Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -
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Note

| Éditorial : Alliance des civilisations  |

| Le rapprochement : conceptions et objectifs 'Dr Abdulaziz Othman Altwaijri  |

| Quelques réflexions sur l’islam et la violence 'Dr Youssef El Qardaoui  |

| Les valeurs humaines communes et leur rôle dans le renforcement de la solidarité entre les peuples et les nations  'Ayatollah Cheikh Mohamed Ali Taskhiri |

| Le monde islamique et les défis de la mondialisation 'Dr Mahmoud Hamdi Zaqzouq |

| Les fondements d’un discours islamique moderne 'Dr Abbas Jirari |

| La modération islamique 'Dr Mohamed Imara|

| La demande de pardon pour le passé : une manière de consolider la cohabitation et relancer le dialogue 'Mohammed Larbi Messari  |

| Connaissance des pays islamiques : La République Algérienne Démocratique et Populaire |

 

Le Rapprochement : Conceptions et Objectifs
Dr Abdulaziz Othman Altwaijri

 

 

Introduction :

Le monde islamique traverse actuellement une phase qui nécessite une mobilisation tous azimuts des potentialités et le déploiement de tous les efforts, afin de mieux ancrer le concept de l’unité culturelle des peuples de la Oumma islamique. Cette entreprise implique d’une part, la consolidation du sentiment d’appartenance à la Oumma, le renforcement de notre engagement vis-à-vis de notre religion; d’autre part, l’orientation vers une approche rationnelle de la religion, l’observance de ses préceptes, le respect de ses principes et l’adhésion à ses valeurs suprêmes ; et enfin, la mise en œuvre d’une action à même de garantir la réalisation du progrès et de la croissance dans tous les domaines.

Le monde islamique fut l’objet d’agressions malveillantes de la part de puissances qui lui ont imposé un état de siège dans l’intention de le fragiliser, de le vider de ses ressources, de s’accaparer ses richesses, de le repousser à contre-courant du mouvement ascendant de l’histoire -conformément aux lois de la nature- afin de l’empêcher de se développer et d’évoluer, lui interdisant ainsi le droit à une vie digne et honorable dont Dieu a gratifié tous les êtres humains.

A examiner l’histoire du monde musulman notamment les périodes marquées par des tensions entre les différentes communautés de la Oumma islamique à partir du IVèmeet Vème siècles de l’Hégire et la crise qui éclata au Xème siècle de l’Hégire (XVIème siècle) entre l’Etat ottoman et l’Etat safavide et qui donna lieu à une situation critique puis à une guerre insensée que se livrèrent le Sultan ottoman Selim et le Shah Ismail, fondateur de la dynastie safavide, et les conflits qui mirent aux prises les deux communautés musulmanes au début du XXème siècle dans cette même région, l’on constate que la discorde et l’animosité tenace entre sunnites et chiites furent toujours provoquées par des facteurs extérieurs à la Oumma islamique. En effet, une lecture profonde des pages de l’histoire nous révèle de façon on ne peut plus claire que les puissances étrangères à la Oumma islamique et hostiles à l’islam ont toujours été derrière les événements sanglants et tragiques qui déchirèrent le monde musulman. Ce fut le cas des Byzantins qui s’allièrent avec quelques individus, qui ont dévié des règles de la charïa et se prétendaient chiites, et avec les chefs mongols tatars au VIIème siècle de l’Hégire dans le dessein de comploter contre les musulmans, pour saper la culture et la civilisation islamiques. L’histoire est riche de complots tramés contre les musulmans dont le plus connu eut lieu aux temps des croisades- l’appellation elle-même (croisades) a été donnée par ceux qui déclenchèrent la guerre et non par les musulmans. En effet, des groupes sans foi qui se prétendent chiites et qui n’ont aucun lien avec la religion musulmane conspirèrent avec les envahisseurs chrétiens contre les musulmans, et l’ensemble de la Oumma islamique.

Il ne fait pas de doute que la thèse selon laquelle l’histoire se répète est d’autant plus vraie de nos jours que l’on assiste à la reproduction du même scénario et des mêmes scènes d’agression que par le passé : des puissances implacables et acharnées occupent les terres des musulmans, envahissent leurs esprits et disposent injustement des sorts de leurs peuples et usent de tous les moyens pour semer la discorde et entretenir la haine entre les musulmans. Pour cela, ils ont recours aux mêmes prétextes que ceux arborés dans le passé par les ennemis implacables des musulmans : le faux conflit entre musulmans chiites et sunnites en Irak et dans d’autres pays musulmans.

Afin de parer à ces agressions répétitives et en riposte à ces tendances pernicieuses, des musulmans à l’esprit éclairé et bienveillant avancèrent le concept de rapprochement des madhahib islamiques. Leur but étant de dissiper les conflits et de raffermir les liens entre toutes les composantes de la Oumma islamique pour en consolider l’unité et la présence, en cultivant la prise de conscience des peuples musulmans de telle sorte qu’ils oeuvrent ensemble à atteindre un avenir sûr et  prospère à l’image de leurs aspirations et qu’ils s’unissent pour que les tragédies du passé ne se reproduisent plus. Le concept de rapprochement entre les madhahib islamiques s’est développé au cours des dernières décennies, depuis la moitié de la 4ème décennie du siècle passé jusqu’à nos jours. En effet, ce concept a désormais suffisamment mûri pour s’ériger en un projet civilisationnel islamique concrétisé par (la Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques) laquelle stratégie cristallise la volonté collective des peuples de la Oumma islamique et qui a été adoptée par la 10ème Conférence du Sommet islamique.

