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Les fondements d’un discours
islamique moderne
Dr Abbas
Jirari(*)
Quiconque médite sur la crise que traversent les musulmans
aujourd’hui aboutira à la conclusion qu’aucune issue, ni
solution à leurs problèmes épineux ne sont possibles que par
le biais d’une réforme.
Cette réforme est devenue inéluctable non seulement en
raison de cette règle éternelle qui rend nécessaire
l’évolution de la vie, mais également parce que la réalité
des peuples islamiques l’exige, sans oublier les contraintes
de la mondialisation qui incitent à l’action dans ce sens.
Cependant, cette action ne peut être pertinente,
c’est-à-dire bénéfique à ces peuples que si elle se fonde
sur les valeurs qui les caractérisent et à leur tête la
culture. Celle-ci doit être forte afin de pouvoir participer
à cette ère moderne, voire relever ses défis et être
capable, avant tout, de tirer profit des aspects positifs de
cette mondialisation. En effet, y prendre part permettra de
consolider l’idée de réforme interne et l’adapter au
changement escompté.
Cette initiative sortira alors du domaine du rêve et de
l’imaginaire, du sentiment de dépit et du rejet pur et
simple, pour entrer dans la phase de la contribution active
au changement. Pour ce faire, force est de commencer par
une auto-critique, condition sine qua non de toute
participation positive à ce processus.
Ils est vrai que les musulmans aujourd’hui -en raison des
circonstances et des changements complexes qu’ils traversent
à l’intérieur comme à l’extérieur -doivent incessamment
entamer une phase de réforme radicale où ils seront
contraints de réviser leurs systèmes politique, économique,
social et autres. Mais ceci ne pourra s’effectuer
correctement que si l’on commençait par la culture.
Il est également vrai que ces derniers temps, on a largement
discuté de la réforme à tous les niveaux. Mais, ces
discussions prennent souvent l’allure d’une propagande qui
ne peut être qualifiée que de négative car guidée de
l’extérieur, voire imposée par certaines parties qui
l’utilisent comme moyen d’intimidation et de menace. Or
l’objectif est de corriger de l’intérieur les notions, les
idées et les modes de comportement, aussi bien au niveau des
responsables qu’au niveau de toutes les instances de la
société, tous courants et tous individus confondus, afin de
faire face aux défis nationaux non par de simples slogans
réformistes mais par l’adoption de solutions sérieurses et
efficaces.
Ainsi, les responsables doivent être convaincus que la
réforme ne peut être entamée sans communiquer et sans
coopérer avec les forces internes, et à leur tête les forces
culturelles. Il est à rappeler que même ceux qui
n’appréhendent la réforme qu’à travers son côté politique ou
économique, doivent tenir compte du lien de ces deux aspects
avec les domaines culturels et sociaux qui ont une
influence, voire un pouvoir de direction et de contrôle.
Il est de notoriété publique que l’élément culturel est à
l’origine de la divergence de vues sur la mondialisation au
niveau des nations et des peuples. Ceux-ci sont convaincus
de la nécessité du pluralisme culturel qu’ils pratiquent
d’ailleurs avec fierté, tout en s’attachant à leur culture
spécifique car elle constitue l’une des composantes
primordiales de leur identité.
Lorsqu’elle prend appui sur la culture, notamment sur sa
dimension corrective, la réforme contribue sans doute à la
renforcer dans tous les domaines lui permettant de rayonner
et de créer, grâce à ce rayonnement, les conditions d’un
épanouissement intellectuel qui lui permet de jouer le rôle
qui lui est assigné et résister à toute idéologie adverse.
L’idée que la culture doit constituer le point de départ de
toute réforme globale, provient de la conviction que toute
réforme est vaine si elle ne porte pas un regard sur la
société, ses valeurs, ses besoins et tous les objectifs
auxquels elle aspire à court terme et à long terme. Or, ce
but ne peut être atteint qu’à travers la culture, clé du
progrès et du développement.
La question qui se pose aux musulmans d’aujourd’hui est de
savoir comment satisfaire à cette exigence qui se fait de
plus en plus pressante tant à l’intérieur qu’à l’extérieur
et à laquelle il faut absolument trouver une solution
efficace.
