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Revue l'islam aujourd'hui N° 24-1428H/2007

 

Dialogue serein avec Sa Sainteté le Pape
Cheikh Mohamed Sayed Tantaoui(*)

 

-I-

Lors du voyage qu'il a effectué en Egypte en janvier 2000, feu le souverain pontife, a rendu visite au Cheikh d'Al Azhar Al Cahrif. La rencontre fut cordiale, des paroles de courtoisie ont été échangées et les deux parties ont réaffirmé leur engagement pour le respect des religions révélées par Dieu à ses envoyés, que la bénédiction soit sur eux. Ces relations amicales entre le souverain pontife et Al-Azhar Al-Charif se sont maintenues, jusqu'à dernièrement(1), quand  Sa Sainteté le Pape actuel a donné une conférence magistrale dans l'une des universités allemandes sur le thème «la Foi, la Raison et l'Université». Il s'agissait d'un exposé théologique et philosophique sur l'essence de la divinité du point de vue chrétien et sur les différents courants médiévaux du christianisme. Ayant rappelé des réminiscences et souvenirs personnels, le souverain pontife a déclaré ; «Cela m'est revenu alors que je lisais récemment le livre de Théodore Khoury où il a mentionné une polémique qui a eu lieu l'hiver de 1391, entre l'empereur byzantin Manuel II et un savant persan. Cette polémique avait pour objet la réalité de l'islam et du Christianisme.

Selon ce que Théodore Khoury a souligné dans son ouvrage, l'empereur a abordé, à un moment du débat, la question du Jihad. Il était évident qu'il connaissait le verset coranique «Point de contrainte en matière de religion» (Al-baqarah (2), 256), sourate qui appartient à «la période initiale où le Prophète était toujours impuissant et sous la menace». L'empereur connaissait également les sourates révélées ultérieurement et qui comportaient les lois relatives au Jihad. Le propos de l'empereur interpellant le savant perse sur le rapport entre la religion et la violence : «Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait», était  prononcé de manière si peu amène.

Le reproche que nous faisons à Sa Sainteté le Pape, c'est d'avoir cité des paroles désobligeantes qui portent atteinte au Prophète (PSL), que l'empereur en mal de vengeance a proférées contre l'Islam et son Prophète (PSL), sans aucun commentaire qui pouvait laisser deviner sa désapprobation et sa condamnation de ces propos tendancieux.

N'est-il pas, communément admis, que celui qui fait une citation sans y apporter de commentaires ni la réfuter en assume la pleine responsabilité ?

Nous aurions préféré que le souverain pontife ne commette guère une telle erreur, si contraire à l'éthique religieuse et à la rigueur scientifique, d'autant plus que sa conférence portait sur la Chrétienté, sa foi et sa vision de la raison, et il n'y avait pas lieu d'y mêler l'Islam.

L'empereur byzantin a déclaré que l'Islam a été diffusé par la contrainte et la violence et imposé par la force de l'épée. Le souverain pontife a rapporté les propos de l'empereur telles qu'il les avait lus dans l'ouvrage de Khoury, ce qui semblait dire qu'il y adhérait.

Nous signalerons à Sa Sainteté, dans cet article, en toute sincérité et en toute objectivité, un ensemble de vérités rationnelles puisées dans le Coran qui prouvent incontestablement que l'Islam est une religion qui s'est propagée dans les quatre coins du monde grâce à la force de la conviction et non de la contrainte, du libre  choix et non de la coercition, de l'acceptation et non du refus.

Première vérité

Tous les prophètes, que la bénédiction soit sur eux, ont été envoyés par Dieu à leurs peuples en annonciateurs et avertisseurs et nullement pour les contraindre à les suivre. Parmi les versets coraniques qui le prouvent, on trouve : «En conséquence, celui qui croit et s'amende nulle crainte à se faire pour lui, non plus qu'il n'éprouve regret» (Al-An'âm(6) verset 48).

Ce verset signifie qu'Allah envoie ses prophètes et messagers pour annoncer aux honnêtes croyants la bonne nouvelle et avertir les impies polythéistes des affres du châtiment.

Celui qui croit en Dieu et s'amende n'a nulle crainte à se faire au sujet de son avenir ni sera affligé de ce qui a précédé.

A ce propos Dieu, Gloire à Lui, a dit également «au titre d'envoyés pour faire l'annonce et donner l'alarme, afin que les hommes ne puissent opposer à Dieu aucun argument après (la venue) des envoyés. Dieu est tout Puissant et Sage» (Sourate An-nissae (4) verset 165)

La signification du verset : Dieu dit que Sa sagesse ainsi que Sa tradition inaliénable et inchangeable ont voulu qu'Il envoie à Ses créatures de nombreux messagers, dont le nombre n'est connu que par Lui seul,  afin d'annoncer le bien aux vertueux et d'avertir les pervers du triste sort qui les attend. Allah est toujours puissant dans Son royaume et Sage dans Ses actes et paroles ainsi que dans la gouvernance des affaires de Ses serviteurs.

Citons également le verset suivant : «Les hommes ne formaient qu'une communauté unique. Alors Dieu envoya les envoyés leur porter la bonne nouvelle et leur donner l'alarme» (Al-Baqara (2), 213)

Ce verset signifie que les gens formaient une réelle communauté qui s'entendait et s'accordait pour adorer Dieu, l'Unique, le Dominateur ; puis des divergences liées aux croyances et aux attitudes les ont opposées, et c'est pourquoi Dieu a envoyé Ses prophètes et messagers pour annoncer opulence et bienfaits à ceux qui croient et font le bien et pour avertir ceux qui Lui associent d'autres Dieux du triste sort qui les attend.

Ces versets coraniques prouvent bien que la mission du Prophète (PSL) consiste à annoncer le bien aux croyants vertueux et à mettre en garde les mécréants et les pernicieux de la punition qui les attend et en aucun cas contraindre les gens à suivre leur message ou à se convertir.

Deuxième vérité

Le Saint Coran, dans divers versets, notamment ceux qui parlent des Prophètes, affirme que la mission de ces derniers s'adresse à tous les humains, voire aux humains et même aux génies, et que leur message est fondé sur l'appel à la  pure adoration de Dieu Seul et à l'exhortation au bien, en prêchant la bonne parole, des enseignements justes et l'art de la controverse. En effet, cette mission n'a jamais été fondée sur la contrainte, la cœrcition ou sur l'utilisation de la force, quelle qu'en soit la nature. Parmi les multiples versets qui le prouvent, on peut citer : 

«Nous t'envoyâmes le Vrai, porter la bonne nouvelle et donner l'alarme, sans que tu aies à répondre des compagnons de la Géhenne» (Sourate Al Baqara(2), 119) ;

 «Nous ne t'avons envoyé aux humains qu'en leur totalité, pour porter l'annonce et donner l'alarme, mais la plupart ne le savent pas» (Sourate Sabaa (34), 28) ;

 «Prophète, Nous t'avons envoyé pour témoigner, porter la bonne nouvelle, donner l'alarme, appeler à Dieu, sur Son ordre, être un flambeau rayonnant» (Sourate Al Ahzab (33), 45 et 46) ;

«Dis, Je ne m'arroge personnellement ni avantage ni dommage, sinon ce que Dieu voudra. Si j'avais connaissance du mystère, j'abonderais en bien, nul mal ne m'effleurerait, Mais je ne suis là que pour donner l'alarme, porter l'annonce à un peuple capable de croire» (Sourate Al Aaraf (7), 188) ;

«N'adorez que Dieu, moi je vous porte en Son nom l'alarme et la bonne nouvelle» (Sourate Hud, 2) ;

«Que Nous te fassions voir une part de ce que Nous leur promettons ou qu'auparavant Nous te récupérions pour toujours, à toi la communication seule incombe, à Nous le compte» (Sourate Arraad (13), 40) ;

«S'ils se dérobent, aussi bien nous t'avons-Nous  pas envoyé pour les garder. Seule t'incombe la communication» (Sourate Ashura (26), 48) ;

«Lance donc le Rappel : tu n'es là que celui qui rappelle, tu n'es pas pour eux celui qui régit» (Sourate Al Ghashiya, (88), 21-22) ;

«Mieux que personne, Nous savons ce qu'ils disent. Tu ne disposes pas sur eux de coercition. Par le Coran porte au Rappel quiconque redoute Ma menace» (Sourate (50), Al Qaf, 45)

«Si ton Seigneur le voulait, il est  sûr que les habitants de la terre croiraient tous jusqu'au dernier. Mais toi, peux- tu contraindre les gens à croire ? Il n'est au pouvoir d'aucune âme de croire si ce n'est sur licence de Dieu. Dieu jette l'opprobre sur ceux qui se refusent à la raison» (Sourate Younès, (10), 99-100).

Ces versets coraniques démontrent bien que la mission du Prophète Mohamed (PSL) est fondée sur la sagesse, l'exhortation à faire le bien et l'argumentation constructive, loin de toute coercition,  contrainte ou recours à la force.

Lorsqu'on analyse ces versets on est frappé de voir que toutes ordonnent au Prophète (PSL) de s'en tenir à appeler les gens à Dieu par la persuasion, l'instruction spirituelle, en donnant le bon exemple grâce  à un comportement irréprochable et par tout autre moyen. Il use tantôt, de l'annonce de la bonne nouvelle ou l'avertissement, tantôt de la communication du message de Dieu sans jamais demander de comptes.  Il souligne d'autres fois qu'il est celui qui rappelle et qui montre la route, et non celui qui régit ou domine. Il proclame maintes fois qu'il est  au pouvoir de Dieu d'amener tous les habitants de la terre à croire en Lui et que lui, le prophète, ne peut contraindre aucune âme à le suivre ni à embrasser sa confession.

Troisième vérité

S'agissant du verset cité par l'empereur byzantin comme preuve, à savoir «Point de contrainte en matière de religion», et qu'il a décrit comme appartenant à la première période où le Prophète «était toujours impuissant et sous la menace», je voudrais, en quelques mots, apporter les rectifications suivantes sur les propos de Sa Sainteté le Pape :

Premièrement : Le verset complet est «Point de contrainte en matière de religion : droiture est désormais bien distincte d'insanité. Dénier l'idole, croire en Dieu, c'est se saisir de la ganse solide, que rien ne peut rompre. Dieu est  Entendant et Connaissant» (Sourate Al Baqara (2), 256)

Deuxièmement : La sourate Al Baqara, dont ce verset, est reconnue comme appartenant à la période de la révélation coranique qui correspond à l'ascendant politique et militaire du prophète. En effet, ce verset fait partie des versets révélés aux prophètes (PSL) après son arrivée à Médine, soit quinze ans après le début de sa mission. Le dernier verset révélé fait d'ailleurs partie de cette sourate «Prémunissez-vous contre le Jour où il sera de vous fait à Dieu retour, ou toute âme recouvrera ses acquis, sans la moindre injustice» (Sourate Al Baqara (2), 281). C'est un verset qui fut révélé neuf nuits avant le décès du prophète.

Troisièmement : La révélation de la sourate Al Baqara, la plus longue parmi les sourates du Coran, s'est étalée sur plusieurs années, il est donc possible que le verset «Point de contrainte en matière de religion» soit l'un des derniers versets révélés.

Quatrièmement : Les plus anciens exégètes du Coran ont rapporté qu'un habitant de Médine qui s'était converti à l'Islam et qui avait deux fils qui ne voulaient pas s'y convertir, est allé voir le Prophète pour lui demander «Ô  Prophète, mes deux fils risquent la Géhenne et, moi, je me contente de les observer. Prophète je veux les contraindre par la force à se convertir à l'Islam», c'est alors que le verset «Point de contrainte en matière de religion : droiture est désormais bien distincte d'insanité» fut révélé au prophète.

Cinquièmement : la brève exégèse de ce verset : Contraindre autrui à se convertir et à embrasser l'Islam par la force est une notion étrangère à l'Islam, tellement ses directives sont convaincantes, ses préceptes justes et claires et ses recommandations tolérantes. Ces versets sont  la démonstration même que le vrai se distingue du faux, et que  le droit chemin  se distingue clairement du chemin de l'égarement. Celui qui renie tout ce qu'il idolâtrait par le passé et ne croit qu'en Dieu, en son Unicité et sa Puissance, celui-là s'est amendé et est sur le droit chemin. Il s'est saisi de l'anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Dieu est Entendant des dires de Ses serviteurs et Connaissant de leurs actes et intentions et les rétribuent en retour.

En résumé, ce que l'empereur a mentionné concernant ce verset et la sourate à laquelle il appartient, à savoir qu'il s'agit d'une sourate de la première période où le prophète était toujours impuissant et sous la menace, est incorrect et j'espère avoir pu, grâce à ces éclaircissements, montrer au souverain pontife le sens exacte de ce verset souvent mal interprété et expliqué de façon erronée et inconcevable.

Quatrième vérité

La loi islamique considère comme vains toute parole, tout acte ou croyance obtenus par la contrainte ou la coercition ou tout autre moyen similaire. Elle ne prend en compte que les actes de l'homme lorsqu'ils émanent de son propre gré ou sont les résultats de sa propre conviction. Bien plus, la loi islamique autorise ses adeptes à prononcer des propos qui sont en contradiction avec leur foi, s'ils subissent des sévices et une torture tels qu'il y va de leur survie. Ces propos, ainsi prononcés, n'entament en rien leur foi, vu que leur cœur demeure plein de profonde certitude et d'une croyance inébranlable. Pour preuve, on peut citer le verset suivant : «Quiconque renie Dieu après avoir cru en Lui, à l'exception de celui qui y fut forcé et de qui leur cœur resta imperturbable dans sa foi, mais s'il s'est complu au reniement dans son cœur, sur ceux-là pèsera le courroux de Dieu : ils vont à un châtiment terrible» (Sourate An-nahl,(16), 106).

Pour expliquer ce verset, les exégètes ont rapporté plusieurs histoires. L'une de ces histoires raconte que les infidèles ont fait subir à Amar Ibn Yasser une telle torture, qu'il a failli perdre la vie et l'ont obligé à proférer des propos contraires aux préceptes de la loi islamique, propos qu'il a fini par prononcer. Des musulmans sont alors venus rapporter ce fait au  prophète (PSL) : «Prophète Amar a renié l'Islam». Le prophète a répondu : «Certainement pas, le cœur de Amar est rempli d'une véritable croyance, il respire la foi». Plus tard Amar est venu lui-même voir le prophète en pleurs. Ce dernier a essuyé ses larmes en disant : «Amar, que ressens-tu au fond de ton cœur ? Amar lui a répondu : «Je suis très serein de ce côté, car mon cœur déborde de foi», le prophète (PSL) lui a alors rétorqué : «S'ils recommencent tu n'as qu'à refaire la même chose». En d'autres termes, s'ils te torturent encore une fois tu céderas à leur volonté. Ce sont là les raisons de la révélation de ce verset et l'on peut en résumer la signification ainsi : Celui qui renie Dieu après avoir cru en Son unicité et en l'authenticité de ce que Son prophète a transmis à Son sujet, est un traître et un apostat et mérite le pire des châtiments. En revanche, celui qui est contraint par la force à blasphémer alors qu'au fond de son cœur sa foi demeure inaltérable, celui-là n'a commis aucun péché. Le péché est voué à celui qui se complait dans l'apostasie et dont le cœur se réjouit de l'impiété et adhère à sa véracité.

