Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

| Editorial : Un nouveau cycle civilisationnel et humaniste |

| La consécration de l'alliance des civilisations par Dr Abdulaziz Othman Altwaijri  |

| Les ingrédients du terrorisme et les mécanismes de résistance par Sheikh Mohamed Ali Taskhiri   |

| La jeunesse du Monde islamique et les défis de la mondialisation par Dr Abdesslam Abbadi |

| L'Universalité islamique et la mondialisation occidentale par Dr Mohamed Imara |

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| La mondialisation et l'avenir du dialogue entre les religions par Dr Meryem Aït Ahmed Ouali |

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| Connaissance des pays islamiques: République de Kazakhstan  |

Revue l'islam aujourd'hui N° 26-1430H/2009

 

Les ingrédients du terrorisme et les mécanismes de résistance
Sheikh Mohamed Ali Taskhiri(*)

 

 

I. Définition du terrorisme

Le terrorisme est toute action hostile incompatible, de par le moyen ou l'objectif, avec les valeurs religieuses et naturelles et les lois humaines générales, et constitue de ce fait une menace à la sécurité, quelle qu'en soit la forme.

Rappelons, à titre de clarification, les points suivants :

1. Nous utilisons le terme à connotation humaine plutôt que le terme international afin d'obtenir le consensus officiel et, partant, nous assurer de l'appui du jugement général.

2. Nous avons constaté le double facteur de moyen et de but.

3. Allusion a été faite aux types de terrorisme par l'expression : "La sécurité, toutes formes confondues".

4. Les critères religieux et humains ont été conjugués ensemble pour assurer la cohésion avec notre foi d'abord, et généraliser ensuite la dimension humaine ;

5. On peut constater, ce faisant, que la violence proprement dite de l'opération n'est pas nécessairement une condition d'affirmation de la qualité de terrorisme ;

6. C'est la qualité d'hostilité qui est au centre de la définition, car c'est là que réside le phénomène de dénonciation.

Nous pouvons donc, à la faveur de cette définition, identifier les caractéristiques du terrorisme qui s'appliquent à l'une ou l'autre action. Ceci nous permettra de nous assurer que cette caractéristique ne s'applique pas aux domaines suivants :

a. Les seules activités de résistance contre les envahisseurs et colonialistes ;

b. La lutte des peuples contre ceux qui leur sont imposés par le feu et le fer ;

c. Le rejet des dictatures et des différentes formes de tyrannie ;

d. La lutte contre les idées inhumaines, telles le nazisme et le racisme ;

e. Répondre à toute agression par la réciprocité, s'il n'y a pas d'autre alternative ;

f. La lutte justifiée, dans le respect des règles morales et principes humains, tels que nos oulémas nous les ont enseignés.

Elle ne s'applique pas non plus à tout mouvement pacifique non accompagné de terrorisme, même qu'il ne vise pas un objectif humain.

Pas plus qu'elle ne s'applique aux actions destructrices individuelles sans impact social.

Ces actions ne sont certainement pas des activités terroristes, quand bien même elles sont dénoncées.

Cette définition s'applique, cependant, à ce qui suit :

a. Les actes de piraterie aérienne, maritime et terrestre ;

b. Toutes sortes d'opérations colonialistes, y compris les guerres et les campagnes militaires ;

c. Toute action dictatoriale dirigée contre les peuples, ainsi que toutes formes de protection aux dictatures imposées aux peuples ;

d. Toutes les méthodes militaires contraires aux principes humains, telles que l'utilisation des armes chimiques, nucléaires et biologiques, le bombardement des zones habitées, la destruction des maisons, la déportation des civils, etc. ;

e. Toute pollution du milieu géographique, culturel et médiatique, le terrorisme intellectuel étant vraisemblablement la forme la plus dangereuse du terrorisme ;

f. Toute action de nature à bouleverser l'économie internationale ou nationale, à affecter les nécessiteux et les démunis, à accroître l'écart social et économique et à ployer les peuples sous le fardeau des dettes ;

g. Toute manouvre visant à anéantir la volonté des peuples à se libérer et à leur imposer des alliances ignominieuses.

On peut multiplier à l'infini, ainsi, les exemples sur la crédibilité de cette définition.

II. L'échec général des nombreuses manifestations et initiatives prises pour combattre le terrorisme est dû aux raisons suivantes :

- Elles n'ont pas été réalisées sur des bases humaines, car elles étaient orientées surtout vers la satisfaction d'intérêts étroits ;

- Elles ne se sont pas penchées sur les circonstances et les causes qui suscitent le terrorisme ;

Il est, à l'évidence, illogique de combattre les conséquences tout en délaissant les véritables causes.

III. La guerre menée contre ce phénomène dangereux a été vouée à l'échec parce qu'elle s'est amorcée sous la conduite d'un leadership rendu célèbre par un sombre passé empreint de terrorisme et d'assujettissement des peuples par tous les moyens, y compris la guerre déclarée, et qui ont conduit en ces temps modernes des dizaines de guerres, voire des centaines, afin d'imposer son hégémonie et ses concepts

Ajoutons à cela que ledit leadership ne s'est point soucié du droit international, adoptant des slogans par essence incompatibles avec ce droit, tels que "la suprématie absolue" et la "guerre anticipée", entre autres. Et de s'ériger ensuite à la fois comme partie civile, juge et policier exécutif, ce qui est en contradiction totale avec les règles les plus élémentaires de la justice.

IV. Ce leadership a commis l'erreur de se focaliser sur l'Islam, qu'il considère l'ennemi imaginaire. Des stratégies ont été élaborées pour le combattre ainsi qu'un plan de grande envergure comportant, notamment, les éléments suivants :

1. Semer le doute sur les valeurs et concepts de la civilisation islamique. Nombreux sont les exemples qui attestent de cette prise de position occidentale, tels que la prééminence de la civilisation occidentale sur la civilisation islamique selon un responsable italien, la primauté de la religion chrétienne sur la religion musulmane par rapport aux attributs de Dieu, la campagne ourdie contre les concepts du djihad ou encore la perception de l'Islam à l'égard des droits de la femme, etc.

2. Intensifier le ressentiment et l'hostilité occidentale envers l'Islam et tout ce qui est islamique, l'agression des mosquées et centres islamiques, le harcèlement des minorités musulmanes, allant jusqu'à accuser des pays qui leur étaient traditionnellement amis tout en interdisant l'immigration, même légale, en dépit du besoin des immigrés en Europe.

3. Attaquer aveuglément certains peuples islamiques sous prétexte qu'ils abritent des terroristes. C'est ce qui est arrivé aux deux pays martyrisés que sont l'Afghanistan et l'Irak. Cette menace pèse aussi sur d'autres peuples ;

4. Accuser certains pays d'être l'axe du mal et les menacer à chaque instant. Certaines sphères semi-officielles ont même menacé de frapper ces pays de l'arme nucléaire ;

5. Le plan prévoit également une campagne médiatique et policière contre les instances financières islamiques et les fondations caritatives et prédicatrices, tout en pressant les pays concernés à fermer lesdites institutions ;

6. Selon ce plan, les institutions éducatives islamiques doivent être maîtrisées et dépouillées de leur indépendance. Par ailleurs, l'Occident pousse l'effronterie jusqu'à demander aux pays islamiques de modifier leurs curriculums scolaires afin qu'ils concordent avec la vision occidentale.

7. Des mesures sont constatées visant à marginaliser le rôle des institutions islamiques internationales.

8. Intensifier la campagne amorcée par l'Occident lui-même, ou à travers ses agents par des actions visant à disséminer les valeurs immorales et libertines, à pervertir les mours, à dénigrer les choses sacrées, à affaiblir la langue arabe et à propager les dialectes, à combattre le caractère arabe (comme c'est le cas en Asie Centrale), à répandre le laïcisme, à approfondir les dissensions entre les pays islamiques, à lutter contre le facteur de l'ijtihad (effort d'interprétation des textes coraniques), à semer le doute sur la compatibilité de l'Islam avec les temps contemporains, et la nécessité d'appliquer les valeurs occidentales, etc.

