Le monde islamique et les
défis de la mondialisation
Dr Mahmoud
Hamdi Zaqzouq(*)
La capitale autrichienne Vienne a accueilli,
à la mi-novembre 2005, une conférence internationale
organisée par le ministère autrichien des affaires
étrangères sous le thème "l’Islam dans un monde pluraliste".
A cette occasion, j’ai présenté une communication sur "la
position de l’Islam vis-à-vis de la mondialisation".
A cet égard, il serait utile de présenter au
lecteur la conception que j’ai exposée devant la conférence,
peut-être qu’elle aiderait à élargir le champ du dialogue
entre le monde islamique et l’Occident dans un contexte
international qui bannit l’isolement et le repli sur soi.
Il ne fait aucun doute que la mondialisation
revêt plusieurs formes et dimensions. Il est tout aussi
certain que l’interprétation que donne le monde islamique
aux événements et aux changements que connaît notre monde
contemporain, en raison de la mondialisation, diffère
évidemment de celle de l’Occident. En effet, dans l’esprit
des forces hégémoniques actuelles, mondialisation et
synonyme de prospérité, voire de bien-être. Elle signifie
davantage d’opportunités de développement, annonce un
présent sûr et prédit un avenir radieux.
Pour les pauvres et les démunis, la
mondialisation est synonyme de désespoir, de frustration et
d’absence d’avenir.
Avant d’aborder la position islamique
envers la mondialisation, je voudrais souligner, de prime
abord et brièvement, les conséquences générales de celle-ci
sur notre monde, afin de déblayer le terrain pour comprendre
correctement la position islamique à l’égard de cette
mondialisation, loin des erreurs de compréhension et
d’interprétation.
Si la mondialisation évoque pour tous les
humains un avenir où ils pourront jouir de liberté, de
démocratie et des droits de l’Homme, sa pratique, au
contraire, apparaît sous un jour différent. Il ne fait aucun
doute cependant que la mondialisation, au lieu d’aboutir à
l’édification du nouvel ordre mondial annoncé, elle a
conduit à l’aggravation des problèmes de notre monde.
Cela apparaît clairement dans l’écart sans
cesse grandissant entre les riches et les pauvres, la
dégradation de l’environnement et la prolifération à grande
échelle de diverses formes de terrorisme.
Notons à cet égard, que les protestations
des opposants à la mondialisation dans les différents coins
du monde ne visent pas le courant de la mondialisation en
tant que tel car, s’il est bien géré, il serait bénéfique à
toute l’humanité. Ce que les altermondialistes visent c’est
plutôt la forme actuelle de la mondialisation. C’est donc
une forme de mondialisation aux conséquences incalculables
qu’il y a lieu de changer si l’on veut que l’humanité
entière jouisse de liberté, de démocratie, des droits de
l’Homme et de paix.
Si la mondialisation conduit au
démantèlement des barrières spatio- temporelles entre les
nations et les peuples, elle n’a pas pour autant le droit
d’éliminer le pluralisme religieux et civilisationnel, car
ce pluralisme est nécessaire, il est même de nature à
enrichir le courant de la mondialisation. Par contre, si le
pluralisme vient à disparaître, cela constituerait une grave
menace aux spécificités civilisationnelles qui
caractérisent chaque nation ; cela signifiera en outre la
perte d’identité, avec tous les risques qu’elle génère et
qui ne sont pas certainement en faveur de l’humanité.
Après avoir expérimenté, notamment au siècle
précédent, les divers courants politiques et culturels de la
civilisation occidentale, les musulmans ont senti depuis
longtemps la nécessité pressante d’un renouvellement de leur
culture. Ils ont acquis la conviction que la solution
naturelle résidait dans le pluralisme culturel ; la raison
en est que la culture islamique, dès ses débuts, avait été
édifiée sur le respect des diverses cultures et s’est
développée à travers l’interaction et le dialogue avec les
autres peuples.
Pour cette raison, le célèbre philosophe
arabe Averroès -que l’Occident connaît très bien depuis
l’ère médiévale- avait insisté sur la nécessité d’étudier
les cultures des autres nations ; il l’a même érigée en
devoir légal.
