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Les valeurs humaines communes et leur rôle

 dans le renforcement de la solidarité entre les peuples et les nations

Ayatollah Cheikh Mohamed Ali Taskhiri(*)

 

 

Introduction :

Nous devons admettre que la qualité humaine, ayant tendance à servir l'individu et à développer ses capacités matérielles et morales, demeure sans doute la principale caractéristique d'une civilisation, quelle qu'elle soit.

Ainsi, nulle doctrine, planification, ou simple comportement, ne peut être empreint du cachet civilisationnel si cette qualité humaine lui fait défaut.

Par conséquent, on n'a point besoin de prouver que la qualité humaine accompagne la foi par une série de valeurs absolues et de valeurs communes. Nous ne pouvons donc suggérer la relativité en toute chose tout en suggérant l'existence de spécificités humaines, car ceci entraîne une sorte de contradiction.

En effet, l'on ne peut admettre que l'être humain possède une identité partiellement individuelle -sinon entièrement individuelle- et refuser d'admettre toute distinction humaine ou valeur constante qui lui soit propre.

Quelle est donc cette qualité constante et si distincte ?

La réponse spirituelle (et nous soulignons ce caractère spirituel car il nous épargne toute velléité d'argumentation ou de démonstration) réside dans la nature humaine.

L'on entend par «nature humaine» le fait que l'être humain est une création divine dans laquelle Dieu, dans Sa Sagesse infinie, a déposé à l'origine un ensemble d'éléments évidents, de capacités intellectuelles, de tendances et d'instincts qui lui permettent de progresser naturellement vers le but qui lui a été fixé.

Or toutes les civilisations, les doctrines et les religions ne sont venues que pour éclairer son esprit - comme l'exprime l'Imam Ali (PSL) - et instaurer le climat propice à l'éclosion de ses aptitudes, le guidant sur une voie qui diffère totalement de celles des animaux, lesquels ne possèdent aucune des qualités dont se prévaut l'être humain.

Mais ce sont les questions d'évidence qui motivent sa quête du savoir : celui de se connaître, d'explorer l'univers et la réalité, de découvrir la philosophie de l'existence et des relations entre les choses, et celles qui ont trait à des facteurs tels l’intégration des principes de causalité, et de non-contradiction entre autres. Ces questions sont innées à l'individu et ne nécessitent nulle démonstration, autrement il se retrouverait dans une impasse, car c'est justement de ce savoir que procède la démonstration.

Quant aux capacités intellectuelles, il s'agit de la même aptitude de contempler, de réfléchir, de simplifier les problèmes et d’aller du particulier au général. Il s'agit aussi de mesurer les choses pour aboutir à de nouvelles conceptions et entreprendre une planification mentale pour des étapes futures, en anticipation du présent. Cette faculté est propre à l'être humain et constitue le secret de son évolution, de son développement et de sa créativité.

Mais ce sont ses tendances instinctives qui le mènent vers la perfectibilité et le poussent à exploiter ses facultés. Citons parmi ces tendances, celle qui le porte vers le parachèvement absolu en tentant de combler les défaillances de son être, et ce, en se tournant vers l'Omnipotent, en accomplissant les devoirs qui Lui sont dûs, en Le remerciant de Ses Bienfaits et en Lui obéissant. Ces tendances sont ancrées dans la nature même de l'Homme, quelles qu'en soient les formes ou les méthodes.

Il y a aussi l'instinct d'égocentrisme et du désir de concrétiser les ambitions. Ce sont des dispositions innées à l'individu ; on ne peut les surmonter ou les éliminer, contrairement à la conviction du marxisme qui soutient que c’est un phénomène superficiel que l'on peut effacer en supprimant le droit à la propriété.

Mais il y a également le sens artistique, d'où découle l’émerveillement que l'on éprouve devant les beautés de l'univers.

Ainsi, la question de la foi, vue d'une perspective humaine naturelle, nous ouvre la voie pour discuter d'une série de concepts, tels les concepts de droits, d'obligations, de justice, d'humanisme, de morale, d'esthétique générale, de valeurs communes, de civilisation, de dialogue, de religion, de savoir, de croyance, de logique, voire de preuve, de raisonnement et de science, car tous ces concepts s'appuient sur un seul et même élément constant, sans lequel ils ne sauraient exister.

