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L'université Islamique
et la Mondialisation Occidentale
Dr Muhammad Amara(*)
Il n'est pas tout à fait faux d'affirmer que l'universalité islamique et la mondialisation occidentale sont deux faits diamétralement opposés. En effet, l'universalité islamique prend en compte des valeurs humaines comme la diversité, la connaissance de l'Autre, la coexistence, la concurrence loyale en termes d'efforts visant à servir l'intérêt de l'humanité tout entière. Par contre, la mondialisation occidentale s'est construite à coups de confrontations et d'actes de destruction et de chaos qu'on ose, en plus, qualifier de «constructif» ! C'est l'expression d'une tendance mondiale qui cherche à étendre son hégémonie en imprimant à toutes les civilisations du monde un seul et unique cachet : celui de la civilisation occidentale.
Ainsi, l'universalité est une tendance humaniste qui se fixe comme objectif de favoriser l'interaction entre les différentes civilisations, promouvoir les cultures, les modes de pensée et les échanges humains et renforcer la coopération et la solidarité entre les nations, les peuples et les Etats, de façon à faire du monde une sorte de forum de civilisations où chaque pays apporte sa pierre à l'édifice, tout en conservant, bien entendu, son identité culturelle propre et ses intérêts économiques et sécuritaires dans le cadre d'un équilibre des intérêts et non d'un équilibre des forces entre ces nations et civilisations.
Quiconque compare les civilisations du monde ne peut qu'être frappé par les particularités de chaque pays dans ce forum civilisationnel. Prenons l'exemple de la Chine, de l'Inde, du Japon et de l'Occident, du Monde islamique et d'autres civilisations. Il est évident que certaines civilisations revêtent un caractère local -c'est le cas de l'Inde, de la Chine et du Japon - alors que d'autres civilisations, islamique et occidentale notamment, se distinguent par leur caractère universel et leur capacité à s'étendre au-delà de leurs frontières géographiques, ce qui leur a permis d'exercer un impact incontestable sur les autres civilisations. De fait, la civilisation occidentale influença le monde depuis l'époque gréco-latine. De la même façon, la civilisation islamique, issue directement du Saint Coran, s'est vite propagée dans le monde entier.
C'est, effectivement, dans le Saint Coran que l'on trouve les fondements de la notion de la Oumma islamique unie et les ingrédients d'une civilisation humaine et universelle. Autant dire que la civilisation islamique est une civilisation universelle du fait de la nature même de l'islam, sceau de toutes les religions célestes. Cette caractéristique est même soulignée explicitement dans ces différents versets coraniques : «et tu ne leur demandes aucun salaire pour cela. Ce n'est là qu'un appel adressé à l'univers.» (Yussuf, 104) ; «Nous ne t'avons envoyé qu'en miséricorde pour l'univers.» (Al-anbiya, 107) ; «Qu'on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de Discernement sur Son serviteur, afin qu'il soit un avertisseur à l'univers.» (Al Furqane, 1).
C'est dans les enseignements de la religion musulmane qu'un ensemble de réalités ont pris forme. Ainsi, la Oumma islamique englobe tous les êtres humains, quelle que soit leur appartenance, et ne se limite ni à un espace géographique ni à une époque donnés. De la même façon, la civilisation islamique, issue des sources de la religion musulmane, possède des traits spécifiques. Sous-tendue par ses valeurs propres, elle se caractérise par un dynamisme permanent et une ouverture constante sur les autres civilisations. C'est ce qui lui permet de traverser tous les temps et tous les espaces.
Mais, cette universalité islamique ne signifie aucunement la volonté de dominer le monde ou d'exclure les autres civilisations. Il faut plutôt y voir une volonté d'entrer en contact avec l'Autre et d'interagir avec lui, sachant que la pluralité civilsationnelle, la diversité culturelle, la dissimilitude des peuples, des nations, des ethnies, des couleurs, des traditions, des langues, des confessions, des doctrines, des philosophies… etc est une règle et une loi divine et immuable.
Chaque civilisation se démarque de l'autre par son cachet propre, sa vision du monde et la place qu'elle accorde à l'être humain. Si la civilisation occidentale, essentiellement laïque, admet que l'homme, à l'image de Dieu, est le maître de l'univers, la civilisation islamique, pour sa part, est foncièrement fondée sur le principe de l'unicité et de la transcendance de Dieu. Elle admet par contre que les créatures, aussi variées qu'elles soient - humains, animaux, plantes, objets… etc. - sont régies par la loi de la diversité, de la pluralité et de la différence :
- diversité des êtres humains : «Ô hommes ! Nous vous avons créé d'un mâle et d'une femelle et Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur.» (Al-Hujurat, 13) ;
- diversité des langues, des communautés, des couleurs et des races : «Et parmi Ses Signes, la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants.» (Ar-Rum, 22) ;
- diversité des cultes et des croyances : «Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. Or, ils ne cessent d'être en désaccord (entre eux) sauf ceux à qui ton Seigneur a accordé miséricorde. C'est pour cela qu'Il les a créés. Et la parole de ton Seigneur s'accomplit : «très certainement, Je remplirai l'Enfer de djinns et d'hommes, tous ensembles.» (Hûd, 118-119)
- diversité des lois, des cultures et des civilisations : «A chacun de vous, Nous avons assigné une législation, un plan à suivre. Si Allah avait voulu, certes, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais, Il veut vous éprouver en ce qu'Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C'est vers Allah qu'est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez.» (Al-Maidah, 48) ;
- diversité des objectifs poursuivis suivis dans la vie : «Vos efforts sont divergents.» (Al-Layl, 4) ; «A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres.» (Al-Baqarah, 148) ;
- la rivalité dans les bonnes œuvres et l'esprit d'émulation est une recommandation divine : «repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux.» (Fussilat, 34) ;
- la confrontation, l'esprit de domination et la culture de l'exclusion sont désapprouvés par l'islam : «Et quant aux 'Ad, ils furent détruit par un vent mugissant et furieux qu'Allah déchaîna contre eux pendant cette nuit et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidés. En vois-tu le moindre vestige ?» (Al-Haqqah, 6-8).
