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Othman Altwaijri' |
| La
culture islamique : ses caractéristiques et les voies et
moyens pour son développement, 'Mohamed Larbi Khattabi' |
| Perspectives
de coopération entre le Monde islamique et les autres
sociétés, perçues à travers le dialogue, 'Dr. Ahmed Sidqi Dajjani' |
| L'avenir de l'Islam face aux
puissances hostiles, 'Dr. Mohamed Dassuqi' |
| Les Droits de l'Homme : Évolution, principes et
applications, 'Dr. Sabah Zangannah' |
| L'art traditionnel islamique dans la perspective de
l'avenir, 'Dr Afif Bahansi' |
| La culture de l'enfant musulman entre le concept de la
sainte nature et les influences étrangères, 'Dr. Mustapha
Ahmed Ali' |
| Islam et Civilisation, 'Dr. Ahmed Abderrahim Al-Sayeh' |
| Connaissance du Monde islamique : La République Arabe
Syrienne | |
L'avenir de l'Islam face
aux puissances hostiles
Mohamed DASSUQI*
En Occident, certains sociologues (1) ainsi que
d'autres chercheurs ont pris conscience du fait que la civilisation moderne,
malgré ses progrès et innovations remarquables, mène l'humanité au bord du
précipice. Cela tient au fait qu'elle privilégie le côté matériel au détriment
de la dimension spirituelle. Or l'homme ne saurait vivre en conformité avec ses
potentialités, ses aptitudes ou encore avec ses dispositions naturelles, que
s'il accorde une place de choix au spirituel. En d'autres termes, l'existence de
l'homme ici-bas devrait être guidée par les préceptes divins.
Des savants mettent en garde contre la
prédominance de la civilisation industrielle revendiquant un plus grand intérêt
pour les sciences de l'homme. Selon eux, cette civilisation est vouée à la
décadence à moins de retrouver sa dimension spirituelle.
Cependant, les idées avancées par ces savants
occidentaux pour remédier à cette situation sont loin d'aboutir aux résultats
escomptés, l'Occident ne disposant pas d'un système spirituel à même de libérer
l'homme de la civilisation occidentale. En effet les quelques conceptions
chrétiennes -somme toute objets d'altérations et de déviations- qui imprègnent
encore cette civilisation, ont été relégué au second plan, voire carrément
évincés de la vie civile depuis plusieurs siècles. Aussi ont-elle perdu toute
leur influence.
Ainsi, le courant matérialiste continuera de
prendre de l'ampleur inhibant les élans spirituels de l'homme. Pour échapper à
son emprise, l'homme devrait adopter un système de pensée cohérent à même de lui
préserver sa dimension humaine et sa dignité lui permettant par là-même de
s'acquitter pleinement de sa mission dans la vie. Par ailleurs, de toutes les
théories et les doctrines qu'a connues l'humanité à travers son histoire,
l'Islam constitue de loin la solution salutaire. De fait, c'est un système de
pensée globale qui concilie la foi et l'action, et présente une manière de voir
cohérente. Dans cette optique, point de contradiction entre les aspirations de
l'âme et les besoins du corps. Ainsi les sciences exactes sont-elles considérées
comme moteur de tout développement, pourvu que soit respecté les rapports entre
le Créateur et sa créature. L'Islam envisage la science et la civilisation à la
lumière de son modèle global qui régit tous les aspects de la vie.
Religion universelle fondée sur la pondération, le
juste milieu et le réalisme, et donc valable par delà les frontières spatiales
et temporelles, l'Islam, de l'avis de certains chercheurs, servira
immanquablement d'alternative à l'avenir. La foi islamique, estiment-ils,
constitue pour l'humanité le remède aux maux dont elle souffre aujourd'hui.
Toutes les théories matérialistes qui se disputent l'hégémonie du monde sont en
effet vouées au déclin, car, toutes sans exception, s'accordent, malgré leur
divergence, à voir en l'homme un simple homo œconomicus qui ne se soucie que de
satisfaire ses besoins matériels et de jouir des plaisirs de la vie, au gré de
ses instincts (1).
Pour étayer leur thèse, ces chercheurs invoquent
la conversion de bon nombre d'européens à l'Islam, notamment des penseurs et des
philosophes autrefois matérialistes ou athées (2).
Si l'Islam constitue la ligne de pensée divine
idéale pour la société, si à l'inverse tous les autres systèmes irréligieux se
trouvent incapables d'assurer à l'homme la sécurité morale et matérielle, l'on
remarque paradoxalement qu'il fait l'objet d'une croisade acharnée, menée par
des puissances hostiles à son expansion et à son rayonnement.
Ces puissances n'agissent pas de la sorte par
égard à l'avenir de l'homme, mais bien pour sauvegarder leurs propres intérêts,
animées qu'elles sont par des sentiments et visions pervertis perpétuant, ce
faisant, le vieux conflit engagé contre l'Islam par ses ennemis il y a plus de
dix siècles.
Or, elles sont multiples ces puissances qui
n'épargnent aucun effort pour empêcher l'Islam de répandre son rayonnement à
travers le monde, et ce, pour le plus grand bonheur de l'homme. En outre, les
penseurs et les chercheurs sont en quête d'une alternative civilisationnelle à
même de protéger l'homme contre les ravages d'un matérialisme extravagant qui
prévaut dans les sociétés modernes. Je me contenterai ici de parler d'une seule
puissance, qui, vu son caractère extrêmement dangereux, se révèle
représentantive à cet égard. Il s'agit de l'évangélisation (Tabchir).
