La Foi islamique(Etude pour la correction des informations erronéesparues dans l’Encyclopédie de l’Islampubliée par la maison d’édition Brill, de Leiden) |
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XIII. Les différents genres d'attributs Quand nous méditons et le Saint-Coran et la Tradition authentique, nous constatons qu'ils ont attribué au Très-haut des actions telles que l'acte de créer et des qualifications (attributs) telles que l'ouïe, et des organes créaturels tels que le visage, les mains, les doigts, etc…Or, comme les verbes (qui expriment des actions) se divisent en verbes transitifs (créer, pourvoir à la subsistance de…) et verbes intransitifs (s'établir sur le Trône, venir…) on peut regrouper les attributs en quatre genres : 1er genre Les attributs dont Dieu a employé les verbes transitifs* pour en parler tels que: “créer”, “pourvoir à la subsistance de”, “donner la mort”, “redonner vie”, ‘mettre sur la voie”, “fourvoyer”, “ressusciter”, “envoyer”, “arrêter” (une décision), “édifier”, “mettre à la portée de ”, “faire descendre”, “faire sortir”, etc… comme dans les versets suivants : ‘C'est Dieu qui vous a créés et vous fait ensuite subsister, qui vous fera mourir et puis vous fera revivre. En est-il, parmi ceux que vous Lui associez, qui fasse quoi que ce soit de semblable”?(198) “Il en fit sept cieux en deux périodes”(199) “Le ciel, solidement édifié, est notre oeuvre”(sourate “Les vents qui dispersent”(47)) “Il fit pour vous de la terre un lieu de repos, du ciel, un édifice ; Il en fit descendre une eau par laquelle toute sortes de fruits surgissent pour vous nourrir”(200) “C'est Dieu qui fit pour vous de la terre une demeure stable et du firmament un immense édifice, et qui, vous modelant, vous donna des formes si harmonieuses. Il vous pourvut aussi de si excellents aliments”(201) Que ces verbes soient employés pour désigner des actes de Dieu, cela ne fait l'objet d'aucune contestation chez les Musulmans. C'est Dieu, en effet, qui crée, pourvoit à la subsistance des humains, etc., Par contre, ce qui les oppose c'est le fait de savoir si Dieu a réellement accompli l'acte de la création ou celui de la mise à la disposition des gens de leur subsistance…etc, ou pour parler autrement , doit-on affirmer à Dieu l'attribut de la création ou de la mise à la disposition des gens de leur subsistance ou bien ne faut il pas considérer que l'acte de créer est bien la création elle-même ? Ceux qui dénient à Dieu les attributs se divisent en deux groupes ayant chacun son point de vue : les Djahmites et les Mu'tazilites. Les Djahmites nient les attributs et les Noms, Dieu n'étant connu, pour eux, que comme une Toute-Puissance inscrutable. Les Mu'tazilites, eux, reconnaissent les Noms divins tels “le Créateur”, "Le Pourvoyeur de nourriture", etc., mais ils nient les attributs, comme ils dénient à Dieu toute activité opérante. Quant à ceux qui ont reconnu les attributs à Dieu, ils ont eu -concernant les actions divines-deux points de vue diamétralement opposés. Le premier point de vue qui soutient que Dieu n'accomplit aucune action est celui d'Al Ash'arî et de ses disciples, les partisans d'Ahmad tels Ibn 'Aqîl et Al Qâdî Abû Ya'lâ (dans sa première thèse) et de bien d'autres. Ils ont appelé ces attributs “les attributs d'action” (à l'opposé des attributs essentiels). Le second point de vue soutient que Dieu accomplit les actions. Il est celui des pieux Anciens et de tous ceux qui affirment les attributs au Très-Haut. D'après Al Bukhârî dans son ouvrage "La création des actions humaines" (Khalq af'âl al 'ibâd), il s'agit-là d'un consensus chez les érudits au sujet de “Créateur”, “créer”, “Créature”. Al Baghawî l'a mentionné : c'est la thèse des Traditionnistes. Abû Nasr Mohammad Ibn ishâq Al Kalâbâdzî l'a également mentionné dans son ouvrage intitulé “Initiation aux doctrines mystiques” (Atta'arruf bimazâhibi Attassawwuf) en disant que c'est la thèse des soufistes. C'est aussi la thèse des Hanafites qu'ils appellent “l'émanation” (attakwîn), celle aussi des anciens parmi les adeptes de Mâlik, d'Ach-Châfi'î et d'Ahmad. C'est aussi les dernières thèses d'Al Qâdi Abû Ya'lâ et celle également des Karrâmites et des hachchâmites parmi les scolastiques.