De nombreux savants ont conclu, en se fondant sur ce verset, qu'il est permis de proférer des propos contraires à la foi musulmane, lorsque la contrainte constitue une menace pour la vie de la personne. Il s'agit alors d'un acte qui ne peut être assimilé à une apostasie, du moment que la personne ayant subi la torture, reste au fond d'elle-même, fidèle à sa croyance et à sa foi.

Cinquième vérité

Tout être raisonnable sait que la contrainte en matière de croyances et de convictions, ne peut absolument pas produire de bons croyants. Bien au contraire, elle ne peut engendrer que des hypocrites qui disent le contraire de ce qu'ils pensent. L'Islam honnit cette catégorie de personnes, plus qu'il n'abhorre ceux qui font état en toute franchise de leur impiété. En effet, on est toujours prudent face à celui qui proclame son impiété, alors que le danger que peut présenter une personne qui prétend, parce qu'elle a été contrainte, ou parce que c'est dans sa nature, des croyances contraires à ses convictions, est encore plus pernicieux et son animosité plus virulente. Cette personne peut s'avérer plus funeste et nuisible à la religion. Des dizaines de versets coraniques réprouvent l'hypocrisie et les hypocrites et mettent en garde les croyants contre leur perfidie. Dieu a dit à ce propos «Quand les hypocrites te sont venus, ils ont dit : nous témoignons que tu es l'Envoyé de Dieu. Or Dieu sait que tu es bien Son Envoyé et Dieu témoigne que les hypocrites, pour sûr, ne font que mentir. La foi n'était pour eux qu'une couverture ; ils se sont détournés du chemin de Dieu : qu'affreuses était leur action ! C'est qu'ils ont cru, puis dénié : un sceau fut alors posé sur leur cœur, de sorte qu'ils ne peuvent rien pénétrer». (Sourate Al Munafiqûn, (63), 1-3) ;

Il a également dit «Il s'en trouve parmi les gens pour dire : nous croyons en Dieu et au Jour dernier, sans être pour cela des croyants trahissant Dieu et ceux qui croient, ils ne trahissent qu'eux-mêmes et n'en ont pas conscience» (Sourate Al Baqara,(2), 8-9) ;

Il a également dit : «Les hypocrites cherchent à abuser Dieu : C'est Lui qui les abuse ! Quand ils se lèvent pour prier, ils le font languissamment, et seulement pour la montre. Ils ne rappellent pas le nom de Dieu, sauf rarement. Ils oscillent dans leur choix sans aller aux uns ni aux autres. Celui que Dieu égare, tu ne lui trouveras pas de chemin» (Sourate Annissa', (4), 142-143).

On peut donc déduire de ces nobles versets que la coercition va à l'encontre des préceptes de la Loi islamique qui ne reconnaît que la croyance qui émane de la volonté, du libre choix et de la conviction de l'individu. Cette foi qui  pousse le croyant à s'engager sur la voie de la croyance authentique, de l'amendement et du comportement raisonnable, montrant ainsi que ses actes traduisent bien ses convictions.

Plus grave encore, la coercition en matière de croyance, comme le soulignent de nombreux savants, est vaine du point de vue de la foi et des actes. La contrainte ne signifie-t-elle pas contraindre quelqu'un par la force à croire en des choses auxquelles il n'adhère pas et à agir en conséquence ? Certes, il est facile d'amener l'autre à faire ce qu'il te plaît qu'il fasse, mais  il est difficile, voire impossible de le forcer à croire malgré lui et de l'amener à agir selon tes propres convictions.

Sixième vérité

Il est historiquement affirmé que les musulmans n'ont,  à aucun moment, eu recours à la force pour convertir qui que se soit à l'Islam. Quand ils triomphaient d'un pays, ils présentaient et proposaient l'Islam à ses habitants, tant mieux si ces derniers choisissaient de l'embrasser. S'ils insistaient pour garder leur propre confession, les musulmans les laissaient tranquilles et les traitaient avec équité, conformément à la loi islamique.

Nous avons déjà montré, en parlant de la raison de la révélation du verset «Point de contrainte en matière de religion», comment le prophète (S.B) a refusé que l'homme converti à l'Islam contraigne ses deux fils à renier leur confession pour embrasser l'Islam.

Les historiens rapportent que Omar ibn Al-Khattab (qu'Allah soit satisfait de lui) voyant passer une vieille femme mécréante. lui dit : «Ô vieille femme convertis-toi à l'Islam pour te préserver». Elle lui a répondu : «Je suis vieille, je sens  la mort qui s'approche et j'aimerais bien garder ma religion». Omar a alors dit : «Ô Dieu! Atteste que j'ai communiqué le message».

En revanche, si d'aucuns avancent que le prophète (PSL)  a dit dans un hadith authentique : «Il m'a été ordonné de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils témoignent que nul n'est en droit d'être adoré qu'Allah et que Muhammad est l'Envoyé d'Allah, qu'ils accomplissent la prière, qu'ils s'acquittent l'aumône légale. S'ils font cela, ils auront préservé vis-à-vis de moi et leur sang et leurs biens, sauf ce que l'Islam permet d'en prélever légalement». En apparence, ce hadith pourrait sembler en contradiction avec le verset "point de contrainte en matière de religion" car la lutte pourrait signifier la contrainte.

Nous réfutons cette présomption en soulignant que ce que l'on entend par «gens» dans le hadith, d'après les érudits, se sont ceux qui combattent l'appel à l'Islam par tous les moyens et ceux qui proclament leur adversité à l'Islam et lui portent davantage d'hostilité dans leur coeur. Ce sont ces derniers qui sont visés par le prophète (PSL) dans le hadith "il m'a été ordonné de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils témoignent que nul n'est en droit d'être adoré qu'Allah et que Muhammad est l'Envoyé d'Allah". Dieu nous ordonne de contrecarrer leur agression pour préserver notre honneur.

Quant aux autres qui ne sont ni nos coreligionnaires ni nos concitoyens, mais nous nuisent cependant, le Coran dit : «Tant qu'ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. Car Allah aime les pieux».

Pour les autres dont la religion est différente de la nôtre, mais avec qui nous partageons la même patrie, entretenons des intérêts communs, la règle qui s'applique est celle qui dit : «ils ont les mêmes droits que nous et les mêmes obligations».

L'histoire ne mentionne le cas d'aucun musulman, soit-il gouverneur ou gouverné, qui ait contraint un non musulman à se convertir à l'Islam. En effet, le vrai musulman est celui qui met en pratique ce que Dieu, Gloire à Lui, dit : «Dieu ne vous a pas interdit, ceux qui ne vous combattent pas pour cause de religion, ni ne vous évincent de votre habitat, de vous montrer envers eux vertueux,

équitables. Dieu aime les équitables. Il interdit seulement, ceux qui vous combattent pour cause de religion, vous évincent de votre habitat ou concourent à votre éviction, de pactiser avec vous. Qui pactisent avec eux. Ceux-là sont les iniques» (Sourate Al-Mumtahanah, (60), 8-9)

Septième vérité

S'il est effectivement et historiquement démontré que les musulmans, gouverneurs et gouvernés, n'ont jamais contraint ni forcé quiconque à se convertir à l'Islam, comme nous l'avons montré dans la sixième vérité, je voudrais en revanche préciser au souverain pontife un fait historiquement établi et avéré, à savoir que des milliers de personnes se sont converties à l'Islam par conviction personnelle et de leur propre chef. Ces personnes sont venues par milliers de pays différents à la Direction d'Al-Azhar Al-Charif pour proclamer leur Islam, comme en témoignent les chiffres suivants :

En 2000, le nombre de convertis, originaires de 90 pays a atteint 938 personnes.

En 2001, le nombre de convertis, originaires de 91 pays a atteint 860 personnes.

En 2002, le nombre de convertis, originaires de 93 pays a atteint 1116 personnes.

En 2003, le nombre de convertis, originaires de 98 pays a atteint 1344 personnes.

En 2004, le nombre de convertis, originaires de 122 pays a atteint 1671 personnes.

En 2005, le nombre de convertis, originaires de 104 pays a atteint 2052 personnes.

Toutes ces personnes sont venues à Al Azhar, d'elles mêmes, sans y être contraintes ni par l'épée ni par aucun autre moyen de coercition, comme l'avait prétendu l'empereur byzantin, pour proclamer leur conversion à l'Islam. Cela prouve, raisonnablement que la loi islamique juge vaine toute croyance qui résulte de la contrainte et de la coercition, car cela s'oppose à l'essence même de l'Islam fondé sur le raisonnement, la réflexion, le libre choix et la conviction. Par ailleurs, il apparaît clairement que tous ceux qui prétendent que l'Islam s'est propagé par la force du glaive ou par la contrainte, profèrent des mensonges et des contrevérités. Dieu guide celui qu'Il choisit vers le droit chemin.

-II-

Nous allons expliquer à Sa Sainteté le Pape, en toute sincérité et objectivité, les vraies finalités de la légitimité du Jihad dans l'Islam, finalités que les écrivains occidentaux et non occidentaux ignorent. Sa Sainteté comprendra alors que le Jihad a été autorisé par la Charia pour défendre la religion, mener la lutte spirituelle contre soi-même, et pour préserver ses biens, porter secours à   l'opprimé et défendre la dignité humaine, bref, défendre tout ce qui mérite raisonnablement, légitimement et traditionnellement d'être défendu. L'Islam n'a jamais légitimé l'assassinat des personnes pacifiques, ni permis de les terroriser ou les humilier, ni encore moins de les agresser comme d'aucuns le prétendent. Permettez moi de souligner quelques vérités qui en attestent:

Première vérité :

Le vocable «Jihad» en langue arabe est dérivé de «Juhd» dans le sens de l'effort en vue d'atteindre un objectif donné, qu'il s'agisse, par exemple, d'acquérir un bien ou exceller dans une discipline. Cet effort peut être un effort physique, comme dans certaines compétitions sportives ou moral comme dans les débats qui nécessitent, pour convaincre l'interlocuteur, d'exceller dans l'art de l'argumentation et de la persuasion. Dieu a dit à ce propos : «Ne cède pas aux dénégateurs. Par ceci combats-les d'un grand combat (Sourate Al furqân (25), 52). L'anaphore (bihi) «par ceci» ici renvoie au  Saint-Coran.

La signification de ce verset : Nous t'avons révélé, Ô Mohamed le Saint Coran, qui contient tout ce qu'il faut pour établir la vérité et réfuter le mensonge, fais en ton arme, et ce faisant n'obéis pas aux infidèles lorsqu'ils cherchent à te faire dire des contrevérités et  à faire  des actions réprouvées. Bien au contraire, déploie  tout ce dont tu es capable pour transmettre ce que Dieu t'a révélé et mène ta lutte contre les infidèles en utilisant le Coran, et n'hésite pas à leur rappeler tous les versets coraniques pour réfuter leur arguments et mettre au jour leurs mensonges.

Les savants divisent le  Jihad dans la Charia en trois catégories : 

L'effort sur soi (Jihad An-nafs) qui signifie se livrer un combat à soi-même, et mener la lutte intérieure, spirituelle, contre ses propres travers, en vue d'un perfectionnement dans la voie de Dieu. Dieu a dit «Par l'âme et ce qui l'équilibre, lui inspire la luxure ou de se prémunir, bienheureux  sera qui la purifie, confondu sera qui l'opacifie» (Sourate Ash-shams (91), 7-10)

La signification : par l'âme et Celui qui l'a harmonisée et l'a façonnée afin qu'elle puisse distinguer le bien du mal ; par Celui qui l'a inspiré pour reconnaître le vrai du faux, Par Dieu Gloire à Lui, celui qui  purifie son âme, s'amende en s'engageant dans la voie de Dieu est victorieux, alors que celui qui la corrompt  par le péché et les forfaitures s'égare.

Il existe un autre Jihad, le jihad  contre Satan, qui consiste à mener la lutte de la droiture contre  ce démon  pour ne pas se laisser prendre par ses artifices et échapper aux fortitudes que l'on peut commettre sous  son emprise.

Dieu a dit : «Satan vous est ennemi. Traitez- le en ennemi. Il n'appelle que sa clique à devenir des compagnons de l'Enfer.» (Sourate (35) Fatir, 6)

Le jihad, la lutte contre les oppresseurs et les nuisibles, ceux qu'il faut empêcher, par tous les moyens que Dieu a autorisés, de faire du mal et répandre souffrances et faussetés.

Parmi les versets qui incluent ces trois notions du jihad dans la Charia, citons le verset suivant : «Tandis que ceux qui en Nous firent effort, oui guidons-les sur Nos chemins. Assurément que Dieu est avec les bel-agissants» (Sourate Al Ankabut, (29), 69»

La signification de ce verset : Quant aux vrais croyants,  ceux qui luttent de toutes leurs forces pour Notre cause, et pour préserver leur âme de toute forfaiture Nous les guiderons certes sur Nos sentiers, Allah est en vérité avec les bienfaisants, Il les assiste et leur garantit la victoire.

La polémique autour du mot «Jihad » dans l'Islam et le fait que ce vocable ait subi un glissement de sens pour ne plus signifier que guerre constituent  une erreur commune commise par les écrivains occidentaux. Le grand savant Mohamed Ali a déjà souligné cela dans son ouvrage La religion Musulmane(2). Ainsi dans la page 413 il dit : «Un grand malentendu entoure le sens de l'obligation du jihad dans l'islam et semble assez répandu. Ce malentendu consiste à considérer le mot jihad comme un synonyme de guerre.  Les grands chercheurs européens, eux-mêmes, ne se sont pas donnés la peine de consulter l'un des dictionnaires arabes, le Saint coran pour déterminer le sens exact de ce mot. Cette mauvaise interprétation s'est répandue partout.

