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Considérations autour de la
conférence du Pape Benoît XVI(*)
Dr Abdulaziz Othman Altwaijri
La Conférence
que le Pape Benoît XVI a donnée le 12 septembre 2006 à
Ratisbonne a encore une fois suscité la polémique autour de
la Raison en Islam et corrélativement, de la Raison dans le
Coran et dans la civilisation islamique. Elle n’a pas manqué
non plus de remettre sur le tapis la question de la
diffusion de l’islam par la force du glaive. Ces deux
controverses ont été posées par un certain nombre
d’orientalistes depuis que l’orientalisme commença à mettre
en doute, en les dénaturant, les vérités et les préceptes de
la religion musulmane.
Dans sa
conférence, le Pape cite l’empereur byzantin Manuel II
Paléologue qui affirme : «Ne pas agir selon la Raison est
contraire à la nature de Dieu». Partant de cette citation,
il s’engage dans un développement laissant entendre que
l’islam n’incite pas à l’usage de la raison et que le
christianisme a, en revanche, intégré le rationalisme grec
en lui réservant une place primordiale dans sa pensée et en
incitant les chrétiens à en faire usage. Selon lui, le
christianisme se distingue nettement de l’islam qui, lui,
inciterait à l’usage de la force pour se propager.
Il est de fait
étrange de soutenir que l’islam fait l’impasse sur la
raison, alors que le Coran y exhorte dans quarante-neuf
versets. Ainsi, mentionne-t-il la raison sous différentes
appelations : Al-lub dans dix versets, An-nouha dans deux
versets, Al-fiqh et At-tafakuh -dans le sens d’usage de la
raison- dans vingt versets, At-tadabur (réflexion) dans
quatre versets et Al-i’tibâr dans sept versets. Quant aux
occurrences coraniques qui appellent à la sagesse et qui
mentionnent le cœur en tant qu’outil de la raison, ils sont
au nombre de cent-trente-deux, sans oublier les termes
«science», «apprentissage» et «savants» qui sont cités dans
plus de huit cent versets.
Depuis les
premières années de l’hégire, les savants musulmans ont
cerné la notion de raison. Ainsi, dans son ouvrage Mufradât
al Qur’ân (Mots du Coran), Al Râghib Al-Isbahani présente la
raison en ces termes : «la raison s’entend de cette forte
disposition à assimiler la science. La science, ainsi
acquise par l’homme, est dite raison» Pour les ulémas
spécialisés dans les fondements de la religion, la raison
est le siège du devoir, c’est-à-dire qu’elle implique des
obligations religieuses. Ainsi, le premier pilier de l’islam
revient à professer qu’il n’y a qu’un Seul Dieu et que
Mohammad (PSSL) est Son prophète. Or, la profession de foi
ne peut être juste dans l’absolu que si elle passe par le
prisme du savoir, de la certitude et de la connaissance,
autant dire de la raison. En effet, comment le Musulman
peut-il attester qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que
Mohammad et Son messager s’il n’en est pas conscient et s’il
n’est pas certain que ce qu’il professe est vérité ?
Cheikh Mohammad
Abdou dit à ce propos : «De toutes les forces de l’homme, la
raison est la plus majestueuse et la plus fondamentale. Elle
a pour fonction de lire l’univers ; et cette lecture mène
vers le chemin de Dieu et guide sur les pas du prophète».
En vérité,
l’islam appelle à croire à l’existence d’un Dieu Un et à
croire en le message de Mohammad (PSSL). La croyance en un
Dieu Unique oriente la raison humaine vers la contemplation
de l’univers et l’amène à le considérer avec discernement
et bon jugement pour enfin conclure à l’existence d’un
Créateur omniscient, omniprésent et singulier à l’image de
la singularité de l’ordre universel. Ce Dieu attire sur son
chemin l’homme doté de raison. En effet, la croyance en un
Dieu Unique est le fruit de la raison et de la réflexion.
Cheikh Mohamed
Abdou dit encore : «Nous avons été dotés de raison pour
examiner les finalités et les causes, pour distinguer le
simple du complexe, et nous avons été dotés d’esprit pour
percevoir et sentir. Ainsi, peut-on sentir le plaisir, la
douleur, la peur ou la sérénité».
