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Esprit de la civilisation islamique
Dr Mohamed Imara(*)
La véritable
industrie lourde que l'Islam a initiée, dès l'époque
mecquoise, et qu'il a consolidée, par la suite, fut celle de
l'éducation islamique de l'homme qui a embrassé la religion
musulmane.
Dar Al Arqam Ibn
Al arqam, constituait, à l'époque où la prédication était
encore tenue secrète, autrement dit, tout au début de cette
prédication, la première institution pédagogique établie par
le Prophète (PSL).
En effet, avant
de conquérir les cités lointaines et les contrées reculées,
avant d'ériger l'Etat, de modifier la réalité, d'appliquer
la loi et d'établir les relations internationales, l'Islam
a d'abord conquis les cœurs et les esprits par la lumière du
Noble Coran, imprégnant le comportement des musulmans d'une
nouvelle façon d'être et de se conduire. Bien plus, la
première cité que les musulmans avaient ouverte, avant même
l'exode du prophète et l'édification de l'Etat musulman, fut
Médine (Al Madina Al Munawara). Elle fut conquise par le
Noble Coran.
La conception de
l'homme musulman ayant été établie par l'éducation, des
nombreuses réussites et conquêtes se sont alors succédées
dans les différents domaines de la civilisation : les
sciences, la culture, les lettres et les arts. Elles
traduisaient toutes, le succès réalisé au niveau de la
conception de l'homme, et étaient empreintes du sceau de
l'Islam et conformes aux normes qu'il a ancrées dans les
cœur et les esprits de ceux qui s'y sont convertis. La
Prédication religieuse en Islam, ne s'est pas limitée à la
simple conversion de l'homme à l'Islam, ni à sa ferme
croyance en l'unicté de Dieu, telle qu'exprimée par des
rites qui témoignent de sa foi sincère et de sa relation
avec son Dieu, elle s'est également appliquée à réaliser
l'harmonie entre l'homme et la nation, la société et
l'univers auxquels il appartient. La croyance en un seul
Dieu et en un au-delà, ainsi que la recherche de l'équilibre
dans les relations entre l'individu et la communauté, entre
ce qui est privé et ce qui est public, sont au cœur de la
formation de cet homme musulman. Ainsi le monde, ici bas,
tout en demeurant ce qu'il était, est devenu religieux.
Lorsque l'Islam a forgé le cœur et l'âme de l'homme musulman
dans cette conception où se réunissent et s'équilibrent les
signes divins de la Révélation ainsi que les attributs dont
il a gratifié l'âme humaine.
L'Islam ne se
fond, ni se réalise, uniquement, dans la recherche du salut
individuel. Son accomplissement et le parachèvement de ses
préceptes exigent une nation, une communauté, une société et
des prescriptions collectives qui s'adressent à la Oumah.
Ces préceptes collectifs sont plus impératifs et plus
importants que les préceptes individuels. Le châtiment du
non respect d'une prescription individuelle concerne
l'individu, seul, alors que le non accomplissement d'une
obligation collective concerne la Oumma entière.
Dans la religion
musulmane la notion de l'exode au service de Dieu s'est
associée à l'édification de l'Etat, à l'établissement de la
société, à l'application de la loi, et à l'organisation
d'un tissu sociétal entre les sujets. Et ce, pour la
réalisation de la fraternité non seulement dans les droits
religieux purs mais aussi dans les choses qui concernent la
vie ici-bas. Ce tissu fondé sur les principes de la
citoyenneté, le droit à la différence, y compris, en matière
de religion, s'est déployé pour couvrir non seulement les
musulmans mais également les non musulmans.
L'émigration
vers la maison de Dieu n'est pas un monachisme dont on
puise la purification de soi, ou que l'on cherche pour
accomplir cette purification à l'écart de la vie et des
gens. Le monachisme pour la Oumma islamique est le jihad
en tant que précepte collectif, qui nécessite la présence de
la Oumma, du pays et la communauté.
La prédication
islamique a eu un impact pédagogique constitutif de
l'individu musulman, impact qui est devenu un facteur
psychologique conciliant les éléments individuels dans la
société musulmane, qu'ils soient naturels, juridiques,
civiques, religieux, rationnels, traditionnels, matériels ou
spirituels. Cette harmonisation fut la civilisation
islamique, telle que l'homme, forgé par l'Islam l'a créée.
