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Revue l'islam aujourd'hui N° 24-1428H/2007

 

Considérations autour de la conférence du Pape Benoît XVI(*)
Dr Abdulaziz Othman Altwaijri

La Conférence que le Pape Benoît XVI a donnée le 12 septembre 2006 à Ratisbonne a encore une fois suscité la polémique autour de la Raison en Islam et corrélativement, de la Raison dans le Coran et dans la civilisation islamique. Elle n’a pas manqué non plus de remettre sur le tapis la question de la diffusion de l’islam par la force du glaive. Ces deux controverses ont été posées par un certain nombre d’orientalistes depuis que l’orientalisme commença à mettre en doute, en les dénaturant, les vérités et les préceptes de la religion musulmane.

Dans sa conférence, le Pape cite l’empereur byzantin Manuel II Paléologue qui affirme : «Ne pas agir selon la Raison est contraire à la nature de Dieu». Partant de cette citation, il s’engage dans un développement laissant entendre que l’islam n’incite pas à l’usage de la raison et que le christianisme a, en revanche, intégré le rationalisme grec en lui réservant une place primordiale dans sa pensée et en incitant les chrétiens à en faire usage. Selon lui, le christianisme se distingue nettement de l’islam qui, lui, inciterait à l’usage de la force pour se propager.

Il est de fait étrange de soutenir que l’islam fait l’impasse sur la raison, alors que le Coran y exhorte dans quarante-neuf versets. Ainsi, mentionne-t-il la raison sous différentes appelations : Al-lub dans dix versets, An-nouha dans deux versets, Al-fiqh et At-tafakuh -dans le sens d’usage de la raison- dans vingt versets, At-tadabur (réflexion) dans quatre versets et Al-i’tibâr dans sept versets. Quant aux occurrences coraniques qui appellent à la sagesse et qui mentionnent le cœur en tant qu’outil de la raison, ils sont au nombre de cent-trente-deux, sans oublier les termes «science», «apprentissage» et «savants» qui sont cités dans plus de huit cent versets.

Depuis les premières années de l’hégire, les savants musulmans ont cerné la notion de raison. Ainsi, dans son ouvrage Mufradât al Qur’ân (Mots du Coran), Al Râghib Al-Isbahani présente la raison en ces termes : «la raison s’entend de cette forte disposition à assimiler la science. La science, ainsi acquise par l’homme, est dite raison» Pour les ulémas spécialisés dans les fondements de la religion, la raison est le siège du devoir, c’est-à-dire qu’elle implique des obligations religieuses. Ainsi, le premier pilier de l’islam revient à professer qu’il n’y a qu’un Seul Dieu et que Mohammad (PSSL) est Son prophète. Or, la profession de foi ne peut être juste dans l’absolu que si elle passe par le prisme du savoir, de la certitude et de la connaissance, autant dire de la raison. En effet, comment le Musulman peut-il attester qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que Mohammad et Son messager s’il n’en est pas conscient et s’il n’est pas certain que ce qu’il professe est vérité ?  

Cheikh Mohammad Abdou dit à ce propos : «De toutes les forces de l’homme, la raison est la plus majestueuse et la plus fondamentale. Elle a pour fonction de lire l’univers ; et cette lecture mène vers le chemin de Dieu et guide sur les pas du prophète».

En vérité, l’islam appelle à croire à l’existence d’un Dieu Un et à croire en le message de Mohammad (PSSL). La croyance en un Dieu Unique oriente la raison humaine vers la contemplation de l’univers et l’amène à le considérer  avec discernement et bon jugement pour enfin conclure à l’existence d’un Créateur omniscient, omniprésent et singulier à l’image de la singularité de l’ordre universel. Ce Dieu attire sur son chemin l’homme doté de raison. En effet, la croyance en un Dieu Unique est le fruit de la raison et de la réflexion.

Cheikh Mohamed Abdou dit encore : «Nous avons été dotés de raison pour examiner les finalités et les causes, pour distinguer le simple du complexe, et nous avons été dotés d’esprit pour percevoir et sentir. Ainsi, peut-on sentir le plaisir, la douleur, la peur ou la sérénité».