Il dit à ce propos : «Ce qui est compatible
avec ce qui est juste, nous l’acceptons avec joie et nous
les en remercions, mais sur ce qui ne l’est pas nous
attirons l’attention et alertons du danger qu’il comporte et
nous leur en cherchons l’excuse.»(1)
Par ailleurs, on peut dire que les musulmans
se basent dans leur dialogue avec les autres cultures sur
les principes suivants :
1. Les musulmans appréhendent les autres
cultures - conformément à la méthode d’Averroès - avec
tolérance et ouverture et en même temps avec un regard
critique. Ainsi, ils acceptent tout ce qui est positif dans
ces cultures et en rejettent les aspects négatifs ;
2. Les musulmans sont attachés au principe
de sauvegarde de l’identité culturelle. Aussi,
s’intéressent-ils beaucoup à la conservation et à la
protection des caractéristiques de leur propre culture car
elles leur permettent de s’accomplir et de sauvegarder leur
liberté ;
3. Partant de leur profession de foi et de
leur civilisation, les musulmans croient en la nécessité du
pluralisme religieux et culturel. A cet effet, ils sont tout
à fait prêts à coopérer avec toutes les nations et tous les
peuples dans tous les domaines ; car cela est nécessaire
pour consolider les fondements de la paix et la faire régner
dans le monde ;
4. Les musulmans rejettent, par conséquent,
les voies qui appellent à un affrontement inévitable entre
les civilisations et croient, par contre, en la nécessité
d’un dialogue religieux et civilisationnel à tous les
niveaux et en la possibilité d’une coexistence positive
entre l’humanité entière en s’attachant pour ce faire au
principe de la non-discrimination sur la base de la race, de
la religion, de la couleur ou de la culture.
Partant de leur engagement envers les
principes de tolérance et de réflexion critique, les
musulmans -comme nous l’avons signalé- sont aujourd’hui
prêts à discuter d’une manière positive des nécessités et
exigences de l’ère de la mondialisation.
Malgré toutes les expériences douleureuses
qui ont marqué leurs relations avec l’Occident, ils
continuent de respecter les valeurs de la culture
européenne. Ils continuent également de considérer le
principe de mondialisation, comme un phénomène progressiste
-s’il est bien orienté- car elle peut offrir une opportunité
unique pour connaître de près les nations et les cultures et
pour coopérer avec elles d’une manière constructive afin de
promouvoir les intérêts des divers peuples et de l’humanité
en général.
Ainsi, les musulmans ne rejettent pas à
priori, la mondialisation parce qu’elle viendrait d’un
Occident qui les a déjà influencés. Mais dans l’intérêt de
notre civilisation, c’est-à-dire, dans l’intérêt de notre
liberté et de nos droits humains, nous nous voulons pas
accepter sans broncher la mondialisation au point d’en être
asservi. Toujours et-il que nous nous réservons le droit de
la percevoir, en principe, d’une manière positive.
Il est à noter qu’Averroès -comme chacun le
sait- avait suscité dans la période médiévale beaucoup de
réactions en raison de ses opinions progressistes et
lumineuses, on peut même dire que sa philosophie a contribué
de manière décisive au passage à la Renaissance européenne.
Les musulmans ont sans doute contribué, grâce à leur
ouverture sur le monde, à l’avènement récent de la
mondialisation en y apportant leur contribution d’une
manière indirecte.
Quels que soient les facteurs ayant
influencé les évolutions qu’a connues le monde moderne
jusqu’à l’avènement de la mondialisation, le fait est que
celle-ci a, de manière décisive, changé la vie partout dans
le monde. Mais sous sa forme actuelle, on note que la
mondialisation renferme de plus en plus de risques et mine
de plus en plus la solidarité entre les gens. Il n’ y a pas
mieux que les musulmans pour en témoigner, eux qui assistent
de près à une confrontation sans merci pour l’instauration
d’un contrôle globale de la mondialisation.
Pour comprendre la position des musulmans
d’une manière correcte, il faut la considérer en ayant à
l’esprit leur situation dans le monde d’aujourd’hui. Cela
est d’autant plus important que les musulmans représentent
près du cinquième de la population mondiale, et ont -qu’on
le reconnaisse ou non - un impact non négligeable sur le
sort de notre planète.