A la lumière de cette stratégie que j’ai eu l’honneur d’élaborer, de préparer, de superviser, depuis son ébauche,  son approbation par la Conférence générale de l’ISESCO, puis par la Conférence islamique des ministres des affaires étrangères jusqu’à son adoption par la Conférence du Sommet islamique, je vous présente cet exposé où je prends garde de ne pas m’appesantir sur les questions juridico-religieuses, qui sont du ressort des ulémas et des docteurs en droit investis de la responsabilité de diffuser le savoir religieux en toute loyauté et conscience, mais je traiterai plutôt des aspects généraux dans le cadre d’une vision globale et à la lumière des intérêts suprêmes de la Oumma.

Il me semble impératif, dans un souci de précision et de rigueur méthodologique et pour éviter toute confusion, de définir d’abord le concept de rapprochement entre les madhahib islamiques.

Le concept de rapprochement :

Le terme rapprochement est l’action qui consiste à mettre près les uns des autres, les visions des choses différentes, les modes de représentation partagés et les points de vue divergents pour ce qui concerne par exemple certaines questions particulières afférentes au fiqh. Ainsi défini, le rapprochement en islam est la tentative de rapprocher les doctrines islamiques notamment le sunnisme et le chiisme en vue de consolider la notion de fraternité et d’unité islamique et d’éradiquer totalement toute scission entre ces doctrines(1).

Une telle approche aura pour effet certain le renforcement de l’entité islamique, la solidarité entre ses membres, et sera possible par le rapprochement des méthodes argumentatives lors de l’élaboration des règles juridiques et la détermination des voies à même de mener au rapprochement et par la mise au point de moyens susceptibles de le réaliser.

Mais, le rapprochement est loin d’être une action coercitive ou une simple formalité à visée politique destinée à combler des lacunes ou à induire en erreur l’autre partie. C’est au contraire une démarche essentielle que notre réalité exige(2).

Il convient aussi de préciser que le rapprochement entre les madhahib ne veut dire en aucun cas que chaque école renonce à ses principes de base au profit de l’autre, ou que l’on se départe de ses convictions, ou encore que l’on abandonne sa foi religieuse. Aucun homme sensé n’admettra cela. C’est plutôt la convergence des efforts et la tolérance envers l’autre pour arriver à un consentement mutuel à même de réduire les divergences d’opinion. Certes, la différence est naturelle mais ce n’est pas pour autant qu’elle doit porter préjudice aux bonnes relations entre musulmans.

L’élimination des points de divergence pour les questions qui touchent à l’essence de la religion et au fiqh ne se pose pas à présent et rien ne porte à croire qu’elle sera matière à divergence à l’avenir. A nous approfondir dans cette question, on risque de nous perdre et de rendre les choses plus compliquées.

Ce qui importe le plus aujourd’hui et dans le futur proche aussi, est qu’on œuvre ensemble, avec l’aide de Dieu, pour nous mettre d’accord sur les choses immuables qui ne se prêtent à aucun débat, sur les croyances, la parole de Dieu révélée au prophète Mohamed fils de Abdellah que la paix et la prière de Dieu soient sur lui.

Le rapprochement n’est pas non plus que tous les musulmans embrassent une seule doctrine ou que le chiisme fusionne dans le sunnisme et vice versa. Il s’agit plutôt, et tel que nous l’entendons, d’amener les musulmans tous courants confondus à convenir d’une forme claire de coopération basée sur l’amour et le rejet de toute tendance fanatique et des critiques diffamatoires et malveillantes. De cette façon, on sera à même de réfléchir en toute liberté et sérénité, pour établir la vérité sans crainte, contrainte ou frustration. Rien n’interdit aux tenants de la doctrine sunnite de tirer bénéfice des idées de son homologue chiite et vice versa du moment que les deux puisent leurs références de la même source(3).

Il découle de cela qu’il est impossible de faire disparaître les divergences entre les madhahib islamiques et de les fusionner en un seul étant donné que la différence des points de vue procède de la nature même de la vie et de la création du monde, comme le dit Dieu tout puissant dans la sourate Hud, versets 118 et 119 : (ils sont toujours en désaccord sauf ceux à qui Dieu a accordé sa miséricorde et c’est pour cela qu’Il les a créés). Il serait vain de croire pouvoir éliminer l’origine du conflit entre les madhahib. Cependant, on pourrait tout au plus remettre en question les causes qui font de ce conflit une raison pour se haïr, en oeuvrant pour ce faire à substituer le rapprochement à la divergence, la fraternité à l’animosité, d’autant plus que tous les musulmans, quelle que soit la doctrine dont ils se réclament, demeurent unanimes pour ce qui est des fondements de la religion musulmane tels que la profession des deux témoignages de foi qui font des musulmans des frères unis par le sang, le patrimoine et l’honneur(4).