Quant à Abbas Mahmoud Al Akkad, il dit : «le Coran exalte la raison et exhorte à en faire usage et à s’y référer. Il n’y est mentionnée de manière épisodique ou sommaire, loin s’en faut. Incitant clairement à en faire usage, le Coran désapprouve ceux qui n’y ont pas recours. Le Coran traite des différentes manifestations rationnelles qui déterminent les différentes fonctions et activités de l’homme tout en relevant les nuances qui les distinguent suivant le contexte. Ainsi, le Coran ne traite pas uniquement de la raison en tant que bon sens ni de la raison en tant que moyen de perception ou source de bon jugement, mais de toutes les fonctions et spécificités rationnelles dont l’esprit humain est capable».

Selon le Coran, la raison est une obligation. Al Akkad soutient cette idée dans son ouvrage Al tafkir faridatun islamia (la réflexion, une obligation islamique). Le Coran conçoit la raison humaine comme un ensemble de fonctions et interpelle la raison qui conduit à la sagesse et qui guide sur le bon chemin. De plus, le Coran ne cite pas la raison de manière épisodique et sommaire mais de manière détaillée, se distinguant sur ce point de tous les autres livres saints.

En s’adressant à la raison en général, le Saint Coran dit : «Il y a dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance du jour et de la nuit, dans la course des navires sur la mer, chargés d’utilités pour les hommes, dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel et dont Il fait revivre la terre après l’avoir fait mourir, avant d’y répandre des animaux de toute espèce, dans la modulation des vents et des nuages, Ses commissionnés entre le ciel et la terre, il y a vraiment dans tout cela des signes pour un peuple capable de raisonner» (Sourate de la Vache). Le Saint Coran insiste sur le raisonnement dans la Sourate des Croyants où on peut lire : «Lui qui fait vivre et mourir, de qui relève l’alternance de la nuit et du jour, ne raisonnez vous pas ?». Dans la même veine, la Sourate de l’Araignée confirme l’importance de l’usage de la pensée et de la raison : «Voilà les semblances dont Nous usons à l’intention des hommes. Mais il n’est que ceux qui savent pour en tirer raison». Et enfin dans la sourate de la Vache, Dieu dit : «Iriez-vous prescrire à autrui la piété en vous oubliant vous-mêmes, maintenant que vous pouvez réciter l’Ecrit ? Ne raisonnez-vous pas ?»

Pour l’imam Al Ghazali, la raison correspond à la vision de l’islam : une raison en quête de vérité où qu’elle soit. La raison emprunte toute voie menant vers le savoir et maintient toujours une lumière qui l’éclaire et rend sa vision plus nette.

Chez Ibn Al Qaim Al-Jawziah, la raison est «le fait de maîtriser l’élan du cœur et de le réfréner pour qu’il reste sous son contrôle». Dans son ouvrage intitulé Miftah Dar As-saada (la clé du bonheur), il affirme : «La raison peut vouloir signifier cet instinct qui permet à l’homme de distinguer le bien du mal». Par ailleurs, la raison, selon Al Harith Al Mouhassibi est «l’instinct qui mène vers la science et toute action qui génère le savoir». Chez Al Imam Al-Chatibi, «la raison n’est nullement indépendante et se fonde sur l’absolu. L’esprit ne peut, de ce fait, appréhender son intérêt en l’absence d’une révélation». Dr Taha Abderrahmane, quant à lui, considère la raison comme abstraite, judicieuse et soutenue, c’est une raison qui sait surmonter les travers innés et les influences positivistes qui peuvent dérouter l’individu.

En islam, la raison est la voie de la croyance en l’existence et l’unicité d’Allah et de ses attributs. En effet, croire en Dieu précède la croyance en l’existence du prophète et de son livre. La foi en son livre est tributaire de l’authenticité du prophète porteur du livre et la foi en le prophète est tributaire en la croyance en Dieu qui l’a envoyé et gratifié de Sa révélation. Ainsi, Mohammad Imara affirme que l’islam ne reconnaît pas la dualité entre aql et naql (i.e raison et tradition), eu égard à leur  complémentarité. La dichotomie raison et tradition est considérée comme un paradoxe dans la pensée occidentale.

En fait, l’Occident considère l’islam à partir du rapport contradictoire qu’il [l’Occident] entretient avec la tradition et projette, par conséquent, ses vues sur la raison islamique ; d’où les préjugés qu’il ne cesse d’émettre (tels ceux prononcés par le Pape) et qui faussent les vérités historiques.