(202) 2e genre Il s'agit ici des attributs qui ont été exprimés par le Saint-Coran et la Tradition authentique par des verbes intransitifs tels que “s'établir sur le tône”, “venir”, “descendre” etc… Les divergences, à ce propos, sont plus importantes que ce que nous avons vu dans le premier genre. Les Djahmites et les Mu'tazilites, négateurs des attributs divins, les nient complètement. Toutefois, il faut remarquer que même ceux qui affirment les attributs à Dieu ont été profondément divisés entre eux sur cette question. Selon Ibn Taymiyya, six thèses s'affrontent ici. En voici les plus importantes : a) Première thèse C'est la thèse des Mushabbihites (comparatistes), partisans du sens littéral des textes et qui donnent à Dieu des attributs corporels. Ainsi, “la descente” de Dieu, pour eux, est identique à la nôtre. Son mouvement qui consiste à s'asseoir sur le Trône est pareil à celui d'un roi ici-bas. Si Dieu descend de Son Trône, celui-ci demeure vide etc… (203). Dieu est bien au-dessus de tout cela. b) Deuxième thèse C'est la thèse de ceux qui confèrent aux Ecritures un sens littéral, mais qui sied parfaitement à la Majesté divine. Pour eux “rien n'est comparable à Dieu”, ni dans Son essence, ni dans Ses attributs, ni dans Ses actions…Ils déclarent:“Dieu “descend”, mais d'une manière qui sied à Sa Majesté. Il “vient” d'une manière qui convient à Sa Majesté”. Selon eux, Dieu descend, vient, arrive, mais il est trop transcendant et il est sur Son trône. Hammâd Ibn Zayd a dit :“ Il est sur Son trône et se rapproche de Ses créatures de la manière qu'Il désire”. De son côté, Ishâq Ibn Râhawayh a dit :“Il descend de son Trône, mais celui-ci n'est pas pour autant vide de Sa personne”. Quant à Ibn Taymiyya, il a dit :“Expliquer la descente par une action qu'Il accomplit par Son Essence-même est l'idée que soutiennent les Traditionnistes et les anciens parmi les adeptes d'Ahmad” c) Troisième thèse Cette thèse est celle des négateurs des mouvements divins. Dieu, pour eux, ne descend pas, ne vient pas,etc., car ce type d'attributs est contingent… On est donc tenu d'interpréter les versets et les Hâdiths des attributs. Cette thèse est donc celle des Mu'tazilites qui professaient que Dieu est privé de tout attribut positif, des Ash'arites (à l'exception d'Al Ash'arî dans ce qu'il a dit à la fin de sa vie), d'Ibn Kilâb et de ses adeptes, des Mâturidites... (204). d) Quatrième thèse Il s'agit ici de la négation des mouvements divins et la remise à Dieu en ce qui concerne leurs significations.(205) e) Cinquième thèse Cette thèse est celle dite de “l'abstention”. Elle consiste à dire qu'on est incapable de savoir ce que Dieu a voulu dire par telle ou telle chose. Ibn Taymiyya a dit : “La plupart de ceux qui adhèrent aux idées des Traditionnistes et les disciples des pieux Anciens invalident les interprétations des versets supposés être anthropomorphiques. Un grand nombre d'entre eux rejette l'exégèse fausse et déclare : “Je ne sais ce que Dieu entend par telle chose”. Certains d'entre eux disent : “Ceci fait partie des choses dont l'explication nous a été interdite ou bien dont l'explication ne doit pas être révélée”. A propos de l'explication du verset “Puis il s'est établi sur Son Trône”, Al Baghawî a dit : “Al Kalbî et Muqâtil ont dit :“Il y a pris place”. Abû 'ubayda, lui, a dit : “Il est monté sur.” “Pour les Mu'tazilites “s'établir sur le Trône” signifie “dominer, avoir la mainmise sur”. “Les Traditionnistes, quant à eux, ont dit :“ S'établir sur le Trône” est un attribut de Dieu. Il faut y croire sans se demander le comment de cette action. Pour l'explication, il faut s'en remettre à Dieu”. “On rapporte, d'après Sufyân At-Tawrî, Al Awzâ'î, Al-Layt Ibn Sa'd, Sufyân Ibn 'Uyayna, 'Abdallâh Ibn Al Mubârak et bien d'autres parmi les érudits traditionnistes qu'ils ont dit à propos des versets supposés être anthropomorphiques : “Comprenez-les comme ils ont été révélés, sans vous poser des questions”. A propos du verset : “Qu'ont-ils à attendre sinon que de voir soudain arriver vers eux Dieu et Ses Anges, à l'ombre des nuées…”, Al Baghawî a dit : “Il est préférable, à propos de ce verset et d'autres qui lui sont identiques par leur sens équivoque, que l'homme croit à leur