Telle est la conception islamique de l'universalité : une tendance humaine où diversité, pluralité et différence sont érigées en lois naturelles et universelles immuables, où l'interaction entre les civilisations est le juste milieu -prôné- entre l'introversion et l'isolement, d’un côté, et la dépendance et l'athéisme, de l’autre côté. Ainsi, l'image civilisationnelle du monde est celle d'un forum des civilisations où l'être humain, quel qu'il soit, est dignement honoré.
La différence entre l'universalité islamique et la mondialisation occidentale ne date pas d'aujourd'hui. L'égocentrisme a toujours été le propre de la civilisation occidentale. Depuis l'ère romaine, en effet, les romains considéraient que seules leur civilisation et leur religion étaient valides et, par conséquent, n'hésitaient pas à livrer la guerre aux autres peuples de culture ou religion différentes, qu'ils considéraient comme des barbares. Cette vision égocentrique les amena à exterminer les Chrétiens, à persécuter les adeptes des autres religions et à déporter les juifs. C'est cette même logique qui alimenta les guerres religieuses que se sont livrées catholiques et protestants dès la moitié du XVIème siècle jusqu'aux dernières décennies du XVIIème siècle (1562-1688), c'est-à-dire jusqu'au siècle des Lumières, et qui firent quelque dix millions de morts, soit 40% de la population de l'Europe centrale(1).
C'est aussi au nom de cet égocentrisme que les occidentaux ont usé de tous les moyens pour envahir, coloniser et dominer les autres peuples non occidentaux, en prenant soin de les dépouiller de leur identité culturelle. Leur intervention destructrice se fit à différents niveaux. Au niveau de la pensée, les occidentaux entreprirent de saper les fondements intellectuels des peuples concernés, en veillant à détruire leur système de valeurs(2) ; au niveau culturel, ils imposèrent aux peuples colonisés le mode de vie occidental ; au niveau religieux, ils obtinrent la conversion des populations autochtones à la religion chrétienne ; au niveau économique, ils dépouillèrent les peuples colonisés de leurs ressources et leurs biens et s'enrichirent à leurs dépens ; au niveau sécuritaire, les populations colonisées furent exploitées pour servir les intérêts sécuritaires de l'Europe et de l'Occident, et certaines furent manipulées pour attiser et alimenter les guerres coloniales, à l'instar du comportement adopté, naguère, par les Persans et les Romains à l'égard des Ghassanides et des Lakhmides.
Le refus de reconnaître la civilisation de l'Autre est un comportement typique de la société occidentale, ce que confirment d'ailleurs des penseurs occidentaux connus pour leur objectivité. A ce propos, l'orientaliste français Maxime Rodinson (1915-2004) écrit : «L'exclusion de l'Autre est une nature qui a toujours été le propre des Européens. Elle se traduit par le mépris manifeste des autres, … surtout dans le cadre de l'expansion impérialiste qui date de la moitié du 19ème siècle.»(3).
De cette citation, il apparaît clairement que pour les Européens, seule la civilisation occidentale est considérée comme telle ; elle serait la seule civilisation universelle et humaine, voire l'unique civilisation qui devrait être adoptée par les autres, car elle est synonyme de progrès et d'évolution et l'unique creuset où viendraient se fondre toutes les autres civilisations du monde.
Depuis toujours, l'Occident voit dans les luttes, les confrontations et les guerres l'outil essentiel pour asseoir son pouvoir et imposer son modèle civilisationnel unique. D'ailleurs, les principales théories qui ont marqué la philosophie des Lumières et la pensée positiviste occidentale ont tenté de justifier cette tendance. Ainsi :
- La philosophie fondée sur le pouvoir, l'utilitarisme et le rejet de la morale dans l'exercice de la politique constitue l'essence même de la philosophie exposée par Machiavel (1469-1527) dans son célèbre ouvrage intitulé : «le Prince».
- La philosophie de l'histoire chez Hegel (1770-1837) fonde les relations entre les époques sur la lutte pour le pouvoir, où le nouveau abroge l'ancien.
- Le darwinisme, tel qu'exposé par Charles Darwin (1882-1809) dans son livre «l'origine des espèces», est fondé sur le principe selon lequel la lutte est la loi du développement et de l'évolution dans le monde des organismes vivants. Ainsi, seul le meilleur a le droit de survivre, et le meilleur est le plus fort.
