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Revue l'islam aujourd'hui N° 12-1415H/1994

 

La culture de l'enfant musulman entre le concept de la sainte nature et les influences étrangères
Dr. Mustapha Ahmed Ali

 

Après l'accession à l'indépendance des pays de la Oumma, les générations qui ont détenu le pouvoir ne se sont guère préoccupées de l'identité culturelle. En effet, celles-ci se sont intéressées aux sciences expérimentales et techniques considérées comme  des outils indispensables pour s'engager dans la voie du progrès, et se hisser à un niveau civilisationnel  digne. Le mot d'ordre à l'honneur c'était "empruntons ce qui nous convient". Cependant, les années d'après l'indépendance ont démontré que les sciences expérimentales et techniques ne constituaient guère le remède efficace aux maux du sous-développement, à savoir l'ignorance, la misère, la dépendance et l'inertie. C'est ainsi que la majorité des plans pédagogiques et des programmes culturels fondés essentiellement sur les moyens matériels et techniques ont échoué et n'ont pu atteindre leurs objectifs puisqu'ils ne prenaient pas en considération l'homme en tant qu'être civilisationnel, porteur d'une culture, d'une histoire et des valeurs morales et spirituelles. Ainsi, le désintérêt et l'indifférence affichés par les sociétés islamiques envers de tels plans n'ont-elles rien de surprenant.

C'est suite à cette période que la définition de l'identité culturelle a vu le jour. Les philosophes et les planificateurs se sont rendus compte alors de l'intérêt de la culture en tant que facteur essentiel dans le développement global de toute société. En effet, la culture s'intéresse à l'homme en tant qu'artisan et but du développement, et la promotion socio-économique de la société dépend de l'essor culturel et intellectuel de l'individu. Cette vérité qui s'applique à la société humaine, en général,  vaut, en particulier, pour la société islamique dans laquelle l'Islam constitue un creuset civilisationnel et culturel maintenant l'unité et la solidité de la Oumma. En outre, l'Islam confère à la société islamique des caractéristiques intellectuelles distinctes et constitue une source dans laquelle elle puise les raisons de sa grandeur et de sa distinction ainsi que ses conceptions intellectuelles et philosophiques et ses innovations artistiques et littéraires. L'enfant en tant que donnée essentielle dans la formation de l'individu et, partant, de la société, constituera, dans cette perspective, le pivot du développement.

Néanmoins, l'Islam ne considère pas l'essor comme une fin en soi, mais il préconise le respect et la primauté de l'homme. Ainsi, la Sourate du Voyage Nocturne le confirme dans le verset 70: "Nous avons ennobli les fils d'Adam. Nous les avons portés sur la terre ferme et sur la mer. Nous leur avons accordé d'excellentes nourritures. Nous leur avons donné la préférence sur beaucoup de ceux que nous avons créés".

Les rapports de l'homme avec son Créateur et avec sa société devront se compléter afin de donner toute sa valeur à cet ennoblissement nourri par les dispositions innées et la nature originelle de l'homme.

Dans cette recherche, nous traiterons les fondements de la culture de l'enfant musulman, selon la notion de la "sainte nature" telle qu'elle est définie par le Saint Coran et la Sunna. L'approche adoptée ici se veut  exhaustive, et se base sur des critères qui permettraient d'éviter l'égarement et la dérive. Nous exposerons ensuite les influences culturelles externes exercées par les institutions modernes qui sont responsables de la délinquance de l'enfant.

La notion de la "sainte nature"

