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Le
Rapprochement : Conceptions et Objectifs
Dr Abdulaziz Othman Altwaijri
Introduction :
Le monde islamique traverse actuellement une phase qui
nécessite une mobilisation tous azimuts des potentialités et
le déploiement de tous les efforts, afin de mieux ancrer le
concept de l’unité culturelle des peuples de la Oumma
islamique. Cette entreprise implique d’une part, la
consolidation du sentiment d’appartenance à la Oumma, le
renforcement de notre engagement vis-à-vis de notre
religion; d’autre part, l’orientation vers une approche
rationnelle de la religion, l’observance de ses préceptes,
le respect de ses principes et l’adhésion à ses valeurs
suprêmes ; et enfin, la mise en œuvre d’une action à même de
garantir la réalisation du progrès et de la croissance dans
tous les domaines.
Le monde islamique fut l’objet d’agressions malveillantes de
la part de puissances qui lui ont imposé un état de siège
dans l’intention de le fragiliser, de le vider de ses
ressources, de s’accaparer ses richesses, de le repousser à
contre-courant du mouvement ascendant de l’histoire
-conformément aux lois de la nature- afin de l’empêcher de
se développer et d’évoluer, lui interdisant ainsi le droit à
une vie digne et honorable dont Dieu a gratifié tous les
êtres humains.
A examiner l’histoire du monde musulman notamment les
périodes marquées par des tensions entre les différentes
communautés de la Oumma islamique à partir du IVèmeet Vème
siècles de l’Hégire et la crise qui éclata au Xème siècle de
l’Hégire (XVIème siècle) entre l’Etat ottoman et l’Etat
safavide et qui donna lieu à une situation critique puis à
une guerre insensée que se livrèrent le Sultan ottoman Selim
et le Shah Ismail, fondateur de la dynastie safavide, et les
conflits qui mirent aux prises les deux communautés
musulmanes au début du XXème siècle dans cette même région,
l’on constate que la discorde et l’animosité tenace entre
sunnites et chiites furent toujours provoquées par des
facteurs extérieurs à la Oumma islamique. En effet, une
lecture profonde des pages de l’histoire nous révèle de
façon on ne peut plus claire que les puissances étrangères à
la Oumma islamique et hostiles à l’islam ont toujours été
derrière les événements sanglants et tragiques qui
déchirèrent le monde musulman. Ce fut le cas des Byzantins
qui s’allièrent avec quelques individus, qui ont dévié des
règles de la charïa et se prétendaient chiites, et avec les
chefs mongols tatars au VIIème siècle de l’Hégire dans le
dessein de comploter contre les musulmans, pour saper la
culture et la civilisation islamiques. L’histoire est riche
de complots tramés contre les musulmans dont le plus connu
eut lieu aux temps des croisades- l’appellation elle-même
(croisades) a été donnée par ceux qui déclenchèrent la
guerre et non par les musulmans. En effet, des groupes sans
foi qui se prétendent chiites et qui n’ont aucun lien avec
la religion musulmane conspirèrent avec les envahisseurs
chrétiens contre les musulmans, et l’ensemble de la Oumma
islamique.
Il ne fait pas de doute que la thèse selon laquelle
l’histoire se répète est d’autant plus vraie de nos jours
que l’on assiste à la reproduction du même scénario et des
mêmes scènes d’agression que par le passé : des puissances
implacables et acharnées occupent les terres des musulmans,
envahissent leurs esprits et disposent injustement des sorts
de leurs peuples et usent de tous les moyens pour semer la
discorde et entretenir la haine entre les musulmans. Pour
cela, ils ont recours aux mêmes prétextes que ceux arborés
dans le passé par les ennemis implacables des musulmans : le
faux conflit entre musulmans chiites et sunnites en Irak et
dans d’autres pays musulmans.
Afin de parer à ces agressions répétitives et en riposte à
ces tendances pernicieuses, des musulmans à l’esprit éclairé
et bienveillant avancèrent le concept de rapprochement des
madhahib islamiques. Leur but étant de dissiper les conflits
et de raffermir les liens entre toutes les composantes de la
Oumma islamique pour en consolider l’unité et la présence,
en cultivant la prise de conscience des peuples musulmans de
telle sorte qu’ils oeuvrent ensemble à atteindre un avenir
sûr et prospère à l’image de leurs aspirations et qu’ils
s’unissent pour que les tragédies du passé ne se
reproduisent plus. Le concept de rapprochement entre les
madhahib islamiques s’est développé au cours des dernières
décennies, depuis la moitié de la 4ème décennie du siècle
passé jusqu’à nos jours. En effet, ce concept a désormais
suffisamment mûri pour s’ériger en un projet civilisationnel
islamique concrétisé par (la Stratégie pour le Rapprochement
entre les Madhahib islamiques) laquelle stratégie
cristallise la volonté collective des peuples de la Oumma
islamique et qui a été adoptée par la 10ème Conférence du
Sommet islamique.
A la lumière de cette stratégie que j’ai eu l’honneur
d’élaborer, de préparer, de superviser, depuis son ébauche,
son approbation par la Conférence générale de l’ISESCO, puis
par la Conférence islamique des ministres des affaires
étrangères jusqu’à son adoption par la Conférence du Sommet
islamique, je vous présente cet exposé où je prends garde de
ne pas m’appesantir sur les questions juridico-religieuses,
qui sont du ressort des ulémas et des docteurs en droit
investis de la responsabilité de diffuser le savoir
religieux en toute loyauté et conscience, mais je traiterai
plutôt des aspects généraux dans le cadre d’une vision
globale et à la lumière des intérêts suprêmes de la Oumma.
