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Othman Altwaijri' |
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culture islamique : ses caractéristiques et les voies et
moyens pour son développement, 'Mohamed Larbi Khattabi' |
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de coopération entre le Monde islamique et les autres
sociétés, perçues à travers le dialogue, 'Dr. Ahmed Sidqi Dajjani' |
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| La culture de l'enfant musulman entre le concept de la
sainte nature et les influences étrangères, 'Dr. Mustapha
Ahmed Ali' |
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Syrienne | |
La culture de l'enfant
musulman entre le concept de la sainte nature et les
influences étrangères
Dr. Mustapha Ahmed Ali
Après l'accession à l'indépendance des pays de la
Oumma, les générations qui ont détenu le pouvoir ne se sont guère préoccupées de
l'identité culturelle. En effet, celles-ci se sont intéressées aux sciences
expérimentales et techniques considérées comme des outils indispensables pour
s'engager dans la voie du progrès, et se hisser à un niveau civilisationnel
digne. Le mot d'ordre à l'honneur c'était "empruntons ce qui nous convient".
Cependant, les années d'après l'indépendance ont démontré que les sciences
expérimentales et techniques ne constituaient guère le remède efficace aux maux
du sous-développement, à savoir l'ignorance, la misère, la dépendance et
l'inertie. C'est ainsi que la majorité des plans pédagogiques et des programmes
culturels fondés essentiellement sur les moyens matériels et techniques ont
échoué et n'ont pu atteindre leurs objectifs puisqu'ils ne prenaient pas en
considération l'homme en tant qu'être civilisationnel, porteur d'une culture,
d'une histoire et des valeurs morales et spirituelles. Ainsi, le désintérêt et
l'indifférence affichés par les sociétés islamiques envers de tels plans
n'ont-elles rien de surprenant.
C'est suite à cette période que la définition de
l'identité culturelle a vu le jour. Les philosophes et les planificateurs se
sont rendus compte alors de l'intérêt de la culture en tant que facteur
essentiel dans le développement global de toute société. En effet, la culture
s'intéresse à l'homme en tant qu'artisan et but du développement, et la
promotion socio-économique de la société dépend de l'essor culturel et
intellectuel de l'individu. Cette vérité qui s'applique à la société humaine, en
général, vaut, en particulier, pour la société islamique dans laquelle l'Islam
constitue un creuset civilisationnel et culturel maintenant l'unité et la
solidité de la Oumma. En outre, l'Islam confère à la société islamique des
caractéristiques intellectuelles distinctes et constitue une source dans
laquelle elle puise les raisons de sa grandeur et de sa distinction ainsi que
ses conceptions intellectuelles et philosophiques et ses innovations artistiques
et littéraires. L'enfant en tant que donnée essentielle dans la formation de
l'individu et, partant, de la société, constituera, dans cette perspective, le
pivot du développement.
Néanmoins, l'Islam ne considère pas l'essor comme
une fin en soi, mais il préconise le respect et la primauté de l'homme. Ainsi,
la Sourate du Voyage Nocturne le confirme dans le verset 70: "Nous avons ennobli
les fils d'Adam. Nous les avons portés sur la terre ferme et sur la mer. Nous
leur avons accordé d'excellentes nourritures. Nous leur avons donné la
préférence sur beaucoup de ceux que nous avons créés".
Les rapports de l'homme avec son Créateur et avec
sa société devront se compléter afin de donner toute sa valeur à cet
ennoblissement nourri par les dispositions innées et la nature originelle de
l'homme.
Dans cette recherche, nous traiterons les
fondements de la culture de l'enfant musulman, selon la notion de la "sainte
nature" telle qu'elle est définie par le Saint Coran et la Sunna. L'approche
adoptée ici se veut exhaustive, et se base sur des critères qui permettraient
d'éviter l'égarement et la dérive. Nous exposerons ensuite les influences
culturelles externes exercées par les institutions modernes qui sont
responsables de la délinquance de l'enfant.