Les raisons du rapprochement et sa nécessité :

Tous les courants islamiques sont unanimes quant au fait que le fiqh porte sur les questions subsidiaires et non à la substance de l’islam. Ainsi, les efforts d’interprétation de la chose religieuse ne remettent pas en cause ces fondements, et se limitent aux autres questions particulières. Cette pluralité d’opinions caractéristique des différentes doctrines islamiques constitue l’expression de la miséricorde, de la tolérance et de la richesse des idées jurisprudentielles et reflète la diversité des théories doctrinales et intellectuelles lesquelles prennent en considération l’évolution de la Oumma, ses exigences et ses besoins, en perpétuelle variation, selon le temps et l’espace.

Rappelons que les fondateurs des écoles doctrinales ont reçu l’enseignement de leurs prédécesseurs notamment ceux dont ils n’embrassaient pas les mêmes idées, qu’ils ont bâti leurs théories en puisant dans leurs sources et en apportant leurs pierres à l’édifice. Les documents précieux qu’ils ont laissés attestent de façon péremptoire que l’erreur constitue le critère de base de leurs divergences avec leurs maîtres, et qu’il ne s’agit nullement d’une rupture avec l’autre ou d’une négation de l’autre, ou une condamnation de l’autre ou encore d’une condamnation à l’hérésie(5).

Si telle est la situation de la divergence entre les madhahib islamiques, ces derniers ne peuvent faire l’objet du rapprochement escompté sans une détermination méthodologique rigoureuse de ce concept. Force est de constater que le domaine du fiqh est un domaine figé en raison de la contrainte et du conformisme, et que les juristes ont besoin d’être motivés et encouragés afin qu’ils avancent des idées novatrices, et des interprétations qui sortent des sentiers battus.

Toute personne qui s’intéresse au fiqh islamique, savant, étudiant ou autre, quel que soit le madhab, ne voit pas de divergences entre ces madhahib et encore moins que celles-ci portent préjudice à l’unité de la Oumma islamique. Outre le fait que les points de divergence entre ces madhahib demeurent limités, ils reflètent aujourd’hui comme hier la tolérance, la miséricorde et la richesse dans le domaine de la jurisprudence. A aucun moment de l’histoire de ces madhahib, on n’a imputé la scission de la Oumma en sunnite et chiite aux divergences intellectuelles entre le fiqh Jaâfarite et les madhahib sunnites. De même, les divergences entre le madhab zaydite et les madhahib sunnites ne les empêchent pas d’être très proches au sein de la Oumma. Il en va de même entre le fiqh de Alibadhiya et les autres madhahib islamiques. Je dirais même que les divergences entre le fiqh Jaâfarite et les madhahib sunnites ne diffèrent pas beaucoup des divergences entre les quatre madhahib sunnites eux-mêmes(6).

De plus, toutes ces divergences entre les madhahib n’affaiblissent pas l’entité islamique d’autant plus qu’elles portent sur les aspects particuliers de la religion c'est-à-dire les domaines qui se prêtent à la jurisprudence et qui continuent à être l’objet de désaccord. Le droit à la différence est une loi naturelle dont Dieu nous a gratifié. Dépasser ces divergences est de l’ordre de l’impossible, les réduire par un rapprochement sans une rigueur méthodologique et une détermination minutieuse des objectifs est une démarche très nuisible car elle va à l’encontre de la miséricorde et de l’esprit de tolérance. Ainsi, au lieu de s’épanouir et de s’exprimer librement, les madhahib se replient et se figent dans le conformisme.

Lorsque nos encyclopédies scientifiques juridico-religieuses spécialisées et certains pays islamiques reconnaissent les huit madhahib à savoir le hanafite, malékite, chaféite, hanbalite, jaâfarite, zaydite, ibadite, dhahirite et lorsque Al Azhar Al Charif émet la fatwa par exemple de la possibilité de pratiquer la religion à la lumière du madhhab jaâfarite, en tant que madhab islamique, et que ce madhab soit enseigné dans ses instituts et facultés(7), on est alors en face d’un exemple probant qui œuvre à l’encouragement de la diversité du fiqh. Devant ce cas de figure, il faut œuvrer davantage dans le sens d’un élargissement du champ de la jurisprudence et de l’espace des échanges d’avis contraires -quand cela est justifié- au lieu d’abolir  ces échanges d’opinions qui constituent-en vérité- un enrichissement et une créativité en matière de jurisprudence. Il va sans dire que cette expérience se doit d’être généralisée dans tous les pays islamiques en ce sens que les centres de diffusion du savoir religieux et les encyclopédies doivent prendre en charge le parrainage de la diversité des écoles du fiqh et mettre à contribution leurs apports anciens et contemporains.

Par suite, le rapprochement auquel nous aspirons dans le domaine des madhahib islamiques s’inscrit dans une large perspective où les maîtres-mots sont tolérance, respect de l’autre et diversité des opinions et des idées jurisprudentielles. Il doit également veiller au respect de l’unité de la religion, de la chari’a et de la Oumma(8).

L’islam a imposé l’unité pour ce qui est des fondements de la religion et a autorisé la divergence qu’il considère comme un privilège, dans les questions subsidiaires pour mieux suivre l’évolution de la société et répondre à ses nouvelles exigences.

En effet, l’unité de tous les musulmans s’exprime dans trois éléments à savoir la religion, la chari’a et la Oumma. Cette unité a eu pour corollaire l’unité de leur civilisation et de la terre de l’islam.  Ces cinq éléments communs à tous les musulmans n’empêchent pas l’existence d’une diversité et d’une pluralité à tous les niveaux.