Il me semble impératif, dans un souci de précision et de
rigueur méthodologique et pour éviter toute confusion, de
définir d’abord le concept de rapprochement entre les
madhahib islamiques.
Le concept de rapprochement :
Le terme rapprochement est l’action qui consiste à mettre
près les uns des autres, les visions des choses différentes,
les modes de représentation partagés et les points de vue
divergents pour ce qui concerne par exemple certaines
questions particulières afférentes au fiqh. Ainsi défini, le
rapprochement en islam est la tentative de rapprocher les
doctrines islamiques notamment le sunnisme et le chiisme en
vue de consolider la notion de fraternité et d’unité
islamique et d’éradiquer totalement toute scission entre ces
doctrines(1).
Une telle approche aura pour effet certain le renforcement
de l’entité islamique, la solidarité entre ses membres, et
sera possible par le rapprochement des méthodes
argumentatives lors de l’élaboration des règles juridiques
et la détermination des voies à même de mener au
rapprochement et par la mise au point de moyens susceptibles
de le réaliser.
Mais, le rapprochement est loin d’être une action coercitive
ou une simple formalité à visée politique destinée à combler
des lacunes ou à induire en erreur l’autre partie. C’est au
contraire une démarche essentielle que notre réalité
exige(2).
Il convient aussi de préciser que le rapprochement entre les
madhahib ne veut dire en aucun cas que chaque école renonce
à ses principes de base au profit de l’autre, ou que l’on se
départe de ses convictions, ou encore que l’on abandonne sa
foi religieuse. Aucun homme sensé n’admettra cela. C’est
plutôt la convergence des efforts et la tolérance envers
l’autre pour arriver à un consentement mutuel à même de
réduire les divergences d’opinion. Certes, la différence est
naturelle mais ce n’est pas pour autant qu’elle doit porter
préjudice aux bonnes relations entre musulmans.
L’élimination des points de divergence pour les questions
qui touchent à l’essence de la religion et au fiqh ne se
pose pas à présent et rien ne porte à croire qu’elle sera
matière à divergence à l’avenir. A nous approfondir dans
cette question, on risque de nous perdre et de rendre les
choses plus compliquées.
Ce qui importe le plus aujourd’hui et dans le futur proche
aussi, est qu’on œuvre ensemble, avec l’aide de Dieu, pour
nous mettre d’accord sur les choses immuables qui ne se
prêtent à aucun débat, sur les croyances, la parole de Dieu
révélée au prophète Mohamed fils de Abdellah que la paix et
la prière de Dieu soient sur lui.
Le rapprochement n’est pas non plus que tous les musulmans
embrassent une seule doctrine ou que le chiisme fusionne
dans le sunnisme et vice versa. Il s’agit plutôt, et tel que
nous l’entendons, d’amener les musulmans tous courants
confondus à convenir d’une forme claire de coopération basée
sur l’amour et le rejet de toute tendance fanatique et des
critiques diffamatoires et malveillantes. De cette façon, on
sera à même de réfléchir en toute liberté et sérénité, pour
établir la vérité sans crainte, contrainte ou frustration.
Rien n’interdit aux tenants de la doctrine sunnite de tirer
bénéfice des idées de son homologue chiite et vice versa du
moment que les deux puisent leurs références de la même
source(3).
Il découle de cela qu’il est impossible de faire disparaître
les divergences entre les madhahib islamiques et de les
fusionner en un seul étant donné que la différence des
points de vue procède de la nature même de la vie et de la
création du monde, comme le dit Dieu tout puissant dans la
sourate Hud, versets 118 et 119 : (ils sont toujours en
désaccord sauf ceux à qui Dieu a accordé sa miséricorde et
c’est pour cela qu’Il les a créés). Il serait vain de croire
pouvoir éliminer l’origine du conflit entre les madhahib.
Cependant, on pourrait tout au plus remettre en question les
causes qui font de ce conflit une raison pour se haïr, en
oeuvrant pour ce faire à substituer le rapprochement à la
divergence, la fraternité à l’animosité, d’autant plus que
tous les musulmans, quelle que soit la doctrine dont ils se
réclament, demeurent unanimes pour ce qui est des fondements
de la religion musulmane tels que la profession des deux
témoignages de foi qui font des musulmans des frères unis
par le sang, le patrimoine et l’honneur(4).
Les raisons du rapprochement et sa nécessité :
Tous les courants islamiques sont unanimes quant au fait que
le fiqh porte sur les questions subsidiaires et non à la
substance de l’islam. Ainsi, les efforts d’interprétation de
la chose religieuse ne remettent pas en cause ces
fondements, et se limitent aux autres questions
particulières. Cette pluralité d’opinions caractéristique
des différentes doctrines islamiques constitue l’expression
de la miséricorde, de la tolérance et de la richesse des
idées jurisprudentielles et reflète la diversité des
théories doctrinales et intellectuelles lesquelles prennent
en considération l’évolution de la Oumma, ses exigences et
ses besoins, en perpétuelle variation, selon le temps et
l’espace.
