Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -
Accueil Directeur Général Education Sciences Culture CPID Coopération Secrétariat GC & EC

Note

| Éditorial : Rénover la civilisation |  
| Les Musulmans d’Occident et le Monde islamique  'Dr Abdulaziz Othman Altwaijri  |
|
 
Méthode du discours religieux selon la conception coranique 'Dr Youssef El Qardaoui  |
|  Rétablissement de la confiance entre le Monde islamique et l’Occident 'Dr Mahmoud Hamdi Zaqzouq  |
|
Le rapprochement entre les madhahib islamiques   |
|
 Le fiqh de l’urbanisme dans la civilisation islamique 'Dr Khaled Mohamed Azab  |
|
Connaissance des pays islamiques : République islamique de Mauritanie  |

ÉDITORIAL
Rénover la civilisation

 

A méditer les différentes étapes de l’histoire humaine, l’on peut conclure que la civilisation est le fruit des efforts consentis par l’Homme pour pouvoir vivre sur terre en liberté, dans la dignité et le bien-être, tout en s’assurant les meilleures conditions de sécurité et de quiétude.

C’est dire que le terme civilisation signifie, comme le soulignent unanimement les historiens, l’ensemble des œuvres créées par l’Homme dans des domaines aussi divers que les sciences, les arts, la littérature, le patrimoine matériel et immatériel, l’industrie, les découvertes, les modes de vie et de pensée et bien d’autres paradigmes.

Il en découle que la civilisation est, en somme, l’ensemble des créations de l’Homme à travers le temps et l’espace. Elle est définie selon le texte coranique en ces termes : "Tandis que [l'eau et les objets] utiles aux hommes demeurent sur la terre" (Ar-Raad, 17)

Dans le Coran, la bonne action, quelle qu’en soit la nature et quelle qu’en soit l’envergure, constitue un acte civilisateur, enrichissant et renforçant l’édifice de la civilisation, dont les bienfaits, loin d’être l’apanage d’un quelconque groupe, sont généralisés à l’humanité tout entière. Elle est comparée, à juste titre, à un grain fécond donnant lieu à un arbre béni aux multiples branches se déployant progressivement, au service de tous les êtres humains, selon l’aptitude des individus et des groupes à savoir en tirer profit.

De ce qui précède, on peut avancer que l’essor et la floraison de la  civilisation, fruit même du génie humain et d’un usage rationnel des ressources et des savoir-faire, ont toujours été tributaires de la bonne action et de la dynamique créative et innovatrice. Un tel état d’esprit est de nature à renforcer l’édifice civilisationnel, favoriser la réforme, et susciter chez l’individu le souci d’innover, d’opérer le changement et de contribuer à la construction et au progrès.

Pour peu qu’elle se fonde sur les valeurs de bien, d’équité et de justice, la civilisation sert la promotion de l’individu et de la société, prodiguant ses bienfaits indéniables sur toute l’humanité.

Ce sont là justement autant de principes et de spécificités propres à la  civilisation islamique et qui font d’elle une civilisation universelle, pérenne et ouverte, réprouvant toute velléité de racisme, d’exclusion ou d’ostracisme.

La civilisation islamique a rayonné et prospéré à une époque où les Musulmans ont excellé dans les divers domaines de la connaissance, par un apport considérable et enrichissant qui n’a pas manqué, au fil des conquêtes, de briller de son éclat sur les quatre coins du globe, plusieurs siècles avant l’avènement, en Europe, de l’époque des Lumières.

Après une période d’apogée et d’interaction fructueuse, elle a sombré, peu à peu, dans une longue décadence, perdant de son influence ; son apport à la civilisation humaine a diminué progressivement, même si l’essence qui fait sa force n’a pas été affectée. Cet état de décadence est survenu à un moment où les Musulmans qui ont manqué à leurs mission et devoir ont perdu leur ascendant sur la civilisation humaine.

De fait, les sources dans lesquelles la civilisation islamique puise tout son dynamisme sont loin d’être atteintes, sa renaissance étant d’abord le fruit de l’existence même de l’Islam comme religion à vocation universelle, mais aussi du rôle des Musulmans. Ceux-ci, nonobstant leur situation actuelle et les graves défis auxquels ils sont confrontés, sont porteurs du flambeau qui guide l’humanité sur le chemin du Bien. Car ils sont investis de la mission de transmettre le Dernier Message, lequel constitue, pour les fidèles de la religion musulmane, une source d’inspiration et un mode de vie quotidien.