Etymologiquement on entend par "tabchir" le fait d'annoncer une bonne nouvelle.
Il peut toutefois s'agir d'une mauvaise nouvelle, comme dans ce verset :
"Annonce ("bachir") aux hypocrites qu'un châtiment douloureux les attend" (IV,
138). Dans son acception courante, le terme "tabchir" désigne le prosélytisme
chrétien, et donc l'évangélisation.
En fait, le terme évoque, de nos jours, le zèle
déployé par les adversaires de l'Islam dans le but de barrer la route devant sa
propagation, et ébranler la foi de ses adeptes, sinon les en détourner.
Par ailleurs, plusieurs ouvrages ont été consacrés
à ce sujet, qui dénoncent les complots montés contre l'Islam et ses adeptes,
ainsi que les activités intensives menées par les diverses expéditions de
missionnaires en Afrique et en Asie aux fins de répandre le christianisme, aussi
bien parmi les musulmans que les non-musulmans.
Aperçu historique de l'évangélisation
L'histoire de l'évangélisation est longue. Elle
remonte au début de l'orientalisme, après la conquête de l'Andalousie et des
îles méditerranéennes. Ecclésiastiques à l'origine, les orientalistes
s'assignaient pour mission de ternir l'image de l'Islam et de le battre en
brèche de manière à décourager les européens en général, les jeunes en
particulier, qui seraient tentés de s'y convertir. Survinrent ensuite les
croisades, conséquence naturelle de l'échec des tentatives visant à dissuader
les jeunes en Europe d'émigrer vers les cités islamiques dans le but d'apprendre
la culture et les sciences des musulmans, d'une part, et des convoitises des
rois d'Europe à l'égard des immenses ressources de l'Orient, d'autre part.
Les croisés sont restés dans le monde islamique
environ deux siècles, ce qui leur a permis de connaître les musulmans de plus
près, de s'inspirer largement de leur patrimoine scientifique, qu'ils mettront
par la suite à profit dans leur propre développement. Pourtant ils multiplient
leurs compagnes de dénigrement à l'encontre de l'Islam, le diabolisant aux yeux
des non-musulmans. On commença également à former des missionnaires chargés de
répandre le christianisme parmi les musulmans.
A ce propos, Pierre Colonais (m. 1156) fut le
premier prêtre à se prononcer avec ferveur pour une campagne militaire et
culturelle contre les musulmans : il valait mieux pour le christianisme que les
musulmans soient évangélisés au lieu d'être tués, préconisait-il dans ses
lettres aux souverains chrétiens. Partant, il estimait que le principal objectif
des croisades résidait dans l'évangélisation. Cependant ces guerres se sont
détournés de leur vocation religieuse et se sont transformés en une action
politique et militaire, perdant ainsi la partie. Cet échec a été attribué par
Pierre Colonais au fait que les chrétiens ne saisissaient pas l'essence de
l'Islam. Aussi, se mettra-t-il à étudier l'Islam pour découvrir les arguments
susceptibles d'amener les musulmans à renier leur foi en faveur du
christianisme. Il exhorta ensuite ses pairs à lui emboîter le pas (1).
La civilisation islamique a connu par la suite un
certain repli, cédant du terrain face à l'Europe qui s'acheminera vers la
Renaissance. Cette période fut propice à l'évangélisation et à l'orientalisme
qui intensifièrent leur action délibérée contre l'Islam.
On a beau dispenser des sommes exorbitantes,
consentis de grands efforts, l'évangélisation n'a pu atteindre ses objectifs,
quand elle visait les musulmans. Elle réussira néanmoins lorsqu'elle s'adressera
aux Européens.
Avec l'avènement du colonialisme et l'invasion
culturelle, le déchirement social, et la déroute intellectuelle qui s'en
suivirent, l'évangélisation s'attaqua à certains aspects de la société islamique
qu'elle n'avait pu atteindre auparavant. En outre, depuis près un siècle, des
stratégies sont élaborées (2) suivant des approches scientifiques afin d'évincer
l'Islam progressivement du centre de décision, et de l'éliminer des divers
domaines de la vie sociale des musulmans, puis chercher à séduire les plus
vulnérables parmi les musulmans de manière à ce qu'ils se convertissent au
christianisme.
Si aujourd'hui le colonialisme militaire n'existe
plus, l'évangélisation par contre, non seulement perdure mais s'intensifie
mettant au point de nouveaux outils, se manifestant sous diverses facettes et
dépensant des sommes exorbitantes. Ainsi, elle représente une impitoyable
offensive menaçant l'avenir de l'Islam et, par voie de conséquence, celui de
l'humanité d'une guerre universelle dévastatrice, et on ne saurait parer à ce
danger ni nous prémunir contre l'angoisse et le chaos, qu'en adhérant à des
valeurs humaines respectant la dignité de tout un chacun. Or, ces valeurs
n'existent nulle part qu'en Islam, religion révélées à Muhammad qui apporte
ainsi à l'humanité le moyen de son salut.
