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Note

| Éditorial : Alliance des civilisations  |

| Le rapprochement : conceptions et objectifs 'Dr Abdulaziz Othman Altwaijri  |

| Quelques réflexions sur l’islam et la violence 'Dr Youssef El Qardaoui  |

| Les valeurs humaines communes et leur rôle dans le renforcement de la solidarité entre les peuples et les nations  'Ayatollah Cheikh Mohamed Ali Taskhiri |

| Le monde islamique et les défis de la mondialisation 'Dr Mahmoud Hamdi Zaqzouq |

| Les fondements d’un discours islamique moderne 'Dr Abbas Jirari |

| La modération islamique 'Dr Mohamed Imara|

| La demande de pardon pour le passé : une manière de consolider la cohabitation et relancer le dialogue 'Mohammed Larbi Messari  |

| Connaissance des pays islamiques : La République Algérienne Démocratique et Populaire |

 

Le monde islamique et les défis de la mondialisation
Dr Mahmoud Hamdi Zaqzouq(*)

 

La capitale autrichienne Vienne a accueilli, à la mi-novembre 2005, une conférence internationale organisée par le ministère autrichien des affaires étrangères sous le thème "l’Islam dans un monde pluraliste". A cette occasion, j’ai présenté une communication sur "la position de l’Islam vis-à-vis de la mondialisation".

A cet égard, il serait utile de présenter au lecteur la conception que j’ai exposée devant la conférence, peut-être qu’elle aiderait à élargir le champ du dialogue entre le monde islamique et l’Occident dans un contexte international qui bannit l’isolement et le repli sur soi.

Il ne fait aucun doute que la mondialisation revêt plusieurs formes et dimensions. Il est tout aussi certain que l’interprétation que donne le monde islamique aux événements et aux changements que connaît notre monde contemporain, en raison de la mondialisation, diffère évidemment de celle de l’Occident. En effet, dans l’esprit des forces hégémoniques actuelles, mondialisation et synonyme de prospérité, voire de bien-être. Elle signifie davantage d’opportunités de développement, annonce un présent sûr et prédit un avenir radieux.

Pour les pauvres et les démunis, la mondialisation est synonyme de désespoir, de frustration et d’absence d’avenir.

 Avant d’aborder la position islamique envers la mondialisation, je voudrais souligner, de prime abord et brièvement, les conséquences générales de celle-ci sur notre monde, afin de déblayer le terrain pour comprendre correctement la position islamique à l’égard de cette mondialisation, loin des erreurs de compréhension et d’interprétation.

Si la mondialisation évoque pour tous les humains un avenir où ils pourront jouir de liberté, de démocratie et des droits de l’Homme, sa pratique, au contraire, apparaît sous un jour différent. Il ne fait aucun doute cependant que la mondialisation, au lieu d’aboutir à l’édification du nouvel ordre mondial annoncé, elle a conduit à l’aggravation des problèmes de notre monde.

Cela apparaît clairement dans l’écart sans cesse grandissant entre les riches et les pauvres, la dégradation de l’environnement et la prolifération à grande échelle de diverses formes de terrorisme.

Notons à cet égard, que les protestations des opposants à la mondialisation dans les différents coins du monde ne visent pas le courant de la mondialisation en tant que tel car, s’il est bien géré, il serait bénéfique à toute l’humanité. Ce que les altermondialistes visent c’est plutôt la forme actuelle de la mondialisation. C’est donc une forme de mondialisation aux conséquences incalculables qu’il y a lieu de changer si l’on veut que l’humanité entière jouisse de liberté, de démocratie, des droits de l’Homme et de paix.

Si la mondialisation conduit au démantèlement des barrières spatio- temporelles entre les nations et les peuples, elle n’a pas pour autant le droit d’éliminer le pluralisme religieux et civilisationnel, car ce pluralisme est nécessaire, il est même de nature à enrichir le courant de la mondialisation. Par contre, si le pluralisme vient à disparaître, cela constituerait une grave menace  aux spécificités civilisationnelles qui caractérisent chaque nation ; cela signifiera en outre la perte d’identité, avec tous les risques qu’elle génère et qui ne sont pas certainement en faveur de l’humanité.

