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Revue l'islam aujourd'hui N° 12-1415H/1994

 

L'art traditionnel islamique dans la perspective de l'avenir
Dr. Afif Bahansi

 

1 - Aperçu historique

Formation de l'art islamique: Première étape marquée par la continuité du patrimoine du passé

Les arts islamiques ont fleuri dans de grands territoires héritiers des traditions artistiques byzantines et sassanides. Mais ces traditions ne sont pas le fait des dynasties dont elles portent le nom; elles sont plutôt l'oeuvre des peuples qui ont vécu sur cet immense espace géographique. Ces derniers ne pouvaient qu'adhérer aux valeurs spirituelles et intellectuelles de leurs souverains. Mais dans la réalité des faits ce sont ces peuples qui ont forgé  de telles valeurs,  base de tout progrès civilisationnel. De ce passé glorieux, nous avons reçu en héritage un certain nombre d'oeuvres remarquables. Ainsi, la Sainte Sophie, en Turquie, Persépolis en Iran, et l'Iwan de Kisroès en Irak-  rendu célèbre par un poème d'Al-Bouhtouri- sont autant de vestiges qui témoignent du génie de leurs artisans.

 Ces magnifiques chefs-d'oeuvre du passé témoignent de la pérennité  de l'héritage artistique dans les régions gagnées à l'Islam. Mais cette pérennité ne signifie nullement que l'artiste, devenu musulman, continuait de s'inspirer (1) des traditions artistiques de ces ancêtres païens. Il ne fait d'abord que perpétuer un art original dans un nouveau contexte religieux et civilisationnel.

C'est à cette génération d'artistes, continuateurs d'un modèle esthétique forgé au fil des siècles, et sous des dynasties diverses, que l'on doit les premiers vestiges qu'on trouve à la mosquée Al-Aqsa, au Dôme du Rocher, à la mosquée Omeyyade, à celle de Kayrawan ou de Cordoue.

 Il va sans dire que la nouvelle religion islamique n'a pas instauré immédiatement  des institutions civilisationnelles régies par les nobles principes contenus dans le Glorieux Coran ou dans les Saintes Traditions du prophète. En effet, il a fallu du temps avant que ces principes ne se concrétisent dans la réalité, inspirant ainsi penseurs, écrivains, et Docteurs de la loi. Il en résulte un nouveau mode de pensée et une nouvelle vision des choses qui ont imprimé de leur cachet tous les aspects de la civilisation naissante. La philosophie ainsi élaborée se distinguera  de toutes les philosophies que l'on connaît, qu'elle soit de tendance religieuse ou temporelle

Deuxième étape: émergence d'un art authentique et indépendant

La période de l'imitation des modèles artistiques anciens n'a pas duré longtemps. En effet, les arts islamiques ont vite rompu avec les tendances esthétiques régionales, pour s'engager dans la voie d'une créativité originale. Cette nouvelle esthétique, qui reflète fidèlement les spécificités spirituelles authentiques de la philosophie et de la foi islamiques, supplantera bientôt les traditions artistiques jadis à l'honneur dans une vaste région du monde qui va de l'Atlantique aux confins de la Chine.

Cette deuxième étape sera donc marquée par la rupture avec les influences du passé, et la naissance d'une  nouvelle esthétique en harmonie avec les valeurs civilisationnelles de l'Islam.

Troisième étape : diversité dans l'unicité

Au cours de cette période, l'art islamique ne pouvait qu'évoluer dans un immense espace géographique agité par des bouleversements politiques et sociaux, et déchiré entre plusieurs dynasties rivales : les Abbassides à Baghdad, les Omeyyades à Cordoue, et les Fatimides au Caire. D'autres entités politiques, animées par des sentiments nationalistes, Perse, ou Turc, se sont bientôt constituées. Cependant, les peuples islamiques, par delà leurs divisions politiques et éthniques, ont continué à entretenir des relations culturelles et commerciales les uns avec les autres. D'où la diversité des formes artistiques suivant les différentes dynasties sous lesquelles elles ont vu le jour. Mais  ces manifestations artistiques, en dépit de leur grande diversité, n'ont nullement mis en cause l'unicité et la singularité de l'art islamique. En effet, quelle que soit leur origine géographique, et quelle que soit leur forme (pièce de poterie, poignée d'épée, ou enluminure) les oeuvres d'art islamique se signalent toujours par leur spécificité et leur souci de s'inspirer de l'idéal islamique.

Classification des arts islamiques selon les dynasties

Bien que les productions artistiques islamiques se réclament toutes d'un idéal commun, les spécialistes persistent à les classer en plusieurs tendances, selon les différentes dynasties auxquelles elles appartiennent. Ainsi, les historiens de l'art islamique parlent de l'art Omeyyade ou de l'art Abbasside, ou encore de l'art Andalou, Fatimide, Mamelouk et Ottoman. Cette classification , on le voit, se fonde concurremment sur des critères géographiques, historiques et politiques. Son objectif est de faire ressortir les différentes tendances de l'esthétique islamique. Or, celle-ci s'enracine dans un cadre philosophique authentique dont on ne saurait la séparer. Il est indéniable que certains courants artistiques, en terre d'Islam, en sont venu à s'inspirer des modèles occidentaux. Ce fut le cas de l'art iranien  dans une période tardive de son évolution. Mais ces manifestations artistiques qui se dépouillent de leur identité islamique ne sont pas représentatives.

2 - L'art islamique et ses différentes formes

Poterie et céramique

Les ouvrages de poterie que l'on connaît remontent à des temps immémoriaux. On en a retrouvés dans les pays islamiques, notamment en Iran, en Irak, en Egypte, et en Syrie des spécimens appartenant à différentes périodes qui vont du neuvième millénaire avant Jésus Christ jusqu'au début de l'histoire, marqués par la découverte du métal. Avec l'avènement de l'Islam, l'art de la poterie se développa et bientôt se distingua par ses caractéristiques esthétiques qui font l'admiration de tous. Un peu partout dans le monde les musées ont conservé certaines pièces de poteries, émaillées et décorées par des dessins et des formes calligraphiques couvertes d'une couche d'enduit transparente à l'éclat métallique. Les ouvrages en poterie sont de différentes sortes. certains, de couleur naturelle, se présentent sous formes d'animaux de petite taille. D'autres, qui sont plus grands, sont ornementés généralement des dessins végétaux, zoomorphes ou calligraphiques. Les musées syriens et irakiens ont conservé quelques spécimens de ces poteries.

Une deuxième espèce de poterie se caractérise par une couche d'émail de couleur verte, ou bleue, et par des motifs et des inscriptions gravées ou dessinés sous la glaçure. Il s'agit dans la plupart des cas des carafes à eau de Zam-Zam, des plats et  des soupières destinés à l'usage domestique.

 Une troisième catégorie est constituée des poteries à l'éclat métallique. Il semble que ces poteries aient été inventées à Samarra et à Raqqat. Et vu leur coût très élevé, elles étaient destinées en particulier aux gens de la haute société. Cela explique qu'on en trouve des spécimens dans les capitales des dynasties au pouvoir, telles que Fustat, Samarra, Madayen, Samarkande, Rayy, Sousse, Nisapour, et Andalousie. Ainsi, la ville iranienne de Rayy est célèbre pour ses poteries dites "djabri". Ce sont généralement des soupières à glaçure transparente et aux bordures vertes. Elles portent également des motifs, en relief ou en creux, sous forme végétale, animalière ou sous forme de palmette.

 A Samarra, au Fustat et à Raqqat, on a mis au jour des poteries locales décorées à l'éclat métallique, qui datent du VIII et du IX siècles. Elles ont été fabriquées à la base de l'argile jaune recouverte d'une couche émaillée transparente. Après une première cuisson, on dessine sur l'engobe des motifs à l'aide d'oxydes métalliques qui, au terme d'une deuxième cuisson, confère à l'objet ainsi décoré un éclat brillant. Des pièces de ce genre ont été découvertes également à Samarra et à Rayy. La mosquée de Qayraouane possède, pour sa part, du carrelage en céramique, provenant de Baghdad ou  de Qayraouane.