Le jihad et Al mujahada signifient s'efforcer et déployer tous ses efforts pour atteindre un but. Le jihad se divise en trois catégories : Le premier renvoie à la lutte contre l'ennemi apparent, le deuxième signifie la lutte contre Satan et le troisième signifie «consentir un effort sur soi»

Deuxième vérité

La règle dans la loi islamique est la paix (Assalam) le Jihad dans le sens de lutte armée est l'exception, et n'a de raison d'être que lorsqu'il s'agit de résister à l'ennemi, de combattre l'injustice, la subversion et la désobéissance. Quelle meilleure preuve sinon le mot «islam» que Dieu a choisi pour qualifier la religion qu'Il a agréée. Dieu a dit : «La religion en Dieu est l'Islam» (Sourate Al Imran (3), 19). Le vocable Islam est dérivé de Salam. Ces deux vocables Al Islam et As-salam convergent dans leur extension sémantique, lorsqu'ils signifient l'obligation de garantir la sécurité, la sérénité et l'entraide entre les humains. Dieu a dit : «Humains prémunissez-vous envers votre Seigneur. Il vous a créés d'une âme unique, dont il tira pour celle-ci une épouse ; et de l'une et de l'autre Il a répandu des hommes en nombres et des femmes» (Sourate Annissa (4), 1)

L'occurrence du mot «As-salam»  dans le Coran se retrouve dans plus de trente endroits différents. Les nombreuses occurrences de ce mot à diverses occasions et sous des formes multiples, soulignent ce noble principe, alertent les esprits sur la nécessité de cultiver la fraternité et de partager les bienfaits que Dieu a mis à la disposition des humains et les incitent à oeuvrer à préserver la tranquillité et la sérénité entre eux.

Le vocable «As-salam» est béni à plus d'un titre. Il fait partie des plus beaux attributs d'Allah. Le Très-Haut dit : «Il est Dieu, il n'y a de Dieu que Lui. Il est le Roi, le Très Saint, le Dispensateur de Salut, l'Avérateur de la croyance, l'Englobant, le Dominateur, l'Irrésistible, le Magnanime. Soit exaltée Sa transcendance, bien loin de tout ce qu'ils Lui Associent» (Sourate Al Hashr (59), 23)

C'est le terme utilisé pour se saluer entre croyants. Ainsi lorsqu'un musulman croise un autre, il dit As-salamu Alaykum (la paix sur vous), autrement dit que la paix soit avec vous et avec nous. Le Hadith As-sharif «Dieu a fait de «As-salam» (paix) le terme de la salutation pour notre nation et de sérénité pour ceux qui jouissent de notre protection».

Lorsque le musulman fait sa prière, il lit la Fatiha et quelques versets coraniques, puis passe à la salutation de paix sur le prophète, sur lui-même et sur  les intègres. A la fin de la prière il se tourne sur sa droite et  sur sa gauche en prononçant la salutation finale :

   «Que le salut et la miséricorde d'Allah soit sur vous.» «Assalamou 'alaykum wa rahmatullah».

La salutation que les croyants reçoivent de leur Créateur lorsqu'ils sont dans l'Eden : Dieu a dit «La parole qui va les accueillir, le Jour où ils Le rencontreront, c'est : «salam !» (Sourate Al Ahzab (33), 44) Autrement dit, la salutation au jour où les croyants rencontreront Leur Dieu  sera : «Salam» [paix], un gage de protection des affres de l'Enfer et une généreuse récompense, à savoir l'Eden.

Salutations des Anges adressées aux croyants à leur arrivée au paradis : As-salam (paix). Dieu a dit : «Ceux qu'auront recouvrés les anges en état de bonté, ils leur diront : «Salut sur vous, entrez au Jardin, par cela même que faisiez» (Sourate An-nahl (24)  32). Il a également dit «Tandis que ceux qui se sont prémunis envers leur Dieu  sont poussés au Paradis par vagues, de sorte que quand ils y arrivent, les portes s'en ouvrent largement et les gardiens leur disent : salut soit sur vous ! paix sur vous ! entrez-y pour l'éternité» (Sourate Azummar (39), 73).

Salutations des Anges adressées aux croyants quand ils se trouvent au Paradis est «Salam». Dieu a dit «Ils y entrent (Les Anges entrent en leur honneur par chaque porte : Salut sur vous, pour votre patience ! félicité dans l'ultime demeure !» (Sourate Arraad (13), 23-24).

L'invocation   des croyants dans le paradis : est «Gloire à Dieu». Dieu a dit «Leur appel ne consiste qu'à proclamer : «transcendance, ô mon Dieu!» ; un «salut !» les y accueille, leur appel se conclut sur : Louange à Dieu, Seigneur des univers !» (Sourate Yûnus (10), 10). Autrement dit leur invocation est «Gloire à Toi, Allah», et salutations adressées à Dieu et aux Anges. Les salutations échangées entre eux est As-salam et la fin de leur invocation : «Louange à Allah, Seigneur de l'Univers».

Les paroles que les croyants s'échangent lorsqu'ils sont au paradis : Salam (paix) Dieu a dit «On y entend point verbiages : rien que «Salut!»Ils y auront soir et matin leur attribution» (Sourate Myriam (19) 62). Ce qui signifie : Ceux qui sont au paradis n'y entendent nulle parole insignifiante ; seulement : «Salam» ; et ils auront là leur nourriture, matin et soir. Dieu a dit également : «Ils n'entendent là verbiage non plus qu'incitation au péché mais seulement une antienne : Salam ! Salam !» (Sourate Al Waqiaa (56) 25-26). Ce qui signifie : Ils n'y entendront ni futilité ni blasphème ; mais seulement les propos «Salam! Salam!»... [Paix! paix!].

La nuit du destin (d'Al-Qadr) est meilleure que mille mois : Dieu a dit : «Salut soit-elle jusqu'au lever de l'aube!» ( Sourate Al Qadr ( 97), 5)

La demeure de la paix : l'un des noms du paradis, comme dans le verset : «Dieu convie à la demeure de paix. Il guide qui Il veut à une voie de rectitude.» (Sourate Yûnus (10), 25). Ce qui signifie que Dieu appelle ses sujets à la demeure de la paix en ayant foi et en agissant en bien et Il guide qui Il veut vers le droit chemin.

Invocation du prophète qu'il répétait souvent : Ô Seigneur, Tu es la paix et de Toi procède la paix, Salut nous ô Seigneur par la paix»

Il apparaît donc clairement que la loi islamique (charia) considère la paix (assalam) comme le fondement même des relations humaines alors que le jihad, au sens de la lutte armée, n'est qu'une chose imprévue et on ne doit y recourir qu'exceptionnellement lorsque cela s'avère indispensable.

Troisième vérité

Toutes les incursions et attaques qui ont eu lieu à l'époque du prophète étaient destinées à combattre l'injustice et à résister à l'ennemi. Jamais elles n'étaient justifiées par l'ambition, l'oppression ou le simple besoin de faire couler le sang ni la volonté de terroriser les personnes paisibles. Les preuves attestant de cette vérité sont multiples :

A)  S'agissant de la bataille de Badr, première bataille livrée par les musulmans, ce sont les impies Kourachites qui ont déclenché les hostilités. Les musulmans n'avaient de choix que de riposter à l'attaque et de relever le défi. En effet les Kourachites étaient bien à l'origine de cette bataille et ce pour une raison majeure, que de nombreux historiens ont d'ailleurs omis. En effet, suite au départ du prophète vers Médine (l'hégire), les impies ont assailli les musulmans qui sont restés à la Mecque et les ont tellement opprimés que leur situation était devenue insoutenable et qu'ils ont commencé à invoquer Dieu en ces termes «Notre Seigneur, fais-nous sortir de cette ville aux habitants iniques. Commets-nous de Ton sein un protecteur. Commets-nous de Ton sein un secourant» (Sourate Annissaa (4), 75) Dieu a exaucé les vœux de ces musulmans qui sont restés à la Mecque et n'ont pu joindre leurs frères à Médine. Il a ordonné à Son prophète (PSL) et ses compagnons de porter assistance à leurs frères opprimés. Il s'est adressé à eux dans un style empreint d'exhortation : «Qu'avez-vous à vous abstenir de combattre sur le chemin de Dieu, quand il est tant d'opprimés d'entre les hommes et les femmes et les enfants» (Sourate Annissaa (4), 75). Autrement dit : Vous croyants qui êtes partis à Médine et vos compagnons, combattez pour venir à l'aide  de vos frères qui n'ont pu partir avec vous, et qui sont tellement opprimés par les impies de la Mecque, leur ennemis,  qu'ils ont imploré votre aide en ces termes «faites -nous sortir de cette ville aux habitants injustes».

En conclusion, on peut souligner, que la bataille de Badr, première du genre entre musulmans et infidèles, fut livrée pour assister les opprimés qui n'ont pu se rendre à Médine et courir à leur secours. Ainsi Dieu a préparé les conditions nécessaires pour venir en aide à ces hommes et femmes opprimés lors de la bataille de Badr.

B)  S'agissant de la bataille d'Uhud, les musulmans n'ont cherché à attaquer personne. Se sont les impies de la Mecque, qui un an après leur défaite à Badr, ont mobilisé leur force, hommes et femmes, grands et petits, et ont formé, avec le renfort de leurs alliés, une armée de plus de trois mille hommes et se sont dirigés vers Médine pour y attaquer les musulmans.  Ces derniers se sont alors concertés avec le prophète (PSL) : «Fallait-il aller à la rencontre des ennemis qui se sont approchés de Médine ou fallait-il les attirer à l'intérieur de la ville et  livrer un combat de rues auquel les femmes participeraient du haut des terrasses des maisons ?» Le prophète était du deuxième avis, alors que les jeunes préféraient sortir et rencontrer les ennemis et leur livrer bataille en dehors de la ville. Ils avaient tellement insisté que le prophète (PSL) a fini par céder à leur requête et  la bataille s'est soldée par de nombreux martyrs musulmans.

C)  S'agissant de la bataille des Ahzab (coalisés), plus dune dizaine de milliers de personnes appartenant à différentes tribus et soutenues par les juifs, se sont mobilisées et se sont dirigées vers Médine pour attaquer les musulmans. Ayant appris la nouvelle, le prophète convoqua ses compagnons afin de les consulter sur la façon dont ils devaient s'y prendre pour se défendre contre l'ennemi et triompher de lui. Salman Al Farissi a suggéré de ne pas combattre sur un terrain découvert, et qu'il était préférable de creuser des tranchées autour de Médine afin de la protéger contre l'ennemi.» Cette suggestion plut beaucoup au Prophète (paix et bénédictions d'Allah soient sur lui) ; les musulmans s'attelèrent à la tâche, en chantant pour ces quelques couplets se donner du courage :

Gloire à Toi Seigneur, sans Ta lumière nous n'aurions pu suivre le droit chemin ;

Sans Ton flambeau nous n'aurions fait ni aumône ni prière ;

Octroi-nous ô Seigneur la quiétude, et face à l'ennemi la vaillance ;

Les impies nous persécutent, ils veulent semer le trouble ;

Et nous, nous nous y refusons.

Ils ont creusé des tranchées autour de la ville. Le Prophète lui-même participa aux travaux. L'issue fut la victoire pour les musulmans. Les polythéistes perdirent la bataille et furent forcés de se replier sans avoir pu mettre à exécution leurs funestes intentions. Dieu a dit «Dieu a renvoyé les dénégateurs enragés de n'être arrivés à rien de bon. Les croyants, au combat, ont fait de Lui leur  suffisance» (Sourate Al Ahzab (33), 25)

Il est donc clair que les batailles livrées par le Prophètes le firent soit pour porter assistance aux opprimés, soit pour se défendre et défendre sa croyance, ou la dignité humaine. Jamais ces batailles n'avaient pour visée d'agresser ou d'opprimer.

La quatrième vérité

La loi islamique a codifié la guerre et contraint les croyants de se tenir aux règles établies. Comme en témoigne ces versets : «Combattez sur le chemin de Dieu ceux qui vous combattent, sans pour autant commettre d'agression : Dieu déteste les agresseurs» (Sourate Al-Baqara (2), 190).

Le sens du mot Qital (combat) est de combattre celui ou celle qui vous combat, alors que le mot «muqatala» signifie que deux personnes se livrent un combat et que chacun combat l'autre. Par «n'agressez pas» Dieu proscrit l'agression sous toutes ses formes, plus particulièrement l'agression dans le combat.

L'agression signifie outrepasser ce que Dieu a ordonné et ce qu'il a proscrit.

Le sens de ce verset : vous croyants, combattez ceux qui vous attaquent et qui violent ce qui est sacré pour vous. Ne transgressez pas en tuant les gens paisibles, hommes, femmes et enfants ni les personnes âgées, les malades et ceux qui souffrent de quelque déficience que se soit. Sachez croyants que Dieu n'aime pas les transgresseurs !

Al Imam Ibn Kathîr dans son interprétation de ce verset a dit : «C'est pour cela qu'il est mentionné dans le Sahih de Muslim, selon Burayda, que le prophète(PSL) disait à ses compagnons «Ne trahissez  point, ne vous appropriez pas indûment ce qui ne vous appartient pas; ne pratiquez pas la tromperie et les mutilations ; ne tuez pas les gens paisibles, hommes, femmes, enfants et vieillards ; ne déracinez ni brûlez un palmier ; ou ne coupez pas des arbres portant des fruits. Vous rencontrerez des moines qui se sont retirés dans des ermitages ; laissez-les accomplir le but pour lequel ils ont fait ceci».

Parmi les versets coraniques qui montrent bien que l'Islam a imposé des règles strictes pour codifier la guerre, Dieu a dit «Dieu prend la défense de ceux qui croient, Il n'aime pas l'homme de traîtrise et de dénégation. Permission est donnée à ceux qui combattent pour avoir subi l'iniquité… Dieu de les secourir est capable.. A tous ceux qui furent évincés de leurs demeures à contre-droit, et seulement parce qu'ils disaient : «Notre Seigneur est Dieu» (Sourate Al Haj (22), 38-40).

La signification de ce verset : Dieu Tout Puissant dans Sa bienfaisance et Sa grâce préserve ses croyants de l'agression des vicieux et des apostats, car Dieu n'aime pas les traîtres et les ingrats. Dieu a permis à ses croyants de se défendre, de combattre les ennemis qui les persécutent et leur annonce qu'Il est capable de les mener à la victoire, car Dieu soutient, certes, et récompense ceux qui soutiennent Sa Religion. Dieu a précisé les conditions où Il a légitimé le jihad pour soutenir la vérité. Dieu a dit : «ceux qui furent évincés de leurs demeures à contre-droit», sans raison et contre toute justice, simplement parce qu'ils disaient : «Allah est notre Dieu».

Si Dieu n'envoyait pas aux oppresseurs quelqu'un pour les humilier et les réprimer, ils sèmeraient la corruption sur la terre, détruiraient les lieux du culte,  églises, synagogues et monastères. Dieu est tout Puissant.

Tous ces nobles versets montrent clairement et sans équivoque, que Dieu défend ceux qui croient en lui et qu'Il les autorise à combattre les oppresseurs et les despotes qui persécutent les croyants et les évincent de leurs demeures. Sans les commandements justes que Dieu a prescrits pour triompher de ceux qui sont dans le mensonge, la terre aurait été complètement corrompue.