Cette solution consiste à concilier les besoins de la
réforme et les moyens à mettre en œuvre pour la réaliser, la
réalité vécue et les constantes identitaires. Cela tient au
fait que bien des aspects de cette réforme sont liés à un
Autre qui part d’une identité et de constantes différentes,
sans oublier qu’avant tout, il est motivé par des intérêts
qu’il tente d’atteindre quel que soit le prix à payer par la
partie la plus faible.
La religion est la première constante que l’on ne peut
supprimer ou délaisser étant donné son profond enracinement
dans la société et son caractère historique. En outre, la
religion a toujours constitué un paravent contre les crises
qui ont touché la société comme lors de la lutte contre le
colonialisme.
Aussi, la religion est-elle souvent placée -à tort- dans une
situation de conflit avec la modernité qui est elle-même
liée -à tort également- à l’athéisme et au laïcisme.
La réforme à laquelle aspire la Oumma islamique n’est
possible que si l’on adopte, comme point de départ, la
révision de notre culture et du discours qui la sous-tend.
L’innovation de ce discours, qui doit être islamique et
contemporain, est la base de toute tentative de
modernisation. Ayant fait l’objet de beaucoup de discussions
et d’appels venant d’Orient et d’Occident, l’imposition de
cette modernisation aux musulmans à partir de l’extérieur se
fait d’une manière qui ne leur sied pas toujours.
Il va sans dire que ce discours, à caractère islamique, doit
être puisé dans la pensée musulmane, avec tout le pluralisme
et la diversité dont il a hérité grâce à l’assimilation des
cultures des peuples qui ont fait profession d’islam.
Il doit être également capable de trouver une formule
adéquate qui lui permettra de distinguer entre les
constantes de l’Islam et tous les intrus et les innovations
sur lesquelles on a beaucoup insisté et que l’on a mis en
relief durant les périodes de décadence, ce qui a abouti à
des traditions figées ayant touché l’essence même de la
religion et exacerbé les divergences entre musulmans.
Les objectifs de ce discours ne seront pas atteints si ce
dernier n’attirait pas l’attention sur l’importance de la
culture, c’est-à-dire sur la pensée, le savoir, le
patrimoine, la recherche scientifique et, corrélativement,
sur les instituts et les universités qui souffrent
malheureusement d’une carence dans le domaine des études
scientifiques sérieuses. Ces lieux du savoir sont négligés
et manquent d’encouragement en dépit d’une pléthore
d’enseignants-chercheurs en mal de motivation au point
qu’ils se voient contraints d’émigrer vers des pays
étrangers qui leur offrent ce qu’ils n’ont pas dans leur
pays.
Aujourd’hui, la pensée islamique n’est plus confinée dans
des sciences et des connaissances limitées comme ce fut le
cas naguère, où les savants étaient capables d’acquérir et
de transmettre le savoir quel que soit sa variété. Car leur
savoir les menait du fiqh à la logique en passant par la
littérature et l’art. Notons à ce propos que les sciences
religieuses constituaient une passerelle vers les autres
disciplines.
C’est ce qu’il faut tenir en compte avec l’élargissement des
champs du savoir et l’extension des horizons de la pensée
humaine, notamment après que des voix se sont élevées, ici
et là, appelant à éloigner la religion des autres domaines
en prétendant qu’autrement aucune promotion ne serait
possible.
En adoptant le nouveau discours islamique à la lumière de
cette pensée élargie et pour que cette adoption puisse être
fructueuse, il est nécessaire d’effectuer une autocritique
mais sans miner l’identité ni s’abandonner au sentiment
d’échec et de frustration que génère le sous-développement.
De même qu’il ne faut pas verser dans l’autocélébration
excessive en vantant les gloires du passé et en diffusant
des slogans condescendants, sans contenu et sans objet parce
qu’ils ne se prêtent plus à la conjoncture actuelle.
Si nous soulevons avec insistance la question de l’auto-critique,
c’est parce que nous la jugeons nécessaire car nous ne
voulons pas que les générations actuelles et futures soient
gagnées par un sentiment de faiblesse et de défaite. En
fait, nous sommes capables non seulement de faire face à
l’Autre mais de nous confronter à nous-mêmes dans le but
d’œuvrer sérieusement à nous amender et à rectifier notre
situation. Les penseurs doivent assumer cette responsabilité
dans ses multiples dimensions (politiques, économiques,
sociales et autres) en la défendant avec optimisme.