En Iran, la poterie a fleuri à l'époque Seldjoukide (XII-XIII siècles). Elle connaîtra son âge d'or à Kashan au XIII et au XIV siècles. Par ailleurs, dans les oeuvres des potiers et céramistes iraniens les plus célèbres de cette époque, on décèle les influences de la porcelaine chinoise.

 La poterie de Raqqat remonte également à cette période. Elle se caractérise par son éclat métallique et ses différents motifs peints au noir sous une glaçure turquoise.

On retrouve à peu près le même genre de poterie à Al-Rusâfat, ville voisine de Raqqat.

 A l'époque mongolienne (XIV) la mosaïque était à l'honneur en Iran. On en trouve des vestiges dans le mausolée d'Olgaytou, dans la ville de Sultanya, et dans le Mihrâb de la mosquée Baba Qâsim à Ispahan. Ce genre de mosaïque était en vogue jusqu'au XVème siècle.

Sous les Safawides (XVI-XVIII), la céramique iranienne, dite "Kopdji" et "Siladoun", imitait la porcelaine chinoise, encouragée en cela par le Chah 'Abbas.

La poterie égyptienne a prospéré sous les Mamelouks. Les pièces découvertes à Fustat ont été l'oeuvre de céramistes aussi célèbres que 'Ayni, Tawîzî et Misrî. Le lustre en céramique conservé dans le  Metropolitan Museum of Art est signée Ibn al-Ghaytî.

 A l'époque ottomane, la ville de Boursat s'est illustrée par ses pavements en céramiques coloriées, émaillées, et décorées de motifs gravés sous la glaçure. C'est ce genre de pavements qu'on trouve à la mosquée al-Akhdar et au mausolée dit également al-Akhdar (1421).

 La céramique turque a connu son âge d'or dans la ville d'Aznik, mais aussi en Kutahié. Les ouvrages de cette céramique se caractérisent par leurs motifs végétaux en forme de girofle, et par leur coloration très vive, tirée d'une espèce d'argile rouge. Les pavements en mosaïque qui ornementent la grande mosqués du Sultan Ahmed, et le palais Topkapi à Istanbul constituent des échantillons représentatifs à cet égard.

On rencontre à peu près le même genre de pavements à Damas. Certaines de ces pièces remontent à la fin de l'époque mamelouke, comme celles dont sont tapissées la mosquée et le hammam dit de "Tayrouzî". Mais la plupart de ces ouvrages en mosaïque datent du début de l'époque ottomane. Il en est ainsi des pavements  du Monastère des Derviches à Damas.

En Andalousie, la céramique a connu un essor prodigieux d'abord à az-Zahra (Xè siècle). Les motifs qui décorent cette céramique représentent des oiseaux, des fleurs, ou des inscriptions. L'industrie de la céramique s'est développée également à Bitranna et à Malaga, au demeurant célèbre par ses marmites dites "barello", ustensile d'origine syrienne. L'Espagne héritera de cet art andalou après la Reconquista.

L'art du verre

Il s'est développé en Syrie et en Egypte sous les Mamelouks. Les verreries de l'époque se présentent sous plusieurs formes. Elles sont décorées de lignes en relief ou en creux. Mais les plus célèbres pièces qui nous sont parvenues sont émaillées, et portent des dessins à l'éclat métallique. Dans son ouvrage, Al-Maqrîzî a mentionné parmi les objets de valeur que possédait le calife al-Mustansir le Fatimide, quelques magnifiques ustensiles en verre (1062). Certaines de ces pièces ont été conservées dans des musées européens (Vienne, Venise, Londres, Florence, Louvres). Par ailleurs, un très joli broc en verre fabriqué sous le règne du calife al-'Azîz (996 h) se trouve à la Cathédrale San Marco.

La fin du XIIè siècle marqua le début de l'âge d'or pour l'art du verre en Syrie et en Egypte. Cet essor prodigieux se prolongera jusqu'au XVè siècle. Les motifs qui décoraient les verreries de l'époque étaient dorés et émaillés. Les centres de l'industrie du verre, c'était Damas et Alep, où, selon al-Qazwînî, on fabriquait les objets de verre en grande quantité (1383). Damas en exportait abondamment vers l'Europe. La coupe en verre de Charlemagne, conservée au Louvres, constitue un chef-d'oeuvre de cette époque glorieuse de la verrerie islamique.

 Damas continuera à produire les verreries en quantité pendant l'époque mamelouke (depuis 1260). Tout comme le Caire, elle s'est illustrée dans la fabrique des lustres. Des ouvrages en verre de ce genre ornaient les mosquées de ces deux grandes cités de l'Egypte et de la Syrie. Ils sont superbement décorés, et portent des figures héraldiques et des inscriptions à la gloire des sultans (XIII-XIV) Baybers, Qalawoun et Nassir Mohammad. Certaines de ces pièces se trouvent au musée du Caire et au musée Metropolitan.

  Les maîtres verriers de l'époque, au premier rang desquels figure l'illustre 'Ali Ibn Muhammad Ramkî, ont également fabriqué des coupes et des vases dont la pièce la plus célèbre se trouve au musée Metropolitan. Il s'agit là d'un vase d'origine syrienne.

Le textile et la tapisserie

Le tissage est un art très répandu dans l'Egypte d'avant l'Islam comme en témoignent les morceaux de tissus coptes découverts dans les ruines du Fustat et de la localité dite "Al-la'zam", aux environs d'Assyout. Plus tard les tisserands égyptiens fabriquaient des étoffes de lin ou de laine dont certaines sont ornées de motifs multicolores et d'autres brodées en soie. Une pièce de cette variété d'étoffes, sur laquelle est dessiné le nom du calife al-Amîn (m. 803h), est conservée au musée du Caire.

 A l'époque fatimide, les tissus de lin ou de soie ont atteint un très grand degré de perfectionnement. Ils sont généralement ornés de caractères coufiques ou des caractères dits "tulut".

 Les soieries iraniennes sont ornementées de motifs représentant des végétaux, des humains ou des paysages. On en trouve des spécimens dans les musées européens. Sous le règne de Chah 'Abbas le safawide, la soierie iranienne, brodée ou veloutée, devint encore plus somptueuse. Kashan et Ispahan constituaient des centres de fabrication de ce genre d'étoffe.

A Baghdad, on trouve également des échantillons de tissage sur lesquels figure l'emblème de la ville : "Dar as-Salam" (Maison de la paix). La ville de Mossoul était connue pour ses soieries qu'on appelle d'ailleurs "mousseline".....

Les tissages de la Turquie sont semblables à ceux de la Perse. Dans les deux pays, en effet, on trouve des étoffes veloutées, ou brodées au fil d'or ou d'argent, avec un champ intérieur peint au rouge.

En Andalousie, selon Al-Idrissi (m. 1154), il existait, rien que dans la ville d'Alméria, 800 manufactures de soieries de grande qualité. Certaines des pièces confectionnées par ses fabriques sont décorées par des dessins représentant des scènes romanesques.

En Inde, sous les moghols, deux villes s'était rendues célèbres pour leurs soieries brodées, à savoir Lahore et Ahmadabad. Par ailleurs la broderie indienne se caractérise par une provision de motifs décoratifs. Cette manière indienne de décorer est toujours vivante, comme en témoignent encore de nos jours les robes traditionnelles, les turbans et les ceintures.