La conception de l'enfant dans l'Islam est liée à la notion de la sainte nature, et ce, conformément à la tradition du Prophète selon laquelle: "Tout enfant vient au monde avec une sainte nature. Ce sont ses parents qui font de lui un  juif, un chrétien ou un mazdéen". Les lexicographes ont défini la "sainte nature" comme une disposition que Dieu a créée avec l'homme. C'est ce qui est inhérent à la nature humaine, comme  la connaissance de Dieu. C'est ainsi qu'on interprété le verset suivant : "La sainte nature inhérente à l'homme et que le Seigneur a inculqué aux gens. La création de Dieu ne peut guère changer" (voir le grand dictionnaire arabe Taj al-Arouss, ch. 13, p. 329). Les versets coraniques révèlent que cette sainte nature n'est autre que la religion de rectitude qui a pour principes essentiels l'unicité de Dieu, le repentir et le refus de l'associationnisme. Le hadith précité abonde dans ce sens. En effet, l'enfant est né à l'état de nature, prédisposé à embrasser l'Islam. Cependant, sous l'effet de traditions surannées et déviantes émanant de son milieu familial et social, l'enfant s'écarte de la voie sublime que lui a tracée sa noble religion. Le Saint Coran dit à cet égard: "Acquitte-toi des obligations de ta religion en vrai croyant et selon la nature que Dieu a donnée aux hommes en les créant. Il n'y a pas de changement dans la création de Dieu. Voici la Religion immuable; mais la plupart des hommes ne savent rien. Revenez repentants vers Dieu; craignez le, acquittez-vous de la prière, ne soyez pas au nombre des polythéistes ni de ceux qui ont divisé leur religion et qui ont formé des sectes, chaque faction se réjouissant de ce qu'elle détient" (Al- Roum, 30-32).

Les traits et les bases de cette sainte nature de l'enfant sont précisés dans ces verset du Coran où Luqman dit à son fils en l'exhortant: "O mon fils! n'associe rien à Dieu. Le polythéisme est une injustice. Nous avons recommandé à l'homme, au sujet de ses parents: - Sa mère l'a porté extrêmement faible et il a été sevré au bout de deux ans. - Sois reconnaissant envers moi et envers tes parents. Le retour se fera vers moi. Si tous deux te contraignent à m'associer à ce dont tu ne possèdes aucune connaissance, ne leur obéis pas. Comporte-toi, avec eux, en ce monde, d'une façon convenable. Suis le chemin de celui qui revient vers moi. Votre retour se fera ensuite vers moi et je vous ferai connaître ce que vous faisiez. - O mon fils! même si c'était l'équivalent du poids d'un grain de moutarde et que cela fût caché dans un rocher ou dans les cieux, ou sur la terre, Dieu le présentera en pleine lumière. - Dieu est subtil et bien informé. - O mon fils! Acquitte-toi de la prière; ordonne ce qui est convenable; interdis ce qui est blâmable, supporte patiemment ce qui t'arrive: tout cela fait partie des bonnes résolutions. Ne détourne pas ton visage des hommes; ne marche pas sur la terre avec arrogance. Dieu n'aime pas l'insolent plein de gloriole. Sois modeste dans ta démarche; modère ta voix: la voix la plus désagréable est la voix de l'âne" (Luqman,versets 13-19).

Ainsi, ces versets définissent-ils la relation entre l'individu et son créateur (la croyance) et entre l'individu et sa société (le milieu). Ces relations tracées par la méthode coranique traitent des conditions devant être respectées pour la formation intellectuelle et sociale de l'enfant. Elles constituent, de surcroît, les fondements de la culture de l'enfant musulman et comportent les critères moraux compatibles avec la sainte nature.

L'enfant et la foi

La foi en Dieu et en son Message constitue le plus important pilier du Dogme qui a éclairé le chemin de l'humanité depuis Adam. Ce qui ressort du verset coranique que voici : "Dites: Nous croyons en Dieu, à ce qui nous a été révélé, à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus; à ce qui a été donné aux prophètes, de la part de leur Seigneur. Nous n'avons de préférence pour aucun d'entre eux; nous sommes soumis à Dieu" (la Vache, verset 136). La prédication islamique a été choisie par Dieu pour couronner les missions antérieures et pour compléter ses bienfaits sur l'humanité. L'examen des divers aspects du Dogme islamique, de la stabilité des critères observés, de la clarté et de la justesse de ses principes révèlent sa conformité avec les dispositions naturelles de l'être humain.

a) Réforme de la croyance, c'est-à-dire rejet de l'associationnisme. En effet, les adeptes des missions antérieures ont donné des associés et des fils à Dieu. Le rejet de l'associationnisme est une idée centrale dans le dogme du musulman qui se conforme aux dispositions naturelles de l'homme où qu'il soit, étant donné qu'elle libère l'individu de l'adoration de son semblable et le dévoue totalement à son Créateur.