Après avoir expérimenté, notamment au siècle précédent, les divers courants politiques et culturels de la civilisation occidentale, les musulmans ont senti depuis longtemps la nécessité pressante d’un renouvellement de leur culture. Ils ont acquis la conviction que la solution naturelle résidait dans le pluralisme culturel ; la raison en est que la culture islamique, dès ses débuts, avait été édifiée sur le respect des diverses cultures et s’est développée à travers l’interaction et le dialogue avec les autres peuples.

Pour cette raison, le célèbre philosophe arabe Averroès -que l’Occident connaît très bien depuis l’ère médiévale- avait insisté sur la nécessité d’étudier les cultures des autres nations ; il l’a même érigée en devoir légal.

Il dit à ce propos : «Ce qui est compatible avec ce qui est juste, nous l’acceptons avec joie et nous les en remercions, mais sur ce qui ne l’est pas nous attirons l’attention et alertons du danger qu’il comporte et nous leur en cherchons l’excuse.»(1)

Par ailleurs, on peut dire que les musulmans se basent dans leur dialogue avec les autres cultures sur les principes suivants :

1. Les musulmans appréhendent les autres cultures - conformément à la méthode d’Averroès - avec tolérance et ouverture et en même temps avec un regard critique. Ainsi, ils acceptent tout ce qui est positif dans ces cultures et en rejettent les aspects négatifs ;

2. Les musulmans sont attachés au principe de sauvegarde de l’identité culturelle. Aussi, s’intéressent-ils beaucoup à la conservation et à la protection des caractéristiques de leur propre culture car elles leur permettent de s’accomplir et de sauvegarder leur liberté ;

3. Partant de leur profession de foi et de leur civilisation, les musulmans croient en la nécessité du pluralisme religieux et culturel. A cet effet, ils sont tout à fait prêts à coopérer avec toutes les nations et tous les peuples dans tous les domaines ; car cela est nécessaire pour consolider les fondements de la paix et la faire régner dans le monde ;

4. Les musulmans rejettent, par conséquent, les voies qui appellent à un affrontement inévitable entre les civilisations et croient, par contre, en la nécessité d’un dialogue religieux et civilisationnel à tous les niveaux et en la possibilité d’une coexistence positive entre l’humanité entière en s’attachant pour ce faire au principe de la non-discrimination sur la base de la race, de la religion, de la couleur ou de la culture.

Partant de leur engagement envers les principes de tolérance et de réflexion critique, les musulmans -comme nous l’avons signalé-  sont aujourd’hui prêts à discuter d’une manière positive des nécessités et exigences de l’ère de la mondialisation.

Malgré toutes les expériences douleureuses qui ont marqué leurs relations avec l’Occident, ils continuent de respecter les valeurs de la culture européenne. Ils continuent également de considérer le principe de mondialisation, comme un phénomène progressiste -s’il est bien orienté- car elle peut offrir une opportunité unique pour connaître de près les nations et les cultures et pour coopérer avec elles d’une manière constructive afin de promouvoir les intérêts des divers peuples et de l’humanité en général.

Ainsi, les musulmans ne rejettent pas à priori, la mondialisation parce qu’elle viendrait d’un Occident qui les a déjà influencés. Mais dans l’intérêt de notre civilisation, c’est-à-dire, dans l’intérêt de notre liberté et de nos droits humains, nous nous voulons pas accepter sans broncher la mondialisation au point d’en être asservi. Toujours et-il que nous nous réservons le droit de la percevoir, en principe, d’une manière positive.

Il est à noter qu’Averroès -comme chacun le sait- avait suscité dans la période médiévale beaucoup de réactions en raison de ses opinions progressistes et lumineuses, on peut même dire que sa philosophie a contribué de manière décisive au passage à la Renaissance européenne. Les musulmans ont sans doute contribué, grâce à leur ouverture sur le monde, à l’avènement récent de la mondialisation en y apportant leur contribution d’une manière indirecte.

Quels que soient les facteurs ayant influencé les évolutions qu’a connues le monde moderne jusqu’à l’avènement de la mondialisation, le fait est que celle-ci a, de manière décisive, changé la vie partout dans le monde. Mais sous sa forme actuelle, on note que la mondialisation renferme de plus en plus de risques et mine de plus en plus la solidarité entre les gens. Il n’ y a pas mieux que les musulmans pour en témoigner, eux qui assistent de près à une confrontation sans merci pour l’instauration d’un contrôle globale de la mondialisation.