La notion de la "sainte nature"
La conception de l'enfant dans l'Islam est liée à
la notion de la sainte nature, et ce, conformément à la tradition du Prophète
selon laquelle: "Tout enfant vient au monde avec une sainte nature. Ce sont ses
parents qui font de lui un juif, un chrétien ou un mazdéen". Les lexicographes
ont défini la "sainte nature" comme une disposition que Dieu a créée avec
l'homme. C'est ce qui est inhérent à la nature humaine, comme la connaissance
de Dieu. C'est ainsi qu'on interprété le verset suivant : "La sainte nature
inhérente à l'homme et que le Seigneur a inculqué aux gens. La création de Dieu
ne peut guère changer" (voir le grand dictionnaire arabe Taj al-Arouss, ch. 13,
p. 329). Les versets coraniques révèlent que cette sainte nature n'est autre que
la religion de rectitude qui a pour principes essentiels l'unicité de Dieu, le
repentir et le refus de l'associationnisme. Le hadith précité abonde dans ce
sens. En effet, l'enfant est né à l'état de nature, prédisposé à embrasser
l'Islam. Cependant, sous l'effet de traditions surannées et déviantes émanant de
son milieu familial et social, l'enfant s'écarte de la voie sublime que lui a
tracée sa noble religion. Le Saint Coran dit à cet égard: "Acquitte-toi des
obligations de ta religion en vrai croyant et selon la nature que Dieu a donnée
aux hommes en les créant. Il n'y a pas de changement dans la création de Dieu.
Voici la Religion immuable; mais la plupart des hommes ne savent rien. Revenez
repentants vers Dieu; craignez le, acquittez-vous de la prière, ne soyez pas au
nombre des polythéistes ni de ceux qui ont divisé leur religion et qui ont formé
des sectes, chaque faction se réjouissant de ce qu'elle détient" (Al- Roum,
30-32).
Les traits et les bases de cette sainte nature de
l'enfant sont précisés dans ces verset du Coran où Luqman dit à son fils en
l'exhortant: "O mon fils! n'associe rien à Dieu. Le polythéisme est une
injustice. Nous avons recommandé à l'homme, au sujet de ses parents: - Sa mère
l'a porté extrêmement faible et il a été sevré au bout de deux ans. - Sois
reconnaissant envers moi et envers tes parents. Le retour se fera vers moi. Si
tous deux te contraignent à m'associer à ce dont tu ne possèdes aucune
connaissance, ne leur obéis pas. Comporte-toi, avec eux, en ce monde, d'une
façon convenable. Suis le chemin de celui qui revient vers moi. Votre retour se
fera ensuite vers moi et je vous ferai connaître ce que vous faisiez. - O mon
fils! même si c'était l'équivalent du poids d'un grain de moutarde et que cela
fût caché dans un rocher ou dans les cieux, ou sur la terre, Dieu le présentera
en pleine lumière. - Dieu est subtil et bien informé. - O mon fils! Acquitte-toi
de la prière; ordonne ce qui est convenable; interdis ce qui est blâmable,
supporte patiemment ce qui t'arrive: tout cela fait partie des bonnes
résolutions. Ne détourne pas ton visage des hommes; ne marche pas sur la terre
avec arrogance. Dieu n'aime pas l'insolent plein de gloriole. Sois modeste dans
ta démarche; modère ta voix: la voix la plus désagréable est la voix de l'âne"
(Luqman,versets 13-19).
Ainsi, ces versets définissent-ils la relation
entre l'individu et son créateur (la croyance) et entre l'individu et sa société
(le milieu). Ces relations tracées par la méthode coranique traitent des
conditions devant être respectées pour la formation intellectuelle et sociale de
l'enfant. Elles constituent, de surcroît, les fondements de la culture de
l'enfant musulman et comportent les critères moraux compatibles avec la sainte
nature.
L'enfant et la foi
La foi en Dieu et en son Message constitue le plus
important pilier du Dogme qui a éclairé le chemin de l'humanité depuis Adam. Ce
qui ressort du verset coranique que voici : "Dites: Nous croyons en Dieu, à ce
qui nous a été révélé, à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à
Jacob et aux tribus; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus; à ce qui a été
donné aux prophètes, de la part de leur Seigneur. Nous n'avons de préférence
pour aucun d'entre eux; nous sommes soumis à Dieu" (la Vache, verset 136). La
prédication islamique a été choisie par Dieu pour couronner les missions
antérieures et pour compléter ses bienfaits sur l'humanité. L'examen des divers
aspects du Dogme islamique, de la stabilité des critères observés, de la clarté
et de la justesse de ses principes révèlent sa conformité avec les dispositions
naturelles de l'être humain.
a) Réforme de la croyance, c'est-à-dire rejet de
l'associationnisme. En effet, les adeptes des missions antérieures ont donné des
associés et des fils à Dieu. Le rejet de l'associationnisme est une idée
centrale dans le dogme du musulman qui se conforme aux dispositions naturelles
de l'homme où qu'il soit, étant donné qu'elle libère l'individu de l'adoration
de son semblable et le dévoue totalement à son Créateur.