- On retrouve également cette notion de lutte éternelle chez Karl Marx (1817-1883), dans sa théorie sur la lutte des classes. Dans toutes ces théories, le nouveau élimine l'ancien. Ainsi, l'esclavage a fait disparaître la société primitive, puis le féodalisme a éliminé l'esclavage, ensuite le capitalisme moderne est venu remplacer le féodalisme, et par la suite le marxisme a mis fin au communisme…etc. Cette loi du plus fort est clairement exprimée par ce verset coranique : «chaque fois qu'une communauté entrera, elle maudira celle qui l'aura précédée.» (Al-âraf, 38).
Cette philosophie égocentrique qui sous-tend la civilisation occidentale est la même qui a poussé les occidentaux à livrer la guerre aux peuples appartenant aux autres civilisations et ce, sans aucun état d'âme et au non de la volonté d'affranchir ces derniers du carcan du sous-développement et de leur apporter progrès et prospérité. La colonisation de l'Afrique et l'occupation de la Palestine s'inscrivent dans cette même logique -la loi du plus fort- qui veut que le meilleur et le plus fort domine le plus faible.
L'Occident, dans sa négation de l'Autre, use de tous les moyens, fussent-ils illégitimes, pour soumettre les autres civilisations à son pouvoir et ne se soucie nullement de justifier ses actes.
Depuis Alexandre le Grand (323-356 av. J.-C.) jusqu'à ce jour, on compte au total 24 siècles de rapports tumultueux entre l'Occident et l'Orient. L'Occident impérialiste a opprimé l'Orient sur les plans politique, culturel, religieux et civilisationnel et pillé ses ressources naturelles pendant dix-sept longs siècles : dix siècles avant l'avènement de l'islam, depuis la conquête de la Grèce par Alexandre le Grand au quatorzième siècle av. J.-C jusqu'au règne d'Hercule (610-641) au septième siècle ; deux siècles que durèrent les Croisades menées contre l'Orient musulman (1096-1291) ; et enfin cinq siècles de conquête occidentale du monde musulman depuis la chute de Grenade (1492), laquelle conquête dure toujours.
En 1992, les occidentaux commémorèrent le 500ème anniversaire de cette conquête moderne par l'organisation des Jeux olympiques à Barcelone en Espagne, ce même pays d'où les musulmans furent chassés. C'est également en cette année qu'éclata la guerre en Bosnie-Herzégovine avec comme objectif d'avorter le projet de constitution du premier Etat islamique en Europe centrale.
S'inspirant de la théorie de l'évolution de Darwin, l'impérialisme occidental considère que toutes ces conquêtes sont dans la nature des choses. C'est ainsi qu'il multiplia tout au long de son histoire, empreinte de sang, colonisations, invasions et oppression de l'Orient sans le moindre sentiment de culpabilité.
Lorsque le pape Jean Paul II (1922-2005) visita le tombeau du prophète Yahia (saint Jean-Baptiste) dans la mosquée des Omeyyades à Damas, il s'abstint de visiter le tombeau de Saladin (1137-1193) dans la même mosquée, de crainte que sa visite ne soit interprétée comme une excuse aux Musulmans pour les Croisades. De même, l'Europe et les Etats-Unis refusent à ce jour, catégoriquement, de présenter des excuses, ne seraient-ce que verbales, pour les actes qu'ils ont commis en Afrique durant cinq siècles. L'Assemblée nationale française a même exprimé en 2005 sa fierté et sa satisfaction quant à l'exploit des soldats français en Algérie durant un siècle et quart, sachant que cette guerre a entraîné la mort de quelque deux millions d'algériens musulmans.
La conscience occidentale s'est comportée de la même manière avec tous les autres peuples colonisés, qu'il s'agisse des indiens, qui furent sauvagement exterminés par les Américains, ou des quarante millions d'Africains noirs qui furent sauvagement traqués et chassés, tels des animaux, par les Occidentaux puis acheminés dans des galères vers l'Amérique pour y servir comme esclaves.
Tel est l'égocentrisme occidental, même durant les époques antérieures à la mondialisation contemporaine, et telles ont été les relations de l'Occident impérialiste avec les autres civilisations.
Si telle est l'universalité dans la vision islamique et dans la vision occidentale, alors quels nouveaux concepts apporte le terme «mondialisation» ?
La nouvelle donne qu'apporte la mondialisation occidentale réside non pas dans sa nature, qui demeure inchangée, mais dans sa cadence, dans le sens où l'on assiste à une intensification de cette tendance égocentriste de l'Occident vis-à-vis des autres civilisations. Cette nouvelle réalité s'explique par les évolutions objectives qu'a connues le monde et leur impact sur les rapports entre le système et le monde occidentaux.
Depuis le siècle des Lumières, en effet, les relations entre les peuples et les minorités de l'Occident franchirent plusieurs étapes :
• l'étape des guerres religieuses.
• l'étape des guerres nationales.
• l'étape des guerres coloniales visant à se partager le monde non occidental.