Il est clair que la place occupée par la raison dans la civilisation islamique se traduit par l’essor qu’a connu la science chez les musulmans. En effet, Dr Ali Sami Nachar affirme que les musulmans ont traité la raison avec un esprit nouveau en lui donnant une forte impulsion sans laquelle elle n’aurait pu survivre ni être reconnue par les historiens européens. Sans la méthode inductive que les musulmans avaient adoptée et développée, la science aurait sinon disparu dans le monde islamique, du moins se serait-t-elle limitée aux savoirs  grec, indien et persan.

En se référant à l’ouvrage de George Sarton intitulé : Introduction à l’histoire de la science, nous découvrirons des témoignages exceptionnels concernant l’importance de la science arabo-islamique au Moyen-âge. Traduit en arabe et publié par Dar Al Maârif au Caire en six volumes, cet ouvrage est une référence d’une extrême importance. Il rend compte de l’excellence, du rayonnement et du génie de la pensée arabo-islamique dans les domaines de la recherche scientifique à l’époque où l’Europe endurait les ténèbres de l’ignorance, de l’extrémisme et de la haine. Si les occidentaux qui tenaient de tels propos sur l’islam se référaient aux sources historiques européennes, leur position vis-à-vis de l’islam n’aurait pas été aussi loin de la vérité et du bon sens.

Cette méconnaissance, ou omission, des faits historiques amène ceux-ci à forger des mensonges et colporter des contrevérités parmi lesquelles l’islam se serait propagé par la force et la contrainte. Or, l’histoire et la réalité prouvent que ce préjugé est mal fondé. On en voudra pour preuve le cas des minorités non musulmanes établies dans les pays islamiques où elles vivent en paix parmi les musulmans, depuis l’époque des grandes conquêtes islamiques jusqu’à ce jour. Mieux encore, certaines de ces minorités avaient même la faveur des califes et des sultans, et comptaient des médecins, des astrologues, des enseignants, et des hauts responsables chargés des finances de l’Etat islamique. A cet égard, les livres de l’histoire abondent d’exemples éloquents de la tolérance qui régnait dans les sociétés islamiques. Une autre preuve en est la propagation de l’islam en Asie de l’est, en Afrique de l’est et de l’ouest, en Europe, dans les deux Amériques et en Australie, uniquement par voie de prosélytisme et de commerce. Point de violence, point d’effusion de sang.

A maintes reprises, le saint Coran met l’accent sur la liberté religieuse. Dieu dit : «Point de contrainte en matière de foi». Mais selon le Pape, ce verset date de l’époque où le Prophète Mohammed était privé de pouvoir et se trouvait menacé, oubliant que ce verset de la sourate «Al baqara» (La Vache) a été révélé à Médine, c'est-à-dire à l’époque où le prophète et les musulmans étaient puissants et où les fondements de l’Etat islamique étaient solides.

Appliquant les prescriptions contenues dans d’autres versets : «Si ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ?» ; «Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon» ; «Ce n'est pas à toi de les guider (vers la bonne voie), mais c'est Allah qui guide qui Il veut», les musulmans n’ont obligé personne à embrasser l’islam par la force, l’histoire en est témoin.

Bien au contraire, c’est en Europe que régnait un fanatisme exécrable, attisé par l’Eglise durant le Moyen âge. A cet égard, l’écrivain français Gustave Le Bon rapporte dans son ouvrage intitulé La civilisation des Arabes(1) le témoignage de moines et d’historiens qui ont accompagné l’expédition des Croisés sur Al-Qods, sur les massacres perpétrés par ceux-ci dans la ville sainte une fois conquise. Voilà ce que le moine Robert, témoin oculaire des atrocités commises dans cette ville, raconte sur les agissements des siens : «Nos soldats arpentaient les ruelles, les places les terrasses des maisons pour assouvir leur soif de sang, tels des fauves ! Ils égorgeaient les enfants et les jeunes qu’ils dépeçaient par la suite. Ils massacraient tous ceux qui tombaient entre leurs mains, éventrant les morts pour en extraire des pièces en or ! Quelle cupidité et quelle ivresse de l’or ! Des rivières de sang coulaient dans les rues et les artères de la ville étaient jonchées de cadavres». 