9. Mais le plus important reste les efforts visant à boucler par tous les moyens les dossiers épineux et sensibles, en particulier celui d'Al-Qods. c'est ainsi que les USA ont donné le feu vert à Sharon pour qu'il procède à "sa solution finale". Celui-ci, saisissant l'opportunité engendrée par les événements du moment, inscrivit son opération contre les Palestiniens dans la troisième phase de la guerre contre le terrorisme. Il a entrepris, dans cette perspective, ce que l'humanité tout entière a reprouvé, appuyé franchement et ignominieusement dans son action par les USA. L'Occident avait alors oublié, dans l'Histoire qu'il a écrite, les pages sur la mobilisation de la résistance contre le fascisme et le nazisme ; de même qu'il a oublié ses slogans sur la liberté, la démocratie, les droits de l'homme et la légalité internationale. A telle enseigne que même les Nations Unies n'ont pu enquêté sur les crimes de l'ennemi sioniste dans le camp de Jénine, malgré la résolution prise en ce sens, alors que ces crimes sont apparents, bien documentés et attestés par des personnalités internationales.

V. Il serait superflu de parler du rôle de l'Islam dans la concrétisation de la sécurité de l'individu, maintenant que l'on sait qu'il récuse la tyrannie quelle qu'en soit la forme. L'Islam met tout en ouvre pour assurer la sécurité morale et éducative «C'est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie»(1). C'est lui qui rejette tout ce qui est de nature à polluer l'atmosphère humaine en interdisant les actions immorales qui détruisent l'humanisme de l'être humain.

C'est également lui, l'Islam, qui assure la sécurité sociale en veillant à la solidité de l'édifice familial et à la suppression de tout ce qui est susceptible d'orienter les instincts vers la dissolution des mours et la satisfaction des appétits aberrants, à travers la mise en place d'un code des relations sociales nobles, rédhibitoire à tous les facteurs matériels susceptibles de déchirer la Oumma, notamment la couleur, la langue, l'ethnie, la tribu ou le lieu géographique. L'Islam garantit, en outre, tous les droits de l'homme à l'existence, à la dignité et la liberté, ainsi que sa sécurité sociale et économique. Par contre, il rejette tous les facteurs destructeurs, tels l'avarice, la colère, le détournement de fonds, la concentration de la fortune, le gaspillage, la belligérance, l'injustice, le meurtre, etc. Il garantit, en outre, la participation populaire politique à travers le principe de la Choura (consultation) et de la gouvernance alternative, ainsi que la responsabilisation collective. Il est inutile d'en poursuivre l'énumération, d'autant qu'elle est on ne peut plus claire.

Sur le plan civilisationnel, l'Islam ouvre à la concrétisation de la sécurité et de la paix juste pour l'ensemble de l'humanité. Et quand bien même il se trouve en guerre, cette guerre sera propre, la cible étant les agresseurs et non les innocents qui demeureront en dehors du champ de bataille. Même l'environnement sera protégé et en sécurité.

Le Prophète (PSL) recommande : «Allez, au nom de Dieu, avec Dieu, pour la cause de Dieu et sur le sentier de Dieu. Ne renchérissez pas, n'infligez pas de châtiment, n'agissez pas perfidement, ne tuez ni les vieillards, ni les enfants ni les femmes. Et ne coupez l'arbre que si vous y êtes contraints»(2).

La sécurité de l'environnement, de la faune et de la flore est intrinsèque au contexte de l'Islam, et il ne fait aucun doute que la règle de "ni préjudice ni inconvénient en Islam" est une règle générale destinée à freiner toute velléité préjudiciable à l'environnement. En effet, l'Islam met la nature à la disposition de l'être humain, ce qui implique que tout préjudice porté à l'environnement est préjudiciable à l'ensemble de l'humanité. Aussi l'être humain doit-il remercier la nature pour les bienfaits qu'elle lui procure. «Il vous a accordé de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits d'Allah, vous ne sauriez les dénombrer. L'homme est vraiment très injuste, très ingrat»(3).

On peut même entretenir des relations affectueuses entre le musulman et la nature. Le Prophète, traversant un mont, n'a-t-il pas dit : «Ceci est un mont qui nous aime et que nous aimons»(4). Le musulman continuera donc de s'attacher indéfectiblement à la promesse divine, par laquelle le Tout Puissant dit : «Allah a promis à ceux d'entre vous qui ont cru et fait les bonnes oeuvres qu'Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l'a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu'il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M'adorent et ne M'associent rien et celui qui mécroit par la suite, ce sont ceux-là les pervers»(5).

La société croyante qui s'en est suivie s'appuie sur le fondement de la sécurité face à l'ennemi, tant exogène qu'endogène. Et si ce fût l'objectif ciblé par les prophètes, cet objectif s'est réalisé : adoration et sécurité face au despotisme.

Mais si l'on essaie de définir le terrorisme selon la logique humaine générale, à savoir, "toute action hostile incompatible, de par le moyen ou l'objectif, avec les valeurs humaines, et constitue de ce fait une menace à la sécurité, quelle qu'en soit la forme", nous trouverons que l'Islam s'oppose vigoureusement au terrorisme et met tout en ouvre pour extirper ses racines.

VI. Il est normal de dire que nous ne pouvons supprimer les effets tout en conservant les causes. Or, justement, la plupart des causes du terrorisme sont imputables, entre autres, aux facteurs suivants

a. Extension de l'ignorance, la rancour, le désespoir, le radicalisme aveugle, le regard obscurantiste et l'indifférence vis-à-vis des aspects positifs, y compris celui de l'islamophobie, ainsi que l'hostilité envers tout ce qui est occidental ;

b. Propagation de la pauvreté, de la faim et de la privation, la pauvreté étant en soi un facteur qui frise l'impiété ;

c. Dissémination de facteurs tels que l'injustice, la colonisation, le pillage des moyens des peuples, la tyrannie, la rancour, la violence, l'usurpation des droits de l'homme et de ses libertés légitimes, et le sentiment d'inhibition suscité par le dépouillement de l'individu de sa liberté d'expression et l'explosion sociale qui s'en suit ;

d. Désagrégation de la barrière morale et régression des valeurs, associée à l'expansion du niveau de la bestialité aveugle, ce qui explique la perte chez les terroristes des sentiments humains les plus élémentaires ; ceci nous amène à dire que le terrorisme n'a point de religion, car la religion met particulièrement l'accent sur la miséricorde ;

e. Diffusion d'idées hostiles à l'humanité, telles que le nazisme, le fascisme, le sionisme, le racisme, la suprématie, l'athéisme, etc.

Pour mettre fin à ces causes ou atténuer leurs conséquences, il faut que des plans spécifiques soient élaborés, au niveau mondial, sinon le terrorisme se poursuivra.

Il est des pays puissants dont l'histoire est étroitement liée aux guerres, destructions et terrorisme et qui, paradoxalement, placent le terrorisme à la tête des fléaux à combattre. Or ces pays, même dans la guerre contre le terrorisme qui leur ait imposé, ne cessent de perpétuer les pires formes de terrorisme et de soutenir des régimes terroristes fascistes, tel le régime sioniste terroriste, dans toute l'acception du terme.

VII. Nous avons évoqué, dans des forums similaires, la nécessité qu'une action soit entreprise tant sur le plan mondial qu'islamique.