L'évangélisation à notre époque
Ceux qui suivent de près les activités de ce
mouvement considèrent que l'évangélisation constitue à l'heure actuelle une
agression acharnée contre l'Islam et ses adeptes. De la même manière ils
estiment que l'Eglise est l'instigatrice de ce mouvement dont elle finance les
activités avec une générosité peu commune. Il n'y a qu'à observer ces quelques
chiffres pour s'en convaincre. Ainsi, en 1982 les églises de l'Indonésie ont
perçu de la part du Conseil des églises protestantes pas moins de 350 millions
de dollars (1). De même que l'Afrique, à elle seule, compte plus de 100 mille
missionnaires (2) et 17661 instituts ecclésiastiques aux divers niveaux
(primaire et secondaire). Par ailleurs, plus de 500 établissements
d'enseignement supérieur (facultés, universités, instituts supérieurs) ainsi que
489 écoles de théologie où sont formés les futurs prêtres et missionnaires sont
placés sous l'autorité des évangélistes. On note de surcroît, avec grand regret,
qu'un nombre élevés de musulmans fréquentent les écoles de la mission, soit 6
millions d'étudiants. En Afrique également, l'Évangile a été traduit en 422
langues africaines au cours de ces dernières années (3).
Les établissements d'éducation et autres à
caractère sanitaire ou social, qui sont légions en Asie comme en Afrique, où
puisent-ils les ressources financières nécessaires à leur gestion? Il va sans
dire que c'est les Etats chrétiens qui sont les vrais pourvoyeurs de fonds,
l'église étant chargée de les collecter pour les octroyer en guise de
subventions aux établissements intéressés.
Les mouvements évangélistes, estiment d'un commun
accord ceux qui s'y intéressent de plus près à cette question, s'emploient
aujourd'hui avec véhémence et acharnement pour la destruction de l'ensemble du
monde islamique, visant particulièrement, par des moyens détournés, le centre de
son rayonnement spirituel et civilisationnel. Dans son rapport concernant les
activités de l'évangélisation dans les pays arabes, une association islamique
basée en Grande Bretagne, révèle des faits terrifiant que chaque musulman doit
en être conscient pour se faire une idée aussi précise que possible de l'ampleur
de cette activité pernicieuse, laquelle cherche en premier chef la destruction
de l'Islam et l'asservissement de ses principaux bastions. A cet égard, les
faits suivants sont éloquents :
1 - Les missions chrétiennes focalisent leurs
efforts sur le centre du monde musulman. Pour atteindre cet objectif, jusque là
hors de portée, elles ont choisi une des riches villes du monde arabe pour base
de leurs activités (4).
2 - En outre, ces associations opèrent grâce au
concours des sociétés étrangères de la région, des domestiques et des cuisiniers
travaillant chez des familles musulmanes, ainsi que par l'envoi d'ouvrages de
propagande aux centres culturels attachés aux ambassades en place.
3 - La communauté chrétienne dans les États du
Golfe compte 60 mille individus, dont 500 seulement jouissent du statut de
citoyen. En revanche, les organismes de propagande religieuse sont au nombre de
53 (11 missions anglaises et 42 américaines).
4 - Parmi les principales organisations de
propagande figurent :
a - "l'Association de la Mission Ecclésiastique";
elle opère dans le domaine de la santé et de l'éducation. Son budget s'élevait
en 1879 à 2 millions de livres sterling.
b - "L'Amicale de Solidarité avec les Musulmans"
qui exerce ses activités de manière directe parmi les musulmans. Elle s'occupe
de l'organisation de conférences et de la publication d'ouvrages destinés aux
musulmans.
c - "L'Association pour la Christianisation du
Moyen Orient", elle s'occupe de la publication et la diffusion d'ouvrages en
langue arabe parmi les musulmans. Elle vient de publier l'Évangile pour enfants,
une version éditée à Chypre, et diffusée dans la région.
d - "L'Église protestante de la Réformation",
opère à son tour dans la même région, avec un budget de 4,5 millions de dollars.
e - "Action de mobilisation" qui a pour charge
l'organisation de stages de courte durée au profit de missionnaires bénévoles.
Parmi ses autres principales tâches, assurer le contact avec deux navires,
transportant à bord une immense bibliothèque.
f - "La Mission Évangéliste unifiée", qui est une
organisation internationale dont le champ d'activités englobe aussi bien les
domaines de l'éducation et de la santé que les médias. Grâce à un budget de 9
millions de dollars, elle exerce ses activités essentiellement dans l'un des
hôpitaux sous sa tutelle.
Le rapport dévoile également les méthodes
employées par les missionnaires pour atteindre leurs objectifs, prenant les pays
du Golfe à titre d'exemple. Parmi ces méthodes :
I - l'assistance médicale, qui constitue une
occasion pour entrer en contact avec les patients avec l'intention de les
convertir au christianisme.
II - Les contacts personnels sur les lieux du
travail par le biais de professionnels de tous bords (médecins, enseignants,
architectes, etc). Ceux-ci usent, à l'adresse de leurs auditeurs, d'un discours
engageant et persuasif.
III - La production et la diffusion d'oeuvres
littéraires destinées à l'évangélisation des musulmans. Les bibliothèques jouent
en ce sens un rôle primordial, notamment la bibliothèque du navire "Logos".
IV - La radio de la mission qui constitue un moyen
très efficace. Elle émet en langue arabe à destination de la région du Golfe, à
partir de l'Espagne, de la France, du Libéria, et des Séchelles (1).
Le rapport constitue, par les données qu'il
fournit un nouveau document alarmant, versé au dossier de l'évangélisation, face
à laquelle tout musulman doit réagir. Et c'est d'autant plus poignant que les
missionnaires prétendent que leur religion appelle à la tolérance et décrie le
fanatisme. Or, ils adoptent, à l'égard des autres, une attitude de rejet et de
haine. En plus, ils s'emploient avec zèle à ébranler leurs croyances, les
plongeant dans une situation intenable de confusion et de désarroi où ils
perdront toutes les valeurs à même de leur assurer stabilité, sécurité, progrès
et développement.