L'histoire des conquêtes islamiques témoigne merveilleusement de la grandeur de l'Islam. En effet, des millions de démunis appartenant aux peuples dominés par les Chosroès et les Césars ont trouvé dans l'Islam un refuge contre l'oppression. Actuellement, nous assistons à une ruée des exclus de l'Inde, des Noirs et métis de l'Amérique vers l'Islam pour s'abriter contre l'injustice.

b) Universalité de l'Islam : En effet, l'Islam  n'est pas l'apanage d'un seul peuple comme le judaïsme; et il ne s'est pas confiné à un seul aspect de la vie au détriment d'autres à la manière du christianisme. Au contraire, il est universel en ce sens qu'il tient compte aussi bien des dimensions spirituelles que matérialistes. Il s'est adapté à tous les espaces et à toutes les époques. Cependant, universalité ne signifie pas un modèle uniformiste puisqu'aucune culture ancienne ni moderne n'a mieux que l'Islam reconnu le droit à la différence. En outre, aucune religion à part l'Islam n'a rassemblé autant de peuples de différentes couleurs dans un même cadre tout en s'abstenant d'imposer un seul modèle civilisationnel et un même style de vie. De la sorte, les peuples ne sont pas culturellement déracinées et leurs identités respectives bafouées. Sans doute le déraillement de la civilisation moderne qui tente d'imposer son modèle déficient et contraire à la sainte nature transparaît-il à travers les destructions des deux derniers siècles, lesquelles ont nuit à l'homme et ont eu des effets néfastes sur divers espaces et cultures. Par ailleurs, l'universalité du dogme, se reflète dans ce message de l'Islam adressé à l'humanité entière: "O vous les hommes! Craignez votre Signeur qui vous a créés d'un seul être, puis, de celui-ci, il a créé son épouse et il a fait naître de ce couple un grand nombre d'hommes et de femmes" (Les Femmes, verset 1). Contrairement aux autres cultures antérieures et postérieures, l'Islam n'a pas considéré la diversité des langues et des couleurs comme une raison pour la discrimination mais plutôt comme un témoignage de l'omnipotence du Créateur: "Parmi Ses Signes: la création des cieux et de la terre; la diversité de vos idiomes et de vos couleurs" (Al-Roum, verset 22). En outre, l'Islam mesure la valeur de l'homme sur des critères moraux objectifs : "O vous les hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez entre vous" (Les Appartements, verset 13).

Par ailleurs, le Hadith affirme que "les hommes sont aussi égaux que les dents d'un peigne"; et qu'ils "sont tous d'Adam et Adam est de terre"; ou encore que "les musulmans sont tous aussi justes les uns que les autres, et le moindre d'entre eux peut se porter garant des autres". L'Islam est respectueux des principes de la vertu, de justice et d'égalité, non seulement envers les musulmans mais aussi vis-à-vis de tous les hommes, qu'ils soient musulmans ou non. Ainsi, dans cette perspective islamique, seul Dieu Tout-Puissant, est au dessus de tous. Voici ce que dit le Coran à cet égard: "O vous qui croyez! Tenez-vous fermes comme témoins, devant Dieu, en pratiquant la justice. Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices. Soyez justes! La justice est proche de la piété. Craignez Dieu! Dieu est bien informé de ce que vous faites"(Sourate de la Table, verset 8). Sans doute, l'individu réagit-il favorablement aux préceptes éthiques préconisés par l'Islam dans la vie sociale, culturelle, politique et économique, car ils sont compatibles avec ses dispositions naturelles. Dès lors qu'elles sont objectives et absolues et transcendent les frontières spatio-temporelles, ces normes prennent le pas sur ces principes modernes liés aux droits de l'homme et au libéralisme. Les événements ont révélé que ces derniers principes dépendent toujours des intérêts étroits et constituaient une arme brandie par les riches contre les pauvres. En revanche, les orientations édictées par le Coran et par la sunna ont favorisé le brassage de divers peuples au sein d'un vaste cadre culturel et civilisationnel, que chacun enrichi par ses expériences antérieures, pourvu qu'elles soit en harmonie avec la sainte nature inhérente à l'individu. En effet, selon le Hadith: "le croyant recherche la sagesse là où elle se trouve, car qui mieux que lui en serait digne". Grâce à son dynamisme et à l'écho favorable qu'il a rencontré, l'Islam s'est abbreuvé de civilisations antérieures, en leur empruntant ce qu'elles ont de meilleur. Rien d'étonnant alors, comme l'a déjà remarqué l'illustre historien Ibn Khaldoun que: "la majorité des savants musulmans soient des persans. Les lettrés arabes versés dans les sciences religieuses ou profanes sont en effet peu nombreux. Même ceux parmi eux qui ont une origine arabe, ont reçu une éducation persanne, parlaient une  langue qui n'étaint pas proprement arabe, et avaient pour Maîtres des savants persans. La raison en est qu'au début de l'Islam les sciences et les arts étaient loin d'être prospères dans un milieu encore proche de la nature et dominé par le nomadisme. Les prescriptions de la loi islamique- ses interdits et ses recommandations- sont apprises par coeur, d'après le Coran et de la Sunna du prophète et de ses campagnons. Car, les arabes bédouins de l'époque ne pratiquaient pas l'enseignement, ne consignaient pas par écrit les traditions orales, et ne composaient donc pas de livres. Toutes ces choses-là ne leur paraîssaient pas nécessaires" (Muqaddima, p. 1048). Cependant la vie simple et nomade menée par les Arabes ne les a nullement empêché à se conformer aux prescriptions de l'Islam ni de s'en imprégner pour policer leurs  traditions et leur coutumes ancestrales.

