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Les valeurs
humaines communes et leur rôle
dans le
renforcement de la solidarité entre les peuples et les
nations
Ayatollah Cheikh Mohamed Ali
Taskhiri(*)
Introduction :
Nous devons admettre
que la qualité humaine, ayant tendance à servir l'individu
et à développer ses capacités matérielles et morales,
demeure sans doute la principale caractéristique d'une
civilisation, quelle qu'elle soit.
Ainsi, nulle doctrine,
planification, ou simple comportement, ne peut être empreint
du cachet civilisationnel si cette qualité humaine lui fait
défaut.
Par conséquent, on n'a
point besoin de prouver que la qualité humaine accompagne la
foi par une série de valeurs absolues et de valeurs
communes. Nous ne pouvons donc suggérer la relativité en
toute chose tout en suggérant l'existence de spécificités
humaines, car ceci entraîne une sorte de contradiction.
En effet, l'on ne peut
admettre que l'être humain possède une identité
partiellement individuelle -sinon entièrement individuelle-
et refuser d'admettre toute distinction humaine ou valeur
constante qui lui soit propre.
Quelle est donc cette
qualité constante et si distincte ?
La réponse spirituelle
(et nous soulignons ce caractère spirituel car il nous
épargne toute velléité d'argumentation ou de démonstration)
réside dans la nature humaine.
L'on entend par «nature
humaine» le fait que l'être humain est une création divine
dans laquelle Dieu, dans Sa Sagesse infinie, a déposé à
l'origine un ensemble d'éléments évidents, de capacités
intellectuelles, de tendances et d'instincts qui lui
permettent de progresser naturellement vers le but qui lui a
été fixé.
Or toutes les
civilisations, les doctrines et les religions ne sont venues
que pour éclairer son esprit - comme l'exprime l'Imam Ali
(PSL) - et instaurer le climat propice à l'éclosion de ses
aptitudes, le guidant sur une voie qui diffère totalement de
celles des animaux, lesquels ne possèdent aucune des
qualités dont se prévaut l'être humain.
Mais ce sont les
questions d'évidence qui motivent sa quête du savoir : celui
de se connaître, d'explorer l'univers et la réalité, de
découvrir la philosophie de l'existence et des relations
entre les choses, et celles qui ont trait à des facteurs
tels l’intégration des principes de causalité, et de
non-contradiction entre autres. Ces questions sont innées à
l'individu et ne nécessitent nulle démonstration, autrement
il se retrouverait dans une impasse, car c'est justement de
ce savoir que procède la démonstration.
Quant aux capacités
intellectuelles, il s'agit de la même aptitude de
contempler, de réfléchir, de simplifier les problèmes et
d’aller du particulier au général. Il s'agit aussi de
mesurer les choses pour aboutir à de nouvelles conceptions
et entreprendre une planification mentale pour des étapes
futures, en anticipation du présent. Cette faculté est
propre à l'être humain et constitue le secret de son
évolution, de son développement et de sa créativité.
Mais ce sont ses
tendances instinctives qui le mènent vers la perfectibilité
et le poussent à exploiter ses facultés. Citons parmi ces
tendances, celle qui le porte vers le parachèvement absolu
en tentant de combler les défaillances de son être, et ce,
en se tournant vers l'Omnipotent, en accomplissant les
devoirs qui Lui sont dûs, en Le remerciant de Ses Bienfaits
et en Lui obéissant. Ces tendances sont ancrées dans la
nature même de l'Homme, quelles qu'en soient les formes ou
les méthodes.
Il y a aussi l'instinct
d'égocentrisme et du désir de concrétiser les ambitions. Ce
sont des dispositions innées à l'individu ; on ne peut les
surmonter ou les éliminer, contrairement à la conviction du
marxisme qui soutient que c’est un phénomène superficiel que
l'on peut effacer en supprimant le droit à la propriété.
Mais il y a également
le sens artistique, d'où découle l’émerveillement que l'on
éprouve devant les beautés de l'univers.
Ainsi, la question de
la foi, vue d'une perspective humaine naturelle, nous ouvre
la voie pour discuter d'une série de concepts, tels les
concepts de droits, d'obligations, de justice, d'humanisme,
de morale, d'esthétique générale, de valeurs communes, de
civilisation, de dialogue, de religion, de savoir, de
croyance, de logique, voire de preuve, de raisonnement et de
science, car tous ces concepts s'appuient sur un seul et
même élément constant, sans lequel ils ne sauraient exister.