L'histoire des conquêtes islamiques témoigne
merveilleusement de la grandeur de l'Islam. En effet, des millions de démunis
appartenant aux peuples dominés par les Chosroès et les Césars ont trouvé dans
l'Islam un refuge contre l'oppression. Actuellement, nous assistons à une ruée
des exclus de l'Inde, des Noirs et métis de l'Amérique vers l'Islam pour
s'abriter contre l'injustice.
b) Universalité de l'Islam : En effet, l'Islam
n'est pas l'apanage d'un seul peuple comme le judaïsme; et il ne s'est pas
confiné à un seul aspect de la vie au détriment d'autres à la manière du
christianisme. Au contraire, il est universel en ce sens qu'il tient compte
aussi bien des dimensions spirituelles que matérialistes. Il s'est adapté à tous
les espaces et à toutes les époques. Cependant, universalité ne signifie pas un
modèle uniformiste puisqu'aucune culture ancienne ni moderne n'a mieux que
l'Islam reconnu le droit à la différence. En outre, aucune religion à part
l'Islam n'a rassemblé autant de peuples de différentes couleurs dans un même
cadre tout en s'abstenant d'imposer un seul modèle civilisationnel et un même
style de vie. De la sorte, les peuples ne sont pas culturellement déracinées et
leurs identités respectives bafouées. Sans doute le déraillement de la
civilisation moderne qui tente d'imposer son modèle déficient et contraire à la
sainte nature transparaît-il à travers les destructions des deux derniers
siècles, lesquelles ont nuit à l'homme et ont eu des effets néfastes sur divers
espaces et cultures. Par ailleurs, l'universalité du dogme, se reflète dans ce
message de l'Islam adressé à l'humanité entière: "O vous les hommes! Craignez
votre Signeur qui vous a créés d'un seul être, puis, de celui-ci, il a créé son
épouse et il a fait naître de ce couple un grand nombre d'hommes et de femmes"
(Les Femmes, verset 1). Contrairement aux autres cultures antérieures et
postérieures, l'Islam n'a pas considéré la diversité des langues et des couleurs
comme une raison pour la discrimination mais plutôt comme un témoignage de
l'omnipotence du Créateur: "Parmi Ses Signes: la création des cieux et de la
terre; la diversité de vos idiomes et de vos couleurs" (Al-Roum, verset 22). En
outre, l'Islam mesure la valeur de l'homme sur des critères moraux objectifs :
"O vous les hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Nous vous
avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez entre
vous" (Les Appartements, verset 13).
Par ailleurs, le Hadith affirme que "les hommes
sont aussi égaux que les dents d'un peigne"; et qu'ils "sont tous d'Adam et Adam
est de terre"; ou encore que "les musulmans sont tous aussi justes les uns que
les autres, et le moindre d'entre eux peut se porter garant des autres". L'Islam
est respectueux des principes de la vertu, de justice et d'égalité, non
seulement envers les musulmans mais aussi vis-à-vis de tous les hommes, qu'ils
soient musulmans ou non. Ainsi, dans cette perspective islamique, seul Dieu
Tout-Puissant, est au dessus de tous. Voici ce que dit le Coran à cet égard: "O
vous qui croyez! Tenez-vous fermes comme témoins, devant Dieu, en pratiquant la
justice. Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des
injustices. Soyez justes! La justice est proche de la piété. Craignez Dieu! Dieu
est bien informé de ce que vous faites"(Sourate de la Table, verset 8). Sans
doute, l'individu réagit-il favorablement aux préceptes éthiques préconisés par
l'Islam dans la vie sociale, culturelle, politique et économique, car ils sont
compatibles avec ses dispositions naturelles. Dès lors qu'elles sont objectives
et absolues et transcendent les frontières spatio-temporelles, ces normes
prennent le pas sur ces principes modernes liés aux droits de l'homme et au
libéralisme. Les événements ont révélé que ces derniers principes dépendent
toujours des intérêts étroits et constituaient une arme brandie par les riches
contre les pauvres. En revanche, les orientations édictées par le Coran et par
la sunna ont favorisé le brassage de divers peuples au sein d'un vaste cadre
culturel et civilisationnel, que chacun enrichi par ses expériences antérieures,
pourvu qu'elles soit en harmonie avec la sainte nature inhérente à l'individu.