Quant à Abbas
Mahmoud Al Akkad, il dit : «le Coran exalte la raison et
exhorte à en faire usage et à s’y référer. Il n’y est
mentionnée de manière épisodique ou sommaire, loin s’en
faut. Incitant clairement à en faire usage, le Coran
désapprouve ceux qui n’y ont pas recours. Le Coran traite
des différentes manifestations rationnelles qui déterminent
les différentes fonctions et activités de l’homme tout en
relevant les nuances qui les distinguent suivant le
contexte. Ainsi, le Coran ne traite pas uniquement de la
raison en tant que bon sens ni de la raison en tant que
moyen de perception ou source de bon jugement, mais de
toutes les fonctions et spécificités rationnelles dont
l’esprit humain est capable».
Selon le Coran,
la raison est une obligation. Al Akkad soutient cette idée
dans son ouvrage Al tafkir faridatun islamia (la réflexion,
une obligation islamique). Le Coran conçoit la raison
humaine comme un ensemble de fonctions et interpelle la
raison qui conduit à la sagesse et qui guide sur le bon
chemin. De plus, le Coran ne cite pas la raison de manière
épisodique et sommaire mais de manière détaillée, se
distinguant sur ce point de tous les autres livres saints.
En s’adressant à
la raison en général, le Saint Coran dit : «Il y a dans la
création des cieux et de la terre, dans l’alternance du jour
et de la nuit, dans la course des navires sur la mer,
chargés d’utilités pour les hommes, dans l’eau que Dieu fait
descendre du ciel et dont Il fait revivre la terre après
l’avoir fait mourir, avant d’y répandre des animaux de toute
espèce, dans la modulation des vents et des nuages, Ses
commissionnés entre le ciel et la terre, il y a vraiment
dans tout cela des signes pour un peuple capable de
raisonner» (Sourate de la Vache). Le Saint Coran insiste sur
le raisonnement dans la Sourate des Croyants où on peut lire
: «Lui qui fait vivre et mourir, de qui relève l’alternance
de la nuit et du jour, ne raisonnez vous pas ?». Dans la
même veine, la Sourate de l’Araignée confirme l’importance
de l’usage de la pensée et de la raison : «Voilà les
semblances dont Nous usons à l’intention des hommes. Mais il
n’est que ceux qui savent pour en tirer raison». Et enfin
dans la sourate de la Vache, Dieu dit : «Iriez-vous
prescrire à autrui la piété en vous oubliant vous-mêmes,
maintenant que vous pouvez réciter l’Ecrit ? Ne
raisonnez-vous pas ?»
Pour l’imam Al
Ghazali, la raison correspond à la vision de l’islam : une
raison en quête de vérité où qu’elle soit. La raison
emprunte toute voie menant vers le savoir et maintient
toujours une lumière qui l’éclaire et rend sa vision plus
nette.
Chez Ibn Al Qaim
Al-Jawziah, la raison est «le fait de maîtriser l’élan du
cœur et de le réfréner pour qu’il reste sous son contrôle».
Dans son ouvrage intitulé Miftah Dar As-saada (la clé du
bonheur), il affirme : «La raison peut vouloir signifier cet
instinct qui permet à l’homme de distinguer le bien du mal».
Par ailleurs, la raison, selon Al Harith Al Mouhassibi est
«l’instinct qui mène vers la science et toute action qui
génère le savoir». Chez Al Imam Al-Chatibi, «la raison n’est
nullement indépendante et se fonde sur l’absolu. L’esprit ne
peut, de ce fait, appréhender son intérêt en l’absence d’une
révélation». Dr Taha Abderrahmane, quant à lui, considère la
raison comme abstraite, judicieuse et soutenue, c’est une
raison qui sait surmonter les travers innés et les
influences positivistes qui peuvent dérouter l’individu.
En islam, la
raison est la voie de la croyance en l’existence et
l’unicité d’Allah et de ses attributs. En effet, croire en
Dieu précède la croyance en l’existence du prophète et de
son livre. La foi en son livre est tributaire de
l’authenticité du prophète porteur du livre et la foi en le
prophète est tributaire en la croyance en Dieu qui l’a
envoyé et gratifié de Sa révélation. Ainsi, Mohammad Imara
affirme que l’islam ne reconnaît pas la dualité entre aql et
naql (i.e raison et tradition), eu égard à leur
complémentarité. La dichotomie raison et tradition est
considérée comme un paradoxe dans la pensée occidentale.
En fait,
l’Occident considère l’islam à partir du rapport
contradictoire qu’il [l’Occident] entretient avec la
tradition et projette, par conséquent, ses vues sur la
raison islamique ; d’où les préjugés qu’il ne cesse
d’émettre (tels ceux prononcés par le Pape) et qui faussent
les vérités historiques.