Position proposée sur le plan mondial :

Pour combattre le terrorisme sous toutes ses formes, ainsi que dans sa teneur et ses racines, il est nécessaire que l'Organisation des Nations Unies adopte ce projet. Ce sera une première mesure stratégique dans la mesure où des mécanismes appropriés sont mis en place afin d'empêcher les grandes puissances d'exploiter le projet dans leurs propres intérêts et d'exercer des pressions sur l'ONU pour l'amener à suivre leur sillage et leurs objectifs propres. Ainsi, l'ONU peut devenir le référentiel mondial de la campagne globale contre le terrorisme et, par extension, à instaurer une paix équitable sur la terre. A notre sens, cette campagne doit intégrer les facteurs suivants :

1. Assurer l'égalité entre les Etats membres de l'ONU sur le plan des droits et des obligations, prohibant toute hégémonie d'un ou de plusieurs pays sur ses résolutions, en particulier sur les mécanismes iniques à travers lesquels le Conseil de Sécurité formule ses décisions. Ce sont justement ces mécanismes qui ont motivé la poursuite du terrorisme dans plus d'une zone, notamment en Palestine. S'agissant de cette dernière, en effet, les USA ont plus d'une dizaine de fois usé de leur droit de veto pour bloquer les décisions du Conseil de Sécurité destinées à mettre fin au terrorisme sioniste;

2. Délivrer de l'injustice le peuple palestinien et les peuples des pays voisins qui sont exposés aux agressions et au terrorisme de l'entité sioniste ;

3. Mettre au point un mécanisme prohibant tout soutien des grandes puissances aux organisations et entités dictatoriales et racistes, ainsi qu'aux organisations et groupes terroristes ;

4. Lutter contre la pauvreté, l'ignorance, le fanatisme absolu, les épidémies, le sous-développement, les maladies urbaines modernes, ainsi que les médias et les arts qui encouragent la violence et le racisme et abâtardissent les valeurs morales universelles, car ces facteurs constituent un terrain naturel pour le développement des conflits terroristes.

Il faut, pour y remédier :

a. Vulgariser la logique du dialogue entre les civilisations et les religions ;

b. Favoriser une démocratie qui soit en harmonie avec les valeurs ;

c. Aider à la mise en ouvre des programmes de développement dans le monde ;

d. Renforcer les organisations internationales avec la suppression des facteurs hégémoniques qu'elles comportent ;

e. Rehausser le niveau moral et les valeurs éthiques en y consolidant le rôle que joue la religion dans ce contexte, tout en observant le rôle de la famille dans le processus d'édification de la société ;

f. Faire en sorte que l'information serve l'humanité ;

g. Humaniser l'art et l'employer dans l'intérêt des objectifs suprêmes ;

5. Empêcher l'exploitation par les grandes puissances occidentales des événements et leur transformation en conflits civilisationnels et guerres interreligieuses ou en règlement de comptes avec certaines organisations au détriment des peuples ;

6. Alléger les souffrances des peuples afghans et irakiens et leur apporter l'aide alimentaire, vestimentaire et médicale, ouvrer au retrait définitif des forces américaines et autres et rendre la gouvernance à ses propriétaires ;

7. Poursuivre, intensifier et approfondir le dialogue avec les sages, toutes religions, civilisations et doctrines confondues, l'objectif étant de susciter une opinion mondiale qui s'impliquera dans la diffusion de la justice, de la paix et de la fraternité entre tous les peuples de la terre.

Cette paix, dont toute l'humanité est devenue le chantre, est la paix juste où règne l'égalité des opportunités et des droits, où l'opprimé retrouve ses droits, où l'agresseur est puni. On peut extirper les racines de la violence et du terrorisme grâce à la paix juste. Une paix imposée et injuste est comme une surface refroidie en dessous de laquelle le feu continue de bouillonner : en effet, la victime ne peut être considérée à pied d'égalité avec son tortionnaire qui le prive de ses droits et lui impose la politique du fait accompli. Autrement, la spirale de la violence reprendra, plus férocement et avec plus d'intensité. C'est justement cette paix inéquitable qui est la cause des problèmes et des crises pérennes que l'on rencontre dans bon nombre d'endroits sur la terre.

8. Le dialogue constructif et tirer avantage, d'abord du dialogue interreligieux et, ensuite, du dialogue entre l'Islam et l'Occident pour redresser l'image de l'Islam chez l'autre.

Les religions d'Abraham se partagent, en effet, bon nombre de points communs entre elles, notamment :

. Toutes trois s'articulent autour de l'adoration de Dieu et du refus de l'injustice et du despotisme. Comme affirme l'auteur de l'ouvrage «la Civilisation Islamo Chrétienne» pour défendre la civilisation islamo-chrétienne, une thèse a été proposée pour faire pendant à celle du "choc des civilisations". L'auteur de cette thèse met l'accent sur les contributions communes des deux civilisations dans la marche de l'humanité. Il souligne que l'écart temporel et les conflits incessants entre elles n'empêchent pas nécessairement leur cohésion civilisationnelle. Même l'écart matériel qui les a séparé entre 1600 et 1900 retrouve son équilibre avec la croissance démographique du monde islamique de 50% contre 20%. Et l'auteur de conclure :

«Vue dans une perspective historique comme une seule entité, les facteurs qui unissent le monde islamo-chrétien sont supérieurs à ceux qui les séparent. On ne peut pleinement comprendre le passé ou le futur de l'Occident qu'en appréciant la relation gémellaire qui l'a relié à l'Islam tout au long des quatorze siècles passés. Mais cela s'applique aussi au monde islamique. Dans le contexte intellectuel contemporain, la question de la civilisation islamo-chrétienne à travers le temps, en tant que principe organique, s'est enracinée dans la réalité historique au cours de tous ces siècles. Il serait bon que les historiens de la civilisation, tant occidentale qu'islamique, prennent en considération cette réalité pour peu qu'ils soient disposés à modifier leurs opinions. La civilisation islamo-chrétienne est un concept qui nous est nécessaire si l'on veut parer à toute tragédie car sa compréhension s'inscrit dans la perspective historique de l'assimilation et de la solidarité sociale et religieuse.(6)

Le traducteur de ce texte, Mahmud Haddad, souligne que «la thèse de Huntington n'a pas obtenu l'acquiescement général et beaucoup de gens cultivés se sont écartés de cette ligne pour déclarer que le dialogue des religions et des civilisations est un impératif. Ils mettent l'accent sur la nécessité de coexister, non de se battre, quand bien même le livre admet que l'Islam et le Christianisme constituent, sur le plan social, une seule et même civilisation.»(7)

Ce livre est cependant digne d'intérêt en dépit de quelques points de discordance.

Mais il n'en reste pas moins que le dialogue avec l'Occident sera très utile.

Je crois en le dialogue avec l'autre, en ce sens que le dialogue s'inscrit dans une logique saine et humaniste. Les musulmans doivent dialoguer avec les détenteurs de la pensée occidentale afin de déconstruire les concepts réfractaires qui se sont établis et qui sont, dans beaucoup de cas, des terrains propices au terrorisme.

Beaucoup d'auteurs et de penseurs ont lancé des appels similaires. A titre d'exemple, Ahmida Mamûn al-Nafir se demande : «Est-il possible de sortir de l'étau qui réduit les composants des notions de la masse, considérées comme centre de production, alors que les autres centres sont considérés comme marginaux et domaines récipiendaires. En effet, le problème réside dans la conception de la marginalité de l'autre et de l'égocentrisme.»

En réalité, les cumuls de l'histoire influent profondément sur le type de relations entre les musulmans et l'Occident.