Rappelons que les fondateurs des écoles doctrinales ont reçu
l’enseignement de leurs prédécesseurs notamment ceux dont
ils n’embrassaient pas les mêmes idées, qu’ils ont bâti
leurs théories en puisant dans leurs sources et en apportant
leurs pierres à l’édifice. Les documents précieux qu’ils ont
laissés attestent de façon péremptoire que l’erreur
constitue le critère de base de leurs divergences avec leurs
maîtres, et qu’il ne s’agit nullement d’une rupture avec
l’autre ou d’une négation de l’autre, ou une condamnation de
l’autre ou encore d’une condamnation à l’hérésie(5).
Si telle est la situation de la divergence entre les
madhahib islamiques, ces derniers ne peuvent faire l’objet
du rapprochement escompté sans une détermination
méthodologique rigoureuse de ce concept. Force est de
constater que le domaine du fiqh est un domaine figé en
raison de la contrainte et du conformisme, et que les
juristes ont besoin d’être motivés et encouragés afin qu’ils
avancent des idées novatrices, et des interprétations qui
sortent des sentiers battus.
Toute personne qui s’intéresse au fiqh islamique, savant,
étudiant ou autre, quel que soit le madhab, ne voit pas de
divergences entre ces madhahib et encore moins que celles-ci
portent préjudice à l’unité de la Oumma islamique. Outre le
fait que les points de divergence entre ces madhahib
demeurent limités, ils reflètent aujourd’hui comme hier la
tolérance, la miséricorde et la richesse dans le domaine de
la jurisprudence. A aucun moment de l’histoire de ces
madhahib, on n’a imputé la scission de la Oumma en sunnite
et chiite aux divergences intellectuelles entre le fiqh
Jaâfarite et les madhahib sunnites. De même, les divergences
entre le madhab zaydite et les madhahib sunnites ne les
empêchent pas d’être très proches au sein de la Oumma. Il en
va de même entre le fiqh de Alibadhiya et les autres
madhahib islamiques. Je dirais même que les divergences
entre le fiqh Jaâfarite et les madhahib sunnites ne
diffèrent pas beaucoup des divergences entre les quatre
madhahib sunnites eux-mêmes(6).
De plus, toutes ces divergences entre les madhahib
n’affaiblissent pas l’entité islamique d’autant plus
qu’elles portent sur les aspects particuliers de la religion
c'est-à-dire les domaines qui se prêtent à la jurisprudence
et qui continuent à être l’objet de désaccord. Le droit à la
différence est une loi naturelle dont Dieu nous a gratifié.
Dépasser ces divergences est de l’ordre de l’impossible, les
réduire par un rapprochement sans une rigueur méthodologique
et une détermination minutieuse des objectifs est une
démarche très nuisible car elle va à l’encontre de la
miséricorde et de l’esprit de tolérance. Ainsi, au lieu de
s’épanouir et de s’exprimer librement, les madhahib se
replient et se figent dans le conformisme.
Lorsque nos encyclopédies scientifiques juridico-religieuses
spécialisées et certains pays islamiques reconnaissent les
huit madhahib à savoir le hanafite, malékite, chaféite,
hanbalite, jaâfarite, zaydite, ibadite, dhahirite et lorsque
Al Azhar Al Charif émet la fatwa par exemple de la
possibilité de pratiquer la religion à la lumière du madhhab
jaâfarite, en tant que madhab islamique, et que ce madhab
soit enseigné dans ses instituts et facultés(7), on est
alors en face d’un exemple probant qui œuvre à
l’encouragement de la diversité du fiqh. Devant ce cas de
figure, il faut œuvrer davantage dans le sens d’un
élargissement du champ de la jurisprudence et de l’espace
des échanges d’avis contraires -quand cela est justifié- au
lieu d’abolir ces échanges d’opinions qui constituent-en
vérité- un enrichissement et une créativité en matière de
jurisprudence. Il va sans dire que cette expérience se doit
d’être généralisée dans tous les pays islamiques en ce sens
que les centres de diffusion du savoir religieux et les
encyclopédies doivent prendre en charge le parrainage de la
diversité des écoles du fiqh et mettre à contribution leurs
apports anciens et contemporains.
Par suite, le rapprochement auquel nous aspirons dans le
domaine des madhahib islamiques s’inscrit dans une large
perspective où les maîtres-mots sont tolérance, respect de
l’autre et diversité des opinions et des idées
jurisprudentielles. Il doit également veiller au respect de
l’unité de la religion, de la chari’a et de la Oumma(8).
L’islam a imposé l’unité pour ce qui est des fondements de
la religion et a autorisé la divergence qu’il considère
comme un privilège, dans les questions subsidiaires pour
mieux suivre l’évolution de la société et répondre à ses
nouvelles exigences.
En effet, l’unité de tous les musulmans s’exprime dans trois
éléments à savoir la religion, la chari’a et la Oumma. Cette
unité a eu pour corollaire l’unité de leur civilisation et
de la terre de l’islam. Ces cinq éléments communs à tous
les musulmans n’empêchent pas l’existence d’une diversité et
d’une pluralité à tous les niveaux.
Ainsi, dans le cadre de l’unité de la religion, on assiste à
des représentations différentes au sujet de la transcendance
et de l’analogie selon le degré de rationalisation dans
l’exégèse. Dans le cadre de l’unité de la Oumma, il y a
plusieurs peuples, tribus, couleurs, races, dialectes,
langues et nations. Dans le cadre de l’unité de la
civilisation islamique, on trouve une diversité des
traditions, des usages et des coutumes qui ont eu un impact
important sur la diversité des règles juridiques notamment
le fiqh qui régit les relations entre les hommes. Enfin,
dans le cadre de l’unité de la terre de l’islam, on remarque
la diversité des nations, des pays, des Etats et des régions
affiliés à l’islam.