La cinquième vérité

La religion islamique incite ses adeptes à la conciliation et à la courtoisie. Elle leur ordonne de mettre fin à la guerre dès que leurs adversaires le demandent si cette trêve n'est pas contraire à leurs intérêts. Dieu a dit «En revanche s'ils penchent pour la paix, penches y toi-même, sans cesser de faire confiance à Dieu, qui est l'Entendant, le connaissant. S'ils voulaient te duper, qu'il te suffise de Dieu, Lui qui t'a déjà soutenu de Son aide victorieuse et des croyants» (Sourate Al anfal (8), 61-62)

 La signification du verset : S'adressant au prophète Dieu lui dit : si tu es en guerre et que tes ennemis souhaitent la paix, accepte cette trêve, du moment qu'elle ne nuit ni à toi ni à tes compagnons et place ta confiance en Dieu. Ne crains pas leur duperie car s'ils veulent te tromper, alors Allah te suffira, Lui l'Etendant et l'Omniscient.

Si en réclamant la fin de la guerre ils cherchent à te duper, ignore leur tromperie et accepte la paix, si cette conciliation va dans le sens de tes propres intérêts et ceux de tes compagnons. Ne crains rien, Dieu te suffira. C'est Lui qui t'a soutenu par Son secours, ainsi que par l'assistance des croyants, ceux-là mêmes qui se précipitent vers les bonnes actions et sont les premiers à les accomplir.

Ce verset est un encouragement pour le prophète afin qu'il persévère dans la voie de la paix qui préserve les intérêts des musulmans. C'est  une promesse qu'il sera vainqueur même si ses adversaires essaient en proposant une solution pacifique de le duper.

Sixième vérité

La loi islamique prévoit des règles d'éthique de la guerre qu'il est nécessaire de respecter.

La première règle consiste à respecter les accords et les pactes signés. Les musulmans sont tenus d'honorer scrupuleusement tout engagement qu'ils prennent. Le prophète (PSL) a d'ailleurs donné le meilleur exemple de loyauté. En effet, l'accord de la trêve d'Al Hudaybiya stipulait que les Kurachites, pouvaient ne pas renvoyer un musulman envoyé chez eux, alors que les musulmans devaient renvoyer un Kurachite qui se rendrait chez eux. Lorsque Abou Rafie fut ainsi  envoyé au prophète, il  fut touché par la foi et a demandé au prophète de se convertir à l'Islam et de rester parmi les musulmans, mais le prophète lui a rétorqué : «je ne déroge jamais à un pacte que j'ai conclu, retourne donc chez eux en paix, tu pourras ; plus tard, si tu le désires toujours, nous rejoindre».

On peut également citer parmi ces règles d'éthique de la guerre, la recommandation de ne pas s'en prendre à celui qui ne combat pas, l'interdiction de mutiler, d'achever un blessé, de couper les arbres, d'empoisonner les puits, de démolir les maisons et de traiter les prisonniers avec dignité. Et si un adversaire demande la protection, il faut accéder à sa demande et lui garantir la protection. Il ne faut en aucun cas le combattre, car Dieu a dit «Si quiconque parmi les associants te demande sauvegarde, accorde-lui sauvegarde pour lui permettre d'entendre la parole de Dieu, voire fais-lui regagner son lieu de sûreté, considérant qu'ils sont un peuple dénué de science» (Sourate At-tawba (9), 6)

Dieu s'adresse au prophète et lui dit : si l'un des associants te demande l'asile, accorde-le lui, afin qu'il entende la parole de Dieu et la médite. S'il embrasse ta religion il deviendra l'un de tes fidèles, sinon assure sa protection et  fais-le parvenir à son lieu de sécurité.

En conclusion on peut dire que le jihad dans l'Islam n'a été autorisé que pour  défendre la vérité, aller au secours de l'opprimé, diffuser la paix et la sérénité sur terre et pour donner des leçons aux malfaisants perfides qui autrement ruineraient la terre.

A tous ceux qui prétendent le contraire, nous répondons en citant les paroles de Dieu : «C'est là une énormité de langage qui sort de leur bouche, même s'ils ne font que mentir» (Sourate Al Kahf (18), 5)

Il apparaît donc clair pour tout être sensé, que la guerre dans la loi islamique n'est pas la règle mais bien au contraire l'exception. C'est la paix qui est la règle et l'origine.

 

-III-

Je vais réfuter un autre mensonge qui est encore plus ignominieux. Il s'agit des propos de l'empereur byzantin qui en s'adressant au savant perse dit : «Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait».

Le reproche que nous adressons à votre Sainteté, c'est d'avoir cité ces propos sans aucun commentaire équitable qui puisse montrer que vous n'êtes pas d'accord avec les propos de cet empereur en mal de vengeance. Vous avez Votre Sainteté repris ces propos sans commentaire comme si vous y adhériez. Puisque vous n'avez pas daigné faire de commentaire, permettez-moi de vous fournir ces preuves irréfutables et multiples qui témoignent en toute clarté, sans aucune équivoque ni ambiguïté, que «le prophète Mohamed (paix et salut sur lui) a été envoyé à l'humanité entière pour lui apporter le bien ainsi que toutes les vertus et toutes les nobles qualités».

Il est le Messager qui a apporté toutes les grâces. Les trois livres sacrés n'ont-ils pas tous annoncé son avènement et ne lui ont-ils pas attribué les meilleures vertus et les plus nobles qualités qui poussent toute personne sage à le croire et à adopter sa confession.

Dieu a dit : «En faveur de ceux qui suivent l'Envoyé,  le Prophète natif, qu'ils trouvent chez eux inscrit dans la Torah comme dans l'Evangile: il leur commande le convenable et leur proscrit le blâmable, leur rend licites les choses bonnes, illicites les pernicieuses, et fait d'eux tomber les pesanteurs et les entraves qui les écrasaient ; Oui, en faveur de ceux qui croient en lui, le soutiennent, l'assistent, suivent la lumière descendue avec lui ; tous ceux-là sont, eux, les triomphants» (Sourate Al Aaraf (7), 157)

En effet dans ce verset Dieu a décrit le prophète Mohamed en utilisant de nobles qualificatifs :

Premièrement : il  est l'envoyé de Dieu a adressé en qualité  d'annonciateur et d'avertisseur à l'humanité entière ;

Deuxièmement : Il est celui à qui Dieu a révélé une religion (charia) complète et éternelle ;

Troisièmement : il est illettré, ne sachant ni lire ni écrire et n'ayant bénéficié d'une éducation. Cependant Dieu lui a révélé le Saint coran qui est un guide sur le sentier de Dieu et le miracle des miracles. Dieu lui a permis, par sa grâce, d'assimiler plusieurs sciences pleines de sagesse pour exceller et dépasser ainsi toutes les créatures de Dieu. Son analphabétisme était bien la preuve que ce qu'il disait lui a été révélé par Dieu.

Quatrièmement : son nom figure dans l'Evangile  et la Torah, comme en témoigne ce passage, qui est l'un des plus complets de la Torah, rapporté également par l'Imam Boukhari : J'ai lu dans la Torah l' attribut du prophète : mon messager et le résigné à ma volonté. Tu n'es ni brutal, ni inhumain, ni querelleur dans les souks. Tu ne rends pas le mal pour le mal, mais tu pardonnes et tu excuses.

Cinquièmement : il est le messager envoyé pour se convertir aux vertus et s'éloigner des vices.

Sixièmement : il est celui a qui Dieu a révélé une religion tolérante, caractérisée par la facilité et non la difficulté, empreinte de flexibilité  et non de rigidité.

Dieu a conclu ce noble verset en soulignant que ceux qui croient au prophète et le soutiennent, ceux-là même sont les heureux.

L'avènement du noble prophète a été accompagné des bienfaits qu'il a apportés à l'humanité. Ceci est d'ailleurs clair si l'on considère que Jésus fils  de Marie, également un envoyé de Dieu, avait annoncé sa venue et l'a nommé. Dieu a dit : «Lorsque Jésus fils de Marie dit : fils d'Israël, je suis l'envoyé de Dieu vers vous, venu confirmer la Torah en vigueur et faire l'annonce d'un envoyé qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmed» (Sourate Assaf (61), 6)

Signification : Dans ce verset Dieu s'adresse au prophète Mohamed en lui disant de rappeler à ses disciples la parole de Jésus fils de Marie lorsqu'il a dit : “ Enfants d'Israël, je suis le Messager de Dieu qui vous est envoyé, confirmateur de la véracité de l'Evangile qui m'a été révélé, et confirmateur de la Torah, antérieur à moi, et révélée à Moïse, et annonciateur d'un Messager à venir après moi, dont le nom sera «Ahmad».

Feu Imama Al Alûssi , disait que cet auguste nom « Ahmad », est un prénom de notre prophète. Selon les deux Sahih, le prophète a dit dans un hadith : « Je suis Mohamed (le louangé), je suis Ahmed (le plus glorieux), je suis Al Hachir autour de qui les gens sont rassemblés au jour du jugement, je suis Al Mahi par qui Dieu efface l'infidélité et je suis Al âqib, aucun prophète ne sera envoyé après moi».

Ce verset montre sans aucune équivoque, que Jésus a annoncé à son peuple, l'avènement du prophète. Cette bonne nouvelle, de part sa forme et son sens, signifie qu'un prophète leur sera envoyé, pour leur apporter toutes les grâces, les sortir des ténèbres du polythéisme, pour les faire accéder à la lumière du monothéisme, les sortir de leur croyances saugrenues pour les faire goûter aux bienfaits de la connaissance, les éloigner des pratiques de débauche et les guider vers le droit chemin et le sentier de Dieu.

Le prophète Mohamed a chanté les louanges de Jésus fils de Marie  également Messager de Dieu et a dit à ce propos «Nul n'est en droit de se réclamer de Jésus fils de Marie que moi-même, car entre lui et moi il n'y a aucun prophète». Il a également loué Jésus fils de Marie, comme lui messager de Dieu et célébré sa mère Marie : «parmi les gens du Paradis, ne sont parfaites que quatre femmes, : Khadija fille de Khuwaylid, Fatima Fille de Mohamed, Marie, fille de 'Imrân et Assiya, fille de Muzâhim femme de Pharaon.

Notre noble prophète (PSL) a été le porteur de toutes les grâces et de toutes les faveurs, car son Message est l'ultime message envoyé par Dieu. C'est le message qui vient compléter toutes les religions et lois divines.

Tous les prophètes ont été envoyés par Dieu à l'origine, pour transmettre un seul et même message, à savoir : adorer Dieu, l'Unique et le Tout-Puissant en toute sincérité, et agir en êtres vertueux. Un tel message ne peut qu'être bénéfique pour l'humanité et ne peut être que source de bonheur. Ce message ne peut être,  autre chose, qu'un phare qui guide cette humanité vers la sagesse,  qui la purifie de toutes les animosités, toutes les rancoeurs et toutes les injustices. Il ne peut que permettre à ceux qui roient aux prophètes et qui suivent le droit chemin, de vivre dans la sérénité, la prospérité et le bien-être. Dieu n'a-t-Il pas dit : «Qui effectue l'œuvre salutaire, fût-il male ou femelle, s'il est croyant, Nous lui ferons vivre une vie bonne : Ô Nous les rétribuerons d'un salaire plus beau que ce qu'ils faisaient» (Sourate An-nahl (1-), 97)

Les nobles prophètes : ils sont les élus de Dieu, ceux qu'Ils a choisis parmi Ses  sujets. Ils sont la voie pour obtenir Son pardon et atteindre sa grâce.

Les noble prophètes : Ils sont les purs parmi les purs, choisis par le Créateur pour transmettre Sa révélation, indiquer aux humains la bonne voie, leur apporter toutes Ses grâces, les sortir des ténèbres pour les faire accéder à la lumière, les éloigner des pratiques de débauche et les guider vers la pureté et la vraie croyance.

Les nobles prophètes : Ils sont ceux que Dieu a distingués par une bonté incommensurable, une intelligence supérieure, une raison profonde, une sensibilité exquise, un caractère physique et moral égal et exquis.

Les nobles prophètes : Ils sont ceux que Dieu a préservé de toute forme de vice. La compassion, la générosité et l'honneur étaient leurs attributs avant et après leur mission.

Les nobles prophètes : Dieu a clôt le cycle des missions des prophètes par le message du prophète Mohamed. Sa religion fut ainsi la dernière brique dans l'édifice constitué par les religions monothéistes.

Le prophète Mohamed (PSL) a dit à ce propos : «Les prophètes qui m'ont précédé et moi, sommes pareils à un homme qui a construit une demeure, l'a embellie et parée, à l'exception de l'emplacement d'une brique qu'il a laissé vide.

Les gens qui visitaient cette demeure s'exclamaient, quelle belle demeure se serait s'il n'y manquait pas cette brique ; et se demandaient : «pourquoi n'a-t-on pas placé cette brique ?' Or, je suis cette brique et je suis le dernier des Prophètes»

Le prophète a apporté plusieurs bienfaits, et n'a apporté rien de mauvais. En effet, il fut envoyé par Dieu pour transmettre sa parole après une pause de l'envoi des messagers ; Dieu a dit : «Ô gens du livre, Notre Envoyé vient à vous pour vous porter l'explicitation, après une pause (dans la succession) des prophètes, afin que vous ne disiez pas : «Il ne nous vient plus d'annnociateur ni de donneur d'alarme» ; eh bien !il vous est venu un annonciateur, un donneur d'alarme. Dieu est Omnipotent». (Sourate Al maida (5), 19)

Ce verset s'adresse donc aux gens du Livre en leur disant : «gens du Livre, un Messager (Muhammad) est venu pour vous éclairer, vous apporter la vérité et vous guider dans la voie de la croyance et de la moralité après une période d'interruption entre son message et celui de Jésus. Nous avons agi de la sorte  afin que vous ne disiez pas : «Il ne nous est venu ni annonciateur ni avertisseur». Voilà, certes, que vous est venu, six siècles après Jésus, Notre Messager Mohamed vous appelant à suivre le sentier de Dieu».

Son avènement à cette époque précise de l'histoire de l'humanité s'imposait, étant donné la désolation, l'obscurantisme, l'ignorance et les tueries qui prévalaient alors.

Le monde avant la venue du prophète Mohamed était le théâtre de nombreuses séditions et conflits. La guerre entre les Romains et les Perses était à son apogée. Les croyances avaient atteint un tel degré de déliquescence et de décadence que l'homme qui est le représentant de Dieu sur terre en était réduit à idolâtrer les statues, les vaches, les arbres et le feu.

La morale n'obéissait qu'aux convoitises, à la concupiscence et aux désirs égoïstes qui nuisent et détruisent.