Cette attitude objective sera sans doute de nature à mettre
fin à toute attaque ou rejet de cet Autre qui détient les
ficelles du développement et préside au destin des peuples
sous-développés en leur dictant ses consignes afin
d’améliorer leur situation. Mais il va sans dire qu’en
agissant dans ce sens, l’Autre se doit de ne pas dépasser
certaines limites. Si un tel dépassement survient, une
réaction est de mise. A cet égard, l’affaire de la
profanation du Saint Coran est encore dans les esprits(1).
Il est certain que cette attitude tolérante nous incitera à
maîtriser les ressorts du développement, des sciences et du
savoir et adopter les valeurs qui préconisent la discipline,
la droiture et l’incitation au travail et à la production.
Or, l’Islam avait déjà prêché ces valeurs qui ont permis aux
premiers musulmans de fonder une grande civilisation et une
culture raffinée.
Ce qui précède nous incite à chercher les véritables
facteurs qui ont poussé les musulmans à ne plus accompagner
la brillante marche civilisationnelle et culturelle de
l’humanité. A ce propos, une question se pose avec
récurrence à savoir : «pourquoi les Musulmans ne se sont pas
développés comme les autres ?».
Dans ce contexte, il apparaît que le renouvellement du
discours islamique doit prioritairement tenir compte de la
conjoncture historique, avec tous les problèmes et les
crises qu’elle implique, comme la question du régime
politique ou du gouvernement en Islam(2). Outre un effort
de jurisprudence, ces questions nécessitent une préparation
psychologique et intellectuelle afin d’atténuer la
confrontation et le rejet qu’elles suscitent aussi bien chez
les ennemis de l’Islam que chez les sceptiques parmi les
musulmans. Adeptes de la laïcité, ceux-ci craignent que ce
système ne se transforme en un système totalitaire ou en un
régime qui se servirait de la religion et des hommes de
religion pour masquer son totalitarisme, voire le justifier.
Le renforcement de l’esprit religieux à travers les valeurs
de la société et les fondements de la vie privée et publique
serait le moyen qui permettra aux institutions de suivre la
voie de l’Islam dans tous les domaines, notamment politique
et économique, sans se soucier de faux problèmes visant
uniquement à bafouer les affaires religieuses et irriter les
musulmans, comme la question de savoir si la femme peut
accéder à la dignité d’imam, ce qui n’est en fait qu’une
simple invention tendant à dévier leur attention de la
réalité amère et des différentes crises dont ils souffrent.
Afin que le discours escompté puisse remplir sa fonction, il
doit procéder d’un courage intellectuel lui permettant
d’apporter aux vrais problèmes les vraies solutions. C’est
ainsi que l’on pourra entrevoir l’avenir et y déceler les
zones d’ombre qui nécessitent une planification pour éviter
qu’elles se manifestent et qu’elles s’aggravent ; mêmes s’il
s’avère nécessaire de chercher des alternatives à la plupart
des choix existants et dont les expériences nombreuses et
répétitives ont montré qu’elles étaient infructueuses, car
elles ne font que répéter des slogans pour calmer les
esprits. Or, ces slogans ne jouissent d’aucune crédibilité
car elles émanent de personnes ne disposant pas des
qualifications requises ni de l’esprit islamique de base.
Aussi, le discours islamique moderne doit-il être mené par
de véritables savants, capables de l’orienter et de le
guider en harmonie avec les principes de la Oumma, loin de
toute ignorance ou confrontation et avec une disposition à
le défendre, à continuer sa construction et poursuivre son
développement. Il s’agit aussi de faire face à tous les
défis, à commencer par effacer les contre-vérités que l’on
veut attribuer à l’Islam, notamment l’extrémisme et le
terrorisme, phénomène universel né en dehors des pays
islamiques et dont les causes et les motivations sont
connues.
Etant donné que l’objectif de
cette déformation est d’éloigner les musulmans de leur
religion qui est innocente d’une telle accusation, le
nouveau discours islamique doit commencer par raviver la
dimension spirituelle dans l’esprit du musulman en
consolidant notre lien avec le Très-Haut et avec Sa religion
sacrée. Cela se concrétise par une compréhension correcte du
culte et de son rôle, non seulement en ce qui concerne notre
relation avec Dieu, mais aussi en ce qui a trait au
comportement envers soi et envers autrui, en mettant en
œuvre tout ce qui peut redresser ce comportement et
l’orienter vers l’établissement de relations humaines utiles
visant à diffuser le bien et à ressusciter l’espoir chez les
générations montantes.