Ainsi, dans le cadre de l’unité de la religion, on assiste à des représentations différentes au sujet de la transcendance et de l’analogie selon le degré de rationalisation dans l’exégèse. Dans le cadre de l’unité de la Oumma, il y a plusieurs peuples, tribus, couleurs, races, dialectes, langues et nations. Dans le cadre de l’unité de la civilisation islamique, on trouve une diversité des traditions, des usages et des coutumes qui ont eu un impact important sur la diversité des règles juridiques notamment le fiqh qui régit les relations entre les hommes. Enfin, dans le cadre de l’unité de la terre de l’islam, on remarque la diversité des nations, des pays, des Etats et des régions affiliés à l’islam.

Il découle de ce qui précède, que dans le cadre de l’unité de la Oumma, nous devons encourager la diversité, source de richesse, et non pas abolir la différence des dialectes, langues, nations, peuples et tribus.

Et dans le cadre de l’unité de la terre de l’islam, nous devons aller au-delà du (système du nationalisme restreint) hérité de l’Etat nation européen et encourager au contraire la diversité qui ne porte pas atteinte à l’unité.

Dans le même sens, il faudrait dans le cadre de l’unité de la religion, procéder non au rapprochement absolu entre les madhahib, mais élargir l’espace des échanges des idées jurisprudentielles, opposées soient-elles, dans le respect des fondements de l’islam.

Là où l’unité s’impose le plus et de façon urgente est le domaine des fondements de l’islam car toute discorde à ce propos mène la Oumma au déchirement et à l’éclatement surtout que les critères de divergence dans ce cas là -les fondements- sont (la foi et l’athéisme) et non pas (l’erreur et la pertinence). Ce sont, donc, les divergences essentielles (sur les fondements), et non pas les divergences doctrinales qui, à moins que l’on s’arme de vérité et de courage pour leur tenir tête, peuvent constituer un véritable danger pour la Oumma islamique.

Aucun expert en sciences islamiques ou chercheur dans le patrimoine musulman ne trouvera de trace d’accusation d’hérésie ou de corruption ou de fausse allégation dans les madhahib islamiques. Or, les écoles théologiques (Madhahib Kalamiya) ont transgressé l’unité dans le domaine des fondements. C’est donc au rapprochement de ces écoles qu’il faut œuvrer plutôt que de gaspiller l’énergie et l’effort à faire le rapprochement entre les madhahib portant sur les questions subsidiaires.

Les différentes doctrines islamiques ne sont pas en rupture avec la chari’â islamique et ne lui portent en aucune manière un quelconque préjudice. Le rapprochement consisterait donc à s’éloigner des accusations d’hérésie des tenants des discordes politiques, qui ont donné lieu à une discorde religieuse concernant Imama. Et c’est à ce niveau qu’il faut mener la stratégie de rapprochement.

Dans ce sens, il est primordial, une fois le rapprochement entre les madhahib accompli, de déployer tous les efforts en vue de purifier les sources de la science du kalam -fondements de la religion- des accusations d’hérésie, de corruption et du reniement de l’autre chez l’ensemble des adeptes des différents courants et non chez les madhahib islamiques et de chercher de nouvelles formes de pensée où les divergences dépassent les questions de (fond) dans lesquelles les divergences entraînent (l’athéisme et la foi) et qui porteraient sur les questions particulières, dont la discorde est basée sur (l’erreur et la pertinence).

Les divergences doctrinales qui reflètent l’existence d’une pluralité de questions subsidiaires n’affectent aucunement l’unité de la Oumma, comme le confirme ce projet à travers bon nombre de textes.

Il ressort de ces textes que :

1. Les divergences doctrinales tant passées que présentes ont toujours distingué l’Islam qui en est fier, d’autant qu’il s’agit là d’une loi naturelle qui persistera jusqu’à la fin des temps.

2. Les divergences qui déchirent l’unité de la Oumma, en répandant les accusations d’athéisme et de corruption entre les madhahib et leurs disciples, séparent la Oumma au niveau des fondements et de l’essence intacte de la religion(9).

Les objectifs du  rapprochement :

Les objectifs du rapprochement doivent être fondamentalement ceux escomptés par l’action islamique commune, tant à travers ses voies officielles que populaires. Ces objectifs se résument comme suit :

1. Consolider l’unité de la Oumma, en éradiquant la source de la discorde, en renforçant l’attachement aux principes et valeurs de l’Islam plutôt qu’aux madhahib et surtout en œuvrant pour que d’aucuns cessent de croire que l’adepte à l’un des madhahib est forcément l’ennemi des autres madhahib.

2. Mobiliser les potentialités pour agir dans l’intérêt suprême de la Oumma islamique, protéger ses droits et acquis et développer les sociétés de la Oumma dans tous les domaines.

3. Collaborer dans l’intérêt de l’Islam et des musulmans, dans tous les domaines, dans le cadre des voies ouvertes, et en premier lieu, l’Organisation de la Conférence islamique, et ses organisations, avec à leur tête l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture, ainsi que les universités, les institutions, les académies scientifiques et les centres de recherche.

4. Déployer tous les efforts pour la continuité de la renaissance islamique globale sur des bases économique, scientifique, technique, culturelle et politique stables fondées sur le principe de la solidarité islamique.