Les habitants de la Péninsule arabique, et à leur tête les Mecquois, n'étaient pas mieux lotis. Ils se faisaient la guerre pour les raisons les plus futiles et vénéraient des idoles qui ne pouvaient leur être d'aucune utilité et disaient : «Ceux-ci sont nos intercesseurs auprès d'Allah». «Nous ne les vénérons que pour qu'elles nous rapprochent d'Allah davantage». En effet, ils baignaient dans la débauche et le vice et procédaient à des rites désuets. Ils passaient leur temps à se glorifier de leurs ancêtres sans accorder de l'importance aux valeurs de la bonne morale et de la justice. Mais ceci n'empêchait pas une minorité, parmi les Mecquois, d'abhorrer les polythéistes, leur débauche et leur tribalisme exacerbé, tels Zayd Ibn Omar, Qas Ibn Saida et Waraqa Ibn Nawfal. Le grand poète, Ahmed Shawqi, a majestueusement décrit ce monde d'avant l'avènement du prophète Mohamed dans son magnifique poème Nahj Al burda :

Vous êtes venus alors que le chaos battait son plein ;

Des idoles, partout, vénéraient d'autres idoles ;

Et l'injustice en tout lieu sévissait;

Les tyrans de leurs sujets disposaient ;

Le roi de Perse baignait dans l'arbitraire ;

Et l'empereur Romain dans l'orgueil ;

Tous deux en torture rivalisaient ;

Sacrifiant les gens tels des offrandes ;

Les forts écrasaient les faibles sans vergogne ;

On dirait des prédateurs qui dévorent leur proie.

La mission du prophète Mohamed est venue, à point nommé, sortir l'humanité de l'obscurantisme dans lequel elle était plongée. La finalité de cette noble mission est de faire accéder les humains à la lumière, les sortir des ténèbres du polythéisme pour les gratifier des bienfaits de l'islam et quitter l'oppression pour l'équité et la justice.

Ces grâces liées à la mission du prophète furent évoquées dans de multiples versets coraniques. Dieu a dit : «Dieu fut libéral envers les croyants de mander parmi eux un Envoyé de leur race pour leur réciter Ses signes, les épurer, leur enseigner l'Ecriture, la sagesse, bien qu'ils eussent été auparavant dans un criant égarement». (Sourate Al Imran, (53), 164)

Ce verset signifie que Dieu a très certainement fait une faveur aux croyants lorsqu'Il leur a envoyé un messager des leurs, qui leur récite des versets coraniques, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu'ils fussent auparavant dans un égarement évident.

Dieu a également dit dans ce même contexte : «Lui qui a envoyé au sein des incultes un Envoyé des leurs pour leur réciter ces signes, les purifier, leur enseigner l'écrit et la sagesse, bien que naguère ils fussent dans un égarement flagrant». (Sourate Al Jumua, (62), 2).

En conclusion, la mission du prophète fut synonyme de grâces et de bienfaits, à une époque où la vilénie régnait partout. Elle était la lumière qui a éclairé la terre entière dissipant les ténèbres. Notre prophète Mohamed a apporté le bien et en aucun cas le mal, car la mission que Dieu lui a confiée est dans son essence  fondée sur le bien. Il est donc impossible qu'elle comporte des choses mauvaises. C'est un appel aux humains pour qu'ils vouent à Dieu un culte sincère et qu'ils deviennent des êtres vertueux, celui qui lance un tel appel ne peut qu'être dépourvue de tout mal, quel qu'il soit.

Tous les prophètes, et à leur tête le meilleur parmi eux, le dernier des messagers, le prophète Mohamed, sont infaillibles et ne peuvent commettre aucune vilénie, ni avant leur mission ni après elle, car Dieu les a choisis. Ce sont ses élus, Il les a purifiés et préservés de tout ce qui est mauvais. Tous ceux qui ont lu la biographie du prophète savent qu'il était surnommé par les siens, même avant sa mission, le sincère digne de confiance (As-sadiq al amin). Dieu ne l'a-t-Il pas dit de lui : «Tu es porté par un caractère magnanime» (Sourate Al qalam (62), 4)

Le caractère, selon Al Imam Fakhr Ar-razi, est une  faculté é spirituelle qui permet à celui qui la possède de dire et de faire le bien. La magnanimité est toute chose caractérisé par la grandeur d'âme. L'usage de la périphrase commençant par la préposition «laala» met en exergue cette magnanimité du prophète. Il est impossible d'expliciter tout ce que ce verset coranique comporte, comme louange des vertus du prophète et sa célébration.

Imam Ibn Kathir, a expliqué ce verset, en soulignant : «Quelqu'un a demandé a Aicha le sens de ce verset. Elle lui a répondu : «Ne lis-tu pas le Saint coran ? Certes a-t-il rétorqué. Alors elle dit : «Les vertus du prophète c'est le Coran». Le sens que l'on doit déduire, est que suivre scrupuleusement les préceptes du Coran en respectant ses commandement dans les faits et dans le discours et en s'éloignant de tout ce qu'il proscrit, faisait la nature et était le caractère même du prophète. Des vertus telle la générosité, la sagesse, le courage, l'équité, la dignité et la pureté sont autant de qualités dont Dieu a gratifié le Prophète. Comment ne pas être doté de toutes ces vertus, lorsqu'on est celui dont Dieu dit : «J'ai été envoyé pour parfaire les bonnes moeurs». Quel hommage plus éloquent que la parole de Dieu : «Nous ne t'avons envoyé que par miséricorde pour les univers» (Sourate Al Anbiya (21), 107) S'adressant au prophète, Dieu lui dit : Nous ne t'avons envoyé que pour apporter aux croyants ce qui peut faire leur bonheur sur terre et dans les cieux s'ils suivent ta prêche et tes commandements. Le Prophète -Paix et bénédictions sur lui- est venu nous enseigner la miséricorde. Il dit de lui-même : «Je suis la miséricorde offerte [à l'ensemble des créatures]» Son message est miséricorde, une miséricorde qui bénéficie à celui qui croit alors que le mécréant qui ne croit pas à son message s'en trouvera privé. L'Imam Zamakhchari dans son Tafssir al kachâf expliquant ce verset précise : «Dieu a envoyé son messager par miséricorde à l'ensemble des créatures car il leur a apporté  ce dont elles ont besoin pour être heureuses. Ceux qui n'y croient pas se font du tort à eux-mêmes».

On peut à ce propos faire l'analogie suivante : C'est comme si Dieu avait fait jaillir une source d'eau vive, ceux qui  l'utilisent pour arroser leurs récoltes et désaltérer leur bétail en tirent un grand profit alors que d'autres l'ignorent et perdent ainsi ce bénéfice. La source qui jaillit est en soi une grâce de Dieu, Exalté soit-Il, aux deux parties, mais les derniers se sont privés, par leur propre paresse, de  ce bienfait.

Dieu a choisi l'attribut de la miséricorde pour son message et le prophète a dit de lui-même : «Je suis la miséricorde offerte» car ce qualificatif résume à lui seul tout le bien. Celui dont la miséricorde est une vertu ne peut porter une once de mal en lui.

La miséricorde est une perfection du caractère et une noblesse des sentiments qui rend l'être soucieux des maux d'autrui et compatissant pour ses égarements. Dieu dans sa grande miséricorde, a voulu pour ses sujets un messager  qui puisse dissiper leurs chagrins et les guider dans le droit chemin, il a donc envoyé son prophète Mohamed avec la guidée et la religion de vérité, faisant de lui l'homme dont le coeur était le plus ouvert. Celui dont le caractère était le plus doux, et qui dans ses relations se montrait le plus généreux. Dieu a dit : «C'est par quelque miséricorde venue de Dieu que tu te montres si accommodant à leur égard ; eusses-tu fait preuve de rudesse, de dureté de cœur, qu'ils se seraient dispersés d'autour de toi. Efface leurs fautes, implore pour eux le pardon, consulte les sur la tactique. Mais quand tu aurais pris ta décision, remets t'en à Dieu. Dieu aime ceux qui s'en remettent à Lui» (Sourate Al Imran (3), 159)

La signification : C'est par une grande miséricorde de la part de Dieu que toi (Muhammad)tu as été si doux envers les tiens. Mais si tu étais rude avec de la dureté au coeur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Puisque tu es généreux et noble pardonne-leur donc, et implore pour eux le pardon (de Dieu). Consulte-les puis une fois que tu t'es décidé, confie-toi donc à Dieu, Dieu aime, en vérité, ceux qui Lui font confiance. Toi prophète qui est compatissant, miséricordieux et plein de sollicitude, intercède auprès de Dieu pour leur pardonner à cause de leur perdition et consulte-les. Et lorsque tu arrives à une décision relative à leur salut tu devras t'en remettre à Dieu Lui qui est ton soutien.

Le prophète  a toujours été effectivement un exemple vivant de miséricorde. Même lorsqu' il traversait les moments les plus difficile.  Ainsi, suite à la traître agression des impurs, après son arrivée à Tayef, il ne les a pas maudits, au contraire il a demandé à Dieu de les ramener à Sa voie. Il a dit «Ô Dieu, guide mon peuple vers le bon chemin, pardonne-leur car ils ne savent pas».

Exaltant cette vertu de la compassion le prophète a également dit : «L'œil pleure, le cœur ressent du chagrin, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur. O Ibràhim! Ta séparation nous remplit certainement de chagrin».

Le prophète a toujours fait preuve de générosité et de miséricorde envers l'orphelin et les pauvres. On raconte qu'un homme alla se plaindre au Prophète de la dureté de son coeur; le Prophète lui dit :«Si tu veux que ton coeur s'attendrisse, caresse la tête d'un orphelin et nourrit un pauvre,  tu recevras un bienfait pour chaque cheveu que ta main aura touché». Dans ce même ordre d'idée il a également dit : «Si ton frère t'es soumis, autrement dit, à ton service, donne lui à manger de ta nourriture et habille le de tes propres vêtements et ne lui fait pas faire des travaux qu'il est incapable d'entreprendre et aide-le».

Le prophète était également compatissant envers les animaux. Il a dit à ce sujet : «Une femme est entrée en Enfer à cause d'une chatte qu'elle avait attachée; elle ne l'avait pas nourrie et ne l'avait laissée manger les insectes de la terre», autrement dit elle ne lui a pas permis de manger la nourriture qu'elle pouvait trouver.

Nous voyons clairement que la compassion et la pitié comptent parmi les vertus du prophète et s'étendent à tous les aspects de la vie. C'est une marque d'affection de sa part de s'intéresser au sort de tous les gens qu'ils soient  jeunes ou âgés, amis ou étrangers ainsi qu à tous les animaux. Quand il dirigeait la prière, lui le fervent adorateur de Dieu, dont le plaisir est dans la prière ; il lui arrivait de l'abréger lorsqu'il entendait pleurer un enfant par compassion envers cet enfant et pour libérer au plus vite sa mère.

N'est-ce pas un hommage inégalable que cette parole de Dieu : «Il vous est venu un Envoyé élu parmi vous-mêmes. Lourdes lui sont vos fatigues. Vous êtes sa passion. Aux croyants vont sa tendresse et sa miséricorde» (Sourate Atawba (9, 128).

Bien entendu, la compassion n'était pas la seule vertu du prophète, il possédait, bien au contraire, toutes les vertus et toutes les qualités nobles. Ces vertus sont également rappelées dans le poème de la Burda (le manteau), poème dans lequel Al Busairi chante la gloire du prophète :

Parez le de toutes les vertus morales ;

Usez de tous les attributs de noblesse ;

Vous ne pourriez lui rendre justice ni hommage ;

Lui le plus généreux des humains.

Il découle de ce qui vient d'être exposé, que les propos de l'empereur byzantin en s'adressant au savant perse : «Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait» est un mensonge encore plus ignominieux que les autres.

Nous avons montré, en détail, que l'Islam a été diffusé par la voie de la conviction et du libre choix et non par la coercition et le glaive.

Nous avons également démontré que le jihad en Islam n'a été autorisé que pour défendre la vérité d'aller au secours de l'opprimé, de diffuser la paix et la sérénité sur terre et pour donner des leçons aux malfaisants perfides qui, autrement, auraient ruiné la terre.

Nous aurions aimé que Sa Sainteté le Pape n'introduise pas l'histoire de cet empereur en mal de vengeance, dans sa conférence qui traitait du christianisme, car elle n'y avait pas sa place. Il aurait été plus élégant, de la part de Sa Sainteté, lui le théologien et le philosophe, de commenter ces propos de façon à montrer qu'il n'y adhérait  pas.

Sa Sainteté n'en a rien  fait, aussi devions-nous rappeler à Sa Sainteté le vrai du faux. En effet celui qui ne réfute pas un mensonge est un démon muet. Salut sur ceux qui s'amendent et suivent le droit chemin.

-IV-

On est en droit d'inférer, dès lors, des propos tenus par le souverain pontife qu'il existe des savants en théologie qui estiment que le questionnement de (Dieu) est une nécessité rationnelle du point de vue du christianisme et que Sa sainteté, soulignant la relation privilégiée entre la tradition rationaliste et la religion pour contrer la pensée pessimiste pour qui (Dieu n'existe pas), est de cet avis.

D'autres théologiens pensent, au contraire que le questionnement de  (Dieu)  par la raison n'est ni nécessaire ni même utile. Des orientalistes ont souligné que  le philosophe arabe Ibn Hazm défendait de ce point de vue…. 

Permettez-moi, votre Sainteté, d'exposer  d'une façon synthétique le concept de croyance dans la jurisprudence  islamique et la place de la raison dans cette religion.

Croyance : c'est l'acte de croire de toute son âme, et pour différentes raisons, en certaines idées, principes et opinions que l'on intériorise défend comme l'on défend sa propre vie.

On dit croire en quelque chose pour dire y faire confiance et croire en sa véracité qui sont autant d'expressions signifiant la même chose.

Le mot «croyance» dans le dictionnaire «Muajam al wassit» volume II, page 614 signifie «Jugement qui ne tolère aucun doute chez celui qui y adhère. Dans son acception religieuse, ce terme signifie, la croyance sans la pratique, comme croire en l'existence de Dieu et en Ses envoyés»

Croyance religieuse : Un besoin spirituel dominant  chez l'homme dont il ne peut se passer pour vivre une vie spirituelle normale. Ceux qui prétendent s'être libérés des croyances ne font que prétendre. En effet, ils adhèrent au fond d'eux-mêmes à des mythes et à des fables et sont mus par des convoitises et pensent à tord qu'ils possèdent la vérité.