Mais si alarmant soit-il, le rapport a toutefois
omis de mentionner une autre arme éminemment redoutable dans ce domaine, à
savoir l'éducation. "L'éducation occidentale agit comme une force érusive sur la
solidarité entre les musulmans", affirme un missionnaire (2).
De ce point de vue, il n'est pas étonnant que des
hommes du clergé quittent leurs soutanes pour des costumes et descendent dans
l'arène politique. Ainsi, ils peuvent accéder aux postes-clé pour exécuter leur
politique croisée extrémiste et resserrer davantage l'étau sur les populations
placées sous leur férule, et étouffer les plus nobles de leurs aspirations.
Le cas de l'anglais Dunlop est révélateur à cet
égard. Venu en Égypte, alors sous mandat britannique, il s'applique à savoir la
haute main sur le système éducatif. Il imposa ainsi ses propres visions de
l'éducation, ou celles qui lui sont dictées par des missionnaires, participant
comme lui à l'entreprise colonialiste. L'Égypte a longtemps souffert des
éléments adventices greffés par Dunlop sur son système éducatif. Défenseur
inconditionnel de la mission, Dunlop s'évertuait à corrompre les esprits, à
détruire la culture arabe en ce qu'elle a d'authentique et à évincer la langue
arabe du domaine culturel, imposant l'anglais comme langue de l'enseignement et
de l'administration, à l'instar de la langue française en Algérie.
Outre les efforts destinés à occidentaliser
l'enseignement dans les pays musulmans, on a fondé des écoles et des universités
sous couvert de la promotion scientifique et culturelle. Les établissements, en
réalité, prolongement de l'influence tentaculaire du courant évangéliste, ne
dispensent pas le moindre savoir porteur du développement ou du progrès
technologique. Bien au contraire, les étudiants musulmans qui les fréquentent
finissent par se défaire de leur propre culture pour embrasser un autre système
de valeurs. Dépouillés ainsi de leur identité nationale, ils s'identifient
davantage à la culture acquise à l'école ou université de mission qu'à celle à
laquelle ils sont censés appartenir.
Parallèlement à leur nombre très élevé, les écoles
étrangères dont l'influence est puissante, connaissent chaque année un
accroissement soutenu de leurs effectifs. Et on s'accorde pour attribuer à ces
écoles un rôle capital dans l'entreprise européenne visant à mettre à bas
l'empire ottoman et à partager ses richesses entre des puissances coloniales
voraces.
"Pas étonnant, affirme un orientaliste, si les
ambassadeurs des grands pays dans la capitale ottomane s'accordaient à
considérer que si l'influence des écoles de l'enseignement secondaire, mises en
place par les européens, a été déterminante dans le règlement de la question
orientale, le mérite revient à l'action commune menée par l'ensemble des États
européens" (2).
Dans le même ordre d'idées, un prêtre néerlandais
a déclaré que : "Les gens (les musulmans) fondent en vain leurs espoirs sur
l'université islamique : les valeurs du monde occidental chrétien sont désormais
enracinés dans la société musulmane grâce aux écoles de mission et aux idées que
le gouvernement néerlandais puise dans la religion chrétienne; les faux espoirs
nourris par les musulmans s'en trouvent ainsi anéantis.
Le phénomène -les écoles étrangères de mission-
existe certes dans les communautés non-musulmanes, mais son ampleur dans le
monde musulman est sans commune mesure avec ce qui se passe ailleurs. Convertir
des païens à une religion monothéiste, fût-elle entachée de déviations et
d'interpolations, c'est déjà un moindre mal par rapport à l'état de perdition et
d'égarement spirituel auquel ils sont voués dans leur existence païenne aux
horizons sombres.
En revanche, détourner le musulman de sa religion
ou ébranler sa foi constitue un drame qui non seulement nuira aux musulmans,
mais se répercutera sur le monde entier. De fait, l'action menée sans relâche
par le courant évangéliste en vue de juguler l'expansion de l'Islam, ne servira
en rien l'avenir commun des hommes. Elle ne fera pas non plus honneur au
christianisme, qui n'en tirera aucun parti. Au contraire, cette religion bat en
retraite : les lieux de culte, boudés par les chrétiens, sont mis en vente. De
ce fait, si l'Islam continue d'être combattu par les courants missionnaires,
l'empêchant ainsi de se répandre et de guider l'humanité, il s'ensuivra une
destruction pure et simple de l'homme. Celui-ci aura beau conquérir l'espace, il
replongerait dans les ténèbres de l'ignorance.
Les faits dangereux évoqués ici ne concernent que
certaines parties du monde islamique; ce qui se passe dans d'autres régions
n'est pas moins pernicieux. Il suscite tout autant notre inquiétude et nous
pousse à agir efficacement contre ces tentatives odieuses.
J'ai déjà fait allusion au soutien matériel
considérable accordé à ces courants missionnaires pour accélérer l'opération de
conversion dans l'un des pays islamiques (1).
Pour se faire, les missionnaires recourent aux
moyens de transport les plus modernes, comme les avions, afin d'assurer leurs
déplacements entre les îles. Des aéroports ont été aménagés pour accueillir ces
avions. Aux Philippines et dans le reste de l'Asie, une intense activité
missionnaire se déploie en vue d'amener les musulmans à renier leur religion.
Là, on ne se contente pas seulement de prêcher, on pousse le zèle à l'extrême,
n'hésitant pas à recourir à l'oppression, à la torture, voire au massacre.
A croire que les instances missionnaires, de mèche
avec les autorités gouvernementales, exécutaient un plan soigneusement élaboré,
destiné à rayer toute présence islamique dans tout le continent asiatique, d'où
jaillirent pour la première fois les lumières de la Révélation divine -à la
Mècque- pour se propager par la suite dans le reste du monde.