Refuser de croire en
cette théorie, c'est s'enfermer sur soi, se confinant à ses
propres représentations mentales, comme l'exprime George
Berkeley(1); l'on peut dire qu'il ne peut même pas croire en
lui-même, ce qui représente le comble du néant. Sans cette
théorie, tout dialogue devient inutile. Et c'est là une
vérité contre laquelle viennent se briser les thèses
matérialistes. Les textes islamiques sont venus à point
nommé pour mettre l'accent sur la "nature humaine", car la
religion est en harmonie avec la nature humaine. Comme cette
nature est une réalité authentique, la religion est
nécessaire pour redresser l'individu. Dieu dit à cet égard :
«Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [pour
Allah], telle est la nature qu'Allah a originellement donnée
aux hommes - pas de changement à la création d'Allah-. Voilà
la religion de droiture.»(2) Ce verset réaffirme, comme le
cite l'Imam As-Sadr(3) (Que Dieu l'ait en Sa Sainte garde)
dans son livre Notre Economie, que :
1) La religion (avec
tous les droits, les obligations et les systèmes juridiques)
appartient à la nature humaine que Dieu a originellement
donnée aux hommes, et qu'il ne peut y avoir de changement à
la création de Dieu ;
2) Cette religion que
Dieu a donnée à l'humanité n'est autre que la religion vraie
et pure, d'autant que la croyance en des dieux imaginaires
ne saurait résoudre les problèmes de l'humanité.
Le prophète Yûssuf
(Joseph) dit à son geôlier : «Vous n'adorez, en dehors de
Lui, que des noms que vous avez inventés, vous et vos
ancêtres, et à l'appui desquels Allah n'a fait descendre
aucune preuve»(4).
3) La religion vraie
donnée à l'humanité se distingue par la valeur qu'elle
attribue à la vie et par sa capacité à la contrôler et à la
concevoir dans son cadre général.
Dans l'histoire de
l'humanité, il est une question sociale de prime importance,
à savoir que les intérêts personnels (où l'être humain
s'arroge des droits d'acquisition par égocentrisme) et les
intérêts sociaux (régis par un système social dont il fait
partie et qui lui impose des obligations au nom de la
justice) sont inconciliables. La science même reste
incapable de concilier ces deux intérêts, car la science
humaine ne viendra jamais favoriser les intérêts personnels
au détriment des autres.
Le matérialisme
historique n'a pu, à travers ses différents principes,
proposer une solution. Or, seule la religion demeure la
solution finale à ces contraires et trouve la juste mesure,
et ce, en mettant les intérêts personnels sur la voie du
Bien. Le Saint Coran dit, à cet effet : «Et quiconque, mâle
ou femelle, fait une bonne action tout en étant croyant,
alors ceux-là entreront au Paradis pour y recevoir leur
subsistance sans compter»(5) et aussi «Quiconque fait une
bonne oeuvre, c'est pour son bien. Et quiconque fait le mal,
il le fait à ses dépens »'(6).
Ainsi, les intérêts
personnels et sociaux se trouvent-ils en cohésion, de même
que les "droits" et les "obligations", une cohésion qui
vient abroger ces contraires. Le défunt martyr As-Sadr,
affirme à ce propos :
"Il existe deux aspects
à cette nature humaine. D'une part, elle dicte à l'individu
ses motivations personnelles, lesquelles sont à la source du
grand problème social (la contradiction entre ces
motivations et les intérêts réels de la société humaine) et,
d'autre part, elle fournit à l'individu les moyens de
résoudre ce problème par sa tendance naturelle vers la
religion"(7).
A cela, il convient
d'ajouter que l'être humain, de par sa nature, aspire au
changement, dans le sens qu'il tend continuellement vers une
vie meilleure. Cette disposition naturelle ne peut
s'éteindre, bien qu'elle ait parfois tendance à s'émousser,
car il est équipé des moyens lui permettant de transcender
le présent, d'échapper à ses tensions et pressions et
d'imaginer globalement, voire en détail, une situation
meilleure et d'œuvrer à sa réalisation - chose que ne peut
accomplir aucune autre créature. D'où le processus de
changement qui a marqué la vie humaine de son empreinte
civilisationnelle, à l'exclusion de tout autre créature.
