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| Editorial : Pourquoi l’Occident ne comprend pas le Monde musulman ? |

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Editorial:

Pourquoi l’Occident ne comprend pas le Monde musulman ?

Les centres et instituts spécialisés dans les études stratégiques et politiques multiplient depuis quelques années déjà, les études sur ce que les cercles académiques en Occident appellent la «situation de l’Islam». Cette situation reste liée, dans l’esprit de ceux qui réalisent ces études, de manière quasi spontanée au terrorisme et à l’extrémisme. Par le passé, qu’il s’agisse de l’époque de la guerre froide, ou même avant, l’étude de l’Islam d’un point de vue religieux, culturel et civilisationnel était limitée à une petite catégorie de chercheurs occidentaux qu’on appelait les (arabisants) ou les (orientalistes) qui se spécialisaient alors dans l’étude de la langue arabe ou dans les études islamiques qui couvrent la majorité des champs de la culture musulmane. La plupart de ces chercheurs travaillaient pour les ministères des affaires étrangères, ou selon l’ancienne appellation, les ministères d’Outre-mers dans les pays qui colonisaient alors les pays musulmans de l’Indonésie au Maroc. Ces chercheurs ont écrit de nombreux ouvrages, réalisé de nombreuses études et publié des manuscrits appartenant au patrimoine musulman, les sauvant ainsi d’une disparition imminente et les éditant selon les critères d’authentification scientifiques rigoureuses qu’ils ont mis au point. C’est rendre justice à ces chercheurs que de dire qu’une grande part de ces publications édités depuis le 18 ème siècle et plus particulièrement durant le 19ème siècle et la première partie du 20 ème siècle, ont, d’une manière ou d’une autre, rendu un grand service à la culture arabo-musulmane, même si tel n’était pas leur objectif et qu’ils avaient pour visée de servir les intérêts colonialistes.

Ces savants occidentaux se rencontraient lors de conférences internationales qui se tenaient régulièrement dans une capitale européenne, voire dans l’une des capitales arabo-musulmanes et qui s’intitulaient «conférence internationale des orientalistes». Ces rencontres ont démarré en 1873. En effet, la première conférence s’est tenue à Paris sur l’invitation de l’Union internationale des Orientalistes qui s’est constituée en Europe. La 24 ème conférence qui s’est tenue à Munich en Allemagne en 1957 fut la dernière.

Néanmoins, l’évolution de la situation mondiale, plus particulièrement celle que le monde musulman a connue, ainsi que l’émergence de variables dans la politique internationale, et dans le domaine de la pensée, de la culture et des sciences humaines, ont fait que l’idée même de tenir des conférences sous cet intitulé fut abandonnée et remplacée par d’autres congrès qui portent d’autres noms mais qui servent ces mêmes objectifs par des moyens et des méthodes rénovées. Les orientalistes se réunissaient dorénavant dans un nouveau cadre appelé : «Congrès international d’études asiatiques et nord-africaines» organisés par l’Institut du Moyen-Orient à Washington ou par la Ligue pour les études sur le Moyen-Orient aux Etats-Unis ou l’Association Britannique pour les Etudes sur le Moyen-Orient ou encore d’autres instituts et institutions qui se sont spécialisés dans ce domaine.