 Un poète arabe, évoquant le nouvel ordre moral qui s'instaura à l'avènement de l'Islam, parla ainsi à une femme de sa tribu :

O Oum Malik, la vie de nomade,

transportant avec lui sa tente, n'est plus.

Les cous sont maintenant mis à la chaîne,

Le jeune, tout comme son aîné,

ne profèrent plus de paroles injustes,

Et les mégères ont cessé leurs objurgations.

Par ailleurs, Ibn Fâris a écrit dans son ouvrage "Al-Sahibi fi Fiqh Al-Lugha" (traité de philologie), (p. 78), qu'"à l'époque anté-islamique, les arabes avaient hérité de leurs ancêtres leurs idiomes, leur littérature et leurs rites. Mais avec l'avènement de l'Islam, des changements se sont produits, des religions ont été abrogées, et des pratiques  annulées. On a vu également  des mots de la langue changer de sens, ou disparaître, au moment où s'installent de nouvelles règles et pratiques religieuses".

Ce changement a, par ailleurs, affecté la littérature et les arts arabes notamment la poésie qui était le reflet de la culture anté-islamique. Ibn Khaldoun, dans sa Muqaddimat, (p. 1097), la considérait comme "le répertoire complet de leurs sciences et des dates marquantes de leur histoire. Elle est le critère d'après lequel ils distinguaient ce qui est faut et ce qui est juste. C'était un art très à l'honneur chez eux". La poésie a  contribué en effet à raffiner la langue des Arabes, à fertiliser leur imagination créative, et à élever leurs styles. Dans le même ordre d'idée, al-Jorjani a écrit : "quand l'Islam prédomina, que l'empire arabe s'étendit, que les gens de la campagne vinrent, par vagues successives, s'installer dans les innombrables villes fraîchement construites, le goût se raffina et les moeurs s'adoucirent. Alors les gens commencèrent à parler d'une manière élégante et harmonieuse, choisissant des mots agréables par leur exquise musicalité, et émouvants par leur force expressive" (Al-wasata, p. 18). Ibn Khaldoun,  pour sa part, a soutenu : "Que l'on considère la prose ou la poésie, (on s'aperçoit que) la langue des Arabes de l'époque islamique était, du point de vue de l'éloquence, plus raffinée et plus élégante que celle de leurs ancêtres païens"(Muqaddimat, p. 1115).

 Pour récapituler, nous dirons que l'Islam, par son approche  qui convient à merveille à la sainte nature de l'homme, à ces caractères et dispositions innés, est par vocation la religion d'ouverture qui favorise toutes les cultures quelque soient leurs origines, tant qu'elles ne vont pas à l'encontre de la sainte nature de l'homme. Ainsi, dans le creuset islamique des  cultures  d'horizons différents ont pu fleurir, se raffermir et s'enrichir dans un climat général profondément impégné de l'idéal islamique, et qui les protège contre toute tentative de mystification, de dénigrement ou d'uniformisation