sens obvie, qu'il en remette à Dieu leur véritable signification et qu'il sache que le Très-Haut n'est l'objet d'aucune des qualifications créaturelles”. Les Traditionnistes et les pieux Anciens ont suivi cette voie. Al Kalbî a dit : “Cela fait partie des mystères qui ne s'expliquent pas”. Sufyân Ibn 'Uyayna a dit : “La seule explication qu'on puisse faire de tous les attributs que Dieu s'est donnés dans son Livre c'est de se contenter de les lire et de s'abstenir d'en faire des commentaires. Personne ne doit les expliquer sauf Dieu et son Prophète”. Le verset précité (sourate : “la Vache”, 216) est plus ambigu que celui qui parle de l'établissement de Dieu sur le trône. C'est pour cela qu'Abû Al Faraj aimait à interpréter ce dernier. Les érudits traditionnistes rejetaient l'interprétation de ceux qui considéraient l'acte divin de s'établir sur le trône comme une mainmise de Dieu sur l'Univers. Abû Ya'lâ rapporte d'après Ahmad qui a dit : “Il s'agit ici (verset 210, sourate : la Vache) de Sa Toute-Puissance et de Son Commandement”. Il a dit aussi : “Dieu l'a démontré quand il a dit : “Le Commandement de ton Seigneur viendra”. Toutefois, Ibn Taymiyya a démontré que cette interprétation a été faite par Ahmad durant la grande épreuve quand il fut attaqué pour avoir dit : "les sourates de “La “Vache” et de “la famille d'Imrân”viendront". Ahmad avait dit :“Cela veut dire :“Leur rétribution viendra” comme dans le verset “Dieu vint” où il s'agit du Commandement de Dieu et de Sa Toute-puissance”. Cette parole que Hanbal a rapportée, d'après Ahmad, contredit les textes authentiques qui font état des opinions d'Ahmad sur l'interdiction de l'interprétation de ce verset (sourate “la Vache”, 210) et des versets qui évoquent la descente, l'établissement sur le Trône et bien d'autres actions divines similaires… 3e genre Les qualifications que Dieu s'est attribuées et dont il a fait Ses Beaux Noms, ou en d'autres termes, les qualifications qui sont exprimées dans le Saint-Coran par des noms d'agent tels que le Vivant, le Subsistant, etc., sont reconnus par tous les Musulmans qui affirment à Dieu Ses Beaux Noms. En effet, pour les Musulmans, Dieu est certes, Omniscient, Vivant, etc. Toutefois, ils ne sont pas tous d'accord sur le fait qu'il faille affirmer à Dieu des attributs tels que l'attribut du savoir, de l'ouïe, de la vue, etc. Faut-il considérer l'Omniscient, l'Audiant, le Voyant etc., comme étant Omniscient, Audiant, Voyant par essence, sans affirmer les attributs du savoir, de l'ouïe, de la vue etc ? Cette question a divisé les rangs des Musulmans. Les Mu'tazilites et les Djahmites dénient tout attribut à l'essence divine. Les Traditionnistes ont reconnu les attributs, mais ils ne sont pas tous d'accord sur leur nombre. Parmi eux, il y en a qui ont reconnu l'existence de sept attributs. D'autres en ont reconnu huit. D'autres encore ont reconnu tous les attributs mentionnés dans le Saint-Coran et la Tradition authentique de la manière qui sied parfaitement à l'essence divine et loin de toute comparaison anthropomorphique.(206) 4e genre Le désaccord à propos de ce que Dieu a affirmé à Lui-même ou ce que Son Prophète lui a affirmé comme l'attribut de la face, des mains, des yeux etc., est le même que celui que nous avons exposé dans le deuxième genre.(207) Autre répartition des attributs Parmi les érudits musulmans, il y en a ceux qui ont réparti les attributs en quatre catégories : 1. Les attributs essentiels tels que l'Audiant, le Voyant… Nous avons exposé les thèses des Docteurs de la Loi à ce sujet dans le troisième genre. (voir supra). 2. Les attributs assertifs : Ce sont les attributs que Dieu donne sur Lui-même. Il nous a informés, par exemple, qu'Il s'est établi sur son Son Trône, qu'Il a des mains, une face, etc. C'est ce que nous avons mentionné dans le deuxième et le quatrième genre. 3. Les attributs d'action : Ce sont les attributs que Dieu a exprimés par des verbes d'action (voir les avis des érudits, à ce propos, dans le premier et le deuxième genre.) 