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ÉDITORIAL
Rénover la civilisation
A méditer les différentes étapes de l’histoire humaine,
l’on peut conclure que la civilisation est le fruit des
efforts consentis par l’Homme pour pouvoir vivre sur terre
en liberté, dans la dignité et le bien-être, tout en
s’assurant les meilleures conditions de sécurité et de
quiétude.
C’est dire que le terme civilisation signifie, comme le
soulignent unanimement les historiens, l’ensemble des
œuvres créées par l’Homme dans des domaines aussi divers
que les sciences, les arts, la littérature, le patrimoine
matériel et immatériel, l’industrie, les découvertes, les
modes de vie et de pensée et bien d’autres paradigmes.
Il en découle que la civilisation est, en somme,
l’ensemble des créations de l’Homme à travers le temps et
l’espace. Elle est définie selon le texte coranique en ces
termes : "Tandis que [l'eau et les objets] utiles aux
hommes demeurent sur la terre" (Ar-Raad, 17)
Dans le Coran, la bonne action, quelle qu’en soit la
nature et quelle qu’en soit l’envergure, constitue un acte
civilisateur, enrichissant et renforçant l’édifice de la
civilisation, dont les bienfaits, loin d’être l’apanage
d’un quelconque groupe, sont généralisés à l’humanité tout
entière. Elle est comparée, à juste titre, à un grain
fécond donnant lieu à un arbre béni aux multiples branches
se déployant progressivement, au service de tous les êtres
humains, selon l’aptitude des individus et des groupes à
savoir en tirer profit.
De ce qui précède, on peut avancer que l’essor et la
floraison de la civilisation, fruit même du génie humain
et d’un usage rationnel des ressources et des
savoir-faire, ont toujours été tributaires de la bonne
action et de la dynamique créative et innovatrice. Un tel
état d’esprit est de nature à renforcer l’édifice
civilisationnel, favoriser la réforme, et susciter chez
l’individu le souci d’innover, d’opérer le changement et
de contribuer à la construction et au progrès.
Pour peu qu’elle se fonde sur les valeurs de bien,
d’équité et de justice, la civilisation sert la promotion
de l’individu et de la société, prodiguant ses bienfaits
indéniables sur toute l’humanité.
Ce sont là justement autant de principes et de
spécificités propres à la civilisation islamique et qui
font d’elle une civilisation universelle, pérenne et
ouverte, réprouvant toute velléité de racisme, d’exclusion
ou d’ostracisme.
La civilisation islamique a rayonné et prospéré à une
époque où les Musulmans ont excellé dans les divers
domaines de la connaissance, par un apport considérable et
enrichissant qui n’a pas manqué, au fil des conquêtes, de
briller de son éclat sur les quatre coins du globe,
plusieurs siècles avant l’avènement, en Europe, de
l’époque des Lumières.
Après une période d’apogée et d’interaction fructueuse,
elle a sombré, peu à peu, dans une longue décadence,
perdant de son influence ; son apport à la civilisation
humaine a diminué progressivement, même si l’essence qui
fait sa force n’a pas été affectée. Cet état de décadence
est survenu à un moment où les Musulmans qui ont manqué à
leurs mission et devoir ont perdu leur ascendant sur la
civilisation humaine.
De fait, les sources dans lesquelles la civilisation
islamique puise tout son dynamisme sont loin d’être
atteintes, sa renaissance étant d’abord le fruit de
l’existence même de l’Islam comme religion à vocation
universelle, mais aussi du rôle des Musulmans. Ceux-ci,
nonobstant leur situation actuelle et les graves défis
auxquels ils sont confrontés, sont porteurs du flambeau
qui guide l’humanité sur le chemin du Bien. Car ils sont
investis de la mission de transmettre le Dernier Message,
lequel constitue, pour les fidèles de la religion
musulmane, une source d’inspiration et un mode de vie
quotidien.
Pour la civilisation islamique, ce Message tient lieu de
source de grandeur et de viabilité, de contact et de
dialogue avec les autres civilisations, lui permettant de
répondre aux exigences du développement et du progrès.