Les tapisseries

Al-Ya'qoubi a parlé d'un tapis ancien qui se trouvait à Assyout. Et Al-Maqriz, en a mentionné d'autres en Syrie, à Kalmoun. Mais, sous les Saljoukides, c'était Turkemène qui s'illustra dans la fabrication des tapis (XIIIè siècle). Toutefois, les meilleurs tapis iraniens étaient confectionnés à Tabriz sous le Chah Ismail, le Safawide (m.1524). Ses pièces de l'époque, conservées au musée de Milan, représentent des scènes de chasse, dessinées dans leurs champs intérieur. Elles sont signées Ghyat Eddine Jami. Les tapis safawides, qui représentent le plus souvent des animaux de petite taille, sont tissés soit en laine, soit en soie. Certains de ces tapis sont dits "tapis polonais".

Sous le Chah Abbas (m.1628), les tapis sont parfois exécutés avec des fils d'or ou d'argent. Certains d'entre eux sont à points noués.

En Inde, le Sultan Akbar (m.1628) encourageait l'industrie des tissages et des tapisseries, qu'il a empruntée à l'Iran. Sous son petit-fils, le Chah Jihane, cette industrie connaîtra un épanouissement beaucoup plus retentissant. De cette époque nous est parvenue une pièce du groupe des tapis noués.

La confection des tapis a donc été à l'honneur dans beaucoup de villes iraniennes : Kachan, Qoum, Tabriz, Chira, Ispahan. Et chacune de ses villes est célèbre pour une manière particulière de décorer et colorier les tapis, si bien qu'on peut distinguer plusieurs tendances dans l'art du tapis en Iran.

La Turquie, quant à elle, est célèbre pour ses tapis de prière, avec leurs motifs en forme de mihrab. Le gros tapis est fabriqué à Istanbul et à Boursa, dans les ateliers du Sultan. Mais les pièces les plus importantes sont celles confectionnées à Mourdis et Koula. La ville de 'Ushaqt est également célèbre pour ses tapis de prière, portant des  lignes entrelacées sur un champ intérieur peint en rouge. Les Européens adoraient ces tapis, rendus célèbres par un tableau du peintre allemand Holbein. Ils seront de ce fait dits "tapis Holbein". Leurs dessins reposent sur des figures géométriques et des motifs végétaux, la décoration de leurs bordures consiste principalement en caractères koufiques.

Les tapis du Caucase remontent au XIXè s. Certaines pièces de ce genre sont dites "tapis arméniens" ou "tapis dragons". Ils portent des formes losangées ornées de motifs floraux.

L'époque memelouke vit apparaître un genre de tapis dits "tapis de Damas", qui était en vogue aussi bien en Egypte qu'en Syrie. Il se caractérise par des formes octogonales avec des motifs en forme d'étoile à branches multiples. En réalité, il est difficile de distinguer ce tapis d'un autre genre fabriqué en Egypte, au Maroc et en Andalousie, mais dans lequel les figures octogonales ont laissé la place à des figures héraldiques. De très beaux spécimens de ce tapis se trouvent à Vienne.

Autres formes d'art

Au premier rang desquels figure la gravure sur bois. On en voit de beaux spécimens dans le minbar de la mosquée du Kiraouane, et dans ceux des mosquées Al-Hakim et Al-Azhar au Caire. En outre, le musée Victoria et Albert à Londres, a conservé  le minbar de la mosquée Qaytably, qui remonte à l'époque mamelouke. D'autres magnifiques spécimens de gravures se trouvent en Iran et au Turkestan. On en voit, par exemple, sur la porte du Tombeau de Mahmoud Ghaznaoui, conservée au musée Akra en Inde. Par ailleurs, les musées de Konya et d'Istambul ont également conservé de chefs-d'oeuvre de gravures, entre autres, le minbar de la mosquée Alaa Eddine à Konya.

Les graveurs sur bois utilisent des motifs végétaux ou animaux stylisés, mais aussi des caractères koufiques. Le plus remarquable ouvrage à cet égard est le minbar de la mosquée almoravide d'Alger. Il est orné de motifs en forme de petits carreaux gravés sur le bois, selon un style oriental maroco-andalou. Les Almohades, eux aussi, nous ont légué deux minbars, l'un à la Koutoubia, à Marrakech, et l'autre, à la mosquée Al-Qasaba. Le premier est incrusté d'os et d'une espèce de bois très appréciée, alors que le second porte des pièces de mosaïques en forme géométrique, qui rappelle la mosaïque égyptienne.

Certains beaux ouvrages de gravure sur bois sont exécutés sur l'ivoire, ou sur des os qui peuvent être incrustés d'autres matières, ou émaillés.

Il existe également des oeuvres d'art en bronze, en fer, en argent et en or, qui sont soit des ustensiles en forme d'animaux stylisés de différentes sortes, soit de simples récipients comme des aquamaniles, par exemple. Ce genre d'oeuvres a été très en vogue pendant les époques seldjoukde, fatimide et mamelouke, en particulier sous le sultan Mohamed Ibn Qalawoun (m.1294). Le plus superbe exemple de ce genre est une épée incrustée de pierreries à poignée admirablement bien décorée. Le musée Topkapi conserve quelques exemplaires d'épées qui remontent aux premiers siècles de l'Islam, de l'époque des "Califes éclairés" à l'époque Omeyyade.

3 - La charia et l'art

L'art et la foi

Les arts plastiques islamiques se manifestent sous des formes très variées, qui sont des objets utilitaires à des motifs purement décoratifs. Ainsi, les oeuvres d'art islamiques comprennent, entre autres, des enluminures de manuscrits, des poteries, des vêtements, des tapis, des objets métalliques et des mosaïques. Il est donc évident que les matériaux sur lesquels travaille l'artiste musulman ne sont pas des toiles à décorer de dessins abstraits, ni du bronze ou du marbre à sculpter, à la manière des artistes européens depuis la Renaissance. C'est que la créativité islamique privilégie les objets utilitaires, destinés à l'usage pratique. Aussi, cette créativité puise-t-elle dans les choses de la vie sur lesquelles l'artiste musulman appose son cachet, témoin de son savoir-faire et de son originalité. Cet artiste participe, à côté de ses pairs, à l'édification d'une civilisation qui s'enrichit et se développe au fil des jours. Cette civilisation, avec toutes ses manifestations artistique, littéraire ou scientifique, prend appui sur une foi globale.

Les soubassements culturels des arts islamiques sont donc impérissables. Toujours et partout utiles, ils se caractérisent également par leur vivacité et leur élasticité.(1)

La question de l'interdiction des images

L'Islam a réprouvé l'art pictural et la sculpture qui reproduisent les choses telles qu'elles sont dans la réalité, ou qui représentent le corps humain. Pourtant, ces deux formes d'art n'ont pas été complètement absentes du répertoire artistique islamique. Ainsi, au début de l'ère islamique, l'art représentatif se manifeste dans les murs et les pavements des palais. On en trouve des témoignages au palais El-Heir, en Syrie, au palais Al-Mufadjar à Jéricho et au palais 'Amra en Jordanie. On a également retrouvé, au nord de la Syrie et de l'Irak, des manuscrits portant des enluminures figurant des êtres humains. Il en est ainsi des manuscrits de l'ouvrage du Dioscoride sur les plantes, de celui d'Abu Al-Faraj, sur les chansons, et enfin du livre des Séances (maqamat) d'Al-Hariri. Or, ces images n'étaient pas perçues en ce début de l'Islam comme contraires à la foi islamique. Au demeurant, le Coran n'a pas mentionné parmi les choses interdites les images et les sculptures. Voici ce que dit le verset 90 de la Sourate V à cet égard : "...Le vin, le jeu du hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une oeuvre du Démon. Evitez-les ...peut-être serez-vous heureux".

En outre, le Coran laisse entendre que la représentation des êtres et la sculpture se sont pas blâmables, à moins qu'il ne s'agisse d'une imitation délibérée de la création ou de "pierres dressées" regardées comme objet de culte. Ainsi, le Coran rapporte ces propos de Jésus Christ : "... je vais, pour vous, créer d'argile, comme une forme d'oiseau" (III, 49).