Citons encore le témoignage que l’évêque Bartolomé de Las Casas a rapporté dans ses Mémoires publiées en arabe sous le titre «al-Massihiya wa As-Sayf» où il décrit les atrocités commises par les chrétiens espagnols en Amérique afin de contraindre les autochtones à se convertir au christianisme. En effet, s’exprimant dans une langue (l’espagnol) que ne comprenaient pas les indigènes, les conquérants annonçaient : «Habitants du village ! Nous vous annonçons l’existence d’un «Dieu», d’un «Pape» et du roi de Castille, maître de ces domaines. Sortez et proclamez l’obéissance. Sinon, nous vous combattrons et vous tuerons». Ils pénétraient dans les villages où ils n’épargnaient ni femmes ni enfants. Ils les éventraient et les dépeçaient comme on dépèce les moutons dans les abattoirs. Ils jouaient à qui pouvait couper un homme en deux par un coup de sabre, ou à qui pouvait le décapiter ou l’étriper par un coup de poignard. Ils arrachaient les nourrissons à leurs mères, les attrapaient par les pieds et frappaient leurs têtes contre les rochers ou les jetaient dans les rivières. Ils installaient de longs gibets qu’ils agençaient en séries, chaque série comprenant treize pendus, puis les brûlaient vifs».

Et l’évêque espagnol d’ajouter : «les Espagnols se jetaient sur ces pauvres gens comme se jettent sur leurs proies les loups, les tigres et les lions sauvages qui ont une faim de plusieurs jours. Depuis quarante ans, ils n’ont cessé de les massacrer, de les décimer et de les terroriser… durant toutes ces quarante années, plus de douze millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été injustement et sauvagement exterminés».

Marcel Pattern, le célèbre historien français, a dit à propos de Bartolomé de Las Casas : «Bartolomé de Las Casas est la plus importante personnalité dans l’histoire du continent américain après celui qui l’a découvert, Christophe Colomb».

Dr Sobhi Saleh a bien raison quand il dit : «il semble qu’il n’est plus nécessaire de détruire le mythe de l’islam qui se serait imposé par la force et la violence. En effet, nombre d’ouvrages scientifiques ont prouvé le contraire. Or, seuls ceux qui refusent consciemment de faire une lecture objective de l’histoire gardent encore ce préjugé dans leur esprit».

Cet esprit de tolérance, qui constitue le trait distinctif de la civilisation islamique, trouvait son origine dans la foi en le Coran et procédait de l’usage de la raison et du respect de la dignité humaine.

Mais le plus grave, c’est lorsque le pape Benoît XVI se réfère dans sa conférence aux propos tenus par l’empereur byzantin Manuel II lors de sa septième controverse avec un savant persan durant le XIV° siècle. Le premier, s’adressant au second, lui demanda : «Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d’inhumain, par exemple le fait qu’il a prescrit que la foi qu’il prêchait, il fallait la répandre par le glaive».

Cité par le Pape dans une conférence sur la foi, la raison et l’université, ce texte qui n’a aucun rapport avec le sujet débattu a été choisi en vue d’attirer l’attention sur des questions qui se trouvent au centre des préoccupations des sociétés occidentales majoritairement chrétiennes, à un moment particulièrement marqué par le grand intérêt que suscite l’islam, par le nombre sans cesse croissant d’occidentaux qui se convertissent à l’islam et par la présence de plus en plus importante des communautés musulmanes en Occident. Ce geste visait également à attirer l’attention sur la volonté de la Turquie d’adhérer à l’Union européenne et à rappeler que ce pays est l’héritier de l’Etat Ottoman qui avait assiégé l’empereur Manuel II à Constantinople, après avoir fui du palais du Sultan Bayézid II à Bursa où il s’était réfugié.

Le Pape a également souligné que l’interlocuteur de l’empereur Manuel II était persan. Par là, il voulait évoquer la crainte qu’inspire la volonté de l’Iran de développer la technologie nucléaire et la menace que cela constitue pour l’Occident et Israël. Israël a également été évoqué par le Pape dans sa conférence lorsqu’il a tenté d’expliquer la relation entre le Judaïsme et le Christianisme et leur intégration commune de la pensée grecque. A ce propos, citons ce passage : «Le processus commencé au buisson ardent parvient à une nouvelle maturité à l’intérieur de l’Ancien Testament durant l’Exil, où le Dieu d’Israël, alors privé de pays et de culte, se proclame comme le Dieu du ciel et de la terre».