En effet, selon le Hadith: "le croyant recherche la sagesse là où elle se
trouve, car qui mieux que lui en serait digne". Grâce à son dynamisme et à
l'écho favorable qu'il a rencontré, l'Islam s'est abbreuvé de civilisations
antérieures, en leur empruntant ce qu'elles ont de meilleur. Rien d'étonnant
alors, comme l'a déjà remarqué l'illustre historien Ibn Khaldoun que: "la
majorité des savants musulmans soient des persans. Les lettrés arabes versés
dans les sciences religieuses ou profanes sont en effet peu nombreux. Même ceux
parmi eux qui ont une origine arabe, ont reçu une éducation persanne, parlaient
une langue qui n'étaint pas proprement arabe, et avaient pour Maîtres des
savants persans. La raison en est qu'au début de l'Islam les sciences et les
arts étaient loin d'être prospères dans un milieu encore proche de la nature et
dominé par le nomadisme. Les prescriptions de la loi islamique- ses interdits et
ses recommandations- sont apprises par coeur, d'après le Coran et de la Sunna du
prophète et de ses campagnons. Car, les arabes bédouins de l'époque ne
pratiquaient pas l'enseignement, ne consignaient pas par écrit les traditions
orales, et ne composaient donc pas de livres. Toutes ces choses-là ne leur
paraîssaient pas nécessaires" (Muqaddima, p. 1048). Cependant la vie simple et
nomade menée par les Arabes ne les a nullement empêché à se conformer aux
prescriptions de l'Islam ni de s'en imprégner pour policer leurs traditions et
leur coutumes ancestrales.
Un poète arabe, évoquant le nouvel ordre moral
qui s'instaura à l'avènement de l'Islam, parla ainsi à une femme de sa tribu :
O Oum Malik, la vie de nomade,
transportant avec lui sa tente, n'est plus.
Les cous sont maintenant mis à la chaîne,
Le jeune, tout comme son aîné,
ne profèrent plus de paroles injustes,
Et les mégères ont cessé leurs objurgations.
Par ailleurs, Ibn Fâris a écrit dans son ouvrage
"Al-Sahibi fi Fiqh Al-Lugha" (traité de philologie), (p. 78), qu'"à l'époque
anté-islamique, les arabes avaient hérité de leurs ancêtres leurs idiomes, leur
littérature et leurs rites. Mais avec l'avènement de l'Islam, des changements se
sont produits, des religions ont été abrogées, et des pratiques annulées. On a
vu également des mots de la langue changer de sens, ou disparaître, au moment
où s'installent de nouvelles règles et pratiques religieuses".
Ce changement a, par ailleurs, affecté la
littérature et les arts arabes notamment la poésie qui était le reflet de la
culture anté-islamique. Ibn Khaldoun, dans sa Muqaddimat, (p. 1097), la
considérait comme "le répertoire complet de leurs sciences et des dates
marquantes de leur histoire. Elle est le critère d'après lequel ils
distinguaient ce qui est faut et ce qui est juste. C'était un art très à
l'honneur chez eux". La poésie a contribué en effet à raffiner la langue des
Arabes, à fertiliser leur imagination créative, et à élever leurs styles. Dans
le même ordre d'idée, al-Jorjani a écrit : "quand l'Islam prédomina, que
l'empire arabe s'étendit, que les gens de la campagne vinrent, par vagues
successives, s'installer dans les innombrables villes fraîchement construites,
le goût se raffina et les moeurs s'adoucirent. Alors les gens commencèrent à
parler d'une manière élégante et harmonieuse, choisissant des mots agréables par
leur exquise musicalité, et émouvants par leur force expressive" (Al-wasata, p.
18). Ibn Khaldoun, pour sa part, a soutenu : "Que l'on considère la prose ou la
poésie, (on s'aperçoit que) la langue des Arabes de l'époque islamique était, du
point de vue de l'éloquence, plus raffinée et plus élégante que celle de leurs
ancêtres païens"(Muqaddimat, p. 1115).
Pour récapituler, nous dirons que l'Islam, par
son approche qui convient à merveille à la sainte nature de l'homme, à ces
caractères et dispositions innés, est par vocation la religion d'ouverture qui
favorise toutes les cultures quelque soient leurs origines, tant qu'elles ne
vont pas à l'encontre de la sainte nature de l'homme. Ainsi, dans le creuset
islamique des cultures d'horizons différents ont pu fleurir, se raffermir et
s'enrichir dans un climat général profondément impégné de l'idéal islamique, et
qui les protège contre toute tentative de mystification, de dénigrement ou
d'uniformisation
Enfant et environnement
La Sunna nous apprend que la famille est à
l'origine des entorses faites par l'enfant à la sainte nature et à la foi
originelle. Ainsi, les parents le destinent-ils à "être juif, chrétien ou
mazdéen". La même idée est confirmée dans ce passage du Coran déjà cité où
Luqman recommande à son fils : "Si tous deux (tes parents) te contraignent à
m'associer à ce dont tu ne possèdes aucune connaissance, ne leur obéis pas.
