ÉDITORIAL
Alliance des civilisations
L’alliance des civilisations est le résultat naturel du
dialogue entre les civilisations et le fruit des efforts
consentis par les sages de ce monde des décennies durant.
Cette notion a pris de l’ampleur ces cinq dernières années,
depuis que l’Assemblée générale des Nations unies a fait de
2001 l’année des Nations unies pour le dialogue des
civilisations.
La communauté internationale, de par son élite
intellectuelle et ses institutions de renom, passe ainsi de
la phase du dialogue à celle de l’alliance des
civilisations. Avant, il s’agissait de diffuser partout la
culture du dialogue et lui donner plus de crédit à travers
les rencontres et les forums internationaux en attirant
l’attention sur le rôle important qu’elle joue dans le
rapprochement des points de vue et l’établissement de
l’entente entre les cultures et civilisations humaines.
Aujourd’hui, un pas supplémentaire est franchi. Du simple
dialogue, on est passé à l’alliance des civilisations qui
consiste à amorcer une cohabitation civilisationnelle sur la
base du respect mutuel et de la sauvegarde des intérêts
communs, en s’appuyant sur les lois internationales qui
traitent les États sur un pied d’égalité, garantissent les
droits des peuples et des nations et maintiennent la paix et
la sécurité dans le monde.
A l’instar des relations internationales, l’alliance se
fonde sur l’égalité, l’entraide et la volonté commune.
L’égalité des forces entre les parties prenantes de
l’alliance ne doit donc pas constituer une condition. Car le
fait d’exiger l’égalité des forces entre en contradiction
avec le concept même d’alliance en tant que pacte qui réunit
plusieurs partenaires issus de diverses cultures et de
divers contextes. Leur action dans ce sens est motivée par
la nécessité de surmonter les conflits et d’aplanir les
obstacles qui font barrière à l’entente.
L’alliance met en présence des groupes humains qui
appartiennent à différentes civilisations et qui sont
appelés à s’entendre sur les plans culturel et
civilisationnel et établir entre eux un pacte
civilisationnel non pas pour les unir car la différence
culturelle et civilisationnelle relèvent de l’ordre de la
nature. Il s’agit d’un pacte qui leur fournit un champ
d’action collectif pour servir des objectifs nobles et aller
jusqu’au bout des aspirations humaines en instaurant paix,
stabilité, bien-être et concorde. L’Homme aura ainsi fondé
une nouvelle civilisation qui allie entre elles toutes les
civilisations et toutes les cultures.
L’alliance des civilisations en cette phase de l’histoire
semble être une théorie difficilement applicable. Mais
toutes les idées qui ont bouleversé la vie des gens et les
ont sorti de la faiblesse et du sous-développement, ont
d’abord paru comme des théories idéalistes. Personne ne
croyait que, par son intelligence, l’Homme pourrait un jour
les traduire en une réalité concrète. C’est ne pas compter
avec l’omniscience de Dieu qui a doté l’être humain de
capacités insoupçonnables et l’a prédisposé au développement
et à l’innovation.
Si tout laisse entendre que la communauté internationale est
en quête d’un événement phare qui jette les fondations d’une
nouvelle civilisation humaine, l’alliance des civilisations
semble être le mode le plus adéquat et le plus applicable à
cette fin. Cette idée qui a été engendré par le dialogue des
civilisations et des cultures est d’ailleurs débattue dans
les différents forums internationaux. En effet, le dialogue
international a su s’adapter aux changements que connaît le
monde tant et si bien qu’il a pris la dimension d’une
entente humaine adoptée par la majorité des parties
concernées.
D’un point de vue scientifique, l’alliance des civilisations
constitue l’un des moyens les plus pertinents pour réformer
l’état du monde et contribuer à la résolution des problèmes
et des crises qui touchent la communauté humaine. Car
jusqu’ici, ni la politique internationale ni la diplomatie
classique, ni toutes ces voies qui manquent de sincérité, de
sérieux et d’humanité n’ont pu trouver une solution juste et
définitive aux problèmes des hommes.