D’autre part, il est historiquement prouvé que ce sont les rois byzantins, dont Manuel II, qui ont suggéré que les croisades soient menées contre l’Orient musulman. En effet, ils demandaient l’assistance des rois d’Europe et des papes de l’Eglise catholique pour faire la guerre aux Musulmans arabes, persans, turcs seldjoukides et turcs ottomans. Ce même Manuel II avait mené une campagne contre les Musulmans au plus fort des croisades sous la conduite du roi hongrois Sigmund. Mais ses troupes ont été défaites en 1396. Bien plus, l’empereur Manuel II a livré des guerres sanglantes contre son propre frère Andronic IV et contre son neveu Jean VII pour s’emparer du trône de Byzance. Il a bien usé du glaive pour vaincre et exterminer ses concurrents. Il est tout aussi étrange que cet empereur se soit lié d’amitié avec le Sultan Mohammed Al Fatih et que les deux leaders aient signé un pacte de paix en vertu duquel l’empereur s’était engagé à verser la Jizya (impôt versé par les non musulmans). Cela expliquerait la haine qu’il vouait aux Musulmans et à leur religion.

En considérant la conférence du Pape, il semble clair que l’objectif principal du souverain pontife était de recouvrer l’influence de l’Eglise catholique sur la raison européenne et sur la scène politique occidentale, tout en faisant des concessions pour réduire le fossé entre cette Eglise et les courants de pensée modernes qui ont cours en Occident. Il s’agirait aussi d’une tentative de coalition occidentale destinée à contrer l’islam et sa civilisation. Et c’est là, en Occident comme en Orient, le grand souhait des extrémistes qui attisent les haines et les rancoeurs et aspirent à la déstabilisation de la paix et de la sécurité dans le monde.

Il est regrettable que le Pape Benoît XVI qui représente l’autorité suprême de l’Eglise catholique fasse recours à cette méthode et formule des accusations gratuites à l’encontre de l’islam, à un moment de l’histoire marqué par la recrudescence du fanatisme religieux, des campagnes de dénigrement contre la religion et de profanation des symboles sacrés. Or, de par son rang et son statut, le Pape doit constituer un vecteur de dialogue, de respect des civilisations et de paix juste.

Souhaitons qu’après les regrets qu’il a formulés suite aux réactions d’indignation exprimées par les musulmans et par de nombreux sages de ce monde, le Pape revoie cette démarche dangereuse qui est en totale contradiction avec l’esprit de la paix et ne rejoint point le message d’amour porté par tous les prophètes.

En somme, si la conférence du Pape Benoît XVI dans cette prestigieuse université européenne fut préparée avec beaucoup de précision et d’attention, il n’en demeure pas moins qu’elle ne répond pas à certains principes académiques fondamentaux, à savoir : l’objectivité, la neutralité et l’honnêteté intellectuelle.

Mais malgré l’attaque lancée par le Pape contre l’islam dans sa conférence, notre foi en le dialogue et l’alliance des civilisations, des cultures et des religions ne s’en ressentira pas, ni ne faiblira. Car nous sommes convaincus que l'alternative au dialogue constructif, sérieux et civilisé auquel nous appelons de nos vœux, sera le choc et la confrontation qui ne feront qu’attiser le feu de la haine et du fanatisme. A cet égard, nous avons la certitude que les sages parmi les Chrétiens partagent notre opinion ; si bien que les paroles du Pape Benoît XVI resteront sans valeur et s’envoleront comme se sont envolées toutes les autres paroles proférées, en tout lieu et en tout temps, contre l’islam.


(*) Publié sous forme de message en langues arabe, anglaise et française diffusé sur le site web de l’ISESCO.

(1) Traduit en langue arabe par l’écrivain palestinien Adel Zaitar. La première édition arabe fut publiée par Dar Al Maarif, Egypte, 1945, la 2ème édition en 1948 et la 3ème édition en 1979, Dar Ihya’e At-Turath Al-arabi, Beyrouth.

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