Comporte-toi, avec eux, en ce monde d'une façon convenable. Suis le chemin de
celui qui revient vers moi. Votre retour se fera ensuite vers moi et je vous
ferai connaître ce que vous faisiez) (Luqman: 15). A l'instar des autres
communautés humaines, l'Islam s'est intéressé en premier lieu à la famille
considérée comme source de la bonne ou mauvaise conduite et comme principale
institution sociale légitime dans laquelle grandit l'enfant et qui garantit la
continuité de l'homme. Dieu a dit: "Dieu vous a donné des épouses nées parmi
vous. De vos épouses, il vous a donné des enfants et des petits enfants; il vous
a accordé des choses excellentes. Vont-ils donc croire ce qui est faux et
méconnaître les bienfaits de Dieu?" (Sourate des Abeilles, verset 72). Bien
plus, l'Islam s'occupe de l'institution de la famille avant même le mariage,
puisque le prophète dit: "On épouse une femme pour quatre raisons: sa fortune,
sa beauté, la noblesse de son rang social, et sa piété. Choisis cette dernière,
et tu verras!". Par ailleurs, c'est la famille qui, aux yeux de l'Islam,
garantit la quiétude et la tranquillité de l'esprit.: "C'est Lui qui vous a
créés d'un seul être dont il a tiré son épouse pour que celui-ci repose auprès
d'elle"(Al-Araf, verset 189). Chaque membre de la famille -père, mère, enfants-
porte une part de responsabilité selon le hadith du Prophète que voici: "L'homme
est un pasteur chez lui, et il est responsable de ses ouailles; la femme est une
bergère dans la demeure de son mari et elle est responsable de ce qu'elle garde;
le fils est gardien des biens de son père et il en est responsable ...".
L'Islam a défini chacune de ces responsabilités et
a conféré l'autorité à l'homme: "Les hommes ont autorité sur les femmes, en
vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles, et à cause des
dépenses qu'ils font pour assurer leur entretien" (Les Femmes, verset 34). Il a,
de surcroît, recommandé à l'homme de consulter sa femme et se comporter
convenablement avec elle. Le prophète a dit à ce propos : "le meilleur d'entre
vous est celui qui se comporte bien avec les femmes et avec sa famille. Je suis
l'exemple pour vous tous". Le Coran a également déterminé le devoir de l'enfant
envers ses parents: "Nous avons recommandé à l'homme, au sujet de ses parents: -
sa mère l'a porté extrêmement faible et il a été sevré au bout de deux ans. Sois
reconnaissant envers moi et envers tes parents. Le retour se fera vers moi"
(Luqman, verset 14). On doit donc obéissance totale aux parents, à moins qu'ils
ne mettent en cause la foi : "Si tous deux te contraignent à m'associer ce dont
tu ne possèdes aucun connaissance, ne leur obéis pas" (Luqman, verset 15).
L'Islam a respecté la vie affective de l'individu et n'a point recommandé de
rompre les relations avec les proches parents : "Ni vos liens familiaux, ni vos
enfants ne vous seront utiles le jour de la Résurrection. Dieu tranchera entre
vous; Il voit parfaitement ce que vous faites" (L'Epreuve, verset 3).Mais, dit
un autre verset du Corant, "Dieu ne vous interdit pas d'être bons et équitables
envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et qui ne vous
ont pas expulsés de vos maisons; - Dieu aime ceux qui sont
équitables"(L'Epreuve, verset: 8).
Par ailleurs, l'Islam a déterminé la
responsabilité du père envers son fils. Le Prophète recommande au père de bien
éduquer son fils: "Eduquer correctement son fils vaut mieux que de distribuer
l'aumône aux pauvres"; ou encore: "Une bonne éducation est le meilleur don qu'un
père puisse faire à son fils". Ainsi, il a recommandé de lui apprendre le Coran,
lui ordonner d'accomplir la prière à l'âge de sept ans, lui inculquer les règles
de tir, de natation et de l'équitation, et lui léguer un bon héritage. Il s'est,
par ailleurs, intéressé aux aspects psychologiques et affectifs de l'enfant,
"Aimez vos enfants et soyez cléments avec eux" dit le Prophète. Il a prôné la
justice et l'égalité entre les fils: "Craignez Dieu et soyez justes envers vos
enfants".