La vision de l'Occident envers l'Islam s'est développée au cours de longues étapes historiques, d'une part selon les orientalistes, les penseurs, les chercheurs et les politiciens occidentaux et, d'autre part, selon les circonstances et les contextes, qu'ils soient méthodologiques et religieux ou intellectuels et politiques. Mais en dépit de sa multiplicité, cette vision s'accorde souvent avec un certain nombre de principes qui se sont édifiés et complétés avec le temps, jusqu'à devenir représentatifs de la prise de conscience de l'Occident envers l'autre. Il s'agit, en réalité, de la prise de conscience de l'Occident envers lui-même, et c'est dans le cadre de cette même prise de conscience que l'Occident s'est arrogé le droit de s'établir en tant que "réalité", "pouvoir", "centre", "cerveau" et "progrès", concédant à l'autre celui de "représentation", de "faiblesse", de "démence" et de "sous-développement". L'Occident a ainsi exercé cette approche tantôt sous forme d'invasion militaire et de dominance économique, tantôt sous forme d'hégémonie culturelle et politique et au moyen de la guerre psychologique et médiatique.

Parmi les principales idées proposées en Occident dans les années 90, citons celle du penseur anglais Bedham Bryan qu'il exposa dans une série d'articles publiés dans the Economist en 1994. Cette idée n'a pas eu l'écho qu'ont suscité les théories de Huntington dans le "Choc des civilisations" ou de Fukuyama dans "La fin de l'histoire", bien qu'elle soit digne d'intérêt quant à la relation de l'Occident avec l'Islam. La théorie de Bryan dévoile, en réalité, le genre de stratégie adoptée par l'Occident dans ses relations avec le monde islamique, en particulier celles afférentes au contexte de la présence islamique effective dans le processus civilisationnel humain.

La théorie islamique de l'Occident s'est cristallisée, en revanche, à la faveur des connaissances et expériences cumulées à travers l'histoire, ce qui a amené certains à considérer impossible toute symbiose entre eux compte tenu de l'absence de points communs.

Nous estimons, quant à nous -contrairement à certaines opinions quelque peu radicales- qu'il existe bon nombre de points communs qui favorisent notre rencontre et l'unification de nos positions, en particulier grâce à la présence d'une catégorie équitable qui adopte une attitude humaniste, étant sensibilisée par la logique de la démarche. Il existe dans le monde occidental pléthore d'exemple où les individus sont prêts à soutenir les questions arabo-islamiques, et ce, jusqu'au sacrifice de soi-même.

C'est donc avec cet esprit et cet espoir que nous abordons ci-après les principaux problèmes :

1. Le regard hostile, l'esprit de Croisées et la violence

Les frictions, tensions et conflits continus tout au long des siècles ont constamment jeté leur ombre sur cette relation. Les interprétations religieuses et intérêts nationaux expansionnistes et racistes qui lui sont associés ont tôt fait naître l'hostilité et le doute des uns et des autres, mêlés à beaucoup de mystification et d'incompréhension exaspérées face aux différentes situations. C'est ainsi que l'Occident devint le point focal de l'hostilité des musulmans tout autant que s'implantait chez les occidentaux l'esprit de Croisées à l'endroit des musulmans.

Les déclarations faites par les deux parties, au plus haut niveau, attestent de ce phénomène, et la tendance va en s'amplifiant après les récents événements. Le rythme de la campagne hostile aux musulmans en Occident, par exemple, s'est multiplié de 16 fois selon les déclarations du FBI. Du côté islamique, tout ce qui est occidental est devenu odieux, suscitant des velléités d'anéantissement par tous les moyens, quand bien même ces moyens sont récusés tant par l'Islam que par le monde entier. Les explosions de l'Ile de Bali, en Indonésie, en sont la frappante illustration. Et c'est dans cet esprit d'hostilité que s'inscrivent le terrorisme et la violence, car ces actes sont liés à cet esprit d'hostilité : c'est un feu qui continuera à s'embraser et consumer ce qui l'entoure tant qu'il n'a pas été maîtrisé.

Et si, d'une part, on trouve en Occident ceux qui pleurent encore les événements du 11 septembre, de l'autre, il y a les musulmans qui souffrent de leurs blessures en Palestine, en Afghanistan et ailleurs.

L'Occident s'érige dans cette affaire à la fois comme demandeur, juge et bourreau, tout en admettant son incapacité à définir le terrorisme et à séparer entre ses différentes causes et les droits légitimes de résistance, à la fois sur le plan religieux que mondial. Mais il n'hésite pas, par contre, à appliquer la thèse dichotomique absurde suivante : «Ou vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous». C'est tout comme les communistes radicaux d'antan où il fallait se décider à être communiste et à comprendre le communisme, autrement on ferme la porte de la recherche pour ouvrir celle de la violence.

2. La liberté naturelle et sociale

L'on peut supposer que l'Occident met l'accent sur la question de liberté accordée à l'individu par la société, accusant l'Islam d'être une entrave à cette liberté. La vérité, cependant, est que l'Occident a, de tout temps, accuser l'Islam de rejeter la liberté naturelle (celle que l'être humain possède comme droit naturel), l'accusant d'être un fataliste parce qu'il croit en la fatalité et au destin.

Je croyais à l'origine qu'il s'agissait d'un malentendu de la part de certains occidentaux, jusqu'à ma lecture de ce que le Dr Mohamad Hassanin Haykal avait rapporté sur l'écrivain américain Washington Irving qui écrivit un ouvrage sur le Noble Prophète intitulé «la vie de Mohammad». Irving avait expliqué à la fin de son ouvrage les principes islamiques de base, notamment la règle de coercition. Feu Dr Haykal lui répondit de façon très pertinente. Mais Will Durant vint réaffirmer ce malentendu, faisant de cette règle l'un des aspects manifestes de la pensée islamique(8). Bidham Bryan, l'un des écrivains anglais de l'époque contemporaine, écrit lui aussi sur la civilisation islamique l'accusant de coercitive(9).

Mais il suffit de se reporter au Saint Coran et au principe du choix humain pour rendre superflu toute réponse à cette thèse : «Nous l'avons guidé dans le chemin, - qu'il soit reconnaissant ou ingrat»(10). Mais il reste à ôter le doute de l'esprit occidental, y compris les gens éduqués, sinon il laissera son empreinte, tant au plan analytique que social.

L'Occident continue, en attendant, d'accuser l'Islam d'être une entrave aux libertés sociales, et l'Islam d'accuser l'Occident d'accorder de vastes libertés à l'individu, lequel les transforme en libertés bestiales destructrices. Il faut donc que les deux parties s'appliquent à déterminer conjointement les espaces communs, ce qui est du domaine du possible.

3. La relation entre la paix et la justice

L'appel au dialogue entre les religions était fondé sur des bases saines et logiques et il n'a pas manqué de laisser un écho favorable sur le plan de la compréhension de l'autre et de la diminution des champs de collision. Il a permis également de promouvoir la coopération en faveur des questions humaines et religieuses et des valeurs morales. Nous espérons que ce dialogue évoluera et passera de la phase d'entente entre les spécialistes à celle qui en fera une question d'ordre culturel général bénéficiant de l'acquiescement des peuples, et où les différentes questions civilisationnelles seront abordées loin de toute surenchère et de suspicion.

Il est impératif, dans tout dialogue, de procéder à partir de convictions préalablement agréées qui feront office de phares pour démêler les ambiguïtés et les divergences et paver la voie au processus de dialogue.

Nous estimons, à cet égard, que la foi en les dispositions naturelles de l'individu s'inscrit justement parmi les convictions communes à toutes les religions célestes.

L'on entend par "disposition naturelle" ce qui suit :

L'être humain est une création divine que Dieu, dans Sa sagesse infinie, en a fait le récipiendaire authentique d'un ensemble d'aptitudes, de capacités cérébrales, d'inclinations et d'instincts qui lui assure une évolution naturelle vers la perfection.