Il découle de ce qui précède, que dans le cadre de l’unité
de la Oumma, nous devons encourager la diversité, source de
richesse, et non pas abolir la différence des dialectes,
langues, nations, peuples et tribus.
Et dans le cadre de l’unité de la terre de l’islam, nous
devons aller au-delà du (système du nationalisme restreint)
hérité de l’Etat nation européen et encourager au contraire
la diversité qui ne porte pas atteinte à l’unité.
Dans le même sens, il faudrait dans le cadre de l’unité de
la religion, procéder non au rapprochement absolu entre les
madhahib, mais élargir l’espace des échanges des idées
jurisprudentielles, opposées soient-elles, dans le respect
des fondements de l’islam.
Là où l’unité s’impose le plus et de façon urgente est le
domaine des fondements de l’islam car toute discorde à ce
propos mène la Oumma au déchirement et à l’éclatement
surtout que les critères de divergence dans ce cas là -les
fondements- sont (la foi et l’athéisme) et non pas (l’erreur
et la pertinence). Ce sont, donc, les divergences
essentielles (sur les fondements), et non pas les
divergences doctrinales qui, à moins que l’on s’arme de
vérité et de courage pour leur tenir tête, peuvent
constituer un véritable danger pour la Oumma islamique.
Aucun expert en sciences islamiques ou chercheur dans le
patrimoine musulman ne trouvera de trace d’accusation
d’hérésie ou de corruption ou de fausse allégation dans les
madhahib islamiques. Or, les écoles théologiques (Madhahib
Kalamiya) ont transgressé l’unité dans le domaine des
fondements. C’est donc au rapprochement de ces écoles qu’il
faut œuvrer plutôt que de gaspiller l’énergie et l’effort à
faire le rapprochement entre les madhahib portant sur les
questions subsidiaires.
Les différentes doctrines islamiques ne sont pas en rupture
avec la chari’â islamique et ne lui portent en aucune
manière un quelconque préjudice. Le rapprochement
consisterait donc à s’éloigner des accusations d’hérésie des
tenants des discordes politiques, qui ont donné lieu à une
discorde religieuse concernant Imama. Et c’est à ce niveau
qu’il faut mener la stratégie de rapprochement.
Dans ce sens, il est primordial, une fois le rapprochement
entre les madhahib accompli, de déployer tous les efforts en
vue de purifier les sources de la science du kalam
-fondements de la religion- des accusations d’hérésie, de
corruption et du reniement de l’autre chez l’ensemble des
adeptes des différents courants et non chez les madhahib
islamiques et de chercher de nouvelles formes de pensée où
les divergences dépassent les questions de (fond) dans
lesquelles les divergences entraînent (l’athéisme et la foi)
et qui porteraient sur les questions particulières, dont la
discorde est basée sur (l’erreur et la pertinence).
Les divergences doctrinales qui reflètent l’existence d’une
pluralité de questions subsidiaires n’affectent aucunement
l’unité de la Oumma, comme le confirme ce projet à travers
bon nombre de textes.
Il ressort de ces textes que :
1. Les divergences doctrinales tant passées que présentes
ont toujours distingué l’Islam qui en est fier, d’autant
qu’il s’agit là d’une loi naturelle qui persistera jusqu’à
la fin des temps.
2. Les divergences qui déchirent l’unité de la Oumma, en
répandant les accusations d’athéisme et de corruption entre
les madhahib et leurs disciples, séparent la Oumma au niveau
des fondements et de l’essence intacte de la religion(9).
Les objectifs du rapprochement :
Les objectifs du rapprochement doivent être fondamentalement
ceux escomptés par l’action islamique commune, tant à
travers ses voies officielles que populaires. Ces objectifs
se résument comme suit :
1. Consolider l’unité de la Oumma, en éradiquant la source
de la discorde, en renforçant l’attachement aux principes et
valeurs de l’Islam plutôt qu’aux madhahib et surtout en
œuvrant pour que d’aucuns cessent de croire que l’adepte à
l’un des madhahib est forcément l’ennemi des autres madhahib.
2. Mobiliser les potentialités pour agir dans l’intérêt
suprême de la Oumma islamique, protéger ses droits et acquis
et développer les sociétés de la Oumma dans tous les
domaines.
3. Collaborer dans l’intérêt de l’Islam et des musulmans,
dans tous les domaines, dans le cadre des voies ouvertes, et
en premier lieu, l’Organisation de la Conférence islamique,
et ses organisations, avec à leur tête l’Organisation
islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture,
ainsi que les universités, les institutions, les académies
scientifiques et les centres de recherche.
4. Déployer tous les efforts pour la continuité de la
renaissance islamique globale sur des bases économique,
scientifique, technique, culturelle et politique stables
fondées sur le principe de la solidarité islamique.
Les moyens et les voies du rapprochement :
Pour que la Stratégie pour le Rapprochement entre les
Madhahib islamiques ait un impact concret et des résultats
probants à court terme, plusieurs moyens de mise en oeuvre
et plans d’action ont été élaborés :
1. Adopter d’urgence des mesures rigoureuses pour effectuer
des recherches scientifiques et objectives sur chaque madhab
afin d’établir ses références religieuses, ses positions
doctrinales en se basant sur ses propres sources et non sur
ce qui a été écrit à son propos. En effet, chaque madhab a
ses spécificités qu’on ne peut connaître qu’en cherchant
dans ses sources, qu’il s’agisse de ses fondements
dogmatiques ou historiques. Dans ce sens, tout ce qui a été
écrit ou narré sur certains madhahib en dehors de leur
structure réelle a été confondu avec de pures allégations
attribuées à tel ou tel madhab, et le moins que l’on puisse
dire à ce propos est que ces assertions sont fausses et
totalement réfutées par ces madhahib.