En somme, la politique missionnaire effrénée
poursuivie en Asie est semblable à celle mise en place en Afrique. Faut-il
rappeler qu'en Afrique, à elle seule, on compte plus de 100 mille missionnaires
qui, grâce à divers moyens, ont obtenu des résultats remarquables dans bon
nombre de pays africains.
Au cours du "Dialogue islamo-chrétien", qui s'est
tenu à Tripoli en 1975, je me souviens encore d'un prêtre africain qui avait
commencé son discours en avouant qu'il était issu d'une famille musulmane, mais
que, fasciné par le christianisme, il l'avait enbrassé; ainsi il était devenu
prêtre. Ce prêtre, fier de sa nouvelle appartenance religieuse, est un cas parmi
des milliers d'autres victimes des manoeuvres perfides menées par les
missionnaires, mais aussi de la propagation de fausses idées destinées à donner
de l'Islam une image erronée et à en dénaturer le message.
L'Afrique a connu, à l'instar de l'Asie, la même
politique répressive et terroriste. Certains Etats islamiques ont même été
contraints de se soumettre à certaines minorités chrétiennes, et à se fondre en
elles au détriment de leur propre identité.
D'après un rapport de l'Eglise Réformatrice des
Pays-Bas en Afrique du Sud, l'Eglise en Afrique aurait poussé l'outrecuidance
jusqu'à déclarer haut et fort que l'Islam était une hérésie, et que son
extirpation constituait, de ce fait, un devoir sacré (1).
De nouvelles méthodes, outre celles déjà citées,
ont été introduites, telles que la prise en charge par des Etats non-musulmans
des orphelins de guerres ou des enfants victimes de la pauvreté et de la famine.
Ces enfants d'origine musulmane sont élevés, suivant l'idéal chrétien, dans des
établissements de mission.
En outre, des maisons destinées à abriter les
sans-logis et les nécessiteux sont construites dans les pays islamiques par les
Missions chrétiennes, pour servir de couvert à leurs activités de propagande
religieuse, plutôt que dans un but humanitaire. Il en découle que des centaines
d'enfants, notamment libanais ou originaires d'autres pays africains, sont
envoyés vers l'Europe et les Etats-Unis. Là, ils reçoivent une éducation
chrétienne qui les prépare éventuellement à devenir, à leur tour, des
missionnaires dans leurs pays d'origine.
C'est après la seconde guerre mondiale que le
courant missionnaire connaîtra une nouvelle évolution. Désormais, pour parvenir
à leurs fins, les missionnaires n'ont plus besoin de parcourir des milliers de
kilomètres ou de vivre dans les jungles. Grâce aux séjours d'étude des jeunes
musulmans dans des pays non musulmans aussi bien en Occident que dans l'ex-Union
Soviétique et en Europe de l'Est, il devient désormais possible pour les
associations et les missions de remplir leur fonction au coeur même de
l'Occident.
Cela est d'autant plus aisé qu'elles trouvent à la
portée de leurs mains un nombre considérable de jeunes musulmans. Et beaucoup de
ces jeunes tombent facilement dans le piège, vulnérables qu'ils sont à cause
d'un manque de ferveur religieuse, d'une connaissance insuffisante de l'Islam et
d'une foi fragile.
Voilà comment les missionnaires réussissent, sinon
à convertir ces jeunes, du moins à les détourner de leur religion.
Selon des rapports confidentiels de l'Union des
églises de Grande Bretagne sur les moyens destinés à faciliter l'entreprise
d'évangélisation, parmi les étudiants musulmans, dans les institutions et
universités anglaises, le missionnaire doit tout d'abord cibler les proies
faciles, c'est-à-dire ceux qui sont complètement indifférents à leur religion.
Il doit, à cet effet, procéder de manière progressive en abordant en premier
lieu avec eux des sujets susceptibles de les intéresser, puis approfondir ses
rapports avec eux aussi bien au restaurant, au laboratoire qu'au terrain de
sport. Une fois qu'il aura gagné leur confiance, il tentera de mettre en oeuvre
ses plans perfides. La victime ne regagnera son pays natal qu'après avoir tourné
le dos à sa foi islamique.
Le rapport demande également aux missionnaires de
ne pas dévoiler leurs intentions aux étudiants musulmans. Ils doivent faire
preuve de retenue en présence de ces derniers, dans leurs relations avec les
filles et ne pas évoquer les problèmes et les conflits qui déchirent le monde
islamique. Les discussions à propos de la cause palestinienne et du soutien à
Israël doivent être évités. On recommande également aux missionnaires
d'accueillir les étudiants dans leurs maisons, et de les inviter à des fêtes,
rompant ainsi avec les habitudes inhospitalières prédominantes dans les sociétés
occidentales. Par ailleurs, l'immigration constitue après les séjours pour
étude, un deuxième levier des manoeuvres missionnaires hors du monde islamique.
Les immigrés en quête de travail en Europe ou aux États-unis sont ainsi des
victimes toutes désignées, et ce, malgré leur tendance à vivre en communauté et
à fréquenter les centres islamiques. D'aucuns m'ont confié que dans la plupart
des capitales européennes, existaient des organisations qui jetaient leur dévolu
sur les immigrés musulmans, notamment les ouvriers, en leur promettant du
travail. On les entraîne ensuite dans les lieux de débauche pour leur inculquer
par la suite des idées missionnaires qui les font douter de leur religion et
troublent leurs esprits. Ils se convertissent au bout du compte au
christianisme, ou à tout le moins, affichent une indifférence complète vis-à-vis
de l'Islam.