Nous pouvons, par
conséquent, conclure que le processus civilisationnel doit
s'attacher aux valeurs constantes à tous les stades de son
évolution, comme suit :
1) Au stade de la
croyance de l'être humain en soi-même ;
2) Au stade de la
transition vers son environnement externe ;
3) Au stade de
l'élaboration de la pensée et l'ébauche d'une image sur le
présent et l'avenir fondée sur le désir de changer vers le
meilleur ;
4) Au stade de la
transmission de la pensée aux autres et la réception de
leurs idées ;
5) Au stade de
l’approfondissement, de l’évaluation, de l’analyse et de
l'argumentation ;
6) Au stade de la
déduction et de la conviction ;
7) Au stade de la
planification pour le changement ; et
8) Au stade de la mise
en application du changement et de son achèvement.
L'on peut déduire, en
définitive, qu'il existe une corrélation entre le processus
civilisationnel de l'humanité et le processus de dialogue et
de foi en des valeurs communes et absolues.
Les valeurs communes
sont absolues ou circonstancielles :
L'analyse psychologique
et consciencieuse que nous avons adoptée nous permet de
constater qu'il existe deux systèmes de valeurs. Le premier
concerne les valeurs absolues qui ne sont régies par aucune
frontière ou circonstances particulières. Quant au second
système, il porte sur les valeurs naturelles (ou
originelles), qui peuvent, selon les circonstances se
transformer en passant aux opposés ou en perdant l'effet
souhaitée.
Les exemples suivants
illustrent le premier système :
- Les valeurs de
justice (exigibles quelles que soient les conditions)
- Il en est de même
pour les remerciements adressés au Seigneur
Les exemples relatifs
au second système sont : la préservation de soi, la
préservation de la dignité, la coopération, la protection
des faibles, la paix, la sécurité, le changement vers le
meilleur, la miséricorde, l'altruisme et la loyauté.
La sincérité peut, dans
certaines circonstances, être provoquée par les conséquences
de l'injustice. De même que la paix peut souvent résulter
des violations des droits de l'Homme. Donc si la justice est
une valeur absolue, la paix est une valeur relative que nous
nous emploierons à concrétiser si elle revêt l'aspect de
justice, et que nous récuserons si elle persiste dans
l'injustice. Mais la question principale demeure la suivante
: Quels sont les critères de la justice ? Et comment peut-on
la concrétiser ?
Les religions révélées
mettent l'accent sur deux critères. Le premier est cultuel,
en vertu duquel nous tirons profit du savoir de Dieu
Omniscient. Il s'agit des enseignements immuables de la
religion dont nous avons la certitude qu'ils émanent du
Très-Haut, ayant déjà pris conscience de l’omniscience de
Dieu, de Sa clémence, de Sa miséricorde envers l'être
humain, de Sa justice et de toutes les qualités de
perfection qui L'entourent. Il n'a d'autre objectif que
celui du bien de l'Homme, lui révélant toute la vérité,
veillant sur son bien-être sans jamais le tromper.
Le second critère est
spirituel, où l'Homme est appelé à méditer sur son âme et
ses convictions, pour ne pas être réduit à se livrer à ses
instincts. Cette conviction -quelle qu'elle soit- est
assortie à la nature humaine, ce qui explique sa
disponibilité en toute circonstance et en toute situation
individuelle ou sociale, en tous lieux et tous temps.
Pour s'en convaincre,
il suffit de poser la question suivante à n'importe quelle
personne : Pensez-vous que le comportement d'untel est un
comportement humain ou animal ? Prenons, par exemple, celui
du "génocide des orphelins, des vieillards et des faibles
par jeu ou par pure volupté". Pareil comportement est
considéré comme animal par tout individu et le saint Coran
rappelle l'individu à la méditation spirituelle et à la
conviction intérieure lorsqu'Il dit : «Vous sont permises,
aujourd'hui, les bonnes nourritures»(8). Quant à
l'attribution des bonnes nourritures, Il lui laisse le libre
arbitre, disant à ce propos : «Mon Seigneur n'a interdit que
les turpitudes»(9). Là aussi, Il lui laisse l'attribution,
mais en considérant que tout écart de conduite aux normes
humaines comme cas de perversité et de déviation à l'ordre
naturel «[Et ne soyez pas comme] ceux qui ont oublié Allah ;
[Allah] leur a fait alors oublier leur propres personnes ;
ceux-là sont les pervers»(10).