Par ailleurs, ils ne sont pas les seuls à
condamner la mondialisation qui règne actuellement et qui
menace l’avenir de notre planète en continuant à détruire
l’environnement. De plus, la mondialisation pousse
particulièrement et d’une manière croissante les pauvres à
se confiner dans des zones isolées et sordides. A quelle
réaction peut-on donc s’attendre face à cette situation ?
Les luttes fratricides qui sévissent dans
l’époque où nous vivons ne sont pas en réalité des guerres
entre les cultures et les religions, bien que des
extrémistes sans scrupules dans les deux camps en fassent
l’apologie dans l’intérêt, sans aucun doute, de leurs
intérêts matériels.
En vérité, il s’agit de luttes intrépides
pour la prise de contrôle comme celle livrée pour le
contrôle des réserves mondiales de pétrole.
En raison des catastrophes politiques,
environnementales et naturelles successives, il n’est plus
possible de continuer -par voie de propagande- d’accepter la
règle de «deux poids deux mesures» ni les injustices
flagrantes de ce "nouvel ordre mondial", car voilà qu’on
assiste à l’effilochement de plus en plus manifeste du tissu
de ce type de mondialisation. La cause en est tout
particulièrement l’application d’un slogan, qui profite
jusqu’à nos jours à un seul camp, qui sévit au nom de «la
lutte contre le terrorisme international». Ce slogan ne
tient pas en compte les causes réelles du terrorisme, mais
se contente de traiter ses symptômes patents, ce qui ne
favorise pas l’extermination du terrorisme, mais œuvre à ce
qu’il gagne davantage de terrain dans le monde.
D’un autre côté, l’ordre économique régnant
-qui ne représente en fait que les intérêts des plus forts-
conduit à la destruction de la solidarité entre les gens.
Or, ce chemin n’est en fin de compte qu’une impasse
annonçant le vacillement de la flamme éthique qui éclaire
l’être humain.
Nous sommes tous entrés dans le réseau de la
mondialisation. Mais, y sommes-nous pour autant prisonniers.
Sommes-nous condamnés à nous taire ? ou au contraire la
mondialisation serait-elle vraiment ce qu’elle prétend être
: une force qui conforte les liens de fraternité entre les
nations et les peuples et porte en son sein un
renouvellement civilisationnel bénéfique ? Est-ce que la
mondialisation est capable en réalité de nous amener vers
l’auto responsabilité et la responsabilité mondiale ? La
mondialisation signifie-t-elle de nouvelles possibilités de
connaissance et d’émulation fructueuse entre les peuples.
Il est aujourd’hui évident que notre vie et
nos affaires quotidiennes s’inscrivent dans le cadre de
réseaux mondialisés bien établis et dont l’influence est
universelle.
De plus, les frontières spatio-temporelles
entre les divers pays et cercles culturels sont de plus en
plus ignorées, si bien qu’on assiste à la chute effective
des barrières spatiales qui se dressaient devant l’échange
des services et la circulation des capitaux.
La question qui se pose alors est la
suivante : Ce regroupement en peuples et cultures dans l’ère
de la mondialisation signifie -t-il nécessairement
l’avènement de la société globale gigantesque qui se
séparerait, en fin de parcours et pas à pas, du patrimoine
culturel humain et de ses valeurs ?
Quoi qu’il en soit, les musulmans sont
déterminés à sauvegarder leur culture et leurs valeurs.
Les musulmans croient, conformément à leur
religion, que les peuples du monde sont en fin de compte
chargés -de par leurs convictions religieuses- d’œuvrer à
atteindre un objectif final et unique, à savoir, la paix.
Ces peuples peuvent atteindre cet objectif par divers moyens
et leurs cultures différentes n’en seront que plus
renforcées.
compte tenu de ce qui précède, il convient
de préciser brièvement la position de l’Islam vis-à-vis des
défis de la mondialisation et ses dimensions politique,
médiatique, économique et culturelle.
1. La dimension politique :
On entend souvent que l’Occident veut
diffuser les valeurs de la démocratie, du pluralisme
politique et des droits de l’Homme dans le monde, en général
et dans les pays islamiques, en particulier, et ce de la
même façon où ces valeurs ont été instaurées dans le monde
occidental.
Les Occidentaux croient que ces valeurs sont
toutes nouvelles pour musulmans. Aussi, aiment-ils à parler
de "nos valeurs" (entendre les valeurs occidentales). Bien
plus, ils voudraient, à travers ces valeurs, civiliser le
monde islamique qui serait barbare.