A l'heure actuelle, l'orientalisme a changé ses
méthodes, masquant son mépris pour l'Islam -mépris plus ou moins déclaré
auparavant- sous le couvert de la science. Le constat vaut également pour son
pendant, la Mission : renonçant à la violence comme moyen d'action, elle utilise
à présent un langage plus conciliant, mais recourt à des manières hypocrites,
fait miroiter des promesses alléchantes, servant ainsi à sa victime du poison
dans une coupe en or. Machiavélique, elle ne recule devant rien pour arriver à
ses fins.
Un responsable des Missions en Orient confie, à
Rome :"Pour le missionnaire, l'objectif principal est de saper ce qui fait la
force de l'Islam, à savoir, sa cohésion, ou du moins à l'affaiblir. Pour ce
faire, il est recommandé de bien étudier le Coran, de manière à être en mesure
de rappeler qu'antérieurement à l'Islam, il y avait une civilisation chrétienne.
De surcroît, il doit prêcher le christianisme par d'autres moyens que la
violence, entre autres, le rapprochement entre les points de vue religieux, et
des oeuvres de bienfaisance : dons, subventions, création d'instituts, d'écoles
et d'établissements caritatifs"(1).
Il incombe également aux missionnaires, insiste le
délégué de la Direction des Missions d'Orient, de faire des études théologiques
et d'assister à des séminaires où l'on apprend comment interpoler les textes et
à entretenir l'équivoque au sujet de l'Islam, de manière à donner de notre
religion une image rebutante face à un christianisme attrayant.
Mais si les résultats de l'évangélisation restent
modestes, il n'en demeure pas moins que les organismes missionnaires ont réussi
plus ou moins à entamer la foi des musulmans ramollis, somme toute minoritaires,
et à répandre des contrevérités sur l'Islam, lui attribuant injustement des
torts; le tout, pour faire croire aux fidèles inconsistants que la religion doit
être mise en dehors des domaines temporels de la vie. Le comble, c'est qu'un
certain nombre d'intellectuels pensent désormais que la religion est une affaire
purement personnelle, comme leurs pairs en Europe l'avaient proclamé naguère à
propos du christianisme (2).
En dépit de leur succès, ces organismes restent
inquiets face à la progression de l'Islam, leur rival, qui a gagné à sa cause
plus de païens que de chrétiens. Aussi s'acharnent-ils à le combattre au coeur
même du monde islamique. A cet effet, conférences et stages sont organisés, des
bulletins sont publiés à l'attention des missionnaires pour les orienter dans
leurs efforts visant à atteindre leur principal objectif, celui de briser la
vigueur de l'Islam.
Dateline figure parmi ces bulletins où s'expriment
les ambitions du courant missionnaire moderne, et où est qualifiée d'état de
guerre la situation qui prévaut entre les missionnaires et les musulmans. Publié
aux États-unis, ce bulletin indique le chemin à suivre à ses adeptes, et les
exhorte à participer aux stages de formation dans ce domaine.
Dateline est destiné aux chrétiens qui
s'intéressent à la fois au domaine de l'évangélisation et à la situation du
monde arabe.
Dans un numéro de ce bulletin intitulé "En
forgeant, on devient forgeron", on peut lire : "Oh! vous qui possédez une grande
expérience, pour avoir travaillé dans les pays islamiques, vous savez fort bien
que le droit islamique interdit à ses adeptes de renier l'Islam pour embrasser
une autre religion, d'où l'impossibilité d'exercer dans ce pays-là, et encore
moins d'y établir de Missions, auxquelles on interdirait toute action. Le monde
islamique paraît aussi comme une forteresse inexpugnable, surtout pour ceux qui
ne se soucient pas de ce que le Seigneur peut faire dans le monde arabe. Mais
les missionnaires dans cette région ont le pressentiment que la victoire est
imminente et certaine.
"Il est vrai que certains milieux musulmans sont
devenus de plus en plus fanatiques. Il s'agit là d'un phénomène minoritaire mais
tapageur. Aujourd'hui, ce qui nous incite à intensifier nos efforts, c'est le
changement de position et de mentalité chez la majorité".
Après avoir évoqué les crises qui minent la
société islamique, facilitant d'ailleurs la tâche du missionnaire, et l'aide à
attendre son objectif, Dateline examine le rôle des missions, leurs activités
quotidiennes dans le monde islamique ainsi que les résolutions émanant de la
Conférence Oecuménique Mondiale et les objectifs de l'évangélisation jusqu'à
l'an 2000 : "il est des missions opérationnelles, à l'oeuvre dans ces pays, en
apparence hors d'atteinte, mais elles subissent constamment des tensions et des
pressions que seule notre foi permettra de surmonter. Nous sommes témoins de ce
que la main du Seigneur accomplit face à une situation apparemment intenable;
nous assistons à l'aboutissement de nos efforts, grâce à Dieu qui a exaucé nos
prières.
"La prière est en fait un des rites dont les
vertus devraient être exaltées par l'Église, en Occident. Nous réussissons
assurément à entrer de plain-pied dans de nouvelles contrées. Nous sommes
capables, grâce à Dieu, aux prières et aux sacrifices des missionnaires
d'envoyer des groupes résolus à fléchir la poigne de l'Islam. Le monde arabe
passe en effet pour être la région la plus réfractaire à l'évangélisation, et
l'action missionnaire y demeure insuffisante. Il doit cette réputation au nombre
limité de bénévoles prêts à se sacrifier pour faire triompher la voix de
l'Évangile.