Il dit également à propos des adeptes de Salomon :"... Ils fabriquaient pour lui ce qu'il voulait : des sanctuaires, des statues, des chaudrons grands comme des bassins..." (XXXIV, 13).

Quant au hadith selon lequel : "Les gens qui subiront le pire des châtiments sont ceux qui représentent la créature divine", il a été interprété par certains philologues comme étant une interdiction de la représentation de Dieu. Ainsi, Abu Ali Al-Farisi, philologue du Xème siècle, soutien, à propos du hadith précité, qu'un deuxième "complément" de la phrase est eclipsé, à savoir "Dieu, comme dans ce verset coranique : "... ils ont adopté le veau..." (VII, 152) où il faudrait ajouté "pour Dieu". par conséquent, écrit Abu Ali Al-Farisi : "quiconque aura façonné ou scuplé ou fabriqué de quelque manière que ce soit un veau n'attirera pas sur lui la colère de Dieu et la réprobation des Musulmans...". On pourra citer en guise d'objection le hadith selon lequel : "les faiseurs d'images seront châtiés dans l'au-delà". Mais, écrit-il "il s'agit là de ceux qui représentent Dieu comme on représente des objets" (1).

En fait, la tendance visant à contrecarrer la floraison de l'art figuratif est un prolongement des efforts entrepris en vue de protéger la culture islamique contre toute influence culturelle matérialiste. Car, l'influence persane et grecque sur la pensée islamique a été très sensible avant l'avènement d'Al-Mutawakkil, qui régna de 847 à 862. Ce dernier a commencé par redonner ses lettres de noblesse à la Tradition du prophète, et mettre un terme à la polémique au sujet de la création du Coran. Il a ensuite limité les pouvoirs dont jouissaient les turcs, et transféré le siège de son pouvoir à Damas. Par ailleurs, Al-Mutawakkil a été le promoteur de l'entreprise d'authentification des Saintes Traditions du prophète. En effet, c'est sous son règne qu'ont vu le jour les grands recueils des hadiths que l'on connaît sous le nom des deux Sahih (c-à-d authentique) dont l'un est dû à Al-Bukhari, et l'autre, à Muslim. D'autres traditionnistes, tels qu'Abu Dawud, Tirmidi et Nasaî ont participé à cet effort de vérification de l'authenticité des Hadiths. Certaines de ces traditions du prophète ont d'ailleurs trait à l'interdiction de la représentation des humains ou des animaux.

Ainsi, un traditionniste comme An-Nawawi affirme que la représentation des êtres animés est interdite. Il écrit à cet égard : "la représentation d'un être animé est vigoureusement réprouvé comme étant un pêché grave dont l'auteur, selon maints hadiths, est voué au sévère châtiment. Cet acte, quelle qu'en soit la nature et quel que soit son but, est donc formellement interdit. Car, il vise à imiter la création divine". (D'après le Musuad d'Ahmed, Tome 4).

On trouve d'autres hadiths relatifs à la représentation des êtres dans l'ouvrage intitulé "Miftah Kunuz As-Sunnah"(1).

L'idée qui prédomine aussi bien chez les théoriciens de l'art islamique que chez les docteurs de la loi est que les arts en Islam -conformément au dogme de l'unicité de Dieu- ont une dimension spirituelle. Ce qui favorise la peinture abstraite qui figure l'absolu, ou la représentation symbolique visant à illustrer des faits scientifiques ou historiques, ou encore qui revêt un intérêt documentaire. Encore faut-il que cette représentation soit une déformation de la réalité et n'ait pas pour but l'exaltation de son auteur.

En effet, le principe d'unicité divine interdit au croyant d'imiter Dieu dans l'acte de création, Dieu étant le seul véritable Créateur :

"Il connaît ce qui est caché et ce qui est apparent. Il est le Tout-Puissant, le Miséricordieux qui a bien fait ce qu'Il a créé, et qui a commencé la création de l'homme à partir de l'argile" (XXXII, 6-7).

Et c'est le même principe qui condamne toute tentative de représenter Dieu, ou tout être sacré. Une telle tentative risque en effet d'entraîner son auteur dans un égarement analogue à celui de faiseurs de "pierres dressées, et de flèche divinatoire".

Muhammad 'Abdu, quant à lui, écrit que : "les partisans de l'interdiction de l'art représentatif ont pris à la lettre le hadith du prophète selon lequel : "les faiseurs d'images seront condamnés  au pire des châtiments le jour du Jugement Dernier". Ce hadith, pensent-ils, fait allusion aux images en vogue à l'époque du paganisme, et qui avaient pour objet la déification de certains personnages. En revanche, les images qui n'ont qu'une visée esthétique et décorative ne rentrent pas dans le cadre du hadith en question".

Ainsi, l'art figuratif n'est interdit que s'il constitue un moyen de créer des idoles, et de propager de la sorte le paganisme. Ce risque de favoriser le paganisme existait au début de l'Islam. Mais depuis que la foi en un Dieu unique s'est ancrée dans les esprits, que les docteurs de la loi ont élucidés les différents préceptes de la religion, et que les pouvoirs en place, investis d'une double charge à la fois religieuse et temporelle, s'employaient à protéger l'Islam et les territoires qui lui sont acquis, l'art représentatif n'a plus qu'un rôle ornemental, ou un intérêt illustratif et documentaire. A ce titre, il ne peut plus être considéré comme illicite et le fait que cet art ne s'est pas développé dans les pays islamiques s'explique par le puritanisme de certains docteurs de la loi. Par ailleurs, il ne faut pas considérer les quelques oeuvres de cet art dont on dispose comme "un pêché éternel", pour reprendre l'expression de Papadopoulo (1).

Nous ne partageons pas l'avis de ceux qui pensent que la floraison des arabesques et de la calligraphie est imputable à l'absence de l'art représentatif et aux prétendues causes de cette absence. En réalité, la pensée islamique qu'inspire une conception particulière de Dieu comme Eternel Absolu, a donné naissance à une forme d'art qui reflète cette absoluité transcendante. En cela, l'art islamique tranche avec la tendance qui s'attache à la personnification et à la représentation des réalités contingentes.

Les arts représentatifs islamiques

On peut classer les arts islamiques en deux catégories fondamentales : les arts figuratifs et les arts abstraits. La première catégorie repose sur des représentations humaine, animale, ou végétale, mais qui ne reproduisent pas d'une manière fidèle la réalité. Et là, on pourra se demander : pourquoi cette déformation de la réalité? Pour répondre à cette question, on fera appel aux arts modernes qui reposent sur la déformation de la réalité depuis l'école impressionniste, née en France à la fin du XIX siècle, en passant par le fauvisme et le surréalisme, jusqu'à l'école abstraite, qui a porté à son comble la déformation de la réalité. Par ailleurs, l'explication de cette déformation nous a été fournie par les philosophes d'art, tels que Brion et Seuphor (2).

Ainsi, cette déformation se justifie par la volonté de l'artiste d'imprégner l'objet de sa subjectivité et de donner le pas à sa vision de la réalité sur la réalité banale du monde extérieur. Il en résulte une oeuvre de création inédite. L'art islamique a été le précurseur dans cette voie. L'artiste musulman se donne pour mission une représentation symbolique du réel, et non pas une reproduction fidèle des objets réels. De ces objets, en effet, il ne retient que ceux qui cadrent mieux avec son oeuvre d'art. En outre, bien que le but de l'art figuratif est d'exprimer un contenu donné, l'artiste ne fait que suggérer, par des traits abstraits, les contours de son objet, et laisse au spectateur de son oeuvre le choix d'interpréter celle-ci, selon son goût et ses désirs.