• durant les premières décennies du vingtième siècle, on a assisté à une rupture entre le communisme et le capitalisme libéral au sein du modèle civilisationnel occidental. Cette scission s'est accompagnée de conflits entre les adeptes des deux idéologies. D'autres courants contribuèrent à l'éclatement du système occidental qui vit pousser en son sein des mouvements extrémistes qui échappèrent à son contrôle, comme le fascisme et le nazisme.
Dans ce contexte, des mouvements de libération nationale virent le jour dans les pays sous domination occidentale. Les pays qui obtinrent leur indépendance politique ont pu tirer profit des conflits internes entre les deux pôles de la civilisation occidentale et réalisèrent plus au moins de développement culturel, économique et militaire.
Il va de soi que l'occidentalisation a été vécue comme une contrainte par la plupart des peuples nouvellement indépendants, comme l'explique l'orientaliste allemande Sigrid Hunke : «Les pays nouvellement indépendants empruntèrent des voies différentes pour se faire une place dans le monde moderne. Ils adoptèrent ainsi le mode de vie et la civilisation de leurs anciens colonisateurs, les imitèrent dans leur façon de vivre et de penser, et même dans leurs us et coutumes, et s'approprièrent leur progrès matériel ainsi que leurs valeurs morales. Ils vivent désormais à l'européenne, à l'américaine, à la russe, etc(4)».
Mais, paradoxalement, durant la période du conflit entre le capitalisme et le communisme, nos peuples ont quand même bénéficié, malgré l'aliénation, d'une certaine liberté de choix pour décider d'adhérer ou non au modèle occidental.
Avec le déclin du marxisme pendant la dernière décennie du vingtième siècle, la civilisation occidentale s'est unifiée comme elle ne l'a jamais fait depuis le siècle des Lumières, en gérant ses contradictions internes dans les limites du conflit non violent. Avec la possession de l'arme nucléaire, associée à une évolution sans précédant des télécommunications, l'égocentrisme européen passa du stade de l'«universalité», dans son acception occidentale expliquée plus haut, au stade de la «mondialisation occidentale» dont la caractéristique majeure est cette volonté affichée d'effacer la marge de choix dont bénéficiaient les nations et les civilisations non occidentales et d'imposer par la force et la contrainte ce que l'Occident tentait, jusqu'alors, d'obtenir par la voie de la séduction et l'éblouissement.
La mondialisation occidentale est donc la nouvelle manifestation de l'égocentrisme occidental. Elle exprime ainsi la volonté de fondre, à tout prix, les autres civilisations dans le creuset occidental dans tous les domaines : économique, politique, culturel, militaire, législatif, et moral. C'est ce que souligne Samuel Huntington dans son livre sur le choc des civilisations. Si le déclin du communisme coïncida avec l'apparition de la mondialisation occidentale, les événements du 11 septembre 2001 furent, pour les Etats-Unis, l'occasion idéale pour faire de cette mondialisation un produit purement américain, si bien que le concept même de mondialisation s'en trouve affecté.
L'universalité, dans sa conception occidentale, et indépendamment des contradictions existant en son sein, nous a toujours laissé une marge de liberté, même si le terme même de «mondialisation» exprime l'action de mondialiser, c'est-à-dire de fusionner et rassembler le monde sous une seule bannière. Or la fusion implique l'élimination de facto de la diversité, la pluralité, la multiplicité et la différence. Nous avons déjà connu cette mondialisation avec l'engouement de nos peuples pour les langues étrangères et les modes de vie qu'elles véhiculent. On a ainsi connu la francisation, l'américanisation, l'anglicisation, la russification...etc.
Et parce que la mondialisation est synonyme d'invasion occidentale menée par les Etats-Unis, avec comme objectif de fondre le monde dans le creuset de la civilisation dominante et au profit de son peuple, il en résulte que cette invasion concerne pratiquement tous les domaines, sans exception.
Notons aussi qu'il s'agit là d'une mondialisation du libéralisme capitaliste sauvage qui a donné lieu à une injustice sociale flagrante, exacerbée par l'écart qui se creuse de plus en plus entre les pays du Nord et ceux du Sud. Ainsi, les pays riches du nord, qui ne représentent que 20% de la population mondiale et qui ont bâti leur prospérité en pillant les pays colonisés, possèdent et consomment 86% de la production mondiale.
Dans cette économie mondiale, les secteurs qui génèrent le plus de revenus sont le trafic d'armes, le trafic de drogue et la prostitution. Ainsi, les dépenses mondiales sur le trafic de drogue s'élèvent à 400 milliards de dollars, et celles sur la prostitution à 20 trillions de dollars. De même, les revenus de la prostitution infantile, rien qu'aux Etats-Unis, se chiffrent à deux milliards de dollars par an, et les dépenses d'armement avoisinent les 1000 milliards de dollars chaque année, alors que l'industrie de l'armement attire 90% des cerveaux et des compétences du monde.
Par ailleurs, les dépenses sur l'alcool, les chats, les chiens et autres animaux domestiques en Europe et aux Etats-Unis avoisinent les deux trillions de dollars par an. En revanche, les pays du sud, qui comptent 80% de la population mondiale, ne dépensent que dix-neuf milliards de dollars annuellement sur les secteurs de la santé, l'enseignement et l'alimentation.