Le grand maître Abass Al Aqqad a écrit dans son ouvrage intitulé : Allah (page 14) : «L'être humain a, par nature, besoin de croire comme il a besoin de se nourrir. On peut même dire que l'âme souffre de la faim tout comme le corps et que la quête pour nourrir l'âme ressemble à la quête pour nourrir son corps, ce qui montre clairement que le sens religieux est bien enraciné chez les humains, et que croire et disposer d'une foi pour vivre dans ce monde est un droit non négociable. Si la foi est une chose nécessaire pour sa survie, la faiblesse de la foi est contraire à la nature de l'être et traduit un dysfonctionnement de la personne. Les spécialistes de la théologie comparée s'accordent pour dire que la croyance est au cœur de la nature des hommes depuis les époques les plus anciennes».

La croyance religieuse est donc une nécessité spirituelle que la nature même de l'homme exige. Elle concerne, à la fois, sa raison, sa conscience et ses émotions. C'est une éternelle quête, si l'homme ne l'a pas il l'invente. Chaque homme a sa propre croyance qu'il défend, fût-elle erronée et non fondée du point de vue rationnel, traditionnel et logique.

L'homme se bat pour sa croyance, même si elle est erronée, et l'on veut pour preuve, les multiples versets coraniques qui montrent que les prophètes de Dieu, lorsqu'ils ont appelé leurs peuples à croire en un seul Dieu et à s'amender, ont été souvent combattus par  ces derniers et traités de déments, sinon d'impudents et d'égarés.

La croyance pure est celle que  Dieu a révélée à ses prophètes et leur a commandé de transmettre. Il s'agit de croire en un seul Dieu Unique, en la véracité de ses prophètes et en le Jour du jugement dernier.

Dieu a dit : «L'Envoyé croit en ce dont la descente s'opère sur lui de la part de son Seigneur. Ainsi font les croyants : tous croient en Dieu et ses Anges, Ses écritures, Ses envoyés, sans faire aucune différence entre Ses envoyés : Tous ont dit : «Entendre c'est obéir !»Ton pardon notre Seigneur. Tu es la destination de tout» (Sourate Al baqara, (2), 185). Selon un hadith charif : «La vraie Foi est de croire en Dieu, en Ses anges, en Ses écrits, en Ses prophètes et en le Jour du jugement dernier» (Hadith Sahih)

La Foi véritable et la croyance sincère deviennent complémentaires  lorsque l'homme a sincèrement foi en l'Unicité de Dieu ;  lorsqu'il croit que c'est Lui  qui a créé les cieux et la terre, qui est Le premier et Le dernier, Le Visible et Le Caché, qui' Il connaît tout. Elles sont complémentaires lorsque le fidèle a foi en les anges de Dieu qui ne transgressent aucun de Ses ordres et font ce qu'Ils leur demandent, et qu'il croit aux livres révélés à Abraham, le Psautier (zabour) à Dawûd, la Torah à Moïse, l'Evangile à Jésus et le Coran a Mohamed, sur eux tous  le salut et la bénédiction.

La foi est véritable lorsque le fidèle atteste que tous les prophètes, notamment, Mohamed le dernier des envoyés de Dieu et le «sceau» des prophètes, ont transmis leur message et accompli leur mission. La foi véritable suppose également qu'il croit en le jugement dernier, atteste que le Paradis est vérité, que le l'Enfer est vérité et croit en l'appréciation que Dieu porte à toute chose et que ce qu'Il décide arrive.

C'est la croyance juste, telle qu'on la retrouve dans l'Islam, une religion qui glorifie, Allah en tant que seul Dieu véritable qui mérite d'être adoré. Dieu a dit: «Qui soupire après une religion autre que l'Islam, cela de lui ne sera point accepté, et dans la vie dernière, il sera parmi les perdants» (Sourate Al Imran (3), 85). Il convient de souligner ici que l'Islam, dans le sens d'une adoration de Dieu, est la religion de tous les prophètes. Ainsi Noé a dit en s'adressant à son peuple : «Si vous faites volte-face, eh bien ! je ne vous ai pas demandé de salaire : mon salaire n'incombe qu'à Dieu. J'ai reçu commandement d'être au premier rang de ceux -qui se soumettent. (Sourate Yûnus (10), 72),  de même que lorsque Dieu demanda à Abraham de se soumettre il obéit : «Je me soumets au Seigneur des univers (Sourate Al baqara (2), 131). On peut également citer les paroles de Moïse s'adressant à son peuple : «ô mon peuple, si vous croyez en Dieu, eh bien! Remettez-vous en à lui, pour autant que vous soyez de ceux qui se soumettent»(Sourate Yûnus (10), 84) et ceux de Jésus quand il n'a senti que dénégation de son peuple : «Qui prend mon parti pour aller à Dieu ? Les apôtres dirent : nous prenons le parti de Dieu. Nous croyons en Dieu. Témoigne que nous sommes ceux qui se soumettent» (Sourate Al Imran' (3), 52).

On peut en conclure que tous les prophètes ont apporté la même foi et la même croyance qui est l'islam, dans le sens de vouer à Dieu un culte sincère, ne l'adorer que Lui seul et attester qu'Il est le Seigneur de tous les univers et qu'Il est l'Omniscient, l'Omniprésent.

C'est là le sens profond de la notion de La vraie Foi dans la jurisprudence islamique : croire en Dieu, en Ses anges, en Ses écrits, en Ses prophètes et en le Jour du jugement dernier et croire que ce que Dieu décide advient inéluctablement. Dieu dit : «N'est-il pas le maître de la création et du décret ? Exalté soit Dieu Seigneur des univers» (Sourate AlAaraf (7), 54)

Le mot raison ('aql) signifie en langue arabe l'entendement et la cognition ou dans le sens de (al-man' wa al-habs) ce qui empêche l'homme de commettre des actes condamnables et à éviter les perils. Le verbe 'aqala s'utilise pour signifier comprendre et assimiler comme dans ('aqala al mas'ala), il a compris le problème, ainsi que pour signifier attacher comme dans ('aqala dabatahu) il a attaché sa monture. Le cerveau est dénommé ('aql) en arabe, car il est l'organe de la réflexion et du jugement approprié. C'est la qualité la plus précieuse que Dieu a octroyée à l'homme pour distinguer le bien du mal, pourvoir réfléchir et s'abstenir de commettre des actes que Dieu reprouve. C'est une grâce divine. Sa présence rend l'être humain responsable de ses actes et devant en assumer les conséquences en bien ou en mal. Son absence le délie de toute responsabilité. Quelque soit l'activité, qu'il s'agisse de la prière, du commerce ou de tout autre transaction, elle requiert la raison et la maturité.

Une nation qui dispose de beaucoup d'hommes et de femmes intelligents est une nation qui est prospère et stable où la production agricole, industrielle et scientifique se développe. L'intelligence transforme le désert en terre fertile. Par contre, la nation qui ne dispose pas de ressources humaines dotées d'intelligence est une nation où tout devient aride. Et si l'on examine, de près, le Coran on trouvera que plusieurs de ses versets se terminent par l'expression «Ne raisonnez-vous donc pas ?» ou  «Ils ne raisonnent pas»

Parmi ces verset on peut citer : «Iriez-vous prescrire à autrui la piété en vous oubliant vous-même, maintenant que vous pouvez réciter l'Ecrit ? Ne raisonnez-vous pas ? (Sourate Al-Baqara, (2), 44, ainsi que le verset : «sourds, muets, aveugles, incapables sont-ils de raisonner ? (Sourate Al-Baqara, (2), 171). Les gens de l'enfer n'ont-ils pas reconnu que le châtiment qu'ils subissent est dû à leur manque d'entendement et à leur bêtise comme en témoigne le verset : «Ils disent: «Si nous avions entendu ou bien raisonné, nous ne serions point des hôtes de la fournaise ! C'est là reconnaître leur faute, Arrière donc les hôtes de la fournaise» (Sourate Al Mulk (67), 10 et 11). Les «hadith charif» qui soulignent que la raison est une immense grâce divine sont nombreux. Le prophète a dit : «En dehors de la dévotion de Dieu, l'homme ne dispose, de rien de plus important que la raison qui le guide vers le droit chemin et l'éloigne de l'égarement» Il a également dit :  «Dieu n'a rien crée de plus noble que la raison».

On raconte qu'un sage a vu un jour un jeune homme qui lui semblait très intelligent et lui a demandé : «Jeune homme accepterais-tu de posséder cent mille dinars et être stupide ?»  Le jeune homme a répondu : «certainement pas». Alors le sage lui a demandé : «et pourquoi donc ?» il lui a répondu : «J'ai peur qu'à cause de cette stupidité, on me dépouille de mon argent, je perdrai alors l'argent, et je n'aurai plus que la stupidité».

Cependant aussi grande soit-elle, l'intelligence de l'homme, ne peut créer les religions divines y compris les cultes et les pratiques religieuses. En effet, ces religions ont été révélées par Dieu à Ses prophètes pour qu'ils les transmettent à leurs peuples et pour qu'ils les guident dans le sentier de Dieu, les exhortant à faire ce que Dieu leur commande et à éviter ce qu'Il a interdit pour leur propre salut.

Une lecture attentive du Saint Coran montre que de nombreux versets exposent des preuves rationnelles tangibles sur l'Unicité de Dieu, sur la véracité du Jour du jugement dernier et démontrent clairement que les prophètes ont accompli leur mission en toute loyauté et que ce Coran est parole de Dieu. Les preuves concernant l'Unicité de Dieu sont parfois exposées de façon provocatrice comme dans le verset : «Voilà la création de Dieu. «Faites moi donc voir ce qu'ont créé ceux qui ne sont pas Lui !» Mais quoi ! les iniques sont dans un égarement manifeste». (Sourate Loqman (31), 11). Autrement dit, tout cet univers avec sa terre, ses cieux ses montagnes et ses océans, ses êtres vivants, tout cela est bien  la création d'Allah tout Puissant. Montrez-Moi donc vous, qui adorez les idoles, ce qu'elles ont créé. Ces idoles ne servent à rien et ne peuvent rien, alors comment votre intelligence vous a -t-elle permis de les adorez ? La forme interrogative utilisée est une forme d'emphase utilisée par Dieu pour chapitrer les impies et les blâmer.

La signification de ce verset  est donc : comment peut-on comparer celui  qui est capable de créer cet univers magnifique, et qui n'est autre que Dieu, Gloire à lui , avec ces idoles futiles que les dénégateurs adorent.

Aucune personne douée de raison n'accepterait de mettre sur le même plan Celui qui a créé l'univers et les créatures inefficaces. Les deux versets suivants abondent dans le même sens : «Dis : «Louange à Dieu ! Salut sur Ses élus d'entre Ses adorateurs » Dieu ne vaut- il pas mieux que cela que vous Lui associez ?...» Lui qui créa les cieux et la terre, et fait pour vous descendre une eau du ciel, dont nous faisons pousser des vergers merveilleux, quand il n'était pas en votre pouvoir d'y faire pousser les arbres…Avec Dieu peut-il y avoir un Dieu ? Mais non ! C'est un peuple d'obliquité. Lui qui rend stable la terre, la sillonne de rivière, la fixe par des ancrages, interpose un seuil entre les deux mers, avec Dieu peut il y avoir un Dieu ? Mais la plupart ne le savent…Lui qui exauce quand on L'invoque dans la nécessité, dissipe le mal, établit les hommes lieutenants sur la terre, avec Dieu peut il y avoir un dieu ? Mais combien peu vous méditez ! Lui qui vous dirige dans les ténèbres du continent et la la mer, envoie les vents s'épandre aux devants de Sa miséricorde, avec Dieu peut-il y avoir un dieu ? Dieu si Haut par-dessus tout ce que L'on Lui associe… Lui qui instaure la création, puis la recommence, vous attribue des biens du ciel et de la terre, avec Dieu peut -il y avoir un Dieu ? Dis produisez vos arguments, si vous êtes véridiques !» (Sourate An-naml (27), 59-64). En effet, quiconque médite sur ces versets ne peut que proclamer, haut et fort, que Dieu est Seul et Tout Puissant. Il est le Seigneur.

Les preuves rationnelles de l'Unicité de Dieu sont parfois données à travers des paraboles concrètes, comme c'est le cas dans le verset suivant. Dieu a dit : «Dieu use de la semblance d'un homme qui dépend d'associés exigeants et d'un autre, lige d'un seul : sont-ils égaux en semblance ? Louange à Dieu ! Mais la plupart ne le savent pas» (Sourate Az-zumar (39), 29).

La signification : Parlant de ceux qui adorent d'autres dieux que Lui, Dieu a cité la parabole de l'homme qui a eu plusieurs maîtres ayant en commun droit sur lui, ses maîtres se disputent l'un avec l'autre à son sujet et lui donnent des ordres contradictoires, et d'un homme qui appartient à un seul maître ; il le sert avec loyauté et son maître le récompense bien. A travers cette parabole, le verset montre l'incertitude et l'hésitation de l'associant et la sérénité et la stabilité du croyant.

Les preuves rationnelles qui attestent de Son Unicité et de Sa Grandeur résident des fois dans la présentation de toute cette formidable création qui est  l'univers, des cîmes  jusqu'aux profondeurs et qui  est l'œuvre de Dieu et  soumise à son Commandement. Pour le confirmer, citons le verset suivant : «S'il y avait aux cieux et sur la terre des dieux et non Dieu Seul, quel ravage là-haut comme ici bas !» (Sourate Al-Anbiyya (21), 22). S'il y avait dans le ciel et la terre d'autres divinités, les deux connaîtraient certes un grand désordre et perdraient cette harmonie si parfaite qui les maintient. La multiplicité des dieux ne génère que discorde, dysfonctionnement  et corruption. S'il y avait un autre dieu que lui dans le ciel et sur la terre, ils auraient déjà péri. La gloire du maître du trône est au-dessus de ce qu'ils lui attribuent. Un autre verset qui atteste de cette vérité : «Dieu ne s'est pas donné de progéniture ; Il n'y a pas avec Lui d'autre dieu. Sans quoi chaque dieu accaparerait sa création, l'un cherchant à surpasser l'autre. A la transcendance de Dieu ne plaise, en dépit de leur affabulation!» (Sourate Al Muminûn (23), 91).

Par ailleurs, les preuves rationnelles, apportées par le Coran, pour attester la vérité du Jour de la résurrection où les gens seront équitablement jugés pour leurs actes, sont nombreuses. Ainsi Dieu a dit : «L'homme ne voit-il donc pas que Nous l'avons créé d'un peu de liquide et voici qu'il devient contestataire déclaré ! Il Nous applique une semblance, il oublie d'avoir été crée, disant : «qui fera vivre des os une fois désagrégés !» dis : «celui-là les fera vivre qui une première fois les a mis au jour. Il est de toute création Connaissant» c'est Lui qui pour vous loger du feu dans des fragments de l'arbre vert, et voici que vous en tirez la flamme quoi ! Celui qui a crée les cieux et la terre ne serait plus capable d'en créer la pareille ? Mais si : puisqu'Il est le Créateur Connaissant. Son ordre, quand Il veut une chose, tient à ce qu'Il dise : «Sois» et elle est. Gloire à la transcendance de Celui qui a dans Sa main la souveraineté de toute chose : et c'est à Lui que de vous il sera fait retour» (Sourate Yassin (36), 77-83). On raconte pour expliquer la raison de la révélation de ces versets qu'un inique est venu voir le prophète et avait dans la main un vieil os qu'il effritait et dont il soufflait la poussière sur le visage du prophète en disant : «Prétends-tu, ô Mohamed, que lorsque je serais réduit en poussière tel cet os, que votre dieu me ramènera à la vie» ; le prophète lui a répondu : «Oui Dieu te fera mourir, te ressuscitera et te fera subir Son châtiment».