L'enseignement et l'éducation de l'enfant en
dehors de la famille reposent sur cette vision de la famille qui respecte la
nature originelle et inhérente de l'enfant telle que définie par le Coran et la
Sunna. Ainsi, les Compagnons du Prophète ont-ils pris la mesure du rôle de
l'enseignant qui parachève l'éducation de l'enfant, et qui doit, de ce fait,
donner l'exemple de la bonne conduite et du respect des prescriptions divines.
Parlant de l'enseignant, l'Imam Ali a dit que celui-ci, pour mieux s'acquitter
de son devoir d'éducateur, doit être lui-même bien éduqué. Les oeuvres que les
Oulémas musulmans nous ont léguées, dégagent, d'une manière on ne peut plus
claire, les différents aspects d'une philosophie pédagogique universelle qui
repose sur la culture islamique et intègre toutes les dimensions psychiques,
morales, sociales et sportives de l'enfant. A ce propos, Ibn Qudama Al-Maqdissi
a fait un exposé clair et concis de l'éducation de l'enfant dans son ouvrage
Minhaj Al-Qassidin: "Sachez, écrit-il, que l'enfant est un être confié à ses
parents. Son coeur est une terre vierge. Ses parents et enseignants sont
recompensés pour l'avoir bien éduqué; ces derniers sont également responsables
de sa mauvaise éducation. Il incombe aux parents d'inculquer de bons principes à
leurs enfants et de les protéger des mauvaises relations et des plaisirs
débridés de la vie aisée. Si l'enfant fait preuve de bonne éducation, il doit
être recompensé et félicité. En revanche, s'il commet une erreur, il ne faut
pas lui en vouloir trop. Mais si cela se reproduit, il est puni en cachette et
menacé de dévoiler au grand jour son erreur. Mais il ne faut surtout pas le
réprimander à tout bout de champ, car une chose devenue trop habituelle se
banalise et perd de son efficacité. La mère doit lui faire craindre son père,
lui interdire de dormir le jour, mais ne lui défend pas de dormir la nuit; elle
le fait dormir sur des lits durs -pour qu'il ne se ramolisse pas-, lui procure
des vêtements rugueux, de la nourriture frugale; elle lui apprend la marche et
le sport afin de le prémunir contre la paresse. Les parents doivent également
lui interdire la gloriole, lui inculquer la modestie et la bienveillance envers
son entourage. Il faut lui apprendre à donner plutôt qu'à recevoir et lui
montrer les méfaits de la thésaurisation de l'argent. Il doit apprendre à ne pas
cracher ou se moucher en présence des autres; à s'asseoir convenablement; à
parler peu et en cas de besoin; et à écouter attentivement ses interlocuteurs
surtout s'ils sont plus âgés que lui. Il faut lui interdire la vulgarité et les
mauvaises fréquentations, tout en lui permettant de se distraire pendant ses
loisirs. On lui recommande en outre l'obéissance et le respect envers ses
parents et ses enseignants" (op. cit. pp. 159-161).
Influences culturelles externes
L'influence culturelle étrangère provenant de
l'Europe a débuté avec la campagne française sur l'Egypte à la fin du 18ème
siècle. Auparavant, des relations à caractère missionnaire existaient entre la
Syrie et la France. Cependant, la passion de la révolte et ses slogans libéraux
et humanitaires ont assuré à la campagne de l'Egypte un grand succès et l'ont
ressorti de son cadre chrétien réprouvé par les musulmans. C'est ainsi que
Napoléon a dû adopter en apparence l'Islam, et marqué ses distances avec le
christianisme .
Par ailleurs, la campagne française avait un
caractère culturel apparent. En effet, bon nombre de chercheurs de différentes
spécialités se sont dirigés à l'époque vers l'Egypte. En dépit de l'échec
militaire de cette campagne, elle a réalisé dans une large mesure ses objectifs
culturels surtout qu'elle a été favorablement accueillie par les souverains
musulmans qui aspiraient à se doter des connaissances techniques et militaires
afin de consolider leur pouvoir personnel. Pour ce faire, ils ont envoyé des
missions à l'Europe et ont fait venir des groupes scientifiques européens qui
allaient se multiplier et devenir très influents avec l'instauration du
colonialisme proprement dit. Ces groupes ont ainsi constitué le noyau des
futures institutions pédagogiques modernes, notamment les écoles, les instituts
et les universités ainsi que des institutions de culture et de loisirs dont les
masse-médias. Nous traiterons des impacts culturels exercés par ces institutions
exogènes.