Ce ne sont là que quelques exemples de cette mondialisation économique dont l'Occident se fait le défenseur.
Les inégalités engendrées par la mondialisation, c'est-à-dire le fait que 20% de la population mondiale -du Nord- consomme 86% des richesses mondiales alors que 80% de la population mondiale n'a droit qu'à 14% de ces ressources, ont eu pour conséquence directe la chute du pouvoir d'achat de la majorité des peuples du monde. Les pays capitalistes, avides de profits rapides et prolifiques, de désintéressent des secteurs de production et des services pour se consacrer au commerce illégal, comme le trafic de drogue, le blanchiment d'argent et les réseaux de prostitution. En effet, ces activités sont devenues la source principale de revenus de certains pays, et la main d'œuvre qui y exerce dépasse celle exerçant dans les principaux secteurs de production. La plupart des capitaux mondiaux se sont également orientés vers le courtage et les spéculations, domaines qui ont attiré quelque cent trillions de dollars, soit 97% des liquidités disponibles, alors que les investissements dans les secteurs de production ne dépassent guère 3,5 trillions de dollars.
Alors que le commerce mondial des produits s'est accru, passant de 25 trillions de dollars en 1990 à 38 trillions de dollars en 1998, le volume des transactions financières - c'est-à-dire la spéculation non productive, le commerce non fructueux et marginal qui se fait dans le cadre de la mondialisation- est passé, durant la même période, de 15 trillions de dollars à 180 trillions de dollars !
L'endettement des pays du tiers monde, lesquels comptent 80% de la population mondiale, s'est chiffré en 1997 à 1950 milliards de dollars, dont les intérêts - rien que les intérêts - représentent quatre fois ce que dépensent les pays tiers-mondistes sur la santé et l'éducation. Le tableau devient plus sombre quand on sait que les multinationales qui tirent les ficelles de l'économie mondiale empruntent les dollars de Wall Street avec un taux d'intérêt de 6%, puis prêtent ces fonds aux pays du sud avec un taux d'intérêt variant entre 20 et 50%. Ce qui veut dire, en réalité, que l'endettement des pays du sud sert à financer et à enrichir davantage les pays du nord, alors que c'est le contraire qui devait se faire. A titre d'exemple, si l'Egypte emprunte un crédit à court terme d'une valeur de quatre millions de dollars, elle devra, à terme, rembourser un montant global de 22 millions de dollars, comprenant les intérêts(5).
Telle est la mondialisation économique que les occidentaux proposent aux pays du sud. Mais en fait, elle n'est qu'une arme destinée à frapper de plein fouet les économies de ces pays.
Outre l'aspect économique, la mondialisation a, d'un point de vue politique, renforcé l'hégémonie américaine et, du coup, le rôle des organisations internationales et le droit international s'en trouvent marginalisés. Ainsi, le Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis est sur le point de supplanter le Conseil de Sécurité des Nations Unies, et les questions se rapportant au monde islamique ne sont plus du ressort des organisations internationales compétentes en la matière, mais sont confiées à des groupes de pression sionistes et américains. La souveraineté nationale des pays se désintègre au profit de l'interventionnisme américain soi-disant motivé par des considérations humaines. L'invasion et l'occupation des pays islamiques ont lieu dans le cadre de guerres anticipatives et exploitent en cela plusieurs facteurs, notamment les minorités. Dans la même lignée, un écrivain chrétien ose affirmer sans ambages que : «le fait d'exercer une pression internationale sur les Etats pour préserver les droits de leurs citoyens et faire respecter les chartes internationales est une mesure tout à fait légitime aux niveaux interne et externe. Cette réalité ne doit guère nous surprendre car nous vivons l'ère de l'Etat non souverain, et c'est l'un des principaux aspects du phénomène de l'universalité»(6).
Mais cet écrivain ne nous explique pas pourquoi la mondialisation se permet de violer la souveraineté nationale de certains pays et non pas d'autres. Pis encore, dénigrer la souveraineté de ces pays reviendrait à surestimer la souveraineté de l'Occident. Par conséquent, cette mondialisation ne peut en aucun cas prétendre à l'universalité.
Cette même mondialisation prive les pays de leur droit naturel à l'auto-détermination, un droit pourtant garanti par la légalité internationale. Malheureusement, nombre de pays islamiques sont privés de ce droit, comme la Palestine, le Cachemire et la Tchétchénie. Les occidentaux se servent de situations pareilles pour faire pression sur certains Etats souverains membres des Nations Unies. C'est le cas du Timor-Oriental qui fut séparé de l'Indonésie. La situation actuelle en Irak et au Soudan s'inscrit également dans le même cadre.
C'est ainsi que la politique américaine se transforme en politique mondiale et mondialisée, avec ses théories et ses théoriciens. Cette mondialisation politique est soutenue par l'appareil législatif américain, notamment le Congrès. En effet, ce pays promulgue des lois dont l'étendue va au-delà des frontières américaines et se permet de porter des jugements sur les pays tiers en les classant comme Etats bons, mauvais, terroristes, pacifistes, malveillants, bienveillants, rebelles ou dociles. Les Etats Unis vont quelquefois même jusqu'au déblocage de fonds publics destinés à renverser les régimes politiques et les gouvernements en place dans certains Etats souverains, sachant que ce genre de missions étaient auparavant classées sous le label «secret défense».
