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Éditorial : Le dialogue : une
force de construction et un moteur de développement
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Éditorial
Le dialogue : une force de construction et un moteur de développement
On assiste actuellement à un foisonnement de points de vue autour de la question du dialogue entre civilisations, entre cultures et entre religions révélées. Dans les milieux intellectuel et culturel à l’échelle internationale, les idées inspirées par les différents volets de ce dialogue sont légion. Il s’ensuit une pléthore de thèses, de théories, de principes et d’acceptions qui ont consacré la dimension internationale du dialogue, et montré par là même sa nécessité vitale. De larges perspectives se sont ainsi ouvertes, qui permettent à l’humanité d’exploiter le dialogue dans le règlement des conflits internationaux ou, à tout le moins, dans l’atténuation des litiges qui naissent entre les États et la résorption des facteurs de tension et de perturbation qui règnent dans les sociétés humaines contemporaines.
Plus qu’un enrichissement, le foisonnement et la diversité de ces points de vues constituent une actualisation de la notion de dialogue telle qu’elle fut prônée par les religions révélées et pratiquée par les cultures humaines et les civilisations qui se sont succédées depuis l’aube de l’Histoire.
Ce n’est guère un hasard si l’idée de dialogue entre les civilisations a émergé précisément à l’orée de ce troisième millénaire et plus exactement dans le Monde islamique. On remarquera, en effet, que cette idée n’a pas vu le jour en Occident, sachant que c’est le monde occidental qui a pris l’initiative d’établir les règles du droit international moderne en mettant en place la Charte des Nations Unies (1945) et la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) ainsi qu’une série de traités, de conventions et d’accords internationaux qui organisent les relations internationales et oeuvrent au service des intérêts humains et à la promotion des principes d’entente, de cohabitation et de coopération au sein de la grande communauté internationale.
L’appel au dialogue entre civilisations fut l’œuvre originale de l’Organisation de la Conférence islamique car aucune autre organisation internationale ou régionale n’a pris pareille initiative. Force est de voir là un signal fort et un symbole dénotant que le Monde islamique croit pleinement à l’idée de dialogue et qu’il est convaincu, sans l’ombre d’un doute, que le dialogue représente un principe authentique faisant partie intégrante de la civilisation islamique millénaire.
Propre au Monde islamique, cette spécificité civilisationnelle s’est traduite par la qualité de la participation de l’Organisation de la Conférence islamique, à travers l’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture, à l’Année des Nations Unies pour le Dialogue entre les Civilisations, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies. Cinq conférences internationales ont été organisées autour du dialogue entre les civilisations, dont trois ont été tenues à Rabat, Tunis et Damas sous le patronage de chefs d’État. Deux conférences ont été tenues en Europe, à Berlin et à la principauté du Liechtenstein. De plus, cette participation qualitative à l’Année internationale du Dialogue a été couronnée par la publication en arabe, en anglais et en français du Livre Blanc sur le dialogue des civilisations. A noter qu’en raison du succès remporté par ce livre, une deuxième édition en a été publiée quelques mois seulement après sa parution.
La foi du Monde islamique en l’idée du dialogue procède de l’esprit de la religion musulmane qui ne fait pas de différence entre les races et les ethnies car c’est une religion qui croit en un seul et unique Dieu, un Dieu Clément et Miséricordieux, Créateur de l’Homme et de tous les êtres vivants ; la Paix est l’un de Ses "plus beaux noms". De fait, Dieu a créé les gens en peuples et nations pour qu’ils se connaissent car l’islam croit en l’unité du genre humain. Dieu dit dans le Saint Coran : "Ô gens, nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez entre vous. Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux.(1)"
Le dialogue est donc une idée islamique et l’appel au dialogue est une attitude éminemment musulmane. C’est pour cette raison que l’islam, plus que tout autre religion, prône le dialogue entre les civilisations non pas d’une position de faiblesse ou d’infériorité par rapport aux autres civilisations, notamment la civilisation occidentale, mais dans le but de sauvegarder les intérêts suprêmes de l’humanité et d’appliquer les préceptes de la foi musulmane dans la vie d’ici-bas où l’Homme est mis à l’épreuve.
La nouvelle conjoncture internationale a engendré de profonds changements sur les plans politique, intellectuel et culturel et a orienté le monde vers de nouvelles voies. C’est dans ce contexte que "l’Année internationale du Dialogue entre les Civilisations" a conclu à la pertinence de la notion de dialogue en soulignant qu’il n’existe aucune autre alternative pour sortir du cercle des conflits qui menace la stabilité internationale et met en danger la paix et la sécurité dans le monde. Car toute autre option ne ferait qu’aggraver crises et belligérances et attiser le feu des conflits dans différentes régions du globe.
Certes, tout le monde est d’avis que le dialogue entre les civilisations est nécessaire pour sauver le monde des conflits culturels et du choc des civilisations et que la communauté internationale se doit de poursuivre ses efforts dans le but de maintenir ce dialogue au delà de "l’Année des Nations Unies pour le Dialogue des Civilisations". Cela confirme la nécessité d’établir un ordre mondial culturel et civilisationnel qui se fonde sur les règles du droit international, s’inspire des commandements des religions révélées et repose sur les principes humanistes développés par les cultures et les civilisations qui ont spontanément cohabité et interagi tout au long de l’Histoire humaine. Si bien qu’en tout état de cause, la communauté internationale doit privilégier la loi sur la force, la justice et la paix sur l’iniquité et la guerre ; les peuples du monde doivent cohabiter dans le respect mutuel, loin de toutes les formes de discrimination raciale, de préférence culturelle ou de lutte civilisationnelle.
L’élite scientifique et intellectuelle ainsi que les décideurs politiques et les personnes influentes au sein de l’opinion publique sont intimement convaincus que le dialogue est une sage option dans le sens où elle constitue une force de construction et un moteur de développement. Néanmoins, le dialogue ne doit guère se cantonner dans les domaines classiques que sont la pensée, la culture, l’histoire et le savoir. En effet, il est appelé à constituer l’un des principes stables de la politique internationale et une méthode présidant à la marche des relations internationales sur tous les plans.
En outre, toutes les parties et tous les partenaires doivent avoir recours au dialogue pour régler leurs différends, désamorcer les crises avant même qu’elles ne se déclenchent et mettre fin aux conflits qui naissent par manque de dialogue.
Toutefois, l’appel au dialogue entre civilisations restera sans effet et n’aboutira à aucun résultat palpable tant que les relations internationales ne sont pas régies par les règles de justice , de paix et de droit et tant que les grandes puissances ne se soumettent pas à la légalité internationale, sous l’égide des Nations Unies.
Nonobstant les défis de taille qui s’opposent à l’idée de dialogue des civilisations, la logique et l’Histoire laissent entendre que le dialogue des civilisations prendra immanquablement le dessus car c’est là une loi instaurée par Dieu, et "tu ne trouveras aucun changement à la loi de Dieu".
(1) Al Houjourate, verset 13.
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