Les religions sont venues pour inciter les cerveaux à la réflexion (comme l'exprime l'Imam Ali) et instaurer les conditions propices à l'émergence des énergies cachées qui feront de lui un être humain, dont le comportement est différent en tous points des autres créatures, bien qu'elles partagent avec lui ces mêmes énergies.

Il est unique en ce sens qu'il possède la prédisposition à acquérir les connaissances, à se connaître, à explorer l'univers et à découvrir la réalité, la philosophie de l'existence et la relation entre les différentes choses. C'est cette prédisposition qui lui permet aussi de reconnaître le principe de la causalité et celui de la contradiction (l'addition des contraires et la conciliation des contraires), ainsi que d'autres questions. Ces éléments sont implantés dans la conviction et la conscience humaine et ne nécessitent nulle preuve, autrement c'est l'impasse, car c'est d'elles justement que découle la preuve. Quant aux capacités cérébrales, elles se traduisent par la propension de l'âme humaine à la méditation, la réflexion et l'analyse des choses, passant du niveau parcellaire à celui de l'intégralité, de l'évaluation des choses à celui de la conception d'images nouvelles et de clichés virtuels inexistants dans le monde réel. Cette capacité cérébrale est spécifique à l'être humain. Elle est le mystère qui entoure son processus évolutif, ses dimensions et son développement.

Quant aux penchants instinctifs, ce sont eux qui le conduisent vers la perfection et le poussent à tirer profit de ses énergies latentes.

Citons, parmi ces penchants, sa tendance vers la perfection absolue, sa tentative de combler les failles de son existence, à se reposer sur cet Absolu Omnipotent, à s'acquitter de ses obligations envers Lui, à Le remercier de Ses bienfaits et Lui obéir. Ce sont des éléments que l'individu trouve implantés dans sa nature même, qui est commune à toute la race humaine en dépit de sa diversité et sa multiplicité, quand bien même certaines suspicions viennent parfois masquer ces penchants et les étouffent

Il est aussi l'égocentrisme et la propension à concrétiser ses ambitions. Celle-ci se classe parmi les penchants originels de l'individu, que l'on ne peut ni dépasser ni combattre, contrairement à ce que le marxisme pensait naguère, à savoir, qu'il était possible de l'oblitérer à travers la suppression de la propriété privée.

Citons aussi le sens de l'esthétique et l'émerveillement que suscite la beauté et la splendeur de notre univers.

Notre intention n'est pas de passer en revue tous les penchants et dispositions naturelles de l'être humain mais de mettre en exergue le postulat suivant : la conviction que «la justice est toujours quelque chose de bien» et que «il faut toujours faire ce qui est bien» s'inscrit parmi les convictions naturelles qui ne nécessitent aucune preuve. Si l'individu acquiert la conviction qu'une telle action est bonne, il en découle chez lui une certitude indubitable quant à son caractère absolu. Parmi les sujets à caractère absolu s'inscrit également la détermination de la conscience humaine à reconnaître que la question d'obédience au Gratifiant Véritable, Propriétaire Réel de l'univers et de l'être humain, est une question absolue qui n'admet aucune contestation. Il est aussi des sentiments qui ont été cultivés dans l'esprit humain comme critères relatifs aux principes de justice, d'honnêteté, de probité, de miséricorde, d'affection et de paix. Dans leur essence, ces éléments sont prévenants, mais ils peuvent subir des modifications et perdre de leur prévenance naturelle. Ce faisant, ils cessent d'être les manifestations de la justice pour revêtir les aspects de l'injustice et du despotisme.

Nous pouvons ainsi déduire que cette disposition humaine naturelle est régie par deux postulats. L'un, absolue, répond au sens de la justice et à l'obédience du Sage Créateur. L'autre, restreint et relatif, est induit par l'honnêteté et la paix.

L'honnêteté peut, à certains égards, résulter des conséquences de l'injustice. Il en est de même de la paix, qui est suscitée par la témérité procédant du caractère d'inviolabilité de l'être humain. Si la justice est une valeur absolue, la paix est une valeur que nous nous efforçons de concrétiser, dans la mesure où elle prend un aspect de justice, ou que nous récusons si elle apparaît comme une injustice. Il reste, cependant, l'interrogation majeure suivante :

Quels sont les critères de justice ? et comment peut-on s'assurer de sa concrétisation ?

Les religions célestes mettent, toutes, l'accent sur les critères suivants :

Premièrement : Un critère dévotionnel qui nous permet de tirer profit de la science de l'Omniscient et Omnipotent, Dieu Tout-puissant. Il s'agit, en l'occurrence des enseignements immuables de la religion que l'on sait, avec certitude, qu'ils émanent de Dieu. Nous savons grâce à ce critère, que cette science procède invariablement et incontestablement d'Allah, de Sa miséricorde et Sa clémence envers l'être humain, Sa créature, ainsi que de Sa justice ; car Dieu, qui englobe tous les attributs de la perfection, ne veut pour l'être humain que le bien et ne le trompe jamais. Bien au contraire, Il lui dévoile tout ce qui est réel et ne lui veut que du bien.

Deuxièmement : Un critère spirituel où il suffit alors de revenir à la disposition naturelle elle-même.

Ce critère de conviction, quel qu'il soit, est intrinsèque à l'environnement humain. Ceci nous permet de découvrir d'autant plus la profondeur théorique de ce critère qu'il est inhérent aux êtres humains, abstraction faite de leurs circonstances individuelles et sociales, en tout temps et tout lieu. Pour mieux comprendre sa signification, il suffit de poser la question suivante à tout individu : "Pouvez-vous considérer le comportement d'un tel, qui tue par pure distraction, les orphelins et les vieillards comme étant un comportement humain ou bestial?" Or un tel comportement est, à l'évidence, un comportement bestial et le saint Coran invite l'être humain à la méditation consciente sur ses convictions naturelles. Il dit, à cet égard : «Vous sont permises les bonnes nourritures»(11) en laissant à l'être humain le soin de désigner les bonnes nourritures ; «Mon seigneur n'a interdit que les turpitudes (les grands pêchés»(12) en laissant à l'individu le soin de déterminer les turpitudes sachant que toute déviation comme une action immorale contraire à la nature ; et «[Et ne soyez pas comme] ceux qui ont oublié Allah ; [Allah] leur a fait alors oublier leur propres personnes ; ceux-là sont les pervers»(13).

C'est ainsi que nous débouchons sur la vérité suivante :

Les religions croient en la disposition naturelle de l'être humain, et c'est cette disposition qui détermine si la justice et la paix sont des nécessités absolues, mais dans la mesure où ces deux facteurs constituent à la fois un critère et une manifestation de la justice. D'où le besoin de mettre en permanence l'accent sur le concept de "Paix juste".

La paix mondiale et la position à prendre à cet égard

Nous avons souligné précédemment que la sécurité s'inscrit parmi les besoins naturels de l'être humain. Celui-ci puise ses racines dans l'un des instincts clés de l'homme, à savoir, "l'égocentrisme", instinct qui fonctionne avec les autres instincts de façon harmonieuse en vue d'atteindre l'équilibre dans le processus d'avancement vers la réalisation symbiotique des objectifs suprêmes de l'être humain. En effet, il ne suffit pas d'avoir les motifs instinctifs pour assurer l'équilibre du processus, car il faut aussi assurer un environnement naturel à l'esprit humain, tant sur le plan subjectif que spécifique, afin que ces motifs puissent le conduire à la réalisation des objectifs escomptés.

Le Seigneur, dans Sa grâce infinie, a cultivé dans la nature humaine soucieuse de jouir d'un climat de sécurité, l'axiomatique d'une sagesse assortie d'un penchant pour la justice et une aversion pour l'injustice et l'agression. Plus encore, Il a donné aux êtres humains la capacité de déterminer bon nombre de critères permettant de discerner la justice de l'injustice, leur prodiguant le moyen de communiquer avec le Créateur pour Lui exprimer leur obédience afin que s'ouvrent à eux les horizons de la Révélation.