Les moyens et les voies du rapprochement :

Pour que la Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques ait un impact concret et des résultats probants à court terme,  plusieurs moyens de mise en oeuvre et plans d’action ont été élaborés :

1. Adopter d’urgence des mesures rigoureuses pour effectuer des recherches scientifiques et objectives sur chaque madhab afin d’établir ses références religieuses, ses positions doctrinales en se basant sur ses propres sources et non sur ce qui a été écrit à son propos. En effet, chaque madhab a ses spécificités qu’on ne peut connaître qu’en cherchant dans ses sources, qu’il s’agisse de ses fondements dogmatiques ou historiques. Dans ce sens, tout ce qui a été écrit ou narré sur certains madhahib en dehors de leur structure réelle a été confondu avec de pures allégations attribuées à tel ou tel madhab, et le moins que l’on puisse dire à ce propos est que ces assertions sont fausses et totalement réfutées par ces madhahib.

2. Etant donné que le rapprochement entre les madhahib doit satisfaire à des conditions de crédibilité et d’objectivité, il convient de se référer toujours aux adeptes de ces madhahib ou aux sources reconnues par ces derniers.  En effet, les données provenant de sources autres que celles reconnues par le madhab pourraient contenir des thèses sans fondements, fausses voire suspectes. Et afin de bien accomplir les travaux de recherche sur le rapprochement entre les madhahib, il est impératif de :

a) Distinguer  le point de vue dominant et le point de vue particulier au sein de chaque courant. Le chercheur qui attribue un point de vue à un courant déterminé doit alors tenir compte du point de vue particulier et veiller à attribuer ces points de vue à leurs tenants et non au courant dans son ensemble car chaque courant se définit par ses idées et principes et non par ses membres.

Pour ce faire, l’ISESCO est appelée à mener, en collaboration avec les penseurs, ulémas et docteurs de divers courants, une recherche scientifique qui servira de référence islamique principale à toute étude portant sur un courant particulier, à condition que ces penseurs puissent exploiter les autres moyens de mise en œuvre de la Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques.

b) Respecter le point de vue de l’autre est essentiel dans tout dialogue et échange de points de vue. Le dialogue scientifique impartial doit marquer toutes les opérations menées dans le cadre de la stratégie de rapprochement. Les divergences qui pourraient en naître sont naturelles et éthiquement justifiées. En effet, défendre et argumenter son point de vue est le droit de tout penseur ; en contrepartie, répondre par des arguments scientifiques est également un droit. Si, dans un cadre rationnel et logique, cette question est évidente, elle devient prioritaire quand il s’agit des questions de jurisprudence.

c) Convenir d’une référence de principe pour trancher dans les points de vue, objet de dialogue, laquelle référence est présentée par le Coran et la Sunna, sources auxquelles doivent se référer tous les madhahib. Théoriquement, tous les musulmans sont unanimes quant à l’existence d’une seule référence. Cependant, sous l’influence des tentations matérielles de la vie, ils n’observent pas souvent les enseignements de cette référence. En tout état de cause, la source à laquelle se réfère le rapprochement c’est le Coran et la Sunna dont l’évidence a été prouvée à tous les musulmans sans exception.

d) Mettre en exergue les points communs aux madhahib, du fait qu’ils sont plus nombreux et plus importants que les divergences et qu’ils sont un facteur fédérateur de tous les courants. Cette mise en exergue se fait à travers l’édition, la recherche scientifique et la contribution des médias aussi bien écrits qu’audiovisuels.

e) Si les divergences prennent le dessus sur les idées et les opinions, cela ne devrait pas se répercuter totalement ou partiellement sur les positions des Musulmans quant aux grandes questions internationales. En effet, les divergences de pensée ou de doctrine sont, sans l’ombre d’un doute, un enrichissement de la jurisprudence islamique car c’est une tradition de longue date et une caractéristique humaine qui dynamise l’action scientifique et diversifie les règles législatives. De même qu’elles ont de tout temps favorisé la richesse et le développement de la science et du fiqh qui font la fierté du patrimoine islamique dans le monde. De ce fait, les divergences sur les plans de la pensée et du fiqh ne constituent  ni un danger ni une menace. Ce qui est menaçant, c’est de voir ces divergences exploitées pour porter atteinte à l’union de l’Islam et enfreindre la loi islamique. Ce qui est encore plus dangereux pour la Oumma et l’unité islamique, c’est l’existence de divergences sur les fondements de l’Islam. En effet, ce genre de divergences n’est que perte et dégradation et n’engendre que la faiblesse, le déchirement et l’hégémonie de l’ennemi. Ainsi, le principe le plus considérable dans le cadre de la Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib, c’est l’unification de la Oumma islamique, l’unité de ses sources et de ses références, la préservation de sa sécurité politique, sociale, culturelle, scientifique et économique pour ne pas favoriser les divergences et parer au déchirement. Autrement, le Musulman ne pourra pas jouir de son droit à une vie digne et honorable comme l’une des gratifications du Tout-Puissant.

f)  Traiter en toute objectivité des questions islamiques ayant un caractère prioritaire et se pencher sur l’essentiel de ces questions afin que les efforts déployés ne soient pas canalisés vers des questions secondaires et marginales. Force est d’accorder la priorité à des questions telles la désunion des Musulmans, les grands torts faits aux peuples islamiques et les dangers que représentent la christianisation et la judaïsation sur leur foi et l’exploitation de leurs besoins matériels à travers ce genre d’actions(10).

