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| Éditorial : Alliance des civilisations  |

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| Les valeurs humaines communes et leur rôle dans le renforcement de la solidarité entre les peuples et les nations  'Ayatollah Cheikh Mohamed Ali Taskhiri |

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ÉDITORIAL

Alliance des civilisations 

 

L’alliance des civilisations est le résultat naturel du dialogue entre les civilisations et le fruit des efforts consentis par les sages de ce monde des décennies durant. Cette notion a pris de l’ampleur ces cinq dernières années, depuis que l’Assemblée générale des Nations unies a fait de 2001 l’année des Nations unies pour le dialogue des civilisations.

La communauté internationale, de par son élite intellectuelle et ses institutions de renom, passe ainsi de la phase du dialogue à celle de l’alliance des civilisations. Avant, il s’agissait de diffuser partout la culture du dialogue et lui donner plus de crédit à travers les rencontres et les forums internationaux en attirant l’attention sur le rôle important qu’elle joue dans le rapprochement des points de vue et l’établissement de l’entente entre les cultures et civilisations humaines. Aujourd’hui, un pas supplémentaire est franchi. Du simple dialogue, on est passé à l’alliance des civilisations qui consiste à amorcer une cohabitation civilisationnelle sur la base du respect mutuel et de la sauvegarde des intérêts communs, en s’appuyant sur les lois internationales qui traitent les États sur un pied d’égalité, garantissent les droits des peuples et des nations et maintiennent la paix et la sécurité dans le monde.

A l’instar des relations internationales, l’alliance se fonde sur l’égalité, l’entraide et la volonté commune. L’égalité des forces entre les parties prenantes de l’alliance ne doit donc pas constituer une condition. Car le fait d’exiger l’égalité des forces entre en contradiction avec le concept même d’alliance en tant que pacte qui réunit plusieurs partenaires issus de diverses cultures et de divers contextes. Leur action dans ce sens est motivée par la nécessité de surmonter les conflits et d’aplanir les obstacles qui font barrière à l’entente.

L’alliance met en présence des groupes humains qui appartiennent à différentes civilisations et qui sont appelés à s’entendre sur les plans culturel et civilisationnel et établir entre eux un pacte civilisationnel non pas pour les unir car la différence culturelle et civilisationnelle relèvent de l’ordre de la nature. Il s’agit d’un pacte qui leur fournit un champ d’action collectif pour servir des objectifs nobles et aller jusqu’au bout des aspirations humaines en instaurant paix, stabilité, bien-être et concorde. L’Homme aura ainsi fondé une nouvelle civilisation qui allie entre elles toutes les civilisations et toutes les cultures.

L’alliance des civilisations en cette phase de l’histoire semble être une théorie difficilement applicable. Mais toutes les idées qui ont bouleversé la vie des gens et les ont sorti de la faiblesse et du sous-développement, ont d’abord paru comme des théories idéalistes. Personne ne croyait que, par son intelligence, l’Homme pourrait un jour les traduire en une réalité concrète. C’est ne pas compter avec l’omniscience de Dieu qui a doté l’être humain de capacités insoupçonnables et l’a prédisposé au développement et à l’innovation.

Si tout laisse entendre que la communauté internationale est en quête d’un événement phare qui jette les fondations d’une nouvelle civilisation humaine, l’alliance des civilisations semble être le mode le plus adéquat et le plus applicable à cette fin. Cette idée qui a été engendré par le dialogue des civilisations et des cultures est d’ailleurs débattue dans les différents forums internationaux. En effet, le dialogue international a su s’adapter aux changements que connaît le monde tant et si bien qu’il a pris la dimension d’une entente humaine adoptée par la majorité des parties concernées.

D’un point de vue scientifique, l’alliance des civilisations constitue l’un des moyens les plus pertinents pour réformer l’état du monde et contribuer à la résolution des problèmes et des crises qui touchent la communauté humaine. Car jusqu’ici, ni la politique internationale ni la diplomatie classique, ni toutes ces voies qui manquent de sincérité, de sérieux et d’humanité n’ont pu trouver une solution juste et définitive aux problèmes des hommes.