Nous devons donc nous entendre théoriquement sur cette relation, et ce, afin de parvenir à une entente sur ces critères.

4. Le caractère central de la civilisation

Il est normal que l'Islam se présente comme le point central de la civilisation humaine, ou son meilleur exemple, en ce sens qu'il constitue le dernière et ultime genre civilisationnel que le Créateur, dans Sa clémence, a offert à la Oumma islamique comme modèle et témoin aux gens : «Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous»(14).

Or l'Occident, qui se considère le but et la finalité de l'Histoire, se présente comme le point civilisationnel central que les nations doivent adopter. Et bien que Fukuyama, le penseur américain d'origine japonaise, s'oppose à la théorie de choc des civilisations avancée par Samuel Huntington, il s'accorde avec lui quant à la conclusion, à savoir, le triomphe de la civilisation occidentale libérale sur toutes les autres civilisations. Bryan réaffirme cette théorie, comme indiqué précédemment, en invitant le monde islamique à brûler certaines étapes afin d'atteindre ce niveau. "Il estime que le monde islamique traverse dans le quinzième siècle de l'hégire le même processus que celui vécu par le monde occidental au XV° siècle de l'ère chrétienne avant d'atteindre le niveau auquel il est parvenu aujourd'hui".

D'autres politiciens et juristes occidentaux se sont fait l'écho de cette théorie, non sans une certaine arrogance et comparaisons inéquitables, même entre certaines réflexions islamo-chrétiennes.

A mon sens, laisser les choses telles quelles, en se livrant à des joutes comparatives ne mènera nulle part. Ce que nous devons faire, en réalité, c'est de décomposer chacune des civilisations en leurs éléments constitutifs originels, puis comparer ces éléments en s'appuyant sur nos obligations humaines réciproques et notre conscience mutuelle, dans l'espoir de déboucher sur des conclusions communes, sinon nous serons condamnés à demeurer dans un cercle vicieux.

5. L'universalisme et la mondialisation

Là aussi, nous devons permettre à chaque partie d'exposer son point de vue et convenir des principes généraux fondés sur la pluralité, la coopération et un ordre mondial commun servant la cause de l'ensemble de l'humanité, tout en évitant de gaspiller inutilement les énergies.

Il est, en vérité, trois systèmes concurrents, à savoir, l'Islam, le socialisme et le capitalisme. Tous trois possèdent des orientations mondiales. Je voudrais insister ici qu'il n'existe aucune différence sémantique entre mondialisation et universalisme. Nous avons déjà indiqué que l'Islam, en tant que dernier maillon de la série de religions célestes, est venu reformer l'humanité, car il incarne la voie prescrite par le Créateur pour la délivrance de l'individu. Ce faisant, Il s'appuie sur les dispositions naturelles communes à l'ensemble de la race humaine et retient la logique du dialogue et de la persuasion. De même qu'Il se propose comme l'ultime recours pour la délivrance des êtres humains. Pour atteindre ses objectifs, cet Islam adopte le processus de changement individuel et collectif, d'élimination des frontières tant géographiques que raciste et linguistique, l'édification d'une société mondiale aux sentiments communs appliquant une seule et unique loi et poursuivant des buts humains similaires. Cette orientation mondiale apparaît dans de nombreux textes islamiques, notamment dans les paroles divines suivantes : «Dis: "Ô hommes! Je suis pour vous tous le Messager d'Allah»(15) et «Peu s'en faut que ceux qui mécroient ne te transpercent par leurs regards, quand ils entendent le Coran, ils disent: "Il est certes fou!" Et ce n'est qu'un Rappel, adressé aux mondes!»(16)

L'Islam, qui a pris dès le départ une orientation universelle, réaffirme cette tendance et poursuit cette voie, tout en mettant l'accent sur l'unicité de la logique, du processus et de l'objectif islamiques. Quant à la philosophie du socialisme, celle-ci s'est appuyée historiquement sur le côté matériel en faisant passer l'humanité, à travers quelques lois dont le conflit antisocialiste, d'abord de l'esclavage au féodalisme, puis au capitalisme commercial et au capitalisme industriel, avant d'atteindre l'étape socialiste puis celle du communisme. C'est ainsi que le socialisme a acquis sa perspective mondiale sur la transformation du monde. Il est clair que le socialisme s'est reposé, pour y aboutir, sur les conflits des classes, la révolution et le régime socialiste despotique qui devait conduire la société au paradis, tel qu'il est imaginé par les socialistes, c'est-à-dire le communisme(17). Mais cette vision n'a pas tardé à se désintégrer, n'ayant pas réussi à se réaffirmer, tant sur le plan théorique que pratique.

S'agissant du capitalisme, celui-ci s'est amorcé depuis le début sans une quelconque base idéologique. En effet, il s'intéressait surtout à l'organisation de la vie, fondée sur le principe de la liberté capitaliste individuelle. Mais confronté aux idées antinomiques, il se mit à emprunter au socialisme ses slogans, qu'il substituait par des slogans opposés. C'est ainsi que la justice sociale devint les droits de l'homme, et que le développement économique s'est transformé en marché libre et promotion de la production. La mondialisation capitaliste, procédant des slogans nationaux prolétaires, a démarré localement puisqu'elle n'était axée que sur l'Occident. Ce n'est que lorsque les conjonctures devinrent propices que la mondialisation s'imposa de façon mondiale.

6. La mondialisation sociale et les problèmes de population et de développement

De l'approche sociale occidentale qui a gouverné le processus d'élaboration des déclarations sociales internationales, dont les déclarations respectives du Caire, de Copenhague et de Pékin, nous pouvons conclure qu'il existe des principes régissant cette approche, en particulier les éléments suivants :

i. La théorie de Malthus selon laquelle les moyennes de développement humains sont plus rapides que les moyennes de développement des ressources naturelles ;

ii. Il est nécessaire d'éliminer les barrières freinant la libre satisfaction des instincts sexuels, ces barrières étant contraires aux droits de l'homme et sont susceptibles d'entraîner l'inhibition psychique et la rébellion ;

iii. Ne pas croire dans les soi-disant valeurs humaines ou morales sociales -ces valeurs étant rédhibitoires à l'adhésion de la société mondiale à la culture occidentale- d'où la nécessité de les supprimer socialement afin que les peuples s'ouvrent au processus d'invasion culturelle ; il s'agit d'imposer les clichés occidentaux non seulement à l'esprit mais aussi aux règles sociales subsidiaires, qui constituent une passerelle légale à travers laquelle s'effectue l'infiltration dans l'esprit des gens des principes des droits de l'homme. En effet, l'Occident se propose comme le dépositaire des droits de l'homme, ce qui rend cette étape la plus dangereuse dans le processus d'invasion ;

iv. L'esprit laïc avec lequel l'Occident défie l'autorité de l'église et s'y soustrait en faveur du matérialisme pour édifier une nouvelle civilisation alliant cette démarche au progrès scientifique et considérant sa ligne de conduite comme étant celle que doit retenir le reste du monde.

C'est ainsi que l'Occident est devenu sensibilisé à tout ce qui est de nature religieuse ou qui se rapporte à la religion. C'est à partir de ces postulats que cet effroyable plan a été conçu, incorporant les éléments suivants :

a. Appuyer l'affranchissement total des sujétions religieuses, en particulier dans le domaine familial et social ;

b. Réduire la croissance démographique par tous les moyens, y compris l'avortement ;

c. Imposer les concepts occidentaux de droits de l'homme sur les plans intellectuel, pratique et juridique ;

d. Insister sur l'idée de mondialisation sociale et d'ingérence des Nations unies dans les cultures des peuples et leurs structures sociales. Il convient de noter que l'Islam ne reconnaît aucun de ces principes, d'autant que le saint Coran met l'accent sur le fait que Dieu a doté la nature de tout ce dont l'homme a besoin.