Il s'agit là d'une spécificité de l'Islam et de la
civilisation islamique. Les premiers Messages de Dieu, ayant
précédé l'Islam, sceau de toutes les religions, ont, soit,
coïncidé avec des civilisations qui n'étaient pas avancées
et ont coexisté avec celles-ci sans chercher à les modifier
ni à les imprégner, car ces Messages s'en tenaient au
religieux pur, soit que ces civilisations vivaient dans des
ères où il n'y avait pas de Messages religieux.
L'Islam s'est
quant à lui, distingué en étant la religion qui a fait
jaillir une civilisation, élaboré une société de progrès et
d'humanisme. C'est une religion qui grâce à l'approche
pédagogique a créé chez l'homme cet équilibre qui lui a
permis de développer une civilisation empreinte de religion.
L'Islam a réussi à créer chez l'homme musulman la sérénité,
la pondération et l'équilibre qui furent à l'origine de cet
humanisme ; autrement dit la civilisation islamique, fruit
de ce que cette religion a pu réussir chez l'individu.
Maintenant que la civilisation s'est éloignée de ce qui fut
son essence même, le résultat fut ce dysfonctionnement que
nous déplorons et qui s'était produit il y a bien des
siècles. Ce dysfonctionnement qui a inerpellé, pour y
remédier, tous les mouvements de réforme qui se sont
succédés dans la Oumma islamique.
Parmi ceux qui
prêchent la réforme, certains ont préféré s'engager dans la
voie de l'individualisme le plus total, cherchant le salut
individuel et se sont alors, détournés de la société et de
la civilisation, à l'instar des soufistes qui se dépouillent
de toutes les règles et normes sociales de la Loi islamique.
D'autres parmi ces réformateurs ont eu recours à la Raison,
tel Al Imam Al Ghazali (450-505 H, 1058-1111 G), d'autres
encore ont insisté sur la nécessité d'épurer la croyance de
tout ce qui s'y est mêlé, à l'instar de Cheikh Al Islam Ibn
Taymiya (661-728 H/1263-1328 G). Il y a également ceux qui
se sont attelés à réformer la charia en explicitant ses
grandes finalités comme As-Shâtibi (790 H/1388 G), ceux qui
ont insisté sur le côté politique, comme Jamal Addine Al
Afghani (1254-1314H/1838-1897 G). Il y a enfin ceux qui ont
attiré l'attention sur la nécessité de réformer les méthodes
de la pensée et du modernisme comme Mohamed Abdou (1265-1323
H/1849-1905 G).
S'agissant
maintenant des temps modernes, l'ère de l'imitation de
l'Occident, ère qui a su tirer profit des mouvements de
réforme précédents, le dysfonctionnement demeure cependant
patent et la Oumma n'a toujours pas trouvé la clef du salut
qu'elle cherche, pour sortir de cette situation et réussir
la réforme à laquelle elle aspire.
Si l'Islam était
à l'origine du développement des musulmans, de l'essor de
leur civilisation et de leur progrès culturel, quelle est
donc la raison de ce déclin qui a frappé les musulmans,
alors même que l'Islam est encore aujourd'hui ce qu'il a été
hier, une religion qui a réussi à faire jaillir une
civilisation tellement avancée ?
La raison réside
dans l'absence de «l'esprit», l'esprit de la religion, de la
civilisation, la civilisation islamique. La raison est cette
rupture entre l'Islam et la civilisation islamique ; cet
«esprit» qui non seulement a fait que la civilisation fut
islamique mais qui en a été le ressort et en a fait une
civilisation islamique dans sa nature.
On raconte que
Al Hassan Al Basri (21-110 H/642-728 G) s'est entretenu avec
un prêcheur et n'a pas pu s'imprégner de ses conseils. Il
lui a alors demandé: «Dites-moi mon frère, est-ce ton cœur
qui est malade ou est ce le mien ?». C'est donc la rupture,
due à l'absence de «l'esprit», qui est à l'origine du mal
de la civilisation et la situation d'impasse de laquelle
toutes les écoles de réforme cherchent à sortir.
Quel est donc
cet esprit qui a fait de l'Islam, à l'exclusion de toutes
les autres religions, une religion qui façonne une
civilisation et une culture et ne se contente pas d'être une
simple religion ?
Où se situe
donc, ce dysfonctionnement qui a paralysé l'action de
l'Islam dans la civilisation et dans la culture, entraînant
le déclin de la civilisation et la destruction de la culture
islamique, au moment même où l'Islam, en tant que religion,
est demeuré inchangé, que la foi et le respect des préceptes
sont encore présents ?