Parfois, des attaques militaires sont menées contre les pays qui refusent de se soumettre à l'Occident. S'il est aberrant, à tous les égards, que des avions américains bombardent les peuples afghan et irakien sous prétexte d'auto-défense, il n'en demeure pas moins que cette action a été légitimée par l'OTAN lors de la réunion qu'elle a tenue en avril 1999 à l'occasion de son cinquantième anniversaire. Créé en avril 1949 avec comme mission principale d'assurer la défense des Etats membres contre toute attaque militaire, l'OTAN voit pourtant son rôle s'élargir, suite à l'amendement de sa charte, pour défendre les intérêts de ces mêmes pays. Ce qui explique la présence de l'OTAN en Afghanistan et dans nombre de pays du monde islamique.
La mondialisation occidentale fait usage de différents moyens pour faire adhérer les autres pays au modèle occidental : actions militaires, mesures économiques, politiques, législatives, culturelles, etc.
Si la mondialisation militaire est le fer de lance de la mondialisation économique et politique, la mondialisation des valeurs et de la culture est, elle, le moyen idéal pour assurer le refaçonnement des civilisations non occidentales selon le modèle occidental. En effet, l'aliénation de l'esprit a toujours été le prélude à l'occupation du territoire et au pillage des ressources, sans aucun besoin pour les interventions militaires et les énormes dépenses qu'elles impliquent.
Prenons par exemple le document de la Conférence internationale sur la population et le développement, tenue au Caire en septembre 1994. Il est clair que document, qui fait l'éloge des valeurs occidentales, n'a d'autre but que de saper les valeurs traditionnelles du monde islamique pour leur supplanter celles de l'Occident.
Ainsi, la famille, qui est une valeur islamique, voire humaine -définie comme étant le fruit d'une union légale entre un homme et une femme et le noyau de la société- se trouve remise en cause par ce document qui inclut sous la catégorie «mariage» les formes d'union illégale, y compris les alliances perverses. En plus, ce document incite explicitement les gouvernements, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales concernées, les institutions de financement et les organismes de recherche à accorder toute la priorité aux recherches centrées sur le changement des structures familiales et à lutter contre la discrimination sociale en matière de politique de mariage et des autres formes d'alliance(7).
Pour ce qui est de la chasteté -qui est aussi une valeur islamique et humaine- ce document parle du «plaisir sexuel sûr et responsable», c'est-à-dire qui empêche de contracter les maladies sexuellement transmissibles, et non du «plaisir sexuel légal et licite». Dans ce document, la sexualité est un droit du corps et un droit pour toutes les personnes sexuellement actives, quel que soit leur âge et leur sexe. Ainsi, l'activité sexuelle «est un droit pour tous les couples et tous les individus, qu'il s'agisse d'une femme, d'un homme, d'un adolescent ou d'une adolescente. Il appartient à tous les pays d'assurer à tous les individus la jouissance de ce droit d'ici 2015»(8).
Vantant les mérites de la liberté sexuelle, ledit document est même allé au point d'incriminer le mariage précoce, qu'il considère comme un crime, et de recommander à sa place l'adultère. De fait, « l'objectif est d'empêcher les unions précoces. Pour cela, les gouvernements devraient augmenter l'âge minimum du consentement au mariage chaque fois que cela s'impose, notamment en favorisant les alternatives au mariage précoce(9). En réalité, l'objectif est de satisfaire en premier lieu les besoins des adolescents et des adolescentes de façon à leur permettre de gérer leur sexualité de façon positive et responsable(10)».
Tels sont juste quelques exemples de la mondialisation des valeurs morales occidentales, lesquelles favorisent la décadence morale et corrompent la nature que Dieu a originellement donnée à tous les êtres humains.
En plus de la mondialisation économique, politique, législative, militaire, morale, civilisationnelle, etc., les occidentaux cherchent à opérer une mondialisation religieuse qui consiste à éradiquer l'islam et à convertir les musulmans au christianisme.