2. Etant donné que le rapprochement entre les madhahib doit
satisfaire à des conditions de crédibilité et d’objectivité,
il convient de se référer toujours aux adeptes de ces
madhahib ou aux sources reconnues par ces derniers. En
effet, les données provenant de sources autres que celles
reconnues par le madhab pourraient contenir des thèses sans
fondements, fausses voire suspectes. Et afin de bien
accomplir les travaux de recherche sur le rapprochement
entre les madhahib, il est impératif de :
a) Distinguer le point de vue dominant et le point de vue
particulier au sein de chaque courant. Le chercheur qui
attribue un point de vue à un courant déterminé doit alors
tenir compte du point de vue particulier et veiller à
attribuer ces points de vue à leurs tenants et non au
courant dans son ensemble car chaque courant se définit par
ses idées et principes et non par ses membres.
Pour ce faire, l’ISESCO est appelée à mener, en
collaboration avec les penseurs, ulémas et docteurs de
divers courants, une recherche scientifique qui servira de
référence islamique principale à toute étude portant sur un
courant particulier, à condition que ces penseurs puissent
exploiter les autres moyens de mise en œuvre de la Stratégie
pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques.
b) Respecter le point de vue de l’autre est essentiel dans
tout dialogue et échange de points de vue. Le dialogue
scientifique impartial doit marquer toutes les opérations
menées dans le cadre de la stratégie de rapprochement. Les
divergences qui pourraient en naître sont naturelles et
éthiquement justifiées. En effet, défendre et argumenter son
point de vue est le droit de tout penseur ; en contrepartie,
répondre par des arguments scientifiques est également un
droit. Si, dans un cadre rationnel et logique, cette
question est évidente, elle devient prioritaire quand il
s’agit des questions de jurisprudence.
c) Convenir d’une référence de principe pour trancher dans
les points de vue, objet de dialogue, laquelle référence est
présentée par le Coran et la Sunna, sources auxquelles
doivent se référer tous les madhahib. Théoriquement, tous
les musulmans sont unanimes quant à l’existence d’une seule
référence. Cependant, sous l’influence des tentations
matérielles de la vie, ils n’observent pas souvent les
enseignements de cette référence. En tout état de cause, la
source à laquelle se réfère le rapprochement c’est le Coran
et la Sunna dont l’évidence a été prouvée à tous les
musulmans sans exception.
d) Mettre en exergue les points communs aux madhahib, du
fait qu’ils sont plus nombreux et plus importants que les
divergences et qu’ils sont un facteur fédérateur de tous les
courants. Cette mise en exergue se fait à travers l’édition,
la recherche scientifique et la contribution des médias
aussi bien écrits qu’audiovisuels.
e) Si les divergences prennent le dessus sur les idées et
les opinions, cela ne devrait pas se répercuter totalement
ou partiellement sur les positions des Musulmans quant aux
grandes questions internationales. En effet, les divergences
de pensée ou de doctrine sont, sans l’ombre d’un doute, un
enrichissement de la jurisprudence islamique car c’est une
tradition de longue date et une caractéristique humaine qui
dynamise l’action scientifique et diversifie les règles
législatives. De même qu’elles ont de tout temps favorisé la
richesse et le développement de la science et du fiqh qui
font la fierté du patrimoine islamique dans le monde. De ce
fait, les divergences sur les plans de la pensée et du fiqh
ne constituent ni un danger ni une menace. Ce qui est
menaçant, c’est de voir ces divergences exploitées pour
porter atteinte à l’union de l’Islam et enfreindre la loi
islamique. Ce qui est encore plus dangereux pour la Oumma et
l’unité islamique, c’est l’existence de divergences sur les
fondements de l’Islam. En effet, ce genre de divergences
n’est que perte et dégradation et n’engendre que la
faiblesse, le déchirement et l’hégémonie de l’ennemi. Ainsi,
le principe le plus considérable dans le cadre de la
Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib, c’est
l’unification de la Oumma islamique, l’unité de ses sources
et de ses références, la préservation de sa sécurité
politique, sociale, culturelle, scientifique et économique
pour ne pas favoriser les divergences et parer au
déchirement. Autrement, le Musulman ne pourra pas jouir de
son droit à une vie digne et honorable comme l’une des
gratifications du Tout-Puissant.
f) Traiter en toute objectivité des questions islamiques
ayant un caractère prioritaire et se pencher sur l’essentiel
de ces questions afin que les efforts déployés ne soient pas
canalisés vers des questions secondaires et marginales.
Force est d’accorder la priorité à des questions telles la
désunion des Musulmans, les grands torts faits aux peuples
islamiques et les dangers que représentent la
christianisation et la judaïsation sur leur foi et
l’exploitation de leurs besoins matériels à travers ce genre
d’actions(10).
Le rapprochement étant une action continue, il faut assurer
la continuité d’un dialogue serein et approfondi sur les
questions relatives au rapprochement. Les plans de mise en
œuvre pourraient également prévoir des conférences
spécialisées, l’animation de cours en fiqh comparé,
l’organisation de réunions de penseurs et législateurs, de
docteurs et d’historiens ainsi que tous ceux qui
s’intéressent à cette question de par le Monde islamique.
Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place des
plans d’application dont la mise en œuvre sera confiée aux
parties concernées au sein de chaque société islamique, au
sein d’un même pays ou des communautés et minorités résidant
à l’extérieur des pays musulmans, de manière à ce que ces
plans, programmes et activités de coopération soient
organisés en parallèle avec des campagnes médiatiques de
sensibilisation, des débats sur des questions culturelles et
doctrinales au cours desquels seront débattues en profondeur
et avec objectivité les questions de rapprochement et les
questions liées à l’unification des points de vue, d’ordre
intellectuel et doctrinal. Ces plans doivent être mis en
œuvre selon un calendrier bien déterminé et généralisé à
l’échelle des pays islamiques dans le cadre des activités de
l’ISESCO, puis à un niveau régional, suivis d’activités
portant sur le rapprochement entre les madhahib, lesquels
seront conçus, exécutés, suivis et évalués à l’échelle
locale.
Au préalable, il est nécessaire de créer, au sein des pays
islamiques et au sein des communautés musulmanes, une
instance, un conseil ou une association ou tout autre sorte
de structure dont les attributions et les responsabilités en
matière de rapprochement entre les madhahib seront
déterminées. Ces instances devraient opérer sous l’égide de
l’ISESCO, à l’instar du Secrétariat général de la Fédération
des Universités du Monde islamique. Après constitution, ces
instances seront chargées d’élaborer leur structure, leurs
attributions et responsabilités ainsi que leurs programmes
et plans d’action. Dans leurs activités et programmes, ces
structures devraient s’inspirer des propositions des
penseurs et docteurs de droit islamique, écrivains et ulémas
en coordination avec les pays membres et les instances
similaires opérant actuellement dans le monde islamique.
Elles devraient également assurer les activités suivantes :
1. Elaborer des programmes et des activités de rapprochement
et proposer des plans d’application à différents niveaux,
dans différentes régions et sur divers sujets.
2. Etudier les efforts consentis en vue du rapprochement
entre les madhahib et veiller à les élargir aux différents
pays membres et institutions concernées.
3. Discuter avec les parties concernées, qu’il s’agisse
d’individus ou de groupes, sur des questions intéressant les
Musulmans dans le domaine du rapprochement et mettre au
courant les institutions et les pays concernées de
l’existence de ces contacts à des fins de coopération et de
consultation.
4. Assurer la présentation et le suivi des efforts soutenus
menés à l’échelle internationale, régionale et locale dans
le domaine du rapprochement.
5. Proposer des sujets de recherches islamiques ayant une
dimension fédératrice, conformément aux objectifs du
rapprochement et servant les desseins d’unité et de cohésion
de la religion islamique, tout en veillant à la
généralisation et à la modernisation de ces principes dans
l’intérêt de l’ensemble des Musulmans, de manière à leur
permettre d’accompagner l’évolution civilisationnelle,
scientifique et technologique, redonner à la Oumma le
rayonnement qui lui a été assignée par Dieu et lui conférer
le statut d’une nation unie conformément à la parole du
prophète, prière et salut soient sur lui : «dans leur
affection, leur compassion et leur sympathie, les uns envers
les autres, les croyants sont tels un même corps, lorsqu’un
organe en souffre l’ensemble de l’organisme en pâtit par
l’insomnie et la fièvre»(11).
Mesures pratiques :
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie pour le
Rapprochement entre les Madhahib islamiques, des mesures
complémentaires et cohérentes doivent être prises à
l’échelle nationale, régionale et internationale, notamment
:
1. Mettre en place une politique nationale visant le
rapprochement entre les madhahib islamiques, prévoyant des
plans pratiques susceptibles de permettre aux parties
concernées de faire la lumière sur les divergences
doctrinales d’un point de vue islamique, étant donné qu’il
s’agit d’un phénomène intellectuel procédant de principes
qui ne sont pas en contradiction avec la législation
islamique et se référant à des sources islamiques
authentiques, notamment la jurisprudence fondée sur
l’hypothèse.
2. Intégrer une matière sur le rapprochement entre les
madhahib islamiques dans les programmes de tous les niveaux
de l’enseignement, particulièrement au sein des instituts,
écoles et universités religieuses spécialisées en sciences
juridiques islamiques s’appuyant en cela sur des bases
pédagogiques en mettant l’accent sur cette matière tout au
long du cursus scolaire en en faisant une matière principale
au coefficient élevé.
3. Tenir des conférences périodiques sur la culture du
rapprochement au sein de différents centres qui se penchent
sur des questions culturelles et au sein des écoles et
établissements éducatifs en mettant l’accent sur l’unité
islamique, en expliquant les divergences intellectuelles et
doctrinales entre les madhahib et en veillant à simplifier
leurs motivations et objectifs.
4. Profiter des évènements nationaux et des rencontres
juvéniles pour traiter des questions de rapprochement entre
les madhahib, œuvrer par tous les moyens à la diffusion de
la culture de rapprochement et expliquer que les divergences
entre les madhahib ne signifient pas l’existence de
contradictions mais qu’il s’agit de divergences
jurisprudentielles qui se fondent sur des hypothèses qui
n’ont aucun lien avec l’essence de l’Islam ni avec les
fondements de la religion islamique.
5. Etablir un lien entre les fondements de l’appel
islamique, le contenu des divergences entre les madhahib et
la diversité des fatwas (avis religieux) et mettre en
adéquation les fatwas modernes avec l’essence de l’Islam.