En fait, avant l'avènement des courants artistiques modernes, la déformation qui caractérise l'art islamique s'explique par l'attitude de l'Islam face à la représentation des êtres. A cet égard, les orientalistes ont mis l'accent sur la question de l'interdiction de la représentation, interdiction qui se justifie par le souci de ne pas imiter la création de Dieu Tout-Puissant, et de ne pas commettre le pêché de "dresser des pierres et des idoles ou d'adorer les images."

Les orientalistes, pour étayer leur théories relatives à la déformation dans l'art islamique, ont invoqué le fait que l'artiste musulman s'attache à éliminer de ses représentations humaines tout indice dénotant la vie. Pour ce faire, il trace une ligne qui sépare la tête du reste du corps. On en voit une illustration dans le manuscrit d'Al-Hariri, conservé à Leningrad.

Il est à noter que le type de déformation qu'on retrouve dans les représentations islamiques reste quasiment inchangé au fil des siècles. En effet il existe une similitude frappante entre les fresques du palais El-Heir El-Gharbi, et celles des palais Al-Mufadjar et Amra, d'une part, et entre celles-ci et les enluminures qui ornent les manuscrits du livre d'Al-Hariri et celui d'Abu Al-Faradj, d'autre part. Toutefois, les fresques et les enluminures se distinguent par le fait que dans le premier cas, on décèle l'influence de l'esthétique byzantine, alors que dans le second, on relève l'empreinte des arts persan et chinois.

Ce qui vaut pour l'art figuratif vaut également pour la sculpture. Ainsi, les sculptures qu'on retrouve dans les vestiges des palais omeyyades, conservés au Musée d'Al-Qods (vestiges du palais Al-Mufadjar) ou dans le musée de Damas (palais El-Heir), témoignent toutes de cette manière artistique de déformer la réalité. Les sculptures sont par ailleurs colorées et en relief.

Mais l'art figuratif, qu'il s'agisse de la peinture ou de la sculpture, connaîtra un déclin dans l'Occident musulman alors qu'en Orient, précisément en Iran, il céda la place aux miniatures, cet art pictural que sous-tend une esthétique caractérisée par la symbolisation et la déformation. Les miniaturistes, qui font preuve de beaucoup de talent et de dextérité, accordent peu d'importance aux règles scientifiques de la perspective que l'art occidental se targue d'observer depuis la Renaissance. L'esthétique islamique, elle, s'inscrit dans une optique spirituelle nettement distinguée.

La peinture des paysages dont on voit des exemples à la Mosquée Omeyyade de Damas, et au palais Al-Mufadjar à Jéricho -il s'agit de panneaux de mosaïques lobées- laisse également apercevoir une déformation par rapport à la nature qu'elle représente. Ces paysages sont de deux sortes :

a - Au Dôme du Rocher, à Al-Qods, on trouve de magnifiques panneaux de mosaïques qui ornent les murs intérieurs et qui semblent avoir recouvert également les hauts des murs extérieurs. Ces mosaïques remontent à l'époque d'Abd El-Malik Ibn Marwan. Elles portent des motifs végétaux déformés, soigneusement étudiés par Van Berchem (1). Ces décorations sont le prolongement des motifs utilisés dans les édifices d'avant l'Islam.

b - Dans ces panneaux de mosaïques, les paysages sont incomplets, contrairement à ceux qu'on voit dans la Mosquée Omeyyade de Damas. Ces derniers figurent, selon R. Etteinghausen (2), des scènes du paradis, et non pas des villes conquises par les Musulmans, comme on le pensait. Les motifs figurant des édifices et des ponts, qu'on voit sur ces panneaux de mosaïque, évoquent des décorations chinoises. Signalons à ce propos le rôle capital qu'a joué la Route de la Soie dans l'introduction de motifs ornementateurs d'origine chinoise dans l'art islamique, comme en témoignent les vestiges de la mosquée de Damas, ainsi qu'un certain nombre de poteries et d'enluminures.

Force est de noter, par ailleurs, que l'art de la mosaïque est une vieille tradition en  Syrie. En effet, les artisans syriens, connus pour leur tour de main, excellaient dans la fabrication de lobes colorés et dorés, avec lesquels ils décoraient, avec une remarquable finesse, les églises et les couvents. Certains témoignages de ces décorations subsistent encore aujourd'hui. Ainsi, les oeuvres d'artisans musulmans s'inscrivaient dans une tradition artistique séculaire. On n'avait donc pas besoin d'importer ni les artisans ni les lobes colorés. Les vestiges de manufactures de mosaïques ont d'ailleurs été découverts en Syrie.

On voit d'autres vestiges de cet art, pourtant peu répandu, dans la mosquée de Cordoue, et dans le palais d'al-Hambra, à Grenade. Mais dans ces derniers cas, on relève plus de précision et de finesse.

La perspective spirituelle dans l'art pictural islamique

Papadopoulo parle de la perspective spirale dans l'art des miniatures. Selon lui, une ligne spirale passe à travers les yeux des personnages représentés dans l'oeuvre d'art. Il pense également que les spirales et les arabesques constituent les éléments fondamentaux de l'espace pictural (3).

Ces spirales passent par les yeux censés refléter le fond de la pensée et de l'esprit. Elles caractérisent les arabesques abstraites.

En réalité, la perspective dans le domaine pictural n'a été considérée comme une donnée scientifique et optique qu'après la Renaissance en Italie. Auparavant, dans l'art byzantin, elle était qualitative. Elle sera perçue différemment dans les arts autres qu'européens, à savoir les arts africain, chinois, indien, puis islamique. Ces différences d'optique ne sont pas des marques d'infériorité. Elles dénotent plutôt la variété des conceptions artistiques. Au demeurant, tout art suppose une manière de voir culturelle qui s'inspire des croyances et des traditions à l'honneur dans une société donnée. Ainsi, la foi islamique, fondée sur l'unicité de Dieu, constitue-t-elle l'arrière-fond de l'art islamique. Dans cette optique, le peintre qui dessine le réel, envisage celui-ci comme une oeuvre où transparaît l'omnipotence divine. Ce qui explique que les faisceaux lumineux qui, comme réalité optique, ont une forme conique, se présentent sous forme de rayons lumineux parallèles dans l'art représentatif islamique. Ces rayons procèdent en effet d'un ordre sublime. D'où l'absence dans l'art représentatif islamique de la troisième dimension, de la profondeur et du vide. Les opinions qui prétendent que l'art islamique manque de maturité et qu'il a horreur du vide se trouvent ainsi réfutées.(1)

Rappelons par ailleurs que le grand essor de l'art représentatif en Orient musulman est dû à la place prépondérante qu'y occupaient les traditions persanes manichéennes. Celles-ci étaient formées d'un amalgame de croyances zoroastriennes et chrétiennes. Or, Mani figurait parmi les grands peintres persans. Par la suite, ses idées s'étaient répandues à l'époque d'Al-Mamoun, et s'étaient implantées en particulier en Perse. Il s'ensuit que les peintres persans n'hésitaient pas à peindre les êtres animés. Ils ont même représentés des prophètes, comme en témoignent les enluminures qui ornent les manuscrits de "Jamii Al-Tawarikh", des "Histoires de prophètes", et de "l'histoire de Khwand mir".

L'art non-figuratif

La tradition artistique islamique est marquée par une tendance abstraite. C'est que l'art représentatif abstrait procède des idées absolues, au premier rang desquelles figure l'idée de Dieu : l'être  éternel, auquel "rien ne ressemble". Le croyant,  par la foi, recherche Sa grâce, et s'efforce de percer à jour les secrets de l'Etre absolu. Ainsi, ce rapport entre Dieu et le croyant transparaît clairement dans l'art des arabesques. Cet art ornementateur tente, en effet, au moyen de lignes, ou de feuillages entrelacés, de refléter l'idée du Créateur. Ainsi, l'arabesque, qu'elle utilise des figures géométriques ou des rosaces, évoque les attributs de Dieu, tels qu'ils sont mentionnés dans le Saint Coran : "Il est le Premier, et le Dernier. Celui qui est apparent et celui qui est caché. Il connaît parfaitement toute chose" (VI, 3). "Dieu est la Lumière des cieux et de la terre ! Sa lumière est comparable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre; le verre est semblable à une étoile brillante. Cette lampe est allumée à un arbre béni : l'olivier qui ne provient ni de l'orient ni de l'occident et dont l'huile est près d'éclairer sans que le feu la touche. Lumière sur lumière! Dieu guide, vers Sa lumière, qui Il veut. Dieu propose aux hommes des paraboles. Dieu connaît toute chose" (XXIV, 35).