En effet, au lieu de christianiser l'Europe qui a contribué à la décadence du laïcisme au profit de l'athéisme, l'Eglise catholique s'est tournée vers l'Afrique et élabora un plan pour en faire un continent chrétien en 2000. Tenue en échec, l'église catholique a décalé cette date à l'année 2020. Parallèlement, elle ne cesse de parler du «défi islamique» et de la «nouvelle conquête islamique de l'Europe». A cet égard, la Cardinal Paul Poupard, secrétaire du Pape et Président du Conseil pontifical de la culture, a déclaré au journal français «Le figaro» ceci : «L'Islam constitue un défi pour l'Europe et pour l'Occident en général. Ce défi réside dans le fait que l'Islam constitue à la fois une religion, une culture, une société, un mode de vie et de pensée et une pensée extrémiste. Au même moment, les chrétiens de l'Europe ont tendance à marginaliser la place de l'Eglise dans la société.»(11)
Par ailleurs, dans les Protocoles d'évangélisation signés lors de la conférence du Colorado aux Etats-Unis en 1978, on peut lire que : «l'Islam est la seule religion dont les fondements originels contredisent ceux du christianisme ; et l'islam est le système religieux le plus harmonieux sur le plan social et politique. Pour comprendre et pénétrer l'islam, nous avons besoin de centaines de centres dédiés à l'étude de cette religion.(12)»
Pour arriver à leurs fins, les protestants font donc association avec les églises locales implantées dans les pays musulmans et certains gouvernements pour fomenter des troubles, étant convaincus que, grâce à cette manœuvre diabolique, ils réussiront à convertir les populations fragilisées au christianisme. «Pour amener les musulmans à se convertir au christianisme, pensent-ils, il faut provoquer des crises à même de faire perdre aux gens leur équilibre, leur stabilité et leur tranquillité. Venir en aide aux personnes nécessiteuses est une priorité absolue dans le processus d'évangélisation, et l'un des miracles de notre époque est que, en raison des besoins croissants de beaucoup de sociétés musulmanes, les gouvernements de ces pays ont été amenés à changer leur position et à mieux accepter les chrétiens.(13)».
C'est de cette façon que s'opèrent la mondialisation occidentale et l'invasion du monde en général et du monde islamique en particulier sur tous les plans et dans tous les domaines : économique, politique, moral, culturel, religieux, militaire et législatif.
Autant dire que l'hégémonie occidentale est synonyme de lutte, de contrainte et d'effritement qu'on appelle «chaos constructif». c'est aussi un abus de pouvoir, une destruction et une exclusion de toutes les autres civilisations.
Par contre, l'universalité islamique, comme nous l'avons présentée, repose sur la diversité, la connaissance, la coexistence, la concurrence loyale qui se fait dans le cadre des valeurs morales communes à tous les humains.
Parler des défis de la mondialisation occidentale implique de faire la distinction entre plusieurs niveaux :
a) Les citoyens occidentaux : la grande majorité s'oppose fermement à la mondialisation sauvage, même si les raisons de leur opposition sont différentes des nôtres.
b) La science occidentale : c'est un bien commun à toute l'humanité et le fruit des scientifiques et des intellectuels intègres. Toute personne sensée doit être en perpétuelle quête du savoir.
c) Le projet d'hégémonie occidentale : son hostilité historique et éternelle au monde musulman n'est plus à démontrer.
A la lumière de cette distinction, nous aurons identifié au sein même des pays occidentaux beaucoup d'alliés sur lesquels nous pourrons compter dans notre lutte contre la mondialisation occidentale sauvage. Nous devrions en faire autant avec les civilisations du Sud qui souffrent de l'invasion de la mondialisation occidentale de leurs économies et leur cultures.
Dans son livre sur le conflit des civilisations publié en 1992, Samuel Huntington propose aux hauts responsables américains de neutraliser la majorité des civilisations du sud jusqu'à ce que l'Amérique finisse de vaincre les civilisations islamique et confucianiste, puis de revenir aux premières pour essayer de les endiguer. Pour mettre ce plan en échec, nous devons œuvrer à réactiver la solidarité et l'entraide entre l'islam et les civilisations de l'orient et les civilisations du sud. Pour ce faire, Il n'y a pas d'autre moyen que de s'inspirer des enseignements de notre riche histoire et de notre patrimoine, notamment les mouvements de libération nationale, les guerres d'indépendance et le mouvement des pays non-alignés.
Si les technologies modernes ont transformé le monde en village planétaire, nous devons commencer par l'organisation de notre monde arabo-islamique et œuvrer pour en faire un bloc économique intégré, reposant essentiellement sur ses ressources et ses moyens propres.
A lui seul, le monde islamique compte une population d'environ un milliard et demi de personnes qui vivent sur un territoire de 35 millions de kilomètres carrés.
Outre ses richesses spirituelles, culturelles et civilisationnelles -unité de la religion, de la oumma, de la civilisation-, le monde islamique regorge de ressources minières qui en font le premier producteur mondial de pétrole, de gaz, de manganèse, de chrome, d'étain et de bauxite, le deuxième producteur de cuivre et de phosphate, le troisième producteur de fer, le cinquième producteur de plomb et le septième producteur de charbon. Il possède, en outre, le plus grand fleuve du monde et un système agricole des plus ancestraux. Au Soudan par exemple, les terres arables sont proposées aux investisseurs à des prix très modiques, et leur exploitation permettrait de subvenir aux besoins alimentaires de toute la Oumma islamique. Sans compter les ressources piscicoles dont foisonnent les océans, les mers et les fleuves des pays islamiques.
Cependant, il est malheureux de constater que les excédents monétaires de certains pays islamiques riches, déposés à l'étranger, retournent sous forme de crédits et de dettes qui hypothèquent l'indépendance de ces pays. Or un placement de cet excédent selon la formule islamique pourrait permettre à ces pays de s'affranchir du joug de la mondialisation occidentale. En plus, étant donné que la principale source de richesse des pays du monde islamique émane de la terre, la zakat légale dénommée «rakaz» -équivaut à 20% des richesses du sol- permettrait de constituer un fonds spécial pour le développement du monde islamique selon la formule halal, comme le confirme le prophète (paix et prière de Dieu sur lui) dans son hadith : «le taux à déduire pour le rakaz est 1/5» (hadith rapporté par Al-Boukhari, Muslim, At-Tirmidhi, Malek, Abou Daoud et Ahmad). Cette mesure, s'il arrive à être appliquée, permettrait au pays islamiques de se prémunir contre l'usure qui était pratiquée durant la période préislamique et de se libérer du joug des institutions monétaires occidentales, en l'occurrence le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.