L'homme ne voit-il pas que Nous l'avons créé d'une goutte de sperme ?  et qu'il est en notre pouvoir de  le ressusciter. S'il était raisonnable il aurait compris cela. Cet homme arrogant nous donne un exemple avec des ossements réduits en poussière oubliant Que nous sommes le grand Créateur. C'est Lui qui, de l'arbre vert, a fait pour vous du feu. Il suffit que l'un de vous frotte de branches d'arbres verts pour disposer du feu dont vous avez besoin au quotidien. Dieu capable de faire du feu à partir d'un arbre vert, malgré son humidité, est capable de ramener les morts à la vie.

Il s'agit là d'un exemple par lequel le Coran atteste la vérité irréfutable du Jour de la résurrection, Jour dont seul Dieu possède la science.

On retrouve ces preuves rationnelles rapportées par le Coran et qui attestent la vérité du Jour du jugement dernier dans d'autres sourates. 

S'agissant de preuves qui témoignent que les prophètes envoyés par Dieu ont scrupuleusement accompli leur mission, elles sont très nombreuses. On peut citer à titre d'exemple que chaque prophète a réussi à convaincre son peuple de sa sincérité, qu'il a été envoyé pour les mettre sur le droit chemin et qu'il ne demande aucune rétribution pour sa mission. Ainsi, la sourate «les poètes» fait le récit de nombreux prophètes essayant de convaincre les leurs qu'ils n'ont été envoyés par Dieu que pour leur salut et leur amendement. Dieu a dit : «Ceux de Tamûd ont démenti les envoyés. Salih, leur frère leur dit : «Pourquoi ne pas vous prémunir ? je suis pour vous un sûr envoyé prémunissez-vous envers Dieu et m'obéissez. Je ne vous demande pour autant nul salaire ; mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des univers. (Sourate As-shuara (26), 141-145)

Chacun des prophètes a dit à son peuple : N'adorez que Dieu seul. Chacun d'eux l'a appelé à s'amender et chacun d'eux a usé de l'argumentation fondée sur la raison et des miracles pour le convaincre de la véracité de leur mission.

L'une des preuves qui attestent que le Saint Coran est parole de Dieu et non écrit par un humain, qu'il est, par conséquent, le miracle de miracles attestant de la vérité de la mission du Prophète Mohamed, est qu'il a défié les humains à produire quelque chose d'équivalent mais ils n'ont pas pu. Il les a défiés à produire ne serait ce que dix sourates semblables, ils n'ont pas pu. Dieu a dit : «Au cas où vous douteriez de ce que nous faisons descendre sur notre Serviteur, produisez une sourate semblable à ceci ! Appelez vos témoins en dehors de Dieu, pour autant que vous soyez véridiques, à défaut de le faire, et point ne le ferez, prémunissez-vous contre ce Feu qui a pour combustible aussi bien des humains que des pierres, et qui est tout apprêté pour les dénégateurs (Sourate Al Baqara (2), 23-24). La preuve que le Saint coran est révélé par Dieu est donc établie. Fût-il la création de quelqu'un d'autre que Dieu, il aurait été plein de contradictions  inadmissibles par la raison.

Telle est, votre sainteté, la vraie croyance que Dieu a commandé à son messager Mohamed (PSL) de diffuser. Elle consiste à croire en l'Unicité de Dieu Omnipotent, à s'amender, à ne dire que la vérité et ne faire que le bien, à faire preuve de modération et à s'engager dans le droit chemin.

La raison est l'essence de la mission. Seuls les raisonnables qui savent distinguer entre le bien et le mal, peuvent être chargés d'une pareille mission.

Mais dans la loi islamique, la raison a ses limites quand il s'agit des voies impénétrables que seul Dieu est capable de percevoir. Dieu a dit «Connaisseur du mystère, Il ne laisse dès lors surplomber Son mystère par personne sauf par celui qu'Il agrée parmi Ses envoyés, et encore plisse-t-il devant et derrière lui des guetteurs pour savoir s'ils ont bien communiqué les messages de leur Seigneur, car Il embrasse tout ce qui est en eux, dresse le compte de toute chose». (Sourate Al Jin (72), 26-28). Que Dieu nous guide vers le droit chemin.

-V-

Je souhaiterais préciser à Vote Sainteté, la place du dialogue dans la charia islamique, après vous avoir entendu réaffirmer lors d'une conférence que vous avez donnée dans une université allemande, l'importance du dialogue entre les religions, «Dans ce grand Logos, dans cette amplitude de la raison». Votre Sainteté avait conclu : «Nous invitons nos interlocuteurs au dialogue des civilisations». Et d'ajouter : «Force donc est d'aboutir à un dialogue franc avec les différentes cultures. Et c'est là où réside la grande mission de l'université.».

Je suis, pour ma part, tout à fait d'accord avec  votre Sainteté quand vous affirmez la nécessité de procéder à  un dialogue franc  et le plus large possible, entre les différentes cultures, les différentes civilisations et institutions scientifiques et théologiques.

Mes propos, que je souhaite partager avec Votre Sainteté à ce sujet, dans ce cinquième et dernier chapitre, vont s'articuler exclusivement autour des points suivants :

a) l'importance du dialogue.

b) les fondements du dialogue.

c) le vocabulaire du dialogue.

a)   Le dialogue est très important, car tant qu'il y a des êtres vivants sur terre, le dialogue s'avèrera nécessaire. Nul ne peut vivre isolé. Nous avons tous besoin de l'autre pour échanger nos biens, nos idées et nos opinions. Parmi les fondements essentiels de la vie, on trouve le dialogue, la controverse et la différence  des points de vue entre les êtres, les nations et les peuples ; ainsi qu'entre les spécialistes en matière de religion, de politique, d'économie et de science.

Le Coran a, maintes fois, fait référence à la place importante qu'occupe le dialogue dans la vie des gens. A titre d'illustration, citons le verset suivant : «Humains nous vous avons crées d'un mâle et d'une femelle ; si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus c'est en vue de votre connaissance mutuelle. Le plus digne au regard de Dieu, c'est celui qui se prémunie davantage. Dieu et Connaissant, Informé» (Sourate Al Hujarât (49), 13).

Signification : Nous vous avons créés les êtres humains d'un même père Adam et d'une même mère Eve, vous descendez tous de la même origine, et Nous avons fait de vous, grâce à la reproduction, de nombreuses nations et tribus qui se sont ramifiées. Dans Notre sagesse, Nous avons voulu que vous vous entreconnaissiez, que vous communiquiez entre vous et que vous vous entraidiez. Sachez que Dieu est l'Omniscient à Qui rien n'échappe. Il connaît toutes vos paroles, tous vos actes et même vos intentions. L'islam a en effet  accordé une place de choix au dialogue et aux débats d'idées. C'est là un style éloquent utilisé par le Saint Coran pour convaincre et persuader que cet univers a un Créateur Omniscient et Omnipotent : «La création et le commandement n'appartiennent qu'à lui. Toute gloire à Dieu, Seigneur de l'Univers». Les occurrences de l'entré (qawl» et ses dérivés tels qala, qul… signifiant le dialogue, le débat et l'échange entre les gens, sont nombreuses dans le Coran. Ceci constitue, s'il en faut, une preuve supplémentaire, de l'importance du dialogue. Dieu a dit : «N'as-tu pas vu celui qui tirait argument contre Abraham, à propos de son Seigneur, de ce que Dieu lui eut donné la royauté ? Lors Abraham dit : «Mon Seigneur est Celui qui fait vivre et mourir. C'est moi dit l'autre, qui fait vivre et mourir. Abraham dit : «Dieu amène le Soleil de l'Orient. Amène- le donc de l'Occident !» Confondu fut le dénégateur, Dieu ne guide pas le peuple des iniques» (Sourate Al Baqara, (2), 258)

Le mot (qul) est cité dans le Coran dans cinq cent occurrences. Dieu dit : «Dis : que peut-il y avoir de plus auguste comme témoignage ?» dis : «Dieu témoigne entre vous et moi que ce Coran m'est révélé pour que je vous donne l'alarme, à vous et à quiconque atteindra son message. et vous, allez vous témoigner qu'il est avec Dieu d'autres dieux ?» Dis : «je me refuse un tel témoignage !» Dis : de Dieu unique, il n'est que Lui. Je me proclame innocent de ce que vous Lui associez.» (Sourate Al ana'âm (6), 19)

Les occurrences du mot (qalu) sont au nombre de trois cents. Parmi les passages où ce mot a été utilisé, la parole de Dieu : «Ils disent dieux s'est donné un enfant». A sa transcendance ne plaise ! Bien plutôt disons qu'Il possède tout ce qui est aux cieux et sur la terre, et que tout lui rend dévotion. Créateur intégral des cieux et de la terre, dès qu'Il décrète une chose, Il n'a qu'à dire : «sois» et elle est.» (Sourate Al Baqara (2), 116-117)

En conclusion, on peut dire que le dialogue est aussi nécessaire aux gens que la nourriture et la boisson.

b) Les fondements du dialogue : Parmi ces fondements on peut mentionner :

1. La sincérité : Le Coran a rapporté de nombreux dialogues entres les prophètes et leurs peuples. Tous ces dialogues, pour peu que l'on prenne la peine de les étudier, montrent que ces prophètes ont toujours étaient sincères dans tout ce qu'ils ont dit. Le dialogue entre Moïse et son peuple en témoigne : Le  Pharaon  a dit à Moïse : «Qui donc est votre Seigneur, ô Moïse ?». Moïse a répondu : «Notre Seigneur est celui qui donne à toute chose sa nature, et encore une guidance» (Sourate Taha (20), 50). La réponse de Moïse est donc que notre Dieu à tous est Allah qui a donné à toute créature une forme et une nature appropriée, ainsi que toutes les facultés nécessaires à l'accomplissement de la fonction pour laquelle elle a été créée. Cette réponse de Moïse est la vérité même.

Puis Pharaon a posé une autre question : «Qu'en est-il donc des générations premières ?», Moïse dit : «Science d'elles ne réside qu'en mon Seigneur, sur un Livre. Mon Seigneur ne s'égare ni n'oublie» Moïse a donc répondu que le sort des générations anciennes est auprès du Seigneur. Moïse a donc répondu que le sort des générations anciennes est auprès du Seigneur. «La connaissance de leur sort est auprès de mon Seigneur, dans un livre. Mon Seigneur ne commet ni erreur ni oubli» C'est également une réponse qui témoigne de la sincérité et de la sagesse de Moïse. Les prophètes ont toujours répondu à ceux qui les interrogent avec sincérité et en leur indiquant le droit chemin.

2. L'objectivité : Par objectivité nous entendons le fait de s'en tenir au sujet de la controverse ou du conflit. Car on a tendance, de plus en plus, lorsqu'on dialogue, de  brouiller les cartes.

Une lecture attentive du Coran montre que jamais les prophètes dans les différents dialogues qu'ils ont eus avec les leurs ne sont sortis du sujet. A ce propos, l'histoire de Noé racontée dans le Coran est édifiante.  Lorsqu'il a appelé son peuple à croire en l'unicité de Dieu le Seul et Unique, ils ont répondu avec beaucoup de sarcasme et de dérision : «Nous voyons bien que tu es dans l'égarement» et «Ô mon peuple, dit-il, il n'y a point en moi d'égarement. Tout au contraire, je suis un envoyé du Seigneur des univers» (Sourate AL Aaraf (7), 60- 62)

Il en va de même pour le peuple de Hûd. Lorsqu'il les appela à croire en l'Unicité de Dieu et d'abandonner l'adoration des idoles, son peuple lui dit : « Nous te voyons en plein absurdité. Nous sommes convaincus que tu es un imposteur» Il leur répondit : «ô mon peuple, il n'y a point d'absurdité en moi. Tout au contraire, je suis un envoyé du Seigneur des univers, venu vous communiquer des messages de mon Seigneur, et je suis pour vous un sûr conseiller»

Les prophètes en en essayant de convaincre par le dialogue leurs peuples, les appellent au droit chemin en utilisant les styles les plus éloquents et en s'en tenant, avec rigueur, au sujet de discussion. Ils font preuve d'objectivité quand des différends apparaissent. Et c'est cette objectivité qui est le fondement même du dialogue.

3) La recherche de la vérité doit représenter la finalité du dialogue et non pas la vantardise et le besoin de notoriété. Tout dialogue ne doit viser qu'à trouver la vérité, même si c'est l'autre partie qui nous y amène. C'est d'ailleurs ce qui émerge des différences entre les Compagnons du prophète dans leurs débats autour de plusieurs questions. A titre d'exemple, on peut citer le débat qu'il y a eu entre Aboubakr et Omar autour de la question de la compilation du Coran suite à la mort du prophète. Aboubakr s'y opposait au début, mais Omar a su le convaincre et il a fini par accepter. L'inverse fut également vrai. En effet durant le combat contre les apostats qui refusaient de verser la Zakat, et disaient «Nous ferons la prière mais pas le zakat», Aboubakr insistait pour les combattre, alors que Omar s'y opposait au début. Mais lorsqu'il fut convaincu que Aboubakr avait raison il s'est rallié à son opinion. Ainsi, comme l'explique si bien Imam Al Ghazali, ce qui importe tellement c'est d'arriver à la vérité.

On raconte, dans ce même ordre d'idée, que Omar voulait fixer, dans l'une de ses prêches, le taux de la dote, alors une femme lui a dit : comment est-ce possible alors que Dieu dit : «Si vous voulez substituer une épouse à une autre, eussiez-vous donné à l'une d'elles un quintal  d'or, n'en récupérez pas une miette.» (Sourate An-nissa (4), 20). Omar reconnaissant qu'il avait eu tort et que la femme avait raison était revenu sur sa décision. Imam Chafii disait également : «je n'ai jamais débattu d'un sujet avec quelqu'un que dans l'espoir que Dieu allait faire apparaître la vérité, et peu importe si c'est l'autre ou moi qui la prononçons»

4) La modestie : Il s'agit d'une vertu obligatoire pour la réussite d'un dialogue, alors même que l'arrogance et la vanité conduisent le dialogue à l'impasse.