Jadis, les occidentaux qualifiaient de
barbares les pays étrangers dont ils ne comprenaient pas la
langue et ignoraient les coutumes. Une telle attitude était
plus ou moins compréhensible car ces pays étaient lointains
et n’entretenaient pas de relations étroites avec
l’Occident. Aujourd’hui, les distances ne forment plus un
obstacle et le monde est réduit à l’état de village
planétaire si bien que ce genre de jugement superficiel
n’est plus acceptable. Ceux qui en ont l’habitude doivent
changer d’opinion -même si cela leur est difficile- en
œuvrant à l’instauration d’une compréhension mutuelle basée
sur la tolérance et le respect, pour l’intérêt de tous.
Quant aux musulmans, non seulement ils ne
rejettent pas de manière absolue les valeurs politiques de
l’Occident, mais les comprennent très bien. La raison en est
qu’ils sont très habitués à ces valeurs, même si elles se
situent dans un contexte culturel différent. En effet, la
démocratie est connue chez les musulmans sous le nom de
"Choura" c’est-à-dire la «concertation». En outre, le
pluralisme religieux et culturel est l’une des composantes
déterminantes de leur culture depuis le début de leur
histoire. Quant à la protection des droits de l’Homme, elle
figure parmi les objectifs principaux de la Charia
islamique. Ces objectifs garantissent l’intégrité de la
personne, de l’esprit, de la religion, des biens et de la
progéniture.
Si ces principes se sont malheureusement
relâchés en raison de l’affaiblissement de la civilisation
islamique, cela ne veut pas dire que ces valeurs n’ont guère
plus cours chez eux.
Ceci étant, les musulmans ne voient pas
d’objection à ce que l’Occident leur rappelle ces valeurs
essentielles. En revanche, ils refusent catégoriquement
qu’il les leur impose par la force comme c’était le cas ces
dernières années dans certains pays du Moyen-Orient. De
fait, la bonne morale comme chacun sait, ne s’impose pas par
la contrainte, mais par la persuasion et le consentement.
Malheureusement, on ignore souvent le
rapport qui existe entre les valeurs et le milieu culturel
où elles se développent. En effet, toutes les religions et
les cultures véhiculent des valeurs de base, mais leur
pratique dépend de leur contexte culturel, un contexte
duquel elles ne peuvent être dissociées.
2. La dimension médiatique
L’incompréhension de la culture islamique et
le manque de respect à son égard apparaissent
particulièrement et de manière flagrante chez une opinion
publique internationale dominée par les médias occidentaux
qui bénéficient d’une large audience, et qui omettent de
dire que les musulmans sont tout aussi attachés aux droits
de l’Homme que l’Occident. Les musulmans ont le sentiment
que la façon dont les médias occidentaux rapportent les
agressions militaires contre les pays islamiques participe
de la désinformation et que cela fait partie d’une stratégie
d’oppression organisée. En effet, personne ne parle (ou
alors de manière épisodique) du grand nombre de victimes de
ces agressions inhumains. Personne ne s’intéresse de savoir
pourquoi on s’acharne sur la dignité d’êtres humains qu’on
qualifie de terroristes sans en fournir la preuve. Mieux,
les agresseurs se complaisent dans leur rôle de victime.
Cette situation a abouti, en fin de compte à
un sentiment de suspicion envers tous les musulmans au point
de les considérer comme des terroristes alors que ceux-ci
sont en nombre négligeable. Or, aucune religion n’échappe à
l’extrémisme et toute discrimination raciale ne fait
qu’exacerber le terrorisme. l’Islam est souvent attaqué
ouvertement dans les médias occidentaux. Mais lorsqu’on
attaque l’islam, on s’en prend en fait à une grande
religion qui a depuis le début condamné tous les genres de
violence et qui a prêché la paix et l’a exercée depuis
quatorze siècles, et ceux qui appellent à la «lutte contre
le terrorisme» en négligeant les causes - n’ont fait que
multiplier le nombre de terroristes dans un laps de temps
très court.
3. La dimension économique
La faiblesse de l’économie est l’un des
problèmes majeurs auxquels font face les pays islamiques.