Par ailleurs, "le recours à l'arabesque, écrit Grabar, permet de charger l'oeuvre artistique d'une valeur culturelle. L'arabesque estompe le bien entre l'objet concret et sa signification banale et courante. Il s'ensuit que l'image s'éloigne complètement de la réalité, et au delà de la fonction apparente de l'arabesque se profile tout un système de signes, et une valeur symbolique globale qui s'imposent à nous, sans nous priver de notre liberté d'interprétation. Mais l'arabesque n'a pas livré tous ses secrets. Elle recèle encore une multitude de sens et une richesse esthétique inépuisable".(1)

L'artiste musulman, grâce à un style magnifique et foncièrement authentique, fondé essentiellement sur des motifs étoilés, parvient à exprimer des idées procédant de l'ordre divin. Ainsi, l'étoile à six branches, qu'on retrouve dans les arabesques, renferme deux triangles. Le premier, celui d'en-bas, représente la terre, alors que le second, dont la base tend vers le haut, figure le ciel. Leur rapprochement évoque l'unité de la terre et du ciel, autrement dit, l'unité de l'Etre.

L'étoile à huit branches, quant à elle, se compose de deux formes carrées. La première représente les quatre points cardinaux, et donc la direction de la Mecque. Le seconde évoque les quatre éléments (l'eau, le feu, la terre, et l'air). La combinaison de ces deux formes carrées symbolise l'unité de l'univers et de l'être.

De ces deux étoiles,  (hexagonale et octogonale) part un faisceau de lignes entrelacées, dessinant des espaces qui  symbolisent des êtres et des choses appartenant à un monde infini. Le centre de l'étoile, d'où rayonne une multitude de lignes, répandant leur lumière sur l'univers, figure la toute-puissance divine. (1)

Les feuillages qu'on constate dans les arabesques peuvent par ailleurs être interprétés comme une glorification de Dieu et comme une invocation incessante de Son Nom. C'est en tout cas l'expression d'un infini (Il est le Premier et le Dernier). L'arabesque représente également des éléments de la nature : des motifs végétaux en forme de feuillages, de fleurs et de fruits.(2)

La calligraphie

Les idées coraniques se reflètent d'autant plus clairement dans les arabesques que celles-ci sont agrémentées de versets soigneusement calligraphiés.

L'écriture arabe s'est en effet développé au point de devenir une véritable forme d'art qui agrémente souvent les arabesques. Ainsi, il existe en arabe une centaine de formes de caractères, mentionnés par des auteurs comme Al-Qalqshaudi, Abu Hayyan et Ibn Al-Nadim. Parmi ces différentes formes d'écriture, on peut citer le caractère dit "Mazoui", c-à-d géométrique, le caractère "diwane" très fin, et surtout le caractère dit "tulut", le plus beau de tous. Abu Hayyan a établi les critères qui définissent la belle écriture, entre autres, la précision, l'harmonie et la finesse.(3)

Ainsi, contrairement aux autres artistes ornementateurs, peu célèbres, les calligraphes jouissaient d'une grande notoriété, qui leur valait l'estime des rois et des sultans.

Les calligraphes les plus célèbres

Ibn An-Nadim a parlé du calligraphe Qotbat avec beaucoup d'admiration. Il fait de lui l'inventeur et le promoteur de la calligraphie arabe sous les Omeyyades. A l'époque Abbasside le calligraphe le plus illustre, c'était Ibn Al-Muhawwal, le secrétaire. C'était lui l'inventeur des caractères dits "Musalsal", "Ghubari", et "Al-Izaza", qui ressemble au caractère "Nasqi". Le calligraphe Ibn Muqlat, quant à lui, accéda à la dignité du Vizir auprès des califes Al-Muqtadir, puis Al-Qahir et Ar-Radi. On lui doit l'invention du caractère "Nasqi". Il fut également, avec son frère, un excellent spécialiste des caractères "Tulut" et celui dit des "signatures". Mais il sera surpassé par Ibn Al-Bawwab qui, d'après Ibn Al-Quti, a parfait et diversifié le caractère "Tulut". Il fut contemporain d'Abu Hayyan Al-Tawhidi, connu pour ses remarquables écrits sur la philosophie et les règles de la belle écriture, et pour être lui-même un calligraphe.(1)

On peut citer également, parmi les calligraphes de renom qui vivaient à Baghdad, Hamdallah Al-Amasi, et Yaqut Al-Muutasimi, qui a copié de sa main des milliers de Mushafs (Coran).         

La perse avait également ses calligraphes estimés de tous, notamment dans les villes de Harat et Boukhara où s'illustra au XVème siècle Mir Ali, un vizir qui fut également poète et musicien. C'est à ce vizir calligraphe que l'on doit l'invention des caractères dits "Nasta'liq". Outre Ali Mir, la ville de Harat comptait deux autres calligraphes de renom, Ali Mash Hadi et son fils Sultan Muhammad Nour.

En Turquie, deux noms étaient passés maîtres dans l'art de la calligraphie: Ahmad Qurat Husari (m. 1000),  qui a conçu un style d'écriture propre à lui; et Al-Hafid Utman Ibn Ali, qui était le précepteur du Sultan Ahmad Khan II (m. 1693).

Les peintres et miniaturistes les plus célèbres

Il est aisé d'identifier l'auteur d'une miniature grâce à son style mais, surtout, à sa signature. En effet, depuis le XVIIème siècle les miniaturistes commencèrent à signer leurs oeuvres. Cet usage fut initié par le miniaturiste Bahzad.

Rida Abbassi, plus soucieux encore de faire connaître son oeuvre, ne se contentait pas de la signer. Il ajoutait également la date et un commentaire sur la peinture. Il était également courant qu'à côté du nom du peintre et du graveur on inscrivit le nom du maître. Toutefois, on est frappé de constater que les calligraphes de la fondation "Bab Rashidi", créée à Tabriz par Rashid Al-Din, n'ont pas signé le manuscrit miniaturé du livre "Jamii At-Tawarikh", qu'ils avaient copié. Il n'est pas fait mention non plus de leurs noms dans la liste des bénéficiaires des rémunérations.

Par ailleurs, certains auteurs ont consacré des ouvrages à l'histoire des peintres, parmi eux Al-Maqrizi, dont l'ouvrage ne nous est pas parvenu. Et c'est dans la "Khulzat al-Akhbar" (chroniques abrégées) qu'on trouve des informations sur un certain nombre de peintres, en particulier Bahzad, Mabrak Naqqash, et Qasim Ali. Un autre livre composé par l'historien Iskandar Munshi, a retracé l'histoire de la peinture jusqu'en 1629. Munshi a mis sur le même plan de mérite le Chah Tamhasib et le fameux miniaturiste Bahzad. Le Chah fut l'élève du peintre Sultan Muhammad. Ce dernier, à la demande du Chah, a participé, à côté de deux autres miniaturistes, à l'illustration de la "Chahnamat", dont le manuscrit est conservé au Musée Metropolitan, à New York.