Institutions pédagogiques et éducatives
Ces institutions comprennent les divers niveaux de
l'enseignement par lesquels passe l'enfant. Elles ne se distinguent ni par leur
origine ni par leur point de départ, des autres institutions administratives,
juridiques, sociales et politiques qui émanent historiquement de l'ère
coloniale et qui fondent l'Etat moderne dans le monde arabo-islamique. Mais ce
qui constitue le trait le plus marquant de ces institutions, c'est l'orientation
culturelle qui les inspire, et les méthodes d'enseignement qu'elles pratiquent à
tous les niveaux. Ainsi, dès son jeune âge, l'enfant se trouve noyé dans un
univers pédagogique et culturel qui ne fait aucun cas des principes éducatifs et
des spécificités culturelles islamiques. Or ces principes, vue leur importance
stratégique capitale, devraient constituer la base de tout système éducatif et
culturel dans les pays islamiques.
Ainsi, les tendances contemporaines dominantes
dans beaucoup de pays islamiques sont aux antipodes de la stratégie pédagogique
des anciens musulmans, laquelle reposait sur un fondement culturel islamique
nettement marqué. A cet égard, Ibn Khaldoun a écrit que "l'apprentissage du
Coran à l'enfant était une pratique religieuse à l'honneur dans l'ensemble des
provinces islamiques. On estimait, en effet, que Coran, ainsi que les traditions
du prophète, contribuaient à enraciner la foi, et inculquer aisément les
différents dogmes à l'enfant encore jeune. L'étude du Coran est devenue ainsi
une étape préalable avant d'aborder d'autres disciplines" (Muqaddimat, p. 1038).
Après le Coran, on passait à d'autres domaines
de connaissance et aux autres matières considérées comme des moyens pour mieux
comprendre la religion. Il s'agit, entre autres, du hadith, du droit canonique,
de la théologie (science de l'unicité de Dieu), de la biographie du prophète, de
l'histoire des hauts personnages musulmans et des conquètes islamiques, de la
langue et de la littérature arabes, de la médecine et d'autres sciences
profanes. A ce propos, Omar a écrit à Abou Moussa Al-Achaâri: "Etudiez la Sunna
et l'arabe, et déclamer le Coran conformément aux bons usages de la langue
arabe, langue de la Révélation". A Omar, on attribue également ces propos:
"Apprenez l'arabe - car il constitue un devoir religieux-; étudiez les
prescriptions de la loi religieuse", ou encore: "O hommes, ne délaissez point la
poésie de la Jahiliya (période préislamique), car elle aide à expliquer le
Coran".
Puis vint une époque où les fondements de
l'identité, de l'authenticité et de la culture n'occupaient plus qu'une place
marginale dans les programmes scolaires.
Par ailleurs, tout en feignant l'objectivité,
l'impartialité et la scientificité, les méthodes appliquées reposent souvent sur
les philosophies, les visions et les valeurs occidentales, selon une stratégie
orientaliste visant à imposer leur hégémonie à nos sociétés et à les
restructurer conformément à des conceptions et à des intérêts déterminés. En
effet, ces méthodes font peu de cas sinon négligent totalement l'histoire
islamique glorieuse par ses innombrables réalisations scientifiques dans divers
domaines, tels l'astrologie, les mathématiques, la médecine, la géodésie,
l'architecture, la connaissance des mers et les découvertes géographiques. Tous
ces apports remarquables sont délibérément méconnus, cependant que l'enfant
musulman grandit en ayant à l'esprit les réalisations et les victoires
légendaires de personnalités toutes occidentales. Et il est significatif à cet
égard que les encyclopédies universelles mises à la disposition de nos enfants
retracent l'histoire de ces sciences en commençant par les époques greque et
romaine, puis passent aux siècles des Lumières et à la Renaissance européenne,
négligeant ainsi une grande période de l'histoire étalée sur six siècles.
Ces méthodes affichent donc une attitude
indifférente sinon opposée aux principes et aux fondements de la culture
islamique. En effet, on remarque à cet égard que les sciences humaines modernes
tout comme les sciences exactes reposent sur des théories et des hypothèses qui
s'opposent dans la plupart des cas à la religion, sinon la rejettent totalement.
C'est ainsi que se creuse dans l'esprit de l'enfant un énorme fossé entre les
principes de la religion et les orientations de sa famille, d'une part; et,
d'autre part, entre les principes de l'éducation et de la culture acquises à
l'école moderne.