Le Coran fait référence à de nombreux dialogues qui ont abouti parce que fondés sur la modestie. On peut mentionner le merveilleux dialogue entre Sulaiman et la huppe. Sulaiman procédait à la revue de ses troupes et ne voyant pas la huppe, il dit, après avoir cherché parmi les oiseaux : «comment ne vois-je pas la huppe ? Serait-elle parmi les manquants ? Que je lui inflige une punition sévère ! ou même l'égorge, à moins qu'elle ne me présente une justification explicite». (Sourate An-naml (27), 20-21) La huppe après une absence qui n'a duré qu'un petit moment, était revenue et a courageusement dit à Sulaiman : «J'ai embrassé de mon savoir ce que tu ne sais pas. Je t'arrive de Saba avec une information de certitude. J'ai trouvé qu'une femme est leur reine : elle est comblée de tout, possède un trône magnifique» (Sourate An-naml (27), 22). Ainsi, dans une nation où règne la justice et la foi, un soldat, aussi petit soit-il dans la hiérarchie, peut répondre à un supérieur et se défendre en toute liberté. Le supérieur, pour sa part, accepte la réponse en toute modestie et permet à ses subordonnés d'exposer leurs arguments, qu'il pourra vérifier par la suite

Un dialogue, lorsqu'il est fondé sur la modestie et le respect mutuel, aboutit à un succès, alors qu'il est voué à l'échec s'il est empreint de vanité et d'arrogance. D'ailleurs, les personnes raisonnables évitent le dialogue avec  les vaniteux, car elles connaissent pertinemment l'issue néfaste de ce genre de dialogue. Elles préfèrent s'en remettre à Dieu ignorant ces vaniteux, qui tout en soutenant le faux, proclament haut et fort qu'ils ont raison.

c) Il s'agit là des fondements du dialogue et de ses règles et nous avons déjà eu l'occasion d'en parler en détail dans notre ouvrage intitulé «Ethique du dialogue dans l'Islam»(3).

Le lexique du dialogue. Le champ lexical relatif au dialogue dans l'Islam est très étendu et riche. Les unités lexicales qui le constituent couvrent différents aspects associés à cette question.

Parmi ces aspects et modèles que l'on retrouve dans le Coran :

1.   Dialogue entre Dieu et certaines de Ses créatures. Il s'agit des histoires auxquelles le Saint coran fait référence et qui concernent des interpellations que Dieu a adressées à ses sujets sur des questions dont Il est Seul, gloire à lui, connaisseur. C'est le cas lorsque Dieu interroge, le Jour de la résurrection, ses prophètes, Lui l'Omniscient à Qui rien n'échappe : «Quelle était la réponse de vos peuples quand vous les appelez à croire en Mon Unicité ?» Dieu a dit : «Au jour où Dieu rassemble les envoyés et dit : «Quelle réponse avez-vous reçue ? Nous n'en avons aucune science, disent-ils, c'est Toi le Connaisseur des mystères» (Sourate Al Mâida (5), 109)

Signification : Rappelle-toi le jour où Dieu rassemble tous les messagers, et qu'Il demandera : «Que vous a-t-on donné comme réponse ?» Ils diront : «Nous n'avons aucun savoir : c'est Toi, vraiment, le grand connaisseur de tous les mystères Toi a qui rien n'échappe».

On peut également rappeler les paroles de Dieu dans un dialogue avec Son prophète Jésus : «Alors Dieu dit : «Jésus fils de Marie, est-il vrai que tu aies dit aux hommes : «Tenez-nous, ma mère et moi pour deux dieux en place de Dieu»? A Ta transcendance ne plaise ! dit Jésus, il n'est pas en mon pouvoir de m'arroger ce qui n'est point à moi en vérité. Si je l'avais dit, Tu l'aurais su, puisque Tu connais ce qui est en moi, quand moi j'ignore ce qui est en Toi : n'es-Tu pas le Connaisseurs des mystères ? Je ne leur ai dit que ce que Tu m'as commandé : «Adorez Dieu mon Seigneur et Le vôtre». J'étais leur témoin tant que je fus parmi eux. Et quand tu m'eus recouvré, c'est Toi qui fus leur Surveillant, puisque c'est Toi qui de toute chose et témoin». (Sourate Al Mâida (5), 116-117)

Il s'agit dans ce verset de blâmer les impies parmi le peuple de Jésus et de réfuter tout ce qui a été attribué à Jésus ainsi qu'à sa mère, et ce le Jour de la résurrection. Jésus va nier cette allégation. Le recours à la négation comme réponse à cette question directe est plus éloquent qu'un simple désaveu. Ainsi, soulignant l'omniscience et chantant Sa gloire, Jésus a répondu qu'il ne lui appartient pas de déclarer ce qu'il n'a pas le droit de dire ! S'il l'avait dit, Dieu l'aurait certes su, et a ajouté : Je ne leur ai dit que ce Tu m'avais commandé, à savoir : Adorez Dieu, mon Seigneur et votre Seigneur. Et je fus témoin contre eux aussi longtemps que je fus parmi eux. Puis, quand Tu m'as rappelé, c'est Toi qui fus leur observateur attentif. Puis Jésus s'en est remis à Dieu. Dieu a dit : « Dieu dit : «Si Tu les châties, ne sont-ils pas Tes esclaves ? Si Tu leur pardonnes, n'es-Tu pas le Tout-Puissant, le Sage» et de conclure : «Voilà un jour où l'esprit de vérité aura servi les êtres de vérité» (Sourate Al Maida (5), 118-119).

Médite avec moi, honorable lecteur ces versets coraniques, encore et encore, et dis moi s'il y a un dialogue plus noble ou plus sublime que ce dialogue entre Jésus et son Dieu ?

Les de dialogues qui exaltent la foi des croyants sont nombreux dans le Coran. En témoigne, ce dialogue que Noé a eu avec son Créateur lorsque son fils  a péri dans le déluge et qu'il s'est adressé en toute humilité à son Dieu : «Seigneur, dit il, mon fils est de ma race, Ta promesse n'en est pas moins le Vrai: Tu es le Juge entre tous à rendre justice». (Sourate Hûd (11) 45). Autrement dit, certes mon fils est de ma famille et Ta promesse est vérité. J'implore Ta miséricorde. Noé dans sa grande sagesse et son humilité face à son créateur, s'était contenté de dire “mon fils est de ma famille» sans préciser l'objet de sa prière, à savoir le salut de son fils. Ceci prouve, si besoin est, la noblesse de l'attitude des prophètes face à Dieu, et le discours respectueux dont ils usent quand ils s'adressent à Lui.

On peut également nous référer à un dialogue qui s'était déroulé entre Abraham et son Créateur. Ainsi  Abraham a dit : «Mon Seigneur fais moi voir comment Tu ressuscites les morts». Dieu lui répond : «tu ne croirais plus ?» autrement dit «ne crois-tu pas encore». A quoi Abraham répondit : «Mais si ! Ce n'est que pour tranquilliser mon cœur». La réponse d'Abraham fut donc  que, certes, il croyait mais voulait juste que son cœur soit rassuré. Dieu lui a alors dit: «Prends quatre oiseaux, serre-les contre toi», Dieu lui a donc demandé de prendre quatre oiseaux de les égorger et de les couper en morceaux puis de disperser les morceaux sur des collines différentes : «Puis places-en un tronçon sur chaque colline», Il lui a ensuite demandé de les rappeler : «et puis appelle-les. Ils te viendront à tire d'aile ; sache que Dieu est puissant et Sage» (Sourate Al Baqara (II), 260)

La morale de ce dialogue : Donner une preuve irréfutable de la Toute-Puissance de Dieu et son Unicité et en même temps montrer que Dieu répond aux interrogations des bons pour consolider leur foi, et qu'Il est ouvert à tout questionnement. Plus encore, Dieu a ouvert la voie du dialogue avec Satan lui-même. Les versets qui en témoignent sont nombreux. Ainsi Dieu a Dit : «Nous vous avons créés, et de plus façonnés. Et pour comble, Nous dîmes aux anges : «Prosternez-vous devant Adam». Ils le firent, à l'exception d'Iblis, qui n'était pas des prosternants. Dieu lui dit : «Qu'est ce qui t'empêche de te prosterner, quand Je te l'ai enjoint ? - «Je vaux mieux qu'Adam, dit il, Tu m'as créé de feu, lui d'argile». Dieu a dit : «Alors, descends d'ici : tu n'es pas en mesure d'y faire l'orgueilleux. Sors abject sois-tu entre tous !» Satan dit : «Ajourne-moi au Jour de leur résurrection» Dieu dit: «Ajourné sois- tu» il dit : «De ce même égarement dont Tu m'as affligé, je veux hanter pour eux Ta voie de rectitude, que dis-je fondre sur eux de devant, de derrière, de droite et de gauche : Tu n'en trouveras pas beaucoup pour T'être reconnaissants» Dieu dit : «Sors d'ici dans la déchéance et l'exil. Quiconque parmi eux te suivra, que de vous tous ensemble J'emplisse la Géhenne !» (Sourate Al Aaraf (7), 11-18). Dans ce verset, le mot «qala» (a dit) a été répété six fois : trois fois c'est Dieu qui dit et les trois autres c'est Satan  (Iblis).

Tous ces dialogues que nous avons mentionnés, témoignent que Dieu ouvre la voie du dialogue et de la discussion avec ses sujets pour consolider leur foi, et les amener à en tirer des leçons pour leur bien-être et leur salut éternel.

2.   Parmi les dialogues mentionnés par le Coran, plusieurs versets coraniques font état de dialogue entre les prophètes et leurs peuples.  Il y a ceux qui ont été raconté par les prophètes  en général et ceux qui ont été racontés par chaque prophète.

Parmi les versets qui attestent des dialogues entre  les prophètes en général et les leurs, le verset suivant : Dieu a dit : «Nous vous est-elle pas arrivée, l'histoire des devanciers, les peuples de Noé, de 'Ad, de Tamud, et de ceux qui vinrent après eux et que connaît Dieu seul ? Leurs envoyés leurs sont venus avec des preuves, mais eux de porter leurs mains à leur bouche, en disant : Nous dénions ce pour quoi vous fûtes envoyés. Nous restons, sur ce à quoi vous nous conviez, dans un doute sceptique. Leurs envoyés dirent : «Peut- il y avoir un doute sur Dieu, en tant qu'Il a créé de rien les cieux et la terre, et vous convie au pardon de tels de vos péchés, et vous ajourne à temps fixe» ?» Ils dirent : «Vous n'êtes que des hommes comme nous, vous voulez faire obstacle à ce qu'adoraient nos pères. Produisez-nous justification explicite» Leurs envoyés leur dirent : «Bien sûr nous ne sommes que des humains comme vous. Mais Dieu comble quiconque Il veut d'entre ses adorateurs. Nous n'avons pas à vous produire de justification, si ce n'est sur licence de Dieu. A Dieu s'en remettent assurément les croyants. Il n'est pas en notre pouvoir de ne point nous en remettre à Dieu, puisque c'est Lui qui nous guide sur nos chemins. Puissions-nous prendre en patience le mal que vous allez nous affliger. Qu'à Dieu s'en remettent tous ceux qui ne peuvent que s'en remettre à Lui» (Sourate Ibrahim (14), 9-12)

C'est un bel exemple de dialogue entre les prophètes et leurs peuples en général. Ils soulignent la noble mission de ces messagers de Dieu qui consiste à les conduire dans la voie de Dieu, avec sagesse et raison et l'attitude déplorables de leurs peuples.

S'agissant des dialogues entre chaque prophète et son peuple, là encore les versets sont nombreux, et nous nous contenterons de mentionner celui entre Chuayb et son peuple lorsque les gens d'Al-Aïka traitèrent de menteurs les Messagers.  Dieu a dit : «Ceux de la brousse ont démenti les envoyés» (Al Aïka est une région où il y a beaucoup d'arbres) Il a églement dit : «Shu'ayb leur dit : «Pourquoi ne pas vous prémunir ? Je suis pour vous un sûr envoyé, Prémunissez vous envers Dieu et m'obéissez, je ne vous demande pour cela nul salaire : mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des univers.. Faites juste mesure, ne soyez pas fraudeur invétérés, pesez sur la droite balance ne lésez pas les gens dans leurs intérêts, ne faites pas dégât sur la terre par l'exaction. Prémunissez vous envers celui qui vous a créé de la pâte même des anciens». C'est avec ces conseils et dans ce style si éloquent et si poignant que Chuayb s'es adressé aux siens. Mais ils furent condescendants et humiliants : Ils dirent : «Tu es fameusement ensorcelé, tu n'es qu'un humain comme nous sauf que nous te tenons pour un menteur fieffé. Fais donc tomber sur nous un pan du ciel, si tu es véridique». Il dit : «Mon Seigneur connaît mieux que personne vos agissements». Eux donc le démentirent, les saisit le châtiment du jour de l'ombre, ce fut le châtiment d'un jour terrible. En quoi réside un signe : la plupart ne croit pas pour autant. Ton seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux».(Sourate Achu'ara (26), 176-191)

Outre ces dialogues, le Coran fait référence à plusieurs autres types de dialogue avec les dénégateurs, avec les impies et avec les gens du Livre. Tous ces dialogues, sans exception, visent de ramener les gens sur le droit chemin.

A travers cet article J'ai voulu  montrer, à Votre Sainteté, que le dialogue que vous appelez de vos vœux, l'Islam l'a exigé bien avant, et de façon encore plus complète, plus pertinente et plus juste. En effet, le dialogue en Islam est fondé sur le  principe que les humains appartiennent, tous, à une seule et même origine et que la différence des croyances ne doit en rien les empêcher de s'entraider. L'Islam, dans le sens de vouer l'adoration à Dieu Seul et d'être sincère dans cette adoration, est la religion de tous les prophètes. Ils ont tous apporté le même message : croire en l'Unicité de Dieu et s'amender.

Permettez-moi, Votre Sainteté, de vous rappeler, vous qui ne cessez d'appeler au dialogue, que je vous ai adressé depuis quelques mois, par le biais de votre ambassadeur au Caire, suite aux caricatures qui ont porté atteinte au prophète (PSL), une lettre dans laquelle je vous exprimais mon désir de débattre avec vous de ces sujets qui touchent à la dignité des prophètes. Je n'ai reçu de Votre part aucune réponse. Est-ce là une des règles déontologiques du dialogue que vous appelez de vos voeux ? J'espère que nos paroles, nous hommes de religion, soient à la mesure de nos actes. Que Dieu nous assiste tous et nous guide vers le droit chemin.


(*) Cheikh d'Al Azhar Al Charif, le Caire, République arabe d'Egypte.

(1) Le 12 novembre 2006.

(2) Paru en langue anglaise en 1936 à Lahore.

(3) La première édition fut publiée en 1997, Dar Nahdat Misr, le Caire.

  

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