Il est clair que
la place occupée par la raison dans la civilisation
islamique se traduit par l’essor qu’a connu la science chez
les musulmans. En effet, Dr Ali Sami Nachar affirme que les
musulmans ont traité la raison avec un esprit nouveau en lui
donnant une forte impulsion sans laquelle elle n’aurait pu
survivre ni être reconnue par les historiens européens. Sans
la méthode inductive que les musulmans avaient adoptée et
développée, la science aurait sinon disparu dans le monde
islamique, du moins se serait-t-elle limitée aux savoirs
grec, indien et persan.
En se référant à
l’ouvrage de George Sarton intitulé : Introduction à
l’histoire de la science, nous découvrirons des témoignages
exceptionnels concernant l’importance de la science
arabo-islamique au Moyen-âge. Traduit en arabe et publié par
Dar Al Maârif au Caire en six volumes, cet ouvrage est une
référence d’une extrême importance. Il rend compte de
l’excellence, du rayonnement et du génie de la pensée
arabo-islamique dans les domaines de la recherche
scientifique à l’époque où l’Europe endurait les ténèbres de
l’ignorance, de l’extrémisme et de la haine. Si les
occidentaux qui tenaient de tels propos sur l’islam se
référaient aux sources historiques européennes, leur
position vis-à-vis de l’islam n’aurait pas été aussi loin de
la vérité et du bon sens.
Cette
méconnaissance, ou omission, des faits historiques amène
ceux-ci à forger des mensonges et colporter des
contrevérités parmi lesquelles l’islam se serait propagé par
la force et la contrainte. Or, l’histoire et la réalité
prouvent que ce préjugé est mal fondé. On en voudra pour
preuve le cas des minorités non musulmanes établies dans les
pays islamiques où elles vivent en paix parmi les musulmans,
depuis l’époque des grandes conquêtes islamiques jusqu’à ce
jour. Mieux encore, certaines de ces minorités avaient même
la faveur des califes et des sultans, et comptaient des
médecins, des astrologues, des enseignants, et des hauts
responsables chargés des finances de l’Etat islamique. A cet
égard, les livres de l’histoire abondent d’exemples
éloquents de la tolérance qui régnait dans les sociétés
islamiques. Une autre preuve en est la propagation de
l’islam en Asie de l’est, en Afrique de l’est et de l’ouest,
en Europe, dans les deux Amériques et en Australie,
uniquement par voie de prosélytisme et de commerce. Point de
violence, point d’effusion de sang.
A maintes
reprises, le saint Coran met l’accent sur la liberté
religieuse. Dieu dit : «Point de contrainte en matière de
foi». Mais selon le Pape, ce verset date de l’époque où le
Prophète Mohammed était privé de pouvoir et se trouvait
menacé, oubliant que ce verset de la sourate «Al baqara» (La
Vache) a été révélé à Médine, c'est-à-dire à l’époque où le
prophète et les musulmans étaient puissants et où les
fondements de l’Etat islamique étaient solides.
Appliquant les
prescriptions contenues dans d’autres versets : «Si ton
Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre
auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir
croyants ?» ; «Par la sagesse et la bonne exhortation
appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute
avec eux de la meilleure façon» ; «Ce n'est pas à toi de les
guider (vers la bonne voie), mais c'est Allah qui guide qui
Il veut», les musulmans n’ont obligé personne à embrasser
l’islam par la force, l’histoire en est témoin.
Bien au
contraire, c’est en Europe que régnait un fanatisme
exécrable, attisé par l’Eglise durant le Moyen âge. A cet
égard, l’écrivain français Gustave Le Bon rapporte dans son
ouvrage intitulé La civilisation des Arabes(1) le témoignage
de moines et d’historiens qui ont accompagné l’expédition
des Croisés sur Al-Qods, sur les massacres perpétrés par
ceux-ci dans la ville sainte une fois conquise. Voilà ce que
le moine Robert, témoin oculaire des atrocités commises dans
cette ville, raconte sur les agissements des siens : «Nos
soldats arpentaient les ruelles, les places les terrasses
des maisons pour assouvir leur soif de sang, tels des fauves
! Ils égorgeaient les enfants et les jeunes qu’ils
dépeçaient par la suite. Ils massacraient tous ceux qui
tombaient entre leurs mains, éventrant les morts pour en
extraire des pièces en or ! Quelle cupidité et quelle
ivresse de l’or ! Des rivières de sang coulaient dans les
rues et les artères de la ville étaient jonchées de
cadavres».