4 - L'art moderne et les valeurs islamiques

Manque d'authenticité dans l'art moderne

Dans les pays islamiques, l'art moderne a rompu aujourd'hui tous ses liens avec ses origines islamiques. Ainsi, on se met à imiter les arts occidentaux qui ont connu un grand essor, et sont parvenus de ce fait à marquer de leur empreinte le paysage culturel des pays islamiques. Or cette emprise de la culture occidentale affaiblit les sociétés islamiques, qui sacrifient ainsi leurs entreprises civilisationnelles propres sur l'autel du modèle culturel occidental. En effet, si les pays islamiques ont aujourd'hui recouvré leurs indépendance totale au plan politique, libérés ainsi du joug de la colonisation et de l'occupation, ils n'en restent pas moins confrontés à un processus d'occidentalisation, appuyé par l'impérialisme culturel, toujours solide.

Ainsi, bien que les traditions artistiques islamiques, et la philosophie qui les sous-tend, sont aux antipodes des arts européens, fondés sur une toute autre philosophie esthétique, on constate que le dessin et la sculpture, qui mettent en valeur la beauté physique de l'homme, sont deux disciplines artistiques non seulement tolérées dans les pays islamiques, mais aussi inscrites dans les programmes des instituts des Beaux-arts, et des autres établissements scolaires. Le public en vient dès lors à admirer les oeuvres de peintres réalistes qui s'attachent à représenter fidèlement les objets du monde, portraits ou paysages dont ils accentuent les traits de beauté. Qui plus est, ces arts d'origine occidentale ont été favorisés par certains hommes au pouvoir qui prônaient l'ouverture, tels que le sultan ottoman, Mahmoud II Mohammad Ali Pacha, et le Khédive Ismaïl. En outre, cette tentative d'ouverture a été appuyée également par des intellectuels comme Rifa'at Al-Tahtawi, Khayr Al-Din Al-Tunsi et Muhammad Iqbal.

Cette tendance occidentaliste a d'ailleurs révolté les partisans du Renouveau national qui proclament une libération du colonialisme culturel envahissant, et la préservation de l'identité artistique fondée sur une tradition séculaire. Mais ils ne s'opposent pas à une modernisation des arts, afin qu'ils répondent aux exigences artistiques de notre temps.

Le fait est que certains ont compris cet appel au retour aux sources comme une incitation à suivre scrupuleusement les traditions des ancêtres. Et pour eux ces traditions sont liées aux préceptes islamiques qui interdisent la peinture, cet art qui s'est répandu depuis que des courants culturels occidentaux, dès le début de ce siècle, commencèrent à envahir les pays islamiques.

L'art moderne et l'attachement aux traditions

L'art islamique moderne est appelé à s'attacher aux traditions artistiques héritées du passé, et ce, pour plusieurs raisons, dont voici les principales :

1 - Ces traditions reposent sur une philosophie esthétique fondamentalement différente de celle qui inspire l'art en Europe. L'esthétique occidentale a pour principe de base l'imitation du réel, le respect des règles de la perspective et de la morphologie. L'homme et la nature deviennent, dans cette optique, les deux objets favoris de l'oeuvre artistique. Force est de constater cependant que cette esthétique a commencé depuis deux siècles à être battue en brèche. Il s'ensuit que ses principes et ses présupposés ne sont plus respectés.

L'esthétique islamique, elle, ne vise pas à représenter le beau tel qu'il se trouve dans la nature. En ce sens, elle est plus fidèle à la notion de créativité. L'artiste musulman, pénétré de l'idée de l'unicité divine, s'efforce d'exprimer, non pas le relatif, mais l'absolu. D'où la prédominance des arabesques utilisées fréquemment pour décorer les objets utilitaires. Cet art décoratif, qui n'est pas simple ornement, comme le prétendent ses détracteurs, fait fond sur des principes qui inspirent aujourd'hui les courants artistiques occidentaux les plus modernes.

Ainsi, la philosophie esthétique qui prévaut actuellement tend à exprimer l'irréel. Elle intervient également dans tous les objets de la vie pratique. L'industrie moderne fait, elle aussi, appel au génie créatif des artistes, pour donner une dimension esthétique à ses produits. Cette dimension est parfois si prononcée que les gens qui acquièrent l'objet en viennent à oublier sa vocation pratique.

2 - L'apport de l'Islam à la civilisation mondiale se manifeste dans plusieurs domaines d'activités humaines. L'art mondial, ce n'est pas seulement l'art européen, mais l'ensemble du patrimoine artistique qui appartient à plusieurs civilisations. Les grands musées regorgent d'oeuvres artistiques, anciennes et modernes, venues d'horizons différents. Il est frappant toutefois que sans les musées d'art moderne, on ne trouve pas d'oeuvres artistiques islamiques, à l'exception de celles des artistes musulmans installés en Occident où ils jouissent de la renommée. Mais il s'agit d'une minorité qui ne représente pas l'art dans tous les pays islamiques.

En élaborant une esthétique islamique à la fois moderne et originale, on ouvrira à l'art islamique de larges horizons sur les milieux artistiques modernes, et on lui assurera une présence plus grande dans les musées et les galeries d'art. Cela permettra également de faire apprécier les spécificités de l'art islamique, qui enrichiront sans doute l'art mondial et favoriseront le dialogue entre la culture islamique et les autres cultures internationales.

3 - Le rejet de l'art figuratif par les artistes et les amateurs d'art musulmans a créé un climat de méfiance mutuelle entre la culture islamique et les autres cultures. Des spécialistes d'art musulmans continuent d'afficher la même attitude défavorable à cette forme d'art. Les plus extrémistes d'entre eux l'ont déclarée illicite. Ainsi, ceux parmi les musulmans qui réprouvent l'art figuratif interdisent son enseignement, regardé comme un pêché. Il en résulte une régression des activités artistiques, et une indifférence vis-à-vis de l'art traditionnel. Aussi convient-il de faire ressortir les différences entre deux conceptions d'art à envisager, non pas dans une perspective de rejet et d'exclusion mutuels mais sur la base du respect des spécificités culturelles et du génie créatif de l'autre. Car tout comme les religions, les littératures et les langues étrangères, les arts des autres peuples méritent qu'on s'y intéresse et qu'on apprécie leurs qualités, en les comparant sans cesse avec nos arts à nous, et en examinant leurs fondements théoriques à la lumière de nos propres conceptions.

4 - L'art islamique a traversé, au cours de ces derniers siècles, une période de dépérissement. Faute de soutien des autorités régnantes, le nombre d'artistes s'est rétréci. Parallèlement, se propagent des courants, imitateurs des modèles intellectuels et artistiques étrangers, sous le couvert d'ouverture de la culture islamique. Ainsi, après la fin des grandes dynasties, Safawides en Iran, Mameloukes en Egypte et en Syrie, Almoravides et Almohades au Maroc, les arts ont-ils très peu évolué. Ils seront complètement pétrifiés, à partir des XIXème siècle,  sous l'effet des influences étrangères.

Mais aujourd'hui on voit se profiler à l'horizon les prémices d'un renouveau culturel réel dans les pays islamiques. Et cela, en dépit des conflits interculturels qui mettent constamment à l'épreuve l'originalité et les traits spécifiques de la culture islamique. Quoi qu'il en soit, l'élaboration d'une esthétique islamique moderne doit absolument aller de pair avec une promotion des arts traditionnels. De la sorte, nous concilierons le patrimoine artistique ancestral et le génie créatif moderne. Encore faut-il préciser ce qu'on entend par l'art moderne et ne pas confondre "moderne" et contemporain".

5 - Dans le monde islamique, la question de l'originalité se révèle inéluctable quand il s'agit de rattacher l'art moderne à ses fondements esthétiques islamiques. D'où la nécessité de clarifier ses fondements aussi bien sur le plan théorique que pratique. A cet égard nous pensons que l'élaboration d'une science islamique des Beaux-arts doit être d'abord l'affaire de chercheurs et de créateurs. Car il s'est avéré que les efforts des orientalistes dont on a déjà parlé ne s'affirment pas sur une compréhension approfondie de la pensée islamique (1). En revanche, les contributions des chercheurs musulmans dans ce domaine restent jusqu'à présent modestes. Il est donc nécessaire d'intensifier les efforts pour mettre au point une théorie esthétique authentique basée sur des fondements solides.