Les religions croient
aux dispositions naturelles de l'être humain. Ce sont elles
qui décident si la justice est un besoin impérieux, de même
que la paix, dans la mesure où cette dernière procède de la
justice. D'où l’insistance constante et humaine sur le
besoin d'une paix juste.
La paix mondiale et la
position adoptée à cet égard :
Nous avons dit que la
sécurité est un besoin humain qui a ses racines dans les
principaux instincts naturels de l'individu, à savoir, celui
de l'égocentrisme. Cet instinct agit de façon harmonieuse
avec les autres instincts, pour aboutir à une approche
équilibrée qui le mène vers les objectifs suprêmes de
complémentarité. Mais les motifs instinctifs ne suffisent
pas pour assurer cette approche équilibrée, car ceux-ci
doivent être associés à un climat naturel propre à
l'individu, en fonction de sa nature, que ces motifs
entraîneront vers les objectifs escomptés.
Pour conforter cette
disposition à rechercher la sécurité, le Seigneur a ancré
dans l'être humain, dans Sa magnanimité, les éléments de
sagesse, la tendance vers la justice, l'aversion de
l'injustice et de l'agression. Mieux encore, Il lui a donné
la capacité de recourir à bon nombre de critères de justice
et d'injustice, de sorte qu'il puisse communier avec Son
Créateur et L'assurer de sa soumission. L'individu peut
alors avoir accès aux horizons de la Révélation qui lui
dévoileront les voies célestes miséricordieuses et, partant,
le plan complet d'une démarche qui lui permettra d'atteindre
ses objectifs.
La sécurité est, par
conséquent, un besoin humain permanent et immuable. Il ne
s'agit pas d'un phénomène circonstanciel lié à une situation
sociale, susceptible de changer avec le changement éventuel
de ce phénomène. Il est donc tout à fait naturel que nous
évoquions le besoin d'un système global qui assurera la
sécurité individuelle et sociale de l'individu tout au long
de son existence.
Nous ne pouvons
imaginer de frontières à la protection de la paix et de la
sécurité que dans le cadre même de la complémentarité
humaine, une fois que nous aurions admis que l'instinct
naturel est, globalement, la norme générale des droits
humains. C'est cet instinct qui, pour atteindre l'objectif
majeur, a prescrit la protection sécuritaire de l'individu.
La sécurité ne saurait accepter une quelconque frontière,
pour peu qu'elle s'écarte de ses tâches quotidiennes et se
retourne contre elle-même. Dans ces conditions, la garantie
sécuritaire devient un non-sens.
Autrement comment
peut-on imaginer cet instinct naturel requerrant le besoin
de sécurité dès lors qu'elle permet à l'individu de détruire
sa propre sécurité ou celle des autres. Il incombe donc à
l'ensemble de l'humanité de faire front à l'action
anti-sécuritaire de l'individu pour sauvegarder sa propre
sécurité, même si c'était au prix de la sécurité même de cet
individu.
Le dialogue
interreligieux multidimensionnel :
En se fondant sur ce
qui précède, nous pouvons ainsi adopter un dialogue
multidimensionnel entre les religions pour les raisons
suivantes :
1) Parce qu'elles
croient toutes à la théorie des dispositions naturelles de
l'homme et de leurs conséquences ;
2) Parce qu'elles
croient toutes en de nombreuses valeurs communes au point de
constater une conformité totale des règles originelles.
Rappelons que certains anciens auteurs musulmans ont cité
l'ensemble des enseignements du Christ qu'ils ont considérés
comme étant islamiques(11).
Deux exégètes chrétiens
émérites ont entrepris une étude inestimable sur les valeurs
et les règles communes en matière de règlements juridiques.
Ils ont abouti à des conclusions positives, notamment que :
«Il suffit d'établir
des ponts autour de la question que soulèvent les femmes et
les hommes, désireux de vivre en vertu de leur foi à savoir:
"Quelle est la volonté de Dieu ? Que dois-je faire ? Il nous
semble que la réponse des trois religions révélées abonde
dans le même sens »(12).
Ils concluent à la fin
: L'unité des gens est en Dieu.
3) Toutes les religions
appellent à un dialogue logique. Mais si l'on considère que
les religions représentent l'esprit des civilisations, le
dialogue entre elles ouvre la voie à un dialogue
civilisationnel authentique, dans un processus plus
humaniste couvrant tous les domaines de la vie.