Pour cette raison, nous voulons que ce discours résorbe le
sentiment de désespoir, d’angoisse, de mal-être et
d’aliénation qui mine les membres de la Oumma et annihile
les causes de l’échec et de l’exclusion qui les habitent.
Nous voulons un discours qui leur rende confiance en
eux-mêmes, en leur religion, patrie, langue et culture et
qui les revitalise en leur donnant les moyens d’être
suffisamment entreprenants pour progresser et se développer.
Ce discours réformiste sera convaincant non seulement pour
ceux qui le supervisent et ceux qui essaient d’y contribuer,
mais également pour l’ensemble des membres de la Oumma car
cela leur permettra d’interagir en toute conscience et en
connaissance de cause. Mais d’abord, force est de comprendre
la problématique du sous-développement, de ses causes
(internes et externes) et des moyens à mettre en œuvre pour
y remédier et satisfaire aux exigences du progrès tel que
nous l’avons déjà précisé.
Cependant, la persuasion par le discours ne doit pas sombrer
dans une plate littérature ni dans des prescriptions
destinées à être glorifiées. Au contraire, ce discours doit
véhiculer un projet de réforme globale qui vise le
renouvellement, le changement et la discipline au travail.
C’est un projet qui appelle à la contribution,
l’enthousiasme et le patriotisme de tous dans un espace de
liberté élargi. Pour ce faire, force est de s’appuyer sur
les divers outils de télécommunication, notamment
l’Internet, la télévision et les médias de manière générale
car ils ont un impact certain sur la communication, sans
négliger les moyens d’information traditionnels.
Si ces dimensions sont nettement précisées, le discours
islamique escompté n’en sera que plus convaincant, non
seulement pour ceux qui croient à la voie islamique, mais
également pour ceux qui rejettent cette voie parmi les
intellectuels musulmans qui voient dans la culture
occidentale l’unique issue pour s’affranchir du
sous-développement. Bien qu’ils ne soient pas nécessairement
opposés à cette voie, ils estiment cependant qu’elle est
passée de mode et que toute tentative de la réformer serait
vaine.
L’objectif de cette persuasion est de trouver un consensus
entre les différentes composantes et structures de la
société. Ce consensus suppose en principe que le discours
englobe tout ce qui unit les musulmans et rejette tout ce
qui est susceptible de les diviser ; mais requiert en même
temps d’accepter les différences en tenant compte des
intérêts futurs de ladite société et en établissant des
canaux de communication à cet effet.
Par voie de conséquence, il faut, à travers ces canaux, se
mettre en relation avec les non musulmans à travers les
valeurs qui constituent la base de tout dialogue et de toute
coopération. Pour ce faire, on doit fixer les priorités sur
lesquelles il faut se concentrer pour répondre aux exigences
de l’étape historique et délicate que traverse le monde
d’aujourd’hui. Les musulmans ne doivent pas être à la
traîne, ils doivent intégrer le progrès en devenant des
partenaires qui contribuent avec leurs moyens au
développement et non pas des individus à la charge de la
société.
Par ailleurs, se fait sentir le besoin d’un discours
islamique qui donne une nouvelle image de nos valeurs, de
nos principes et de notre réalité et fait connaître les
aspirations de nos peuples à court et à long terme.
Une telle image ne peut être juste que si elle nous permet
de croire en nous-mêmes et reconnaître les maux qui nous
rongent et nous tirent vers le bas, c’est-à-dire vers plus
de sous développement et de déclin ; l’image que l’on
renvoie de nous-mêmes doit inciter les autres à nous traiter
avec plus de confiance de manière à adhérer à notre discours
moderne, par opposition au discours traditionnel tel qu’on
le présente encore, malgré la contradiction qui
caractérisent ces deux discours.
Telle est la responsabilité de nos ouléma et intellectuels
qui sont appelés à se débarrasser de l’oisiveté, du
sentiment d’incapacité et de désespoir qui les accule, aux
mieux, à commenter les événements ou à adopter une attitude
de spectateur tant qu’ils ne sont pas concernés par la
réalité.