Refuser de croire en cette théorie, c'est s'enfermer sur soi, se confinant à ses propres représentations mentales, comme l'exprime George Berkeley(1); l'on peut dire qu'il ne peut même pas croire en lui-même, ce qui représente le comble du néant. Sans cette théorie, tout dialogue devient inutile. Et c'est là une vérité contre laquelle viennent se briser les thèses matérialistes. Les textes islamiques sont venus à point nommé pour mettre l'accent sur la "nature humaine", car la religion est en harmonie avec la nature humaine. Comme cette nature est une réalité authentique, la religion est nécessaire pour redresser l'individu. Dieu dit à cet égard : «Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [pour Allah], telle est la nature qu'Allah a originellement donnée aux hommes - pas de changement à la création d'Allah-. Voilà la religion de droiture.»(2) Ce verset réaffirme, comme le cite l'Imam As-Sadr(3) (Que Dieu l'ait en Sa Sainte garde) dans son livre Notre Economie, que :

1) La religion (avec tous les droits, les obligations et les systèmes juridiques) appartient à la nature humaine que Dieu a originellement donnée aux hommes, et qu'il ne peut y avoir de changement à la création de Dieu ;

2) Cette religion que Dieu a donnée à l'humanité n'est autre que la religion vraie et pure, d'autant que la croyance en des dieux imaginaires ne saurait résoudre les problèmes de l'humanité.

Le prophète Yûssuf (Joseph) dit à son geôlier : «Vous n'adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous avez inventés, vous et vos ancêtres, et à l'appui desquels Allah n'a fait descendre aucune preuve»(4).

3) La religion vraie donnée à l'humanité se distingue par la valeur qu'elle attribue à la vie et par sa capacité à la contrôler et à la concevoir dans son cadre général.

Dans l'histoire de l'humanité, il est une question sociale de prime importance, à savoir que les intérêts personnels (où l'être humain s'arroge des droits d'acquisition par égocentrisme) et les intérêts sociaux (régis par un système social dont il fait partie et qui lui impose des obligations au nom de la justice) sont inconciliables. La science même reste incapable de concilier ces deux intérêts, car la science humaine ne viendra jamais favoriser les intérêts personnels au détriment des autres.

Le matérialisme historique n'a pu, à travers ses différents principes, proposer une solution. Or, seule la religion demeure la solution finale à ces contraires et trouve la juste mesure, et ce, en mettant les intérêts personnels sur la voie du Bien. Le Saint Coran dit, à cet effet : «Et quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne action tout en étant croyant, alors ceux-là entreront au Paradis pour y recevoir leur subsistance sans compter»(5)  et aussi «Quiconque fait une bonne oeuvre, c'est pour son bien. Et quiconque fait le mal, il le fait à ses dépens »'(6).

Ainsi, les intérêts personnels et sociaux se trouvent-ils en cohésion, de même que les "droits" et les "obligations", une cohésion qui vient abroger ces contraires. Le défunt martyr As-Sadr, affirme à ce propos :

"Il existe deux aspects à cette nature humaine. D'une part, elle dicte à l'individu ses motivations personnelles, lesquelles sont à la source du grand problème social (la contradiction entre ces motivations et les intérêts réels de la société humaine) et, d'autre part, elle fournit à l'individu les moyens de résoudre ce problème par sa tendance naturelle vers la religion"(7). 

A cela, il convient d'ajouter que l'être humain, de par sa nature, aspire au changement, dans le sens qu'il tend continuellement vers une vie meilleure. Cette disposition naturelle ne peut s'éteindre, bien qu'elle ait parfois tendance à s'émousser, car il est équipé des moyens lui permettant de transcender le présent, d'échapper à ses tensions et pressions et d'imaginer globalement, voire en détail, une situation meilleure et d'œuvrer à sa réalisation - chose que ne peut accomplir aucune autre créature. D'où le processus de changement qui a marqué la vie humaine de son empreinte civilisationnelle, à l'exclusion de tout autre créature.