Enfant et environnement

La Sunna nous apprend que la famille est à l'origine des entorses faites par l'enfant à  la sainte nature et à  la foi originelle. Ainsi, les parents le destinent-ils à "être juif, chrétien ou mazdéen". La même idée est confirmée dans ce passage du Coran déjà cité où Luqman recommande à son fils : "Si tous deux (tes parents) te contraignent à m'associer à ce dont tu ne possèdes aucune connaissance, ne leur obéis pas. Comporte-toi, avec eux, en ce monde d'une façon convenable. Suis le chemin de celui qui revient vers moi. Votre retour se fera ensuite vers moi et je vous ferai connaître ce que vous faisiez) (Luqman: 15). A l'instar des autres communautés humaines, l'Islam s'est intéressé en premier lieu à la famille considérée comme source de la bonne ou mauvaise conduite et comme principale institution sociale légitime dans laquelle grandit l'enfant et qui garantit la continuité de l'homme. Dieu a dit: "Dieu vous a donné des épouses nées parmi vous. De vos épouses, il vous a donné des enfants et des petits enfants; il vous a accordé des choses excellentes. Vont-ils donc croire ce qui est faux et méconnaître les bienfaits de Dieu?" (Sourate des Abeilles, verset 72). Bien plus, l'Islam s'occupe de  l'institution de la famille avant même le mariage, puisque le prophète dit: "On épouse une femme pour quatre raisons: sa fortune, sa beauté, la noblesse de son rang social, et sa piété. Choisis cette dernière, et tu verras!". Par ailleurs, c'est la famille qui, aux yeux de l'Islam, garantit la quiétude et la tranquillité de l'esprit.: "C'est Lui qui vous a créés d'un seul être dont il a tiré son épouse pour que celui-ci repose auprès d'elle"(Al-Araf, verset 189). Chaque membre de la famille -père, mère, enfants- porte une part de responsabilité selon le hadith du Prophète que voici: "L'homme est un pasteur chez lui, et il est responsable de ses ouailles; la femme est une bergère dans la demeure de son mari et elle est responsable de ce qu'elle garde; le fils est gardien des biens de son père et il en est responsable ...".

L'Islam a défini chacune de ces responsabilités et a conféré l'autorité à l'homme: "Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles, et à cause des dépenses qu'ils font pour assurer leur entretien" (Les Femmes, verset 34). Il a, de surcroît, recommandé à l'homme de consulter sa femme et se comporter convenablement avec elle. Le prophète a dit à ce propos : "le meilleur d'entre vous est celui qui se comporte bien avec les femmes et avec sa famille. Je suis l'exemple pour vous tous". Le Coran a également déterminé le devoir de l'enfant envers ses parents: "Nous avons recommandé à l'homme, au sujet de ses parents: - sa mère l'a porté extrêmement faible et il a été sevré au bout de deux ans. Sois reconnaissant envers moi et envers tes parents. Le retour se fera vers moi" (Luqman, verset 14). On doit donc obéissance totale aux parents, à moins qu'ils ne mettent en cause la foi : "Si tous deux te contraignent à m'associer ce dont tu ne possèdes aucun connaissance, ne leur obéis pas" (Luqman, verset 15). L'Islam a respecté la vie affective de l'individu et n'a point recommandé de rompre les relations avec les proches parents : "Ni vos liens familiaux, ni vos enfants ne vous seront utiles le jour de la Résurrection. Dieu tranchera entre vous; Il voit parfaitement ce que vous faites" (L'Epreuve, verset 3).Mais, dit un autre verset du Corant, "Dieu ne vous interdit pas d'être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons; - Dieu aime ceux qui sont équitables"(L'Epreuve, verset: 8).

Par ailleurs, l'Islam a déterminé la responsabilité du père envers son fils. Le Prophète recommande au père de bien éduquer son fils: "Eduquer correctement son fils vaut mieux que de distribuer l'aumône aux pauvres"; ou encore: "Une bonne éducation est le meilleur don qu'un père puisse faire à son fils". Ainsi, il a recommandé de lui apprendre le Coran, lui ordonner d'accomplir la prière à l'âge de sept ans, lui inculquer les règles de tir, de natation et de l'équitation, et lui léguer un bon héritage. Il s'est, par ailleurs, intéressé aux aspects psychologiques et affectifs de l'enfant, "Aimez vos enfants et soyez cléments avec eux" dit le Prophète. Il a prôné la justice et l'égalité entre les fils: "Craignez Dieu et soyez justes envers vos enfants".