Le rapprochement étant une action continue, il faut assurer la continuité d’un dialogue serein et approfondi sur les questions relatives au rapprochement. Les plans de mise en œuvre pourraient également prévoir des conférences spécialisées, l’animation de cours en fiqh comparé, l’organisation de réunions de penseurs et législateurs, de docteurs et d’historiens ainsi que tous ceux qui s’intéressent à cette question de par le Monde islamique. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place des plans d’application dont la mise en œuvre sera confiée aux parties concernées au sein de chaque société islamique, au sein d’un même pays ou des communautés et minorités résidant à l’extérieur des pays musulmans, de manière à ce que ces plans, programmes et activités de coopération soient organisés en parallèle avec des campagnes médiatiques de sensibilisation, des débats sur des questions culturelles et doctrinales au cours desquels seront débattues en profondeur et avec objectivité les questions de rapprochement et les questions liées à l’unification des points de vue, d’ordre intellectuel et doctrinal. Ces plans doivent être mis en œuvre selon un calendrier bien déterminé et généralisé à l’échelle des pays islamiques dans le cadre des activités de l’ISESCO, puis à un niveau régional, suivis d’activités portant sur le rapprochement entre les madhahib, lesquels seront conçus, exécutés, suivis et évalués à l’échelle locale.

Au préalable, il est nécessaire de créer, au sein des pays islamiques et au sein des communautés musulmanes, une instance, un conseil ou une association ou tout autre sorte de structure dont les attributions et les responsabilités en matière de rapprochement entre les madhahib seront déterminées. Ces instances devraient opérer sous l’égide de l’ISESCO, à l’instar du Secrétariat général de la Fédération des Universités du Monde islamique. Après constitution, ces instances seront chargées d’élaborer leur structure, leurs attributions et responsabilités ainsi que leurs programmes et plans d’action. Dans leurs activités et programmes, ces structures devraient s’inspirer des propositions des penseurs et docteurs de droit islamique, écrivains et ulémas en coordination avec les pays membres et les instances similaires opérant actuellement dans le monde islamique. Elles devraient également assurer les activités suivantes :

1. Elaborer des programmes et des activités de rapprochement et proposer des plans d’application à différents niveaux, dans différentes régions et sur divers sujets.

2. Etudier les efforts consentis en vue du rapprochement entre les madhahib et veiller à les élargir aux différents pays membres et institutions concernées.

3. Discuter avec les parties concernées, qu’il s’agisse d’individus ou de groupes, sur des questions intéressant les Musulmans dans le domaine du rapprochement et mettre au courant les institutions et les pays concernées de l’existence de ces contacts à des fins de coopération et de consultation.

4. Assurer la présentation et le suivi des efforts soutenus menés à l’échelle internationale, régionale et locale dans le domaine du rapprochement.

5. Proposer des sujets de recherches islamiques ayant une dimension fédératrice, conformément aux objectifs du rapprochement et servant les desseins d’unité et de cohésion de la religion islamique, tout en veillant à la généralisation et à la modernisation de ces principes dans l’intérêt de l’ensemble des Musulmans, de manière à leur permettre d’accompagner l’évolution civilisationnelle, scientifique et technologique, redonner à la Oumma le rayonnement qui lui a été assignée par Dieu et lui conférer le statut d’une nation unie conformément à la parole du prophète, prière et salut soient sur lui : «dans leur affection, leur compassion et leur sympathie, les uns envers les autres, les croyants sont tels un même corps, lorsqu’un organe en souffre l’ensemble de l’organisme en pâtit par l’insomnie et la fièvre»(11).

Mesures pratiques :

Dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques, des mesures complémentaires et cohérentes doivent être prises à l’échelle nationale, régionale et internationale, notamment :

1. Mettre en place une politique nationale visant le rapprochement entre les madhahib islamiques, prévoyant des plans pratiques susceptibles de permettre aux parties concernées de faire  la lumière sur les divergences doctrinales d’un point de vue islamique, étant donné qu’il s’agit d’un phénomène intellectuel procédant de principes qui ne sont pas en contradiction avec la législation islamique et se référant à des sources islamiques authentiques, notamment la jurisprudence fondée sur l’hypothèse.

2. Intégrer une matière sur le rapprochement entre les madhahib islamiques dans les programmes de tous les niveaux de l’enseignement, particulièrement au sein des instituts, écoles et universités religieuses spécialisées en sciences juridiques islamiques s’appuyant en cela sur des bases pédagogiques en mettant l’accent sur cette matière tout au long du cursus scolaire en en faisant une matière principale au coefficient élevé.

3. Tenir des conférences périodiques sur la culture du rapprochement au sein de différents centres qui se penchent sur des questions culturelles et au sein des écoles et établissements éducatifs en mettant l’accent sur l’unité islamique, en expliquant les divergences intellectuelles et doctrinales entre les madhahib et en veillant à simplifier leurs motivations et objectifs.

4. Profiter des évènements nationaux et des rencontres juvéniles pour traiter des questions de rapprochement entre les madhahib, œuvrer par tous les moyens à la diffusion de la culture de rapprochement et expliquer que les divergences entre les madhahib ne signifient pas l’existence de contradictions mais qu’il s’agit de divergences jurisprudentielles qui se fondent sur des hypothèses qui n’ont aucun lien avec l’essence de l’Islam ni avec les fondements de la religion islamique.