Nous pouvons, par conséquent, conclure que le processus civilisationnel doit s'attacher aux valeurs constantes à tous les stades de son évolution, comme suit :

1) Au stade de la croyance de l'être humain en soi-même ;

2) Au stade de la transition vers son environnement externe ;

3) Au stade de l'élaboration de la pensée et l'ébauche d'une image sur le présent et l'avenir fondée sur le désir de changer vers le meilleur ;

4) Au stade de la transmission de la pensée aux autres et la réception de leurs idées ;

5) Au stade de l’approfondissement, de l’évaluation, de l’analyse et de l'argumentation ;

6) Au stade de la déduction et de la conviction ;

7) Au stade de la planification pour le changement ; et

8) Au stade de la mise en application du changement et de son achèvement.

L'on peut déduire, en définitive, qu'il existe une corrélation entre le processus civilisationnel de l'humanité et le processus de dialogue et de foi en des valeurs communes et absolues.

Les valeurs communes sont absolues ou circonstancielles :

L'analyse psychologique et consciencieuse que nous avons adoptée nous permet de constater qu'il existe deux systèmes de valeurs. Le premier concerne les valeurs absolues qui ne sont régies par aucune frontière ou circonstances particulières. Quant au second système, il porte sur les valeurs naturelles (ou originelles), qui peuvent, selon les circonstances se transformer en passant aux opposés ou en perdant l'effet souhaitée.

Les exemples suivants illustrent le premier système :

- Les valeurs de justice (exigibles quelles que soient les conditions)

- Il en est de même pour les remerciements adressés au Seigneur

Les exemples relatifs au second système sont : la préservation de soi, la préservation de la dignité, la coopération, la protection des faibles, la paix, la sécurité, le changement vers le meilleur, la miséricorde, l'altruisme et la loyauté.

La sincérité peut, dans certaines circonstances, être provoquée par les conséquences de l'injustice. De même que la paix peut souvent résulter des violations des droits de l'Homme. Donc si la justice est une valeur absolue, la paix est une valeur relative que nous nous emploierons à concrétiser si elle revêt l'aspect de justice, et que nous récuserons si elle persiste dans l'injustice. Mais la question principale demeure la suivante : Quels sont les critères de la justice ? Et comment peut-on la concrétiser ?

Les religions révélées mettent l'accent sur deux critères. Le premier est cultuel, en vertu duquel nous tirons profit du savoir de Dieu Omniscient. Il s'agit des enseignements immuables de la religion dont nous avons la certitude qu'ils émanent du Très-Haut, ayant déjà pris conscience de l’omniscience de Dieu, de Sa clémence, de Sa miséricorde envers l'être humain, de Sa justice et de toutes les qualités de perfection qui L'entourent. Il n'a d'autre objectif que celui du bien de l'Homme, lui révélant toute la vérité, veillant sur son bien-être sans jamais le tromper.

Le second critère est spirituel, où l'Homme est appelé à méditer sur son âme et ses convictions, pour ne pas être réduit à se livrer à ses instincts. Cette conviction -quelle qu'elle soit- est assortie à la nature humaine, ce qui explique sa disponibilité en toute circonstance et en toute situation individuelle ou sociale, en tous lieux et tous temps.

Pour s'en convaincre, il suffit de poser la question suivante à n'importe quelle personne : Pensez-vous que le comportement d'untel est un comportement humain ou animal ? Prenons, par exemple, celui du "génocide des orphelins, des vieillards et des faibles par jeu ou par pure volupté". Pareil comportement est considéré comme animal par tout individu et le saint Coran rappelle l'individu à la méditation spirituelle et à la conviction intérieure lorsqu'Il dit : «Vous sont permises, aujourd'hui, les bonnes nourritures»(8).  Quant à l'attribution des bonnes nourritures, Il lui laisse le libre arbitre, disant à ce propos : «Mon Seigneur n'a interdit que les turpitudes»(9).  Là aussi, Il lui laisse l'attribution, mais en considérant que tout écart de conduite aux normes humaines comme cas de perversité et de déviation à l'ordre naturel «[Et ne soyez pas comme] ceux qui ont oublié Allah ; [Allah] leur a fait alors oublier leur propres personnes ; ceux-là sont les pervers»(10).