Pour comprendre la position des musulmans d’une manière correcte, il faut la considérer en ayant à l’esprit leur situation dans le monde d’aujourd’hui. Cela est d’autant plus important que les musulmans représentent près du cinquième de la population mondiale, et ont -qu’on le reconnaisse ou non - un impact non négligeable sur le sort de notre planète.

Par ailleurs, ils ne sont pas les seuls à condamner la mondialisation qui règne actuellement et qui menace l’avenir de notre planète en continuant à détruire l’environnement. De plus, la mondialisation pousse particulièrement et d’une manière croissante les pauvres à se confiner dans des zones isolées et sordides. A quelle réaction peut-on donc s’attendre face à cette situation ?

Les luttes fratricides qui sévissent dans l’époque où nous vivons ne sont pas en réalité des guerres entre les cultures et les religions, bien que des extrémistes sans scrupules dans les deux camps en fassent l’apologie dans l’intérêt, sans aucun doute, de leurs intérêts matériels.

En vérité, il s’agit de luttes intrépides pour la prise de contrôle comme celle livrée pour le contrôle des réserves mondiales de pétrole.

En raison des catastrophes politiques, environnementales et naturelles successives, il n’est plus possible de continuer -par voie de propagande- d’accepter la règle de «deux poids deux mesures» ni les injustices flagrantes de ce "nouvel ordre mondial", car voilà qu’on assiste à l’effilochement de plus en plus manifeste du tissu de ce type de mondialisation. La cause en est tout particulièrement l’application d’un slogan, qui profite jusqu’à nos jours à un seul camp, qui sévit au nom de «la lutte contre le terrorisme international». Ce slogan ne tient pas en compte les causes réelles du terrorisme, mais se contente de traiter ses symptômes patents, ce qui ne favorise pas l’extermination du terrorisme, mais œuvre à ce qu’il gagne davantage de terrain dans le monde.

D’un autre côté, l’ordre économique régnant -qui ne représente en fait que les intérêts des plus forts- conduit à la destruction de la solidarité  entre les gens. Or, ce chemin n’est en fin de compte qu’une impasse annonçant le vacillement de la flamme éthique qui éclaire l’être humain.

Nous sommes tous entrés dans le réseau de la mondialisation. Mais, y sommes-nous pour autant prisonniers. Sommes-nous condamnés à nous taire ? ou au contraire la mondialisation serait-elle vraiment ce qu’elle prétend être : une force qui conforte les liens de fraternité entre les nations et les peuples et porte en son sein un renouvellement civilisationnel bénéfique ? Est-ce que la mondialisation est capable en réalité de nous amener vers l’auto responsabilité et la responsabilité mondiale ? La mondialisation signifie-t-elle de nouvelles possibilités de connaissance et d’émulation fructueuse entre les peuples.

Il est aujourd’hui évident que notre vie et nos affaires quotidiennes s’inscrivent dans le cadre de réseaux mondialisés bien établis et dont l’influence est universelle.

De plus, les frontières spatio-temporelles entre les divers pays et cercles culturels sont de plus en plus ignorées, si bien qu’on assiste à la chute effective des barrières spatiales qui se dressaient devant l’échange des services et la circulation des capitaux.

La question qui se pose alors est la suivante : Ce regroupement en peuples et cultures dans l’ère de la mondialisation signifie -t-il nécessairement l’avènement de la société globale gigantesque qui se séparerait, en fin de parcours et pas à pas, du patrimoine culturel humain et de ses valeurs ?

Quoi qu’il en soit, les musulmans sont déterminés à sauvegarder leur culture et leurs valeurs.

Les musulmans croient, conformément à leur religion, que les peuples du monde sont en fin de compte chargés -de par leurs convictions religieuses- d’œuvrer à atteindre un objectif final et unique, à savoir, la paix. Ces peuples peuvent atteindre cet objectif par divers moyens et leurs cultures différentes n’en seront que plus renforcées.

compte tenu de ce qui précède, il convient de préciser brièvement la position de l’Islam vis-à-vis des défis de la mondialisation et ses dimensions  politique, médiatique, économique et culturelle.