Citons encore le
témoignage que l’évêque Bartolomé de Las Casas a rapporté
dans ses Mémoires publiées en arabe sous le titre
«al-Massihiya wa As-Sayf» où il décrit les atrocités
commises par les chrétiens espagnols en Amérique afin de
contraindre les autochtones à se convertir au christianisme.
En effet, s’exprimant dans une langue (l’espagnol) que ne
comprenaient pas les indigènes, les conquérants annonçaient
: «Habitants du village ! Nous vous annonçons l’existence
d’un «Dieu», d’un «Pape» et du roi de Castille, maître de
ces domaines. Sortez et proclamez l’obéissance. Sinon, nous
vous combattrons et vous tuerons». Ils pénétraient dans les
villages où ils n’épargnaient ni femmes ni enfants. Ils les
éventraient et les dépeçaient comme on dépèce les moutons
dans les abattoirs. Ils jouaient à qui pouvait couper un
homme en deux par un coup de sabre, ou à qui pouvait le
décapiter ou l’étriper par un coup de poignard. Ils
arrachaient les nourrissons à leurs mères, les attrapaient
par les pieds et frappaient leurs têtes contre les rochers
ou les jetaient dans les rivières. Ils installaient de longs
gibets qu’ils agençaient en séries, chaque série comprenant
treize pendus, puis les brûlaient vifs».
Et l’évêque
espagnol d’ajouter : «les Espagnols se jetaient sur ces
pauvres gens comme se jettent sur leurs proies les loups,
les tigres et les lions sauvages qui ont une faim de
plusieurs jours. Depuis quarante ans, ils n’ont cessé de les
massacrer, de les décimer et de les terroriser… durant
toutes ces quarante années, plus de douze millions d’hommes,
de femmes et d’enfants ont été injustement et sauvagement
exterminés».
Marcel Pattern,
le célèbre historien français, a dit à propos de Bartolomé
de Las Casas : «Bartolomé de Las Casas est la plus
importante personnalité dans l’histoire du continent
américain après celui qui l’a découvert, Christophe Colomb».
Dr Sobhi Saleh a
bien raison quand il dit : «il semble qu’il n’est plus
nécessaire de détruire le mythe de l’islam qui se serait
imposé par la force et la violence. En effet, nombre
d’ouvrages scientifiques ont prouvé le contraire. Or, seuls
ceux qui refusent consciemment de faire une lecture
objective de l’histoire gardent encore ce préjugé dans leur
esprit».
Cet esprit de
tolérance, qui constitue le trait distinctif de la
civilisation islamique, trouvait son origine dans la foi en
le Coran et procédait de l’usage de la raison et du respect
de la dignité humaine.
Mais le plus
grave, c’est lorsque le pape Benoît XVI se réfère dans sa
conférence aux propos tenus par l’empereur byzantin Manuel
II lors de sa septième controverse avec un savant persan
durant le XIV° siècle. Le premier, s’adressant au second,
lui demanda : «Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de
neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de
mauvais et d’inhumain, par exemple le fait qu’il a prescrit
que la foi qu’il prêchait, il fallait la répandre par le
glaive».
Cité par le Pape
dans une conférence sur la foi, la raison et l’université,
ce texte qui n’a aucun rapport avec le sujet débattu a été
choisi en vue d’attirer l’attention sur des questions qui se
trouvent au centre des préoccupations des sociétés
occidentales majoritairement chrétiennes, à un moment
particulièrement marqué par le grand intérêt que suscite
l’islam, par le nombre sans cesse croissant d’occidentaux
qui se convertissent à l’islam et par la présence de plus en
plus importante des communautés musulmanes en Occident. Ce
geste visait également à attirer l’attention sur la volonté
de la Turquie d’adhérer à l’Union européenne et à rappeler
que ce pays est l’héritier de l’Etat Ottoman qui avait
assiégé l’empereur Manuel II à Constantinople, après avoir
fui du palais du Sultan Bayézid II à Bursa où il s’était
réfugié.
Le Pape a
également souligné que l’interlocuteur de l’empereur Manuel
II était persan. Par là, il voulait évoquer la crainte
qu’inspire la volonté de l’Iran de développer la technologie
nucléaire et la menace que cela constitue pour l’Occident et
Israël. Israël a également été évoqué par le Pape dans sa
conférence lorsqu’il a tenté d’expliquer la relation entre
le Judaïsme et le Christianisme et leur intégration commune
de la pensée grecque. A ce propos, citons ce passage : «Le
processus commencé au buisson ardent parvient à une nouvelle
maturité à l’intérieur de l’Ancien Testament durant l’Exil,
où le Dieu d’Israël, alors privé de pays et de culte, se
proclame comme le Dieu du ciel et de la terre».
