres à vénérer, on assemblait quelques mottes de terre auxquelles on attachait une brebis qu'on trayait. Après quoi, on décrivait des circonvolutions tout autour".

Ibn Ishaac a dit :

"Ils ont substitué à la religion d'Ibrahim (Abraham) et d'Ismaël (que la prière de Dieu soient sur eux) d'autres religions. Ils ont ainsi vénéré les idoles et ont renoué avec les errements où se débattaient beaucoup de nations avant eux, bien qu'ils aient gardé des habitudes de l'époque d'Ibrahim (que la prière de Dieu soit sur lui) comme la vénération de la Ka'ba, le rite de la circonvolution, le pèlerinage et le petit pèlerinage(7).

Les historiens ont également évoqué les pratiques cultuelles futiles et les légistations peu intéressantes que les Arabes de l'époque païenne ont instituées et dont il sera fastidieux d'en parler ici(8). Toutefois, l'on ne saurait nier, en toute logique, le fait que si Mohammad (que la prière de Dieu soit sur lui) avait faussement interprété leur foi, ils l'auraient accusé de mensonge. Ç'aurait été là, d'ailleurs, la preuve qu'il ne faisait que leur mentir. Or, la Tradition, bien qu'elle ait tout enregistré, n'a pas consigné qu'un Arabe de Qoraïch a accusé Mohammad (sur lui la prière de Dieu) de débiter des mensonges à ce sujet.

Sur un autre plan, il faut rappeler que Mohammad (sur lui la prière de Dieu) a vécu au sein de sa communauté quarante années avant la révélation. Il s'est mêlé aux gens, les a fréquentées et ne s'est jamais mis à l'écart de la vie sociale. Il avait acquis sa notoriété grâce à son travail, à sa probité, à son titre familial, à la fréquentation qu'il avait avec les gens dans le commerce, les pactes qu'il signait ainsi que dans l'édification de la Ka'ba...etc. Comment peut-on donc prétendre qu'il méconnaît la foi des Mekkois et dire que l'interprétation qu'il en faisait était loin de correspondre à leur vécu quotidien ? Comment peut-on oser dire cela de quelqu'un qui allait recevoir sa révélation de Dieu dont le savoir est infini ? Il faut donc bien admettre que ce Prophète était un Arabe qorachite de la Mekke qui s'est mêlé aux gens, une quarantaine d'années durant. Il était connu pour son intelligence et son honnêteté. Comment, dans ces conditions, pouvait-il ignorer le jargon confessionnel de ses concitoyens ? Comment pouvait-il oser leur attribuer une religion à laquelle ils ne croyaient pas ?

D'autre part, ce que l'Ecyclopédie dit à propos de la croyance des polythéistes en les anges est également contraire à la vérité et à l'histoire, car les Arabes avaient pris connaissance de l'existence des anges à travers ce qui leur avait été transmis par les Gens du Livre et aussi à travers les réminiscences de la religion d'Ibrahim et Ismaël. En plus, ils ont façonné à leur manière l'image qu'ils ont des anges. Il les ont glorifiés, vénérés et les ont considérés comme les enfants de Dieu, Seigneur de l'Univers. Quand le Saint-Coran évoque la croyance des païens en les anges et autres créatures, il ne fait que décrire la réalité de l'époque et les conditions où ces païens vivaient, autrement il y aurait eu révolte contre Mohammad (sur lui la prière de Dieu) qu'on aurait traité de menteur, d'imposteur et de falsificateur. Or sur ce point précis, l'Histoire n'a jamais mentionné une quelconque opposition des polythéistes contre Mohammad. De même, tous les exégètes sont d'accord sur le fait que les païens arabes considéraient les anges comme "les enfants d'Allah"(9) et ils le proclamaient à tous les carrefours. Ils ont mentionné que les tribus de "Khuzâ'a et Kinâna disaient : "Les anges sont les enfants d'Allah"(10).

Quant à l'allégation qui veut que la religion en vigueur à la Mekke du temps de Mohammad (que la prière de Dieu soit sur lui) était une forme parmi d'autres de la religion chrétienne et non point un paganisme grossier et primitif, elle est complètement fausse et les arguments tant rationnels que religieux ne manquent pas pour l'invalider. C'est que les Arabes de la Péninsule et notamment ceux de la Mekke n'avaient pas de sérieux contacts avec le christianisme. Les Juifs, par contre, avaient un rôle beaucoup plus grand grâce à leur forte concentration à Médine, à Khaïbar et dans d'autres villes similaires. Les Arabes, eux, étaient restés fortement attachés à leur culte païen, légèrement influencé par quelques bribes de la religion d'Ibrahim et ce, jusqu'à l'avènement de l'Islam.

Et même à supposer qu'il y ait, dans la région, une influence du christianisme et du judaïsme, il reste tout de même que cette influence était de faible portée. Les historiens mentionnent que la tribu de Jurhum a adopté la religion d'Ibrahim dans le dessein de sauvegarder le monothéisme chez les premières générations à la Mekke, mais le culte du monothéisme était fort peu ancré dans les coeurs fascinés par l'adoration des statues et des idoles. A ce sujet, les ouvrages d'histoire soulignent le rôle qu'a joué 'Amr Ibn Luhay Al Khuzâ'i dans l'implantation à la Mekke des idoles importées de la Syrie et dans l'incitation à leur vénération. Les gens les ont vite adoptées, car ils étaient prédisposés aux fausses croyances du fait de l'effacement du culte abrahamique. 'Amr Ibn Luhay Al Khuzâ'i a donc réussi à créer des coutumes insolites et de fausses croyances que les Mekkois ont vite fait d'adopter, dont, en particulier, la croyance qui veut que "les anges sont les enfants de Dieu".

Mieux encore, les historiens arabes eux-mêmes admettent que le Saint-Coran est la référence la plus sûre quand il s'agit de se faire une idée des croyances des païens et ce, à travers la polémique confessionnelle qu'il a engagée avec les polythéistes et la réfutation de leurs pratiques cultuelles. Si donc l'objet de la polémique n'était pas fondé et juste, les Arabes ne l'auraient pas accepté et ils n'auraient trouvé aucune peine à le réfuter(11).

D'un autre côté, la foi des polythéistes (qui considère le prêtre et les anges comme des intermédiaires entre Dieu et ses serviteurs) est, selon l'Islam, absurde, car tous les êtres humains sont des serviteurs de Dieu. Soumis à Dieu, ils sont complètement démunis, n'ont point le droit de légiférer sur quoi que ce soit qui relève d'Allah et ne sont pas habilités à déclarer licite ce que Dieu a interdit et illicite ce qu'il a permis. Or les prêtres de l'époque se permettaient cette arrogance comme le consignent si bien le Saint-Coran et la réalité.

 

   

Publications de l'Organisation Islamique pour l'Éducation, les Sciences et la Culture

-ISESCO- 1428H/2008

Untitled Document