5. Etablir un lien entre les fondements de l’appel islamique, le contenu des divergences entre les madhahib et la diversité des fatwas (avis religieux) et mettre en adéquation les fatwas modernes avec l’essence de l’Islam. Ces opinions religieuses doivent être mises dans le contexte référentiel de la législation islamique, de même qu’il faut se garder de suivre les propos individuels qui ne s’appuient sur aucune référence religieuse, notamment quand il s’agit des questions d’ordre social, politique et économique.

6. Convier les facultés et les universités islamiques à développer leurs programmes et méthodes et à ouvrir de nouveaux horizons de connaissance par le développement des études islamiques supérieures dans le cadre du rapprochement et inciter à ouvrir les portes à l’effort intellectuel en matière de jurisprudence, conformément aux règles qui sont en vigueur en droit musulman. Le but est de former des spécialistes en matière de jurisprudence, des ulémas agrégés ayant des connaissances approfondies en matière d’islam et les aider à développer la recherche scientifique spécialisée, notamment au niveau des études servant les objectifs du rapprochement et ce, en accordant aux programmes de rapprochement une place de choix dans les études religieuses et universitaires et dans le cadre des travaux de recherche : mémoires de maîtrise, thèses de doctorat et autres publications.

7. Accorder de l’importance au rôle des imams de mosquées, les prédicateurs et meneurs de la Da’awa (appel islamique) et les hommes de médias, les encourager à porter le message du rapprochement, et les inviter à traiter les questions de divergence de manière à créer une richesse intellectuelle qui ouvre l’esprit et consacre l’unité islamique.

Le rapprochement dans le cadre du dialogue inter-islamique :

Le rapprochement est un véritable moyen de cohabitation, de solidarité et d’union de tous les membres de la Oumma islamique. Il est à envisager dans le cadre du dialogue dont nous tenons à asseoir la culture, afin de réaliser la cohabitation entre les cultures, les civilisations et les religions. Nous devons considérer le rapprochement comme une forme de dialogue inter-islamique, auquel nous accordons sans nul doute toute la priorité et l’intérêt.

Le dialogue inter-islamique occupe une place de choix entre les différents dialogues qui suscitent l’intérêt des grandes instances notamment l’Assemblée générale des Nations unies, qui a déclaré l’année 2001, année des Nations unies pour le dialogue entre les civilisations.

Il convient donc de nous arrêter à ce niveau pour rappeler que l’appel au dialogue entre les civilisations a été émis en République islamique d’Iran, sous l’instigation de l’ex-Président de la République, Son Excellence M. Mohamed Khatami, qui a exhorté les Etats lors d’une réunion de l’Assemblée générale des Nations unies à entreprendre un dialogue des civilisations du monde entier et qui a fondé le Centre du dialogue des civilisations à Téhéran en vue de répandre la culture du dialogue civilisationnel et de sensibiliser à l’importance de ce dialogue sur tous les plans.

L’action pour le rapprochement entre les différents courants islamiques est elle-même à la fois une forme de dialogue inter-islamique et un objectif majeur de ce même dialogue. Nous devons unir nos efforts et veiller à accorder au rapprochement l’intérêt qui lui échoît dans l’action islamique commune, car les divergences doctrinales entre les divers adeptes des madhahib ne touchent ni les fondements de la religion, ni les croyances dont l’abandon est considéré comme une hérésie. C’est ainsi que le dialogue portant sur ces questions est non seulement permis, mais requis et fortement recommandé d’autant qu’il s’agit d’un devoir qui incombe aux ulémas et savants de la Oumma pour atteindre ce noble objectif qu’est l’unité des musulmans, objectif au cœur même de l’action du rapprochement.

Le rapprochement des musulmans se fait à travers le dialogue inter-islamique qui a pour objectif essentiel de rapprocher les adeptes des différents madhahib en explorant les origines de ces discordes, et en en discutant objectivement sans aucune influence extérieure ou fanatisme, afin d’en percer le mystère et de mettre fin à l’animosité et l’hostilité qui déchirent des individus pourtant unis par la même religion, le même prophète et le même Livre(12). Le rapprochement des musulmans ne se fera que lorsqu’ils auront établi une scission totale entre la croyance qui est le fondement même de la religion et entre les connaissances propres à chacun et qui font l’objet de conflits sans pour autant toucher à la foi(13).

La religion bannit les conflits et les divergences et appelle les musulmans à se conformer aux prescriptions divines comme on peut le lire dans ces versets : «unissez vous autour de Dieu et ne vous dispersez point» «Ne vous disputez pas sinon vous serez perdants» et le hadith du prophète (paix et prière soient sur lui) «ne devenez pas des athées après moi et ne vous entretuez pas»(14).

Nous avons enfreint ces règles de conduite et nous voilà dans la déperdition complètement désunis au nom de la religion. Les adeptes de chaque courant prônent uniquement les idées de leur doctrine s’opposant à leurs frères des autres doctrines sous prétexte de vouloir protéger la religion qu’ils dénaturent par de tels comportements(15).