Ils sont également appelés à reprendre leur rôle de
pionniers puisqu’ils sont considérés comme le moteur qui met
en marche la société en exposant les problèmes et en
essayant d’y remédier à travers une vision optimiste et
prometteuse tournée vers l’avenir et garante de la
modernité. C’est ainsi qu’ils doivent s’investir dans la
société par leur pensée et leur conscience en prenant soin
de ne pas laisser le terrain libre à ceux qui veulent le
fourvoyer à coup d’appels mensongers et de slogans vides de
sens.
Cela signifie qu’ils doivent renouveler leur lien avec la
société et ne pas s’en dissocier à cause d’un soi-disant
niveau d’instruction ou d’un quelconque statut social ou
encore par refus de certaines traditions. Ils doivent
également faire preuve de flexibilité et de tolérance envers
eux- mêmes, envers leurs paires et envers les autres. De
même qu’ils sont tenus de bémoliser leur fort attachement
aux idées, systèmes et méthodes anciennes pour les uns,
idées et théories nouvelles et séduisantes, pour les autres.
Ainsi, pourraient-ils développer une nouvelle pensée
islamique, capable d’activer la réforme et concrétiser la
modernisation, mais sans se départir des principes qui les
rapprochent de leur société et leur permettent d’accomplir
leur mission (éclairer les esprits) dans le cadre de la
confiance mutuelle qui devrait procéder du nouveau discours
islamique.
Dans ce discours, la confiance est un élément qui doit
participer -comme souligné précédemment d’une lecture
réaliste de notre temps, c’est-à-dire de la période actuelle
qui, malgré les crises et défis auxquelles font face les
musulmans, montre l’Islam sous une image qui incite à
l’optimisme ; elle apparaît notamment à travers le nombre
croissant des conversions à l’Islam et une diffusion sans
précédent auprès des jeunes générations de musulmans. Cet
état de fait dénote un éveil islamique porteur de promesses,
qui servira sans doute les intérêts des musulmans sous peu
qu’il soit appréhendé avec rationalisme et qu’il reprenne
les valeurs de l’islam en l’immunisant de toute déviation ou
déformation. Cette renaissance sera en même temps, un
catalyseur pour la réforme et le progrès.
Aussi, avons-nous grandement besoin d’une pensée islamique
moderne véhiculée par un discours qui tienne compte de tous
les changements qu’a connus l’humanité, avec toutes les
innovations qui les ont accompagnés, adopte une démarche
attrayante et traite les questions politiques, économiques,
sociales et culturelles actuelles avec un esprit
scientifique qui recourt à l’effort intellectuel(3) en
s’appuyant sur les constantes de la Charia, les exigences de
la Raison et prend en compte les intérêts vitaux. Pour ce
faire, il faut adopter une approche globale fondée sur la
facilitation et la simplification dans le but de concilier
religion et réalité dans un cadre pratique qui se prête à la
coexistence, sans contradiction ou confrontation
susceptibles de mener au rejet. Le but de la manœuvre est de
redynamiser le texte religieux, mettre en relief sa
dimension réaliste, le maintenir en vie et le doter d’un
effet positif sur la vie du musulman. Car il demeure, dans
le cadre de sa référence et de son idéal, capable non
seulement d’accompagner la modernité et de s’y adapter, mais
également de la contenir et de l’assimiler, de différencier
entre l’utile et l’inutile, d’en développer les côtés
positifs et de l’enrichir afin de continuer sur la voie du
progrès et aller, avec l’Islam, au-delà de la modernité.
(*) Conseiller de Sa Majesté le Roi du Maroc, membre de
l’Académie Royale du Maroc, professeur titulaire d’une
chaire à l’Université Mohammed V.
(1) Ce crime abominable a été commis en Palestine par les
forces d’occupation israéliennes.
(2) Cf. Islam et laïcité, coll : Connaissance de l’Islam,
Rabat, 2003, Publications Club Jirari- n° 26 et L’Etat en
Islam coll. Vision moderne, Rabat, 2004, Publications Club
Jirari, n° 27.
(3) Voir au sujet de l‘Ijtihad (l’effort intellectuel) ce
que l’auteur a publié dans les deux ouvrages précédemment
cités, ainsi que dans : Pas d’extrémisme ni terrorisme en
Islam, Rabat, 2004, publications Club Jirari, n° 30.
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