En vérité, c'est par son iniquité dans la distribution équitable des ressources naturelles que l'homme a engendré le problème, ainsi que l'atteste la parole divine suivante : « Il vous a accordé de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits d'Allah, vous ne sauriez les dénombrer. L'homme est vraiment très injuste, très ingrat»(18).

Les instincts, qui sont de nature aveugle, ont été conçus avec l'individu pour lui permettre d'atteindre ses objectifs, et ce, dans la mesure où ils sont rationnellement guidés selon un plan législatif réaliste. Si on leur lâche la bride, ils se transformeront en un ouragan qui ne tardera pas à balayer la conscience humaine. La croyance en les valeurs morales procède de la foi en Dieu, Créateur des dispositions naturelles de l'être humain et de sa conscience, et toute action allant à l'encontre de cet axiome ne fera que ramener l'humanité au rang des animaux : «Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore»(19).

En définitive, l'Islam est la religion de la société interdépendante et sans laquelle la vie ne peut s'organiser. Le laïcisme est donc catégoriquement rejeté et, par conséquent, toutes les conclusions adoptées par ceux-là sont également rejetées.

Il est cependant un important point qu'il faut souligner, à savoir qu'il existe des substituts licites qui s'imposent et qu'il convient de prendre en considération, car il ne sont pas tous négatifs. La question de la planification familiale, par exemple, a été retenue par l'Islam, qui l'a autorisée, voire ordonnée, en fonction des circonstances sociales. En effet, si des externes à l'Etat islamique perturbent la croissance démographique d'une région et désorientent sa planification, le responsable de la famille sera en droit de prendre une décision qui soit compatible avec l'intérêt social. Ici, il appartient au père et à la mère de prendre librement les mesures qu'impose la planification. Mais cette action doit suivre les procédés légaux. Or l'avortement ne s'inscrit guère dans cette perspective, étant strictement interdit, sauf dans les rares cas où la vie de la mère est en danger, ou si le fotus est atteint d'une maladie létale ou incurable.

Les droits de l'homme, au sens vrai, sont garantis par l'Islam à tous les êtres humains et dans un cadre réaliste et sain.

Quant à la mondialisation, elle revêt une signification spéciale en Islam. L'évaluation de la mondialisation selon l'Islam s'effectue, en effet, sur la base des dispositions humaines naturelles. Elle est commune à tous les individus. De même qu'elle est immarcescible, quand bien même son incidence peut tantôt s'affaiblir, tantôt se renforcer.

En tout état de cause, cette question doit être traitée avec prudence et objectivité, sinon nous nous retrouverons submergés par ses aspects négatifs.

Quant à la problématique de l'enseignement (pour les deux sexes), il est essentiel de noter que l'Islam n'accepte aucune réserve en la matière, car l'Islam est la religion de la science. Il préconise l'apprentissage de l'homme à toutes les étapes de la vie. Nous n'avons donc pas de problème à enseigner à l'être humain ses droits individuels et sociaux et à lui dévoiler les vérités.

Le vrai problème réside dans l'exploitation de l'enseignement et des méthodes didactiques à des fins inhumaines. C'est justement à ce type d'exploitation que l'Islam s'oppose.

L'éducation sexuelle s'inscrit, en effet, dans les choses naturelles ; elle permet non seulement de prévenir l'impact négatif de l'ignorance mais aussi de planifier judicieusement l'avenir afin d'atteindre le but prescrit par le Créateur, à savoir, la pérennité de l'existence de la race humaine. Car celle-ci doit assurer tout autant le peuplement de la terre, l'édification saine de la société et l'organisation des relations sociales que de satisfaire ses besoins sexuels naturels et jouir de la vie.

Tous ces éléments s'inscrivent dans le cadre du naturel. Il était donc naturel que l'Islam le recommande. Mais c'est dans l'exploitation de ce processus que réside le danger, en ce sens qu'il touche un aspect délicat de la vie humaine, en particulier la jeunesse. D'où la nécessité de prendre de précaution contre cette exploitation. Rappelons que la délégation iranienne ne cesse, à tous les forums, d'insister sur la nécessité que l'enseignement en la matière commence à un âge approprié, sous la supervision des parents, et ce, afin d'éviter les conséquences négatives, fussent-elles individuelles ou collectives, sexuelles ou spirituelles. Il faut donc élaborer un plan circonspect permettant d'inculquer à nos enfants, garçons et filles, les informations qui leur sont nécessaires dans ce domaine, notamment sur les questions portant sur la propreté, le mariage, les sanctions, etc.

Mais la dissimulation des mystères afférents à cette question sous prétexte de pudeur (ce qui est en définitive naturel) ne doit pas constituer un frein à leur familiarisation avec les informations nécessaires en la matière, autrement nous risquons de les exposer aux dangers qu'elles comportent.

S'agissant de l'avortement, il est des pays qui l'autorisent dans leurs législations. Il existe, en revanche, un autre courant mené par l'église qui le prohibe totalement, ainsi que tout processus de contrôle des naissances ou de planification familiale, notamment les contraceptifs, sauf dans les cas de rapprochement sexuel planifié pendant les jours où s'opère la fécondation séminale.

D'un autre côté, il y a le courant islamique médian qui s'oppose à l'avortement dès l'instant de la fécondation séminale. L'Islam autorise en effet toute action visant à empêcher la fécondation, tel que l'interruption du coït que le Prophète a autorisé à ses Compagnons. Il n'interdit pas non plus l'avortement si la vie de la mère est en danger ou si le fotus est infecté par une maladie incurable.

En tout état de cause, cette action ne doit pas être recommandée et ne constitue, en aucun cas, un moyen de contrôle des naissances.

Mais si la loi autorise cette démarche, il convient qu'elle soit exécutée selon des méthodes sûres et saines.

En outre, l'Islam interdit catégoriquement à la mère qui ne désire pas d'enfants, ou pour des raisons économiques ou sociales, de pratiquer son propre avortement.

Le fotus, abstraction faite des causes de sa formation (même illicites) est un être humain respectable qui a droit à la vie. Non seulement il ne faut pas que cette vie soit agressée, mais elle doit bénéficier de toutes les conditions nécessaires à sa pleine formation ainsi qu'à son accouchement.

Il reste, cependant, les deux problématiques suivantes :

1. La problématique de la jeunesse : La jeunesse doit affronter bon nombre de problèmes, en raison même de sa vitalité, de sa nature changeante et des comportements qu'il doit tantôt relâcher tantôt juguler, selon son humeur ou les exigences de la société, tels que les problèmes sexuels ou matrimoniaux, ainsi que sa tendance à s'affranchir de toutes les sujétions, à se rebeller contre les traditions, à chercher des réponses à ses multiples interrogations, préoccupations et tourments de la personnalité, et son oscillation entre l'enfance, la maturité et les problèmes de l'enseignement.

Comme indiqué plus haut, cette situation exige une réaction rationnelle de notre part, à travers des études sur le terrain, des rencontres libres et amicales, en ouvrant à combler le vide juvénile par tous les moyens positifs, en l'éloignant de la violence, de la dissolution et de la rébellion, en lui fournissant des opportunités objectives qui lui éviteraient l'introversion, et en lui inculquant les manières vertueuses avec sagesse et par la bonne parole.