La tolérance est une obligation historique, puisqu’elle existe depuis les premières doctrines et lors de l’éclatement des pays musulmans. Elle est actuellement de rigueur et ce, pour deux  raisons : d’abord la plupart des divergences ont trait à l’histoire même du madhab (quel compagnon élire, la tradition des compagnons en temps de guerre et en temps normal). Or, l’histoire relève du passé, et il serait vain de s’y attacher. Ensuite, les problèmes que les musulmans vivent aujourd’hui entre eux et avec l’Occident ne peuvent être résolus que s’ils s’unissent(16) au lieu de se déchirer et de se disperser au bonheur de l’ennemi et faisant fi de la parole de Dieu : «unissez vous autour de Dieu et ne vous dispersez pas ; reconnaissez les privilèges de Dieu qui vous a rendu frères alors que vous étiez ennemis»(17).

La tolérance est une vertu prônée par l’Islam et le fruit du dialogue inter-islamique, où ce qui devrait être. Nous devons être tolérants dans le règlement de nos conflits, car il n’est toujours pas aisé de convaincre l’autre que sa vision est erronée. Aussi, est-il de notre devoir de nous montrer tolérants pour atteindre le rapprochement escompté conformément à la parole de Dieu : «unissez vous autour de Dieu et ne vous dispersez pas».

Si les adeptes de certains courants deviennent apostats à cause des erreurs commises par quelques membres de ces courants, il ne restera plus aucun musulman sur terre !! Et l’islam ne serait plus une religion de clémence alors que le véritable islam est beaucoup plus tolérant(18). 

A la fin, je ne peux conclure sans citer les paroles du défunt Cheikh Rachid Reda : «Les adeptes des doctrines sont accablés par ce qui leur arrive : «ils s’accusent mutuellement d’apostasie et d’athéisme alors que tous désirent parvenir à la vérité qu’ils ont défendue, en laquelle ils ont cru et à laquelle ils ont appelé. Or, l’important c’est de fournir un effort de jurisprudence au risque de se tromper… »(19).

Pour cela, et pour atteindre notre objectif de rapprochement, nous devons avoir de bonnes intentions, la bonne foi vis-à-vis des musulmans et être tolérants et bienveillants à leurs égards.

 


(1) “Encyclopédie islamique générale”, p. 408, Conseil supérieur des Affaires islamiques, le Caire, 2001.

(2) “Le rapprochement entre les madhahib islamiques”, vol. 1, p. 4, actes du 1er colloque tenu par l’ISESCO à ce sujet, Rabat : 16-18 septembre 1991, 2ème éd., Dar Attaqrib Bayna Al Madhahib Al-Islamiya, Beyrouth, 2003.

(3) Cheikh Mahmoud Chaltout, ancien Imam d’Al-Azhar Al Charif, dans une interview accordée au journal iranien (ITLAÄT), rapportée dans le livre (Appel au rapprochement : historique et documents), pp. 219 et suivants, Ministère Egyptien des Waqfs, le Caire, 1991.

(4) Cheikh Mohamed El Houcine Al Kachif Alghitae, revue (Rissalat Al Islam) (message de l’islam), n° 7, p. 268, sans date, Le Caire.

(5) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques, p. 20, pubilée par l’ISESCO, Rabat, 2004.

(6) Idem, pp. 18-19.

(7) Fatwa du Cheikh Mahmoud Chaltout, ancien Imam d’Al-Azhar Al Charif, connue et publiée dans le livre (Appel au rapprochement : historique et documents), p. 225, Ministère Egyptien des Waqfs, le Caire, 1991 et dans le livre (Dossier du rapprochement : exposé de l’histoire du Groupe de rapprochement entre les madhahib islamiques au Caire, sa revue et ses documents), Dr Mohamed Ali Aderchib, Téhéran, 2000, précédemment publié dans le revue (RISSALAT AL ISLAM) (message de l’islam) du Groupe de rapprochement entre les madhahib islamiques au Caire, sous le titre (fatwa historique), n° 43, p. 227, sans date. Cette fatwa mérite vraiment d’être re-publiée, généralisée et traduite dans les langues des peuples islamiques.

(8) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques, p. 21.

(9) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques, p. 21.

(10) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques, p. 77, publication de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO-, Rabat, 2004.

(11) Hadith reconnu authentique.

(12) Premier communiqué du Groupe de rapprochement entre les madhahib islamiques, revue (RISSALAT AL ISLAM) (message de l’islam), n° 1, janvier 1949, le Caire.

(13) Idem.

(14) Rapporté par Al Boukhari.

(15) «Tafssir Al Manar» de Cheikh Rachid Reda, vol. 2 , p. 252, dans l’interprétation de la parole de Dieu: «Soumettez-vous à Dieu et n’empruntez pas la voie du diable, c’est votre pire ennemi».

(16) «Al’Imran», verset 103.

(17) «DOHR Al ISLAM», Ahmed Amine, vol. 4 , p. 105, Dar Alkitab Alârabi, Beyrouth, 5ème édition, 1969. ce dernier volume a été publié après le décès de l’écrivain en 1954, c'est-à-dire qu’il a été écrit au début des années 50. On se demande ce que Ahmed Amine aurait pu écrire à ce sujet s’il était encore vivant !

(18) «Règlement des divergences entre chiites et sunnites autour de la Imama», Mustapha Houcini Tabatbai, p. 71, traduction de Saâd Roustom, édition Alawael,  Damas, 2002.

(19) «Tafssir Al Manar», 17ème vol. p. 44, Cheikh Rachid Reda.

 

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