Le renouvellement de l’édification civilisationnelle du monde passe par l’alliance des civilisations et non pas seulement par le dialogue. Il passe, en outre, par la coopération fructueuse entre les nations et les peuples, conformément aux préceptes des religions révélées, aux principes humanistes et aux dispositions de la Charte des Nations unies. C’est la principale mission des hommes de bonne volonté et des esprits éclairés quelles que soient leurs tendances et quelles que soient leurs civilisations et leurs cultures. L’ultime objectif est celui de construire un avenir sûr et florissant où la dignité et les droits de l’Homme sont préservés, et où le plus fort n’engloutit pas le plus pauvre. La société humaine que nous appelons de nos vœux est une cité de droit où règnent les valeurs de cohabitation, de tolérance et de citoyenneté.

L’alliance des civilisations mérite le sacrifice des hommes de bonne volonté qui ont raison d’œuvrer pour des objectifs aussi nobles que la paix et la sécurité, l’éradication de la pauvreté et des maladies, la lutte contre le crime organisé et contre les différentes formes de terrorisme, la lutte contre l’exploitation de l’être humain et la privation de ses droits, la lutte contre la répression de la volonté des peuples et l’entrave de leur liberté et de leur indépendance, la lutte contre le trafic de drogue et le commerce sexuel, la lutte contre la haine, le racisme et la discrimination ethnique, la lutte contre la fabrication des armes de destruction massive, la lutte pour un usage moral des biotechnologies etc. Tous ces objectifs suscitent l’intérêt de la communauté internationale en cette phase délicate de notre histoire. Aussi, mieux vaut-il que ces objectifs s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie d’alliance des civilisations que d’être laissés à la seule discrétion des gouvernements et des organisations internationales sans aucun soutien culturel. En effet, la réalisation de ces objectifs dans le cadre de l’alliance des civilisations garantit plus de réussite et fournit une plus grande marge de manoeuvre.

La création de l’Organisation des Nations unies était un simple rêve au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Il n’y avait à l’époque aucune lueur d’espoir quant à la création d’une institution alternative plus moderne que la Société des Nations qui n’a pu empêcher le déclenchement de la guerre. Mais la volonté de la communauté mondiale, nouvellement sortie d’une guerre planétaire atroce et destructrice, a surmonté ses divergences en décidant de créer une organisation internationale sur des bases solides et avec un regard tournée vers l’avenir. L’Organisation des Nations unies a marqué l’entrée de la communauté internationale dans une nouvelle phase de coopération internationale, se donnant la promesse de ne plus jamais sombrer dans le bellicisme meurtrier et de fonder les relations internationales sur la sécurité et la paix.

Mais du point de vue de la justice humaine, les Nations unies se sont, hélas, établies sur une base fragile. De fait, cette institution repose sur la supériorité des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité qui, à l’exclusion des autres pays, jouissent d’un droit de veto. Or, combien de crises, de tragédies et d’écarts sont dus à cet avantage injuste que la Charte des Nations unies a accordé aux membres permanents du Conseil de Sécurité.

La communauté internationale tend aujourd’hui à remettre en question les Nations unies et à en  réformer la structure, à commencer par le Conseil de Sécurité. Beaucoup d’études, de débats et d’analyses ont été consacrés à cette question. Le fait est que nous avons besoin aujourd’hui d’une « organisation des civilisations alliées » qui accompagnerait, en la soutenant, l’Organisation des Nations unies afin de l’aider à réaliser les objectifs stipulés dans sa Charte en tenant en compte de toutes les questions qui ne se posaient pas lors de sa création en 1945. C’est là l’espoir de l’humanité aujourd’hui.

La réalisation de ce projet civilisationnel exige beaucoup d’efforts et de patience sur le chemin de l’action commune. Le projet n’est pas si simple et les voies qui y mènent ne sont pas si faciles d’accès. Les obstacles et les difficultés sont nombreux. Car les puissances internationales qui ne partagent pas ces objectifs n’épargneront aucun effort pour tenter d’empêcher les acteurs de ce domaine vital de réaliser ce noble objectif. Mais cela n’entamera en rien la volonté des sages de ce monde qui feront tout pour que les civilisations s’allient pour le bien de l’humanité d’aujourd’hui et de demain.

 

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