Nous vivons dans une société qui juge le succès
sur des critères quantitatifs. Mais nous, hommes de l'Église, ce qui nous
intéresse c'est le côté qualitatif, c'est-à-dire l'obéissance à Dieu. Il ne faut
pas penser que la mission est irréalisable, car cela reviendrait à mettre en
doute le pouvoir de notre Seigneur. Lors de la dernière Conférence Oecuménique
tenue en France, nous avons réussi à fixer nos objectifs d'ici l'an 2000. Nous
avons senti, après de ferventes prières, que Dieu nous exhorte à ouvrir de
nouvelles voies d'accès sur le monde arabe. Le prochain numéro de Dateline
s'attachera à vous indiquer une manière courageuse de donner l'assaut en criant
: ouvrez les portes"(1).
Ce passage prouve sans contexte la haine viscérale
à l'endroit de l'Islam. Il montre aussi que notre religion est considérée, par
les missions et le Conseil mondial des Églises comme l'ennemi juré du
christianisme (2). Ces organes mesurent la force de l'Islam qu'ils savent
imperméable à leur propagande mais ne désarment pas pour autant, multipliant les
stratagèmes et engageant des sommes exorbitantes pour l'anéantir. Aussi
encouragent-ils les missionnaires à s'acquitter pleinement de leur mission, leur
recommandant de s'armer de patience et de s'en remettre à Dieu car ils
combattent pour une cause sainte. Le bulletin en question porte un intérêt
particulier à l'Afrique du Nord en raison vraisemblablement de sa position
géographique. Cette région représente en effet, par sa proximité de l'Europe, le
point de passage vers le reste du monde arabe et vers l'Afrique, constituant de
ce fait un danger potentiel pour la civilisation européenne. C'est pourquoi des
programmes de propagande missionnaire sont diffusés en direction de cette
région, et des cours d'évangélisation sont envoyés par voie postale à des
milliers de maghrébins à partir de l'Europe ou du centre d'Évangélisation du
Monde arabe (A.W.M). A cela s'ajoutent des groupes de missionnaires opérant au
sein de la communauté maghrébine en France qui compte deux millions des
musulmans.
Dans un article du bulletin précité intitulé "Une
occasion en or", on peut lire : "Le monde islamique est, de tous les terrains
d'action de la mission religieuse, celui qui est le plus négligé de la part des
missionnaires actuellement; or, un habitant de la planète sur cinq est musulman,
et c'est là l'une des dernières lignes de défense que l'Évangile se doit de
percer"(3).
Il s'agit là d'une lutte sans merci, dénuée de
toute valeur religieuse ou morale et âprement menée par les colonisateurs et les
missionnaires qui prennent pour cibles les pays islamiques ou les musulmans
résidant en Occident ou s'y rendant en touristes, pour études ou pour se
soigner. Sous l'oripeau d'oeuvres caritatives, de coopération culturelle ou de
rapprochement entre nations, l'entreprise évangéliste procède en fait d'une
machination diabolique. A ce propos, voici le récit que m'a fait un professeur
universitaire ayant effectué, en compagnie de sa femme, un voyage à Londres,
pendant l'été de 1988. "Pendant que nous nous promenions, ma femme voilée et
moi, dans les rues de Londres, deux jeunes personnes qui portaient une mallette
nous ont abordés. Ayant déduit d'après notre tenue vestimentaire que nous sommes
musulmans, ils ont demandé où nous habitions à Londres; comme je connaissais
parfaitement les lieux où j'étais établis pendant mes études, je leur en ai fait
une description. Pendant ce temps, l'un d'entre eux a ouvert la valise pour en
sortir une série de romans arabes dont il m'a fait cadeau. J'ai d'abord hésité
puis j'ai accepté le présent par curiosité; il s'agissait de romans de Naguib
Mahfouz et d'Ihsane Abdelqoudous où j'ai été surpris de trouver, à l'intérieur,
de petits exemplaires de l'Évangile écrit en arabe. Sur ce, je le leur ai rendus
et suis parti...!"
Si par le passé, et aujourd'hui encore, les divers
procédés de propagande missionnaire se bornent à établir le contact direct à
l'intérieur ou à l'extérieur du monde islamique le futur proche verra la mise à
profit de l'audio-visuel, par les satellites que les pays s'empressent de mettre
sur orbite. De ce fait, cette nouvelle tactique constitue une grande menace, car
elle envahira les domiciles et s'imposera inévitablement à tous, sans
distinction d'âge.
Certains chercheurs ont attiré l'attention sur le
danger des programmes émis par ces satellites, soulignant l'extrême préjudice
qu'ils peuvent causer à la culture arabe, et la nécessité de faire face à ce
défi pendant qu'il est encore temps.
Il ne fait aucun doute que l'effacement de la
culture arabe devant les cultures étrangères véhiculées par les programmes
diffusés laissera le champ libre aux missions chrétiennes. De ce fait, en
regardant ces programmes, le téléspectateur musulman, dont la vie est régie par
un système de valeurs, reflet de sa culture et de son identité, se trouvera aux
prises avec une méthode d'évangélisation associant l'image et le son. Ainsi, il
se dépouillera petit à petit de ses valeurs pour adopter d'autres manières de
voir et de se conduire qui feront de lui un être déraciné et dédaigneux de sa
propre personne. La mission chrétienne aura, ainsi, atteint son but qui consiste
à neutraliser l'Islam en l'amputant de ses adeptes.