Les religions croient aux dispositions naturelles de l'être humain. Ce sont elles qui décident si la justice est un besoin impérieux, de même que la paix, dans la mesure où cette dernière procède de la justice. D'où l’insistance constante et humaine sur le besoin d'une paix juste.

La paix mondiale et la position adoptée à cet égard :

Nous avons dit que la sécurité est un besoin humain qui a ses racines dans les principaux instincts naturels de l'individu, à savoir, celui de l'égocentrisme. Cet instinct agit de façon harmonieuse avec les autres instincts, pour aboutir à une approche équilibrée qui le mène vers les objectifs suprêmes de complémentarité. Mais les motifs instinctifs ne suffisent pas pour assurer cette approche équilibrée, car ceux-ci doivent être associés à un climat naturel propre à l'individu, en fonction de sa nature, que ces motifs entraîneront vers les objectifs escomptés.

Pour conforter cette disposition à rechercher la sécurité, le Seigneur a ancré dans l'être humain, dans Sa magnanimité, les éléments de sagesse, la tendance vers la justice, l'aversion de l'injustice et de l'agression. Mieux encore, Il lui a donné la capacité de recourir à bon nombre de critères de justice et d'injustice, de sorte qu'il puisse communier avec Son Créateur et L'assurer de sa soumission. L'individu peut alors avoir accès aux horizons de la Révélation qui lui dévoileront les voies célestes miséricordieuses et, partant, le plan complet d'une démarche qui lui permettra d'atteindre ses objectifs.

La sécurité est, par conséquent, un besoin humain permanent et immuable. Il ne s'agit pas d'un phénomène circonstanciel lié à une situation sociale, susceptible de changer avec le changement éventuel de ce phénomène. Il est donc tout à fait naturel que nous évoquions le besoin d'un système global qui assurera la sécurité individuelle et sociale de l'individu tout au long de son existence.

Nous ne pouvons imaginer de frontières à la protection de la paix et de la sécurité que dans le cadre même de la complémentarité humaine, une fois que nous aurions admis que l'instinct naturel est, globalement, la norme générale des droits humains. C'est cet instinct qui, pour atteindre l'objectif majeur, a prescrit la protection sécuritaire de l'individu. La sécurité ne saurait accepter une quelconque frontière, pour peu qu'elle s'écarte de ses tâches quotidiennes et se retourne contre elle-même. Dans ces conditions, la garantie sécuritaire devient un non-sens.

Autrement comment peut-on imaginer cet instinct naturel requerrant le besoin de sécurité dès lors qu'elle permet à l'individu de détruire sa propre sécurité ou celle des autres. Il incombe donc à l'ensemble de l'humanité de faire front à l'action anti-sécuritaire de l'individu pour sauvegarder sa propre sécurité, même si c'était au prix de la sécurité même de cet individu.

Le dialogue interreligieux multidimensionnel :

En se fondant sur ce qui précède, nous pouvons ainsi adopter un dialogue multidimensionnel entre les religions pour les raisons suivantes :

1) Parce qu'elles croient toutes à la théorie des dispositions naturelles de l'homme et de leurs conséquences ;

2) Parce qu'elles croient toutes en de nombreuses valeurs communes au point de constater une conformité totale des règles originelles. Rappelons que certains anciens auteurs musulmans ont cité l'ensemble des enseignements du Christ qu'ils ont considérés comme étant islamiques(11).

Deux exégètes chrétiens émérites ont entrepris une étude inestimable sur les valeurs et les règles communes en matière de règlements juridiques. Ils ont abouti à des conclusions positives, notamment que :

«Il suffit d'établir des ponts autour de la question que soulèvent les femmes et les hommes, désireux de vivre en vertu de leur foi à savoir: "Quelle est la volonté de Dieu ? Que dois-je faire ? Il nous semble que la réponse des trois religions révélées abonde dans le même sens »(12).

Ils concluent à la fin : L'unité des gens est en Dieu.

3) Toutes les religions appellent à un dialogue logique. Mais si l'on considère que les religions représentent l'esprit des civilisations, le dialogue entre elles ouvre la voie à un dialogue civilisationnel authentique, dans un processus plus humaniste couvrant tous les domaines de la vie.