Or, cette faiblesse ne leur laisse que peu de possibilités
pour défendre leurs intérêts, sachant que la dimension
économique de la mondialisation se présente sous forme de
blocs économiques gigantesques, de sociétés multinationales
ou transnationales et d’établissements financiers
internationaux tenant entre leurs mains l’économie mondiale.
Le régime mondialiste régnant actuellement ne fait que
rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres.
Ceci étant, nous ne pouvons pas, en tant que musulmans,
rendre l’Occident totalement responsable de nos problèmes
économiques. Les musulmans doivent en effet redoubler
d’efforts pour améliorer la coopération entre leurs pays. A
titre d’exemple, le volume du commerce entre les pays
islamiques ne dépasse pas actuellement 8% par rapport au
commerce avec d’autre pays.
Il ne fait pas de doute que l’instauration
d’une meilleure coopération économique entre les pays
islamiques est de nature à leur permettre de réaliser les
réformes politiques qui s’imposent. Des bienfaits de cette
renaissance économique s’étendront au delà du monde
islamique, car en devenant l’égal des autres partenaires
internationaux, il sera capable de coopérer d’une manière
efficace pour ériger un ordre mondial équitable et mieux
affronter les défis politiques et environnementaux qui
guettent le monde.
4. La dimension culturelle
Il est évident que le développement de
l’économie est d’une importance capitale pour les musulmans,
mais d’un autre côté, la sauvegarde de leur identité
culturelle est non moins importante. C’est pourquoi lorsque
les musulmans défendent leurs droits et leur liberté, ils
accordent la priorité aux questions qui touchent à la
dimension culturelle de la mondialisation.
Si la mondialisation tend à exporter les
valeurs occidentales au monde islamique, les musulmans se
réservent -dans tous les cas- le droit d’examiner ce sujet
d’un œil critique de façon à n’en garder que les éléments
qu’ils jugent conformes au bon sens tel que l’a recommandé
Averroès il y a plus de huit siècles. Il est de notoriété
publique que chaque culture a ses propres caractéristiques
qui la différencient des autres cultures, et de surcroît, la
vitalité des cultures dépend de leur diversité et de leur
spécificité. Les musulmans sont déterminés en tous cas à
préserver leur particularité culturelle et œuvrent à la
conserver. Cela est particulièrement le cas des préceptes
moraux profondément inscrits dans leur religion. Ils ne sont
donc pas disposés à importer dans leurs pays les opinions
occidentales relatives, par exemple, à une liberté sexuelle
dévergondée ou à la tolérance de l’homosexualité, sujets qui
ne sauraient souffrir aucune contrainte.
Bien que les musulmans soient déterminés à
sauvegarder leur culture et leurs valeurs, ils ont toujours
estimé les réalisations de la culture occidentale tant
qu’elles défendent les droits de l’Homme, la démocratie et
le pluralisme politique, et tant qu’elles prônent les
valeurs de la justice et de la paix. En revanche, les
musulmans sont déçus par un Occident qui ne respecte pas
leur culture et qui, au contraire, œuvre partout à imposer
ses valeurs.
Pour les musulmans, cette attitude
transgresse les valeurs du pluralisme politique et culturel.
C’est le dynamisme des cultures qui, par
l’échange des idées, rend l’humanité capable de grandes
réalisations. Les peuples -conformément aux enseignements de
l’Islam- ont été crées pour se connaître mutuellement, et
par là même se connaître eux-mêmes. Cette connaissance
mutuelle entre les peuples, cette tolérance et cette
disposition à se comprendre les uns les autres est
nécessaire pour atteindre une cohabitation constructive et
une coopération entre tous dans l’ère de la mondialisation.
Ce faisant, on peut mettre un terme aux drames
environnementaux et politiques qui sévissent actuellement.
C’est aussi de cette manière que l’on pourra préserver la
paix dans le monde.
(*) Ministre des Waqfs et Président du
Conseil supérieur des affaires islamiques en République
Arabe d’Egypte.
(1) Averroès : Le livre du discours décisif
(«Fasl Al Maqal Fi Ma Bayna Al Hikma Wa Charia Min Ittissal»),
pp. 28-29, établi et annoté par Dr Mohamed Amara, Edition
Dar Al Maârif, le Caire, 1983.
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