Le dialogue entre les
civilisations et les valeurs qu'il implique :
L'on peut dire, à la
lumière de ce qui précède, qu'il est naturel et logique que
l'humanité choisisse le dialogue entre les civilisations, en
ce sens que les civilisations portent en elles l'empreinte
de la nature humaine - qu'elles l'admettent
philosophiquement ou qu'elles la rejette(13). Elles
comportent des aspects communs qui incitent indubitablement
au dialogue.
Nous avons mentionné
également, plus haut, que les religions constituent la
substance même des civilisations, même si elles le nient.
Par conséquent, les influences religieuses sont très
perceptibles. En définitive, il existe de nombreux points
communs entre les religions qui favorisent le dialogue
intercivilisationnel.
Il est aussi une vérité
qui a évolué et s'est développée avec l'humanité, à savoir,
la conciliation des intérêts à tous les niveaux entre les
promoteurs de la terre et ses habitants.
Cette conciliation
d'intérêt a été soulignée par toutes les religions
mondiales, de même que par les grands conquérants à travers
toutes les époques historiques, prenant graduellement de
l'ampleur au point de faire du monde un petit village. Or,
le monde n'a pas changé de dimensions, mais nous avons pris
conscience de sa cohésion et de la puissance de la cohérence
entre ses parties, facteurs qui nous ont conduit à ce
résultat.
Aucun pays ou Etat ne
peut plus désormais planifier seul son environnement, ses
ressources, ses règlements aériens ou maritimes, ses
transports ou ses renseignements, voire son enseignement,
son éducation, sa culture, son essor, son économie et sa
défense, en faisant abstraction du reste du monde.
Ainsi, l'on considère
la mondialisation comme une orientation naturelle. Il ne
sert à rien donc de lui résister. Il faut, au contraire,
l'encourager et la soutenir. Cependant, si l'on s'oppose à
la mondialisation, qui nous apparaît comme un défi majeur,
c'est parce que ce type de mondialisation auquel nous sommes
confrontés, revêt un sens très particulier puisqu'il sert
les intérêts de la superpuissance, assurer son hégémonie
afin de prendre les commandes et tout détourner à son seul
profit, en procédant à l'américanisation des relations
politiques, économiques, culturelles, sociales et autres,
par tous les moyens et méthodes répressives. D'où le surnom
de mondialisation brutale, débridée ou engloutissante qu'on
lui confère.
En tout état de cause,
le dialogue est essentiel à la cohésion et à l'unité du sort
humain, et il n'a d'autre substitut que le conflit, lequel
relève indiscutablement de la loi de la jungle.
D'où la nécessité de
réaffirmer son caractère humaniste, de l'approfondir, et d'y
enraciner les valeurs humaines. Dans la section qui suit,
nous aborderons ces valeurs à des fins d'illustration, car
leur étendue est incommensurable.
Types de valeurs
communes préconisées :
1. Les valeurs logiques
du dialogue.
Ce sont les valeurs
humaines immuables, qui restent inchangées quelles que
soient les circonstances. Pour aboutir, le dialogue doit
reposer dans ce contexte sur des hypothèses convenues entre
les parties.
Les parties concernées
doivent entamer le dialogue avec le souci de trouver la
vérité. Elles doivent être à la hauteur du thème à examiner,
lequel doit se caractériser par la clarté. Ce dialogue doit
se distinguer par son aspect pratique et non utopique.
Le climat du dialogue
doit être empreint du respect mutuel, et dépouillé des
séquelles éventuelles du passé. De même qu'il doit être
exempt de toutes formes de pression, de violence, de
duperie, de cacophonie et d'intimidation.
Je peux affirmer en
toute confiance que le Saint Coran fait déjà mention de
toutes ces valeurs fermes du dialogue.
2. Les valeurs de la
justice, leurs normes et leurs dimensions
Quelles ques soient les
opinions et les doctrines, il est des éléments sur lesquels
tous les avis concordent. Par exemple, peut-il y avoir
divergence sur la nécessité de rendre aux ayant droits ce
qui leur appartient ? que la spoliation des droits des
peuples est une injustice ? que le développement et
l'investissement judicieux des ressources sont des choses
louables ? etc.
Il convient donc
d'identifier ces champs, les généraliser et universaliser
l'engagement.