Le dialogue entre les civilisations et les valeurs qu'il implique :

L'on peut dire, à la lumière de ce qui précède, qu'il est naturel et logique que l'humanité choisisse le dialogue entre les civilisations, en ce sens que les civilisations portent en elles l'empreinte de la nature humaine - qu'elles l'admettent philosophiquement ou qu'elles la rejette(13). Elles comportent des aspects communs qui incitent indubitablement au dialogue.

Nous avons mentionné également, plus haut, que les religions constituent la substance même des civilisations, même si elles le nient. Par conséquent, les influences religieuses sont très perceptibles. En définitive, il existe de nombreux points communs entre les religions qui favorisent le dialogue intercivilisationnel.

Il est aussi une vérité qui a évolué et s'est développée avec l'humanité, à savoir, la conciliation des intérêts à tous les niveaux entre les promoteurs de la terre et ses habitants.

Cette conciliation d'intérêt a été soulignée par toutes les religions mondiales, de même que par les grands conquérants à travers toutes les époques historiques, prenant graduellement de l'ampleur au point de faire du monde un petit village. Or, le monde n'a pas changé de dimensions, mais nous avons pris conscience de sa cohésion et de la puissance de la cohérence entre ses parties, facteurs qui nous ont conduit à ce résultat.

Aucun pays ou Etat ne peut plus désormais planifier seul son environnement, ses ressources, ses règlements aériens ou maritimes, ses transports ou ses renseignements, voire son enseignement, son éducation, sa culture, son essor, son économie et sa défense, en faisant abstraction du reste du monde.

Ainsi, l'on considère la mondialisation comme une orientation naturelle. Il ne sert à rien donc de lui résister. Il faut, au contraire, l'encourager et la soutenir. Cependant, si l'on s'oppose à la mondialisation, qui nous apparaît comme un défi majeur, c'est parce que ce type de mondialisation auquel nous sommes confrontés, revêt un sens très particulier puisqu'il sert les intérêts de la superpuissance, assurer son hégémonie afin de prendre les commandes et tout détourner à son seul profit, en procédant à l'américanisation des relations politiques, économiques, culturelles, sociales et autres, par tous les moyens et méthodes répressives. D'où le surnom de mondialisation brutale, débridée ou engloutissante qu'on lui confère.

En tout état de cause, le dialogue est essentiel à la cohésion et à l'unité du sort humain, et il n'a d'autre substitut que le conflit, lequel relève indiscutablement de la loi de la jungle.

D'où la nécessité de réaffirmer son caractère humaniste, de l'approfondir, et d'y enraciner les valeurs humaines. Dans la section qui suit, nous aborderons ces valeurs à des fins d'illustration, car leur étendue est incommensurable.

Types de valeurs communes préconisées :

1. Les valeurs logiques du dialogue.

Ce sont les valeurs humaines immuables, qui restent inchangées quelles que soient les circonstances. Pour aboutir, le dialogue doit reposer dans ce contexte sur des hypothèses convenues entre les parties.

Les parties concernées doivent entamer le dialogue avec le souci de trouver la vérité. Elles doivent être à la hauteur du thème à examiner, lequel doit se caractériser par la clarté. Ce dialogue doit se distinguer par son aspect pratique et non utopique.

Le climat du dialogue doit être empreint du respect mutuel, et dépouillé des séquelles éventuelles du passé. De même qu'il doit être exempt de toutes formes de pression, de violence, de duperie, de cacophonie et d'intimidation.

Je peux affirmer en toute confiance que le Saint Coran fait déjà mention de toutes ces valeurs fermes du dialogue.

2. Les valeurs de la justice, leurs normes et leurs dimensions

Quelles ques soient les opinions et les doctrines, il est des éléments sur lesquels tous les avis concordent. Par exemple, peut-il y avoir divergence sur la nécessité de rendre aux ayant droits ce qui leur appartient ? que la spoliation des droits des peuples est une injustice ? que le développement et l'investissement judicieux des ressources sont des choses louables ? etc.

Il convient donc d'identifier ces champs, les généraliser et universaliser l'engagement.