L'enseignement et l'éducation de l'enfant en dehors de la famille reposent sur cette vision de la famille qui respecte la nature originelle et inhérente de l'enfant telle que définie par le Coran et la Sunna. Ainsi, les Compagnons du Prophète ont-ils pris la mesure du rôle de l'enseignant qui parachève  l'éducation de l'enfant, et qui doit, de ce fait, donner l'exemple de la bonne conduite et du respect des prescriptions divines. Parlant de l'enseignant, l'Imam Ali a dit que celui-ci, pour mieux s'acquitter de son devoir d'éducateur, doit être lui-même bien éduqué. Les oeuvres que les Oulémas musulmans nous ont léguées, dégagent, d'une manière on ne peut plus claire, les différents aspects d'une philosophie pédagogique universelle qui repose sur la culture islamique et intègre toutes les dimensions  psychiques, morales, sociales et sportives de l'enfant. A ce propos, Ibn Qudama Al-Maqdissi a fait un exposé clair et concis de l'éducation de l'enfant dans son ouvrage Minhaj Al-Qassidin: "Sachez, écrit-il, que l'enfant est un être confié à ses parents. Son coeur est une terre vierge. Ses parents et enseignants sont recompensés pour l'avoir bien éduqué; ces derniers sont également responsables de sa mauvaise éducation. Il incombe aux parents d'inculquer de bons principes à leurs enfants et de les protéger des mauvaises relations et des plaisirs débridés de la vie aisée. Si l'enfant fait preuve de bonne éducation, il doit être recompensé et félicité. En revanche, s'il commet une erreur, il ne faut pas  lui en vouloir trop. Mais si cela se reproduit, il est puni en cachette et menacé de dévoiler au grand jour son erreur. Mais il ne faut surtout pas le réprimander à tout bout de champ, car une chose devenue trop habituelle se banalise et perd de son efficacité. La mère doit lui faire craindre son père, lui interdire de dormir le jour, mais ne lui défend pas de dormir la nuit; elle le fait dormir sur des lits durs -pour qu'il ne se ramolisse pas-, lui procure des vêtements rugueux, de la nourriture frugale; elle lui apprend la marche et le sport afin de le prémunir contre la paresse. Les parents doivent également lui interdire la gloriole, lui inculquer la modestie et la bienveillance envers son entourage. Il faut lui apprendre à donner plutôt qu'à recevoir et lui montrer les méfaits de la thésaurisation de l'argent. Il doit apprendre à ne pas cracher ou se moucher en présence des autres; à s'asseoir convenablement; à parler peu et en cas de besoin; et à écouter attentivement ses interlocuteurs surtout s'ils sont plus âgés que lui. Il faut lui interdire la vulgarité et les mauvaises fréquentations, tout en lui permettant de se distraire pendant ses loisirs. On lui recommande en outre l'obéissance et le respect envers ses parents et ses enseignants" (op. cit. pp. 159-161).

Influences culturelles externes

L'influence culturelle étrangère provenant de l'Europe a débuté avec la campagne française sur l'Egypte à la fin du 18ème siècle. Auparavant, des relations à caractère missionnaire existaient entre la Syrie et la France. Cependant, la passion de la révolte et ses slogans libéraux et humanitaires ont assuré à la campagne de l'Egypte un grand succès et l'ont ressorti de son cadre chrétien réprouvé par les musulmans. C'est ainsi que Napoléon a dû adopter en apparence l'Islam, et marqué ses distances avec le christianisme .

Par ailleurs, la campagne française avait un caractère culturel apparent. En effet, bon nombre de chercheurs de différentes spécialités se sont dirigés à l'époque vers l'Egypte. En dépit de l'échec militaire de cette campagne, elle a réalisé dans une large mesure ses objectifs culturels surtout qu'elle a été favorablement accueillie par les souverains musulmans qui aspiraient à se doter des connaissances techniques et militaires afin de consolider leur pouvoir personnel. Pour ce faire, ils ont envoyé des missions à l'Europe et ont fait venir des groupes scientifiques européens qui allaient se multiplier et devenir très influents avec l'instauration du colonialisme proprement dit. Ces groupes ont ainsi constitué le noyau des futures institutions pédagogiques modernes, notamment les écoles, les instituts et les universités ainsi que des institutions de culture et de loisirs dont les masse-médias. Nous traiterons des impacts culturels exercés par ces institutions exogènes.