1. La dimension politique :

On entend souvent que l’Occident veut diffuser les valeurs de la démocratie, du pluralisme politique et des droits de l’Homme dans le monde, en général et dans les pays islamiques, en particulier, et ce de la même façon où ces valeurs ont été instaurées dans le monde occidental.

Les Occidentaux croient que ces valeurs sont toutes nouvelles pour musulmans. Aussi, aiment-ils à parler de "nos valeurs" (entendre les valeurs occidentales). Bien plus, ils voudraient, à travers ces valeurs, civiliser le monde islamique qui serait barbare.

Jadis, les occidentaux qualifiaient de barbares les pays étrangers dont ils ne comprenaient pas la langue et ignoraient les coutumes. Une telle attitude était plus ou moins compréhensible car ces pays étaient lointains et n’entretenaient pas de relations étroites avec l’Occident. Aujourd’hui, les distances ne forment plus un obstacle et le monde est réduit à l’état de village planétaire si bien que ce genre de jugement superficiel n’est plus acceptable. Ceux qui en ont l’habitude doivent changer d’opinion -même si cela leur est difficile- en œuvrant à l’instauration d’une compréhension mutuelle basée sur la tolérance et le respect, pour l’intérêt de tous.

Quant aux musulmans, non seulement ils ne rejettent pas de manière absolue les valeurs politiques de l’Occident, mais les comprennent très bien. La raison en est qu’ils sont très habitués à ces valeurs, même si elles se situent dans un contexte culturel différent. En effet, la démocratie est connue chez les musulmans sous le nom de "Choura" c’est-à-dire la «concertation». En outre, le pluralisme religieux et culturel est l’une des composantes déterminantes de leur culture depuis le début de leur histoire. Quant à la protection des droits de l’Homme, elle figure parmi les objectifs principaux de la Charia islamique. Ces objectifs garantissent l’intégrité de la personne, de l’esprit, de la religion, des biens et de la progéniture.

Si ces principes se sont malheureusement relâchés en raison de l’affaiblissement de la civilisation islamique, cela ne veut pas dire que ces valeurs n’ont guère plus cours chez eux.

Ceci étant, les musulmans ne voient pas d’objection à ce que l’Occident leur rappelle ces valeurs essentielles. En revanche, ils refusent catégoriquement qu’il les leur impose par la force comme c’était le cas ces dernières années dans certains pays du Moyen-Orient. De fait, la bonne morale comme chacun sait, ne s’impose pas par la contrainte, mais par la persuasion et le consentement.

Malheureusement, on ignore souvent le rapport qui existe entre les valeurs et le milieu culturel où elles se développent. En effet, toutes les religions et les cultures véhiculent des valeurs de base, mais leur pratique dépend de leur contexte culturel, un contexte duquel elles ne peuvent être dissociées.

2. La dimension médiatique

L’incompréhension de la culture islamique et le manque de respect à son égard apparaissent particulièrement et de manière flagrante chez une opinion publique internationale dominée par les médias occidentaux qui bénéficient d’une large audience, et qui omettent de dire que les musulmans sont tout aussi attachés aux droits de l’Homme que l’Occident. Les musulmans ont le sentiment que la façon dont les médias occidentaux rapportent les agressions militaires contre les pays islamiques participe de la désinformation et que cela fait partie d’une stratégie d’oppression organisée. En effet, personne ne parle (ou alors de manière épisodique) du grand nombre de victimes de ces agressions inhumains. Personne ne s’intéresse de savoir pourquoi on s’acharne sur la dignité d’êtres humains qu’on qualifie de terroristes sans en fournir la preuve. Mieux, les agresseurs se complaisent dans leur rôle de victime.

Cette situation a abouti, en fin de compte à un sentiment de suspicion envers tous les musulmans au point de les considérer comme des terroristes alors que ceux-ci sont en nombre négligeable. Or, aucune religion n’échappe à l’extrémisme et toute discrimination raciale ne fait qu’exacerber le terrorisme. l’Islam est souvent attaqué ouvertement dans les médias occidentaux. Mais lorsqu’on attaque l’islam, on s’en prend  en fait à une grande religion qui a depuis le début condamné tous les genres de violence et qui a prêché la paix et l’a exercée depuis quatorze siècles, et ceux qui appellent à la «lutte contre le terrorisme» en négligeant les causes - n’ont fait que multiplier le nombre de terroristes dans un laps de temps très court.