3. S'accorder sur les droits fondamentaux de l'être humain, et veiller à étendre cet accord afin qu'il englobe les autres droits qui en découlent. Ce n'est pas une affaire difficile, pour peu qu'on fasse preuve de bonne volonté, car il s'agit d'une recherche dans la profondeur de l’esprit humain et se perçoivent par l’instinct pur.

4. S'accorder également sur les limites de la liberté humaine et tenter de les exprimer en indicateurs précis et les traduire en applications pratiques.

5. Se fonder sur les valeurs humanistes pour identifier les idéologies destructives, telles le terrorisme, le racisme, le despotisme, la ségrégation, le colonialisme, etc.

6. Etablir et généraliser les principes de sécurité de l'environnement.

7. S'accorder sur les principes du grand art qui soit à même de servir l'humanité.

8. S'accorder sur les valeurs sociales et sur les fondements de la société saine dépourvue de toute perversion et de toute dépravation.

9. S'accorder sur le type de planification à adopter pour lutter contre les défis qu'il est convenu de relever, tels les maladies, la pauvreté, l'ignorance et l'analphabétisme. Planifier également en vue de réduire l'impact des catastrophes naturelles, telles les séismes, les inondations, les incendies, etc.

10. Organiser les droits communs internationaux en matière de navigation, de communication, d'information, etc.

11. Edifier des institutions internationales opérant selon des critères unifiés, loin de toute dualité ou division.

12. Aboutir à des mécanismes pratiques permettant de renforcer la solidarité et la responsabilisation humaine envers la diffusion de la paix et de la justice.

Ensemble pour généraliser la logique du dialogue :

Au terme de ce résumé, nous insistons vigoureusement sur la nécessité d'approfondir la logique du dialogue, étant désormais convaincu que c'est un impératif dicté par la sagesse, l'instinct et l'esprit sain, par opposition aux exigences du sentimentalisme fougueux, de la colère aveugle et des réminiscences du passé.

Nous recommandons, à ce propos, la constitution d'une élite de penseurs de toutes les parties compétentes, qui se chargera d'instaurer les conditions nécessaires à cette généralisation et d'établir le plan adéquat à cet effet. Je propose que l'on nomme cette formation "la médialité mondiale", à l'instar de ce que recommande la "médialité islamique", laquelle est intrinsèque à l'identité islamique. Ce faisant, l'on s'appuie sur notre conviction que cette médialité revêt un sens global qui comprend également notre vision de l'existence (considérée comme équilibrée) et, partant, la position nécessairement équilibrée de l'être humain dans cette existence. Ce sens comprend également notre vision de l'Histoire et des facteurs qui l'influencent, d'autant qu'il exprime à la fois la nature de l'Islam et notre position à cet égard.

Se fondant sur cette base de juste milieu, le plan mondial devra adopter les lignes d'action suivantes :

1) Appeler à la distinction entre les dichotomies antagonistes telles l'existence et le néant, le monothéisme (l'unicité ou croyance en Dieu) et l'idolâtrie, l'absolu et le relatif, etc., et les dichotomies artificielles du type "j’incarne le Bien et l'autre le Mal", "soit combattre le terrorisme soit être avec lui", "soit vous êtes marxiste soit vous ne le comprenez pas", "je suis adepte de l'unicité et tout le reste est idolâtrie", "je suis la civilisation et tout le reste est barbare", "l'Histoire ne retiendra que mes principes et tous les autres principes doivent disparaître" ou encore "moi ou la barbarie"… Nous pouvons nous accorder sur le premier type, n'en déplaise aux marxistes ; quant au second type, il appartient à l'idolâtrie intellectuelle qui s'accomplit à travers un processus mental, psychique ou historique, où le relatif devient absolu et, partant, bloque les opérations de la réflexion et freine toute velléité de développement. Il est donc impératif d'obéir aux valeurs humaines communes que la conscience approuve.

2) Propager un esprit d'ouverture conscient du présent, et ne pas se confiner dans le passé ou même dans les théories qui ont été retenues, avec la possibilité de comporter des failles intellectuelles.

3) Vulgariser l'idée mentionnée précédemment, à savoir que toutes les civilisations doivent impérativement puiser dans la nature humaine quelques unes de leurs composantes, ou du moins les garder en réserve pour les besoins éventuels du dialogue.