D’autre part, il
est historiquement prouvé que ce sont les rois byzantins,
dont Manuel II, qui ont suggéré que les croisades soient
menées contre l’Orient musulman. En effet, ils demandaient
l’assistance des rois d’Europe et des papes de l’Eglise
catholique pour faire la guerre aux Musulmans arabes,
persans, turcs seldjoukides et turcs ottomans. Ce même
Manuel II avait mené une campagne contre les Musulmans au
plus fort des croisades sous la conduite du roi hongrois
Sigmund. Mais ses troupes ont été défaites en 1396. Bien
plus, l’empereur Manuel II a livré des guerres sanglantes
contre son propre frère Andronic IV et contre son neveu Jean
VII pour s’emparer du trône de Byzance. Il a bien usé du
glaive pour vaincre et exterminer ses concurrents. Il est
tout aussi étrange que cet empereur se soit lié d’amitié
avec le Sultan Mohammed Al Fatih et que les deux leaders
aient signé un pacte de paix en vertu duquel l’empereur
s’était engagé à verser la Jizya (impôt versé par les non
musulmans). Cela expliquerait la haine qu’il vouait aux
Musulmans et à leur religion.
En considérant
la conférence du Pape, il semble clair que l’objectif
principal du souverain pontife était de recouvrer
l’influence de l’Eglise catholique sur la raison européenne
et sur la scène politique occidentale, tout en faisant des
concessions pour réduire le fossé entre cette Eglise et les
courants de pensée modernes qui ont cours en Occident. Il
s’agirait aussi d’une tentative de coalition occidentale
destinée à contrer l’islam et sa civilisation. Et c’est là,
en Occident comme en Orient, le grand souhait des
extrémistes qui attisent les haines et les rancoeurs et
aspirent à la déstabilisation de la paix et de la sécurité
dans le monde.
Il est
regrettable que le Pape Benoît XVI qui représente l’autorité
suprême de l’Eglise catholique fasse recours à cette méthode
et formule des accusations gratuites à l’encontre de
l’islam, à un moment de l’histoire marqué par la
recrudescence du fanatisme religieux, des campagnes de
dénigrement contre la religion et de profanation des
symboles sacrés. Or, de par son rang et son statut, le Pape
doit constituer un vecteur de dialogue, de respect des
civilisations et de paix juste.
Souhaitons
qu’après les regrets qu’il a formulés suite aux réactions
d’indignation exprimées par les musulmans et par de nombreux
sages de ce monde, le Pape revoie cette démarche dangereuse
qui est en totale contradiction avec l’esprit de la paix et
ne rejoint point le message d’amour porté par tous les
prophètes.
En somme, si la
conférence du Pape Benoît XVI dans cette prestigieuse
université européenne fut préparée avec beaucoup de
précision et d’attention, il n’en demeure pas moins qu’elle
ne répond pas à certains principes académiques fondamentaux,
à savoir : l’objectivité, la neutralité et l’honnêteté
intellectuelle.
Mais malgré
l’attaque lancée par le Pape contre l’islam dans sa
conférence, notre foi en le dialogue et l’alliance des
civilisations, des cultures et des religions ne s’en
ressentira pas, ni ne faiblira. Car nous sommes convaincus
que l'alternative au dialogue constructif, sérieux et
civilisé auquel nous appelons de nos vœux, sera le choc et
la confrontation qui ne feront qu’attiser le feu de la haine
et du fanatisme. A cet égard, nous avons la certitude que
les sages parmi les Chrétiens partagent notre opinion ; si
bien que les paroles du Pape Benoît XVI resteront sans
valeur et s’envoleront comme se sont envolées toutes les
autres paroles proférées, en tout lieu et en tout temps,
contre l’islam.
(*) Publié sous
forme de message en langues arabe, anglaise et française
diffusé sur le site web de l’ISESCO.
(1) Traduit en
langue arabe par l’écrivain palestinien Adel Zaitar. La
première édition arabe fut publiée par Dar Al Maarif,
Egypte, 1945, la 2ème édition en 1948 et la 3ème édition en
1979, Dar Ihya’e At-Turath Al-arabi, Beyrouth.
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