Cheikh Mohamed
Al Fadil Ibn Achour(1) s'est penché sur cette question
cruciale lorsqu'il a dit :
1- Une
caractéristique qui distingue l'Islam, en tant que religion,
est d'avoir engendré une civilisation et édifié une
culture. «Si l'Islam en tant que religion partage, en
général, avec les autres religions les mêmes préoccupations
qui sont au cœur du religieux, il se différencie cependant,
par des aspects qui lui sont propres. Ses liens avec les
cultures et les civilisations le distinguent de ces
religions. Ce que nous appelons civilisation ou culture
islamique, est en fait une série d'événements, de situations
et de façons d'être sociales et spirituelles que l'Islam a
engendrées et a édifiées. L'Islam ne s'est pas contenté de
coexister avec la science. Bien au contraire, toutes les
questions d'ordre scientifique s'avéraient liées à la
croyance religieuse. Le lien entre la religion et le savoir
rationnel, ou entre la science naturelle et surnaturelle,
est devenu un lien d'interaction et de fusion. Un lien qui
engendrait ainsi un nouveau mode de comportement et une
nouvelle attitude, où la cause du religieux se manifeste
dans la production du scientifique, de l'homme de lettres et
de l'artiste. La connaissance scientifique est devenue un
argument entre les mains de l'orateur, du spécialiste du
Fiqh, et du soufiste, en ceci qu'elle a interconnecté les
éléments du savoir et produit les encyclopédies islamiques
qui comportent tout le savoir en sciences naturelles, en
mathématiques, et en sciences humaines ainsi que les vérités
relatives aux croyances, et ce en un mélange réussi du
scientifique et du religieux, du rationnel et du
traditionnel. La société musulmane fut édifiée à la suite
d'une prédication religieuse. Il s'agit d'une société
religieuse au sens stricte du terme, où le religieux fut
l'élément direct et fondamental. De l'adhésion à la religion
et la croyance en sa véracité, le peuple qui a répondu
favorablement à cette prédication, a acquis de nouvelles
qualités spirituelles. Le bénéfice n'était pas tant, en
terme de science, d'industrie ou de force matérielle, qu'il
ne l'était en terme de qualités qui lui ont permis
d'exploiter la science ; l'industrie et la force matérielle.
Seules les perceptions religieuses ont ouvert au musulman
les voies de l'univers, de la contemplation, de la réflexion
et de la foi.
La vérité de la
croyance divine est le fondement de toutes les structures à
la fois matérielles et spirituelles que la civilisation
islamique a édifiées. C'est encore et toujours, grâce à la
religion que l'homme qui se trouve au coeur de cette
civilisation a mené sa réflexion, a bâti et a édifié cette
civilisation. C'est grâce à la religion qu'il a consolidé
cet Etat qui préserve la société et son essor. C'est grâce à
elle, que les manifestations de la civilisation sont ainsi
demeurées liées, dans leur esprit, à la religion. C'est
grâce à elle que les facteurs religieux ont continué à avoir
un impact direct sur ces manifestations».
2- La
civilisation islamique et sa culture se sont également
distinguées par l'équilibre et l'harmonie : La civilisation
est le fruit de cette capacité de l'homme à créer cette
complémentarité et cet équilibre dans les sources du savoir
humain : «Toutes les vérités relatives à la matière et à
ce qui est au-delà de cette matière sont à la portée de
l'homme qui peut les appréhender grâce à différentes
perceptions qui se complètent et s'additionnent. Au delà des
perceptions innées, les perceptions sensorielles puis les
perceptions rationnelles qui permettent d'accéder à des
entendements relatifs au monde invisible par la révélation,
de les accepter et s'y soumettre. Ces perceptions se
complètent les unes les autres et tout ce que l'une d'elles
appréhende ne peut être démenti par l'autre. Mais ce qui ne
peut être appréhendé par une perception particulière, peut
l'être par l'autre jusqu'à se soumettre aux voies
métaphysiques, à savoir la voie de la révélation.
La raison de
l'homme, sa croyance, ses sens ainsi que ses sentiments
innés sont autant de facultés qui se complètent et ne
s'opposent ni se contredisent. La civilisation islamique fut
le résultat de l'homme qui a réussi à atteindre une harmonie
interne et une grande sérénité. C'est lui qui a façonné une
civilisation à son image lui insufflant toutes les grâces
que Dieu lui a attribuées, une civilisation qui a dépassé
toutes les autres…»
3- Mais que
s'est il passé depuis ? Qu'est-ce qui a causé le déclin et
la régression de la civilisation et de la culture, alors
même que l'Islam qui les a façonnées et leur a permis un
essor prodigieux en en faisant le phare lumineux du monde
entier, des siècles durant, est resté, lui inchangé ?