4) Tendre vers l'approfondissement du concept de développement intellectuel et d'innovation, et ne pas se laisser influencer par le concept "On ne peut pas faire mieux", et garder vivace l'esprit d'exploration et de découverte.

5) Œuvrer à la sensibilisation de l'individu aux dangers qui menacent l'ensemble de l'humanité et qui ne distinguent pas entre les civilisations, les peuples ou les régions, tels les maladies, l'ignorance, la démoralisation, la pollution, la dislocation familiale, la prédominance de la logique de l'agression, etc.

6) Faire prévaloir la raison sur le phénomène de radicalisme qui aveugle l'esprit et inhibe la réflexion et ce, quelle que soit l'idéologie.

7) S'atteler à trouver un équilibre entre l'orientation mondialiste et la préservation par les nations et les peuples de leurs spécificités culturelles et autres. Ce juste milieu est de nature, d'une part, à assurer le succès de l'orientation mondialiste afin qu'elle ne bute pas sur de graves embûches et, d'autre part, à préserver leurs richesses dans toute leur diversité. Ainsi, nous pouvons concrétiser la devise suivante : "la diversité dans l’union".

8) Sensibiliser les populations au fait que les intérêts de la nation font partie intégrante des valeurs qu'elle prône. On élimine, ce faisant, toute opposition entre les valeurs et les intérêts, favorisant ainsi le dialogue.

9) Approfondir l'esprit d'objectivité de l'individu de manière à surmonter toute présomption raciste, mettant l'accent sur les valeurs civilisationnelles particulières qu'il convient de considérer comme le summum du produit civilisationnel. Oui, il faut impérativement croire en les valeurs humaines communes.

Avant de clore mon intervention, je tiens à affirmer que les perspectives d'avenir sont très larges. En effet, plusieurs événements abondent dans ce sens : il y a d'abord l'acceptation mondiale du dialogue des civilisations aux Nations unies, puis ces rencontres successives à tous les niveaux depuis les années 30 du siècle dernier, auxquelles s'ajoutent l'ouverture des différentes doctrines religieuses au dialogue. Rappelons également que les nouvelles technologies de l’information dévoilent désormais la vérité à tous. Tout ceci nous promet un avenir exemplaire en dépit des défis d'une mondialisation d'intérêts, de théories présomptueuses, d'une injustice implacable contre les peuples, de l'agression, du terrorisme individuel et structuré, et du principe de « deux poids deux mesures». Aussi sommes-nous confiant que le Bien triomphera du Mal, conformément aux lois que Dieu a établies ci-bas.

 


(*) Secrétaire général de l’Académie mondiale de rapprochement entre les madahib islamiques.

(1) “Notre économie”, Mohamed Baqer As-Sadr, p. 109, éditions Mashhad, Iran.

(2) Les Romains, 30.

(3) Mohamed Baqer As-Sadr, “Notre économie”, p. 312.

(4) Yûssuf, 40.

(5) Ghafer (Le Pardonneur), 40.

(6) Fussilat (Les versets détaillés), 46.

(7) Mohamed Baqer As-Sadr, Notre économie, pp. 310-312, éditions Mashhad, Iran.

(8) Al-Maïda (La Table Servie), 5.

(9) Al-Aaraaf, 33

(10) Al-Hashr (l’Exode), 19.

(11) Voir, par exemple, les commentaires de Cheikh Ibn Shoâba al-Harrani (l'un des exégètes du IV° siècle de l'hégire) dans son célèbre livre Tuhaf al-Uqûl qui a rapporté bon nombre de préceptes et d'exhortations puisés dans la biographie du Christ (PSL).

(12) Prof. Adel Khouri et Prof. Fanuni. Voir le rapport du Colloque irano-autrichien tenu à Vienne en 1999, p. 260.

(13) Il convient de noter que toutes les philosophies qui mettent en doute les vérités absolues en matière de réflexion ou de comportement, telles le marxisme, le freudisme, le kantisme ou le barkléisme, etc., sont toutes de nature catégorielle, autrement elles verseront elles-mêmes dans le doute, ce qu'elles ne peuvent pas se permettre.

 

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