3. S'accorder sur les
droits fondamentaux de l'être humain, et veiller à étendre
cet accord afin qu'il englobe les autres droits qui en
découlent. Ce n'est pas une affaire difficile, pour peu
qu'on fasse preuve de bonne volonté, car il s'agit d'une
recherche dans la profondeur de l’esprit humain et se
perçoivent par l’instinct pur.
4. S'accorder également
sur les limites de la liberté humaine et tenter de les
exprimer en indicateurs précis et les traduire en
applications pratiques.
5. Se fonder sur les
valeurs humanistes pour identifier les idéologies
destructives, telles le terrorisme, le racisme, le
despotisme, la ségrégation, le colonialisme, etc.
6. Etablir et
généraliser les principes de sécurité de l'environnement.
7. S'accorder sur les
principes du grand art qui soit à même de servir l'humanité.
8. S'accorder sur les
valeurs sociales et sur les fondements de la société saine
dépourvue de toute perversion et de toute dépravation.
9. S'accorder sur le
type de planification à adopter pour lutter contre les défis
qu'il est convenu de relever, tels les maladies, la
pauvreté, l'ignorance et l'analphabétisme. Planifier
également en vue de réduire l'impact des catastrophes
naturelles, telles les séismes, les inondations, les
incendies, etc.
10. Organiser les
droits communs internationaux en matière de navigation, de
communication, d'information, etc.
11. Edifier des
institutions internationales opérant selon des critères
unifiés, loin de toute dualité ou division.
12. Aboutir à des
mécanismes pratiques permettant de renforcer la solidarité
et la responsabilisation humaine envers la diffusion de la
paix et de la justice.
Ensemble pour
généraliser la logique du dialogue :
Au terme de ce résumé,
nous insistons vigoureusement sur la nécessité d'approfondir
la logique du dialogue, étant désormais convaincu que c'est
un impératif dicté par la sagesse, l'instinct et l'esprit
sain, par opposition aux exigences du sentimentalisme
fougueux, de la colère aveugle et des réminiscences du
passé.
Nous recommandons, à ce
propos, la constitution d'une élite de penseurs de toutes
les parties compétentes, qui se chargera d'instaurer les
conditions nécessaires à cette généralisation et d'établir
le plan adéquat à cet effet. Je propose que l'on nomme cette
formation "la médialité mondiale", à l'instar de ce que
recommande la "médialité islamique", laquelle est
intrinsèque à l'identité islamique. Ce faisant, l'on
s'appuie sur notre conviction que cette médialité revêt un
sens global qui comprend également notre vision de
l'existence (considérée comme équilibrée) et, partant, la
position nécessairement équilibrée de l'être humain dans
cette existence. Ce sens comprend également notre vision de
l'Histoire et des facteurs qui l'influencent, d'autant qu'il
exprime à la fois la nature de l'Islam et notre position à
cet égard.
Se fondant sur cette
base de juste milieu, le plan mondial devra adopter les
lignes d'action suivantes :
1) Appeler à la
distinction entre les dichotomies antagonistes telles
l'existence et le néant, le monothéisme (l'unicité ou
croyance en Dieu) et l'idolâtrie, l'absolu et le relatif,
etc., et les dichotomies artificielles du type "j’incarne le
Bien et l'autre le Mal", "soit combattre le terrorisme soit
être avec lui", "soit vous êtes marxiste soit vous ne le
comprenez pas", "je suis adepte de l'unicité et tout le
reste est idolâtrie", "je suis la civilisation et tout le
reste est barbare", "l'Histoire ne retiendra que mes
principes et tous les autres principes doivent disparaître"
ou encore "moi ou la barbarie"… Nous pouvons nous accorder
sur le premier type, n'en déplaise aux marxistes ; quant au
second type, il appartient à l'idolâtrie intellectuelle qui
s'accomplit à travers un processus mental, psychique ou
historique, où le relatif devient absolu et, partant, bloque
les opérations de la réflexion et freine toute velléité de
développement. Il est donc impératif d'obéir aux valeurs
humaines communes que la conscience approuve.
2) Propager un esprit
d'ouverture conscient du présent, et ne pas se confiner dans
le passé ou même dans les théories qui ont été retenues,
avec la possibilité de comporter des failles
intellectuelles.
3) Vulgariser l'idée
mentionnée précédemment, à savoir que toutes les
civilisations doivent impérativement puiser dans la nature
humaine quelques unes de leurs composantes, ou du moins les
garder en réserve pour les besoins éventuels du dialogue.