En somme, aucune région du monde islamique n'est
épargnée par les missions chrétiennes qui travaillent d'arrache-pieds pour que
les musulmans comprennent l'Évangile et s'y rallient (2). Par ailleurs, il
convient de signaler que ces missions s'intéressent aux musulmans plus qu'aux
idolâtres et aux chrétiens non pratiquants. Cette percée se déclare sur
plusieurs fronts et coûte des sommes considérables; elle est motivée non pas par
un souci d'évangélisation mais par une grande peur de l'Islam. En outre, il faut
se garder d'établir des frontières entre mission religieuse et orientalisme qui
sont en fait deux activités complémentaires. Tout missionnaire est orientaliste
et réciproquement. En témoigne cet orientaliste contemporain qui enseigne la
Sharia à l'université de Londres lorsqu'il dit, dans une étude intitulée
"l'Islam et sa relation avec le judaïsme et le christianisme" : le monde verra
ce qui se produira quand l'Évangile du Christ sera convenablement présenté aux
millions de musulmans(3).
Cet orientaliste est, à l'évidence, un évangéliste
et non un chercheur au but scientifique. Bien plus, si tous les orientalistes ne
révèlent pas au grand jour leurs intentions réelles, comme l'a fait ce
professeur de l'Université de Londres, il n'en demeure pas moins que tout ce qui
émane d'eux -y compris les productions les moins suspectes telles les études
littéraires et linguistiques- recèle, d'une manière ou d'une autre, le poison de
la propagande évangéliste.
L'orientalisme et la mission chrétienne
constituent donc une machination odieuse à nulle autre pareille. En gestation
depuis dix siècles, elle tend aujourd'hui ses tentacules dans tous les milieux
scientifiques du monde. Les visées missionnaires sont d'autant plus redoutables
qu'elles bénéficient du soutien d'un nombre considérable d'adhérents actifs ou
de sympathisants. Voilà donc un danger imminent qui n'épargnera aucun pays et
aucun peuple musulman (4).
Qu'avons-nous donc préparé pour que ce complot
n'atteigne pas les objectifs qu'il s'est assignés ?
Épiloguer sur ce complot et se contenter de
relever ses effets nocifs ne serait d'aucune utilité tant que des mesures
concrètes de défense ne sont pas prises afin de conjurer ce mal qui vise à
cantonner l'Islam dans une période historique déterminée ou à le circonscrire
dans le cadre rudimentaire du désert et de la tente, alors qu'il est en réalité
un code universel et éternel de la vie humaine
Le problème est donc d'une extrême gravité. Tandis
que les autres travaillent de concert pour assurer une coopération continue,
nous nous contentons de lancer des avertissements qui resteront sans écho tant
qu'ils ne sont pas suivis d'une action résolue qui transcenderait les ambitions
régionalistes et ses velléités personnelles. On devrait donc oeuvrer à faire
triompher la justice et la parole de Dieu sur la terre, pour que l'esprit de
sédition soit extirpé à jamais, et que l'homme soit entièrement dévoué à Dieu.
____________________________________________________________________________
* Professeur du droit islamique et de ses
fondements, à la faculté de la Charia et des études islamiques. Université de
Qatar.
(1) cf. : P1 Alexis Carrel : L'homme, cet inconnu,
"la civilisation moderne se trouve en mauvaise posture, parce qu'elle ne nous
convient pas. Elle a été construite sans connaissance de notre vraie nature".
P54 "L'homme devrait être la mesure de tout. En effet, il est un étranger dans
le monde qu'il a créé". P60.
(1) Dr. Hassab Meâargi, "Interpolateurs de la
parole" dans la revue "Al-Mouslim Al-Mouasir", N°84 p62. Dr. Mahmoud Hamdi
Zekzouki, "l'orientalisme et l'arrière-plan intellectuel du conflit
civilisationnel" dans "la Oumma", p.24.
(2) cf. "Vision du monde islamique" traduit par
Mouhib E. al-Khatib et Elyafi.
(1) cf. journal "Siyassa Kowetia" N°27/05/1983 P6
(2) cf. Ihsane Haqqi, "L'Islam face au défi
mondial" P13
(3) cf. Revue "Al Khayria" N°8, novembre 1989 P 61
(4) cf. Pr. Abdel Daoud Chelabi, "Offensive
évangéliste", revue "la Oumma" N°9, P 78
(1) cf. Journal "Siyassa Al Khayria", N°27/05/1983
(2) cf. Najib El Kilani, "l'Islam face aux
puissances hostiles", Institution mssala, P 21, 2ème édition
(1) cf. Najib El-Kilani, "L'Islam face aux
puissances hostiles", pp. 20-21.
(2) Ibidem p. 31.
(3) Ibidem p. 23.
(1) cf. Abi Hilal Al Indunousi, Une nouvelle
invasion missionnaire en Indonésie, p. 159, Ed. Lybie.
(1) cf. Farouk Mesahel, "La lutte contre
l'évangélisation au sein des étudiants musulmans", in Revue la Umma, N°46.
(1) cf. l'Islam face aux puissances hostiles, P
38.
(2) Ibid, P 33.
(1) cf. Revue "Al Bayane", publiée par le Forum
musulman à Londres, N°14, P 74-75.
(2) Ibid, P 76.
(3) Ibid.
(1) cf. Al-Arabi N° 307 P 82.
(2) cf. Al-Arabi Déc. 1982, P 46.
(3) cf. Al-Fikr Al-Arabi (la pensée arabe) N° 32
P 108.
(4) cf. Hakki Ihsane, l'Islam au défi mondial P 5.
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