Institutions pédagogiques et éducatives

Ces institutions comprennent les divers niveaux de l'enseignement par lesquels passe l'enfant. Elles ne se distinguent ni par leur origine ni par leur point de départ, des autres institutions administratives, juridiques, sociales et politiques qui émanent  historiquement de l'ère coloniale et qui fondent l'Etat moderne dans le monde arabo-islamique. Mais ce qui constitue le trait le plus marquant de ces institutions, c'est l'orientation culturelle qui les inspire, et les méthodes d'enseignement qu'elles pratiquent à tous les niveaux. Ainsi, dès son jeune âge, l'enfant se trouve noyé dans un univers pédagogique et culturel qui ne fait aucun cas des principes éducatifs et des spécificités culturelles islamiques. Or ces principes, vue leur importance stratégique capitale, devraient constituer la base de tout système éducatif et culturel dans les pays islamiques.

Ainsi, les tendances contemporaines dominantes dans beaucoup de pays islamiques sont aux antipodes de la stratégie pédagogique des anciens musulmans, laquelle reposait sur un fondement culturel islamique nettement marqué. A cet égard, Ibn Khaldoun a écrit que "l'apprentissage du Coran à l'enfant était une pratique religieuse à l'honneur dans l'ensemble des provinces islamiques. On estimait, en effet, que Coran, ainsi que les traditions du prophète, contribuaient à enraciner la foi, et inculquer aisément les différents dogmes à l'enfant encore jeune. L'étude du Coran est devenue ainsi une étape préalable avant d'aborder d'autres disciplines" (Muqaddimat, p. 1038).

   Après le Coran, on passait à d'autres domaines de connaissance et aux autres matières considérées comme des moyens pour mieux comprendre la religion. Il s'agit, entre autres, du hadith, du droit canonique, de la théologie (science de l'unicité de Dieu), de la biographie du prophète, de l'histoire des hauts personnages musulmans et des conquètes islamiques, de la langue et de la littérature arabes, de la médecine et d'autres sciences profanes. A ce propos, Omar a écrit à Abou Moussa Al-Achaâri: "Etudiez la Sunna et l'arabe, et déclamer le Coran conformément aux bons usages de la langue arabe, langue de la Révélation". A Omar, on attribue également ces propos: "Apprenez l'arabe - car il constitue un devoir religieux-; étudiez les prescriptions de la loi religieuse", ou encore: "O hommes, ne délaissez point la poésie de la Jahiliya (période préislamique), car elle aide à expliquer le Coran".

 Puis vint une époque où les fondements de l'identité, de l'authenticité et de la culture n'occupaient plus qu'une place marginale dans les programmes scolaires.

  Par ailleurs, tout en feignant l'objectivité, l'impartialité et la scientificité, les méthodes appliquées reposent souvent sur les philosophies, les visions et les valeurs occidentales, selon une stratégie orientaliste visant à imposer leur hégémonie à nos sociétés et à les restructurer conformément à des conceptions et à des intérêts déterminés. En effet, ces méthodes font peu de cas sinon négligent totalement l'histoire islamique glorieuse par ses innombrables réalisations scientifiques dans divers domaines, tels l'astrologie, les mathématiques, la médecine, la géodésie, l'architecture, la connaissance des mers et les découvertes géographiques. Tous ces apports remarquables sont délibérément méconnus, cependant que l'enfant musulman grandit en ayant à l'esprit les réalisations et les victoires légendaires de personnalités toutes occidentales. Et il est significatif à cet égard que les encyclopédies universelles mises à la disposition de nos enfants retracent l'histoire de ces sciences en commençant par les époques greque et romaine, puis passent aux siècles des Lumières et à la  Renaissance européenne, négligeant ainsi une grande période de l'histoire étalée sur six siècles.

Ces méthodes affichent donc une attitude indifférente sinon opposée aux principes et aux fondements de la culture islamique. En effet, on remarque à cet égard que les sciences humaines modernes tout comme les sciences exactes reposent sur des théories et des hypothèses qui s'opposent dans la plupart des cas à la religion, sinon la rejettent totalement. C'est ainsi que se creuse dans l'esprit de l'enfant un énorme fossé entre les principes de la religion et les orientations de sa famille, d'une part; et, d'autre part, entre les principes de l'éducation et de la culture acquises à l'école moderne.