«Ce qui est en
cause ce n'est pas l'Islam en soi, c'est plutôt la culture
et la civilisation islamiques. Ces dernières se tournent
vers l'Islam pour trouver la solution. On savait tous en
effet, que le mal qui a frappé la société musulmane dans sa
civilisation et sa culture n'est que la conséquence logique
de la déviance de l'origine et l'éloignement des fondements
pédagogiques et éducationnels originels qui en constituaient
le rempart. La civilisation et la culture furent atteintes
d'un mal qui les a empêchées de puiser véritablement dans
l'Islam et de s'y appuyer, ce qui les a déviées de leur axe
et les a déséquilibrées».
Le
dysfonctionnement n'est pas inhérent à l'Islam en tant que
tel, mais il est inhérent au fait que la religion musulmane
n'est plus «l'esprit» placé au cœur de la civilisation
islamique, et au rétrécissement de la volonté persuasive et
constructive de cette civilisation. Il est donc inhérent à
la rupture entre le civilisationnel et le religieux. «Il
s'agit d'essayer de comprendre la cause du mal, car c'est la
seule voie pour découvrir les raisons du déclin de la
civilisation et sa dislocation».
Ce qui s'est
produit dans la religion et qui a engendré ce déclin n'est
en fait qu'une obsolescence de la foi qui l'empêche
d'imprégner et d'insuffler son esprit à la civilisation qui
est devenue, par conséquent, défaillante et inerte. Cette
réduction est l'un des effets de cette faiblesse qui a
touché le cœur même de la croyance. C'est en effet la
volonté persuasive et constructive qui s'est effondrée,
entraînant avec elle ce qui fut à l'origine des situations
sociales et des effets salutaires de la civilisation,
consommant ainsi la rupture entre la religion et la
civilisation. Le musulman est resté d'une part, fidèle à la
croyance religieuse et fière de sa religion, et d'autre
part, résigné à la vie de travail qu'il mène au quotidien.
Cette dichotomie entre le principe théorique et la réalité
de la vie active s'est ainsi installée créant une rupture
entre le temporel et le religieux ; la religion considérée
comme un irréel convenable et le monde un réel néfaste.
L'homme musulman est partagé entre une religion qui n'a
aucun effet sur son réel et un réel qui l'éloigne de plus en
plus de la religion.
Il fut par la
suite envahi, dans sa vie, par des civilisations étrangères
qui connaissaient un essor scientifique, industriel et
matériel, ainsi qu'un niveau intellectuel bien avancé. Et
face à cette invasion, il n'a pu puiser dans sa volonté
religieuse ce qui lui permettrait d'y faire face, à l'instar
de ce qu'il a pu accomplir auparavant alors que sa volonté
religieuse était forte et saine. Bien au contraire, il est
resté immobile et inerte et a considéré qu'il s'agit là
d'images de cette vie qu'il croyait coupée de la religion…»
C'est donc à ce
niveau que se situe le mal qu'Ibn Khaldûn (732-808
H/1332-1406 G) a su, plus que quiconque, analyser et
comprendre : «Ibn Khaldûn a analysé les problématiques avec
beaucoup de discernement, en liant les questions politiques,
urbanistiques, industrielles et scientifiques à la question
religieuse . Pour ce penseur, ce qui prime et est à
l'origine de tout le reste c'est la religion, en tant que
croyance individuelle. Il s'est attelé à analyser la
corruption de l'Etat, la récession urbanistique, le marasme
industriel, le déficit des compétences scientifiques, ainsi
que le bouleversement des approches et méthodes
d'enseignement qui ont succédé à l'essor prodigieux qu'a
connu la civilisation islamique. Il a expliqué que tous les
maux qui la rongent trouvent leur origine dans le
dérèglement de la religion, qui est le fondement de toute
civilisation, car aucune civilisation ne peut se développer
sans une croyance religieuse solide. Il s'agit donc, d'après
lui, de la formation religieuse de l'homme et de sa foi,
liée, d'une part à l'Islam en tant que croyance, et liée
d'autre part, à toutes les manifestations urbanistiques,
industrielles et idéologiques de cette croyance».