4. Les attributs de négation : Ce sont les attributs qui nous renseignent que Dieu n'est ni corps, ni créature, que rien ne lui est comparable, bref, qu'Il ne peut avoir aucun attribut dépréciatif. Tous les Musulmans sont d'accord là-dessus. Soulignons que la foi ne peut être totale que si l'on croit fermement que rien n'est comparable à Dieu dans son essence et ses attributs. Il existe une autre répartition des attributs : les attributs de qualification, les attributs qui ajoutent des concepts à l'essence (désormais attributs/concepts) et les attributs essentiels. Cette répartition provient des doctrines des Docteurs de la Loi eux-mêmes. Ceux qui ont attesté les états intermédiaires entre l'existence et le néant ont affirmé à Dieu les trois attributs susmentionnés. Ceux qui les ont niés ne Lui ont attribué que l'essence et les attributs/concepts. Les attributs de qualification sont des attributs inhérents à l'essence et n'ayant ni existence, ni non-existence. Ce sont des qualités intrinsèques à l'essence. Quant aux “attributs/concepts”, il faut dire que leurs concepts procèdent de chaque attribut comme “le concept de la science” procède, par exemple, de “savant” etc. Voici ce qu'on peut lire, à ce sujet, dans le “Commentaire de la foi profonde des hommes de l'unicité” (charhu 'aqîdati ahli attawhîdî al kubrâ) :(208) “Certains savants postérieurs aux premiers savants de l'Islam ont réparti les attributs en six catégories qui sont, en plus des trois (qu'on vient de voir) les trois suivants: les attributs de la négation, les attributs d'action et les attributs englobant toutes les catégories…Dans la définition de ces catégories, ces savants ont leur propre terminologie. “A propos des attributs de négation, ils ont dit qu'il s'agit-là de tout ce qu'on s'interdit de qualifier le Très-Haut. Il s'agit, en fait de nier tout ce qui ne convient pas à Dieu comme le fait qu'Il ait un associé, un corps etc…Une certaine “négativité” peut être permise à son égard -certains l'appellent “incidence”- comme par exemple Sa grâce et Sa clémence qu'Il peut accorder à un coupable. Il s'agit -tout en reconnaissant le délit de quelqu'un- d'annuler en quelque sorte le châtiment à son égard. “Quant aux attributs essentiels, on a dit d'eux qu'ils étaient en quelque sorte, tout mode reconnu à l'essence, mais qui n'est pas inféré des actions. On a dit aussi qu'il s'agit de tout attribut affirmant l'essence sans qu'il y ait un concept ajouté à l'essence. On a dit également qu'il s'agit-là de tout attribut positif ajouté à l'essence mais impossible de l'en dissocier. Ces attributs ressortissent en fait à une seule cause. Les savants donnent comme exemple de l'attribut négatif le fait que Dieu est un Etre nécessaire. Il s'agit de l'Etre nécessaire, se suffisant éternellement à Soi. Or, cela est discutable. Les spécialistes de la question considèrent qu'on n'a jamais rien su des attributs essentiels. Si, en fait, on avait su ce qu'ils étaient, on aurait pu savoir ce qu'est l'essence. Or ne connaît Dieu que Dieu. “Quant aux attributs de qualification, il s'agit-là de tout mode reconnu à l'essence, justifé par le concept de l'existence par essence. On a dit que c'était toute qualification de l'essence d'un concept inhérent à l'essence. “Pour les attributs/concepts, on a dit qu'il s'agit de concepts nécessaires aux modes. “Entre les attributs/concepts et les attributs de qualification, il existe une concomitance selon les Traditionnistes qui est celle du rapport de cause à effet. “Quant aux attributs d'action, ils désigent l'émanation des actes de Sa Toute-Puissance et de Sa volonté. “Quant à l'Attribut englobant toutes les catégories d'attributs, il s'agit-là de toute qualification qui désigne un concept dans lequel s'inscrivent toutes les six catégories. “Un exemple des attributs de qualification : dire que Dieu est Omniscient, Voulant, etc. “Un exemple des attributs/concepts: dire que Dieu possède le Savoir, la Toute-Puissance, la Volonté, la Vie jusqu'au septième ou huitième attribut. “Un exemple des attributs d'action: la Création, les bienfaits de la grâce de Dieu. Certains les désignent par les Noms qui les expriment tels “le Créateur”, “Le Pourvoyeur de nourriture”, “Celui qui redonne vie”, “Celui qui ôte la vie”… “Un exemple d'attributs englobants : dire que Dieu possède la fierté, la grandeur, la toute-puissance, l'orgueil, etc.”
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