  La situation est pire dans les écoles privées qui ont essaimé dans de nombreux pays arabes et islamiques et qui sont fondées sur des bases missionnaires occidentalistes. Ces écoles adoptent en effet les mêmes méthodes et aspirent à réaliser les mêmes objectifs que les écoles occidentales qui les inspirent. L'enfant y acquiert une connaissance solide sur la civilisation, l'histoire, les personnages et la culture occidentale, alors qu'il ignore jusqu'aux rudiments de son histoire et de sa culture. Par ailleurs, il convient de rappeler que ces écoles sont privilégiées dans les sociétés islamiques et constituent souvent un passage obligé aux postes clés dans divers domaines d'activité. Et il est frappant que ces écoles soient justement le monopole de l'élite dans le Monde islamique.

Moyens de culture et de loisir

Ils englobent la radio, la télévision et le livre. Comparés à l'école, ces moyens n'assument qu'un rôle secondaire car elles ne concourent pas directement à la formation de l'enfant. Néanmoins, ce sont ces institutions culturelles qui parachèvent l'éducation et l'enseignement commencés à l'école, et occupent ainsi une part importante dans les loisirs de l'enfant. En outre, celui-ci choisit ces moyens culturels spontanément et volontiers vu les plaisirs qu'ils lui procurent et les divertissements qu'ils lui offrent. Aussi l'emportent-ils de loin sur les institutions éducatives et marquent profondément sa culture et son éducation.

Les programmes culturels et de loisir présentés à l'enfant proviennent souvent des sources européennes. Il en est ainsi notamment des émissions  de la radio et de la télévision qui sont étrangères à la société et à la civilisation islamiques. Mais outre ces émissions en direct, l'enfant subit également l'influence des cassettes sonores ou vidéo, des journaux et des ouvrages entièrement ou partiellement consacrés à une audience très jeune. Il est à rappeler, par ailleurs, qu'à l'instar des institutions pédagogiques, les organes culturels ne disposent d'aucun plan stratégique répondant aux fondements culturels des peuples arabo-islamiques. En effet, les programmes présentés véhiculent souvent des valeurs culturelles qui exaltent l'héroïsme démesuré, l'agressivité, la violence et l'égoïsme. Autant de valeurs contraires aux principes de la culture islamique puisqu'elles reposent sur des symboles culturels et artistiques propres à l'environnement européen, mais incompatibles avec la réalité de l'enfant  musulman.

Ainsi, l'ensemble des facteurs externes dont on a parlé provoquent chez l'enfant un dédoublement de la personnalité, et un déchirement pschycologique. Et, tiraillé de la sorte entre diverses tendances et conceptions, l'enfant devient inconsistant et incapable de se comporter normalement dans la société. Il se laisse donc emporter par le courant occidentaliste, qui lui impose ainsi sa langue, ses conceptions littéraires, artistiques et ludiques, ses habitudes vestimentaires et gastronomiques, bref son mode de vie. Si bien que les conceptions et les symboles culturels islamiques deviennent pour lui étrangers, et éprouve à leur égard un sentiment d'embarras, de contrariété, voire de honte. Et puis, ce phénomène s'est étendu à une grande majorité des classes sociales, ce qui accentue sa gravité, puisque les enfants d'aujourd'hui sont les hommes de demain.

 Il faut donc que tout projet ayant pour objectif l'enfant musulman soit axé sur les conceptions islamiques, levain de notre civilisation et de notre culture, conformément à un plan visant à purifier les institutions éducatives et culturelles de toutes les gangrènes philosophiques et intellectuelles contraires à la culture islamique et aux principes de la sainte nature. Il faut, pour ce faire, élaborer un système éducatif et culturel à la lumière des injonctions coraniques, des enseignements de la Sunna et du patrimoine islamique, assurant ainsi aux générations futures l'équilibre intellectuel et l'harmonie affective, et concrétisant par là même la notion de culture universelle globale, laquelle préservera l'unité et la force de la Oumma, consolidera son identité et son existence, maintiendra son génie créatif, et mobilisera ses potentialités  en vue d'accomplir la mission qui lui est dévolue en vertu de ce verset coranique: "Dieu a promis à ceux d'entre vous qui croient et qui accomplissent des oeuvres bonnes d'en faire Ses lieutenants sur la terre comme Il le fit pour ceux qui vécurent avant eux. Il leur a promis aussi d'établir fermement leur religion qu'Il lui a plu de leur donner et de changer, ensuite, leur inquiétude en sécurité" (La Lumière, verset, 55).

 

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