4) Tendre vers
l'approfondissement du concept de développement intellectuel
et d'innovation, et ne pas se laisser influencer par le
concept "On ne peut pas faire mieux", et garder vivace
l'esprit d'exploration et de découverte.
5) Œuvrer à la
sensibilisation de l'individu aux dangers qui menacent
l'ensemble de l'humanité et qui ne distinguent pas entre les
civilisations, les peuples ou les régions, tels les
maladies, l'ignorance, la démoralisation, la pollution, la
dislocation familiale, la prédominance de la logique de
l'agression, etc.
6) Faire prévaloir la
raison sur le phénomène de radicalisme qui aveugle l'esprit
et inhibe la réflexion et ce, quelle que soit l'idéologie.
7) S'atteler à trouver
un équilibre entre l'orientation mondialiste et la
préservation par les nations et les peuples de leurs
spécificités culturelles et autres. Ce juste milieu est de
nature, d'une part, à assurer le succès de l'orientation
mondialiste afin qu'elle ne bute pas sur de graves embûches
et, d'autre part, à préserver leurs richesses dans toute
leur diversité. Ainsi, nous pouvons concrétiser la devise
suivante : "la diversité dans l’union".
8) Sensibiliser les
populations au fait que les intérêts de la nation font
partie intégrante des valeurs qu'elle prône. On élimine, ce
faisant, toute opposition entre les valeurs et les intérêts,
favorisant ainsi le dialogue.
9) Approfondir l'esprit
d'objectivité de l'individu de manière à surmonter toute
présomption raciste, mettant l'accent sur les valeurs
civilisationnelles particulières qu'il convient de
considérer comme le summum du produit civilisationnel. Oui,
il faut impérativement croire en les valeurs humaines
communes.
Avant de clore mon
intervention, je tiens à affirmer que les perspectives
d'avenir sont très larges. En effet, plusieurs événements
abondent dans ce sens : il y a d'abord l'acceptation
mondiale du dialogue des civilisations aux Nations unies,
puis ces rencontres successives à tous les niveaux depuis
les années 30 du siècle dernier, auxquelles s'ajoutent
l'ouverture des différentes doctrines religieuses au
dialogue. Rappelons également que les nouvelles technologies
de l’information dévoilent désormais la vérité à tous. Tout
ceci nous promet un avenir exemplaire en dépit des défis
d'une mondialisation d'intérêts, de théories présomptueuses,
d'une injustice implacable contre les peuples, de
l'agression, du terrorisme individuel et structuré, et du
principe de « deux poids deux mesures». Aussi sommes-nous
confiant que le Bien triomphera du Mal, conformément aux
lois que Dieu a établies ci-bas.
(*) Secrétaire général
de l’Académie mondiale de rapprochement entre les madahib
islamiques.
(1) “Notre économie”,
Mohamed Baqer As-Sadr, p. 109, éditions Mashhad, Iran.
(2) Les Romains, 30.
(3) Mohamed Baqer
As-Sadr, “Notre économie”, p. 312.
(4) Yûssuf, 40.
(5) Ghafer (Le
Pardonneur), 40.
(6) Fussilat (Les
versets détaillés), 46.
(7) Mohamed Baqer
As-Sadr, Notre économie, pp. 310-312, éditions Mashhad,
Iran.
(8) Al-Maïda (La Table
Servie), 5.
(9) Al-Aaraaf, 33
(10) Al-Hashr (l’Exode), 19.
(11) Voir, par exemple,
les commentaires de Cheikh Ibn Shoâba al-Harrani (l'un des
exégètes du IV° siècle de l'hégire) dans son célèbre livre
Tuhaf al-Uqûl qui a rapporté bon nombre de préceptes et
d'exhortations puisés dans la biographie du Christ (PSL).
(12) Prof. Adel Khouri et Prof. Fanuni.
Voir le rapport du Colloque irano-autrichien
tenu à Vienne en 1999, p. 260.
(13) Il convient de
noter que toutes les philosophies qui mettent en doute les
vérités absolues en matière de réflexion ou de comportement,
telles le marxisme, le freudisme, le kantisme ou le
barkléisme, etc., sont toutes de nature catégorielle,
autrement elles verseront elles-mêmes dans le doute, ce
qu'elles ne peuvent pas se permettre.
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