Pour la civilisation islamique, ce Message tient lieu de source de grandeur et de viabilité, de contact et de dialogue avec les autres civilisations, lui permettant de répondre aux exigences du développement et du progrès.

Tirant sa force de ses principes intrinsèques, la civilisation islamique s’assure les conditions de viabilité et d’épanouissement grâce à sa capacité d’entrer en interaction avec les autres civilisations et cultures, qu’elles soient anciennes ou contemporaines. Elle tend ainsi à favoriser une dynamique de brassage civililisationnel et culturel où la logique de choc et de confrontation cède la place à celle de la concurrence et de l’émulation, laquelle dynamique reflète la Volonté de Dieu dans l’Univers.

Toute tendance à privilégier l’option de confrontation risque, en effet, de dépouiller la civilisation de ses dimensions universelles, en portant sérieusement atteinte à ses spécificités culturelles et intellectuelles, précipitant son déclin et son effondrement. Car une civilisation humaine digne de ce nom n’entretient pas des rapports conflictuels avec les autres civilisations. De telles attitudes belliqueuses sont, en fait, l’œuvre de certains individus égarés et malintentionnés qui ne font pas honneur à leur civilisation.

Selon cette conception, la civilisation, en tant que force motrice  d’édification au service de l’Homme, fondée sur les principes de justice, d’équité et de paix, reste par définition immunisée contre toute velléité tendancieuse et cynique de tels individus.

Dès lors qu’elle rejette toute forme d’oppression, de violence et de  confrontation, la civilisation en tant que telle est une force vouée au développement de la vie citadine, à la promotion de l’Homme et à l’enrichissement intellectuel et affectif.

Partant de ce constat, la futilité de la théorie dite du "choc des civilisations" est clairement établie, en dépit de l’enveloppe académique dans lequel elle est présentée, de la séduction et de l’attrait qu’elle exerce sur une bonne partie de l’élite intellectuelle, en raison notamment du rôle des grands médias qui, souvent, déforment les réalités et servent de canaux à la diffusion des fausses allégations.

La civilisation islamique a été, au fil des époques, d’un riche apport à l’humanité, et dispose toujours des potentialités et des conditions objectives lui permettant de continuer à jouer son rôle afin d’assurer le bien-être de l’Humanité. Mais, la situation que traverse aujourd’hui le monde islamique a pour conséquence de l’affaiblir davantage, de l’empêcher d’explorer les divers champs du savoir et d’aspirer à l’excellence et à l’innovation dans les sciences, les technologies, les lettres et les arts. Pourtant, ce sont là les conditions de base qui permettront au monde islamique d’entamer un nouveau cycle civilisationnel.

Or, l’état de régression généralisée dont pâtit le monde islamique ne peut qu’avoir des répercussions dramatiques sur la capacité des Musulmans d’accomplir leurs missions et de s’acquitter de leur responsabilité à l’égard de l’humanité. La force d’une civilisation est sans conteste le reflet de son dynamisme et de sa créativité. Bien que les sources de rayonnement de la civilisation islamique ne se soient pas taries (elles ne le seront jamais grâce à Dieu) il n’en demeure pas moins que la situation actuelle ne favorise pas une réforme globale de la Oumma. Car nos sociétés ont besoin d’un sang nouveau pour la promotion du développement global et équilibré, selon une approche novatrice qui permet de lutter contre la pauvreté, l’ignorance et les maladies. Or, ce sont là trois fléaux qui rongent la Oumma et constituent de sérieux handicaps face au progrès et à la réalisation des objectifs unanimement souhaités, transcendant par là même les différends politiques, doctrinaux, intellectuels et culturels.

Ces objectifs sont la promotion économique et sociale, le développement de l’éducation et de l’enseignement, l’excellence scientifique et technologique, la promotion de la culture et des lettres dans tous les domaines et à tous les niveaux.

C’est justement là la voie unique à emprunter et la règle à observer pour rénover la civilisation islamique, comme le montrent les diverses expériences humaines cumulées au fil des siècles. C’est ce qu’on appelle, conformément à la conception coranique, la loi établie par Dieu envers ses créatures : ... " et tu ne trouveras pas de changement dans la loi de Dieu " (Al-Ahzab, 62).

 

Untitled Document