Tirant sa force de ses principes intrinsèques, la
civilisation islamique s’assure les conditions de
viabilité et d’épanouissement grâce à sa capacité d’entrer
en interaction avec les autres civilisations et cultures,
qu’elles soient anciennes ou contemporaines. Elle tend
ainsi à favoriser une dynamique de brassage
civililisationnel et culturel où la logique de choc et de
confrontation cède la place à celle de la concurrence et
de l’émulation, laquelle dynamique reflète la Volonté de
Dieu dans l’Univers.
Toute tendance à privilégier l’option de confrontation
risque, en effet, de dépouiller la civilisation de ses
dimensions universelles, en portant sérieusement atteinte
à ses spécificités culturelles et intellectuelles,
précipitant son déclin et son effondrement. Car une
civilisation humaine digne de ce nom n’entretient pas des
rapports conflictuels avec les autres civilisations. De
telles attitudes belliqueuses sont, en fait, l’œuvre de
certains individus égarés et malintentionnés qui ne font
pas honneur à leur civilisation.
Selon cette conception, la civilisation, en tant que force
motrice d’édification au service de l’Homme, fondée sur
les principes de justice, d’équité et de paix, reste par
définition immunisée contre toute velléité tendancieuse et
cynique de tels individus.
Dès lors qu’elle rejette toute forme d’oppression, de
violence et de confrontation, la civilisation en tant que
telle est une force vouée au développement de la vie
citadine, à la promotion de l’Homme et à l’enrichissement
intellectuel et affectif.
Partant de ce constat, la futilité de la théorie dite du
"choc des civilisations" est clairement établie, en dépit
de l’enveloppe académique dans lequel elle est présentée,
de la séduction et de l’attrait qu’elle exerce sur une
bonne partie de l’élite intellectuelle, en raison
notamment du rôle des grands médias qui, souvent,
déforment les réalités et servent de canaux à la diffusion
des fausses allégations.
La civilisation islamique a été, au fil des époques, d’un
riche apport à l’humanité, et dispose toujours des
potentialités et des conditions objectives lui permettant
de continuer à jouer son rôle afin d’assurer le bien-être
de l’Humanité. Mais, la situation que traverse aujourd’hui
le monde islamique a pour conséquence de l’affaiblir
davantage, de l’empêcher d’explorer les divers champs du
savoir et d’aspirer à l’excellence et à l’innovation dans
les sciences, les technologies, les lettres et les arts.
Pourtant, ce sont là les conditions de base qui
permettront au monde islamique d’entamer un nouveau cycle
civilisationnel.
Or, l’état de régression généralisée dont pâtit le monde
islamique ne peut qu’avoir des répercussions dramatiques
sur la capacité des Musulmans d’accomplir leurs missions
et de s’acquitter de leur responsabilité à l’égard de
l’humanité. La force d’une civilisation est sans conteste
le reflet de son dynamisme et de sa créativité. Bien que
les sources de rayonnement de la civilisation islamique ne
se soient pas taries (elles ne le seront jamais grâce à
Dieu) il n’en demeure pas moins que la situation actuelle
ne favorise pas une réforme globale de la Oumma. Car nos
sociétés ont besoin d’un sang nouveau pour la promotion du
développement global et équilibré, selon une approche
novatrice qui permet de lutter contre la pauvreté,
l’ignorance et les maladies. Or, ce sont là trois fléaux
qui rongent la Oumma et constituent de sérieux handicaps
face au progrès et à la réalisation des objectifs
unanimement souhaités, transcendant par là même les
différends politiques, doctrinaux, intellectuels et
culturels.
Ces objectifs sont la promotion économique et sociale, le
développement de l’éducation et de l’enseignement,
l’excellence scientifique et technologique, la promotion
de la culture et des lettres dans tous les domaines et à
tous les niveaux.
C’est justement là la voie unique à emprunter et la règle
à observer pour rénover la civilisation islamique, comme
le montrent les diverses expériences humaines cumulées au
fil des siècles. C’est ce qu’on appelle, conformément à la
conception coranique, la loi établie par Dieu envers ses
créatures : ... " et tu ne trouveras pas de changement
dans la loi de Dieu " (Al-Ahzab, 62).
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