Ces opinions religieuses doivent être mises dans le contexte
référentiel de la législation islamique, de même qu’il faut
se garder de suivre les propos individuels qui ne s’appuient
sur aucune référence religieuse, notamment quand il s’agit
des questions d’ordre social, politique et économique.
6. Convier les facultés et les universités islamiques à
développer leurs programmes et méthodes et à ouvrir de
nouveaux horizons de connaissance par le développement des
études islamiques supérieures dans le cadre du rapprochement
et inciter à ouvrir les portes à l’effort intellectuel en
matière de jurisprudence, conformément aux règles qui sont
en vigueur en droit musulman. Le but est de former des
spécialistes en matière de jurisprudence, des ulémas agrégés
ayant des connaissances approfondies en matière d’islam et
les aider à développer la recherche scientifique
spécialisée, notamment au niveau des études servant les
objectifs du rapprochement et ce, en accordant aux
programmes de rapprochement une place de choix dans les
études religieuses et universitaires et dans le cadre des
travaux de recherche : mémoires de maîtrise, thèses de
doctorat et autres publications.
7. Accorder de l’importance au rôle des imams de mosquées,
les prédicateurs et meneurs de la Da’awa (appel islamique)
et les hommes de médias, les encourager à porter le message
du rapprochement, et les inviter à traiter les questions de
divergence de manière à créer une richesse intellectuelle
qui ouvre l’esprit et consacre l’unité islamique.
Le rapprochement dans le cadre du dialogue inter-islamique :
Le rapprochement est un véritable moyen de cohabitation, de
solidarité et d’union de tous les membres de la Oumma
islamique. Il est à envisager dans le cadre du dialogue dont
nous tenons à asseoir la culture, afin de réaliser la
cohabitation entre les cultures, les civilisations et les
religions. Nous devons considérer le rapprochement comme une
forme de dialogue inter-islamique, auquel nous accordons
sans nul doute toute la priorité et l’intérêt.
Le dialogue inter-islamique occupe une place de choix entre
les différents dialogues qui suscitent l’intérêt des grandes
instances notamment l’Assemblée générale des Nations unies,
qui a déclaré l’année 2001, année des Nations unies pour le
dialogue entre les civilisations.
Il convient donc de nous arrêter à ce niveau pour rappeler
que l’appel au dialogue entre les civilisations a été émis
en République islamique d’Iran, sous l’instigation de
l’ex-Président de la République, Son Excellence M. Mohamed
Khatami, qui a exhorté les Etats lors d’une réunion de
l’Assemblée générale des Nations unies à entreprendre un
dialogue des civilisations du monde entier et qui a fondé le
Centre du dialogue des civilisations à Téhéran en vue de
répandre la culture du dialogue civilisationnel et de
sensibiliser à l’importance de ce dialogue sur tous les
plans.
L’action pour le rapprochement entre les différents courants
islamiques est elle-même à la fois une forme de dialogue
inter-islamique et un objectif majeur de ce même dialogue.
Nous devons unir nos efforts et veiller à accorder au
rapprochement l’intérêt qui lui échoît dans l’action
islamique commune, car les divergences doctrinales entre les
divers adeptes des madhahib ne touchent ni les fondements de
la religion, ni les croyances dont l’abandon est considéré
comme une hérésie. C’est ainsi que le dialogue portant sur
ces questions est non seulement permis, mais requis et
fortement recommandé d’autant qu’il s’agit d’un devoir qui
incombe aux ulémas et savants de la Oumma pour atteindre ce
noble objectif qu’est l’unité des musulmans, objectif au
cœur même de l’action du rapprochement.
Le rapprochement des musulmans se fait à travers le dialogue
inter-islamique qui a pour objectif essentiel de rapprocher
les adeptes des différents madhahib en explorant les
origines de ces discordes, et en en discutant objectivement
sans aucune influence extérieure ou fanatisme, afin d’en
percer le mystère et de mettre fin à l’animosité et
l’hostilité qui déchirent des individus pourtant unis par la
même religion, le même prophète et le même Livre(12). Le
rapprochement des musulmans ne se fera que lorsqu’ils auront
établi une scission totale entre la croyance qui est le
fondement même de la religion et entre les connaissances
propres à chacun et qui font l’objet de conflits sans pour
autant toucher à la foi(13).
La religion bannit les conflits et les divergences et
appelle les musulmans à se conformer aux prescriptions
divines comme on peut le lire dans ces versets : «unissez
vous autour de Dieu et ne vous dispersez point» «Ne vous
disputez pas sinon vous serez perdants» et le hadith du
prophète (paix et prière soient sur lui) «ne devenez pas des
athées après moi et ne vous entretuez pas»(14).
Nous avons enfreint ces règles de conduite et nous voilà
dans la déperdition complètement désunis au nom de la
religion. Les adeptes de chaque courant prônent uniquement
les idées de leur doctrine s’opposant à leurs frères des
autres doctrines sous prétexte de vouloir protéger la
religion qu’ils dénaturent par de tels comportements(15).