La situation est pire dans les écoles privées
qui ont essaimé dans de nombreux pays arabes et islamiques et qui sont fondées
sur des bases missionnaires occidentalistes. Ces écoles adoptent en effet les
mêmes méthodes et aspirent à réaliser les mêmes objectifs que les écoles
occidentales qui les inspirent. L'enfant y acquiert une connaissance solide sur
la civilisation, l'histoire, les personnages et la culture occidentale, alors
qu'il ignore jusqu'aux rudiments de son histoire et de sa culture. Par ailleurs,
il convient de rappeler que ces écoles sont privilégiées dans les sociétés
islamiques et constituent souvent un passage obligé aux postes clés dans divers
domaines d'activité. Et il est frappant que ces écoles soient justement le
monopole de l'élite dans le Monde islamique.
Moyens de culture et de loisir
Ils englobent la radio, la télévision et le livre.
Comparés à l'école, ces moyens n'assument qu'un rôle secondaire car elles ne
concourent pas directement à la formation de l'enfant. Néanmoins, ce sont ces
institutions culturelles qui parachèvent l'éducation et l'enseignement commencés
à l'école, et occupent ainsi une part importante dans les loisirs de l'enfant.
En outre, celui-ci choisit ces moyens culturels spontanément et volontiers vu
les plaisirs qu'ils lui procurent et les divertissements qu'ils lui offrent.
Aussi l'emportent-ils de loin sur les institutions éducatives et marquent
profondément sa culture et son éducation.
Les programmes culturels et de loisir présentés à
l'enfant proviennent souvent des sources européennes. Il en est ainsi notamment
des émissions de la radio et de la télévision qui sont étrangères à la société
et à la civilisation islamiques. Mais outre ces émissions en direct, l'enfant
subit également l'influence des cassettes sonores ou vidéo, des journaux et des
ouvrages entièrement ou partiellement consacrés à une audience très jeune. Il
est à rappeler, par ailleurs, qu'à l'instar des institutions pédagogiques, les
organes culturels ne disposent d'aucun plan stratégique répondant aux fondements
culturels des peuples arabo-islamiques. En effet, les programmes présentés
véhiculent souvent des valeurs culturelles qui exaltent l'héroïsme démesuré,
l'agressivité, la violence et l'égoïsme. Autant de valeurs contraires aux
principes de la culture islamique puisqu'elles reposent sur des symboles
culturels et artistiques propres à l'environnement européen, mais incompatibles
avec la réalité de l'enfant musulman.
Ainsi, l'ensemble des facteurs externes dont on a
parlé provoquent chez l'enfant un dédoublement de la personnalité, et un
déchirement pschycologique. Et, tiraillé de la sorte entre diverses tendances et
conceptions, l'enfant devient inconsistant et incapable de se comporter
normalement dans la société. Il se laisse donc emporter par le courant
occidentaliste, qui lui impose ainsi sa langue, ses conceptions littéraires,
artistiques et ludiques, ses habitudes vestimentaires et gastronomiques, bref
son mode de vie. Si bien que les conceptions et les symboles culturels
islamiques deviennent pour lui étrangers, et éprouve à leur égard un sentiment
d'embarras, de contrariété, voire de honte. Et puis, ce phénomène s'est étendu à
une grande majorité des classes sociales, ce qui accentue sa gravité, puisque
les enfants d'aujourd'hui sont les hommes de demain.
Il faut donc que tout projet ayant pour objectif
l'enfant musulman soit axé sur les conceptions islamiques, levain de notre
civilisation et de notre culture, conformément à un plan visant à purifier les
institutions éducatives et culturelles de toutes les gangrènes philosophiques et
intellectuelles contraires à la culture islamique et aux principes de la sainte
nature. Il faut, pour ce faire, élaborer un système éducatif et culturel à la
lumière des injonctions coraniques, des enseignements de la Sunna et du
patrimoine islamique, assurant ainsi aux générations futures l'équilibre
intellectuel et l'harmonie affective, et concrétisant par là même la notion de
culture universelle globale, laquelle préservera l'unité et la force de la Oumma,
consolidera son identité et son existence, maintiendra son génie créatif, et
mobilisera ses potentialités en vue d'accomplir la mission qui lui est dévolue
en vertu de ce verset coranique: "Dieu a promis à ceux d'entre vous qui croient
et qui accomplissent des oeuvres bonnes d'en faire Ses lieutenants sur la terre
comme Il le fit pour ceux qui vécurent avant eux. Il leur a promis aussi
d'établir fermement leur religion qu'Il lui a plu de leur donner et de changer,
ensuite, leur inquiétude en sécurité" (La Lumière, verset, 55).
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