Le renouvellement de l’édification civilisationnelle du
monde passe par l’alliance des civilisations et non pas
seulement par le dialogue. Il passe, en outre, par la
coopération fructueuse entre les nations et les peuples,
conformément aux préceptes des religions révélées, aux
principes humanistes et aux dispositions de la Charte des
Nations unies. C’est la principale mission des hommes de
bonne volonté et des esprits éclairés quelles que soient
leurs tendances et quelles que soient leurs civilisations et
leurs cultures. L’ultime objectif est celui de construire un
avenir sûr et florissant où la dignité et les droits de
l’Homme sont préservés, et où le plus fort n’engloutit pas
le plus pauvre. La société humaine que nous appelons de nos
vœux est une cité de droit où règnent les valeurs de
cohabitation, de tolérance et de citoyenneté.
L’alliance des civilisations mérite le sacrifice des hommes
de bonne volonté qui ont raison d’œuvrer pour des objectifs
aussi nobles que la paix et la sécurité, l’éradication de la
pauvreté et des maladies, la lutte contre le crime organisé
et contre les différentes formes de terrorisme, la lutte
contre l’exploitation de l’être humain et la privation de
ses droits, la lutte contre la répression de la volonté des
peuples et l’entrave de leur liberté et de leur
indépendance, la lutte contre le trafic de drogue et le
commerce sexuel, la lutte contre la haine, le racisme et la
discrimination ethnique, la lutte contre la fabrication des
armes de destruction massive, la lutte pour un usage moral
des biotechnologies etc. Tous ces objectifs suscitent
l’intérêt de la communauté internationale en cette phase
délicate de notre histoire. Aussi, mieux vaut-il que ces
objectifs s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie
d’alliance des civilisations que d’être laissés à la seule
discrétion des gouvernements et des organisations
internationales sans aucun soutien culturel. En effet, la
réalisation de ces objectifs dans le cadre de l’alliance des
civilisations garantit plus de réussite et fournit une plus
grande marge de manoeuvre.
La création de l’Organisation des Nations unies était un
simple rêve au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Il
n’y avait à l’époque aucune lueur d’espoir quant à la
création d’une institution alternative plus moderne que la
Société des Nations qui n’a pu empêcher le déclenchement de
la guerre. Mais la volonté de la communauté mondiale,
nouvellement sortie d’une guerre planétaire atroce et
destructrice, a surmonté ses divergences en décidant de
créer une organisation internationale sur des bases solides
et avec un regard tournée vers l’avenir. L’Organisation des
Nations unies a marqué l’entrée de la communauté
internationale dans une nouvelle phase de coopération
internationale, se donnant la promesse de ne plus jamais
sombrer dans le bellicisme meurtrier et de fonder les
relations internationales sur la sécurité et la paix.
Mais du point de vue de la justice humaine, les Nations
unies se sont, hélas, établies sur une base fragile. De
fait, cette institution repose sur la supériorité des cinq
membres permanents du Conseil de Sécurité qui, à l’exclusion
des autres pays, jouissent d’un droit de veto. Or, combien
de crises, de tragédies et d’écarts sont dus à cet avantage
injuste que la Charte des Nations unies a accordé aux
membres permanents du Conseil de Sécurité.
La communauté internationale tend aujourd’hui à remettre en
question les Nations unies et à en réformer la structure, à
commencer par le Conseil de Sécurité. Beaucoup d’études, de
débats et d’analyses ont été consacrés à cette question. Le
fait est que nous avons besoin aujourd’hui d’une «
organisation des civilisations alliées » qui accompagnerait,
en la soutenant, l’Organisation des Nations unies afin de
l’aider à réaliser les objectifs stipulés dans sa Charte en
tenant en compte de toutes les questions qui ne se posaient
pas lors de sa création en 1945. C’est là l’espoir de
l’humanité aujourd’hui.
La réalisation de ce projet civilisationnel exige beaucoup
d’efforts et de patience sur le chemin de l’action commune.
Le projet n’est pas si simple et les voies qui y mènent ne
sont pas si faciles d’accès. Les obstacles et les
difficultés sont nombreux. Car les puissances
internationales qui ne partagent pas ces objectifs
n’épargneront aucun effort pour tenter d’empêcher les
acteurs de ce domaine vital de réaliser ce noble objectif.
Mais cela n’entamera en rien la volonté des sages de ce
monde qui feront tout pour que les civilisations s’allient
pour le bien de l’humanité d’aujourd’hui et de demain.
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