La tolérance est une obligation historique, puisqu’elle
existe depuis les premières doctrines et lors de
l’éclatement des pays musulmans. Elle est actuellement de
rigueur et ce, pour deux raisons : d’abord la plupart des
divergences ont trait à l’histoire même du madhab (quel
compagnon élire, la tradition des compagnons en temps de
guerre et en temps normal). Or, l’histoire relève du passé,
et il serait vain de s’y attacher. Ensuite, les problèmes
que les musulmans vivent aujourd’hui entre eux et avec
l’Occident ne peuvent être résolus que s’ils s’unissent(16)
au lieu de se déchirer et de se disperser au bonheur de
l’ennemi et faisant fi de la parole de Dieu : «unissez vous
autour de Dieu et ne vous dispersez pas ; reconnaissez les
privilèges de Dieu qui vous a rendu frères alors que vous
étiez ennemis»(17).
La tolérance est une vertu prônée par l’Islam et le fruit du
dialogue inter-islamique, où ce qui devrait être. Nous
devons être tolérants dans le règlement de nos conflits, car
il n’est toujours pas aisé de convaincre l’autre que sa
vision est erronée. Aussi, est-il de notre devoir de nous
montrer tolérants pour atteindre le rapprochement escompté
conformément à la parole de Dieu : «unissez vous autour de
Dieu et ne vous dispersez pas».
Si les adeptes de certains courants deviennent apostats à
cause des erreurs commises par quelques membres de ces
courants, il ne restera plus aucun musulman sur terre !! Et
l’islam ne serait plus une religion de clémence alors que le
véritable islam est beaucoup plus tolérant(18).
A la fin, je ne peux conclure sans citer les paroles du
défunt Cheikh Rachid Reda : «Les adeptes des doctrines sont
accablés par ce qui leur arrive : «ils s’accusent
mutuellement d’apostasie et d’athéisme alors que tous
désirent parvenir à la vérité qu’ils ont défendue, en
laquelle ils ont cru et à laquelle ils ont appelé. Or,
l’important c’est de fournir un effort de jurisprudence au
risque de se tromper… »(19).
Pour cela, et pour atteindre notre objectif de
rapprochement, nous devons avoir de bonnes intentions, la
bonne foi vis-à-vis des musulmans et être tolérants et
bienveillants à leurs égards.
(1) “Encyclopédie islamique générale”, p. 408, Conseil
supérieur des Affaires islamiques, le Caire, 2001.
(2) “Le rapprochement entre les madhahib islamiques”, vol.
1, p. 4, actes du 1er colloque tenu par l’ISESCO à ce sujet,
Rabat : 16-18 septembre 1991, 2ème éd., Dar Attaqrib Bayna
Al Madhahib Al-Islamiya, Beyrouth, 2003.
(3) Cheikh Mahmoud Chaltout, ancien Imam d’Al-Azhar Al
Charif, dans une interview accordée au journal iranien (ITLAÄT),
rapportée dans le livre (Appel au rapprochement : historique
et documents), pp. 219 et suivants, Ministère Egyptien des
Waqfs, le Caire, 1991.
(4) Cheikh Mohamed El Houcine Al Kachif Alghitae, revue (Rissalat
Al Islam) (message de l’islam), n° 7, p. 268, sans date, Le
Caire.
(5) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib
islamiques, p. 20, pubilée par l’ISESCO, Rabat, 2004.
(6) Idem, pp. 18-19.
(7) Fatwa du Cheikh Mahmoud Chaltout, ancien Imam d’Al-Azhar
Al Charif, connue et publiée dans le livre (Appel au
rapprochement : historique et documents), p. 225, Ministère
Egyptien des Waqfs, le Caire, 1991 et dans le livre (Dossier
du rapprochement : exposé de l’histoire du Groupe de
rapprochement entre les madhahib islamiques au Caire, sa
revue et ses documents), Dr Mohamed Ali Aderchib, Téhéran,
2000, précédemment publié dans le revue (RISSALAT AL ISLAM)
(message de l’islam) du Groupe de rapprochement entre les
madhahib islamiques au Caire, sous le titre (fatwa
historique), n° 43, p. 227, sans date. Cette fatwa mérite
vraiment d’être re-publiée, généralisée et traduite dans les
langues des peuples islamiques.
(8) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib
islamiques, p. 21.
(9) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib
islamiques, p. 21.
(10) Stratégie pour le Rapprochement entre les Madhahib
islamiques, p. 77, publication de l’Organisation islamique
pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO-,
Rabat, 2004.
(11) Hadith reconnu authentique.
(12) Premier communiqué du Groupe de rapprochement entre les
madhahib islamiques, revue (RISSALAT AL ISLAM) (message de
l’islam), n° 1, janvier 1949, le Caire.
(13) Idem.
(14) Rapporté par Al Boukhari.
(15) «Tafssir Al Manar» de Cheikh Rachid Reda, vol. 2 , p.
252, dans l’interprétation de la parole de Dieu:
«Soumettez-vous à Dieu et n’empruntez pas la voie du diable,
c’est votre pire ennemi».
(16) «Al’Imran», verset 103.
(17) «DOHR Al ISLAM», Ahmed Amine, vol. 4 , p. 105, Dar
Alkitab Alârabi, Beyrouth, 5ème édition, 1969. ce dernier
volume a été publié après le décès de l’écrivain en 1954,
c'est-à-dire qu’il a été écrit au début des années 50. On se
demande ce que Ahmed Amine aurait pu écrire à ce sujet s’il
était encore vivant !
(18) «Règlement des divergences entre chiites et sunnites
autour de la Imama», Mustapha Houcini Tabatbai, p. 71,
traduction de Saâd Roustom, édition Alawael, Damas, 2002.
(19) «Tafssir Al Manar», 17ème vol. p. 44, Cheikh Rachid
Reda.
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