2. La problématique de la femme : La femme a également ses problèmes spécifiques, notamment sur le plan social, tels que les problèmes matrimoniaux et sa position d'infériorité face aux violences engendrées par la guerre, l'exil ou les traditions iniques, ou les problèmes qu'elle doit affronter dans l'arène sociale administrative, économique, politique ou de l'enseignement. Il convient donc de répertorier ces problèmes et leur trouver les solutions appropriées en s'inspirant des solutions islamiques originelles, loin de tout radicalisme susceptible de dépouiller la femme de ses droits humains islamiques et l'empêcher de contribuer au processus d'édification sociale élargie, voire au processus civilisationnel humain, à l'instar de ces femmes qui ont laissé leur empreinte dans l'Histoire.

La femme constitue, en vérité, une réserve énergétique que nous ne devons pas dénigrer et la regarder fondre, mais la capitaliser pour le bien-être de l'humanité.

7. La démocratie

Le libéralisme occidental accorde au peuple tous les pouvoirs. C'est au peuple que revient la responsabilité de la codification des lois et de la désignation des dirigeants.

Très souvent, cependant, la démocratie occidentale se transforme en une chimère dès lors que s'emmêlent l'argent, la fraude et les alliances d'intérêt.

L'Islam considère, quant à lui, que la religion a le droit d'intervenir dans la codification des lois et la désignation des dirigeants parce qu'elle procède justement du Créateur Lui-même. Aussi, en vertu de ce postulat, l'Islam a entrepris les fonctions suivantes :

i. Procéder au traitement de l'aspect continu des besoins humains à travers des principes qui, bien qu'ils soient immuables, sont susceptibles de modification dans le mode de mise en ouvre selon le temps, le lieu et l'effort d'interprétation en fonction des méthodes d'application de la solidarité et de l'équilibre social dans les différentes communautés islamiques ;

ii. Permettre au dirigeant islamique de consulter avec la nation pour la réalisation de ses intérêts mouvants et la satisfaction de ses besoins de la meilleure façon dans la limite de ce qu'autorise la loi ;

iii. Fixer les conditions nécessaires à l'élection des cadres supérieurs, à tous les niveaux, et ce, de telle sorte que nous pouvons prétendre que le gouvernement est islamique et qu'il représente la volonté du peuple dans le contexte religieux.

Il existe, ainsi, beaucoup de points communs comparables, dans une certaine mesure, à la démocratie occidentale.

8. Le laïcisme

Cette idée a émergé en Occident à la faveur des luttes entre les partisans et les adversaires de l'émancipation de l'influence de l'église et qui ont abouti à un divorce quasi-total entre l'église et la vie sociale et, partant, entre la religion et la vie.

Cependant, la nature de l'Islam, ses enseignements, sa planification du type de gouvernance, associés à ses applications scientifiques, vont à l'encontre de cette notion de divorce. Aussi n'y a-t-il pas sur ce point une quelconque possibilité d'entente.

9. Les droits de l'homme

Sur ce plan, il n'y a pas beaucoup de divergence tant au niveau du concept que du type de contraintes nécessaires au contrôle de ces droits, au sens rationnel du terme. Les divergences portent sur d'autres questions telle que "la racine originelle des droits". Il s'agit donc de savoir si c'est l'homme qui les décide, les élabore, en fixe les critères selon les résultats des études entreprises dans ce sens ? Ou est-ce Dieu, le Créateur de cet être humain, qui en fait le dépositaire, et qui fixe à ces droits des limites qui assureront que l'être humain en tire le meilleur profit afin qu'il réalise son plein essor, tant sur le plan individuel que social, tout en veillant à ce qu'ils ne perturbent pas l'équilibre requis ? Il s'agit donc de savoir, sur cette question, lequel de nous a raison, lequel a tort.

A notre sens, nous estimons que la foi, dans le contexte des dispositions naturelles de l'individu, est nécessaire à la croyance en les droits de l'homme. Car cet homme, pour lequel ces droits sont conçus, est celui justement qui possède, de par sa nature, des dispositions naturelles nées avec lui et qu'il conservera aussi longtemps qu'il demeurera un être humain. Car s'il se transformait en une bête, il perdrait ces droits : «Et ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allah; (Allah) leur a fait alors oublier leurs propres personnes; ceux-là sont les pervers»(20). En vérité, si on refusait de croire en ces dispositions naturelles, nous perdrions le critère permettant d'identifier les droits. Il est possible, d'ailleurs, que ceux qui ont élaboré la Déclaration mondiale des droits de l'homme se fondaient inconsciemment, ou secrètement, sur ce principe lorsqu'ils ont souligné au début de la Déclaration la nécessité d'appréhender l'inclination innée de l'être humain en matière de réalisation de la liberté, de la justice et de la paix.

D'où cette considérable divergence entre l'Occident et l'Islam sur les critères régissant ces droits. Nonobstant, il existe une multitude d'éléments sur lesquels nous pouvons nous entendre ; il suffit de comparer, à cet égard, la Déclaration mondiale et la Déclaration islamique des droits de l'homme pour s'en convaincre(21).

10. Le soutien au mouvement sioniste

L'hostilité entre le mouvement sioniste et la Oumma islamique ne cesse de se creuser en raison, d'une part de la nature raciale du sionisme et, d'autre part, de l'enracinement de la velléité du crime dans l'esprit des sionistes. Près d'un siècle s'est écoulé regorgeant d'agressions sur les droits des musulmans ; agressions de l'ennemi sioniste qui ont fait frémir d'horreur l'humanité tout entière et qui sont internationalement reconnues et sanctionnées par les dizaines, voire les centaines de résolutions des Nations unies.

Or, paradoxalement, l'Occident avec les USA à sa tête, s'érige aujourd'hui en défenseur d'Israël, lui apportant toutes sortes de soutien, allant même au-devant des propres slogans de ce dernier sur la protection des droits de l'homme en le considérant comme le régime démocratique le plus avancé du Tiers monde.

En adoptant cette logique de deux poids deux mesures, l'Occident se met en porte à faux sur la question de défense des droits de l'homme et suscite l'animosité du monde islamique, voire de tout individu soucieux de son humanisme.

Maintes tentatives ont été entreprises pour aboutir à une quelconque entente commune, mais elles ont été toutes vouées à l'échec devant la nature raciste et agressive sioniste. Aussi sur ce plan n'y a-t-il aucune possibilité de négociation.


(*) Secrétaire général de l'Académie mondiale du Rapprochement entre les Madhahib, Téhéran, République islamique d'Iran.

(1) Sourate Al-Joumou'a, verset 2.

(2) Kenz al-'Ummal, Vol. 4, p. 333 et Al-Kafi, Vol. 5, p. 27, et autres.

(3) Sourate Ibrahim ; 34.

(4) Rapporté par Muslim en ces termes : «Ouhoud est un mont qui nous aime et que nous aimons».

(5) An-Nour ; 55.

(6) Richard Bulliet, La civilisation Islamo chrétienne, traduit par Mohamed Haddad, Dar Annachr, Beyrouth, 2005.

(7) Ibid.

(8) Histoire de la civilisation, Vol. 13, p. 5.

(9) Série d'articles dans the Economist, Londres, 1994.

(10) Al-Insân (L'être humain) : 3.

(11) Al-Maïda (la Table servie) ; 5.

(12) Al-A'arâf ; 33.

(13) Al-Hashr (l'Exode) ; 19.

(14) Al-Baqara (la Vache) ; 143.

(15) Al-A'raf ; 158.

(16) Al-Qalam ; 51/52.

(17) Pour plus d'informations, voir le martyr Mohammad Baqir Al-Sadr dans son ouvrage "Iqtissaduna" (notre économie), pp. 53-238.

(18) Ibrahim ; 34.

(19) Al- A'arâf; 179.

(20) Al-Hachr (l'Exode) ; 19.

(21) Voir notre ouvrage "Sur la constitution islamique", p. 157.

 

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