Ces instituts d’études stratégiques, politiques, culturelles et intellectuelles, ainsi que les instituts spécialisés dans les questions du Moyen-Orient ou du Proche-Orient selon l’ancienne appellation, se sont multipliés durant cette époque et continuent à se multiplier. Les départements de langues orientales dans certaines universités occidentales jouaient le rôle de ces centres. Il convient de noter que ceux qui travaillaient dans ces départements étaient, en règle générale, d’éminents savants qui maîtrisaient leur sujet, disposaient d’une spécialisation très pointue et d’une grande connaissance du monde musulman qui leur permettaient de rendre de très grands services à leurs gouvernements, contrairement à ce qui se passe actuellement. En effet, très peu de savants occidentaux, disposent aujourd’hui, d’une grande connaissance de la pensée musulmane, de la culture arabo-musulmane, de la langue arabe ou encore d’une connaissance approfondie des sociétés musulmanes. Cela se reflète d’ailleurs négativement sur la plupart des études qu’ils réalisent et des rapports qu’ils élaborent. Or, ces études constituent souvent des sources essentielles pour les décideurs qui s’y réfèrent pour établir les politiques concernant le monde musulman dans les domaines politique, économique, militaire, sécuritaire, social, religieux, culturel et médiatique. C’est d’ailleurs là où réside la source du dysfonctionnement, de la confusion et de la carence qui caractérisent les décisions prises par les milieux officiels en Occident lorsqu’il s’agit de questions concernant les arabes et les musulmans ou lorsqu’il s’agit d’établir des relations fondées sur l’égalité et l’équilibre avec les pays arabes et musulmans ; à telle enseigne que les échecs des politiques occidentales actuelles, vis-à-vis du monde musulman, sont souvent dus à l’improvisation, au manque d’objectivité et d’honnêteté qui caractérisent ces études. En effet, ces dernières se fondent généralement sur des concepts erronés, sur des analyses qui pêchent par un manque de méthodologie et sur des conclusions imaginaires fondées sur des données non fiables, fournies, de manière malintentionnée, par des personnes ou des parties qui ne sont pas dignes de foi.

L’une des répercussions négatives et lourdes de conséquence qui découlent de cette situation est que l’Occident a une compréhension erronée, ambiguë et malintentionnée du monde musulman, car les politiques et les options qu’il engage, à chaque fois qu’il s’agit des questions arabo-musulmanes, s’éloignent de la réalité, se fondent sur des bases malsaines et partent de visions et de conceptions aux antipodes de la réalité. Tout cela se traduit souvent par une atteinte constante aux intérêts suprêmes des peuples musulmans et une incitation à prendre les décisions qui endommagent les relations entre le monde musulman et l’Occident et, par là même, les relations internationales. Cette situation induit en fin de compte des conflits et des crises et réduit à néant les droits des deux parties, les privant de l’opportunité de construire ensemble un monde pour l’homme, fondé sur les règles de l’équité et de l’égalité et sur les valeurs de la tolérance et de la coexistence.

Ainsi, la question : Pourquoi l’Occident ne comprend pas le Monde Musulman ? reste posée dans les milieux académiques et dans les centres des études stratégiques. C’est cette question qui a été détournée et transformée de l’autre côté en : pourquoi nous détestent-ils ? La vérité est qu’une réponse honnête, précise et convaincante à la première question comporte en elle la réponse objective et juste à la deuxième question. La relation entre les deux est indivisible. Si l’Occident avait du Monde musulman une compréhension précise fondée sur des vérités et des données fiables et sur une analyse rigoureuse des événements et des réalités et sur une clairvoyance quant aux aspirations des peuples musulmans à leurs ambitions et à leurs besoins de développement et de progrès cette question ne serait même pas posée. Si l’Occident avait du Monde musulman une compréhension fondée sur le respect total de leurs droits et de leur souveraineté et sur leurs spécificités religieuses et culturelles alors cette question ne serait même pas posée. Si l’Occident respectait le droit international dans ses relations avec le Monde musulman et s’en tenait aux règles qui régissent les relations internationales justes et équitables dans les positions qu’il prend, bref si l’Occident avait cette attitude alors la question : «pourquoi nous détestent-ils ?» ne se serait jamais posée.

L’absence de données précises et la prise en compte des écrits, études, rapports et monographies, d’une catégorie de chercheurs qui prétendent être spécialisés dans l’étude de la «situation du monde musulman» sans faire preuve d’honnêteté intellectuelle et sans se départir d’un sentiment d’arrogance et d’un désir d’hégémonie, sont autant de facteurs qui empêchent une bonne compréhension du Monde musulman que ce soit au niveau politique, économique, social, ethnique, culturel ou religieux. C’est ce qui est à l’origine de jugements non équitables qui ne reflètent aucunement la réalité dans sa globalité et qui impliquent des décisions qui, à la longue, s’avèrent hâtives et inadéquates. Or, ces décisions ne servent pas les intérêts réels et permanents de l’Occident et poussent les musulmans à prendre des positions pour se défendre et conjurer les dangers de certaines décisions et de certains actes inconsidérés.

 

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