«Si d'aucuns se
contentent d'expliquer ce bouleversement au sein de la
société musulmane, en mettant en avant les systèmes au
pouvoir, le mode de gouvernement, la corruption ainsi que la
désagrégation des relations sociales traditionnelles, Ibn
Khaldûn, lui, cherche la vérité au-delà de ces facteurs».
«Ibn Khaldûn a
ramené la civilisation islamique à ses racines et origines,
ou plutôt à son essence, qui n’est autre que la confession
religieuse».
4- Si tel est
le problème ? quelle en est l'étendue et quelle en est la
durée ?
Le problème est
grave dans son étendue et dans sa durée : «Certes, tous
s'accordent pour dire que la civilisation islamique a
décliné, s'est repliée sur elle-même et est menacée de
disparition, mais le problème ne date pas d'hier. Ces maux
qui sont apparus ces derniers siècles ne cessent de
s'aggraver et s'étendre pour devenir de véritables maladies
chroniques qui rongent notre Oumma ».
5- Ayant
défini «l'esprit» de la civilisation islamique et
diagnostiqué l'origine du dysfonctionnement, qui tel un mal
pernicieux ronge notre civilisation et notre culture, on
peut se demander quelle est la véritable solution à ce
problème et comment sortir de l'impasse ?
La solution
réside dans le retour à l'esprit qui a su engendrer une
civilisation florissante et une culture des plus avancées.
Le retour à « l'esprit » religieux pour concevoir la
renaissance d'une civilisation distinguée. C'est d'ailleurs
là le vrai sens de la citation : Seul ce qui a amendé cette
Oumma à ses débuts peut la réformer à sa fin. «Sans la
conception mecquoise de l'individu et la conception sociale
et civile de cette civilisation qui a jailli dans toutes
les capitales musulmanes, celle-ci n'aurait jamais vu le
jour. Ceux qui aspirent à cet âge d'or et rêvent de le faire
revivre, feraient mieux de retourner à ce qui constitue le
facteur originel qui a créé cet âge d'or et sans lequel, il
est impossible de retrouver ces temps bénis ; autrement dit,
il faut retrouver le facteur de l'éducation islamique qui a
façonné l'individu avant la société, qui a frayé le chemin
pour l'édification de la culture avant même de s'attacher
aux différentes composantes du savoir qui en constitue
l'entité».
Si l'on s'en
tient à l'indépendance en terme de (drapeau et d'hymne
national) sans vraiment s'attacher à la véritable
indépendance (l'indépendance civilisationnelle), fruit du
caractère distinct de l'Islam, on ne sortira pas de
l'impasse dans laquelle on se trouve. «Le monde musulman
s'est libéré du joug de l'Autre et a recouvert sa
souveraineté, mais est-il capable de retrouver sa
civilisation, d'en assumer, de nouveau, les charges et de
présenter au monde entier une nouvelle conception de la
civilisation, empreinte de sa personnalité islamique,
émanant des principes de la religion musulmane, et rappelant
celle prodigieuse civilisation qu'il a su montrer au monde
par le passé ?».
La renaissance
du Japon n'est pas bouddhiste, celle de la Chine n'est pas
confucianiste, celle de la Grèce n'est ni byzantine, ni
platonicienne ni aristotélicienne, elle n'est à vrai dire
même pas grecque.
En sera-t-il
ainsi pour l'Islam ? Ou est-ce qu'une civilisation et une
culture d'esprit islamique verront le jour en émanant de
tout ce qui est commun aux peuples musulmans fervents et
indépendants ? «L'esprit de cette civilisation constitue, en
effet, le cœur du problème»(2)
Il s'agit là de
quelques questions et idées relatives à la problématique qui
a préoccupé et préoccupe encore les réformateurs : l'esprit
de la civilisation islamique qui a su produire une
civilisation prodigieuse pendant la période de la
constitution et les âges d'or, ainsi que l'origine du
dysfonctionnement qui a causé le déclin de cette
civilisation et la désagrégation de sa culture.
(*) Membre de
Conseil supérieur des affaires islamiques et membre de
l’Académie de recherches islamiques de l’Université Al-Azhar
au Caire.
(1) «L’esprit de
la civilisation islamique», in Kitab Al-tanwîr Al-islami,
sous la supervision de Dr Mohamed Imara, Dar Nahdat Misr, Le
Caire.
(2) Op. cit.
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