Par ailleurs, l'intégration économique offre des perspectives inestimables pour les échanges commerciaux inter-islamiques, sachant que ceux-ci ne représentent de nos jours que 8% du total des échanges des pays du monde islamique, alors que 92% de leurs échanges commerciaux se font avec les pays occidentaux.
Si la mondialisation est inéluctable pour les pays islamiques, alors ceux-ci devraient en profiter d'abord pour ouvrir leurs frontières à un commerce islamique intégré et à la coopération industrielle et agricole. Ensuite, forts de leur union économique, ils pourront établir des relations commerciales équilibrées avec l'Occident. Cela revient à dire qu'ils doivent faire une coalition économique à l'image de l'union européenne, surtout qu'ils ne sont pas de simples espaces géographiques mais une Oumma islamique.
Il nous appartient aussi de redonner la vie aux organisations régionales, islamiques, arabes et africaines. Car en leur insufflant un nouvel élan, ces organisations pourront constituer la forme contemporaine de l'union de la Oumma islamique. Les intérêts terrestres poussent les peuples, les nations, les civilisations et même les continents à établir des relations de complémentarité, de synergie et à former des alliances. Grâce à cette solidarité, la Oumma islamique entend réaliser la prospérité terrestre et dans l'au-delà des musulmans.
Enfin, la réorganisation de l'esprit arabe et islamique jouera un rôle décisif dans la réorganisation de la société arabo-islamique et dans la mise en place des conditions favorables à la création des alliances qui serviraient de rempart contre toute agression extérieure visant le monde islamique. Il suffit pour cela de s'inspirer de l'histoire de la Oumma en termes de défense de ses territoires.
De fait, c'est cette Oumma qui a vaincu les grandes puissances qui dominaient le monde à l'avènement de l'islam. Ainsi, les conquêtes islamiques ont pu libérer les pays et les esprits des peuples d'Orient après dix siècles d'oppression colonialiste. Grâce à ces conquêtes, les musulmans réalisèrent en quatre-vingts ans ce que les romains ont accompli en huit siècles.
C'est aussi cette Oumma qui a résisté aux Croisades -la première véritable guerre mondiale- auxquelles prirent part tous les peuples d'Europe. C'est aussi la première Oumma qui a infligé aux Tatares leur première défaite dans l'histoire. Vaincus militairement, ceux-ci furent ensuite convertis de bon gré à la religion islamique dont ils assurèrent ensuite la défense.
(*) Membre du Conseil des Recherches islamiques, République Arabe d'Egypte.
(1) Hachem Salah, «La lumière européenne en réponse aux divergences doctrinales» in Acharq Al-Awsat, Londres, 26 février 2000.
(2) Al Jabarti, «les aspects du sacré et le déclin du pays des chrétiens», pp. 310-311, révisé par Hassan Mohamad Jawhar, Omar Dassouqi, publié au Caire en 1969.
(3) Dr. Mohamed Amara, «l'islam vu par des occidentaux : mystifications des ignorants et objectivité des savants», pp.64-65, publié par Dar Chorouq au Caire en 2005.
(4) Idem, p. 368.
(5) Voir les faits et les chiffres relatifs à ce sujet dans «le rapport sur le développement humain» publié par les Nations-Unies en 1998 et par le journal Al Ahram, le Caire, les articles de Salah Hafed, le 16/9/1998, et Dr Mahmud Adelfadel, le 15/6/1998, et M. Yassine, le 21/1/1999 ; et l'ouvrage «le sens du vingtième siècle» du Dr Ahmad Chaouqi, publié par la librairie académique du Caire en 1999.
(6) Mejdi Khalil, «l'Egypte et les Etats-Unis» (les coptes d'Egypte), in Al ahali, le Caire, le 2/7/1997.
(7) Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement, chapitre XII, paragraphe 24 ; chapitre V, paragraphe 5 ; chapitre II, principe 7 ; chapitre VII, paragraphes 10-11, 12-14-17-18 et 21.
(8) Op. cit, chapitre VII, paragraphes 2-3-4-5.
(9) Op. cit, chapitre VI, paragraphe 7 ; chapitre IV, paragraphe 21
(10) Op. cit, chapitre VI, paragraphe 7 ; chapitre IV, paragraphes 7-11, chapitre VII, paragraphes : 2-5-9-43-44-45-46
(11) Le journal ASharq Al-Awsat, Londres, 1er octobre 1999.
(12) L'évangélisation : un plan pour l'invasion du monde islamique, P. 752. Traduction arabe des actes de la conférence de Guadalajara. Editions du Centre des études du monde islamique, Malte, 1991.
(13) Op. cit. p. 242, 826, 827.
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