Tentatives de retour aux sources dans l'art moderne

L'artiste musulman, conscient enfin des faits  qu'on vient de citer, cultive désormais un style d'art qui s'inspire de la conception artistique islamique -qu'il interprète à sa manière- ou qui puise dans les différentes formes d'art traditionnel. Certes, l'artiste moderne est plus imprégné d'influences artistiques européennes qu'il n'est inspiré par l'idéal esthétique islamique, et ce, à cause de l'hégémonie culturelle étrangère sous laquelle il vit. Mais il existe un certain nombre d'artistes qui essaient de se libérer de l'emprise étrangère, de se rapprocher du modèle artistique islamique et d'aborder des questions ayant trait à la pensée islamique ou à la vie courante.

Ainsi, dans le monde islamique, des tentatives se multiplient, qui visent à harmoniser les moyens d'expression artistique, et d'user d'un langage unifié pour représenter les réalités sociales et historiques de la vie islamique.

Cela ne signifie nullement que nous méconnaissons la responsabilité de l'artiste, et son rôle primordial dans les mouvements de libération et de progrès. Nous n'ignorons pas non plus que ses grands objectifs le poussent à mettre à profit tous les langages, et tous les courants et styles artistiques. Mais l'art, c'est d'abord une création, dont le but est de procurer une sensation de joie, de bonheur et de plaisir spirituel. Si l'artiste reste fidèle à son but initial, il produira une oeuvre où le fond et la forme sont en parfaite harmonie. Mais le rôle de l'artiste, c'est aussi de rechercher des formes d'art oubliées. Ainsi, faire du tatouage traditionnel une expression artistique à l'instar du peintre marocain Mohammad Charqawi, c'est remettre en honneur un genre artistique dont on ne fait plus aucun cas. De la sorte, on le sauvera de l'oubli et du dépérissement, et on en fera une source d'inspiration. (1)

Dans le même ordre d'idée, l'artiste qui recourt aux mots arabes et à la calligraphie arabe, comme le font un bon nombre de peintres contemporains au premier rang desquels figure l'artiste-peintre pakistanais Sadqkin, revalorise les mots de l'arabe, langue de la révélation coranique, et contribue par le moyen d'expression moderne, à la consolidation de la foi, et à une présentation de la culture islamique sous un jour nouveau.

Il en est de même du peintre qui s'inspire des arabesques. Lui aussi ouvre des perspectives qui exaltent la foi en un Dieu absolu; un Dieu qui procure la quiétude de l'âme et la sérénité de l'esprit, et qui détient la clef des mystères de l'univers.

Mais tous ces essais tâtonnants et ces nouvelles voies explorées par une génération d'artistes dans le monde islamique ne constituent pas encore une école artistique à part entière. Il en résulte que la critique de l'art a du mal à dégager, à partir des oeuvres contemporaines, les traits caractéristiques d'un art islamique moderne.

Rappelons qu'un premier musée d'art islamique contemporain a été créé à Amman (2). Il rassemble une collection d'oeuvres artistiques contemporaines, venues de pays arabes, du Pakistan, d'Iran, d'Indonésie et de la Turquie.

Mais, ces oeuvres constituent-elles un tout homogène où l'on peut déceler une identité artistique islamique ? Voilà bien une question à laquelle il est difficile de répondre.

La vérité est qu'une part importante de ces oeuvres s'apparentent franchement à des courants artistiques américains et européens. Certes, ces peintres adoptent une approche abstraite et sont, de ce point de vue, en accord avec l'esthétique islamique qui ne favorise pas les tendances figuratives et personnifiantes. Mais la différence est grande entre le courant abstrait et les arabesques. Le premier s'intéresse à l'irréel, pure invention de l'esprit, alors que l'art islamique vise l'absolu (3).

En organisant périodiquement des expositions collectives des oeuvres d'art venues de différents pays islamiques, on aidera les artistes musulmans à mieux se connaître, et on contribuera efficacement à créer une symbiose entre divers courants et formes de créativité. Une telle symbiose, l'artiste contemporain l'appelle de ses voeux, dès lors qu'il a besoin de se sentir dans un univers esthétique qui préserverait son identité artistique islamique.

Nous croyons savoir que l'ISESCO envisage d'organiser un colloque sur l'art, ainsi que des expositions périodiques. Peut-être prévoit-elle de soutenir le projet de création d'un musée des oeuvres d'art contemporaines. C'est un préalable pour permettre de faire le départ entre les oeuvres originales et les imitations de modèles étrangers et,  partant, de relever les écarts par rapport à l'esthétique islamique, et les affinités avec l'art occidental.

                                                                                                                                                                                                                                                                     

 

(1) Les orientalistes, spécialistes de l'esthéique islamique établissent des liens entre l'art islamique et les arts byzantin et sassanide. Voir A. PAPADOPOULO : L'Islam et l'art musulman, Mazenod, Paris, p. 190, voir également O. Grabar : The Formation of islamic art, Yale, 1973.

 

(1) cf. Préface de l'ouvrage de T. Burckhart : "Art of Islam : Language and Mining" - World of Islam. London 1976.

(1) Abu Ali al-Farisi, "Al-Hujjat Fi 'Ilalil Qiraat", manuscrit, bibliothèque d'Alexandrie, N°3570G.

 

(1) Voir Mitsk "Miftah Kunuz As-Sunnah", traduit par Mohamed Fuaad 'Abd Al-Baqi, édition du Caire, 1934, p34

(1) A. Papadopoulo, Esthétique de l'Art musulman, la Peinture, 6 volumes, Paris  Lille 1972

(2) M. Seuphor, Dictionnaire de la peinture abstraite, F. Hazan, Paris 1962.

 

(1) K.A.C. : Early Muslim Architecture, vol, I, Oxford, 1980. On peut lire dans cet ouvrage un article sur la mosaïque élaboré par Van Berchem et Delorey.

(2) R. Ettinghausen : Arab painting, Skira, 1962.

(3) A. Papadopoulo, Esthétique de l'art musulman, la Peinture. 6 volumes , Paris Lille 1972

(1) cf. notre étude : The spiritual perspective of the Oriental and Western art -UNESCO- Culture

IV, N°3. 1877

(1) Les orientalistes, spécialistes de l'esthéique islamique établissent des liens entre l'art islamique et les arts byzantin et sassanide. Voir A. PAPADOPOULO : L'Islam et l'art musulman, Mazenod, Paris, p. 190, voir également O. Grabar : The Formation of islamic art, Yale, 1973.

 

(1) cf. Art islamique, (principes, formes et contenus communs), actes du colloque international, tenu à Istanbul, 1983. Voir notre étude sur "Les significations des étoiles dans les Arabesques" P.52

(2) Voir ibid, Ali Allawati, "Reflexions à propos de l"unicité esthétique de la tradition artistique islamique".

(3) Abu Hayyane At-tawhidi, "Ar-rasail", épitres éditées par Ibrahim Al-Kilani.

(1) Voir notre livre "Philosophie d'art" chez Abu Hayyane, édition Dar Al Fikr, Damas, 1987

 

(1) Voir notre livre "l'esthétique arabe", "coll. Al-Ma'rifat" N°14, Koweit

 

(1)Voir notre livre : "L'art moderne dans les pays arabes", éd. UNESCO, Dar Al-Janub, Tunis, 1980.

(2) Wajdan Ali, Contemporary art from the islamic  world , Seropion Pub. London.

(3) Voir notre livre "Philosophie d'art chez Abu Hayyane Attawhidi", édition Dar Al-Fikr, Damas, 1987.