3. La dimension économique

La faiblesse de l’économie est l’un des problèmes majeurs auxquels font face les pays islamiques. Or, cette faiblesse ne leur laisse que peu de possibilités pour défendre leurs intérêts, sachant que la dimension économique de la mondialisation se présente sous forme de blocs économiques gigantesques, de sociétés multinationales ou transnationales et d’établissements financiers internationaux tenant entre leurs mains l’économie mondiale. Le régime mondialiste régnant actuellement ne fait que rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Ceci étant, nous ne pouvons pas, en tant que musulmans, rendre l’Occident totalement responsable de nos problèmes économiques. Les musulmans doivent en effet redoubler d’efforts pour améliorer la coopération entre leurs pays. A titre d’exemple, le volume du commerce entre les pays islamiques ne dépasse pas actuellement 8% par rapport au commerce avec d’autre pays.

Il ne fait pas de doute que l’instauration d’une meilleure coopération économique entre les pays islamiques est de nature à leur permettre de réaliser les réformes politiques qui s’imposent. Des bienfaits de cette renaissance économique s’étendront au delà du monde islamique, car en devenant l’égal des autres partenaires internationaux, il sera capable de coopérer d’une manière efficace pour ériger un ordre mondial équitable et mieux affronter les défis politiques et environnementaux qui guettent le monde.

4. La dimension culturelle

Il est évident que le développement de l’économie est d’une importance capitale pour les musulmans, mais d’un autre côté, la sauvegarde de leur identité culturelle est non moins importante. C’est pourquoi lorsque les musulmans défendent leurs droits et leur liberté, ils accordent la priorité aux questions qui touchent à la dimension culturelle de la mondialisation.

Si la mondialisation tend à exporter les valeurs occidentales au monde islamique, les musulmans se réservent -dans tous les cas- le droit d’examiner ce sujet d’un œil critique de façon à n’en garder que les éléments qu’ils jugent conformes au bon sens tel que l’a recommandé Averroès il y a plus de huit siècles. Il est de notoriété publique que chaque culture a ses propres caractéristiques qui la différencient des autres cultures, et de surcroît, la vitalité des cultures dépend de leur diversité et de leur spécificité. Les musulmans sont déterminés en tous cas à préserver leur particularité culturelle et œuvrent à la conserver. Cela est particulièrement le cas des préceptes moraux profondément inscrits dans leur religion. Ils ne sont donc pas disposés à importer dans leurs pays les opinions occidentales relatives, par exemple, à une liberté sexuelle dévergondée ou à la tolérance de l’homosexualité, sujets qui ne sauraient souffrir aucune contrainte.

Bien que les musulmans soient déterminés à sauvegarder leur culture et leurs valeurs, ils ont toujours estimé les réalisations de la culture occidentale tant qu’elles défendent les droits de l’Homme, la démocratie et le pluralisme politique, et tant qu’elles prônent les valeurs de la justice et de la paix. En revanche, les musulmans sont déçus par un Occident qui ne respecte pas leur culture et qui, au contraire, œuvre partout à imposer ses valeurs.

Pour les musulmans, cette attitude transgresse les valeurs du pluralisme politique et culturel.

C’est le dynamisme des cultures qui, par l’échange des idées, rend l’humanité capable de grandes réalisations. Les peuples -conformément aux enseignements de l’Islam- ont été crées pour se connaître mutuellement, et par là même se connaître eux-mêmes. Cette connaissance mutuelle entre les peuples, cette tolérance et cette disposition à se comprendre les uns les autres est nécessaire pour atteindre une cohabitation constructive et une coopération entre tous dans l’ère de la mondialisation. Ce faisant, on peut mettre un terme aux drames environnementaux et politiques qui sévissent actuellement. C’est aussi de cette manière que l’on pourra préserver la paix dans le monde.


(*) Ministre des Waqfs et Président du Conseil supérieur des affaires islamiques en République Arabe d’Egypte.

(1) Averroès : Le livre du discours décisif («Fasl Al Maqal Fi Ma Bayna Al Hikma Wa Charia Min Ittissal»), pp. 28-29, établi et annoté par Dr Mohamed Amara, Edition Dar Al Maârif, le Caire, 1983.

 

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